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Poésies de Schiller/La Mort du Natchez

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Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 136-137).



LA MORT DU NATCHEZ.


Voyez, il est là sur sa natte, assis, tel qu’il était lorsqu’il vivait encore.

Mais où est la force de ses bras ? où est le souffle qui envoyait encore naguère vers le grand Esprit la fumée de tabac ?

Où sont ces yeux de faucon qui suivaient les traces du renne, qui reconnaissaient les ondulations du gazon dans la rosée des champs ?

Où sont ces pieds qui couraient sur la neige aussi rapides que le cerf et le chamois de la montagne ?

Où sont ces bras qui tendaient la forte corde de l’arc ? Voyez, la vie l’a quitté. Ses membres sont inertes.

Il est heureux, il est allé dans la contrée où il n’y a pas de neige, où les vallées sont couvertes de maïs qui grandit de lui-même ;

Où tous les arbres sont couverts d’oiseaux, toutes les forêts pleines de gibier, tous les étangs remplis de poissons.

Il assiste au repas des esprits, et il nous a laissés seuls ici pour chanter ses exploits, pour lui faire une tombe.

Apportez les derniers présents, entonnez le chant de mort. Que tout ce qui peut le réjouir soit enseveli avec lui.

Placez sous sa tête la hache qu’il maniait si bravement, et la grasse cuisse de l’ours, car le chemin est long.

Joignez-y le couteau aigu qui, dans trois coups habiles, enlevait la peau et les cheveux du crâne d’un ennemi.

Mettez entre ses mains les couleurs qui servent à peindre le corps, afin qu’il puisse se montrer revêtu d’un rouge brillant dans la terre des âmes.