Préface (Les Satires)

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Je rentre encore une fois dans la lice poétique, non plus avec des idylles et des élégies, mais avec des satires. Ces nouvelles compositions diffèrent beaucoup, par le ton et la forme, de mes premières œuvres en ce genre ; j’espère qu’elles n’en seront pas indignes. Ce sont des esquisses de mœurs, des croquis de quelques folies, et même de quelques vices du temps avec le rire de la muse comique ; en un mot, c’est un léger hommage à Thalie. A cet essai j’ai joint une étude historique, un drame sérieux qui doit compléter mes drames satiriques d’Erostrate et de pot-de-vin ; puis deux satires politiques et morales, déjà publiées en 1837 et 1845, et non comprises dans mes réimpressions. La plus grande nouveauté de ce livre est la forme du vers employé pour mon drame : c’est le vers sans rime, horresco referens ! la réhabilitation de ce vers est une tentative audacieuse. Est-il à rejeter absolument ?

Je l’ai pensé d’abord ; cependant, le désir d’élargir le terrain des muses françaises et de donner aux poëtes, aux dramatiques surtout, un moyen différent d’exprimer leur pensée, m’a fait revenir sur mon premier jugement. Peut-être qu’une main plus habile que la mienne pourrait tirer un glorieux parti de cette forme que possèdent presque toutes les nations de l’Europe, et dont, excepté Voltaire au XVIIIe siècle, M. Bruguière de Sorsum sous la Restauration, dans leurs imitations et traductions de Shakespeare, et Louis Bonaparte dans ses odes et poëmes, personne, que je sache, n’a essayé de doter notre système métrique ! Le lecteur décidera entre ses avantages et ses désavantages. Puisse toutefois ce nouvel exemple du vers non rimé ne pas être un argument trop contraire à son admission dans nos habitudes intellectuelles !


A B. Mars 1865.