Revue littéraire, 1846/IV

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Revue des Deux Mondes, tome 16, 1846
V. de Mars

Revue littéraire


va demander un nouveau succès. M. Ampère revient d’Égypte, et on sait déjà quelle précieuse moisson il en rapporte. A côté de ces nouveautés sérieuses s’offrent d’intéressantes réimpressions. M. Cousin donne une forme nouvelle et définitive à ces leçons dont l’influence est restée si féconde, et dont il nous rend, encore agrandi, le majestueux ensemble. En littérature comme en philosophie, notre époque a de brillans souvenirs qu’elle aime à évoquer. Nous nommerons, entre autres, une heureuse et discrète application du cadre romanesque à l’histoire, le Cinq-Mars de M. de Vigny, qui vient d’être réimprimé pour la neuvième fois ; l’essai sur le Dix-huitième siècle en Angleterre, de M. Chasles, et les Portraits littéraires de M. Sainte-Beuve, deux ordres de travaux que nous aurions mauvaise grace à louer ici, devant des lecteurs qui ne les ont pas oubliés.

En Angleterre, l’avantage appartient pour le moment à cette littérature essentiellement pratique et d’un caractère tout spécial, qui se compose non-seulement de récits de voyages, mais de toute espèce de compilations et de documens. Dans cette dernière catégorie se range une vaste publication, qui sera bientôt dans cette Revue l’objet d’un travail approfondi. La correspondance de l’amiral Nelson éclaire à la fois d’une vive lumière les derniers triomphes de la marine britannique et l’histoire générale des marines européennes. — Quant à l’armée des touristes, loin de diminuer, elle se fortifie sans cesse, et voit même des romanciers comme Charles Dickens passer dans ses rangs. A la relation de son voyage en Amérique a succédé le récit d’un tour en Italie. Si la littérature d’imagination compte encore au-delà du détroit quelques productions aimables, ce sont des exceptions bien rares qui ne font que mieux ressortir la stérilité régnante. L’Amérique n’est guère plus heureuse : de temps en temps seulement Cooper se réveille. Le titre de son dernier roman, Ravensnest ou les Peaux Rouges, indique un retour à ces tableaux de la vie indienne qui firent le succès de ses premiers écrits. La littérature américaine a des intermittences d’activité plutôt qu’une vie régulière et continue.

Ce ne sont pas les forces littéraires qui manquent à l’Allemagne, c’est l’ordre, c’est l’unité. Les imaginations sont égarées ; elles cherchent leur voie, mais elles luttent avec courage. En présence des tâtonnemens de la poésie et du roman, l’érudition germanique a gardé les belles qualités qui font sa force ; elle trouve parmi les poètes mêmes d’illustres auxiliaires. Uhland publie en ce moment un travail précieux sur l’ancienne poésie allemande, et Rückert, dans le recueil lyrique intitulé Hamâsa, applique son imagination flexible à traduire, à commenter les poésies populaires des Arabes. — Ce sont là de nobles exemples, et il nous a paru intéressant de constater cette nouvelle situation des lettres dans trois grands pays avant d’aborder l’analyse des publications récentes.


I. — Œuvres françaises de M. G. Schlegel. [1]
II. — Briefe Schillers und Goethes an W. Sehlegel (Lettres de Schiller et de Goethe à G. Schiegel. [2]

L’héritage littéraire de M. Schlegel est en ce moment l’objet d’un de ces dépouillemens minutieux où brille la patience plutôt que le tact de la critique allemande. Parmi les publications récentes qui viennent de rappeler l’attention sur le célèbre écrivain, il en est une qui s’adresse particulièrement aux lecteurs français, et qui, mal interprétée, fournirait une ample matière aux railleries des esprits prévenus, si l’on ne se hâtait d’entrer, à cet égard, dans quelques explications. Est-ce donc à dire que, parce qu’on est un homme doué de rares facultés, on ne pourra jamais échapper aux exigences de son rôle, qu’il ne sera pas permis d’avoir ses heures de loisir et de laisser-aller ? M. Schlegel, on le sait, n’était pas un ami de la France. Au moment où le goût français, amoindri par une culture trop raffinée, régnait sans contestation en Europe, cette hostilité un peu jalouse put avoir d’heureux effets ; elle stimula la sagacité du critique et aida peut-être à l’affranchissement de la poésie allemande. Plus tard elle dégénéra en une passion aveugle. Souvent, à Bonn, dans la solitude sévère qui avait succédé pour lui à une vie agitée, M. Schlegel cherchait une distraction à ses travaux en composant des épigrammes en français contre notre littérature, notre politique, notre histoire. M. Schlegel, qui connaissait toutes les ressources sérieuses de notre langue et savait s’en servir utilement, ne savait pas jouer avec elle. Ses vers étaient mauvais : cela ne l’empêchait pas de les réciter volontiers aux personnes qui le visitaient. En l’écoutant, on souriait, sans bien s’expliquer pourquoi, et l’auteur pouvait croire qu’on applaudissait à ses saillies. Il y avait quelque chose de triste dans ces méprises ; elles troublaient souvent l’impression que l’on eût voulu emporter d’un si grand esprit ; mais du moins tout se passait en conversations. Aujourd’hui on peut lire, si l’on en a le courage, les épigrammes et les logogriphes de M. Schlegel. Nous nous sommes enquis avec soin des dernières instructions qu’il avait pu laisser, bien que le choix judicieux que lui-même a fait dans ses écrits français, peu d’années avant sa mort, ne laissât guère de doute à cet égard. C’est sur son désir présumé, et assurément mal compris, que ces frivolités ont été rendues publiques. Il est à notre connaissance que M. Schlegel, ferme et recueilli en face de la mort, fut occupé à ses derniers momens de plus graves intérêts, et que la vie d’un critique si éminent ne se termina pas par une faute de goût si choquante.

Nous prions instamment tous ceux que peut toucher le souvenir de M. Schlegel de ne pas lire les cent premières pages du premier volume publié par M. Boecking, et d’oublier qu’elles existent. Le reste du livre se compose en grande partie de pensées détachées sur la religion : ce sont de nouvelles objections à joindre à celles de Voltaire, de Gibbon, de Lessing. Il est douteux encore que l’auteur ait eu le projet de faire imprimer ces pensées, du moins dans la forme où elles sont restées. Une personne pieuse, dont M. Schlegel avait autrefois cultivé l’esprit et avec laquelle il conserva toute sa vie de précieuses relations, avait paru, en diverses circonstances, affligée de son scepticisme. Il voulut s’en expliquer une fois avec elle, et lui envoya ces notes un peu confuses. Il avait à l’avance écrit une lettre intéressante dans laquelle est expliquée, avec plus de détails que nulle part ailleurs, la nature de ce christianisme poétique qui ne fut jamais pour lui qu’une prédilection d’artiste. Il raconte comment toujours les rêves s’évanouissent devant les argumens tirés de la philosophie et de l’histoire. M. Schlegel, d’ailleurs, prétend être incrédule par piété ; il adopte le fonds commun de toutes les religions, il ne repousse que les dogmes exclusifs qui voudraient enchaîner la liberté de la pensée. Aussi ne put-il jamais pardonner à son frère Frédéric sa conversion et ses doctrines absolutistes. Pour lui, son culte embrasse toute la nature agissante ; il ne saurait se contenter de temples moins vastes que la voûte des cieux, ou, s’il revient aux religions positives, sa pensée erre flottante du paganisme grec jusqu’au mysticisme indien.

Le panthéisme idéaliste de M. Schlegel se trouve exposé à l’état de système dans un écrit remarquable intitulé : de la Civilisation en général, qui, bien qu’inédit, date de l’année 1805. L’auteur recherche quel doit être l’état primitif du genre humain ; il admet la tradition de l’âge d’or, tout en repoussant les images trop molles sous lesquelles les poètes l’ont dépeint. L’âge d’or lui représente, dans l’ordre intellectuel et physique, une perfection originelle d’où seraient partis les premiers hommes, non pour s’élever, mais pour descendre jusqu’à la civilisation. Dans les œuvres du Créateur comme dans celles du génie, c’est le premier jet qui est le plus heureux ; les ancêtres du genre humain, nés du sein de la terre fécondée par les astres, durent venir au monde avec des organes supérieurs aux nôtres. Ils ne furent pas d’ailleurs abandonnés à eux-mêmes ; d’après Platon et Aristote, M. Schlegel conçoit dans les astres des intelligences motrices, qui ont présidé au développement de la vie morale. Nous n’avons pas à discuter ici ces hardies hypothèses ; il suffit de dire que les spéculations de cette nature, alors même que les conséquences donnent trop facilement prise aux objections, impriment toujours à la pensée une secousse salutaire. L’esprit s’agrandit et s’élève en s’égarant dans ces espaces.

Il n’y a lieu à aucune observation sur les deux derniers volumes des écrits français de M. Schlegel, qui n’ont pas encore paru et ne contiendront rien ou presque rien de nouveau. On pourrait de même parcourir l’édition complète de ses œuvres allemandes, publiée aussi par M. Boecking, sans trouver l’occasion d’ajouter beaucoup de choses, ni du moins de rien changer au jugement déjà émis dans cette Revue sur le célèbre critique. Dans ses dernières années, M. Schlegel se proposait de donner lui-même une nouvelle édition de son Cours de littérature dramatique. La part qu’il prit à la publication des œuvres de Frédéric II le détourna de son projet. Il eut le temps cependant de revoir les premières leçons et d’écrire un appendice d’un grand intérêt sur la disposition et la décoration du théâtre antique. Tout en recueillant les témoignages des scholiastes et des commentateurs, M. Schlegel interroge de préférence les poètes dramatiques eux-mêmes, et il surprend des secrets qui auraient pu échapper long-temps aux érudits de profession. A part ce travail qui est resté inachevé, il n’y a guère d’inédit dans la nouvelle collection de ses œuvres que des vers. Parmi ces vers, il y a bien encore des épigrammes, mais là du moins M. Schlegel est à l’aise, et la gaieté de ses plaisanteries peut faire oublier ce qu’elles ont d’implacable. On regrette toutefois, au milieu de traits dirigés contre la jeune Allemagne, d’en trouver qui remontent jusqu’à Schiller et Chamisso, ou qui s’attaquent à des hommes tels que Niebuhr, MM. Arndt et Welcker. Il est vrai de dire que M. Schlegel choisit ses victimes ; ses satires sont encore un hommage, et, dans d’autres circonstances, il a rendu pleine justice à ceux qu’il immole à ses railleries. Il y a aussi dans le nouveau recueil de ses poésies un grand nombre de pièces dictées par un sentiment plus sérieux. Toutes se recommandent par la souplesse du rhythme et la rare perfection du style. La plus intéressante est un sonnet dans lequel M. Schlegel, parlant d’avance le langage de la postérité, se rend à lui-même un magnifique hommage. Il n’y a d’ailleurs rien que de vrai dans cet éloge ; tout le monde serait prêt à y souscrire si l’on pouvait oublier quel en est l’auteur.

Les relations de M. Schlegel avec Schiller et Goethe viennent d’être éclairées d’un nouveau jour par une publication due également à M. Boecking, dont on ne peut méconnaître le zèle désintéressé. Schiller, directeur de l’Almanach des Muses et des Heures, fait à M. Schlegel, bien jeune encore, de flatteuses avances pour s’assurer son concours. Ses lettres, qui se bornent d’abord à traiter de leurs affaires communes, deviennent bientôt plus intimes ; puis cette amitié se trouve brusquement rompue. Schiller avait en des démêlés désagréables avec Frédéric Schlegel ; il craignit de l’avoir toujours en tiers entre lui et Guillaume. Il signifia à ce dernier, en termes un peu durs, la détermination de rompre tous rapports. M. Schlegel se justifia ; il exposa comment, à ses yeux, chaque amitié avait ses droits distincts qui ne devaient être sacrifiés à aucune autre. La correspondance recommença ; mais la confiance, une fois atteinte, ne renaît guère. Les lettres de Schiller témoignent dès-lors d’une grande réserve. De là, sans doute aussi, datent la sévérité et les injustices de M. Schlegel. Les lettres de Goethe, moins familières, sont écrites sur un ton plus égal. Les relations avec M. Schlegel sont souvent interrompues, mais des deux parts on saisit avec plaisir l’occasion de les renouer. Un billet de Goethe nous apprend que ce fut lui qui servit d’intermédiaire entre Mme de Staël et M. Schlegel. Il n’est pas sans intérêt de voir naître une telle liaison. « Mme de Staël, écrit Goethe, désire vous voir de plus près ; elle pense que quelques lignes de moi pourront rendre le premier abord plus facile. Je les écris avec plaisir, bien sûr d’obtenir des remerciemens des deux côtés pour une chose qui eût pu se faire d’elle-même. Ailleurs, Goethe se montre dans ses fonctions de directeur du théâtre de Weimar ; il paraît prendre à cœur la représentation de la tragédie d’Ion, celle de la traduction de Jules César. Souvent aussi il s’occupe de ses propres affaires. A plusieurs reprises, il envoie ses poésies à M. Schlegel pour lui demander des avis, et, qui plus est, des corrections. Nous n’insisterons pas sur la portée que prend ce dernier mot sous la plume de Goethe. En général, on retrouve dans cette correspondance l’éminent critique tel qu’on aime à se le figurer, prenant part tour à tour comme acteur et comme juge au mouvement littéraire de son temps. Si la publication des Œuvres françaises de M. Schlegel avait pu porter quelque atteinte à cette grande renommée, de pareils témoignages suffiraient amplement pour la réparer.


— MES VACANCES EN ESPAGNE, par M. E. Quinet. — Les vacances finies, tandis que M. Quinet, pour tromper l’ennui d’une traversée monotone, achevait de rassembler ses notes, de transcrire ses tablettes et de rédiger ses impressions, un dernier fantôme se dressa devant lui. A travers la brume des côtes de Provence, il vit avec horreur la silhouette fantastique d’un article consciencieux qui l’attendait accroupi sur la grève, « semblable à l’ange exterminateur aux portes de l’Éden, » prêt à le saisir à la douane et à l’exécuter sans miséricorde dans un journal grave. A cette vision effroyable, l’auteur d’Ahasvérus se sentit troublé, lui si familier avec le monde surnaturel, et qui, pendant deux mois de séjour sur la terre classique des revenans, avait évoqué les esprits soir et matin, à chaque carrefour et derrière chaque pan de muraille écroulée. Pour un homme qui s’est trouvé face à face, au clair de la lune, avec le commandeur de pierre, qui a passé une semaine entière en tête à tête avec les spectres de l’Escurial, c’était, il faut en convenir, un bien mince sujet d’effroi qu’une semblable apparition. M. Quinet, néanmoins, jugea nécessaire de la conjurer et de la prévenir. Par un tour des plus malicieux, il s’est avisé de faire lui-même d’avance, en manière d’épilogue, la critique de son livre. Nous laissons à penser le ton de ce morceau, les choses réjouissantes dont il est semé, et les énormités mises dans la bouche du journal grave pour fournir au bon sens révolté du public impartial le soin d’en faire justice. M. Quinet s’exerce, non sans quelque succès, â manier le sarcasme ; il prend un accent ironique, et, dans cette défense préventive, il déploie toutes les ressources d’une adresse… jésuitique. Évidemment, la lutte contre les fils de Loyola l’a façonné aux ruses de guerre ; mais ces sortes de jeux ne sont pas toujours sans danger. Bien souvent, en pareille occasion, la caricature diffère peu du portrait, et, en cherchant la parodie, on rencontre la vérité. C’est ce qui est un peu arrivé à M. Quinet. Entre autres remarques qui ne manquent pas de justesse, il définit son livre une fantaisie fébrile. Comme nous trouverions difficilement une expression plus exactement applicable à cette œuvre incohérente, nous demanderons à l’auteur la permission de la prendre au sérieux. Le mot résume parfaitement, selon nous, l’impression que laissent ses Vacances en Espagne.

M. Quinet, nous le savons, n’a pas continué de se renfermer dans les termes de son programme. C’est chez lui un péché d’habitude, et il n’a pas encore cette fois songé à se corriger. Ne lui en faisons pas une trop grosse querelle ; il est bon quelquefois de faire la part des circonstances. Pourquoi réclamer plus d’exactitude du professeur en vacances que du professeur dans l’exercice de ses fonctions ? Nous nous contentons de signaler le fait et de prévenir les lecteurs trop exigeans qui, sur la foi du titre et de la table des matières, s’aviseraient de demander à l’auteur la description des lieux qu’il a traversés. Ne vous y laissez pas tromper. Tel chapitre est daté de Burgos, tel autre de Cordoue ; celui-ci a été écrit dans une cellule de l’Escurial, celui-là sur les terrasses de l’Alhambra. Erreur : M. Quinet les avait apportés tout faits dans sa valise ; vous avez même pu, sur les banquettes du Collège de France, en entendre de notables fragmens et des tirades élaborées, soyez-en sûr, ailleurs que dans la posada d’Illescas. Dans les récits de voyage, la réalité est pourtant une condition nécessaire et indispensable. Les pages les plus éloquentes, les plus brillans tableaux composés d’avance ou après coup ne remplacent jamais l’esquisse rapide crayonnée sur le revers du chemin, et les mille incidens de la route contés simplement et sans commentaires ambitieux. L’auteur excite un intérêt d’autant plus vif, qu’il ne cherche pas à le commander. Il n’affiche pas la prétention de nous imposer ses impressions personnelles et nous conduit tout bonnement par les rues de Tolède et de Madrid, au lieu de nous laisser perdu dans le labyrinthe inextricable de son imagination. M. Quinet s’est jeté dans une voie contraire, et mal lui en a pris en vérité, car, s’il est dans son livre quelques passages où le lecteur se sente allégé de l’insurmontable ennui que fait peser sur lui la rhétorique nébuleuse du professeur, c’est précisément lorsque celui-ci daigne raconter sans emphase une aventure d’hôtellerie ou une excursion à travers les sierras qui séparent Grenade de Cordoue ; comment, par exemple, il se trouva, à sa grande stupéfaction, commis malgré lui à l’escorte d’une caravane de mules chargées d’épiceries, vu la haute opinion qu’avait inspirée son courage ; comme quoi, pressé par la soif dans les gorges arides d’Alcala, il fut obligé, pour demander une pomme à son guide, d’entamer avec ce Grenadin obtus une dissertation théologique des plus amusantes, etc. Le chapitre intitulé : Voyage à vol d’oiseau, une brillante description de Cadix et quelques morceaux épars çà et là, en trop petit nombre, nous font vivement regretter que M. Quinet n’ait pas laissé en-deçà des Pyrénées tout son bagage déclamatoire et ses philippiques cent fois répétées. Malgré les airs de tribun qu’il s’efforce en toute circonstance de se donner, il est et demeure artiste. Pourquoi renier sa nature ? Oublie-t-il parfois le rôle qu’il s’est imposé, ce qu’il cherche alors, c’est l’Espagne du moyen-âge ; ce qu’il évoque, c’est le souvenir des preux, la mémoire du Cid Campeador et des Abencerrages ; ce qui le ravit, ce sont les ogives festonnées, les arabesques d’or capricieusement entrelacées sur un fond d’azur. Pour un prédicant politique, il a même parfois de terribles distractions. Qu’est devenu l’ayuntamiento de 1840 ? lui dit son ami Celio, le progressiste. — Que sont devenues les cinq cents mosquées, les trois cent mille habitans, les écoles d’Avicenne et d’Averroès, et les légions de poètes dans la cour des califes ? – Ah ! reprend Celio, je n’attends rien de bon de la Christina… - Je lui préférerais à tous égards votre sultane Fatime… - Quelle est du moins votre opinion sur le capitaine-général ? — Parlons du grand capitaine Gonzalve, dont voici la paroisse. — Malheureusement M. Quinet revient bien vite à son rôle ; il se drape de nouveau dans son manteau noir, assombrit sa voix, et, de crainte d’une nouvelle distraction, a soin de se remettre à lui-même sous les yeux, en marge, des citations de l’Ultramontanisme, du Christianisme et la Révolution française, et de ses autres ouvrages ; il réfrène les accès d’enthousiasme naïf auxquels il s’est un instant abandonné, et nous entretient, soixante pages durant, des malheurs que la chute du ministère Olozaga prépare à l’Espagne.

M. Quinet est arrivé en Espagne avec des idées préconçues et une opinion faite sur les hommes et les choses. Ce parti pris se trahit dès le départ ; les plais sombres pensées l’assiégent. A Bayonne, il a déjà vu des brigands, pressenti les jésuites et l’inquisition. De là cette propension à exagérer les moindres accidens, à chercher des causes extraordinaires aux effets les plus simples. La veille, par un temps d’orage, le voyageur a traversé le midi de la France ; il a vu les monumens d’Arles et de Nîmes à travers un nuage de pluie, partant l’ennui le gagne : quoi de plus naturel ? Le lendemain, un rayon de soleil a lui ; il entre à Irun en compagnie de deux jeunes filles rieuses, dont la folle gaieté le déride ; chose étrange ! comment expliquer un tel changement ? C’est qu’hier il obéissait à la fatalité ; aujourd’hui un charme l’attire, il sent dans l’air le mirage et la fascination d’un esprit éloigné. Avec une disposition semblable, on conçoit que le monde extérieur ne soit pour lui qu’une chose tout-à-fait secondaire. Il suit sa route sans beaucoup interrompre le fil de ses rêveries. Sommes-nous à Burgos ou à Valladolid ? nous n’en savons pas grand’chose, et n’était le cliquetis obligé de guitares et d’escopettes, de castagnettes et de rapières qui résonne à nos oreilles, nous ne nous douterions guère que nous foulons la terre d’Espagne. D’un saut, M. Quinet nous fait franchir la Vieille-Castille ; on voit qu’il a hâte d’arriver à Madrid : il ne veut pas manquer la discussion de l’adresse aux cortès. A peine a-t-il le loisir de donner en passant un coup d’œil à la cathédrale de Burgos. Il paraît évident que la précipitation du voyage, les graves préoccupations de la politique, peut-être aussi la bise froide de décembre, ne lui ont pas laissé la liberté d’esprit nécessaire pour admirer ce merveilleux édifice. Le croirait-on ? il trouve l’aridité de la Castille sur la face de sa métropole ! Ces délicates dentelles de pierre, cette luxuriante végétation qui s’épanouit, se tord, s’enroule et grimpe jusqu’à la cime des flèches aiguës, brodées et découpées à jour, des soleils séculaires en ont, dit-il, tari la sève ; il n’a vu que quelques rares statues sur ces galeries où la vie humaine fourmille.

A Madrid, il ne s’occupe guère que de politique ; nous le trouvons plus assidu aux tribunes de la salle du congrès que sur les gradins du Cirque. Il est vrai que la révolution était alors en permanence ; l’état de siège qui avait accueilli l’auteur au Prado, qu’il retrouve à Cadix et qui le poursuit jusqu’à Lisbonne, est un incident de nature à motiver les digressions auxquelles il n’était déjà que trop disposé. Partout du reste il porte avec lui cette même préoccupation de la pensée cachée sous les pierres ; partout il voit des symboles et des emblèmes. Les murs de Tolède, la Giralda de Séville, lui fournissent les rapprochemens les plus inattendus. Loin de nous de méconnaître le côté élevé du talent de M. Quinet ; mais sa brillante imagination l’égare bien souvent : cette passion de tout interpréter, de donner une ame et une voix à toute la nature, le conduit directement à l’hallucination. Il n’est pas de masure où il n’entende des voix mystérieuses ; chaque touffe de bruyère exhale un soupir ; des deux côtés de la route sortent, à son passage, des gémissemens et des plaintes funèbres, qui, pour l’oreille moins délicate de l’arriero, son guide, représentent tout simplement le cri des poulies et le grincement des puits à roues dont les maraîchers de l’endroit se servent pour arroser leurs concombres. A Cordoue, deux voix passent sur sa tête : c’est la causerie de la mosquée vide avec les églises des couveras. Le moindre clocheton lui dit son mot à la volée, et, si par aventure les galériens de Tolède chantent en s’accompagnant en cadence du bruit de leurs chaînes, cette sauvage mélodie suffit à faire sortir de leurs tombes une légion d’hidalgos montés sur des chevaux invisibles, et à faire défiler sous les yeux du voyageur don Sanche, Padilla, le roi maure Abdallah, et tout le cortège des antiques légendes.

Comme on le voit, c’est la rêverie qui joue ici le plus grand rôle ; le style de M. Quinet ne pouvait manquer de porter l’empreinte de cette perpétuelle exaltation et de cette emphase continue. Sa phrase est fiévreuse, tendue et saccadée ; en vain sous la période sonore vous cherchez l’idée : l’abondance de la forme et la diffusion des images masquent trop souvent ce que la pensée peut avoir quelquefois d’élevé et d’original. Il en résulte pour le lecteur une lassitude véritable : le style de l’Apocalypse n’est pas supportable dans un ouvrage de longue haleine. On se fatigue d’entendre M. Quinet prophétiser sur les landes d’Aragon et invoquer à tout instant Allah, Jéhovah, Élohim. Au milieu de ce débordement d’épithètes et d’antithèses, remarquons aussi un léger abus de citations espagnoles. Serait-ce une réponse aux insinuations de quelques esprits malveillans ? L’auteur se plaît à entremêler dans ses périodes de petites phrases dont la traduction ne soit pas trop compromettante : — C’est l’hôtellerie des chevaliers, de los caballeros ; dix-sept preux tous à cheval, todos a caballo ; il passait auprès de moi, comme une flèche, pasa como una saeta ; vous êtes soldat, sois soldado. — Ainsi à chaque page. Ce n’est pas difficile à comprendre, et cela donne un air d’érudition qui ne messied pas à un professeur de langues méridionales.

Nous nous sommes à regret montré sévère pour un écrivain dont nous aimons le talent, et dont nous regrettons de voir les poétiques élans détournés au profit de théories infécondes. En effet, dans aucun des derniers ouvrages de M. Quinet, on ne retrouve plus marquée la différence qui sépare l’inspiration vraie de l’exaltation factice produite par des influences étrangères à l’art. Les Vacances en Espagne contiennent une quarantaine de pages vraiment charmantes et qui contrastent agréablement avec le ton général de l’ouvrage. Ici M. Quinet s’est montré vif, élégant, attachant, et les élucubrations du publiciste donnent, s’il se peut, plus de prix à cette fantaisie de l’artiste. Si un tel vœu était possible, nous exprimerions le souhait de voir détacher du reste de l’ouvrage le récit et les fragmens dont nous avons parlé plus haut. Réduit ainsi des deux tiers, le livre, à coup sûr, n’y perdrait rien.


— LES ARTS EN PORTUGAL, lettres adressées à la Société artistique et scientifique de Berlin, par le comte H. Raczynski [3]. — Les productions de la peinture et de la sculpture portugaises sont à peu près inconnues non-seulement en France, mais dans les autres pays de l’Europe. Les musées les plus riches en renferment à peine quelques faibles échantillons ; le Louvre, entre autres, ne contient que deux tableaux (un Ecce homo et une Communion de saint Paul), dus à un Portugais, Vasco Pereyra. Encore cet artiste, ayant passé une partie de sa vie à Séville, où il mourut en 1618, doit plutôt être rattaché à l’école espagnole. En outre, les biographies les plus complètes ne mentionnent guère d’autres noms que ceux de Gaspar Diaz et de Campello. M. de Raczynski, auquel on doit déjà une Histoire de l’art moderne en Allemagne, a donc rempli une tâche utile en publiant les documens et les notes qu’un séjour prolongé en Portugal lui a permis de recueillir sur l’histoire des arts dans ce royaume. Nous allons donner un résumé rapide des faits les plus importans consignés dans son livre.

Quelques miniatures, un tableau d’autel représentant le roi Denis (mort en 1325) et sa famille, les décorations maintes fois retouchées du palais de Cintra, telles sont à peu près les seules productions connues de la peinture portugaise jusqu’au milieu du XIVe siècle. « Avant Emmanuel, dit M. Raczynski, nous rencontrons bien quelques noms isolés ; mais jusqu’ici je ne puis encore me persuader que la peinture ait été florissante avant 1500, et elle ne l’a été ni en Espagne ni en Portugal. » Mais tout changea de face sous le règne brillant d’Emmanuel-le-Fortuné (1495-1521). Alors les arts prirent un développement en rapport avec la civilisation du reste de l’Europe, et, pendant que les Portugais allaient étudier sous Raphaël et Michel-Ange, des artistes italiens, et surtout des Allemands, des Flamands et des Hollandais, vinrent se fixer en Portugal. Le mouvement imprimé par Emmanuel se continua sous ses successeurs, et ce fut dans les dernières années du règne de dom Sébastien (mort en 1578) et pendant la première moitié de la domination espagnole que vécut le peintre dont le nom, à peine connu en France, est resté populaire en Portugal : nous voulons parler de Vasco Fernandez, surnommé Gran-Vasco, qui naquit en 1552 à Vizeu, où se trouvent conservés un grand nombre de ses ouvrages. « Il me serait difficile, dit M. Raczynski, de déterminer quels sont les tableaux qu’à Lisbonne on attribue à Gran-Vasco. Il me semble que cette dénomination, dans l’idée qu’on y attache généralement, désigne plutôt une catégorie de vieux panneaux, envisagée sous le point de vue d’un certain air gothique qui lui est propre, qu’une origine, un nom d’auteur et même une nationalité distincte. Il y a des personnes qui vont jusqu’à dire qu’on rencontre des Gran-Vasco en très grand nombre en Allemagne ; d’autres donnent ce nom indistinctement à tous les tableaux du Portugal qui appartiennent au commencement du XVIe siècle ; d’autres enfin établissent des distinctions : ce qui leur parait bien fait est toujours l’œuvre de Gran-Vasco, ce qui est moins bien est de son école. « C’est à Vizeu que M. Raczynski a pu examiner des tableaux qui lui ont paru être réellement de la main de ce maître. Ces tableaux se rattachent non pas à l’école italienne, mais à celle d’Albert Dürer, qui a eu en Portugal une influence bien plus remarquable et bien plus féconde en résultats.

La peinture portugaise paraît avoir atteint son apogée au XVIe siècle, et, bien que les artistes deviennent plus nombreux aux siècles suivans, ils semblent être restés fort inférieurs à leurs devanciers ; du moins c’est ce qu’on peut conclure à tous les faits rapportés par M. Raczynski, qui nous a transmis en outre des renseignemens précis sur l’état actuel de la peinture en Portugal. A en juger par son compte-rendu de l’exposition triennale de 1843, on voit que, malgré les éloges prodigués aux artistes par les journaux de Lisbonne, il est peu enthousiasmé des productions de l’école moderne, et franchement, d’après la situation politique du pays, il n’y a guère lieu de s’en étonner.

Raczynski a consacré aussi plusieurs lettres à l’histoire de la sculpture et de l’architecture. La sculpture ne commença guère à se perfectionner qu’au XVIIe siècle, et, suivant lui, elle n’a rien produit qui puisse rehausser la gloire du Portugal. Les œuvres des sculpteurs de ce siècle et du siècle suivant sont presque toutes en bois et en terre cuite ; les statues en pierre sont dues pour la plupart à des étrangers. L’architecture gothique fut introduite en Portugal sous Jean Ier, dit le Grand (1383-1433), par suite des relations actives qui existaient entre ce prince et les rois d’Angleterre, et, sous Emmanuel, il se forma un style particulier tenant à la fois du gothique et de la renaissance. L’influence italienne domina pendant tout le XVIIIe siècle et le commencement du XIXe ; mais les monumens appartenant à l’époque de Pombal offrent un style particulier que M. Raczynski regarde comme vraiment national.

Le livre de M. Raczynski est une source de précieux renseignemens. L’auteur, ayant parcouru les diverses provinces du Portugal, a mentionné avec le plus grand soin les objets d’art épars dans les localités qu’il a visitées et les artistes auxquels ils sont attribués ; il a en outre publié des documens et des mémoires historiques conservés dans des bibliothèques ou dans des archives : nous citerons, entre autres, plusieurs traités sur la peinture composés vers le milieu du XVIe siècle par François de Hollande, architecte et enlumineur, que Jean III avait envoyé en Italie. François paraît avoir vécu assez intimement avec Michel-Ange, sur lequel il donne quelques détails qui ne sont pas sans intérêt. Nous regrettons seulement que M. Raczynski ait mis aussi peu d’ordre dans l’arrangement des notes qu’il a publiées. Les faits de même nature se trouvent dispersés çà et là, et il est fort difficile de les retrouver. De plus, il y a dans certaines lettres des assertions hasardées ou même fausses qu’il a tenu à y conserver, tout en prévenant qu’il les rectifierait plus loin. Cette confusion rend fort pénible la lecture de son livre, et c’est là un reproche sérieux que nous ne pouvons nous empêcher de lui adresser.


— THE BILIAD, OR HOW TO CRITICIZE, par M. Hughes [4]. — C’est le coup de boutoir d’un poète irritable dont les critiques avaient d’abord caressé, dont ils froissent aujourd’hui l’orgueil. Comme le cerf traqué par une vile meute, le superbe écrivain se retourne, lui fait tête, et distribue aux limiers les plus ardens quelques coups de plume qu’il voudrait rendre mortels. Ces révoltes de l’amour-propre poétique n’ont jamais fait peur à personne, et, pour ce qui nous concerne, elles nous trouveront toujours fort enclins à y applaudir, quand la vengeance du poète sera éloquente, passionnée, spirituelle ; mais la Biliade, hélas ! ne rappelle que par le titre les épigrammes de Pope et de Gifford ou la véhémente imprécation de lord Byron. Ce dernier disait de la Revue d’Édimbourg : « Il faudrait un Hercule pour écraser cette hydre. » Quand on s’en prend à l’Athenaeum (désigné dans la satire de M. Hughes sous le nom d’Atrabilarian) et à M. Dilk, son rédacteur en chef (le poète n’a changé que la première lettre de ce nom) ; quand on répond aux boutades improvisées du Morning Post, il n’est pas besoin de tant de vigueur, mais au moins faudrait-il manier avec une certaine milité le fouet iambique, et ne pas s’exposer sur place à de terribles représailles. Or, M. Hughes, qui relève avec fureur chez ses antagonistes les plus légères fautes d’orthographe commises dans des noms italiens ou portugais, nous a laissé voir en quoi consiste sa connaissance des idiomes étrangers, quand il s’est permis, entre autres facéties de mauvais goût, un distique français contre les repealers, ses compatriotes. Voici, dans toute sa gloire, cette grossière épigramme :

Avec un bruit de guerre un tambour est si bel,
Et c’est aux fanfarons de battre le rappel.


Plus loin nous trouvons O’Connell insulté dans un langage soi-disant homérique : — O le plus philocteané des démagogues, tempête polyphloisbée des tourbières, brailleur hibernoloïme et brotologue ! aboyeur hécatonglotte et arrectophone ! — » Ces invectives pédantes ne sont de mise dans aucune langue, si ce n’est peut-être dans celle qu’on parle à Billingsgate, et c’est là justement que M. Hughes renvoie brutalement les journalistes assez malheureux pour avoir relevé quelques fautes de prosodie dans son poème sur Madère (The Ocean Flower).

Ce qu’il leur reproche en vers assez plats est d’étaler un savoir d’emprunt, de dénigrer autrui pour établir leur supériorité, de juger à tort et à travers suivant qu’ils ont dîné bien ou mal, de se laisser attendrir par des offrandes gastronomiques, d’être indulgens pour les inconnus, implacables pour leurs confrères en littérature.

Ô vous qui souhaitez le renom littéraire,
Soyez duc, cuisinier, pair, savetier, portière,
Tailleur, cabaretier, grenadier, drouineur,
Polonais, Cafre, Affghan, blanc, noir ou de couleur,
Tout ce qu’il vous plaira, si ce n’est journaliste !


À coup sûr, voilà une tirade qui étonnera nos aristarques parisiens si remplis de ménagemens les uns pour les autres. M. Hughes ne nous a pas semblé beaucoup mieux inspiré quand il attaque la chrysolatrie anglaise et l’indifférence dont les hommes de génie sont victimes dans un pays où la richesse et les parchemins classent les hommes. — La France, dit-il,

La France a maintenant pour honneur et sagesse
De tenir en mépris l’argent et la richesse ;
L’intelligence est reine en cet heureux pays,
Et met à leur vrai rang ces ignorans beaux-fils,
Qui n’ont que des aïeux, une grandeur transmise,
Et l’écho d’une gloire en d’autres temps conquise.


Suivent deux vers que nous ne voulons pas nous risquer à traduire, et qui, s’ils n’ont pas la valeur d’un argument péremptoire, sont trop curieux pour être omis :

Bugeaud his Marquisate in boyhood spurns,
And now victorious from a Dukedom turns.

Nous regrettons de ne pouvoir, en terminant, racheter par quelque restriction louangeuse la sévérité de notre jugement sommaire ; mais, si la colère des critiqués a ses droits, il faut en reconnaître d’équivalens à l’ennui des critiques, surtout envers un aussi déterminé champion que ce pourfendeur hibernien, mauvais avocat d’une assez belle et même d’une assez bonne cause.


— Un de nos collaborateurs, M. Ch. Coquelin, dont les lecteurs de la Revue n’ont pas oublié les remarquables travaux sur l’industrie linière, a publié récemment un Nouveau traité de la filature mécanique du lin et du chanvre [5], dans lequel, suivant pas à pas le travail de la filature dans toutes ses phases, il donne une description complète et pratique des opérations qui le précèdent et l’accompagnent, indiquant les progrès accomplis depuis sept ans dans cette importante industrie, et en particulier les perfectionnemens que doit amener l’introduction d’un nouveau métier à filer dû à M. Decoster. M. Decoster a joint à cet ouvrage une série de planches où sont reproduites, sur une échelle étendue et avec une rigoureuse précision, les diverses machines employées jusqu’à présent. Cette utile publication ne peut manquer d’être accueillie avec faveur dans le monde industriel.



  1. Publiées par M. Boecking, 3 vol. in-12 ; Leipzig, 1846.
  2. Leipzig, 1846.
  3. Un vol. in-8e, chez Renouard, à Paris.
  4. Londres, 1846.
  5. 1 vol. in-8°, avec un atlas, chez Roret, 10 bis, rue Hautefeuille.