Poésies (Marie de France)/Fable XLIV

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Poésies de Marie de France, II, Texte établi par B. de Roquefort, Chasseriau (p. 220-221).

FABLE XLIV.

De la Berbis qui ot Aignelé [1].

Une Brebix ot aingnelé [2],
E li Brégiers li a osté
Son Aingnelet, si l’enporta.
A une Chièvre le bailla
Ki de sun let l’a bien nurri,
En bois le meine avoecques li [3].
[a]Qant el le vit créu et grant [4],

Si l’apela et li dist tant [5] ;
Va-t-en à la Berbis ta mère,
Et au Muton qui est tes père,10
Assez t’ai nurri lungement.
Cil respundi mult saigement :
Moi est avis que bien doit estre
Cele mère qui me vient pestre,
Melx que cele qui me purta
[b]Qant el de li me desseivra.

MORALITÉ.

Par cest Aignel poez saveir,
Q’amer doit-um è chier aveir
Ciaus qui bien lor funt anfance
Nès deivent metre en ubliance.20


  1. Phædr, lib. III, fab. xv, Canis ad agnum.
    Rom. Nil., lib. II, fab. 23.
  2. Mettre bas ; nos pères faisoient presque toujours d’un substantif un infinitif. Ils disoient aigneler, chater, chaeler ou chiener, faoner, oiseler, porceler, pour l’action de mettre bas, de faire des petits ; nous avons conservé le verbe enfanter.
  3. Elle.
  4. La chèvre voit l’agneau devenu assez fort pour se passer de ses soins.
  5. Alors.
Variantes.
  1. Puis l’apela et dist ytant
    Va deci tot maintenant.

  2. Et qui de li me deceivra.