Poésies (Marie de France)/Notice sur les fables

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Poésies de Marie de France, II, Texte établi par B. de Roquefort, Chasseriau (p. 1-48).

NOTICE
SUR LES FABLES.

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Les fabulistes sont de tous les temps, et les premiers d’entre eux n’ont fait emploi de l’apologue que pour offrir, à l’inflexible vérité, les moyens de frapper fortement les oreilles dédaigneuses de l’homme puissant, peu accoutumées ou mal disposées à l’entendre.

L’apologue diffère de la fable et cette différence est trop connue pour que je cherche à l’expliquer. Dans l’apologue, le poëte s’assujettit à donner des leçons ordinaires au commun des hommes ; mais dans la fable politique, il a en vue de rappeler, sous d’ingénieuses allégories, leurs devoirs aux princes et aux rois.

Des hommes de toutes les conditions, et le plus souvent des animaux, y décident souverainement de leur conduite civile et politique ; ils jugent enfin ces mortels qui se croient faits pour gouverner la terre et pour commander aux hommes.

Tous les fabulistes ont laissé échapper des instructions pour les souverains ; tels furent Bidpaï ou Pilpaï, Lockman, Ésope, Phèdre, puis dans le moyen âge Saint-Cyrille, Romulus et Marie. Ne dit-on pas même que la fable des Bâtons Flottants, auxquels Ésope comparoit la ville de Delphes, coûta la vie à son auteur ? Les crimes de Séjan, ce digne favori de Tibère, n’ont-ils pas été indiqués par Phèdre ? Ne voit-on pas Saint-Cyrille s’élever contre les hommes vicieux et Marie de France attaquer, combattre et livrer à l’infamie, l’affreuse féodalité ? En réfléchissant sur les productions des premiers fabulistes, on voit des sujets qui, pour le bonheur de l’humanité, se chargent d’instruire, de corriger, d’adoucir même le maître orgueilleux auquel ils étoient obligés d’obéir.

L’Angleterre, plus écrasée par le gouvernement féodal que les autres peuples de l’Europe, présentoit le spectacle d’un état partagé entre une foule de petits tyrans qui, fiers de leurs richesses ou de leur pouvoir, ne se soumettoient qu’avec peine à l’autorité du monarque, leur seigneur suzerain. Attentifs aux actions du prince, ils épioient sa conduite, n’attendoient que le relâchement du pouvoir suprême pour lever des troupes, pour faire, à leur gré, la paix ou la guerre, pour démembrer l’état et pour multiplier ainsi la tyrannie. Les grands ne sembloient paroître à la cour du suzerain que pour se mettre à l’enchère afin d’écraser leur ennemi et de partager ses dépouilles ou quelquefois pour vendre leurs services et trafiquer de leur loyauté. Loin d’être les protecteurs des veuves, des orphelins, des voyageurs ou des marchands, ils dépouilloient les uns, voloient les autres, et taxoient les derniers d’une façon arbitraire.

Les ecclésiastiques et les gens de loi, avides de richesses, également sûrs de l’impunité, suivoient le même exemple.

Le paysan esclave et attaché à la terre qui l’avoit vu naître y étoit vendu comme le bétail qu’il élevoit. Aussi une infinité de personnes molestées par l’abus de pouvoir, alloient chercher dans d’autres cantons une situation plus douce.

Si quelques publicistes pensent que la liberté soit le don le plus funeste qu’on puisse faire à un peuple agité, ignorant et corrompu, parce qu’il ne sait ni l’apprécier, ni la défendre, on conviendra sans doute que l’esclavage dans lequel vivoit l’Europe entière pendant les XII et XIIIe siècles étoit encore plus funeste, puisqu’il éteignoit tous les sentiments généreux que peut faire naître l’amour sacré de la patrie.

C’est au milieu de ce désordre épouvantable que naquit Marie de France. Transportée en Angleterre vers le commencement du XIIIe siècle, les romans des anciens Gallois ou plutôt des Bas-Bretons, dont il existoit encore un nombre assez considérable, lui fournirent les différents sujets de ses lais. Les succès qu’elle obtint dans ce genre de composition, engagèrent Guillaume-Longue-Épée à la solliciter pour traduire une collection de fables qui existoit en Anglois.

La version des quarante-trois fables publiée par le Grand d’Aussy, m’avoit fait naître le désir d’en transcrire la collection d’après les originaux, et la dissertation de mon savant ami M. Gervais de la Rue, en me faisant connoître tout le mérite des productions de Marie, me fit mettre ce projet à exécution.

Je pensai qu’en publiant ce travail, il devoit être favorablement accueilli, sur-tout si j’y ajoutois des notes sur les anciens usages, des explications des mots difficiles et des recherches sur les fabulistes latins du moyen âge qui avoient traité à-peu-près les mêmes sujets que Marie.

Il sera question de Romulus à la suite de cette notice sur les Fables de notre poëte Anglo-Normand, et je vais parler d’un autre fabuliste latin qui florissoit dans le IXe siècle ; c’est saint Cyrille, non le patriarche de Jérusalem et moins encore celui d’Alexandrie, mais le saint Cyrille qui fut apôtre des Sclavons et sur lequel M. Adry a fait une excellente dissertation[1]. Comme elle est peu connue, et que le fabuliste l’est bien moins, je vais donner une courte analyse du mémoire.

Saint Cyrille, d’abord appelé Constantin, naquit à Thessalonique, d’une famille de sénateurs. Envoyé à Constantinople pour y continuer ses études, il fit de si grands progrès, particulièrement dans la philosophie, qu’il fut surnommé le philosophe. S’étant lié d’amitié avec saint Méthodius, ils firent tous deux profession dans le couvent de saint Basile. Le jeune philosophe se distingua par la résistance qu’il opposa aux attaques de Photius contre le patriarche saint Ignace.

Les Gazares descendants des Huns et des Scythes européens, étoient la tribu la plus considérable des Turcs. Ces peuples ayant résolu d’embrasser le christianisme, prièrent l’impératrice Théodora, mère de l’empereur Michel III, de leur envoyer des prêtres pour les instruire.

Saint Cyrille, d’après l’avis de saint Ignace, ayant été désigné pour remplir cette mission[2], s’empressa d’apprendre la langue des Gazares[3]. Suffisamment instruit, notre philosophe part, arrive, prêche, convertit le khan ou le chef de ces peuples, et la nation entière reçoit le baptême. Bientôt des églises sont élevées, des prêtres font fumer l’encens devant la divinité et célèbrent ses louanges. Enfin, saint Cyrille ayant rempli sa mission et refusé les riches présents qui lui furent offerts par les Gazares[4], revint à Constantinople.

De nouveaux travaux apostoliques appellent saint Cyrille chez les Bulgares ou Wolgares, peuple venu des bords du Wolga ; saint Méthodius l’accompagna bientôt dans sa mission et lui devint fort utile. Bogoris, roi de ces idolâtres, avoit une sœur ; cette princesse ayant été faite prisonnière, fut conduite à Constantinople où elle se convertit à la foi.

Revenue près de son frère, la nouvelle cathécumène desira lui inspirer les sentiments qu’elle partageoit. Bogoris faisoit alors élever un superbe palais qu’il vouloit décorer avec magnificence. Il pria l’empereur de lui envoyer un habile peintre ; saint Méthodius qui excelloit, dit-on, dans la peinture, fut envoyé près de Bogoris, lequel demanda, entre autres tableaux, un sujet capable de glacer d’effroi les spectateurs. Méthodius choisit le jugement dernier et le rendit avec tant de force que la vue du tableau frappa le roi des Wolgares ; l’explication du sujet le frappe plus encore : voulant abjurer la religion de ses pères, il demande et obtient le baptême [5]. Ses peuples irrités de cette conversion se révoltent ; mais Bogoris ne tarde pas à les soumettre, et leur fait ensuite embrasser le christianisme.

Les deux amis, jaloux de poursuivre leur entreprise, passent en Moravie. Ce pays étoit gouverné par un prince que les uns appellent Rasticès et les autres Svatoplucus qui persécutoit les chrétiens [6]. Non-seulement les deux saints personnages convertissent les Moraves [7], mais encore les Bohémiens et ils introduisent parmi ces derniers l’étude des lettres. Ces ouvriers apostoliques établissent à Bude une espèce d’académie. Saint Cyrille invente les lettres sclavones et cet alphabet fut appelé, relativement à son nom, Cyrilique ; il est différent de celui dit de saint Jérôme, autre personnage que le fameux père de l’église dont les ouvrages nous sont parvenus. Comme le peuple n’entendoit que sa langue, les deux saints jugèrent à propos de permettre que l’office fût célébré en langue sclavonne [8]. Nicolas ier, qui avoit d’abord approuvé la résolution prise par Cyrille et par Méthodius, finit, par suite des plaintes de quelques évêques d’Allemagne, par les mander à Rome ; mais à leur arrivée, Nicolas venoit de terminer sa carrière, et son successeur Adrien II ayant écouté les raisons des deux saints, prononça en leur faveur. Revenus en Moravie, ils éprouvèrent quelques contrariétés de la part des évêques voisins ; mais Jean VIII, qui porta la tiare depuis 872 jusqu’en 882, leur écrivit pour les consoler et pour les encourager. Quelque temps après, les deux apôtres retournèrent à Rome où ils moururent, et ils furent inhumés dans l’église de saint Clément dont on assure qu’ils avoient apporté le corps de la Chersonnèse. On ignore l’année de leur décès, mais ils furent déclarés saints, car les Grecs et les Russes célèbrent la fête de saint Méthodius le 11 de mai, et celle de saint Cyrille le 14 février [9].

J’indique la collection des fables composées par saint Cyrille, parce que l’auteur a emprunté le sujet de plusieurs de ses apologues d’auteurs plus anciens ; cinq ou six fables sont imitées d’Ésope, et quelques-unes sembleroient avoir une origine arabe ou persanne. Il paroîtroit même que notre roman du Renard [10] auroit une source semblable, et on voit des vestiges de ce roman, si souvent traduit, dans plusieurs fables de saint Cyrille.

M, Adry observe justement que le tour de phrase de ces apologues suffit pour prouver qu’ils étoient originairement écrits en grec. Peut-être saint Cyrille les traduisit-il lui-même en sclavon, ou bien ils furent traduits dans cette langue par quelqu’un de ses disciples. Le nombre des fables composées par le philosophe du moyen âge s’élève à quatre-vingt-quinze, divisées en quatre livres [11]. En général, on y trouve des allusions souvent trop recherchées et peu heureuses ; « les acteurs des fables sont trop savants ; leurs discours sont des espèces de sermons, et on est étonné de voir les animaux citer les philosophes, l’histoire et plusieurs passages des livres saints. En général, il a trop peu d’action, et ce ne sont la plupart du temps que des discours où l’on sent trop l’auteur et la profession dont il étoit. Ces discours, au reste, placés ailleurs, seroient excellents et de plus, ces défauts ne s’étendent pas à toutes les fables, car il y en a plusieurs où toutes les convenances sont parfaitement bien observées. »

Au surplus, ces fables ont été publiées en langue sclavonne et dans plusieurs bibliothèques de Bohême, on en trouve d’anciens manuscrits. Elles ont été d’abord traduites en vers allemands, puis en prose. Ces fables enfin ont eu différentes éditions en latin, parmi lesquels on doit distinguer celles de la bibliothèque Royale [12], de la bibliothèque du Panthéon, dont M. Adry a fait la description. Je renvoie à son mémoire pour connoître les différentes réimpressions de ce livre, dont le duc de la Vallière possédoit un exemplaire in-fo, gothique, sans date, sans signatures, sans réclames, et à longues lignes. L’ouvrage formoit trente-quatre pages entières [13].

Cette digression m’a fait abandonner pour un moment mon sujet, et je me hâte d’y revenir. Après avoir lu tous les auteurs françois et anglois qui avoient parlé de Marie et de ses productions, je transcrivis ses fables d’après un fort beau manuscrit de la fin du XIIIe siècle. Ce manuscrit, après avoir fait partie de plusieurs bibliothèques particulières, étoit destiné pour Londres, et le libraire me l’ayant communiqué pour en faire la notice, je m’empressai, avec sa permission, de transcrire les quatre-vingt-dix-huit fables qu’il contenoit.

Ce premier travail, aride et sur-tout ennuyeux, n’étoit rien encore. Il falloit comparer ma copie avec les différents manuscrits de la bibliothèque Royale ; il falloit prendre les différentes leçons afin de faire choix des meilleures, indiquer les variantes, corriger les passages mal transcrits, retrancher les additions faites par un copiste ignorant, et enfin interpoler les vers oubliés pour parvenir à former un ensemble parfait. Je me servis principalement pour cet examen des manuscrits n° 1830, fonds de l’abbaye Saint-Germain ; nos 7615 et 7989, ancien fonds ; M. n° 17, M. n° 18, E. n° 6, N. n° 2, fonds de l’église de Paris. Annoncer plusieurs manuscrits du même ouvrage, c’est annoncer autant de versions différentes, et ces manuscrits s’accordent si peu entre eux que celui qui m’a servi de guide contenoit le prologue, quatre-vingt-dix-huit fables et l’épilogue [14]. Le n° 1830 [15], renferme soixante-sept fables et l’épilogue [16] ; le n° 7615 [17], le prologue, quatre-vingt-huit fables et l’épilogue. On trouve dans le n° 7989 [18], qui provient du fonds de Baluze, le prologue et cent trois fables [19] ; le n° M. 17 contient le prologue et cinquante-huit fables [20]. On trouve dans le n° M. 18, le prologue et soixante-quatre fables [21] ; dans le n° E. 6, le prologue, quatre-vingt-douze fables et l’épilogue [22] ; enfin, le n° N. 2 renferme le prologue et soixante-trois fables [23]. La version insérée dans le n° M. du fonds de l’église de Paris, est une imitation ou plutôt une espèce de paraphrase de trente-huit fables d’Ésope, mises en vers dans la première moitié du XIVe siècle [24].

Ce n’étoit pas assez de collationner mon exemplaire avec les manuscrits de France ; il fallait encore corriger d’après les manuscrits d’Angleterre. Indépendamment des secours qui m’étoient offerts par M. Tyrwhitt dans ses notes sur Chaucer, par M. Ellis, dont on doit regretter la perte récente, dans ses Speciments. Mon savant confrère M. de La Rue, a bien voulu me communiquer les différentes copies des fables Françoises qu’il avoit faites à Londres.

Le museum Britannicum possède trois manuscrits qui renferment les fables de Marie. Le premier [25] contient soixante-une fables auxquelles il manque la conclusion ; le second [26], outre le prologue et l’épilogue, quatre-vingt-trois fables ; enfin, le troisième [27] est le plus complet, car il en renferme cent-trois, y compris le prologue et la conclusion.

M. Francis Douce, l’un des membres les plus distingués de la société des antiquaires de Londres, possesseur d’une bibliothèque riche en manuscrits, en a un qui contient les fables de Marie. C’est par la comparaison de ces textes divers que je suis parvenu à rétablir celui que j’offre au lecteur, à choisir les meilleurs leçons ; enfin, à présenter quelques variantes curieuses.

La bibliothèque du roi possède, comme il a été dit, un grand nombre de manuscrits dans lesquels se trouve la copie des fables de Marie, et qui contiennent plus ou moins de fables et de leçons différentes ; mais d’où peut provenir cette multitude de variantes qu’on remarque dans les copies ? Marie ne publia-t-elle originairement qu’une partie de ses ouvrages ? A-t-elle fourni par suite quelques suppléments, ou bien étoit-il permis à ses copistes de faire un choix de ses fables, de les prendre ou de les rejeter, et enfin de les changer, soit en les corrigeant, soit en y ajoutant, soit en supprimant de leur propre autorité ? Cette dernière opinion paroît être la plus probable ; car en comparant les manuscrits, on s’aperçoit que les copistes ont souvent retranché, soit le prologue, soit l’épilogue, soit enfin un plus ou moins grand nombre de fables. On en doit conclure que ces écrivains copiant, ou pour des amateurs qui ne vouloient qu’un choix des productions d’un auteur, ou quelquefois pour leur propre compte, s’inquiétoient peu de la postérité et des peines qu’ils préparoient aux Saumaises futurs ; c’est ce qui explique pourquoi il se trouve un si grand nombre de manuscrits imparfaits, comme il se trouve des éditions tronquées et mutilées.

Le Grand d’Aussy [28] avance un autre système ; il assure que les copistes se sont permis d’insérer différentes pièces étrangères parmi les fables de Marie [29]. Pour donner plus de vraisemblance à cette assertion et pour la soutenir, Le Grand auroit dû nommer et faire connaître les écrivains qu’il soupçonnoit être les auteurs de ces contes. Ayant négligé ce point important, on ne peut lui accorder aucune confiance, d’autant plus que ces mêmes contes se retrouvent dans presque tous les manuscrits de France et d’Angleterre. On ne peut présumer, malgré toutes les apparences et toutes les raisons qu’on pourroit apporter, que les copistes des deux nations aient pu s’entendre pour changer ou plutôt pour augmenter le nombre des fables ; et eu égard à la correspondance parfaite des manuscrits anglois et françois, n’est-on pas forcé de regarder les assertions de Le Grand comme chimériques et illusoires ? En admettant pour un moment ces mêmes assertions, ne pourroit-on pas demander depuis quelle époque une addition de contes ou de fabliaux, dans une collection de fables, peut devenir la preuve de la falsification d’un manuscrit ?

Si ce système étoit jamais admis, on pourroit alors regarder les fables d’Ésope [30] et de Phèdre comme ayant été altérées ; on pourroit même rejeter comme leur étant étrangères, toutes les pièces dont ils ont embelli leurs ouvrages, et qui, s’éloignant du genre qu’ils avoient adopté, plaisent au lecteur par la variété et raniment son attention. Personne, jusqu’à ce jour, ne s’est certainement imaginé de penser qu’elles leur aient été faussement attribuées. Rejetons un point de critique aussi erroné que nouveau, et pensons que Marie avoit traduit les petits contes qui se trouvent parmi les fables. Elle les avoit trouvés, sans doute, dans l’original anglois ; elle les a embellis et ornés avec les graces de son esprit et les charmes de la poésie de son temps. Le Grand d’Aussy nie encore l’existence de la collection de fables traduites en anglois ; il assure même que cette prétendue version n’est qu’une sorte de charlatanerie littéraire fort en usage dans les XIIe et XIIIe siècles où, presque toujours, on ne pouvoit publier un ouvrage sans annoncer qu’il étoit traduit du latin ou de l’anglois [31]. En effet, la plus grande partie de nos anciens romanciers, particulièrement ceux de Charlemagne et de la Table-Ronde, affirment que leurs ouvrages sont traduits du latin.

Mais c’est une grande question parmi les savants que de savoir si ces ouvrages ont jamais existé dans cette langue ; et comme cette question n’a pas été débattue aussi sérieusement qu’elle le mérite, la décision de Le Grand me paroît irréfléchie ; j’ajouterai même qu’elle me semble au moins très-hasardée, puisque l’on peut produire plusieurs des originaux qui ont servi de guide à nos anciens trouvères. Tels sont les écrits de Geoffroy de Monmouth, la Chronique de Charlemagne du faux Turpin, l’histoire du Siége de Troie, par Darès le Phrygien et par Dictys de Crète ; l’Image du monde, les Traités de physique et d’histoire naturelle mis en vers françois par Phylippe de Than, Gautier de Metz, Guillaume de Normandie, Osmont ; puis le recueil du Castoyement, le roman de Dolopathos, etc. [32].

J’abandonne volontiers cette discussion, pour prouver que les fables de Marie sont traduites d’après une version angloise qui existoit de son temps sous le titre de Fables d’Ésope.

En examinant la manière dont notre fabuliste parle de sa personne, on remarquera que son nom n’étoit pas Marie de France comme l’affirment tous les biographes et bibliographes. Elle dit seulement qu’elle se nomme Marie et qu’elle est née en France [33].

Il sera facile de s’apercevoir, en considérant. le quatrième vers, qu’elle écrivoit dans un pays qui n’étoit pas le sien. C’étoit un ancien usage parmi les premiers écrivains françois d’ajouter à leur nom celui de la ville où ils avoient vu le jour ; cette coutume existoit même chez les auteurs latins du temps, qui ne manquoient jamais de dire s’ils étoient nés en France ou en Angleterre. Mais lorsqu’un de nos trouvères écrivoit dans sa patrie ou dans une autre province du royaume, qu’il écrivoit dans la langue de son pays, il ne se disoit pas être né en France. Ainsi les vers de Marie qui viennent, d’être rapportés, confirment qu’elle avoit composé ses ouvrages dans un pays étranger dont la plus grande partie des habitants parloient et cultivoient la langue et la littérature françoise. Où trouver une contrée dans laquelle cette langue fût plus en usage qu’en Angleterre ? Marie ne se dit née en France que pour éviter d’être confondue avec les trouvères anglo-normands, et peut-être aussi pour donner plus d’importance à ses productions. Ne voit-on pas Guernes de Pont-Sainte-Maxence qui écrivoit à Cantorbéry dans le XIIe siècle, prévenir ses auditeurs et ses lecteurs qu’il est né françois, et qu’ainsi ses écrits doivent être plus estimés par la correction et par la pureté du style [34].

Le Grand d’Aussy, qui malheureusement ne cite jamais, a dit sans aucune preuve, que parmi les poëtes françois du XIIIe siècle, il était d’usage d’annoncer leurs productions comme étant traduites de l’anglois. Une semblable assertion auroit dû nécessairement être appuyée par quelques témoignages. M. de la Rue et moi n’avons pu découvrir que deux écrivains qui déclarent avoir fait des versions d’après des ouvrages anglois.

L’un est Geoffroy Gaimar, contemporain du célèbre Robert Wace qui, dans le XIIe siècle, composa une Histoire des rois anglo-saxons en vers françois ; non-seulement il annonce avoir puisé dans les manuscrits anglois et gallois, mais il cite encore les personnes qui ont bien voulu les lui communiquer. Il rapporte avec une attention minutieuse les difficultés sans nombre qu’il lui a fallu surmonter pour parvenir à se les procurer. Je ne pense pas qu’après s’être expliqué aussi catégoriquement, on soit tenté de nier le récit de Geoffroy Gaimar, car une partie des ouvrages consultés par ce poëte est parvenue jusqu’à nous, et l’on sait que l’autre partie a existé.

Adopter une pareille opinion, ce seroit consacrer un scepticisme à-la-fois injuste et dangereux sur les témoignages des auteurs anciens.

L’autre poëte qui dit aussi avoir traduit de l’anglois, est Marie elle-même. En parlant d’Ésope, elle prévient qu’un roi d’Angleterre ayant traduit cet auteur dans la langue de son pays, elle s’est servie de cette version pour faire la sienne [35].

On ne peut donc contester l’existence de cette version en anglois, pourquoi ce peuple n’auroit-il pas eu une collection de fables écrites dans sa langue ? Quel est le littérateur qui voudroit soutenir un avis semblable ?

Pourquoi ne pas croire au témoignage d’un poëte qui assure avoir traduit ses fables d’après un original anglois et qui semble même s’applaudir de ce travail ; n’auroit-il pas trouvé bien plus d’avantages et de gloire à passer pour l’auteur, s’il l’eût été réellement ? En supposant même que son témoignage ne soit pas suffisant, il est facile de constater la vérité par d’autres moyens. Un manuscrit du museum Britannicum [36] contient la plus grande partie des fables d’Ésope en latin. Dans le préambule, il est dit expressément et en termes fort clairs qu’elles ont été traduites en anglois. L’écriture de ce manuscrit est du commencement du XIIIe siècle, temps où florissoit Marie ; et le copiste écrivant en latin, on ne peut le soupçonner d’en avoir imposé, lorsque, sous un point de vue historique, il a fait mention de la version angloise.

En examinant avec attention les fables de notre poëte, on découvre aisément la preuve qu’elles ont été traduites de l’anglois. D’abord il y est souvent fait mention des comtes et de leurs juges, des grandes assemblées pour rendre la justice, des ordonnances royales qui en étoient émanées, etc. Quel pays, autre que l’Angleterre, étoit divisé en comtés ? Quel autre pays possédoit de semblables établissements ? Veut-on une preuve plus convaincante ? Dans sa traduction en vers françois, Marie a conservé plusieurs expressions de l’original anglois. Tels sont les mots Welke [37], Witecocs [38], Grave [39], Verbes et Wibets [40], Wassel [41] et autres.

Mais il me semble que cette collection de fables d’Ésope présente un degré d’intérêt et de difficulté infiniment plus important, et qui réclame bien autrement l’attention, que les conjectures de Le Grand d’Aussy. Cette, collection étoit-elle une traduction fidèle du fabuliste grec ? En quel temps et par qui a-t-elle été faite ? Marie a-t-elle suivi littéralement cette version ? Peut-être qu’au premier aperçu, ces questions pourront paroître déplacées ; mais je pense que leur discussion prouvera qu’elles ont des rapports intimes avec l’histoire littéraire des Normands et Anglo-Normands, et avec la vie privée de notre poëte ; dès-lors elles ne seront point regardées comme étrangères dans une notice sur les ouvrages de Marie.

La collection des fables d’Ésope, qui passoit pour être la plus complète, est, je crois, l’édition publiée à Francfort en 1610, par Nevelet, et réimprimée en 1660, qui renferme 297 fables. Les manuscrits, tant anglois que françois, dans lesquels se trouve la traduction de Marie, n’en contiennent que cent trois, dont trente-une seulement appartiennent à Ésope. Donc elle n’a pas traduit cet auteur en entier, parce que la version angloise qu’elle avoit consultée n’étoit pas une traduction complète du fabuliste grec. Il paroît même que c’étoit un recueil ou plutôt une compilation de divers auteurs, dans laquelle quelques-unes des fables d’Ésope avoient été insérées. Cependant Marie a intitulé son ouvrage le Dit d’Ysopet ou le livre d’Ésope. Elle prévient même qu’elle translata ce fabuliste en langue romane ; elle s’imagina, sans doute, traduire réellement l’auteur phrygien, et le crut avec d’autant plus de raison que l’original latin portoit le même titre. Ce qui doit achever de lever la difficulté, c’est que le manuscrit déjà cité renferme, suivant l’introduction, cinquante-six fables et fabliaux, d’abord traduits en prose latine, puis en prose angloise. Dans ce manuscrit comme dans ceux qui contiennent la version de Marie, il se trouve beaucoup de fables et de fabliaux attribués à Ésope, qui n’ont jamais pu être composés par ce sage. J’ajouterai que si l’on compare les fables qui lui sont attribuées avec celles qui ont été mises en vers par Marie, on s’apercevra bientôt que ces dernières ne peuvent être regardées comme une version littérale des premières. Les récits de Marie sont bien plus circonstanciés que ceux d’Ésope ; ses réflexions morales ou son genre de moraliser sont bien différents, puisqu’ils se rapportent toujours au abus du gouvernement féodal ; sa manière se rapproche beaucoup plus de Phèdre que de l’écrivain grec.

Il est facile de se convaincre de cette vérité en comparant les sujets traités par le fabuliste romain avec ceux de Marie. Il sera également facile, après la plus légère attention et à l’instant même, de s’apercevoir que le poëte anglo-normand avoit sous les yeux les productions de l’affranchi d’Auguste, et qu’en plusieurs endroits il a littéralement traduit les fables qu’il lui a prises.

Je sais qu’on pourra s’élever contre cette assertion, qu’on objectera que les œuvres de Phèdre n’ont été découvertes que vers la fin du XVIe siècle [42]. Cette objection et plusieurs autres qu’on pourroit faire encore, ne peuvent détruire les motifs qu’on a de croire que Marie a connu le fabuliste romain, du moins par la version de Romulus.

On me fera sans doute observer que Marie a prévenu que la version angloise dont elle a fait usage, étoit une traduction du grec ; mais on répliquera d’abord que les fables de Phèdre peuvent prendre le nom d’Ésope, puisque l’auteur le dit lui-même en tête du prologue [43] ; ensuite, quoique Marie eût peut-être autant de feu et d’imagination que le poëte latin, qui brille principalement par l’élégance et la correction, elle n’avoit pas l’instruction nécessaire pour distinguer, au premier aperçu, quelle étoit la production de Phèdre ou celle de l’écrivain grec [44].

Quelques légers développements vont fournir la preuve de ce que j’avance. Dans son prologue, Marie prévient que les fables qu’elle traduit de l’anglois, l’avoient été déjà de grec en latin par Ésope ; puis elle met en vers les fables du Bœuf qui assiste à la Messe, du Loup qui jeûne pendant le Carême, la Dispute du Moine et du Paysan au sujet de la Bible, du Lion qui assembla son Parlement, etc. Certes, avec le peu de connoissance qu’elle pouvoit avoir de l’histoire ancienne, il lui étoit impossible d’ignorer que le bon Ésope ne pouvoit avoir aucune notion sur la messe, le paradis, la bible, le carême, les parlements, les grands vassaux, et autres choses inventées ou mises en usage ou connues bien long-temps après lui. Mais, se demandera-t-on, quelle étoit cette version angloise dont s’est servie Marie ? Il est difficile de répondre positivement à une question aussi embarrassante ; cependant, par quelques remarques, je vais essayer de l’éclaircir.

La grande réputation d’Ésope engagea plusieurs écrivains latins du moyen âge, à publier des collections de fables sous son nom ; et afin qu’on ne doutât pas qu’elles lui appartinssent, les faussaires eurent soin d’y faire entrer un nombre plus ou moins grand de celles qu’il avoit composées. Parmi ces compilateurs, on remarque Romulus, Accius Bernardus, Salon, et plusieurs autres qui ont gardé l’anonyme.

Le premier, qui est le plus célèbre, a dédié ses fables à son fils Tibérinus ; il y en a quatre-vingts écrites en prose latine, dont la plus grande partie est traduite d’Ésope ou de Phèdre. Rimicius les publia vers la fin du XVe siècle ; Frédéric Nilantius en a donné une édition à Leyde, en 1709, avec quelques notes curieuses et intéressantes. Ces deux éditions ont été effacées par celle qui a été publiée à la suite du Phèdre par M. Frédéric Schwabb [45]. Fabricius, qui n’avoit connu que soixante fables de Romulus, dit qu’elles étoient composées depuis plus de 500 ans [46].

Dans son introduction, Marie parle de ce Romulus, de son fils, et donne au premier le titre d’empereur. Après avoir fait remarquer combien d’avantages il résulte pour les hommes instruits qui peuvent s’occuper à extraire dans les ouvrages des anciens philosophes, les proverbes, les sentences, les fables, les moralités qu’ils contiennent pour l’instruction de leurs semblables, afin de les conduire dans les sentiers de la vie et les amener à la vertu, elle ajoute que l’empereur Romulus a suivi ce plan avec succès pour régler la conduite et les actions de son fils. Vincent de Beauvais, contemporain de Marie y fait aussi mention de ce Romulus et de ses fables [47]. Fabricius et M. Schwabb [48] conviennent également que cet écrivain a beaucoup imité Phèdre, et qu’il a conservé même jusqu’à ses expressions.

Quel étoit ce Romulus qualifié d’empereur ? Étoit-ce le dernier souverain de ce nom qui portoit encore celui d’Augustulus ? Étoit-ce Romulus le grammairien dont quelques écrivains ont fait mention ? Cette discussion trouvera sa place à la suite de la préface sur les fables.

Il est vraisemblable que le recueil original latin des fables, a été l’ouvrage de quelques religieux du XIe ou du XIIe siècle. On en trouvera la preuve dans ce mélange d’apologues, de rites catholiques, et par des passages entiers tirés de la Bible que, suivant l’usage du temps, le compilateur mêle au texte ancien, afin de captiver sans doute l’attention, et d’assurer le succès de son travail.

Il est certain que du temps de Marie, cette collection de fables qui porte le nom de Romulus existait, et que cet auteur a beaucoup imité Phèdre ; que ces fables, auxquelles des écrivains inconnus ont ajouté toutes les sottises de leur temps, avoient été traduites en Anglois. C’est sans doute d’après une version pareille que Marie a fait la sienne ; mais quel étoit l’auteur de la traduction Angloise ? Les manuscrits dont je me suis servi pour mon travail, l’attribuent à un roi nommé Amez, Auvert, Auvres et Mires. Il en est de même de deux autres copies citées par Duchesne [49], par Pasquier [50] et par Ménage [51]. Dans les manuscrits du Museum Britannicum [52], l’auteur est appelé Alurez ou Alvrez, Affrus et Henry.

Il est assez difficile de choisir parmi ces diverses dénominations ou dans ces variantes orthographiques, quelle est celle qui doit conduire à la vérité. Aucun historien n’a parlé d’un roi Mires, ou Amez, ou Auvert, ou Auvres ; mais les personnes, versées dans la connaissance des anciennes écritures et dans la lecture des ouvrages de nos vieux auteurs, découvriront sans doute que c’est le nom du roi Alfred qui a subi des changements si barbares et si grossiers. Ainsi deux monarques anglois sont désignés comme translateurs ; mais lequel des deux est l’auteur de la version dont s’est servie Marie ? Cet ouvrage peut il avoir été fait par Alfred ? Doit-il être attribué à l’un des princes qui ont porté le nom de Henri ? C’est ce que nous allons examiner.

On ne sauroit trop rendre hommage au mérite du roi Alfred, au zèle qu’il mit à cultiver les belles-lettres et à ses efforts pour en étendre l’usage parmi ses peuples. Il parloit avec facilité, savoit bien le latin, et entendoit passablement le grec. C’étoit un homme très-savant pour son siècle [53]. Mais par quelle raison, ou plutôt par quelle fatalité, Asser, qui a été son historien [54], ainsi que Guillaume de Malmesbury [55], en parlant des diverses productions dues à la plume de ce prince, n’ont-ils fait aucune mention de cette traduction des fables d’Esope. D’où vient que Spelman, à qui l’on doit une histoire si étendue de ce monarque [56], et qui semble avoir recueilli toutes les circonstances de sa vie littéraire et politique, a-t-il gardé le silence le plus absolu sur cette version, tandis qu’il a nommé celles de Boëce et du Pastoral de saint Grégoire ? Comment se fait-il que deux historiens qui font connoître jusqu’aux moindres circonstances, jusqu’aux plus petits détails de la vie d’Alfred, aient pu oublier un ouvrage qui auroit donné une preuve certaine de la science et des connoissances de ce monarque dans la langue et la littérature grecque. Ce silence de la part des historiens doit autoriser à douter de ce fait ; les raisons suivantes le prouveront encore mieux.

Au silence des biographes qui ont parlé d’Alfred, on peut joindre le témoignage de Spelman qui a fait connoître les différentes productions de ce prince [57], et qui ne parle pas de celle-ci. Mais comment expliquer ce grand nombre d’expressions qui appartiennent à un gouvernement féodal dans sa plus grande vigueur, ainsi que les moralités qui, souvent en font une critique amère ? Elles se trouvent dans la version angloise que tout démontre n’avoir pu être faite du temps d’Alfred. On sait que ce prince, né l’an 848, monta sur le trône vers l’année 871, et mourut en 901. Marie florissoit au commencement du XIIIe siècle ; n’ayant appris la langue angloise qu’à cette époque, il n’est pas possible de croire, qu’elle ait entendu et compris le langage d’un versificateur anglo-saxon du IXe siècle. Le laps de temps, les descentes des Danois et des Normands dans le XIe siècle, avoient singulièrement contribué au changement de l’anglo-saxon ; ensuite, dans le siècle suivant, le reste des peuples qui habitoient les provinces occidentales et les provinces du Nord de la France, devinrent dépendants de l’Angleterre. Par leur commerce, par leurs voyages et par leur séjour dans la Grande Bretagne, ils introduisirent des changements considérables dans le langage.

Il est aisé de croire, d’après les raisons qui viennent d’être exposées, que Marie ne pouvoit entendre la langue parlée du temps d’Alfred. Examinons encore si cette difficulté ne peut pas être levée par la comparaison de quelques autres ouvrages.

Les poëmes de Robert de Glocester qui écrivoit en anglois au temps de Marie, existent encore ; et comparés aux compositions anglo-saxonnes du roi Alfred, ils doivent aisément faire connoître les variations survenues dans la langue angloise, depuis le IXe siècle jusqu’au XIIIe ; mais pour bien juger de ces changements, il est indispensable d’avoir une connoissance approfondie de la langue à ces deux époques. Le savant docteur Johnson convient qu’avant le XIIe siècle, la langue angloise avoit subi de grands changements, et que dans le siècle suivant, Robert de Glocester employoit un dialecte qui n’étoit ni saxon, ni anglois, mais une langue qui participoit des deux [58]. Cet auteur écrivant pour être entendu de ses contemporains, il falloit qu’il se servit du langage usité de son temps ; c’étoit un mélange de saxon, de normand-françois, et du nouvel anglois qui prenoit naissance alors. En réfléchissant aux peines que s’est données Marie pour apprendre le rude et grossier langage de Robert de Glocester, on doit supposer qu’il lui auroit été impossible de comprendre celui du roi Alfred. Mais le manuscrit du British Museum n’attribue [59] pas ce recueil de fables à ce prince, il porte seulement que cette traduction fut faite par ses ordres. Aussi Spelman [60] nous apprend qu’il engagea et obligea la plupart des savants à instruire le peuple au moyen de chansons et d’apologues en langue vulgaire.

Les faits qui viennent d’être énoncés porteroient à présumer que ce recueil fut l’ouvrage des savants dont le roi aimoit à s’entourer ; malheureusement Spelman ne donne aucune preuve qui appuie cette opinion ; et ce qui doit contribuer à la faire rejeter, ce sont des noms de Séneschal, de Justicier, de Viscomte, de Prévost, de Baillif, de Vassal, qui se rencontrent dans la version latine et dans la traduction en vers françois, et qui devroient se trouver dans le texte anglois. Or, ces mots ont été introduits par les Normands lors de la conquête de la Grande-Bretagne par Guillaume le bâtard [61]. La morale des fables renferme des allusions fréquentes aux vices du gouvernement féodal, aux abus de pouvoir commis par les seigneurs, aux exactions et aux violences exercées par leurs agents. Cette nouvelle preuve démontre parfaitement que la version angloise est postérieure au règne d’Alfred ; et, avant de l’attribuer à ce monarque ou à quelque savant de sa cour, il est nécessaire de démontrer que Marie, qui avoit appris la langue angloise dans le XIIIe siècle, étoit en état de comprendre et d’expliquer l’anglo-saxon du IXe ; ce que nous avons démontré ne pouvoit être possible.

Mais, dira-t-on, un manuscrit [62] attribue cette version au roi Henri. Trois princes ont porté ce nom : examinons si l’un d’entre eux peut être regardé comme le traducteur du recueil. On sait que Marie florissoit sous Henri III ; et, dès le règne de Henri Ier, les François et les Normands connoissoient les fables d’Ésope, ou du moins celles qui lui furent attribuées dans le moyen âge [63].

Raoul de Wassy, fils de Robert, archevêque de Rouen, mourut en 1064, sans enfants ; le duc de Normandie crut pouvoir réunir la succession de Raoul à son domaine. C’est de l’archevêque Robert que sortit aussi la branche des comtes d’Évreux, et l’un des seigneurs de Montfort épousa la seule héritière de cette maison. Cependant quelques collatéraux avoient aussi des prétentions légales à la succession. Mais le duc Guillaume, petit neveu de Robert, pensa qu’il pouvoit s’emparer de la totalité de l’héritage ; il employa la violence et la force pour faire échouer leurs prétentions ; et pendant la vie du conquérant, les héritiers naturels furent privés de leurs droits. Bientôt après sa mort, ils trouvèrent le moyen de les rétablir et de les faire valoir contre Robert Courte-House, et en les affirmant, ils reprochent à la mémoire de son père d’avoir fait le partage du lion, en s’emparant de l’héritage de leur parent. [64]. Cette expression proverbiale employée dans un grand procès, démontre pleinement que les écrits du fabuliste grec, ou du moins de ceux qui l’avoient imité, étoient connus des Normands du XIe siècle [65]. Il est possible alors que Henri Ier ait pu les étudier et les traduire en anglois.

Tous les historiens ont accordé à ce prince le surnom de Beau-Clerc, et aucun n’a donné les raisons qui lui avoient mérité un titre si honorable, qui n’étoit accordé qu’aux savants ou aux gens qui aspiroient à le devenir. Il est possible alors, puisque ce monarque a réellement obtenu un surnom si flatteur et si distingué, qu’il soit l’auteur de la version angloise traduite par Marie. Cette opinion est appuyée et justifiée par les historiens contemporains, qui ont accordé à Henri Ier le titre de Beau-Clerc ; il est à présumer qu’il en fut digne et qu’il le mérita, car il aima les lettres et encouragea ceux qui les cultivoient. Il appela auprès de lui les écrivains les plus distingués et les récompensa d’une manière digne d’un grand souverain. Et ce qui pourroit ajouter encore à ce qui vient d’être dit, c’est la quantité de mots féodaux, qui abondent dans les fables, dont l’usage et l’emploi se rattachent parfaitement au règne de ce prince.

Si cette opinion est rejetée, on ne peut avancer que cette traduction ait été faite par Henri II ; son règne fut trop orageux, et un pareil travail exige de la tranquillité. Ce n’est que dans la paix qu’on peut sacrifier aux muses, et les graces qui les entourent s’enfuient au bruit des armes et aux cris de guerre. Donc, Henri II n’est pas l’auteur que nous cherchons. Mais ne seroit ce pas Henri III ? Au caractère que les historiens ont attribué à ce monarque, au peu de connoissances et de moyens qu’il possédoit, on ne peut le croire capable d’un travail semblable. Marie a-t-elle suivi littéralement la version angloise ? Pour répondre catégoriquement, il seroit absolument nécessaire de connoître cette version, et l’on ignore aujourd’hui si elle existe. Afin de recueillir quelques documents à ce sujet, il faut comparer les fables de Marie avec celles des fabulistes du moyen âge. Par cette comparaison, on remarquera que Marie ayant traduit cent trois fables de l’anglois en françois, il s’en trouve soixante-cinq sur ce nombre dont les sujets ont été traités par Ésope, par Phèdre, par Romulus, et par l’auteur anonyme des fabulæ antiquæ, publiées par Nilantius. On remarquera également que la version angloise n’a pas seulement été compilée d’après ces auteurs, mais d’après divers fabulistes dont les noms sont inconnus, puisque dans les fables de Marie il y en a trente-neuf qu’on ne trouve ni dans les auteurs cités, ni dans aucun autre de ce genre.

La version angloise semble avoir contenu un plus grand nombre de fables que celle de l’auteur françois ; des cinquante-six fables que renferme le manuscrit cité [66], il en est sept dont Marie n’a pas fait usage ; il paroît qu’elle choisissoit les sujets qui sembloient lui être plus agréables et qu’elle rejetoit les autres. Alors la traduction de Marie doit être considérée comme un extrait de la collection angloise.

Mais la grande collection fut sans doute l’ouvrage des Anglo-Normands ; car on y reconnoît leur langage dans les XIe, XIIe et XIIIe siècles ; elle existoit chez eux en latin ; et une chose digne d’attention, c’est que dans les siècles d’ignorance, l’Angleterre et la Normandie avoient des fabulistes, tandis que la Grèce et Rome ne possédèrent les leurs qu’aux époques les plus brillantes de leur littérature et de leur civilisation.

Parmi les manuscrits d’Angleterre, il s’en trouve trois [67] qui renferment un grand nombre de fables et de contes dévots, écrits en latin dans le moyen âge ; les deux premiers sont anonymes et le dernier est attribué à maître Odon de Cirington [68]. Plusieurs de ces pièces sont agréables et remplies d’esprit ; mais ce qui les rend bien plus intéressantes, ce sont les notions qu’elles donnent sur les coutumes et les usages des Anglois dans ces temps reculés.

Il est à présumer qu’on doit chercher les auteurs et les compilateurs de ces historiettes, parmi les religieux des monastères de la grande Bretagne. Les morales portent fréquemment sur les plaisirs ou les ennuis de la vie monastique. Les sentences de la Bible, les écrits des pères, les passages des livres saints dont on trouve un assez grand nombre, prouvent encore en faveur de cette présomption. M. de la Rue a vainement examiné ces manuscrits avec la plus grande attention, dans l’espoir de trouver les originaux des trente-neuf fables de Marie ; ses recherches ont été infructueuses, et jusqu’à-présent les auteurs qu’elle a imités sont inconnus. Cependant le savant critique a fini par en trouver quelques-unes qu’il a découvertes après un grand nombre de lectures.

On seroit peut-être tenté de conclure que ces trente-neuf fables ont été composées par Marie ; mais en y réfléchissant, on verra qu’elle même n’a donné à son ouvrage que le titre de traduction, et qu’elle se fait honneur de l’avoir entreprise. Or, si ces fables avoient été le fruit de ses méditations et de son génie, comment auroit-elle passé sous silence un fait semblable ? Lorsqu’un auteur et sur-tout un poëte s’enorgueillit du titre modeste, de traducteur, peut-on présumer qu’il sacrifieroit le nom d’inventeur lorsqu’il a des raisons suffisantes pour l’obtenir ? D’ailleurs Denys Pyranius, qui a tant vanté la fertilité et la richesse du génie de Marie lorsqu’il a parlé de ses lais, assure qu’elle a traduit les fables.

Le Grand d’Aussy en a publié quarante-trois qu’il a imitées en prose [69] ; et c’est à peu près le nombre de celles qui ne se trouvent pas, tant parmi les auteurs anciens que parmi les écrivains du moyen âge. La version de le Grand n’est pas toujours littérale ; il paroît même, en plusieurs endroits, s’être considérablement éloigné de l’original. On doit encore à ce critique, la version de divers contes ou fabliaux qu’il a, mal-à-propos, attribués à d’autres trouvères, mais qui appartiennent incontestablement à Marie [70].

J’ai fait pressentir que la Fontaine avoit eu connoissance des fables de Marie, et qu’il en avoit emprunté plusieurs sujets. Il sera facile de vérifier ce fait en examinant les admirables productions du fabuliste françois, pour y découvrir quelques-unes des trente-neuf fables qui paroissent manquer dans tous les auteurs de ce genre ; on trouvera que la Fontaine est entièrement redevable à Marie des sujets de la Femme qui se noie, du Renard et du Chat, du Renard et du Pigeon, etc. Dans quelques autres fables, il n’a pris que le sujet en changeant le nom des acteurs. En les retouchant avec le style naïf dont il a eu seul le secret, il les a enrichis, leur a donné une physionomie nouvelle et un air d’originalité.

  1. Magasin encyclopédique, année 1806, tom. 2, p. 17—38.
  2. Vers l’an 846.
  3. Cette langue ne pouvoit pas être le Turc, comme le dit Godescard.
  4. Saint Cyrille insiste fortement dans ses Fables, sur les dangers de recevoir des présents.
  5. Vers l’année 860.
  6. Selon les Annales Metenses, ce Svatoplucus, neveu de Rasticès, auquel il avoit succédé, auroit persécuté les chrétiens après la mort de son oncle.
  7. Quelques auteurs prétendent que Nicolas ier, mort en l’année 867 avoit accordé aux deux apôtres le titre d’archevêques des Moraves, et que cette qualité leur fut confirmée par Adrien II, successeur de Nicolas. Au surplus, ils sont désignés sous ce titre dans les calendriers Russes et dans le martyrologe romain.
  8. L’ancien sclavon diffère du russe moderne ; on le regarde comme une langue savante et il ne sert que pour les livres sacrés et pour la liturgie. L’ancien sclavon est encore en usage dans la Russie où l’on suit le rit grec et dans une partie de la Moldavie, à Aquilée, où l’on suit le rit latin.
  9. Le martyrologue romain leur attribue plusieurs miracles. Dans la ville de Boleslaw, on a élevé une église sous le vocable de saint Cyrille et de saint Méthodius, apôtres des Sclavons ; enfin une partie de leurs reliques fut transportée à Brunn en Moravie.
  10. Glossaire de la langue romane, tom. ii, p. 768.

    Notice des manuscrits, tom. V, p. 294.

    Catalogue de la Vallière, tom. i, p. 55, et tom. ii, n° 2736, 2717 et 2718.

    Le Grand d’Aussy, Fabliaux, in-8°, tom. ier, page 383—398.

  11. Le premier livre renferme vingt-sept fables, le second trente, le troisième vingt-sept, et le quatrième onze fables. Mais cet ordre n’est point suivi dans l’édition de la bibliothèque Royale ; elle paroît avoir été publiée de 1570 à 1575. Le premier livre renferme vingt-sept fables, non compris le prologue ; le second, qui n’est pas séparé du troisième, en contient trente, le troisième vingt-sept et le dernier onze.
  12. C’est un in-4°, sans date et sans nom d’imprimeur. L’ouvrage contient quarante-cinq pages à deux colonnes, sans chiffres ni réclames, mais seulement avec des signatures. Les initiales manquant presque par-tout, et lorsqu’il s’en trouve, elles sont en petites lettres et placées au milieu d’un espace blanc, destiné à recevoir la lettre majuscule qu’on enluminoit ensuite à la main. L’ouvrage commence tout au haut de la page, qui est signée A 2.

    Incipit Quadripartitus Apologeticus Cyrilli Episcopi de græco in latinum translatus qui relucet moraliter in philosophia ethica per quatuor cardinales virtutes et morales.

    On lit à la fin : Explicit Apologeticus Cyrilli Episcopi doctoris Græcorum translatus de græco in latinum novissimis temporibus in quo commune speculum videlicet tam æternæ quam temporalis vitæ securissimæ possidendæ et habendæ et totius sapientiæ creaturæ humanæ et conspicitur et relucet moraliter in philosophia ethica per quatuor cardinales virtutes et morales, scilicet : prudentiam, temperantiam, fortitudinem, et justitiam, contrà quatuor vitia et crimina quæ sunt in mundo magis dilecta, volita et plus generalia. Videlicet contrà pompam honorum et potentiarum, superbiam et violentiam ; contrà carnis concupiscentiam, gulam, scortum, et luxuriam ; contrà concupiscentiam oculorum scilicet divitiarum beneficiorum ac officiorum cupiditatem et prodigalitatem, avaritiam ; contrà tyrannidem potentum et superiorum crudelitatem injustitiam et monstrantur hæc omnia et singula palam et evidenter cuicumque hominis sæculi, vitæ, ætati, conditioni, dignitati et statui per proverbia et exempla et moralia scripturarum, doctorum, antiquorum patrum, nostrorum philosophorum et theologorum qui annuntiaverunt uberissima documenta.

  13. Voyez Catal. de la Vallière, tom. ier, p. 146, n° 391.
  14. Ci fine le dit d’Ysopet.
  15. Ci commence de Ysopes.
  16. Il est à regretter que dans ce manuscrit, il se trouve une feuille d’arrachée ; peut-être même y en a-t-il plusieurs. Cette lacune se trouve justement dans les fables.
  17. Le livre d’Yzopet. Ce titre a été écrit par une main moderne. Je crois devoir prévenir que ce manuscrit a fait partie de la bibliothèque du président Fauchet. Ce savant s’en est servi dans ses ouvrages et a fait un grand nombre d’annotations sur les marges.
  18. Chi commenche li Bestiaires, ce sont les fables de pluseurs Bestes.
  19. Ce manuscrit, d’une fort jolie écriture du XIIIe siècle, du moins pour la production de Marie de France et quelques antres morceaux, renfermé plusieurs pièces fort curieuses qu’on chercheroit vainement ailleurs.
  20. La conclusion a été écrite par une main moderne et la collection est terminée par cette suscription latine : Expliciunt fabulæ Ysopi ; Deo gratias, amen.
  21. Elles forment un total de 2538 vers ; en tête est écrit : Ci commence Esopes, et à la fin : Explicit Esopes.
  22. Cette pièce est terminée par ces mots Explicit Ysopes.
  23. Le copiste a négligé d’achever la transcription de la dernière.
  24. Ce manuscrit a été écrit après l’année 1332, les citations suivantes le prouvent assez :

    A. Explicit le Martyre de saint Baccus, fait l’an MCCCXIII. fo 146, vo col. 1.

    B. Explicit le Fait des Patenostres, fait l’an MCCCXX, pour tous estas, fo 152, ro col. 1.

    C. Explicit le Dit des Mais, fait l’an MCCCXXIV, fo 142, vo col. 2.

    D. L’an de grâce MCCCXXXII, fo 145, ro col. 1.

  25. Bibliothèque Cottonienne, Vespasien, B. XIV.
  26. Bibliothèque Harleienne, n° 4333.
  27. Même bibliothèque, n° 978.
  28. Loc. cit., tom. IV, p. 161, 238.
  29. Telles que le Lai de l’Oiselet, les fabliaux du Pré fauché, de la Femme noyée, du Villain qui avoit un Cheval à vendre, du Prud’homme qui vit sa Femme avec un Amant, de la Fille enceinte, les fables du Villain et de l’Escarbot, du Villain et du Loup, etc.
  30. Voyez sur Ésope, son article dans le Dictionnaire de Bayle.
  31. Fabliaux, tom. IV, p. 160.
  32. M. de La Rue. Recherches sur les ouvrages des Bardes de la Bretagne Armoricaine, p. 64.
  33. Voyez la Conclusion des fables, v. 1 et suivants.
  34. État de la poésie Françoise dans les XIIe et XIIIe siècles, p. 237—240.
  35. Le translata puis en Angleiz
    Et jeo l’ai rimé en Franceiz.

    Conclusion, vers 17 et 18.

  36. N° 15, A. VII.
  37. Fable de l’Aigle et de la Corneille, n° XIII.
  38. Fable des Trois Souhaits, n° XXIV.
  39. Fable du Loup et de l’Escargot, n° LVI.
  40. Même fable, n° LVI.
  41. Fable de la Souris et de la Grenouille, n° III.
  42. Joann. Gottlob., Samuel Schwabe, Phœdri, Augusti liberti. Fabularum AEsopiarum, etc. Brunsvigæ 1806, in-8°, vol. ier, Notitia litteraria de Phædro, p. 25—30 et 39.

    Voyez encore Grosley, Vie de Pierre et François Pithou, Paris 1756, in-12, tom. II, p. 275 ; Mémoires sur Troyes, tom. ier, p. 322 ; Éphémérides Troyennes, nouv. édit., Paris 1511, tom. ier, p. 260 ; Niceron, Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres, tom. V, p. 58.

  43. AEsopus auctor, quam materiam reperit,
    Hanc ego polivi, versibus senariis, etc.

    Phædr. prolog. lib. ier.
  44. Prologue des fables de Marie.
  45. Voyez la notice sur Romulus, qui se trouve à la suite de celle-ci.
  46. Bibliothèque latinica, lib. ii, cap. III.

    Le manuscrit du museum Britannicum, n° 15, A. VII, contient cinquante-six fables qui ont été écrites vers le commencement du XIIIe siècle. Il est annoncé dans la préface, qu’elles ont été traduites de grec en latin par l’empereur Romulus.

  47. Vincent Bellovacens., lib IV, cap II, Specul. histor. Vide apud Schwabb, tom. ier, p. 179.
  48. Loc. cit.
  49. Œuvres d’Alain Chartier, p. 861.
  50. Recherches des recherches, liv. VIII ; chap. Ier.
  51. Dictionn. étymol., au mot Roman.
  52. Museum Britannicum, bibliotheca regia, n° 15, A. VII, biblioth. Harléienne, n° 978.

    Dans un autre manuscrit, n° 4333, il est dit que cette version est d’un roi nommé Henri.

  53. Henry’s, History of England, tom. ii, p. 348.
  54. Asseri, Vita Alfredi.
  55. Malmesbury, Histor., lib. II, cap. IV.
  56. Spelman, vita Alfredi magni Anglorum regis. Oxonii, 1678 in-fo.
  57. Loc. cit., p. 93 — 98,
  58. Johnson’s History of the English language, page 5 et suivantes.
  59. N° 15, A. VII, qui contient cinquante-six fables. Præfat. ad Fabul.
  60. Vita Alfredi, p 89.
  61. Madox’s History of the Exchequer, chap. IV.
  62. Bibliothèque Harléienne, n° 4333.
  63. Pyrithoüs, fils du duc d’Athènes, voulant déclarer la guerre à Thélamon, duc de Corinthe, dépêche un ambassadeur à ce dernier, pour lui faire connoître ses intentions.

    L’eve, ce dit, avez passée
    Come li Lous dit au Moston.
    Il le fera ou voille ou non,
    Li plez ensi an estera
    Voilliez ou non il le fera.
    Vous l’avez bien antendu, Sire,
    Vois-m’an ; car plus ne rova dire

    Roman d’Athis et Prophilias, par Alexandre de Bernay, surnommé de Paris ; man. fonds de Cangé, n° 73, fo 146, ro col. 1.

    Dans une autre production il est dit :

    Petit li est de sa dolour,
    Et si soef porte le danzel
    Com fait li Lox porter l’Aignel.

    Roman de Flore et de Blancheflor, man. fonds de l’Abbaye Saint-Germain, n° 1830, fo 205, ro col. 3.

  64. Orderic Vital, Histor. Apud Duchesne, p. 488, 681, sub ann. 1084.
  65. Dans la bordure inférieure du commencement de la tapisserie, attribuée à la reine Mathilde, femme du conquérant, on remarque les sujets d’une douzaine de fables qui se trouvent dans Ésope et dans Phèdre. Voyez État de la poésie françoise dans les XIIe et XIIIe siècles, p. 84. Sur le portail de l’église cathédrale d’Amiens, le sculpteur a représenté plusieurs sujets de fables. Voyez Rivoire, Description de l’église cathédrale d’Amiens, et le P. Daire, Description de la ville d’Amiens.
  66. Biblioth. regia 15. A. VII.
  67. Biblioth. Harléienne, n° 219 et 462. Biblioth. de la société royale, n° 292.
  68. Narrationes magistri Odonis de Ciringtonia.
  69. Fabliaux, tom. IV, Loc. cit. Parmi les quarante-cinq fables traduites par le Grand, il en est deux, L’homme, le Renard et le Serpent, p. 193, et le Villain qui donna ses Bœufs au Loup, p. 242, dont on ne trouve point les originaux parmi les productions de Marie. La dernière, traduite de l’Arabe, est tirée du Castoyement, recueil imprimé dans la nouvelle édition des Fabliaux de Barbazan ; elle se trouve dans le tome II, p. 144.
  70. Fabliaux, tom. II, p. 330, 334 ; tom. III, p. 122, 129.