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Prise de Constantine (Imagerie d’Épinal — Estampe 1837)

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PRISE DE CONSTANTINE.

L’armée française, sous le commandement du général Danrémont, partit du camp de Mjez-Amar le 1er octobre 1837, et arriva le 6 devant la ville de Constantine, défendue par 10,000 Kabiles et par les habitants armés. Le bey Achmet, avec 12,000 cavaliers, tint la campagne, et voulut à plusieurs reprises attaquer l’armée par les flancs et sur ses derrières : mais toutes ses tentatives ne purent la détourner de son but. — Trois batteries furent établies pendant les journées des 10, 11 et 12, battant la ville sur plusieurs points. — Le 12 au matin, le général Danrémont, se rendant à la batterie de brèche, est tué par un boulet qui lui traverse le corps. Le général Perregaux, chef d’état-major (mort depuis des suites de sa blessure), reçoit une balle dans la tête en secourant son ami. — Le lieutenant-général Valée prend aussitôt le commandement de l’armée, et fait ses dispositions pour s’emparer de la ville le lendemain. L’assaut est fixé pour le 13 au point du jour. La première brigade, commandée par le duc de Nemours, est d’avant-garde. À trois heures du matin on se lève, on se met silencieusement en marche ; à quatre heures un quart 1,500 hommes sont à plat ventre dans la batterie de brèche. Le colonel Lamoricière commande la première colonne, composée de 200 Zouaves et 750 hommes du 3e de ligne. Le colonel Combes commande la seconde colonne, composée de 300 hommes du 47e et de 300 tirailleurs d’Afrique. — Il partait de derrière la brèche, et tant de droite que de gauche, un feu épouvantable. À un signal convenu, les soixante premiers soldats se préparent à l’assaut, en renouvelant l’amorce de leurs fusils. Lamoricière met en silence le sabre à la main, et tout d’un coup se lève en s’écriant : Zouaves, à mon commandement, marche, au trot. La batterie de brèche, dans laquelle on n’entendait pas une seule voix (le canon seul parlait), retentit aussitôt des houras les plus farouches ; on s’y précipite. Sur les trente premiers, un seul est tué. On grimpe sur la brèche au pas de course. Au bout de six minutes, le capitaine Garderens est blessé, mais le drapeau tricolore qu’il portait est placé sur le rempart ; il est dépassé ; alors la mêlée devient affreuse : on est dans Constantine. Au milieu du sifflement des balles et des cris des mourants, on avance pied à pied et de maison en maison. L’ennemi résiste avec furie ; la seconde colonne arrive : il était temps. Le brave colonel Combes tombe frappé de deux balles. Le capitaine Napoléon Bertrand, qui est monté un des premiers, s’élance à la tête d’un détachement formé à la hate de 75 hommes de toute arme, débusque l’ennemi d’une maison, lorsque derrière lui a lieu une explosion terrible : des sacs de poudre, destinés à enfoncer les portes, sont enflammés par la fusillade : 400 hommes sont ensevelis sous les décombre et horriblement brûlés, entre autre Lamoricière, Richepanse, etc. Le commandant Sérigny, le capitaine Hachet tombent percés de balles. — La mêlée continue, et après deux heures de boucherie à la baïonnette et au couteau, où 6,000 Arabes sont massacrés, les Français sont maîtres de la ville. Les Arabes vaincus fuient dans le désert, et bientôt Achmet est abandonné de ses troupes. Les tribus arabes consternées de la bravoure et de la victoire des Français, viennent toutes se soumettre, et la domination de la France se trouve solidement établie en Afrique.

Propriété de l’Éditeur. (Déposé.)

De la Fabrique de PELLERIN, Imprimeur-Libraire, à ÉPINAL.