Procès-verbal de la proclamation de l’abolition de la royauté (dans Histoire parlementaire de la Révolution française)

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Convention nationale, 21 septembre 1792


dans Histoire parlementaire de la Révolution française (1835)


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M. Collot-d’Herbois. Vous venez de prendre une délibération sage ; mais il en est une que vous ne pouvez remettre à demain, que vous ne pouvez remettre à ce soir, que vous ne pouvez différer un seul instant sans être infidèles au vœu de la nation, c’est l’abolition de la royauté. (II s’élève des applaudissemens unanimes.)

M. Quinette. Ce n’est pas nous qui sommes juges de la royauté, c’est le peuple ; nous n’avons la mission que de faire un gouvernement positif, et le peuple optera ensuite entre l’ancien où se trouvait une royauté, et celui que nous lui présenterons. Quant à moi, comme représentant du peuple français, je ne songe ni au roi, ni à la royauté, je m’occupe tout entier de ma mission, sans songer qu’une pareille institution ait jamais pu exister. Je pense donc qu’il est inutile de s’occuper en ce moment de la proposition du préopinant.

M. Grégoire. Certes, personne de nous ne proposera jamais de conserver en France la race funeste des rois ; nous savons trop bien que toutes les dynasties n’ont jamais été que des races dévorantes qui ne vivaient que de chair humaine. Mais il faut pleinement rassurer les amis de la liberté. Il faut détruire ce talisman dont la force magique serait propre à stupéfier encore bien des hommes. Je demande donc que par une loi solennelle vous consacriez l’abolition de la royauté.

L’assemblée entière se lève par un mouvement spontané et décrète par acclamation la proposition de M. Grégoire.

M. Bazire. Je demande à faire une motion d’ordre. L’assemblée vient de manifester, par l’unanimité de ses acclamations, sa haine profonde pour les rois. On ne peut qu’applaudir à ce sentiment si concordant avec celui de l’universalité du peuple français. Mais il serait d’un exemple effrayant pour le peuple de voir une assemblée, chargée de ses plus chers intérêts, délibérer dans un moment d’enthousiasme. Je demande que la question soit discutée.

M. Grégoire. Eh ! qu’est-il besoin de discuter quand tout le monde est d’accord ? Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique. Les cours sont l’atelier des crimes et la tanière des tyrans. L’histoire des rois est le martyrologe des nations. Dès que nous sommes tous également pénétrés de cette vérité, qu’est-il besoin de discuter ? Je demande que ma proposition soit mise aux voix, sauf à la rédiger ensuite avec un considérant digne de la solennité de ce décret.

M. Ducos. Le considérant de votre décret, ce sera l’histoire des crimes de Louis XVI, histoire déjà trop bien connue du peuple français. Je demande donc qu’il soit rédigé dans les termes les plus simples ; il n’a pas besoin d’explication après les lumières qu’a répandues la journée du 10 août.

La discussion est fermée.

Il se fait un profond silence.

La proposition de M. Grégoire, mise aux voix, est adoptée au bruit des plus vifs applaudissemens.

La Convention nationale décrète que la royauté est abolie en France.

Les acclamations de joie, les cris de vive la nation répétés par tous les spectateurs se prolongent pendant plusieurs instans.

Cent cinquante chasseurs, organisés en compagnie franche, sont admis dans la salle. Ils entrent au son de la trompe militaire et jurent sur leurs armes de ne revenir qu’après avoir triomphé de tous les ennemis de la liberté et de l’égalité.

M. le président. Citoyens, l’assemblée nationale, confiante en votre courage, reçoit vos sermens. La liberté de votre patrie sera la récompense de vos efforts. Pendant que vous la défendrez par la force de vos armes, la Convention nationale la défendra par la force des lois. La royauté est abolie.... (Il s’élève des applaudissemens universels.)

Les jeunes guerriers républicains réitèrent avec une nouvelle énergie le serment de défendre jusqu’à la mort la liberté et l’égalité. Ils offrent par un mouvement spontané deux journées de leur solde.

L’assemblée reçoit leur hommage et leur permet de défiler.

La séance est levée à quatre heures,]

[...]