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Poèmes et Sylves/Le Pèlerin passionné/Jonchée/Élégie première

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ÉLÉGIE PREMIÈRE

Ce ne fut quand des Pléiades le déclin pluvieux
Moleste le bois dénu.
Alors Zéphire éventait les jeux
Des Grâces ; alors des linots tintait le sermon menu ;
Et l’épice, alors, abondait, et la rosée, soulas
Des jardins, lorsque ainsi tu parlas :


« J’ai vu fuir et passer le temps qui nous devance,
Tel un cerf que jamais aucun chasseur ne joint.
J’ai vu nos fleurs d’hier, printemps plein d’inconstance,
Et l’hiver et l’été, comme en un même point.



« Ô pauvre bien-aimé, tout cet augure double
S’est reflété dans moi, mieux qu’au clair d’un miroir ;
Voici la trêve, et si quelque chose me trouble,
C’est la pitié que j’ai de ton vain désespoir.


« Laissons au cœur moins docte oser encor prétendre,
Et d’un vueil à cela mettre la vanité.
Car ne le sais-tu pas ! et que saurons-nous prendre
À cette ombre dissoute avant d’avoir été ? »