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Rig Véda ou Livre des hymnes/Section 1/Lecture 1

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Traduction par Alexandre Langlois.
Bibliothèque Internationale Universelle (p. 41-51).

LECTURE PREMIÈRE.

HYMNE I.

À Agni[1], par Madhoutchhandas.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Je chante Agni, le dieu prêtre et pontife, le magnifique (Agni) héraut du sacrifice[2].

2. Qu’Agni, digne d’être chanté par les Richis anciens et nouveaux, rassemble ici les dieux[3].

3. Que par Agni (l’homme) obtienne une fortune sans cesse croissante, (une fortune) glorieuse, et soutenue par une nombreuse lignée.

4. Agni, l’offrande pure que tu enveloppes de toute part s’élève jusqu’aux dieux.

5. Qu’avec les autres dieux vienne vers nous Agni, le dieu sacrificateur, qui joint à la sagesse des œuvres la vérité et l’éclat si varié de la gloire.

6. Agni, toi qui portes le nom d’Angiras[4], le bien que tu feras à ton serviteur (par le fait de sa reconnaissance) tournera à ton avantage[5].

7. Agni, chaque jour, soir et matin, nous venons vers toi, t’apportant l’hommage de notre prière ;

8. (À toi), gardien brillant de nos offrandes, splendeur du sacrifice[6] ; (à toi), qui grandis au sein du foyer que tu habites.

9. Viens à nous, Agni, avec la bonté qu’un père a pour son enfant ; sois notre ami, notre bienfaiteur.

HYMNE II.

À Vayou[7], par Madhoutchhandas.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Illustre Vâyou, viens, et prends ta part de ces liqueurs[8] préparées avec soin ; écoute notre prière.

2. Vâyou, des chantres sacrés, disposés à faire les libations, habiles à connaître le jour (des sacrifices), te célèbrent en ce moment par leurs vers.

3. Vâyou, d’accord avec le vœu de ton serviteur, ta grande voix s’élève et vient attester que tu reçois nos libations de soma.


À Indra[9] et à Vayou.

4. Indra et Vâyou ! c’est pour vous que sont ces libations ; venez prendre les mets[10] que nous vous offrons ; voici des boissons qui vous attendent.

5. Vâyou et Indra ! vous voyez ces oblations, vous qui daignez (quelquefois) assister à nos sacrifices ; venez tous deux avec empressement.

6. Vâyou et Indra ! (dieux) forts, venez (recevoir) l’hommage de (l’homme) qui fait des libations en votre honneur ; accourez à sa prière.


À Mitra et à Varouna[11].

7. J’invoque Mitra, qui a la force de la pureté, et Varouna, qui est le fléau de l’ennemi : (ces dieux) accordent la pluie[12] à la prière qui les implore.

8. Ô Mitra et Varouna ! vous qui (d’une main favorable) touchez notre sacrifice, vous dont ce sacrifice augmente la force, (voyez comme) par lui vous obtenez d’abondantes offrandes.

9. Que Mitra et Varouna, (dieux) sages et puissants, habitants des larges demeures, nous accordent la force qui fait exécuter l’œuvre !


HYMNE III.
Aux Aswins[13], par Madhoutchhandas.
(Mètre : Vrihatî.)

1. Aswins (dieux) aux mains agiles, aux longs bras[14], maîtres de splendeur, acceptez les mets du sacrifice.

2. Puissants Aswins, célèbres par votre force et par vos nombreux exploits, écoutez nos voix, qui portent vers vous notre prière.

3. Secourables et véridiques[15], venez ; nos libations vous attendent, disposées sur un tapis formé de gazon sacré[16]. Venez par la route (qu’arroseront) les larmes (de nos ennemis[17]).


À Indra.

4. Accours, brillant Indra ; ces libations sont pour toi, toujours pures et préparées par des mains (pieuses).

5. Accours, Indra, appelé par la prière, invoqué par le sage[18] ; écoute les paroles saintes du ministre qui t’offre ces libations.

6. Accours, Indra, avec empressement à ces paroles, toi que portent deux coursiers azurés[19] ; avec nos libations, reçois les mets que nous te présentons.


Aux Viswadévas.[20]

7. Viswas, dieux protecteurs, soutiens de l’homme, dispensateurs de la richesse, venez partager les libations qu’a préparées votre serviteur.

8. Ô Viswas, vous qui envoyez la pluie, hâtez-vous d’accourir vers ces libations, comme les vaches courent vers leurs pâturages.

9. Ô Viswas[21], dieux prévoyants, exempts d’inquiétude et de mal, acceptez cette offrande, et apportez-nous le bien.

À Saraswatî[22].

10. Saraswatî, toi qui purifies (le cœur), comblée de nos offrandes, aie pour agréable notre sacrifice, ô toi, trésor de la prière !

11. Saraswatî inspire les paroles saintes ; elle exprime les bonnes pensées ; c’est à elle que s’adresse notre sacrifice.

12. Saraswatî appelle et encourage l’onde (des libations)[23] ; elle élève un drapeau sous lequel brillent toutes les Prières.


HYMNE IV.
À Indra, par Madhoutchhandas.
(Mètre : Gâyatrî.)

1. Chaque jour nous appelons à notre secours le dieu célèbre par ses actions brillantes, comme le fermier appelle sa (vache) nourricière.

2. Approche de notre sacrifice ; tu aimes les libations, bois celles que nous t’offrons ; et si tu es satisfait, toi qui es riche, accorde-nous des troupeaux de vaches.

3. Puissions-nous ainsi (nous) voir au nombre de ces hommes sages que tu daignes visiter ! Tiens, ne nous dédaigne pas.

4. Chef de famille[24] écoute la voix d’un homme éclairé ; aie recours à Indra, sage et invincible, qui (sera) le rempart de tes amis.

5. Que (ces amis), en fêtant Indra, puissent dire : Vous, qui êtes nos adversaires, retirez-vous loin d’ici.

6. Que nos ennemis nous appellent des hommes fortunés, placés que nous sommes sous la protection d’Indra.

7. Offre donc à Indra ce (soma), aussi ardent qu’il peut l’être lui-même ; ce (soma), ornement du sacrifice, joie des mortels, aimé du (dieu) qui descend vers nous, et nous donne le bonheur.

8. Ô (dieu, que l’on appelle) Satacratou[25], après avoir goûté de cette libation, triomphe des Vritras[26] ; sauve, en faveur de ces offrandes, celui qui te présente ces mets.

9. Ô Satacratou, nous accumulons autour de toi les offrandes ; en retour, Indra, comble-nous de tes biens !

10. Au gardien de la richesse, au (dieu) grand, auteur de toute félicité, ami de l’homme pieux, à Indra, adressez vos cantiques.


HYMNE V.
À Indra, par Madhoutchhandas.
(Mètre : Gâyatrî.)

1. Venez, amis ; placez-vous, et chantez Indra, vous qui avez un trésor d’hymnes (sacrés).

2. (Chantez) le grand Indra, le maître souverain de la richesse ; répandez en même temps les libations.

3. Qu’il soit pour nous une source de biens, d’opulence, de sagesse ; qu’il vienne partager nos offrandes.

4. Chantez cet Indra qui, dans les combats, porté sur un char, renverse ses ennemis par le choc de ses coursiers.

5. En l’honneur de ce dieu, qui aime les libations, voilà des boissons purifiées et mêlées avec du caillé[27].

6. Ô bienfaisant Indra, (tu nais) pour recevoir nos libations et pour régner (sur les dieux) ; à peine es-tu né, que déjà ta forme est immense[28].

7. Ô Indra, glorifié par nos chants, remplis-toi de ces boissons ardentes ; puissent-elles plaire à un dieu sage comme toi !

8. Les hymnes, les louanges (des anciens) ont ajouté à ta grandeur, ô Satacratou ! que nos chants aient le même effet !

9. Qu’Indra, protecteur invincible, en qui sont toutes les vertus de la virilité, se réjouisse de ces mets abondants et variés.

10. Que nul homme ne porte atteinte à nos corps ; Indra, seigneur célébré par nos chants, éloigne de nous la mort.

HYMNE VI.

À Indra, par Madhoutchhandas.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Placés autour du (foyer), les hommes préparent le char[29] (du dieu) brillant, pur et rapide[30] ; (cependant) brillent dans le ciel les feux (du matin).

2. À ce char sont attelés ses deux coursiers, beaux, brillants, impétueux, rougeâtres, et dignes de porter un héros.

3. Ô mortels, (voyez-le) mettant l’ordre dans la confusion, donnant la forme au chaos. Ô Indra, avec les rayons du jour tu viens de naître.

4. À peine la formule de l’offrande[31] a-t-elle été prononcée, que les (Marouts)[32], dont le nom mérite d’être invoqué dans les sacrifices, viennent exciter (de leur souffle) le feu à peine sorti du sein de l’arani[33].

5. Avec (ces Marouts), qui brisent tout rempart et supportent[34] (la nue), Indra, tu vas, du sein de la caverne, délivrer les vaches (célestes)[35].

6. Voilà pourquoi l’hymne qui chante les dieux célèbre aussi le grand (dieu des vents), qui assiste (Indra) de ses conseils, et découvre les heureux trésors.

7. Avec l’intrépide Indra, (ô dieu), on te voit accourir ; tous deux pleins de bonheur, tous deux également resplendissants.

8. Notre sacrifice confond, dans un hommage aussi empressé, Indra et la troupe (des Marouts) bienfaisante, irréprochable, et brillante des feux (du matin).

9. (Dieu des vents), qui parcours le monde, viens vers nous, ou de ton séjour habituel, ou de la demeure céleste de la lumière[36] ; notre voix aujourd’hui t’appelle.

10. Nous invoquons aussi la libéralité d’Indra ; (qu’il nous entende), soit d’ici-bas, soit de l’air qui enveloppe la terre, soit du vaste séjour de la lumière.

HYMNE VII.

À Indra, par Madhoutchhandas.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. C’est Indra dont nos chants, Indra dont nos hymnes, Indra dont nos prières exaltent la grandeur.

2. Indra, avec ses deux coursiers azurés et dociles à la voix[37], va se mêlant à tout ; Indra, tout brillant d’or, porte la foudre.

3. Pour élargir l’horizon, Indra a élevé le soleil dans le ciel ; au milieu des vaches (célestes), il a lancé sa foudre.

4. Dans les combats, si fertiles en butin, Indra protège-nous ; sois pour nous un auxiliaire terrible !

5. Dans les grandes comme dans les petites affaires, c’est Indra que nous invoquons ; Indra, qui s’unit à nous, et frappe nos ennemis de sa foudre.

6. Toi, qui es libéral et qui donnes l’abondance, accorde-nous le fruit de ce sacrifice, (sois) favorable à nos vœux.

7. Les sacrifices se succèdent, et, dans tous ces hymnes brillants qui s’adressent au foudroyant Indra, je n’en vois aucun digne de lui.

8. Tel que le taureau qui s’approche avec amour de ses compagnes, tel (Indra), maître clément et généreux, visite les hommes avec puissance.

9. Lui qui, sans égal, règne sur les hommes, (dispense) les biens, et (gouverne) les cinq classes d’êtres[38].

10. Nous invoquons pour vous Indra, qui enveloppe de toute part la nature ; qu’il nous soit, à nous, particulièrement propice !

HYMNE VIII.

À Indra, par Madhoutchhandas.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Ô Indra, viens à notre secours ! donne-nous de l’or : l’or procure l’opulence, la victoire, la force constante et durable.

2. Avec l’or, et protégés par toi, nous pouvons repousser nos ennemis et à pied[39] et à cheval.

3. Protégés par toi, ô Indra, nous prenons nos armes, auxquelles tu donnes la force de ta foudre, et nos ennemis sont vaincus dans le combat.

4. Avec nos héros armés de traits, mais surtout avec ton aide, ô Indra, nous résistons à la foule de nos adversaires.

5. En effet, Indra est grand et supérieur à tout : qu’il surpasse tout, le dieu qui porte la foudre ! sa force est comme le ciel, elle est immense.

6. Ce n’est pas seulement le guerrier qui obtient sa faveur dans la mêlée, c’est encore l’homme qui désire un fils, c’est le sage qui s’attache à la prière.

7. Le sein d’Indra, altéré de soma, doit toujours en être rempli : telle la mer est toujours (gonflée d’eau), telle la langue est sans cesse humectée de salive.

8. C’est ainsi que la prière qu’on lui adresse, grande et sonore, assure à son serviteur des troupeaux de vaches ; elle est pour celui-ci comme la branche chargée de fruits.

9. C’est ainsi que ton pouvoir, ô Indra, que ton secours est acquis au serviteur qui me ressemble.

10. Mais aussi l’hymne et le chant qui plaisent à Indra doivent être préparés ; le soma doit être versé (pour le dieu qui l’aime).

HYMNE IX.

À Indra, par Madhoutchhandas.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Viens, Indra, toi qui aimes les mets (du sacrifice) et toutes les espèces de libations ; toi qui es grand, fort et victorieux.

2. En l’honneur d’Indra, qui donne le bonheur et qui protège puissamment, répandez cette boisson, qui donne aussi le bonheur et produit de si puissants effets.

3. Sois heureux de nos louanges flatteuses, dieu à la noble face[40] et maître souverain ; assiste avec (les autres dieux) à nos sacrifices.

4. (Avec nos libations), j’ai versé[41] des prières : qu’elles montent heureusement vers toi, seigneur puissant, et daigne les accueillir !

5. Indra, réunis ici les biens divers qu’il est possible de souhaiter ; ils sont en toi avec une merveilleuse abondance.

6. Riche et puissant Indra, conduis-nous à cette opulence, et donne-nous la force et la gloire.

7. Ô Indra, toi qui es la vie de tous, accorde-nous une fortune large, grande et solide, fondée sur l’abondance de nos récoltes et le nombre de nos vaches !

8. Oui, donne-nous une grande fortune, des richesses, des biens innombrables, et des chariots chargés d’abondantes provisions !

9. Par nos chants nous invoquons Indra, maître de la richesse, ami de nos hymnes, et prompt à venir à notre secours.

10. Avec ces libations diverses, le père de famille[42] prétend honorer la haute puissance du grand Indra, devenu son hôte.

HYMNE X.

À Indra, par Madhoutchhandas.

(Mètre : Anouchtoubh.)

1. Les voix des chantres, les hymnes des poëtes, célèbrent ta grandeur, ô Satacratou, les prêtres t’élèvent parmi nous, comme on élève la hampe d’un drapeau[43].

2. En voyant (le père de famille) aller de montagne en montagne pour faire tous les préparatifs du sacrifice[44], le généreux Indra a compris son dessein, et il arrive avec l’escorte des (Marouts).

3. Indra, attelle à ton char tes deux coursiers azurés, à la crinière brillante, à l’ardeur impétueuse, au ventre qui remplit le surfaix ; toi qui aimes le soma, approche pour mieux entendre nos chants.

4. Viens, écoute, accepte nos vœux, accède à nos désirs ; bénis, ô Indra, toi qui es notre véritable asile, notre sacrifice et les mets que nous t’offrons.

5. Chantons, exaltons Indra, qui détruit la foule de (nos ennemis); que le dieu puissant (que nous appelons Sacra) entende son nom répété parmi nos fils et nos amis.

6. Invoquons-le pour obtenir des amis, pour obtenir des richesses, pour obtenir du pouvoir. Que le puissant Indra soit puissant[45] pour nous, et nous comble de biens !

7. Indra, nous te présentons, avec un entier abandon, ces offrandes abondantes et pieuses. Ouvre pour nous le pâturage des vaches (célestes) ; accorde-nous l’opulence, ô toi qui portes la foudre !

8. Le ciel et la terre ne peuvent contenir (le dieu) qui donne la mort à ses ennemis. Fais descendre en vainqueur les ondes qui répandent le bonheur, et envoie nous les vaches (célestes).

9. Toi qui as une oreille ouverte (à la prière), écoute notre invocation, accueille nos hymnes ; Indra, rapproche-toi de nous pour exaucer les vœux que t’adresse, de concert avec moi, un père de famille.

10. Nous connaissons ton extrême générosité ; nous savons que tu entends notre voix suppliante dans les combats : nous implorons le secours du plus libéral (des dieux), qui se manifeste par mille bienfaits.

11. Hâte-toi (de venir) vers nous, ô Indra, fils de Cousica[46] ! Goûte avec plaisir de nos libations ; donne à notre corps une vigueur toujours nouvelle. Que le poëte (qui te chante) reçoive de toi mille présents.

12. Ô (dieu) digne d’être célébré, que nos éloges t’environnent de toute part ; éloges qui, comme toi, grandissent avec le temps ; qui, agréés par toi, te rendent favorable à nos désirs.

HYMNE XI.

À Indra, par Djétri, fils de Madhoutchhandas.

(Mètre : Anouchtoubh.)

1. Tous les hymnes exaltent la grandeur d’Indra, étendu comme une mer profonde ; (Indra), le plus illustre des guerriers portés sur des chars de bataille, le maître des mets (sacrés), le maître des hommes pieux.

2. Ô Indra, maître de la force, après t’avoir offert ces mets (sacrés), et sûrs d’une amitié telle que la tienne, nous n’avons rien à craindre ; nous te louons, toi vainqueur invincible.

3. Les trésors d’Indra ne sont pas épuisés ; sa protection est toujours aussi forte qu’autrefois ; toujours il a pour ses adorateurs une réserve de nourritures abondantes, et des vaches fécondes.

4. Indra est le destructeur des villes (des Asouras)[47] : de sa nature, il est jeune et sage ; il possède une force incomparable. À lui s’adressent tous les sacrifices ; il lance la foudre, et s’entend louer partout.

5. Ô (dieu) qui portes le tonnerre, tu as ouvert la caverne où Bala tenait renfermées les vaches (célestes) ; les dieux sont venus vers toi, rassurés contre la crainte qu’ils avaient éprouvée.

6. (Dieu) guerrier, pour obtenir tes dons, je m’approche avec des libations et des hymnes. Devant toi, qui mérites nos louanges, se présentent de fidèles serviteurs : qu’ils connaissent ce que tu peux.

7. Par ta (secourable) magie, ô Indra, tu as donné la mort au magicien Souchna[48]. Que les hommes sages connaissent ta puissance ; daigne élever leur fortune.

8. Que les hymnes célèbrent Indra, fort et souverain ; Indra, dont les bienfaits ne peuvent pas se compter.

HYMNE XII.

À Indra, par Médhatithi, fils de Canwa.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Nous prenons (pour l’objet de nos chants) Agni, le messager (des dieux), le sacrificateur en qui sont tous les biens, le prêtre qui accomplit l’œuvre sainte.

2. C’est Agni que, dans leurs invocations, les hommes appellent sans cesse, Agni le maître du peuple, le ministre des holocaustes, l’ami du monde.

3. Agni, toi qui viens de naître (de l’aranî)[49], amène ici les dieux sur ce cousa choisi ; tu es pour nous un sacrificateur digne d’éloges.

4. Agni, éveille les dieux avides (de nos sacrifices) ; va leur porter cette nouvelle, et reviens avec eux t’asseoir sur le cousa.

5. Toi que nous appelons par nos libations de beurre, brillant Agni, brûle nos ennemis alliés avec les Râkchasas[50].

6. C’est avec Agni que s’enflamme Agni[51], jeune et sage, gardien du foyer domestique, ministre des holocaustes ; sa bouche est le vase[52] (qui reçoit nos offrandes).

7. Célèbre, au milieu de la cérémonie sainte, Agni, dieu sage, fidèle au devoir et à la vérité, destructeur du mal.

8. Divin Agni, messager des dieux, sois le protecteur du (père de famille) qui t’honore par ses holocaustes.

9. (Dieu) purificateur, donne la joie à cet (homme pieux) qui, pour le service des dieux, s’approche de toi avec l’holocauste.

10. Agni, purificateur et resplendissant, appelle ici les dieux vers notre holocauste et notre sacrifice.

11. Célébré par un hymne nouveau, procure-nous la richesse, l’abondance, et une race vigoureuse.

12. Agni, toi qui brilles d’un éclat pur, toi que nous invoquons dans toutes les prières adressées aux dieux, accueille avec faveur l’hymne que nous te consacrons.

HYMNE XIII.

Aux Apris[53], par Médhatithi.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Agni, (surnommé) Sousamiddha[54], amène pour nous les dieux vers celui qui offre l’holocauste : prêtre et sacrificateur, consomme le sacrifice.

2. Sage (divinité, qu’on nomme) Tanoûnapât[55], fais aujourd’hui agréer aux dieux notre sacrifice ; qu’il leur soit aussi doux que le miel !

3. J’invoque ici, dans cette assemblée, (celui qu’on appelle) Narâsansa, (le dieu) chéri et sacrificateur, dont la langue est si douce.

4. Agni, sur ton char bienheureux, amène les dieux ; ô toi, sacrificateur (appelé) Ilita[56], toi que Manou[57] a constitué (pour présider à nos fêtes) !

5. Mortels éclairés, étendez le gazon (sacré) ; qu’il soit arrosé de beurre à l’endroit où (les dieux) vont venir prendre leur ambroisie.

6. Qu’elles s’ouvrent, les portes divines (de l’enceinte sacrée, ces portes) que le sacrifice sanctifie ! qu’elles s’ouvrent aujourd’hui pour la pieuse cérémonie !

7. J’appelle à ce sacrifice la belle Nuit et la belle Aurore : qu’elles viennent toutes deux prendre place sur ce cousa.

8. J’appelle aussi ce couple de dieux[58] à la douce langue, sages et sacrificateurs : qu’ils aient leur part de notre sacrifice.

9. Que les trois déesses qui apportent la joie, Ilâ, Saraswatî et Mahî[59], daignent sans crainte s’asseoir sur ce cousa.

10. J’appelle ici le grand Twachtri[60], qui sait revêtir toutes les formes : qu’il soit notre ami !

11. Divin Vanaspati[61], donne aux dieux l’holocauste qui leur est destiné. Que la sagesse soit le partage de celui qui le leur offre !

12. En l’honneur d’Indra, employez la swâhâ[62] dans la maison du (père de famille) qui offre le sacrifice : c’est là que je convie les dieux.

HYMNE XIV.

À tous les dieux, par Médhatithi.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Agni, la fête (est préparée) ; nous t’invoquons. Viens avec tous les dieux goûter de nos libations, et consomme le sacrifice.

2. Les enfants de Canwa[63] t’appellent : ô sage (divinité), ils chantent ta prudence. Agni, viens avec les dieux.

3. Ils chantent aussi Indra et Vâyou, Vrihaspati[64], Mitra, Agni, Poûchan, Bhaga (et les autres) Adityas, et la troupe des Marouts.

4. (Ô dieux), on vous présente des boissons agréables et qui causent la joie, limpides, douces, reposant dans le tchamoû[65].

5. Les fils de Canwa te célèbrent, demandant ta protection, placés sur les couches de gazon purifié, et t’honorant de leurs holocaustes.

6. Avec tes coursiers, dont la croupe est arrosée de beurre consacré, et dociles à la pensée qui les attelle, amène ici les dieux à nos libations.

7. Près de ces dieux dignes de nos hommages, et alimentés par nos sacrifices, amène aussi leurs épouses[66] ; (divinité) à la langue brillante, fais qu’ils boivent de (nos libations, aussi douces que le) miel.

8. Agni, au moment où nous dirons vachat[67], que ces dieux adorables, que ces dieux dignes de nos chants, touchent de leur langue notre douce (ambroisie).

9. Sage et sacrificateur, tu peux amener ici, des régions lumineuses, tous les dieux éveillés par l’Aurore.

10. Agni, avec tous les dieux, avec Indra, avec Vâyou et le brillant Mitra, bois de notre doux soma.

11. Sacrificateur constitué par la main de Manou, Agni, tu hantes les sacrifices : accomplis pour nous la cérémonie présente.

12. Ô dieu, attelle à ton char tes coursiers rougeâtres et rapides, et qu’ils transportent ici les dieux.

HYMNE XV.

Aux Ritous,[68] et à d’autres dieux,

par Médhatithi.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Indra, bois le soma avec Ritou ; viens prendre ces boissons qui égayent (l’esprit), et qui sont préparées en ce lieu.

2. Ô Marouts ! buvez avec Ritou à la coupe[69] (sacrée) ; purifiez notre sacrifice, rappelez-vous (que) rien n’égale votre générosité.

3. (Dieu surnommé) Nechtri[70], viens, accompagné de ton épouse[71], prendre ta part du sacrifice, et bois avec Ritou, toi qui possèdes de riches trésors.

4. Agni, amène ici les dieux ; donne-leur les places qu’ils doivent occuper trois fois dans le jour[72] ; qu’ils soient par toi parés de leurs ornements : bois avec Ritou.

5. Au vase qui contient l’offrande sainte, Indra, bois le soma après les Ritous ; car vous êtes unis d’une inviolable amitié.

6. Mitra et Varouna, divinités pieuses, profitez avec Ritou de cet abondant sacrifice que (les esprits impurs) ne sauraient vous enlever.

7. Portant dans leurs mains les vases[73] (sacrés), les hommes désireux de richesses célèbrent, au milieu des cérémonies du sacrifice, le dieu appelé Dravinodâs[74].

8. Dravinodâs, donne-nous des trésors renommés ; trésors dont nous jouissions par la grâce des dieux.

9. Dravinodâs veut boire avec les Ritous des libations contenues dans la coupe (sacrée)[75]. Venez, approchez-vous, et achevez l’holocauste.

10. Dravinodâs, voilà la quatrième fois[76] que nous t’invoquons avec les Ritous ; sois donc libéral pour nous.

11. Aswins ! divinités pures et animées d’un feu brillant, buvez de ce doux breuvage avec Ritou, et agréez notre sacrifice.

12. (Dieu) libéral, qui apparais sous la forme du feu domestique[77], tu es avec Ritou le chef du sacrifice : en faveur d’un homme ami des dieux, consomme le sacrifice qui leur est offert.

HYMNE XVI.

À Indra, par Médhatithi.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Indra, que tes chevaux azurés et brillants comme le soleil t’amènent vers nos libations, dieu bienfaisant !

2. Nous avons préparé des grains d’orge[78] (frits) et arrosés de beurre : que les chevaux d’Indra le transportent ici sur son char fortuné.

3. Nous invitons trois fois Indra à venir goûter de notre soma, le matin et (à deux autres moments) que nous reprenons le sacrifice[79].

4. Accours, Indra, vers nos libations avec tes chevaux à large crinière ; nous t’appelons, le breuvage est versé.

5. Viens jouir de nos hymnes et de nos libations ; bois, tel que le cerf[80] altéré.

6. Ces breuvages, ces libations sont disposées sur la couche de cousa ; Indra, bois pour augmenter ta force.

7. Cet hymne que nous t’adressons doit surtout te plaire et toucher ton cœur ; bois donc ce breuvage que nous avons préparé.

8. Pour son bonheur, pour le plaisir de partager notre soma, voilà qu’Indra, le vainqueur de Vritra[81], s’approche, et ne dédaigne pas tous les préparatifs que nous avons faits.

9. Ô Satacratou, accomplis les vœux que nous formons, en nous accordant des vaches et des chevaux ! Pieusement recueillis, nous te consacrons nos chants.

HYMNE XVII.

À Indra et à Varouna, par Médhatithi.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. J’implore le secours d’Indra et de Varouna, tous les deux rois souverains ; ce sont eux qui en ce moment font notre joie.

2. Protecteurs des mortels, vous allez venir à notre secours, écoutant la prière d’un prêtre tel que moi.

3. Indra et Varouna, rassasiez-vous de nos offrandes à votre souhait, et venez près de nous : tel est notre vœu.

4. Nous vous présentons à la fois et des prières et des offrandes : puissions-nous être comptés au nombre de ceux dont vous agréez les dons !

5. Parmi les êtres généreux, c’est Indra ; parmi les êtres dignes d’éloge, c’est Varouna, dont le pouvoir est le plus mémorable.

6. Par leur protection, puissions-nous obtenir et conserver (la richesse) ! puissions-nous ressentir l’excès (de leur bonté) !

7. Indra et Varouna, je vous invoque, et vous demande l’opulence en tout genre ; donnez-nous aussi la victoire.

8. Indra et Varouna, nos pensées s’adressent à vous avec respect ; daignez avec empressement nous accorder le bonheur.

9. Indra et Varouna, accueillez l’hymne par lequel je vous invoque, l’hymne que je vous consacre à tous deux, et que vous pouvez exaucer.

HYMNE XVIII.

À Agni, par Médhatithi.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. (Dieu appelé) Brahmanaspati[82], distingue celui qui t’offre ce soma (comme) Cakchîvân[83], fils d’Ousidj.

2. Qu’il nous couvre de sa protection, celui qui est prompt, riche et destructeur du mal, qui connaît les trésors et augmente l’abondance.

3. Que la parole injurieuse d’aucun mortel ennemi ne puisse nous blesser : garde-nous, Brahmanaspati !

4. Il ne saurait périr, le mortel que conservent Indra, Brahmanaspati, Soma[84].

5. Brahmanaspati, Soma, Indra et Dakchina[85], préservez du mal ce mortel !

6. Avec la prière, je m’adresse au (dieu appelé) Sadasaspati[86], admirable, chéri, bienfaisant, ami d’Indra.

7. Sans lui, malgré la science du prêtre, le sacrifice ne peut s’accomplir ; il vient au-devant des prières qui s’unissent à lui.

8. Il comble de ses biens l’auteur du sacrifice, il accomplit l’holocauste ; (par lui) l’hymne s’élève vers les dieux.

9. Je vois le plus fort, le plus illustre (des dieux), (celui qu’on nomme) Narâsansa[87], brillant comme du haut de la demeure céleste.

HYMNE XIX.

À Agni et aux Marouts, par Médhatithi.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Le sacrifice est préparé avec soin ; nous t’appelons à venir goûter de nos libations : Agni, viens avec les Marouts.

2. Aucun dieu, aucun mortel n’est assez fort pour lutter contre un être aussi grand que toi : Agni, viens avec les Marouts.

3. Tous ces dieux bienfaiteurs (des hommes) connaissent ce vaste monde (où règne la lumière) : Agni, viens avec les Marouts.

4. Menaçants, doués d’une force invincible, ils peuvent obscurcir la lumière du soleil[88] : Agni, viens avec les Marouts.

5. Resplendissants, revêtus d’une forme terrible, ils peuvent donner les richesses, comme ils peuvent aussi détruire leurs ennemis : Agni, viens avec les Marouts.

6. Sous la voûte brillante du ciel, ces dieux s’élèvent et vont s’asseoir : Agni, viens avec les Marouts.

7. Ils soulèvent et poussent les montagnes (de nuages) au-dessus de l’abîme des mers : Agni, viens avec les Marouts.

8. Ils étendent avec force les rayons à travers l’Océan (céleste) : Agni, viens avec les Marouts.

9. À toi cette première libation ; je t’offre la douce boisson du soma : Agni, viens avec les Marouts.




  1. Agni, ignis, est le dieu du feu. Ce début du Rig-Véda, qui commence par un hymne à Agni, a donné lieu à la légende mythologique qui fait sortir le Rig-Véda de la bouche d’Agni. (Commentaire de Sâyana-Atchârya, copie de Paris, t. I, p. 5.)
  2. Hotri a une double signification, suivant qu’on le tire du mot hou, sacrifier, ou du mot hwé, invoquer, appeler.
  3. Le feu, allumé pour le sacrifice, donne aux dieux un signal auquel ils accourent.
  4. Ce mot angiras, comme beaucoup d’autres noms anciens, ne me paraît pas d’origine sanscrite. Cependant le commentateur cherche à l’expliquer, tantôt en le rapprochant du mot angâra, charbon, tantôt en lui donnant le sens d’anganasîla, doué d’ornement. C’est le nom d’un sage, père d’une famille sacerdotale. Une légende identifie le richi Angiras avec le feu. Comme le mot angiras peut signifier prêtre en général, il n’est pas étonnant qu’on l’applique à Agni.
  5. C’est là, à l’égard d’un dieu, un moyen de captation qui paraîtra indigne à notre civilisation. Nous en verrons plus d’un exemple dans le cours de cet ouvrage. N’est-ce pas là le caractère d’une de ces religions antiques, dans lesquelles on prend par son intérêt le dieu que l’on adore, et que l’on brise quand il ne se montre pas favorable ?
  6. Le mot rita offre un certain nombre de significations variées et embarrassantes. Comme adjectif, il veut dire pur, éclatant. Comme substantif, il s’emploie pour les choses et les substances qui peuvent avoir ces qualités, c’est-à-dire la lumière, le feu, le sacrifice, et, suivant le commentateur, l’eau ; au moral, la vérité, la justice. Obligé de choisir entre ces sens divers, et voulant mettre une certaine unité dans ma traduction, j’ai presque toujours préféré le sens de sacrifice, feu du sacrifice.
  7. Vâyou est le dieu du vent ou de l’air.
  8. Ces liqueurs étaient faites avec des grains qu’on laissait fermenter, ou avec le jus de l’Asclepias acida appelé soma.
  9. Indra est le dieu de l’éther, considéré comme le premier des éléments : c’est le ciel qui enveloppe le monde. Le nom d’Indra signifie roi.
  10. Ces mets se composaient de beurre (ghrita), de caillé (dadhi) mêlé de farine, de gâteaux. On les appelle ici du nom général de prayas ; ailleurs, du nom de vâdja.
  11. Mitra et Varouna sont deux formes du ciel, ou plutôt du soleil. Ce sont le soleil de jour et le soleil de nuit : car celui-ci est censé revenir, pendant les ténèbres, reprendre sa place à l’orient. Ces deux personnages réunis représentent le jour astronomique ; Mitra est le jour, et Varouna la nuit.
  12. Ou bien : exaucent la prière qui accompagne le beurre (du sacrifice). Dans l’autre version, le mot ghrita indique la pluie, qui est comme le beurre destiné à engraisser la terre.
  13. Les Aswins ou Cavaliers sont deux divinités par lesquelles se trouvent personnifiés deux états, deux apparences du ciel. Il est probable que ce sont les deux crépuscules. Le commentateur les a quelque part confondus avec le Ciel et la Terre, et même avec le Soleil et la Lune, d’après l’autorité d’Yâsca.
  14. Chez ces dieux, ce que le poëte appelle mains et bras, ce sont les rayons de lumière
  15. Traduction des deux mots dasra et nâsatya, qui sont les noms ordinaires des Aswins.
  16. Les offrandes étaient disposées, et les ministres du sacrifice assis sur des couches d’un gazon appelé varhis, cousa, darbha (Poa cynosuroïdes).
  17. Paraphrase indiquée par le commentaire pour rendre le mot Roudra. Je traduirais volontiers : suivant la route de Roudra, c’est-à-dire la voie de l’air.
  18. Vipra, le prêtre qui préside au sacrifice.
  19. J’essaye de rendre ainsi le mot hari.
  20. Le mot viswa signifie tout. Ce nom collectif désigne tous les dieux invoqués ailleurs séparément, et ne semble pas s’appliquer à une classe particulière de divinités.
  21. Traduction du mot composé éhimâyâsah, sur l’origine duquel les commentateurs semblent embarrassés. Ils racontent à ce sujet une petite légende ; ils disent que le feu, appelé Sôtchica, s’étant caché dans les eaux parce que ses trois frères avaient été tués, les Viswadévas le rappelèrent, en disant : Éhi, mâ yâsîh (Veni, ne abcas).
  22. Saraswatî est la déesse de la parole, vâg dévatâ. Elle est, dans le sacrifice, accompagnée de deux déesses, Ilâ et Bhâratî : Ilâ est la parole poétique, l’hymne ; et Bhâratî, la parole accompagnée du geste, l’action déclamatoire.
  23. Le commentateur voudrait que ce vers se rapportât à la rivière Saraswatî. Je n’ai pu partager son avis, et n’admets pas cette confusion de personnages. Ce drapeau qu’élève Saraswatî, il me semble que c’est le feu allumé pour le sacrifice. Le mythe de Saraswatî ne me paraît pas encore formé : Brahma n’est que le sacrifice ; et si Saraswatî était dite fille ou femme de Brahma, cela signifierait qu’elle naît du sacrifice ou qu’elle l’accompagne. On appelle Femmes des dieux les prières prononcées en leur honneur. Cependant Saraswatî est le nom de l’une des sept rivières citées souvent dans les hymnes.
  24. Je trouve cette idée dans le mot dasma, qui est au 6e vers de cet hymne, et j’emprunte le sens que je lui donne, non au commentaire qui en fait une épithète d’Indra, mais au Dictionnaire de M. Wilson.
  25. Littéralement : honoré par cent sacrifices. Le nombre cent est ici pour un nombre indéfini. Telle est l’explication donnée par le commentateur, qui en indique encore deux autres, représentées par les mots bahoucarman et bahoupradjna. On ne connaissait pas encore la fable qui suppose qu’Indra est dépossédé de son royaume céleste par celui qui a célébré cent sacrifices appelés aswamédhas.
  26. Vritra est un nom donné à l’ennemi d’Indra ; c’est l’obscurité des nuages, que dissipe la puissance du dieu. Indra fait la guerre aux Vritras, comme le Jupiter grec la fait aux Titans.
  27. Ce caillé porte le nom de dadhi
  28. Allusion à l’immensité du ciel, éclairé le matin par les rayons du jour.
  29. Le char que l’on prépare pour un dieu, c’est le sacrifice.
  30. Moyennant ces trois épithètes, le commentateur, tout plein d’idées modernes, forme ici un syncrétisme d’Indra avec le soleil, le feu et le vent ; il l’identifie aussi avec les étoiles qui brillent au firmament. Je ne vois en cet endroit qu’une description poétique du ciel, personnifié dans Indra, et représenté au moment de l’aurore.
  31. Cette invocation s’appelle Swadhâ.
  32. Les Marouts sont les vents : nous verrons, par la suite, que ce nom se donne à une classe de prêtres.
  33. Je n’ai pu adopter le sens du commentaire.
  34. On donne ici au vent le même nom qu’au feu, Vahni. L’idée est sans doute différente.
  35. Nous allons tâcher d’expliquer cette image, qui doit se représenter souvent. D’abord le mot vache, dans le langage poétique, est tout ce qui procure un avantage ; cet avantage est le lait que l’on retire de cette vache. On donnera donc ce nom au sacrifice, à la prière, à la terre, au nuage, à la libation, aux rayons du soleil, etc. Ici la vache doit être le nuage, ou plutôt la lumière, le rayon. Au sein de la nuit, représentée comme une vaste caverne, sont renfermés les rayons, enlevés et gardés par les Asouras, enfants de Bala, et nommés Panis. Vrihaspati, autrement Agni, le feu du sacrifice, réclame ces vaches : une chienne divine, nommée Saramâ, et qui n’est que la voix de la prière (vâg dévî), est envoyée à la découverte. Indra, le dieu du ciel qui commence à s’éclairer, marche, avec les Marouts et les Angiras (c’est-à-dire les prêtres), à la délivrance de ces vaches, et il brise la caverne où elles sont renfermées. De tous ces détails on a composé une légende, dont nous venons d’indiquer quelques traits et qui peut avoir quelque rapport avec la fable de Cacus. Les vaches que j’appelle célestes me semblent être ici les rayons du soleil : dans d’autres passages, ce mot désignera les nuages qui répandent sur la terre l’eau, qui est pour elle une espèce de lait. Je me trompe fort, si cette explication ne doit pas être aussi celle de l’histoire de la vache Io chez les Grecs, laquelle est donnée en garde à Argus, le Sahasrâkcha (millioculus).
  36. Le soleil, suivant le commentateur.
  37. J’estime que le véritable sens doit être : dociles à la voix du prêtre qui les attelle par la prière ; littéralement, attelés par la parole.
  38. Quelles sont ces cinq classes d’êtres ? Le commentateur pense que ce sont les quatre castes, auxquelles il ajoute les Nichâdas. Il explique de la même manière le mot pântchadjanya, qui se présentera plus loin. Mais je crois que les castes n’existaient pas encore à l’époque où ces hymnes furent composés, et, de plus, les Nichâdas n’étaient pas une caste. Yâsca suppose que par ces cinq classes il faut entendre les Gandharvas, les Pitris, les Dévas, les Asouras et les Rakchasas. Un autre auteur retrouve les cinq classes dans les Dévas, les Hommes, les Gandharvas, les Apsaras et les Serpents, ou bien dans les Dévas, les Hommes, les Pitris, les Quadrupèdes et les Oiseaux. D’un autre côté, les Indiens reconnaissent cinq éléments. Ne seraient-ce pas les êtres appartenant à chacun de ces éléments ? M. Wilson donne au mot pântchadjanya une étymologie qui a trait à cette explication. Je dois dire que la même idée se présente dans la 5e section, 8e lecture, et que ces cinq classes sont appelées enfants de Manou, pantcha Mânouchâh.
  39. Littéralement, à coups de poing : le commentateur indique le sens que j’ai adopté.
  40. Sousipra ; cette épithète est remarquable, et signifie ayant un beau nez ou de belles mâchoires. Quel rapport ont ces traits de beauté avec le caractère particulier d’Indra ?
  41. Traduction littérale.
  42. Le mot arih répond au mol latin herus. C’est le maître de la maison faisant les frais du sacrifice.
  43. Ce passage renferme le mot vansa, qui signifie roseau et famille. Le commentaire, expliquant ce mot dans le premier sens, dit que les sauteurs élèvent un roseau, qui est une espèce de mât de cocagne. Il me semble, à moi, que ce roseau doit être comme la hampe d’un drapeau. Dans le second sens, le commentaire pense que le vansa est une famille élevée par les vertus d’un père.
  44. Avant le jour du sacrifice, le chef de famille a dû envoyer sur les montagnes chercher le soma (Asclepias acida ou Sarcostema viminalis), recueillir le bois, et prendre toutes les dispositions pour les offrandes et le repas.
  45. Répétition exigée par la texte.
  46. Cousica est un roi de la race solaire. Il désira un fils dont la puissance fût égale à celle d’Indra ; Indra lui-même voulut bien naître de lui, et porta, dans cette incarnation, le nom de Gâdhi. Quelques auteurs forment du mot cousica un adjectif qui signifierait fils de Cousa, et alors le père de Gâdhi se nommerait Cousanâbha ou Cousâmbha. Côsica voudrait dire descendant de Cousa.
  47. Les nuages sont considérés par le poëte comme des villes habitées par les Asouras. Indra les frappe avec sa foudre, pour en faire sortir la pluie, que retiennent ces ennemis des dieux.
  48. Souchna est le nom d’un Asoura. Ce mot signifie desséchant. Par le mot magie, il faut entendre l’art avec lequel il crée ces apparences physiques qui séduisent nos yeux.
  49. Deux pièces de bois composent l’aranî, et du frottement de ces deux pièces de bois on tire le feu du sacrifice.
  50. Esprits immondes, ennemis des dieux et des hommes
  51. Ce passage doit faire allusion à la distinction des feux, qui sont au nombre de trois : Ahavanîya ou feu du sacrifice, Gârhapatya ou feu domestique, et Dakchina ou feu placé du côté du sud.
  52. Djouhoû est un vase de bois en forme de croissant. Je crois qu’ici ce mot s’emploie pour le vase du foyer même, qui est de terre.
  53. Cet hymne est consacré à une classe de divinités nommées Apris : ce sont des formes du dieu Agni, et des personnifications divines des choses qui concourent au sacrifice. Les ler, 2e, 3e, 4e, 10e et 11e distiques sont consacrés à Agni, sous les noms de Sousamiddha, Tanoûnapât, Narâsansa, Ilita, Twachtri, Vanaspati. Le 5e distique célèbre le gazon sacré ; le 6e, les portes de l’enceinte du sacrifice ; le 7e, la nuit et l’aurore ; le 8e, deux divinités qui doivent présider au sacrifice ; le 9e, Ila, Saraswatî et Bhârati, c’est-à-dire la poésie, l’éloquence et la déclamation ; le 12e, la Swâhâ, ou exclamation employée au moment de l’holocauste. Ces êtres ainsi divinisés deviennent comme les ministres du sacrifice offert en l’honneur d’une divinité principale : en cette qualité, ils portent le nom de Dévas.
  54. C’est-à-dire : bien enflammé.
  55. Ce mot Tanoûnapât reçoit plusieurs explications. Comme le mot napât ne peut guère s’expliquer, partout où je le vois, que par le sens d’enfant, de petit-fils, je conçois que le mot Tanoûnapât s’entende par enfant de son corps. Agni naît et vit aux dépens du bois, qui est comme son corps. Un autre sens qu’on lui donne est destructeur de son propre corps. Je crois devoir éloigner le sens de destructeur, qu’on donne à napât.
  56. Ce mot signifie chanté. Narâsansa, plus haut, signifie célébré par les hommes.
  57. Le nom de Manou est pris d’une manière générale pour signifier l’homme, ou d’une manière spéciale pour désigner le patriarche que les Indiens regardent comme le fondateur de leur race. Il me semble qu’on lui attribue, en plusieurs endroits, l’institution du culte du feu. L’expression Manourhita peut encore se traduire par constitué pour l’homme.
  58. La peinture que le poëte fait de ces deux divinités ne me permet guère de les identifier avec les Aswins. Ce sont, comme l’indique le commentaire, deux formes d’Agni, le feu de la terre et le feu de l’air. Ne serait-ce pas plutôt les deux sacrifices du matin et du soir ?
  59. Voy.  plus haut la note 1, p. 3, c. 1. Mahî, qui signifie grande, est une épithète de Bhârati.
  60. Twachtri est Agni considéré comme donnant la forme ; c’est le feu plastique. On lui attribue les objets d’art, il forge la foudre d’Indra : c’est le Vulcain de cette mythologie. Je suppose que Twachtri est la troisième forme d’Agni, répandue dans l’air et constituant la chaleur vitale.
  61. Mot à mot, maître du bois. C’est le feu présidant au bûcher du sacrifice, et même aux pièces de bois qui y sont employées, yoûpâgni.
  62. La swâhâ est une exclamation prononcée au moment de l’holocauste. On en fait une épouse d’Agni, car les prières sont les épouses des dieux.
  63. Canwa est un ancien sage, issu de race royale : rien en effet ne me semble, dans cet ouvrage, annoncer la distinction des castes. Canwa fut prêtre, et père de prêtres, mais non brahmane. Son père était Apratiratha (nommé peut-être aussi Ghora), descendant de Poûrou, prince de la dynastie lunaire. Il donna le jour à Médhâtithi, auteur de cet hymne, d’où sortirent les Canwas, dévoués au service des autels. Le commentateur regarde quelquefois le mot Canwa comme un nom commun, signifiant sage, prêtre.
  64. Personnages mythologiques au nombre de douze : ce sont les douze formes du soleil, regardées comme les fils d’Aditi.
  65. Le chamoû ou tchamasa est un vase qui contient le soma : c’est aussi la cuiller avec laquelle on le sert. Quelquefois ou emploie ce mot pour le filtre de peau à travers lequel on passe la boisson pour la clarifier, et même aussi peut-être pour le pressoir.
  66. Les épouses des dieux sont les prières particulières que l’on dit en l’honneur de chacun de ces dieux.
  67. Exclamation usitée au moment de l’holocauste.
  68. Dieux des saisons, au nombre de six.
  69. Le nom de cette coupe est potra : un des prêtres s’appelle potri.
  70. Ce mot signifie conducteur ; ce doit être un nom du dieu Agni.
  71. L’épouse d’Agni, c’est une prière, une invocation, comme Swâhâ.
  72. Le sacrifice a lieu trois fois par jour, le matin, à midi, et le soir : de là l’expression trichavana.
  73. L’expression est grâvahasta, lapidem manu tenens ; et le mot grâvan désigne sans doute les vases de terre employés dans les sacrifices. Ce pourrait bien être aussi les mortiers ou les pierres qui ont servi à nettoyer l’orge ou à écraser le soma : cependant le mortier paraît avoir été de bois.
  74. C’est-à-dire : qui donne la richesse ou la force.
  75. Cette coupe s’appelle nechtra ; un des prêtres, et Agni lui-même, porte le nom de nechtri, conducteur.
  76. Le mot tourîyram m’a semblé obscur. J’ai remarqué que le nom de Dravinodâs était invoqué quatre fois, et je me suis déterminé à ce sens.
  77. Voy. la note 4, p . 7, c. 1.
  78. Ces grains s’appellent dhânâh.
  79. Je me suis éloigné du sens donné par le commentateur, qui ne distingue pas les trois sacrifices.
  80. Gôra signifie un cerf blanc, gôramriga.
  81. Vritra est le nom principal sous lequel on personnifie le nuage qui couvre le ciel ; c’est donc l’ennemi d’Indra, qui le frappe de sa foudre, et envoie à la terre l’eau qu’il retenait.
  82. Épithète d’Agni, signifiant maître de la chose sacrée, du sacrifice.
  83. Cakchîvân est un saint Richi, regardé comme le fils putatif d’un roi de Calinga ou d’Anga, qui, accablé par l’âge, voulut se susciter à lui-même un fils de Dîrghatamas. La reine, rougissant de se prêter au vœu du roi, substitua à sa place son esclave Ousidj, qui enfanta Cakchîvân. Celui-ci épousa plus tard la fille du prince Swanaya, fils de Bhâvayavya, nommée Vrichayâ.
  84. Soma n’est pas le dieu Lunus ; c’est la libation du soma personnifiée.
  85. Nom d’Agni. Voy. note 4, p. 7, c. l.
  86. Autre nom d’Agni, signifiant maître de l’assemblée pieuse.
  87. Voy.  note 3, p. 7, c. 2.
  88. Ce sens a été pris dans le Dictionnaire de M. Wilson.