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Recueil des lettres missives de Henri IV/1584/24 octobre ― Au Roy, mon souverain seigneur

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1584. — 24 octobre.

Cop. — Biblioth. de Tours, ancien manuscrit des Carmes, coté M, n° 50, Lettres historiques, p. 147. Communiqué par M. le préfet.


[AU ROY, MON SOUVERAIN SEIGNEUR.]
Monseigneur,

Ayant feu mon cousin monsr le prince d’Orange, par son testament et derniere volonté[1], ordonné et constitué son fils, le comte Maurice[2], regent et administrateur de la principauté d’Orange, durant la detention de son frere aîné[3], et jusques à ce qu’il fust remis en ses terres et pays en pleine liberté, depuis son decés, mon dict cousin, le comte Maurice, a esté receu par le parlement et estats du dict pays à la dicte regence et administration ; et lequel m’avoit appelé, comme aussy feu mon dict cousin son pére, à la protection de la dicte principaulté, et fraischement les dicts parlement et estats du dict pays m’en ont requis instamment ; ce qui m’a faict l’accepter et promettre de m’employer à les maintenir au mesme estat paisible où ils estoient au temps du dict feu sieur prince, tant pour le regard de la minorité du dict sieur comte (lequel m’appartient), que aussy par ce que si on entreprend d’alterer le dict pays, cela pourra attirer quelque mal plus grand ez provinces circonvoisines. De quoy je n’ay voulu faillir d’advertir Vostre Majesté, et la suplier trez humblement de vouloir avoir agreable la dicte protection que j’ay acceptée pour les considerations susdictes, et à ce que les enfans d’un prince decedé, jeunes et orphelins et mes parens, ne soient destituez de secours et support, ne despouillez de ce qui leur appartient ; ensemble, parce que cela tourne au service de Vostre Majesté, et que, pour la confiance que j’ay, elle le trouvera meilleur de moy, qui ay cest honneur de luy appartenir, tenant le lieu que je tiens en vostre Royaulme, et vostre subject, que vous ne feriez de tout aultre. Ce qui me gardera de vous envoyer de plus longue lettre, si ce n’est pour luy dire qu’en tous lieux où j’auray moyens, puissance ou commandement, Vostre Majesté sera tousjours obeïe et reverée suivant la devotion que j’ay et doy à son trez humble service. Sur ce, je supplieray Nostre Seigneur vous vouloir,

Monseigneur, conserver, longuement et trez heureusement, en parfaicte santé. De Pau, ce xxiiije octobre 1584.


HENRY.


  1. Guillaume de Nassau-Dillembourg le jeune, dont nous avons déjà parlé, avait été assassiné le 14 juillet précédent.
  2. Maurice de Nassau, deuxième fils de Guillaume et son successeur dans le stathoudérat, avait pour mère Anne de Saxe, seconde femme de Guillaume.
  3. Philippe-Guillaume de Nassau, fils de Guillaume de Nassau et d’Anne d’Egmont, était prisonnier des Espagnols, et ne fut rendu à la liberté que longtemps après, en 1596.