Roland furieux/Chant III

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Traduction par Francisque Reynard.
Alphonse Lemerre (Tome Ip. 41-60).

CHANT III


Argument. — La caverne où Bradamante est tombée communique avec une grotte qui contient le tombeau de l’enchanteur Merlin. Là, la magicienne Mélisse révèle à Bradamante que c’est d’elle et de Roger que sortira la race d’Este. Elle lui montre les figures de ses descendants et lui prédit leur gloire future. Au moment de quitter la grotte, Bradamante apprend de Mélisse que Roger est retenu dans le palais enchanté d’Atlante, et se fait enseigner le moyen de le délivrer. Rencontre de Bradamante et de Brunel.



Qui me donnera la voix et les paroles qui conviennent à un si noble sujet ? Qui prêtera des ailes à mon vers, pour qu’il vole jusqu’à ce qu’il atteigne à la hauteur de mon entreprise ? Il me faut maintenant, pour m’échauffer le cœur, beaucoup plus que l’ardeur ordinaire, car elle est due à mon seigneur, cette partie de mon œuvre qui chante les aïeux dont il tira son origine.

Parmi tous les illustres seigneurs sortis du ciel pour gouverner la terre, tu ne vois pas, ô Phébus qui éclaires le grand univers, race plus glorieuse, soit dans la paix, soit dans la guerre, ni qui ait conservé plus d’éclat sur sa noblesse ; et, si en moi n’erre pas cette prophétique lumière qui m’inspire, elle le conservera tout le temps qu’autour du pôle le ciel tournera.

Et comme je veux en raconter pleinement les honneurs, j’ai besoin, au lieu de la mienne, de cette lyre avec laquelle toi-même, après les fureurs de la guerre des géants, tu rendis grâce au roi de l’éther. Que ne m’as-tu donné de meilleurs instruments, propres à sculpter, sur une pierre digne d’elles, ces grandes figures ! j’y consacrerais tous mes efforts et tout mon talent.

En attendant, je vais, de mon ciseau malhabile, enlever les premiers et rugueux éclats. Peut-être qu’encore, grâce à une étude plus soignée, je rendrai par la suite ce travail parfait. Mais retournons à celui dont ni écu ni haubert ne pourrait rassurer le cœur ; je parle de Pinabel de Mayence qui espérait avoir tué Bradamante.

Le traître croit la damoiselle morte au fond du précipice ; le visage pâle, il quitte cette sombre caverne par lui déshonorée et s’empresse de remonter en selle. Et en homme qui avait l’âme assez perverse pour accumuler faute sur faute, crime sur crime, il emmène le cheval de Bradamante.

Laissons ce misérable, — pendant qu’il attente à la vie d’autrui, il travaille à sa propre mort, — et retournons à la dame qui, trahie par lui, a failli trouver du même coup mort et sépulture. Après qu’elle se fut relevée tout étourdie, car elle avait frappé contre la rude pierre, elle s’avança vers la porte qui donnait entrée dans la seconde et beaucoup plus large caverne.

L’emplacement, carré et spacieux, semble une chapelle vénérable et consacrée, soutenue par des colonnes d’un albâtre rare et d’une belle architecture. Au milieu s’élevait un autel bien ordonné, devant lequel était une lampe allumée, dont la flamme brillante et claire rendait une vive lumière dans l’une et l’autre caverne.

Saisie d’une pieuse humilité, la dame, aussitôt qu’elle se voit dans un lieu saint et consacré, s’agenouille, et du cœur et de la bouche commence à adresser ses prières à Dieu. Pendant ce temps une petite porte, placée en face d’elle, s’ouvre et crie ; il en sort une femme sans ceinture, les pieds nus et les cheveux épars, qui salue la damoisellc par son nom,

Et dit : « O généreuse Bradamante, tu n’es pas venue ici sans un vouloir divin. Depuis plusieurs jours l’esprit prophétique de Merlin m’a prédit ta venue, et que tu devais, par un chemin inusité, venir visiter ses saintes reliques. Et je suis restée ici, afin de te révéler ce que de toi les cieux ont déjà statué.

« C’est ici l’antique et mémorable grotte qu’édifia Merlin, le savant magicien — dont peut-être tu as parfois entendu rappeler le souvenir — alors qu’il fut trompé par la Dame du Lac. C’est ici qu’est le sépulcre où gît sa chair corrompue ; c’est là que, pour satisfaire celle qui le lui demanda, il se coucha vivant et resta mort.

« Avec son corps mort, son esprit vivant y est enfermé, jusqu’à ce qu’il entende le son de l’angélique trompette qui le bannisse du ciel ou l’y admette, selon qu’il sera corbeau ou colombe. Sa parole vit, et tu pourras entendre comme elle sort claire du tombeau de marbre ; car les choses passées et futures, à qui les lui demande, il les révèle toujours.

« Il y a quelque temps que, de pays très éloignés, je suis venue dans ce lieu sépulcral, pour que Merlin me rendît plus clairs les profonds mystères de ma science. Et parce que j’avais le désir de te voir, je suis ensuite restée un mois de plus que je n’en avais l’intention, car Merlin, qui m’a toujours prédit la vérité, avait marqué ce jour pour terme à ton arrivée. »

Muette, étonnée, la fille d’Aymon se tient attentive aux paroles de cette dame ; et elle a le cœur si rempli d’admiration, qu’elle ne sait si elle dort, ou si elle est éveillée. Les yeux baissés et confus, tant elle était modeste, elle répond : « Quel mérite ai-je donc, pour que les prophètes prédisent ma venue ? »

Et, joyeuse de l’insolite aventure, elle suivit sur-le-champ la magicienne qui la conduisit au sépulcre renfermant l’âme et les os de Merlin. Ce monument était en pierre dure, brillante et polie, et rouge comme flamme ; de telle sorte que, bien qu’elle fût privée de soleil, la caverne resplendissait de la lumière qui s’en échappait.

Soit qu’elle fût produite par des marbres qui faisaient se mouvoir les ombres à la façon des torches, ou par la seule force d’enchantements, d’évocations, ou de signes empruntés aux étoiles observées, cette splendeur découvrait les nombreuses beautés sculptées et peintes dont, tout autour, le vénérable lieu était orné.

A peine Bradamante a-t-elle mis le pied sur le seuil de la demeure secrète que, du sein de la dépouille mortelle, l’esprit vivant lui parle d’une voix très distincte : « Que la fortune favorise tous tes désirs, ô chaste et très noble damoiselle, du ventre de laquelle sortira la semence féconde qui doit honorer l’Italie et le monde entier !

« L’antique sang issu de Troie, en toi mêlé par ses deux meilleures sources, produira l’ornement, la fleur, la joie de la plus éclatante lignée qu’ait jamais vu le soleil entre l’Inde et le Tage, le Nil et le Danube, entre le pôle antarctique et l’Ours. Parmi ta postérité parvenue aux honneurs suprêmes, on comptera des marquis, des ducs et des empereurs.

« Les capitaines et les chevaliers robustes qui en sortiront, feront, par le fer ou le génie, recouvrer à leur chère Italie l’antique honneur de ses armes invincibles. De là aussi tireront leur sceptre, les justes princes qui, comme le sage Auguste et Numa, sous leur bon et doux règne feront revenir le primitif âge d’or.

« C’est donc pour cela que la volonté du ciel, qui t’a dès le principe choisie pour être la femme de Roger, t’ordonne de suivre courageusement ton chemin ; car nulle chose ne pourra t’arrêter ni te détourner de cette pensée que tu dois terrasser à la première rencontre ce larron maudit qui te détient tout ton bien. »

Merlin se tut, ayant ainsi parlé, et laissa agir la magicienne qui se préparait à montrer à Bradamante l’aspect de chacun de ses descendants. Elle avait évoqué un grand nombre d’esprits — je ne sais si c’était de l’enfer ou de quel autre séjour — et tous étaient rassemblés en un seul lieu, sous des vêtements variés et des physionomies diverses.

Puis elle ramène avec elle la damoiselle dans la chapelle où elle avait tout d’abord tracé un cercle, qui pouvait la contenir tout entière et la dépassait encore d’une palme. Et pour qu’elle ne soit pas maltraitée par les esprits, elle la recouvre d’un grand pentacule et lui dit de se taire et de se contenter de regarder. Ensuite elle prend son livre et parle avec les démons.

Voici, hors de la première caverne, qu’une foule d’esprits s’accroît autour du cercle magique. Mais dès qu’ils veulent y entrer, la voie leur est interdite, comme si un mur et un fossé l’entouraient. Dans la cavité où le beau mausolée renferme les ossements du grand prophète, les ombres rentraient, après avoir trois fois tourné autour du cercle.

« Si je voulais — dit l’enchanteuse à Bradamante — te dire les noms et les actes de tous les esprits qui, avant d’être nés, viennent d’être évoqués par les incantations, je ne saurais quand je pourrais te rendre la liberté, car une seule nuit ne suffirait pas à une telle besogne. C’est pourquoi je vais en choisir quelques-uns, selon l’époque et selon qu’il sera opportun.

« Vois ce premier qui te ressemble par sa belle physionomie et son air aimable : il sera en Italie le chef de ta famille, et en toi conçu de la semence de Roger. Je vois, par ses mains, la terre rougie du sang des Ponthieu ; ainsi de leur trahison et du tort qu’ils lui auront fait, il se vengera contre ceux qui lui auront tué son père.

« La chute du roi des Lombards, Didier, sera son ouvrage. Pour ce fait méritoire, il obtiendra du souverain empire le beau domaine d’Este et de Calaon. Celui qui vient derrière lui est ton petit-fils Uberto, honneur des armes et des pays occidentaux. Par celui-ci, la sainte Église sera plus d’une fois défendue contre les Barbares.

« Vois ici Alberto, capitaine invaincu, qui de trophées ornera tant de temples ; son fils Ugo est avec lui, qui de Milan fera l’acquisition et déploiera les couleuvres. Cet autre est Azzo, auquel, après son frère, restera en mains le royaume des Insubriens. Voici Albertazzo, dont la sage politique chassera d’Italie Béranger et son fils.

« Et il-méritera que l’empereur Othon l’unisse en mariage avec sa fille Alda. Vois un autre Ugo. Ô belle succession, en qui la valeur paternelle ne s’amoindrit pas ! Celui-ci, avec juste raison, aux Romains superbes rabat l’orgueil ; il leur enlève des mains le troisième Othon et le pontife, et leur fait lever le dur siège.

« Vois Folco qui, après avoir donné à son frère tout ce qu’il avait en Italie, s’en va bien loin de là, au milieu des États allemands, prendre possession d’un grand-duché. Il donne la main à la maison de Saxe, qui, d’un côté, sera complètement éteinte. Il en hérite du chef de sa mère, et par sa postérité il la remettra sur pied.

« Celui qui maintenant vient à nous est le second Azzo, de paix plus que de guerre ami ; il s’avance, entre ses deux fils Bertoldo et Albertazzo. Par l’un, Henri II sera vaincu, et du sang tudesque Parme verra un horrible cloaque sur toute sa campagne découverte. Par l’autre sera épousée la glorieuse, sage et chaste comtesse Mathilde.

« Sa vertu le fera digne d’un tel hymen ; car à cette époque j’estime que ce n’est pas une petite gloire que d’avoir presque la moitié de l’Italie en dot et la nièce d’Henri I. Voici de ce Bertoldo le cher fils, ton Renaud, qui aura l’honneur insigne d’arracher l’Église des mains de l’impie Frédéric Barberousse.

« Voici un autre Azzo, et c’est celui qui aura en son pouvoir Vérone et son beau territoire ; et il sera appelé marquis d’Ancône par Othon IV et Honoré II. Il serait trop long de te montrer toutes les personnes de ton sang qui auront le gonfalon du consistoire, et de te raconter toutes les entreprises surmontées par eux pour l’Église romaine.

« Vois Obizzo et Folco, d’autres Azzo, d’autres Ugo, les deux Henri, le fils à côté du père ; tous deux guelfes, dont l’un subjugue l’Ombrie et revêt le manteau ducal de Spolète. Voici celui qui essuie le sang et les grandes plaies de l’Italie affligée, et change sa plainte en rire ; je parle de celui — et elle lui montre Azzo V — par lequel Ezelin sera vaincu, pris, anéanti.

« Ezelin, tyran très inhumain, qui sera réputé fils du démon, fera, égorgeant ses sujets et détruisant le beau pays d’Ausonie, un tel ravage, qu’auprès de lui passeront pour accessibles à la pitié, Marius, Sylla, Néron, Caius et Antoine. Et l’empereur Frédéric second sera, par cet Azzo, vaincu et mis à bas.

« Celui-ci, sous le règne le plus heureux, tiendra la belle terre qui est assise sur le fleuve où Phébus, de sa lyre plaintive, appelait le fils qui avait mal dirigé le char de la lumière, alors que fut pleuré l’ambre dont parle la fable, et que le Cygne se revêtit de plumes blanches. Et elle lui sera donnée par le Siège apostolique en récompense de mille services.

« Dois-je passer sous silence son frère Aldobrandino ? Voulant venir au secours du Pontife contre Othon IV et le camp gibelin, — qui étaient parvenus presque au Capitole et s’étaient emparés de tout le pays voisin, portant leurs ravages chez les Ombriens et les Pisantins, — et ne pouvant lui donner son aide sans avoir beaucoup d’argent, il en demandera à Florence.

« Et, n’ayant pas de bijoux ou d’autre gage précieux, il lui donnera son frère en garantie. Il déploiera ses étendards victorieux, et taillera en pièces l’armée allemande. Il replacera l’Église sur son siège, et livrera à de justes supplices les comtes de Celano. Et, au service du souverain Pasteur, il terminera ses jours dans leur plus belle fleur.

« Et il laissera son frère Azzo héritier du domaine d’Ancône et de Pise, de toutes les villes situées entre le Tronto, la mer et l’Apennin, jusqu’à l’Isauro, en même temps que de sa grandeur d’âme, de sa foi et de sa vertu, préférables à la pierre précieuse et à l’or ; car la fortune, qui donne et enlève tous les autres biens, sur la vertu seule n’a pas de pouvoir.

« Vois Renaud, dont la valeur ne brillera pas d’un moindre rayon. En présence d’une telle grandeur acquise par cette race, comment la Mort ou la Fortune n’en aurait-elle pas été jalouse et ennemie ? La douleur causée par la fin malheureuse de Renaud sera ressentie jusqu’à Naples, où son père est retenu comme otage. Voici maintenant venir Obizzo, qui, tout jeune, sera élu pour succéder à son aïeul.

« A ce beau domaine, il ajoutera celui de Reggio, la joyeuse, et de Modène, la sauvage. Telle sera sa valeur, que, d’une voix unanime, les peuples le demanderont pour seigneur. Vois Azzo VI, un de ses-fils, gonfalonier de la croix chrétienne ; il aura le duché d’Andria, avec la fille du roi Charles II de Sicile.

« Vois,-dans, un beau et aimable groupe, la fleur des princes illustres, Obizzo, Aldobrandino, Nicolas le Boiteux, Alberto rempli d’amour et de clémence. Je tairai, pour ne pas trop te retenir, comment, au beau royaume, ils ajouteront Faïence et, par une énergie plus grande encore, Adria, qui a l’honneur de donner son nom à la mer aux eaux indomptées.

« De même qu’en Grèce, la terre qui produit des roses en a reçu un nom plaisant, ainsi a été nommée la cité qui, au milieu des marais poissonneux, tremble entre les deux embouchures du Pô, et dont les habitants sont sans cesse désireux de voir la mer se troubler, et souffler les vents furieux. Je ne parle pas d’Argenta, de Lugo et de mille autres châteaux et villes populeuses.

« Vois Nicolo, qui, tendre enfant, est acclamé, par le peuple, seigneur de son domaine. Il rend vaines et nulles les espérances de Tideo, qui suscite contre lui la guerre civile. Les jeux de son enfance consisteront à suer sous les armes et à se fatiguer à la guerre ; et, grâce à ce travail des premières années, il deviendra la fleur des guerriers.

« Il fera avorter et tourner à leur désavantage tous les projets deses sujets rebelles. Et il sera si au courant de tout stratagème, qu’il sera difficile de pouvoir le tromper. De cela s’apercevra trop tard Othon III, de Reggio et de Parme affreux tyran, car d’un seul coup Nicolo lui arrachera son domaine et sa coupable existence.

« Ce beau royaume s’augmentera toujours par la suite, sans que ses princes mettent jamais le pied hors du droit chemin, ni qu’aucun d’eux fasse jamais tort à autrui, à moins qu’il n’ait tout d’abord reçu quelque injure. Satisfait de cette sagesse, le grand Moteur ne leur posera aucune limite ; mais ils iront prospérant toujours de plus en plus, tant que le ciel tournera autour de son axe.

« Vois Léonello, et vois le premier duc, gloire de son époque, l’illustre Borso, qui, régnant en paix, obtiendra plus de triomphes qu’il n’en aurait recueilli sur les terres d’autrui. Il enfermera Mars dans un endroit où il ne puisse voir le jour, et liera à la Fureur guerrière les mains derrière le dos. L’unique pensée de ce prince remarquable sera de faire vivre son peuple heureux.

« Vient maintenant Hercule, avec son pied à demi brûlé et ses pas débiles, qui reproche à son voisin, dont à Budrio il a protégé et rallié l’armée en fuite, de lui avoir ensuite, pour récompense, fait la guerre et de l’avoir chassé jusqu’aux frontières de Barco. Celui-ci est le prince à propos duquel je ne saurais décider s’il y a plus de gloire à acquérir dans la paix que dans la guerre.

« Les habitants de la Pouille, des Calabres et de la Lucanie garderont de ses faits une longue mémoire ; il tirera une gloire sans égale de son combat singulier avec le roi des Catalans, et, par plus d’une victoire, se fera un nom parmi les capitaines invincibles. Sa valeur lui vaudra le trône plus de trente années avant qu’il lui soit dû.

« Et autant qu’on peut avoir d’obligation à un prince, sa cité lui en aura. Et ce ne sera pas pour avoir changé ses marais en champs d’une grande fertilité ; ce ne sera pas pour l’avoir entourée de murs et de fossés qui la rendront plus spacieuse à ses habitants, ni pour l’avoir ornée de temples et de palais, de places, de théâtres et de mille embellissements ;

« Ce ne sera pas pour l’avoir défendue des griffes et de la fureur du lion ailé, ni pour l’avoir seule maintenue en paix, ainsi que tout l’État, alors que la torche française aura incendié la belle Italie tout entière, et l’avoir préservée de toute crainte et de tout tribut ; ce ne sera pas pour de tels services, ou pour d’autres du même genre, que ses sujets seront reconnaissants à Hercule ;

« Mais pour ce que leur rapportera son illustre descendance, Alphonse le Juste et Hippolyte le Bienfaisant, qui réaliseront ce que l’antique renommée rapporte des fils du cygne de Tyndare, lesquels se privaient alternativement de la lumière du soleil pour se soustraire l’un l’autre à l’air malin. Chacun d’eux sera fort et toujours prêt à sauver l’autre en consentant à mourir.

« La grande affection de ce digne couple donnera plus de sécurité à leur cité que si, par l’œuvre de Vulcain, ils avaient entouré ses murailles d’une double ceinture de fer. Alphonse est celui qui au savoir joint une telle bonté, qu’au siècle suivant le peuple croira qu’Astrée est revenue du ciel, d’où elle peut faire le chaud et le froid.

« Ce lui sera grand besoin d’être prudent et de ressembler à son père par la valeur, car, n’ayant que peu de gens avec lui, il aura affaire d’un côté aux escadres vénitiennes, de l’autre à celle dont je ne sais si l’on devra plus justement dire qu’elle fut pour lui une marâtre ou une mère. Mais si elle fut sa mère, elle n’eut pas plus pitié de lui que Médée et Progné n’eurent pitié de leurs fils.

« Et autant de fois que, de jour ou de nuit, il sortira de sa ville avec son peuple fidèle, autant de fois il infligera à ses ennemis, sur mer ou sur terre, des désastres et des défaites mémorables. Les gens de la Romagne, malencontreusement soulevés contre leurs voisins, jadis leurs amis, s’en apercevront dans la guerre où ils couvriront de leur sang le sol compris entre le Pô, le Santerno et le Zanniolo.

« Dans ces mêmes régions s’en apercevra aussi l’Espagnol mercenaire du grand Pasteur, peu de temps après lui avoir enlevé Bastia, et en avoir mis à mort le châtelain, une fois la ville prise. En châtiment d’un tel dommage, il ne restera personne, du moindre fantassin au capitaine, qui, de la reprise de la ville et de la garnison égorgée, puisse porter la nouvelle à Rome.

« Ce sera lui qui, par sa prudence et son épée, aura l’honneur, dans les champs de la Romagne, de donner à l’armée de France la grande victoire contre Jules et l’Espagne. Par toute la campagne, les chevaux nageront jusqu’au poitrail dans le sang humain, et les bras manqueront pour ensevelir les morts allemands, espagnols, grecs, italiens et français. « Celui qui, revêtu de l’habit pontifical, couvre du chapeau de pourpre sa chevelure sacrée, est le libéral, le magnanime, le sublime, le grand cardinal de l’Église de Rome, Hippolyte ; lequel sera éternellement célébré en prose et en vers dans toutes les langues. Le Ciel juste veuille que son époque florissante ait un Maron, comme Auguste eut le sien.

« Il resplendira sur sa belle postérité, comme le soleil qui illumine la machine du monde beaucoup plus que la lune et toutes les étoiles, car toute autre lumière est inférieure à la sienne. Je vois celui-ci avec un petit nombre de fantassins et encore moins de cavaliers, partir chagrin et revenir joyeux, car il ramène sur ses rivages quinze galères captives, en sus de mille autres navires.

« Vois ensuite l’un et l’autre Sigismond ; vois Alphonse et ses cinq fils bien-aimés ; les monts et les mers ne pourront faire obstacle à leur renommée, qui remplit le monde. Gendre du roi de France, Hercule II est l’un d’eux. Cet autre, — afin que tu les connaisses tous, — est Hippolyte, qui ne jettera pas moins d’éclat sur sa race que son oncle.

« François est le troisième ; les deux autres portent tous deux le nom d’Alphonse. Or, comme je t’ai dit d’abord, si je devais te montrer tous ceux de tes descendants dont la valeur élèvera si haut la race, il faudrait que le ciel s’éclairât et s’obscurcît plusieurs fois avant que je te l’eusse exprimé. Il est temps désormais, si cela te plaît, de rendre la liberté aux ombres et de me taire. »

Ainsi, avec l’assentiment de la damoiselle, la docte enchanteresse ferme le livre. Alors tous les esprits disparurent en toute hâte dans la grotte où les ossements étaient renfermés. Bradamante, dès qu’il lui fut permis de parler, ouvrit la bouche et demanda : « Quels sont les deux que nous avons vus si tristes entre Hippolyte et Alphonse ?

« Ils venaient en soupirant, et paraissaient tenir les yeux baissés et complètement privés de hardiesse ; et, loin d’eux, je voyais leurs frères s’écarter comme avec répugnance. » Il sembla que la magicienne changeât de visage à cette demande et fît de ses yeux deux ruisseaux. Et elle s’écria : « Infortunés, à quelle peine vous ont conduits les longues instigations d’hommes méchants !

« O bonne et digne race du bon Hercule, que votre bonté ne leur fasse pas défaut ; les malheureux, ils sont en effet de votre sang. Que la justice cède ici à la pitié ! » Puis elle ajoute plus bas : « Il ne convient pas que je t’en dise plus sur ce sujet. Reste avec tes douces pensées, et ne te plains pas de ce que je ne veux pas te les rendre amères.

« Dès qu’au ciel pointera la première lueur, tu prendras avec moi le chemin qui conduit le plus directement au resplendissant château d’acier, où Roger vit sous la dépendance d’autrui. Je serai ta compagne et ton guide, jusqu’à ce que tu sois hors de la forêt âpre et dangereuse. Puis, quand nous serons sur les bords de la mer, je t’enseignerai si bien la route, que tu ne pourras t’égarer. »

L’audacieuse jeune fille reste là toute la nuit, s’entretenant longuement avec Merlin, qui la persuade d’aller promptement au secours de son Roger. Puis, dès que l’air s’est embrasé d’une splendeur nouvelle, elle abandonne les chambres souterraines, à travers un long chemin obscur et sombre, ayant la magicienne avec elle.

Et elles débouchèrent dans un précipice caché entre des montagnes inaccessibles aux gens ; et tout le jour, sans prendre de repos, elles gravirent les rochers et franchirent les torrents. Pour que la marche fût moins ennuyeuse, elles tenaient de plaisants et beaux raisonnements, et, s’entretenant de ce qui leur était le plus doux, l’âpre chemin leur paraissait moins rude.

De ces entretiens la plus grande partie fut consacrée par la docte magicienne à montrer à Bradamante avec quelle ruse, avec quel artifice elle devait procéder si elle voulait délivrer Roger. « Quand tu serais — disait-elle — Pallas ou Mars, et quand tu aurais à ta solde plus de gens que n’en ont le roi Charles et le roi Agramant, tu ne résisterais pas au nécromant.

« Car, outre que la forteresse inexpugnable est entourée d’acier et si haute ; outre que son coursier s’ouvre un chemin au milieu des airs, où il galope et bondit, il possède l’écu mortel dont, aussitôt qu’il le découvre, la splendeur éblouit tellement les yeux, qu’elle aveugle et qu’elle s’empare des sens de telle sorte qu’il faut rester comme mort.

« Et si peut-être tu penses qu’il te suffira de combattre en tenant les yeux fermés, comment, dans la bataille, pourras-tu savoir quand il faudra t’esquiver ou frapper ton adversaire ? Mais pour éviter la lumière qui éblouit, et rendre vains les autres enchantements de ce magicien, je te montrerai un moyen, une voie toute prête. Et il n’en est pas d’autre au monde que celle-ci :

« Le roi Agramant d’Afrique a donné à un de ses barons, nommé Brunel, un anneau qui fut dérobé dans l’Inde à une reine. Brunel chemine à peu de milles devant nous. L’anneau est doué d’une vertu telle, que celui qui l’a au doigt possède un remède contre le mal des enchantements. Brunel en sait autant, en fait de ruses et de fourberies, que celui qui détient Roger en sait en fait d’enchantements.

« Ce Brunel, si adroit et si rusé, comme je te dis, est envoyé par son roi afin que, grâce à son génie et avec l’aide de cet anneau dans de tels cas éprouvé, il tire Roger de ce château où il est détenu. Il s’est vanté de réussir, et a promis à son seigneur de lui ramener Roger, qui lui tient plus que tout autre à cœur.

« Mais pour que ton Roger, à toi seule et non au roi Agramant, ait l’obligation d’avoir été délivré de sa prison enchantée, je t’enseignerai le moyen dont tu dois te servir. Tu t’en iras pendant trois jours le long des sables de la mer qui va bientôt se montrer à ta vue. Le troisième jour, dans la même auberge que toi, arrivera celui qui a l’anneau avec lui. « Sa taille, afin que tu le reconnaisses, n’atteint pas six palmes. Il a la tête crépue, les cheveux noirs et la peau brune. Sa figure est pâle et plus barbue qu’elle ne devrait. Il a les yeux enflés, le regard louche, le nez écrasé et les sourcils hérissés. Son vêtement, pour que je le dépeigne entièrement, est étroit et court, et ressemble à celui d’un courrier.

« Tu auras sujet de lui parler de ces enchantements étranges. Montre-lui ton désir — et tu l’auras en effet — d’en venir aux mains avec le magicien ; mais ne lui laisse pas voir qu’on t’a dit que son anneau rend les enchantements inutiles. Il t’offrira de te montrer le chemin jusqu’au château, et de te tenir compagnie.

« Suis-le, et lorsque tu seras assez près de cette roche pour qu’elle se découvre à tes regards, donne-lui la mort. Que la pitié ne te détourne pas de mettre mon conseil à exécution. Fais en sorte qu’il ne devine pas ton dessein, car il disparaîtrait à tes yeux, dès qu’il aurait mis l’anneau magique dans sa bouche. »

Ainsi parlant, elles arrivèrent sur le bord de la mer, près de Bordeaux, à l’endroit où se jette la Garonne. Là, non sans quelques larmes, les deux femmes se quittèrent. La fille d’Aymon, qui, pour délivrer son amant de prison, ne s’endort pas, chemine tant, qu’en une soirée elle arrive à l’auberge où Brunel était déjà.

Elle reconnaît Brunel dès qu’elle le voit, car elle avait son portrait sculpté dans la mémoire. Elle lui demande d’où il vient et où il va. Celui-ci lui répond et lui ment sur toute chose. La dame, prévenue, ne lui cède point en mensonges et dissimule également sa patrie, sa famille, sa religion, son nom et son sexe ; et elle tient constamment les yeux fixés sur les mains de Brunel.

Sur ses mains, elle va fixant constamment les yeux, craignant toujours d’être volée par lui ; et elle ne le laisse pas trop s’approcher d’elle, bien informée qu’elle est de ce dont il est capable. Ils se tenaient tous les deux dans cette attitude, quand leur oreille fut frappée par une rumeur. Je vous dirai, seigneur, quelle en fut la cause, après que j’aurai pris un repos qui m’est bien dû.

Canto terzo

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Canto 2 Canto 4

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CANTO TERZO

 1
     Chi mi dará la voce e le parole
convenienti a sí nobil suggetto?
chi l’ale al verso presterá, che vole
tanto ch’arrivi all’alto mio concetto?
Molto maggior di quel furor che suole,
ben or convien che mi riscaldi il petto;
che questa parte al mio signor si debbe,
che canta gli avi onde l’origine ebbe:

 2
     di cui fra tutti li signori illustri,
dal ciel sortiti a governar la terra,
non vedi, o Febo, che ’l gran mondo lustri,
piú glorïosa stirpe o in pace o in guerra;
né che sua nobiltade abbia piú lustri
servata, e servará (s’in me non erra
quel profetico lume che m’inspiri)
fin che d’intorno al polo il ciel s’aggiri.

 3
     E volendone a pien dicer gli onori,
bisogna non la mia, ma quella cetra
con che tu dopo i gigantei furori
rendesti grazia al regnator de l’etra.
S’instrumenti avrò mai da te migliori,
atti a sculpire in cosí degna pietra,
in queste belle imagini disegno
porre ogni mia fatica, ogni mio ingegno.

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 4
     Levando intanto queste prime rudi
scaglie n’andrò con lo scarpello inetto:
forse ch’ancor con piú solerti studi
poi ridurrò questo lavor perfetto.
Ma ritorniamo a quello, a cui né scudi
potran né usberghi assicurare il petto:
parlo di Pinabello di Maganza,
che d’uccider la donna ebbe speranza.

 5
     Il traditor pensò che la donzella
fosse ne l’alto precipizio morta;
e con pallida faccia lasciò quella
trista e per lui contaminata porta,
e tornò presto a rimontare in sella:
e come quel ch’avea l’anima torta,
per giunger colpa a colpa e fallo a fallo,
di Bradamante ne menò il cavallo.

 6
     Lascián costui, che mentre all’altrui vita
ordisce inganno, il suo morir procura;
e torniamo alla donna che, tradita,
quasi ebbe a un tempo e morte e sepoltura.
Poi ch’ella si levò tutta stordita,
ch’avea percosso in su la pietra dura,
dentro la porta andò, ch’adito dava
ne la seconda assai piú larga cava.

 7
     La stanza, quadra e spazïosa, pare
una devota e venerabil chiesa,
che su colonne alabastrine e rare
con bella architettura era suspesa.
Surgea nel mezzo un ben locato altare,
ch’avea dinanzi una lampada accesa;
e quella di splendente e chiaro foco
rendea gran lume all’uno e all’altro loco.

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 8
     Di devota umiltá la donna tocca,
come si vide in loco sacro e pio,
incominciò col core e con la bocca,
inginocchiata, a mandar prieghi a Dio.
Un picciol uscio intanto stride e crocea,
ch’era all’incontro, onde una donna uscio
discinta e scalza, e sciolte avea le chiome,
che la donzella salutò per nome.

 9
     E disse: — O generosa Bradamante,
non giunta qui senza voler divino,
di te piú giorni m’ha predetto inante
il profetico spirto di Merlino,
che visitar le sue reliquie sante
dovevi per insolito camino:
e qui son stata acciò ch’io ti riveli
quel c’han di te giá statuito i cieli.

 10
     Questa è l’antiqua e memorabil grotta
ch’edificò Merlino, il savio mago
che forse ricordare odi talotta,
dove ingannollo la Donna del Lago.
Il sepolcro è qui giú, dove corrotta
giace la carne sua; dove egli, vago
di sodisfare a lei, che glil suase,
vivo corcossi, e morto ci rimase.

 11
     Col corpo morto il vivo spirto alberga,
sin ch’oda il suon de l’angelica tromba
che dal ciel lo bandisca o che ve l’erga,
secondo che sará corvo o colomba.
Vive la voce; e come chiara emerga,
udir potrai da la marmorea tomba,
che le passate e le future cose
a chi gli domandò, sempre rispose.

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 12
     Piú giorni son ch’in questo cimiterio
venni di remotissimo paese,
perché circa il mio studio alto misterio
mi facesse Merlin meglio palese:
e perché ebbi vederti desiderio,
poi ci son stata oltre il disegno un mese;
che Merlin, che ’l ver sempre mi predisse,
termine al venir tuo questo dí fisse. —

 13
     Stassi d’Amon la sbigottita figlia
tacita e fissa al ragionar di questa;
et ha sí pieno il cor di maraviglia,
che non sa s’ella dorme o s’ella è desta:
e con rimesse e vergognose ciglia
(come quella che tutta era modesta)
rispose: — Di che merito son io,
ch’antiveggian profeti il venir mio? —

 14
     E lieta de l’insolita aventura,
dietro alla maga subito fu mossa,
che la condusse a quella sepoltura
che chiudea di Merlin l’anima e l’ossa.
Era quella arca d’una pietra dura,
lucida e tersa, e come fiamma rossa;
tal ch’alla stanza, ben che di sol priva,
dava splendore il lume che n’usciva.

 15
     O che natura sia d’alcuni marmi
che muovin l’ombre a guisa di facelle,
o forza pur di suffumigi e carmi
e segni impressi all’osservate stelle
(come piú questo verisimil parmi),
discopria lo splendor piú cose belle
e di scultura e di color, ch’intorno
il venerabil luogo aveano adorno.

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 16
     A pena ha Bradamante da la soglia
levato il piè ne la secreta cella,
che ’l vivo spirto da la morta spoglia
con chiarissima voce le favella:
— Favorisca Fortuna ogni tua voglia,
o casta e nobilissima donzella,
del cui ventre uscirá il seme fecondo
che onorar deve Italia e tutto il mondo.

 17
     L’antiquo sangue che venne da Troia,
per li duo miglior rivi in te commisto,
produrrá l’ornamento, il fior, la gioia
d’ogni lignaggio ch’abbi il sol mai visto
tra l’Indo e’l Tago e’l Nilo e la Danoia,
tra quanto è ’n mezzo Antartico e Calisto.
Ne la progenie tua con sommi onori
saran marchesi, duci e imperatori.

 19
     I capitani e i cavallier robusti
quindi usciran, che col ferro e col senno
ricuperar tutti gli onor vetusti
de l’arme invitte alla sua Italia denno.
Quindi terran lo scettro i signor giusti,
che, come il savio Augusto e Numa ferino,
sotto il benigno e buon governo loro
ritorneran la prima etá de l’oro.

 19
     Acciò dunque il voler del ciel si metta
in effetto per te, che di Ruggiero
t’ha per moglier fin da principio eletta,
segue animosamente il tuo sentiero;
che cosa non sará che s’intrometta
da poterti turbar questo pensiero,
sí che non mandi al primo assalto in terra
quel rio ladron ch’ogni tuo ben ti serra. —

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 20
     Tacque Merlino avendo cosí detto,
et agio all’opre de la maga diede,
ch’a Bradamante dimostrar l’aspetto
si preparava di ciascun suo erede.
Avea de spirti un gran numero eletto,
non so se da l’inferno o da qual sede,
e tutti quelli in un luogo raccolti
sotto abiti diversi e varii volti.

 21
     Poi la donzella a sé richiama in chiesa,
lá dove prima avea tirato un cerchio
che la potea capir tutta distesa,
et avea un palmo ancora di superchio.
E perché da li spirti non sia offesa,
le fa d’un gran pentacolo coperchio;
e le dice che taccia e stia a mirarla:
poi scioglie il libro, e coi demoni parla.

 22
     Eccovi fuor de la prima spelonca,
che gente intorno al sacro cerchio ingrossa;
ma, come vuole entrar, la via l’è tronca,
come lo cinga intorno muro e fossa.
In quella stanza, ove la bella conca
in sé chiudea del gran profeta l’ossa,
entravan l’ombre, poi ch’avean tre volte
fatto d’intorno lor debite volte.

 23
     — Se i nomi e i gesti di ciascun vo’ dirti
(dicea l’incantatrice a Bradamante),
di questi ch’or per gl’incantati spirti,
prima che nati sien, ci sono avante,
non so veder quando abbia da espedirti;
che non basta una notte a cose tante:
sí ch’io te ne verrò scegliendo alcuno,
secondo il tempo, e che sará oportuno.

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 24
     Vedi quel primo che ti rassimiglia
ne’ bei sembianti e nel giocondo aspetto:
capo in Italia fia di tua famiglia,
del seme di Ruggiero in te concetto.
Veder del sangue di Pontier vermiglia
per mano di costui la terra aspetto,
e vendicato il tradimento e il torto
contra quei che gli avranno il padre morto.

 25
     Per opra di costui sará deserto
il re de’ Longobardi Desiderio:
d’Este e di Calaon per questo merto
il bel domino avrá dal sommo Imperio.
Quel che gli è dietro, è il tuo nipote Uberto,
onor de l’arme e del paese esperio:
per costui contra barbari difesa
piú d’una volta fia la santa Chiesa.

 26
     Vedi qui Alberto, invitto capitano
ch’ornerá di trofei tanti delubri:
Ugo il figlio è con lui, che di Milano
fará l’acquisto, e spiegherá i colubri.
Azzo è quell’altro, a cui resterá in mano,
dopo il fratello, il regno degl’insubri.
Ecco Albertazzo. il cui savio consiglio
torrá d’Italia Beringario e il figlio;

 27
     e sará degno a cui Cesare Otone
Alda, sua figlia, in matrimonio aggiunga.
Vedi un altro Ugo: oh bella successione,
che dal patrio valor non si dislunga!
Costui sará, che per giusta cagione
ai superbi Roman l’orgoglio emunga,
che ’l terzo Otone e il pontefice tolga
de le man loro, e ’l grave assedio sciolga.

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 28
     Vedi Folco, che par ch’al suo germano,
ciò che in Italia avea, tutto abbi dato,
e vada a possedere indi lontano
in mezzo agli Alamanni un gran ducato;
e dia alla casa di Sansogna mano,
che caduta sará tutta da un lato;
e per la linea de la madre, erede,
con la progenie sua la terrá in piede.

 29
     Questo ch’or a nui viene è il secondo Azzo,
di cortesia piú che di guerre amico,
tra dui figli, Bertoldo et Albertazzo.
Vinto da l’un sará il secondo Enrico,
e del sangue tedesco orribil guazzo
Parma vedrá per tutto il campo aprico;
de l’altro la contessa glorïosa,
saggia e casta Matilde, sará sposa.

 30
     Virtú il fará di tal connubio degno;
ch’a quella etá non poca laude estimo
quasi di mezza Italia in dote il regno,
e la nipote aver d’Enrico primo.
Ecco di quel Bertoldo il caro pegno,
Rinaldo tuo, ch’avrá l’onor opimo
d’aver la Chiesa de le man riscossa
de l’empio Federico Barbarossa.

 31
     Ecco un altro Azzo, et è quel che Verona
avrá in poter col suo bel tenitorio;
e sará detto marchese d’Ancona
dal quarto Otone e dal secondo Onorio.
Lungo sará s’io mostro ogni persona
del sangue tuo, ch’avrá del consistorio
il confalone, e s’io narro ogni impresa
vinta da lor per la romana Chiesa.

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 32
     Obizzo vedi e Folco, altri Azzi, altri Ughi,
ambi gli Enrichi, il figlio al padre a canto;
duo Guelfi, di quai l’uno Umbria suggiughi,
e vesta di Spoleti il ducal manto.
Ecco che ’l sangue e le gran piaghe asciughi
d’Italia afflitta, e volga in riso il pianto:
di costui parlo (e mostrolle Azzo quinto)
onde Ezellin fia rotto, preso, estinto.

 33
     Ezellino, immanissimo tiranno,
che fia creduto figlio del demonio,
fará, troncando i sudditi, tal danno,
e distruggendo il bel paese ausonio,
che pietosi apo lui stati saranno
Mario, Siila, Neron, Caio et Antonio.
E Federico imperator secondo
fia per questo Azzo rotto e messo al fondo.

 34
     Terrá costui con piú felice scettro
la bella terra che siede sul fiume
dove chiamò con lacrimoso plettro
Febo il figliuol ch’avea mal retto il lume,
quando fu pianto il fabuloso elettro,
e Cigno si vestí di bianche piume;
e questa di mille oblighi mercede
gli donerá l’Apostolica sede.

 35
     Dove lascio il fratel Aldrobandino?
che per dar al pontefice soccorso
contra Oton quarto e il campo ghibellino
che sará presso al Campidoglio corso,
et avrá preso ogni luogo vicino,
e posto agli Umbri e alli Piceni il morso;
né potendo prestargli aiuto senza
molto tesor, ne chiederá a Fiorenza;

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 36
     e non avendo gioia o miglior pegni,
per sicurtá daralle il frate in mano.
Spiegherá i suoi vittoriosi segni,
e romperá l’esercito germano;
in seggio riporrá la Chiesa, e degni
dará supplicii ai conti di Celano;
et al servizio del sommo Pastore
finirá gli anni suoi nel piú bel fiore.

 37
     Et Azzo, il suo fratel, lascierá erede
del dominio d’Ancona e di Pisauro,
d’ogni cittá che da Troento siede
tra il mare e l’Apenin fin all’Isauro,
e di grandezza d’animo e di fede,
e di virtú, miglior che gemme et auro:
che dona e tolle ogn’altro ben Fortuna:
sol in virtú non ha possanza alcuna.

 38
     Vedi Rinaldo, in cui non minor raggio
splenderá di valor, pur che non sia
a tanta essaltazion del bel lignaggio
Morte o Fortuna invidïosa e ria.
Udirne il duol fin qui da Napoli aggio,
dove del padre allor statico fia.
Or Obizzo ne vien, che giovinetto
dopo l’avo sará principe eletto.

 39
     Al bel dominio accrescerá costui
Reggio giocondo e Modona feroce.
Tal sará il suo valor, che signor lui
domanderanno i populi a una voce.
Vedi Azzo sesto, un de’ figliuoli sui,
confalonier de la cristiana croce:
avrá il ducato d’Andria con la figlia
del secondo re Carlo di Siciglia.

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 40
     Vedi in un bello et amichevol groppo
de li principi illustri l’eccellenza:
Obizzo, Aldrobandin, Nicolò zoppo,
Alberto, d’amor pieno e di clemenza.
Io tacerò, per non tenerti troppo,
come al bel regno aggiungeran Favenza,
e con maggior fermezza Adria, che valse
da sé nomar l’indomite acque salse:

 41
     come la terra, il cui produr di rose
le diè piacevol nome in greche voci,
e la cittá ch’in mezzo alle piscose
paludi, del Po teme ambe le foci,
dove abitati le genti disïose
che ’l mar si turbi e sieno i venti atroci.
Taccio d’Argenta, di Lugo e di mille
altre castella e populose ville.

 42
     Ve’ Nicolò, che tenero fanciullo
il popul crea signor de la sua terra.
e di Tideo fa il pensier vano e nullo,
che contra lui le civil arme afferra.
Sará di questo il pueril trastullo
sudar nel ferro e travagliarsi in guerra;
e da lo studio del tempo primiero
il fior riuscirá d’ogni guerriero.

 43
     Fará de’ suoi ribelli uscire a vòto
ogni disegno, e lor tornare in danno;
et ogni stratagema avrá sí noto,
che sará duro il poter fargli inganno.
Tardi di questo s’avedrá il terzo Oto,
e di Reggio e di Parma aspro tiranno,
che da costui spogliato a un tempo fia
e del dominio e de la vita ria.

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 44
     Avrá il bel regno poi sempre augumento
senza torcer mai piè dal camin dritto;
né ad alcuno fará mai nocumento,
da cui prima non sia d’ingiuria afflitto:
et è per questo il gran Motor contento
che non gli sia alcun termine prescritto;
ma duri prosperando in meglio sempre,
fin che si volga il ciel ne le sue tempre.

 45
     Vedi Leonello, e vedi il primo duce,
fama de la sua etá, l’inclito Borso,
che siede in pace, e più trionfo adduce
di quanti in altrui terre abbino corso.
Chiuderá Marte ove non veggia luce,
e stringerá al Furor le mani al dorso.
Di questo signor splendido ogni intento
sará che ’l popul suo viva contento.

 46
     Ercole or vien, ch’al suo vicin rinfaccia,
col piè mezzo arso e con quei debol passi,
come a Budrio col petto e con la faccia
il campo volto in fuga gli fermassi;
non perché in premio poi guerra gli faccia,
né, per cacciarlo, fin nel Barco passi.
Questo è il signor, di cui non so esplicarme
se fia maggior la gloria o in pace o in arme.

 47
     Terran Pugliesi, Calabri e Lucani
de’ gesti di costui lunga memoria,
lá dove avrá dal re de’ Catalani
di pugna singular la prima gloria:
e nome tra gl’invitti capitani
s’acquisterá con piú d’una vittoria;
avrá per sua virtú la signoria,
piú di trenta anni a lui debita pria.

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 48
     E quanto piú aver obligo si possa
a principe, sua terra avrá a costui;
non perché fia de le paludi mossa
tra campi fertilissimi da lui;
non perché la fará con muro e fossa
meglio capace a’ cittadini sui,
e l’ornará di templi e di palagi,
di piazze, di teatri e di mille agi;

 49
     non perché dagli artigli de l’audace
aligero Leon terrá difesa;
non perché, quando la gallica face
per tutto avrá la bella Italia accesa,
si stará sola col suo stato in pace,
e dal timore e dai tributi illesa;
non si per questi et altri benefíci
saran sue genti ad Ercol debitrici:

 50
     quanto che dará lor l’inclita prole,
il giusto Alfonso e Ippolito benigno,
che saran quai l’antiqua fama suole
narrar de’ figli del Tindareo cigno,
ch’alternamente si privati del sole
per trar l’un l’altro de l’aer maligno.
Sará ciascuno d’essi e pronto e forte
l’altro salvar con sua perpetua morte.

 51
     Il grande amor di questa bella coppia
renderá il popul suo via piú sicuro,
che se, per opra di Vulcan, di doppia
cinta di ferro avesse intorno il muro.
Alfonso è quel che col saper accoppia
sí la bontá, ch’al secolo futuro
la gente crederá che sia dal cielo
tornata Astrea dove può il caldo e il gielo.

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 52
     A grande uopo gli fia l’esser prudente,
e di valore assimigliarsi al padre;
che si ritroverá, con poca gente,
da un lato aver le veneziane squadre,
colei da l’altro, che piú giustamente
non so se devrá dir matrigna o madre;
ma se pur madre, a lui poco piú pia,
che Medea ai figli o Progne stata sia.

 53
     E quante volte uscirá giorno o notte
col suo popul fedel fuor de la terra,
tante sconfitte e memorabil rotte
dará a’ nimici o per acqua o per terra.
Le genti di Romagna mal condotte,
contra i vicini e lor giá amici, in guerra,
se n’avedranno, insanguinando il suolo
che serra il Po, Santerno e Zannïolo.

 54
     Nei medesmi confini anco saprallo
del gran Pastore il mercenario Ispano,
che gli avrá dopo con poco intervallo
la Bastia tolta, e morto il castellano,
quando l’avrá giá preso; e per tal fallo
non fia, dal minor fante al capitano,
che del racquisto e del presidio ucciso
a Roma riportar possa Taviso.

 55
     Costui sará, col senno e con la lancia,
ch’avrá l’onor, nei campi di Romagna,
d’aver dato all’esercito di Francia
la gran vittoria contra Iulio e Spagna.
Nuoteranno i destrier fin alla pancia
nel sangue uman per tutta la campagna;
ch’a sepelire il popul verrá manco
tedesco, ispano, greco, italo e franco.

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 56
     Quel ch’in pontificale abito imprime
del purpureo capel la sacra chioma,
è il liberal, magnanimo, sublime,
gran Cardinal de la Chiesa di Roma
Ippolito, ch’a prose, a versi, a rime
dará materia eterna in ogni idioma;
la cui fiorita etá vuol il ciel iusto
ch’abbia un Maron, come un altro ebbe Augusto.

 57
     Adornerá la sua progenie bella,
come orna il sol la machina del mondo
molto piú de la luna e d’ogni stella;
ch’ogn’altro lume a lui sempre è secondo.
Costui con pochi a piedi e meno in sella
veggio uscir mesto, e poi tornar iocondo;
che quindici galee mena captive,
oltra mill’altri legni, alle sue rive.

 58
     Vedi poi l’uno e l’altro Sigismondo.
Vedi d’Alfonso i cinque figli cari,
alla cui fama ostar, che di sé il mondo
non empia, i monti non potran né i mari:
gener del re di Francia, Ercol secondo
è l’un; quest’altro (acciò tutti gl’impari)
Ippolito è, che non con minor raggio
che ’l zio, risplenderá nel suo lignaggio;

 59
     Francesco, il terzo; Alfonsi gli altri dui
ambi son detti. Or, come io dissi prima,
s’ho da mostrarti ogni tuo ramo, il cui
valor la stirpe sua tanto sublima,
bisognerá che si rischiari e abbui
piú volte prima il ciel, ch’io te li esprima;
e sará tempo ormai, quando ti piaccia,
ch’io dia licenzia all’ombre, e ch’io mi taccia. —

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 60
     Cosí con voluntá de la donzella
la dotta incantatrice il libro chiuse.
Tutti gli spirti allora ne la cella
spariro in fretta, ove eran l’ossa chiuse.
Qui Bradamante, poi che la favella
le fu concessa usar, la bocca schiuse,
e domandò: — Chi son li dua sí tristi,
che tra Ippolito e Alfonso abbiamo visti?

 61
     Veniano sospirando, e gli occhi bassi
parean tener d’ogni baldanza privi;
e gir lontan da loro io vedea i passi
dei frati sí, che ne pareano schivi. —
Parve ch’a tal domanda si cangiassi
la maga in viso, e fé’ degli occhi rivi,
e gridò:—Ah sfortunati, a quanta pena
lungo instigar d’uomini rei vi mena!

 62
     O bona prole, o degna d’Ercol buono,
non vinca il lor fallir vostra bontade:
di vostro sangue i miseri pur sono:
qui ceda la iustizia alla pietade. —
Indi soggiunse con piú basso suono:
— Di ciò dirti piú inanzi non accade.
Statti col dolcie in bocca, e non ti doglia
ch’amareggiare al fin non te la voglia.

 63
     Tosto che spunti in ciel la prima luce,
piglierai meco la piú dritta via
ch’al lucente castel d’acciai’ contluce,
dove Ruggier vive in altrui balia.
Io tanto ti sarò compagna e duce,
che tu sia fuor de l’aspra selva ria:
t’insegnerò, poi che saren sul mare,
sí ben la via, che non potresti errare. —

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 64
     Quivi l’audace giovane rimase
tutta la notte, e gran pezzo ne spese
a parlar con Merlin, che le suase
rendersi tosto al suo Ruggier cortese.
Lasciò di poi le sotterranee case,
che di nuovo splendor l’aria s’accese,
per un camin gran spazio oscuro e cieco,
avendo la spirtal femina seco.

 65
     E riusciro in un burrone ascoso
tra monti inaccessibili alle genti;
e tutto ’l dí senza pigliar riposo
saliron balze e traversâr torrenti.
E perché men l’andar fosse noioso,
di piacevoli e bei ragionamenti,
di quel che fu piú conferir soave,
l’aspro camin facean parer men grave:

 66
     di quali era però la maggior parte,
ch’a Bradamante vien la dotta maga
mostrando con che astuzia e con qual arte
proceder de’, se di Ruggiero è vaga.
— Se tu fossi (dicea) Pallade o Marte,
e conducessi gente alla tua paga
piú che non ha il re Carlo e il re Agramante,
non dureresti contra il negromante;

 67
     che, oltre che d’acciar murata sia
la ròcca inespugnabile, e tant’alta;
oltre che ’l suo destrier si faccia via
per mezzo l’aria, ove galoppa e salta;
ha lo scudo mortal, che come pria
si scopre, il suo splendor sí gli occhi assalta,
la vista tolle, e tanto occupa i sensi,
che come morto rimaner conviensi.

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 68
     E se forse ti pensi che ti vaglia
combattendo tener serrati gli occhi,
come potrai saper ne la battaglia
quando ti schivi, o l’aversario tocchi?
Ma per fuggire il lume ch’abbarbaglia,
e gli altri incanti di colui far sciocchi,
ti mostrerò un rimedio, una via presta;
né altra in tutto ’l mondo è se non questa.

 69
     Il re Agramante d’Africa uno annello,
che fu rubato in India a una regina,
ha dato a un suo baron detto Brunello,
che poche miglia inanzi ne camina;
di tal virtú, che chi nel dito ha quello,
contra il mal degl’incanti ha medicina.
Sa de furti e d’inganni Brunel, quanto
colui, che tien Ruggier, sappia d’incanto.

 70
     Questo Brunel sí pratico e sí astuto,
come io ti dico, è dal suo re mandato
acciò che col suo ingegno e con l’aiuto
di questo annello, in tal cose provato,
di quella ròcca dove è ritenuto,
traggia Ruggier, che cosí s’è vantato,
et ha cosí promesso al suo signore,
a cui Ruggiero è piú d’ogn’altro a core.

 71
     Ma perché il tuo Ruggiero a te sol abbia,
e non al re Agramante, ad obligarsi
che tratto sia de l’incantata gabbia,
t’insegnerò il remedio che de’ usarsi.
Tu te n’andrai tre dí lungo la sabbia
del mar, ch’è oramai presso a dimostrarsi;
il terzo giorno in un albergo teco
arriverá costui c’ha l’annel seco.

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 72
     La sua statura, acciò tu lo conosca,
non è sei palmi; et ha il capo ricciuto;
le chiome ha nere, et ha la pelle fosca;
pallido il viso, oltre il dover barbuto;
gli occhi gonfiati e guardatura losca;
schiacciato il naso, e ne le ciglia irsuto;
l’abito, acciò ch’io lo dipinga intero,
è stretto e corto, e sembra di corriero.

 73
     Con esso lui t’accaderá soggetto
di ragionar di quelli incanti strani:
mostra d’aver, come tu avra’ in effetto,
disio che ’l mago sia teco alle mani;
ma non monstrar che ti sia stato detto
di quel suo annel che fa gl’incanti vani.
Egli t’offerirá mostrar la via
fin alla ròcca, e farti compagnia.

 74
     Tu gli va dietro: e come t’avicini
a quella ròcca sí ch’ella si scopra,
dagli la morte; né pietá t’inchini
che tu non metta il mio consiglio in opra.
Né far ch’egli il pensier tuo s’indovini,
e ch’abbia tempo che l’annel lo copra;
perché ti spariria dagli occhi, tosto
ch’in bocca il sacro annel s’avesse posto.

 75
     Cosí parlando, giunsero sul mare,
dove presso a Bordea mette Garonna.
Quivi, non senza alquanto lagrimare,
si dipartí l’una da l’altra donna.
La figliuola d’Anion, che per slegare
di prigione il suo amante non assonna,
caminò tanto, che venne una sera
ad uno albergo, ove Brunel prim’era.

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 76
     Conosce ella Brunel come lo vede,
di cui la forma avea sculpita in mente:
onde ne viene, ove ne va, gli chiede;
quel le risponde, e d’ogni cosa mente.
La donna, giá prevista, non gli cede
in dir menzogne, e simula ugualmente
e patria e stirpe e setta e nome e sesso;
e gli volta alle man pur gli occhi spesso.

 77
     Gli va gli occhi alle man spesso voltando,
in dubbio sempre esser da lui rubata;
né lo lascia venir troppo accostando,
di sua condizïon bene informata.
Stavano insieme in questa guisa, quando
l’orecchia da un rumor lor fu intruonata.
Poi vi dirò, Signor, che ne fu causa,
ch’avrò fatto al cantar debita pausa.