Poésies de Marie de France (Roquefort)/Lai des deux amants

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Poésies de Marie de France, Texte établi par B. de RoquefortChasseriauEd. Roquefort, tome 1. (p. 252-271).

LAI DES DEUX AMANTS.



Jadis dans la Normandie il arriva une aventure bien connue de deux jeunes gens qui s’aimoient d’amour tendre, et qui moururent des suites de leur passion. Les Bretons en ont fait un Lai, nommé le Lai des Deux Amants.

Dans la Neustrie que nous appellons aujourd’hui la Normandie, est une grande et haute montagne où sont déposés les restes de ces tendres victimes[1]. Près cette montagne le roi des Pistréiens fit élever la capitale de ses états, et lui donna le nom de Pistres. Cette ville existe encore de nos jours ; on y remarque le château, des maisons particulières, et la contrée est nommée la Vallée de Pistres[2].

Le roi avoit une très-belle fille dont l’heureux caractère et les qualités aimables l’avoient consolé de la perte d’une épouse chérie. Sa fille croissoit en âge comme en beauté ; les gens de sa maison et ses sujets murmuroient de ce qu’il ne songeoit pas à la marier. Le roi fut instruit des plaintes de son peuple ; et malgré le chagrin qu’il ressentoit de se séparer d’une personne aussi chère, pour ne mécontenter aucun des nombreux prétendants à la main de sa fille, il fit proclamer dans ses états que celui qui, sans se reposer, porteroit la princesse sur le sommet de la montagne, deviendroit son gendre. Dès que cette nouvelle fut répandue, il se rendit de tous côtés une foule de jeunes gens qui essayèrent en vain de remplir la condition imposée, mais inutilement. Les uns alloient au quart du chemin, les autres à la moitié ; enfin, rebutés de l’inutilité de la tentative, ils retournèrent tous chez eux. En sorte que la difficulté de l’entreprise fut cause que personne ne demanda la belle demoiselle.

Dans le pays étoit un jeune homme, fils d’un comte, beau, bien fait et vaillant ; il résolut de tenter l’aventure et d’obtenir la main de la fille du prince. Ses biens étant situés dans le voisinage de la Vallée de Pistres, il venoit souvent à la cour du roi, y séjournoit même ; ayant vu la jeune personne, il ne tarda pas à l’aimer et à devenir éperduement amoureux. Il pria souvent cette belle de vouloir bien répondre à ses sentiments. L’amitié que portoit le roi au jeune comte, sa valeur, sa courtoisie, décidèrent la demoiselle en sa faveur. Tous deux renfermoient avec soin leur amour, et le déroboient à tous les yeux. Leur souffrance s’accroissoit chaque jour, lorsque le comte envisageant l’excès de ses maux, ne voulant rien hâter pour ne pas se perdre, vint trouver sa belle et lui dit : Si vous m’aimez, tendre amie, suivez mes pas, allons dans une autre contrée ; si je vous demande à votre père, connoissant l’amitié qu’il a pour vous, j’obtiendrai un refus ou bien il exigera que je vous porte au sommet du mont. Cher amant, je n’ignore pas que vous n’aurez jamais assez de force pour me porter à l’endroit désigné. Mais, si je vous accompagne dans votre fuite, pensez, je vous prie, au chagrin et au désespoir de mon père, qui en mourroit de chagrin. Certes, je l’aime trop pour vouloir empoisonner ses dernières années. Cherchez un autre moyen, celui-ci ne peut me convenir.

Écoutez, j’ai une parente fort riche à Salerne. Pendant plus de trente ans qu’elle a demeuré dans cette ville, elle a étudié et pratiqué la médecine, science dans laquelle elle est fort habile. Elle connoît à fond les vertus et les propriétés des herbes et des racines ; vous vous rendrez près d’elle avec mes lettres ; vous lui expliquerez le sujet de votre voyage. Ma tante vous fournira des conseils et des remèdes. Elle vous donnera des potions et des liqueurs qui en réconfortant, doubleront vos forces et votre courage. Sitôt que vous serez de retour, vous me demanderez à mon père ; je sais qu’il ne manquera pas de vous répéter les conditions qu’il a mises pour m’obtenir, et qui sont de me porter sur le haut de la montagne sans se reposer.

Le comte enchanté du conseil, remercie sa belle et prend congé d’elle pour le mettre à exécution. Il retourne dans ses états, fait ses préparatifs et part. Il emmène avec lui une grande suite, composée de plusieurs de ses amis, puis des chevaux de luxe et des bagages. Sitôt son arrivée à Salerne, il se rend chez la tante de son amie, et lui remet les lettres de sa nièce. Après les avoir lues et s’être enquise de l’objet de son voyage, la vieille fait prendre au jeune homme des remèdes réconfortants ; et avant son départ, elle lui remet une liqueur qui dissipe la fatigue à l’instant qu’on l’a prise, et qui rafraîchit le corps, les veines, les os. Dès qu’il a reçu ce précieux breuvage, le comte tout joyeux se remet en route, arrive chez lui, et ne tarde pas à se rendre auprès du roi pour lui faire la demande de sa fille, et lui offrir de la porter à l’endroit convenu. Le roi le reçut fort bien ; mais il pensa que le comte faisoit une folie, qu’il étoit beaucoup trop jeune, qu’il échoueroit sans doute dans une entreprise où tant de forts et vaillants hommes n’avoient pas réussi. Le jour est pris où notre amoureux doit tenter l’aventure ; chacune des deux parties invite ses amis et ses hommes à venir en voir l’issue. La curiosité en avoit amené de tous les côtés. La jeune personne s’étoit soumise à un jeûne sévère, pour alléger son amant. Enfin, au jour convenu, le comte arrive le premier au rendez-vous, et ne manqua pas d’apporter avec lui la précieuse liqueur. La foule étoit rassemblée dans la prairie devant la Seine. Le roi vient suivi de sa fille, qui n’avoit qu’une seule chemise pour vêtement. Le comte la prend aussitôt entre ses bras, et lui remet le vase qui contenoit la liqueur dont il croit pouvoir se passer. Il avoit d’autant plus de tort qu’il monta avec rapidité la moitié de la montagne. La joie qu’il ressentoit lui avoit fait oublier le remède dont il devoit faire usage. La demoiselle observant que son amant foiblissoit et ralentissoit le pas, lui dit : Mon ami, vous êtes las, buvez, je vous prie, le breuvage vous rendra tout votre courage. Non, ma belle, je me sens encore plein de vigueur, et pour toute chose au monde, je ne m’arrêterois pas. En buvant je serois forcé de ralentir ma marche. Tout ce peuple se mettroit à crier, à m’étourdir de ses huées ; ces cris me troubleroient et je ne pourrois peut-être pas continuer ma route. En arrivant aux deux tiers de la course, le comte foiblissoit encore davantage, la jeune fille le prie à plusieurs reprises d’avaler la liqueur. Il ne veut rien en faire, il s’anime en voyant le but de la carrière ; mais il y touchoit lorsqu’il tomba épuisé de fatigue. La demoiselle pensant que son amant se trouvoit mal, se mit à genoux pour lui faire prendre la liqueur qui devoit lui rendre les forces. Il étoit trop tard, le malheureux avoit rendu le dernier soupir. Elle pousse un cri, répand des larmes, et jette loin d’elle la bouteille qui contenoit le remède. Depuis ce temps les herbes qui en ont été arrosées, sont devenues célèbres par les guérisons qu’elles ont faites.

La princesse au désespoir se jette sur le corps de son ami, elle le serre dans ses bras, lui baise les yeux et la bouche, enfin la douleur la fait tomber à côté de son amant. Ainsi mourut une jeune demoiselle qui tout-à-la-fois étoit vertueuse, belle et bonne. Le roi et toute l’assemblée ne voyant point reparoître les deux amants, prennent le parti de gravir la montagne. Témoin de cet horrible spectacle, le roi perd l’usage de ses sens et ne les recouvre que pour plaindre son malheureux sort, exhaler son chagrin, qui fut partagé par tout le peuple.

Trois jours après l’événement on fit construire un cercueil de marbre, où furent renfermés les corps des jeunes gens. D’après les conseils de plusieurs personnes, ils furent déposés sur le haut de la montagne. Le peuple ne se sépara qu’après cette triste cérémonie. Depuis cette malheureuse aventure, le lieu où elle se passa fut nommé le Mont des Deux Amants. Ainsi que j’en ai prévenu, les Bretons ont fait un Lai de cette histoire.


LAI DES DEUS AMANZ.



Jadis avint en Normendie
Une aventure mut oïe
De Deus Amanz qui s’entr’amèrent
Par amur ambedeus finèrent ;
Un Lai en firent li Bretun
Des Deus Amanz reçuit le nun.
Vérités est ke en Neustrie
Que nus apelum Normendie
Ad un haut munt merveilles grant,
Là-sus gisent li Dui Enfant.
Près de cel munt à une part
Par grant cunseil è par esgart,
Une Cité fist faire un Reis
Qui estoit Sire des Pistreis ;
Des Pistréins la fist numer,
E Pistre la fist apeler.
Tuz-jurs ad puis duré li nuns

Uncore i ad vile è meisuns :
Nus savum bien de la Cuntrée .
Li Vals de Pistre est nomée.
Li Reis ot une fille bele
Mut curteise Daméïsele ;
Cunfortez fu par la Meschine
Puisque perdue ot la Réïne :
Plusurs à mal li aturnèrent
Li suen méisme le blasmèrent.
Quant il oï qu’hum en parla
Mut fu dolent, mut li pesa ;
Cumenca sei à purpenser
Cument s’en purrat délivrer,
Que nul sa fille ne quesist
E luinz, è près, manda è dist :
Ki sa fille vodreit aveir,
Une chose séust de veir,
Sortiz esteit è destiné.
De sur le munt fors la cité

Entre ses bras la portereit
Si que ne se reposereit.
Quant la novele fu couneue
È par tute la cuntrée seue[3],
Assez plusurs si i allèrent
Qui nule rien n’i espleitèrent ;
E tuz ceus qui tant s’esforçoent
Qui enmi le munt la portoent,
Ne poeient plus avant aler,
Il lur esteut laissier ester.
Lungtens remist cele à doner
Que nul ne la volt demander.
Al païs ot un Damisel
Fiz à nn Cunte, gent è bel ;
De ben faire, pur aveir pris,
Sur tuz autres s’est entremis.
En la Curt le Reis conversot,
Assez sovent i sujurnot ;
La fille al Réi ama
E maintefeiz l’areisuna
Qu’ele s’amur li otréiast
E par france druerie l’amast,
Pur ceo k’il est pruz è curteis
E pur ceo le prisot li Reis ;
Ensemble parlèrent sovent
E s’entramèrent léaument,
E célereient à lur poeir
Que hum nes’ puist aperceveir.

La suffrance mut lui greva
Mès li Vallez se purpensa
Que meuz en volt les maus suffrir,
Que trop haster è dunc faillir ;
Mut fu par li amur destreiz,
Puis avient si qu à une feiz
Qu’à s’Amie vient li Damiseas
Qui tant est sages, pruz è beas,
Sa pleinte li mustra è dist :
Anguissusement li requist
Que s’en alast ensemble od lui,
Ne poeit mès suffrir l’enui ;
Si à son Père la demandot
Il saveit bien que tant l’amot
Que pas ne li vodreit doner[4],
Si il ne la puist aporter
Entre ses braz ensum le munt.
La Damisele li respunt :
Amis, fait-ele, jeo sai bien
Si ne me porteriez pur rien[5] ;
N’estes mie si vertuus,
Si jo m’en vois ensemble od vus,
Mi Pères auereit è doel è ire
Ne vivereit mie sanz martire.
Certes tant l’aim è si fais chier
Jeo nel’ vodréie curucier ;
Autre cunseil vus estuet prendre,
Kar cest ne voil-jeo pas entendre.

En Salerne ai une Parente
Riche femme, mut a grant rente ;
Plus de trente ans i ad esté
L’art de phisike ad tant usé,
Que mut est saines de mescines,
Tant cunust herbes è racines ;
Si vus à li volez aler
E mes lettres od vus porter,
E mustrer li vostre aventure,
Ele en prendra cunseil è cure.
Uns lettuaires vous dunrat
E teus beivres vus baillerat,
Que tut vus recunforterunt
E bone vertu vus dunrunt.
Quant en cest païs revendrez
A mun Père me requèrez.
Il vus en tendrat pur enfant,
Si vus dirat le cunvenant,
Que à nul hum ne me dunrat
Jà cele peine ni mettrat,
Si al munt ne me peust porter
Entre ses bras sanz reposer.
Li Vallez oï la novele
E le cunseil à la Pucele,
Mut en fu lié, si la mercie,
Cungié demande à s’Amie.
En sa cuntrée en est alez,
Hastivement s’est atornez

De riches dras è de divers
Ce palefreiz è de sumers,
De ses humes les plus privez,
A li Danzeas od sei menez.
A Salerne vait séjurner[6]
A l’Aunte s’Amie vet parler
De sa part li dunat un brief :
Quant el lot lu de chief en chief
Ensemble od li l’a retenu
Tant que sun estre ad tant séu.
Par mescines l’ad esforcié,
Un tel beivre li ad chargié,
Jà ne sera tant travailliez.
Ne si ateint, ne si chargiez,
Ne li resfrechit tut le cors,
Néis les vaines, ne les os,
E qu’il n’en ait tele vertu
Si-tost oum il en auva bu,
Puis le remeine en sun païs ;
Le beivre ad en un vessel mis
Li Damiseas joios è liez.
Quant arière fu repeiriez
Ne séjurnat pas en la terre,
Al Rei ala sa fille quere,
Qu’il li donast, il la prendreit,
En-sum le munt la portereit.
Li Réis nel’ escundist mie,
Mès mut le tint à grant folie,

Pur ceo qu’il iert de jéosne âge ;
Tant produm, è vaillant è sage
Unt asaié icele afaire
Ki n’en purent à nul chief traire.
Terme li a numé et pris,
Ses hume mande è ses amis
E tuz ceus k’il poeit aveir,
Ne ni laissa nul remaneir,
Pur sa Fille, pur le Vallet
Ki en aventure se met,
De li porter en-sum le munt,
De tutes parz venus i sunt.
La Dameisele s’aturna
Mut se destreint, è mut juna,
E à manger pur aléger
Qu’od sun ami voleit aler.
Al jur quant tuz furent venu
Le Dameisel premier i fu,
Sun beivre ni ublia mie[7]
Devers Seigne en la praerie
Fu la grant gent tut assemblée,
Li Reis ad sa Fille menée.
N’ot drap vestu fors la chemise ;
Entre ses bras l’aveit cil prise,
La fiolette od tut sun beivre,
Bien seit qu’ele nel’ vout déceivre ;
En sa main porter li baille.
Mès jeo creim que poi li vaille,

Kar n’ot en lui point de mesure,
Od lui s’en veit grant aléure.
Le munt munta desi qu’en-mi ;
Pur la joïe qu’il od de li
De Sun beivre ne li membra :
Ele senti qu’il abaissa
Amis, fet-ele, kar bevez
Jeo sai bien que vous vous lassez
Si recuvrez votre vertu.
Le Damisel a respondu :
Bele, jeo sens tut fort mun quer
Ne m’arestereie à nul fuer
Si lungement que jeo béusse
Pur quei treis pas aller péusse ;
Ceste gent nus escriereient
De lur noise m’esturdireient,
Tost me porreïent desturber
Jo nel’ voil pas ci arester.
Quant les deus parz fu munté suz
Pur un petit qu’il ne chiet jus ;
Sovent li prie la Meschine,
Ami, bevez vostre mescine.
Jà ne la volt oïr ne creire,
A grant anguisse od tut l’eire,
Sur le munt vint, tant se greva,
Ileoc chaï, puis ne leva ;
Li quors del’ ventre s’en parti.
La Pucele vit sun ami,

Quida qu’il fust en paumeisuns
Lez lui se met en genuilluns ;
Sun beivre li voleit doner
Mès il ne pot od lui parler.
Issi murut cum jeo vus di,
Ele le pleint à mut haut cri ;
Puis a jeté è espendu
Le veissel ù le beivre fu :
Li muns en fu bien avusez,
Mut en a esté amendez.
Tut le païs è la cuntrée,
Meinte bone herbe i unt trovée,
Ki del’ beivre orent racine.
Or vus dirai de la Mescine,
Puisque sun Ami ot perdu,
Unkes si dolente ne fu,
Lez lui se cuche è estent,
Entre ses braz l’estreint è prent,
Sovent li baise oïl è buche,
Li dols de li al quor la tuche ;
Ilec murut la Dameisele,
Qui tant est pruz, è sage et bele.
Li Reis è cil lur atendeient
Quant unt vu que il ne veneient
Vunt après eus sis unt trovez,
Li Reis chiet à terre paumez.
Quant pot parler, grand dol démeine

Ki si firent la gent foreine.
Treis jurs les unt tenu sur terre
Sarcu de marbre firent quere
Les Deus Enfans unt mis dedenz.
Par le cunseil de cele genz,
Sur le munt si les enfuïrent,
E puis à-tant se départirent.
Pur l’aventure des Enfanz
Ad nun li Munz des Deus Amanz ;
Issi avint cum dit vus ai
Li Bretun en firent un Lai.

  1. Le prieuré des Deux Amants, l’une des plus anciennes fondations de la Normandie, est situé sur une montagne élevée de 350 pieds au-dessus de la Seine. Sa position lui donne une des vues les plus agréables de la France. Les poètes ont donné à ce prieuré une origine romanesque rapportée dans le Journal de Paris (8 mars 1779), par Millin, Antiquités Nationales, tom. II, ch. XVII, Duplessis, Description de la haute et basse Normandie, tom. II, p. 331. G. F. La Rochefoucauld, Notice hist, sur l’arrondissement des Andelis, p. 50 et suivantes.
    Il y avoit à Lyon une communauté de religieuses, dite le monastère des Deux Amants, à cause d'un monument antique appellé le tombeau des Deux Amants, qui a été démoli en 1707. On trouve dans le Voyage Pittoresque de l’Espagne, tom. III, une montagne des Deux Amants.
  2. Pistres, aujourd’hui Pître, en latin Pistœ, Pistis, ancien château royal, situé sur les bords de la Seine, à trois lieues au-dessus de Rouen, vis-à-vis la ville de Pont-de-l’Arche, au confluent de l’Andelle et de l’Eure. Charles-le-Chauve y avoit tenu un parlement en 862 ; puis il y fit construire une forteresse pour arrêter les courses des Normands qui s’y étoient d’abord établis, et qui en avoient voulu faire leur place d’armes. Acad. des Inscriptions, tom. XX, p. 94, 197, 112, 117, 141. La Chronique de Fontanelle, année 855, dit que le château étoit anciennement appellé Petremamulum.Usque Pistis castrum quod olim Petremamulum vocabatur. La Chronique de saint Bertin en fait aussi mention sous l’année 862.
    Sous la seconde race le château ou la ville de Pistres étoit assez considérable puisqu’il s’y tint un concile en 861. Orderic Vital, sons l’année 1119, parle de la vallée de Pistres ; Raoul Gualder, dit-il, donne à Raoul de Conches, le Pont saint Pierre et toute la Vallée de Pistres. Totamque Vallem de Pistris.
    Quant aux mots Pistreins, Pistriens, Pistrois, en latin Pistrienses, ils désignent non pas une nation, mais les habitants du château de Pistres, les chevaliers et les seigneurs qui y faisoient leur résidence. On sait que chez nos pères, presque toujours le Château désigne une ville, ayant des rues, des monuments, etc.
  3. Le ms. porte : Quant la novele est séue.
  4. Pas ne vodreit doner.
  5. Ne me porteriez pur rien.
  6. La ville de Salerne dans le royaume de Naples fut longtemps
    célèbre par son école et ses principes de médecine ;
    le grand nombre de charlatans qui, dans les XIIe et XIIIe
    siècles, remplissoient les différentes villes de France, et qui
    annonçoient y avoir étudié, fit tomber cette école dans le
    discrédit.

    Guillot de Provins termine sa Bible par une violente satire
    contre les médecins, et ceux de Salerne sont les plus
    maltraités. Dans le dit de l’Herberie, dont il existe plusieurs
    versions (n° 1830, f° 89, r° col. i ; n° 7218 ; n° M 11/3 fonds de
    N. D., f° 34, r°) , il est rapporté des cures opérées par les
    étudiants revenus de Salerne, que n’auroit pas dédaignées
    notre célèbre Molière.
  7. Il est souvent fait mention de Boivres ou breuvages dans
    les anciens romans et fabliaux. Tous en général ont des propriétés
    admirables et surnaturelles. On en peut juger par
    celui-ci qui doubloit les forces, les entretenoit dans le même
    état, et faisoit disparoître toute fatigue. Dans notre charmant
    Roman de Tristan, il est fait mention d’un Boivre
    amoureux ; c’est par sa vertu que le chevalier tollut à la blonde
    Yseult le doux nom de pucelle.