Les Gaietés/Sermon d’un Curé janséniste

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Les GaietésAux dépens de la Compagnie (p. 87-88).


SERMON D’UN CURÉ JANSÉNISTE.

Air : Haut l’pied, gai, la faridondaine.


Hier nous dansions sur le pré,
Haut l’pied, gai ! vient notre curé
Qui nous dit : Tous mes vins sont bus,
J’en suis aux roquilles.
Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles,
Gai, gai ! mais ne trichez plus.

À certain jeu, fort à mon gré,
Haut l’pied, gai ! dit notre curé,
Tricher est un horrible abus,
Même avec les filles.
Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles,
Gai, gai ! mais ne trichez plus.

C’est un coq bien dénaturé,
Haut l’pied, gai ! dit notre curé,
Celui qui des œufs frais pondus
Casse les coquilles.
Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles,
Gai, gai ! mais ne trichez plus.

Cet abus, jadis ignoré,
Haut l’pied, gai ! dit notre curé,

Fait grand tort à mes revenus,
Ainsi qu’aux familles.
Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles,
Gai, gai ! mais ne trichez plus.

De baptêmes je suis sevré,
Haut l’pied, gai ! dit notre curé ;
Pas plus de bâtards que d’élus,
Tout n’est que broutilles !
Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles,
Gai, gai ! mais ne trichez plus.

Dies iræ ! Dies iræ !
Haut l’pied, gai ! dit notre curé ;
Que d’enfants morts sans oremus
Au pied des charmilles !
Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles,
Gai, gai ! mais ne trichez plus.

Oui, faites comme je ferai,
Haut l’pied, gai ! dit notre curé,
Et j’aurai vieux vins, bons écus,
Et nièces gentilles.
Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles,
Gai, gai ! mais ne trichez plus.