Réunion avec les membres permanents du Conseil de sécurité du 20 janvier 2025
Réunion avec les membres permanents du Conseil de sécurité
- Le Président, en format de visioconférence, a tenu une réunion opérationnelle avec les membres permanents du Conseil de sécurité.
Ont participé à la réunion le Président du Gouvernement Mikhaïl Michoustine, la Présidente du Conseil de la Fédération Valentina Matvienko, le Président de la Douma d’État Viatcheslav Volodine, le Vice-Président du Conseil de sécurité Dmitri Medvedev, le Chef de l’Administration présidentielle Anton Vaïno, le Secrétaire du Conseil de sécurité Sergueï Choïgou, l’Assistant du Président Nikolaï Patrouchev, le Ministre de la Défense Andreï Belooussov, le Ministre de l’Intérieur Vladimir Kolokoltsev, le Ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le directeur du Service fédéral de sécurité Aleksandr Bortnikov, le directeur du Service de renseignement extérieur Sergueï Narychkine et le représentant spécial du Président pour les questions de protection de l’environnement, d’écologie et de transport Sergueï Ivanov.
V. Poutine : Chers collègues, bonjour !
Aujourd’hui, nous allons aborder certains aspects relatifs aux régions qui revêtent une importance particulière pour nous, ainsi que l’évolution de la situation dans ces régions.
Sergueï Viktorovitch, que se passe-t-il actuellement aux États-Unis ? Si je comprends bien, aujourd’hui doit avoir lieu l’investiture du président de nouveau élu. Je vous en prie.
S. Lavrov : Chers collègues,
En effet, les reportages des médias internationaux et des réseaux sociaux sont saturés d’informations en provenance de Washington, et ce depuis hier, lorsque Trump et son équipe sont arrivés dans la capitale pour l’investiture d’aujourd’hui, prévue à 20 h, heure de Moscou. Les détails sont bien connus, mais parallèlement aux préparatifs de cette cérémonie, les spéculations, les analyses et les prévisions sur les conséquences possibles de cet événement pour divers conflits à travers le monde continuent de se multiplier.
Ces conflits ne manquent pas, y compris au Proche-Orient, où la situation, malgré la signature de l’accord entre Israël et le Hamas, ne laisse guère croire qu’une stabilité durable a été atteinte. Des avertissements sont lancés d’un côté, Israël étant accusé de violer les accords, comme de l’autre, Israël mettant en garde les membres du Hamas qui ne respecteraient pas jusqu’au bout ce qu’ils ont signé.
Et bien entendu, au-delà de la bande de Gaza même, le problème palestinien reste entier. Nous nous souvenons comment Donald Trump, lors de sa première « venue », promouvait une conception fondamentalement différente de l’initiative de paix arabe et qui se proposait de normaliser les relations entre Israël et l’ensemble des Arabes…
Le Yémen, la Libye, la Syrie, bien sûr, après les événements survenus il y a un mois — tout cela contribue à faire du Proche-Orient et du Moyen-Orient une région très instable. N’oublions pas non plus le cas de l’Afghanistan, où les Américains tentent également de rétablir, dans une certaine mesure, leur présence en s’appuyant sur les pays voisins, envisagent d’y réintroduire leur infrastructure militaire.
Je dis tout cela en rapport avec la politique menée par l’administration précédente. C’est pourquoi, bien entendu, tout le monde fait des suppositions sur les approches officielles promues par l’administration Trump. Officieusement, de nombreux membres de son équipe, ainsi que Trump lui-même, se sont exprimés à plusieurs reprises sur le Proche-Orient et sur la crise ukrainienne, crise qu’il considère comme l’une des priorités de son action en politique étrangère, avec l’objectif de parvenir à sa résolution, ce qui laisse entendre qu’ils comprennent certains aspects de la position russe, par exemple, en ce qui concerne l’inacceptabilité de l’adhésion de l’Ukraine à l’Alliance nord-atlantique.
Mais tout cela, je le répète, n’est pour l’instant que des déclarations préliminaires, des « ajustements de tir », énoncées à la veille de la prise de fonction officielle du nouveau Président et de la confirmation des membres de son administration.
C’est pourquoi beaucoup dépend fortement des États-Unis, avant tout en raison du fait que les Européens et les alliés asiatiques des États-Unis, tels que l’Australie, le Japon, la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande, s’alignent entièrement sur la position de la Maison-Blanche et en ce sens, ils attendent de voir quelle sera cette position dans sa forme finale. Et, bien sûr, les pays en développement, les pays des régions où les États-Unis peuvent jouer un rôle positif peuvent au contraire poursuivre la ligne de l’administration précédente, consistant à maintenir des foyers de conflits des crises persistantes pour en tirer quelqu’intérêt. Du moins, telle a été l’approche des États-Unis pendant de nombreuses années, sous des administrations bien diverses. Par conséquent, spéculer maintenant est une tâche ingrate.
Nous restons ouverts aux contacts. Nous l’avons confirmé à maintes reprises, en réponse à des questions à ce sujet, sous réserve que nous aurions des propositions sérieuses de la part de nos collègues qui, à leur tour, ont gelé, voire rompu, leurs relations avec la Fédération de Russie.
V. Poutine : Vous avez mentionné la question du Proche-Orient. Un échange y a, en effet, eu lieu et une partie des otages a été libérée, mais parmi ceux qui restent en captivité se trouve encore une personne ayant une double nationalité, dont la russe. Je vous demanderais, par le biais du ministère des Affaires étrangères ainsi que je demanderais les autres collègues par leur biais des autres institutions, de travailler sur cette question, de ne pas l’oublier et de faire tout le nécessaire pour que notre concitoyen recouvre sa liberté.
S. Lavrov : Nous y travaillons.
V. Poutine : En ce qui concerne les événements aux États-Unis, aujourd’hui se tient effectivement à Washington l’investiture de Donald Trump en tant que 47e président des États-Unis. Il est évident que la période préélectorale a été pour M. Trump, à tous égards, difficile : la pression la plus violente a été déployée envers lui-même, et même envers des membres de sa famille, allant jusqu’à des tentatives d’attentat contre sa vie. Cependant, il a fait preuve de courage et remporté une victoire sans appel lors des élections.
Et nous prenons connaissance des déclarations du président des États-Unis de nouveau élu et des membres de son équipe en ce qui concerne leur volonté de rétablir des contacts directs avec la Russie, rompus, non de notre fait, par l’administration sortante. Nous entendons également ses affirmations sur la nécessité de tout faire pour éviter une Troisième Guerre mondiale. Indubitablement, nous saluons cet orientation et félicitatons le Président élu des États-Unis pour son entrée en fonction.
Je tiens à souligner que nous n’avons jamais renoncé au dialogue et avons toujours été prêts à entretenir des relations de coopération équilibrées avec toute administration américaine, tel que je l’ai déjà répété à plusieurs reprises. Nous partons du principe que ce dialogue se construira sur une base d’égalité et de respect mutuel, en tenant compte du rôle significatif que nos pays jouent dans un certain nombre de questions clés à l’ordre du jour dans le monde, y compris le renforcement de la stabilité stratégique et de la sécurité.
Nous restons tout autant ouverts au dialogue avec la nouvelle administration des États-Unis sur le conflit ukrainien. Ce qui est le plus important ici, c’est de remédier aux causes premières de la crise, dont nous avons déjà parlé à de nombreuses reprises ; c’est ce qu’il y a de plus important. Quant au règlement de la situation elle-même, je tiens une fois de plus à souligner : son objectif ne doit être ni un simple armistice temporaire, ni une reprise de souffle destinée à une réorganisation des forces et un réarmement en vue de la reprise ultérieure du conflit, mais bien une paix durable, fondée sur le respect des intérêts légitimes de toutes les personnes, de tous les peuples, qui vivent dans cette région. Cela dit, il va de soi que nous continuerons à défendre les intérêts de la Russie et du peuple russe. C’est, en substance, l’objectif et le sens même de la conduite de l’opération militaire spéciale.
Revenons-en, à présent, ou pour être plus précis, commençons à travailler selon l’ordre du jour, je vous prie.
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