Shiji/LXVIII

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Chapitre LXVIII
Biographie VIII
Le seigneur de Shang
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Dans ce chapitre, Sima Qian présente une biographie de Gongsun Yang, seigneur de Shang, plus connu de nous jours sous le nom de Shang Yang (mort en 338 av. J.-C.). Shang Yang était Premier ministre de l'état de Qin à l'époque des Royaumes Combattants et est demeuré célèbre pour les réformes du système législatif qu'il entreprit, qui furent le point de départ de la doctrine de l'école légaliste. Celles-ci permettront à l'état de Qin de prospérer, d'affaiblir ses voisins, et poseront les bases de la réunification de l'empire par Qin Shihuang un siècle plus tard. Cependant, le caractère radical de ses réformes et les peines sévères qu'il fit appliquer à ceux qui violaient ses lois firent de lui un personnage particulièrement controversé et il fut jugé très sévèrement par les confucéens des générations futures. Le légalisme étant déjà en déclin à l'époque de Sima Qian, le portrait qu'en tire ce dernier est relativement négatif.

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史記卷六十八
Mémoires historiques – Chapitre LXVIII
列傳第八 商君
Biographie VIII – Le seigneur de Shang
商君者,衛之諸庶孽公子也,名鞅,姓公孫氏,其祖本姬姓也。鞅少好刑名之學,事魏相公叔座為中庶子。公叔座知其賢,未及進。會座病,魏惠王親往問病,曰:「公叔病有如不可諱,將柰社稷何?」公叔曰:「座之中庶子公孫鞅,年雖少,有奇才,原王舉國而聽之。」王嘿然。王且去,座屏人言曰:「王即不聽用鞅,必殺之,無令出境。」王許諾而去。公叔座召鞅謝曰:「今者王問可以為相者,我言若,王色不許我。我方先君後臣,因謂王即弗用鞅,當殺之。王許我。汝可疾去矣,且見禽。」

Le seigneur de Shang[1] (商君) était un fils bâtard de la famille régnante du Wei () . Son prénom était Yang (), son nom de famille Gongsun (公孫). Son clan était une branche du clan Ji (). Lorsqu’il était enfant, il appréciait l’enseignement des châtiments et des noms[2]. Il servit Gongshu Zuo (公叔座) le Premier ministre de Wei[3] () en tant qu’assistant des bâtards nobles. Gongshu Zuo reconnut son talent mais ne recommanda pas ses services au trône. Lorsqu’il tomba malade, le roi Hui de Wei (魏惠王) vint en personne lui présenter ses respects et lui dit : « Gongshu, tu es malade et si l’innommable devait arriver, qu’adviendra t-il donc des autels dédiés aux dieux des moissons ? » Gongshu répondit alors : « J’ai un assistant aux bâtards nobles du nom de Gongsun Yang. Bien que très jeune, ses talents sont incroyables. Je prie pour que votre Majesté lui offre la direction du pays et tende l’oreille à ses conseils. » Le roi approuva et alors qu’il partait, Zuo ajouta : « Si votre Majesté n’a pas l’intention de faire usage de Yang, qu’elle le fasse assassiner. Il ne faut pas qu’il quitte le pays ! » Le roi promit, et prit congé. Gongshu Zuo fit alors mander Yang et s’excusa : « J’ai conseillé à sa Majesté de t’élever au rang de Premier ministre, mais je crains qu’elle n’ait pas été d’accord avec moi. Comme je fais passer mon seigneur avant ses vassaux, je lui ai également recommandé de te faire assassiner s’il n’avait pas l’intention de faire usage de tes talents. Sa majesté avait cette fois l’air d’être accord avec moi. Pars vite avant de te faire capturer ! »

鞅曰:「彼王不能用君之言任臣,又安能用君之言殺臣乎?」卒不去。惠王既去,而謂左右曰:「公叔病甚,悲乎,欲令寡人以國聽公孫鞅也,豈不悖哉!」 Mais Yang répondit : « Si sa Majesté a décidé de ne pas suivre votre conseil de me faire Premier ministre, pourquoi donc suivrait-elle celui de me faire assassiner ? » Gongsun Yang ne s’enfuit pas. Lorsque le roi revint de son entretien, il dit à ses conseillers : « Gongshu est très malade. C’est triste à dire, mais il m’a recommandé d’offrir le pays à Gongsun Yang et de suivre ses conseils ! Vraiment, je crains que la folie n’ait eu raison de lui. »
公叔既死,公孫鞅聞秦孝公下令國中求賢者,將修繆公之業,東複侵地,乃遂西入秦,因孝公寵臣景監以求見孝公。 Après que Gongshu eut expiré, Gongsun Yang ouit dire que Xiao () le duc de Qin (), avait émis un édit invitant à faire connaître les hommes de mérite dans l’espoir de suivre les traces du duc Mu[4] (繆公) et se lancer à la conquête de l’orient. Yang entreprit donc de voyager vers l’ouest pour se rendre vers l’État de Qin. Il parvint à ce que le ministre Jing Jian (景監), eunuque favori du duc Xiao, lui arrange une entrevue avec ce dernier.
孝公既見衛鞅,語事良久,孝公時時睡,弗聽。 罷而孝公怒景監曰︰子之客妄人耳,安足用邪? 景監以讓衛鞅,衛鞅曰︰我悅公以帝道,其志不開悟矣。 後五日,復求見鞅。鞅復見孝公,益愈,然而未中旨。 罷而孝公復讓景監,景監亦讓鞅。 Le duc Xiao accepta de recevoir Yang de Wei, et celui-ci lui parla longuement, mais le duc Xiao se mit à somnoler à plusieurs reprises sans écouter. Lorsque l’entrevue fut terminée, le duc Xiao exprima envers Jing Jian son indignation : « Ton invité est un imposteur ! Que veux-tu que je fasse d’un homme pareil ? » Jing Jian réprimanda en conséquence Yang de Wei.

Yang de Wei dit alors : « J’ai parlé au duc de ce qu’était la voie de l’empereur, mais je crains que ça n’ai été au-delà de sa compréhension. » Cinq jours plus tard, Jing Jian arrangea un nouvel entretien et Yang vit à nouveau le duc Xiao. Il tenter de parler avec davantage de conviction, mais ne parvint pas à intéresser le duc. Après l’entretien, le duc Xiao réprimanda Jing Jian, lequel réprimanda à son tour Yang.

鞅曰:「吾說公以王道而未入也。請複見鞅。」鞅複見孝公,孝公善之而未用也。罷而去。孝公謂景監曰:「汝客善,可與語矣。」鞅曰:「吾說公以霸道,其意欲用之矣。誠複見我,我知之矣。」衛鞅複見孝公。公與語,不自知躂之前於席也。語數日不厭。景監曰:「子何以中吾君?吾君之驩甚也。」 Yang dit : « J’ai parlé au duc de ce qu’était la voie du roi, mais ça ne semble pas l’avoir intéressé. J’aimerais pouvoir avoir encore un entretien. » Le duc Xiao accorda encore un entretien, mais ne trouva toujours pas lieu à employer Yang. À la fin de l’entretien, Yang prit congé et le duc Xiao dit alors à Jing Jian : « Ton invité est quelqu’un de bien ! J’ai plaisir à l’entendre discourir. » Yang dit : « J’ai parlé au duc de ce qu’était la voie de l’hégémon et il semble qu’il ait envie de s’y prêter. S’il accepte de me recevoir encore une fois, je saurai exactement quoi dire. » Yang de Wei fut reçu à nouveau par le duc Xiao. Le duc parla avec lui, et peu à peu s’approcha sans qu’il ne s’en rendit compte, si bien qu’il se tenait tout au bout de son siège. Ils discoururent plusieurs jours sans se lasser. Jing Jian demanda : « Mais qu’as-tu dit à mon seigneur ? Le voilà fou de joie ! »
鞅曰:「吾說君以帝王之道比三代,而君曰:『久遠,吾不能待。且賢君者,各及其身顯名天下,安能邑邑待數十百年以成帝王乎?』故吾以彊國之術說君,君大說之耳。然亦難以比德於殷周矣。」 Yang répondit : « J’ai parlé avec lui de la voie des empereurs et des trois des trois dynasties d’autrefois. Mais il me disait alors : “C’est trop long ! Je ne puis attendre si longtemps. Le dirigeant qui a du mérite est celui qui se rend célèbre à travers le monde du temps de son vivant. Comment puis-je rester tranquillement à attendre plusieurs siècles en espérant que l’on se souvienne de moi comme roi ou empereur ?” Je lui ai donc exposé les techniques pour renforcer la puissance du pays et cela a eu son oreille. Bien entendu, il lui sera alors difficile de rivaliser en vertu avec les dynasties Yin ou Zhou. »
孝公既用衛鞅,鞅欲變法,恐天下議己。衛鞅曰:「疑行無名,疑事無功。且夫有高人之行者,固見非於世;有獨知之慮者,必見敖於民。愚者闇於成事,知者見於未萌。民不可與慮始而可與樂成。論至德者不和於俗,成大功者不謀於眾。是以聖人苟可以彊國,不法其故;苟可以利民,不循其禮。」孝公曰:「善。」甘龍曰:「不然。聖人不易民而教,知者不變法而治。因民而教,不勞而成功;緣法而治者,吏習而民安之。」 Après que le duc Xiao eut engagé Yang de Wei, Yang désira entreprendre des réformes, mais le duc Xiao eut peur des critiques que cela pouvait engendrer à son égard. Yang de Wei lui dit alors : « Celui qui n’ose pas agir restera sans nom dans l’Histoire, celui qui n’ose pas entreprendre ne gagne aucun mérite. Si vous voulez génération comme étant un grand homme, il vous faut vous plier aux critiques de votre vivant. Celui qui se montre unique dans sa prévoyance s’attire à coup sûr les grommellements de la plèbe. Les imbéciles se détournent même de ce qui a déjà été éprouvé mais le vrai sage sait voir ce qui n’a pas encore éclot. On ne doit pas discuter du début d’une entreprise avec la plèbe, mais on se réjouit avec elle une fois qu’elle a porté ses fruits. Celui qui cultive la vertu ne peut discourir avec le vulgaire et celui qui veut posséder du mérite ne peut consulter le peuple. Si le saint veut renforcer le pays, il ne peut se reposer sur les vieilles lois et s’il veut en faire profiter le peuple, il ne peut suivre leurs rites. »

Le duc Xiao dit : « Très bien ! » mais Gan Long (甘龍) dit : « Pas tant que ça. Le saint ne peut rallier à lui le peuple mais doit l’éduquer. L’homme sage ne peut changer les lois mais doit les faire appliquer. Ce n’est qu’en suivant le peuple et en l’éduquant que l’on peut aisément obtenir des résultats. Laissez les lois comme elles sont et assurez vous de les faire appliquer. Les mandarins pourront rester dans leurs habitudes et le peuple restera calme. »

衛鞅曰:「龍之所言,世俗之言也。常人安於故俗,學者溺於所聞。以此兩者居官守法可也,非所與論於法之外也。三代不同禮而王,五伯不同法而霸。智者作法,愚者制焉;賢者更禮,不肖者拘焉。」杜摯曰:「利不百,不變法;功不十,不易器。法古無過,循禮無邪。」 Yang de Wei répliqua : « Ce que Long dit est la position la plus couramment acceptée. La plèbe est toujours rassurée lorsqu’elle suit les vielles coutumes et les lettrés se complaisent dans ce qu’ils savent déjà. Ceux-là peuvent occuper des postes et appliquer la loi, mais il est impossible de discuter avec eux de ce qui est au-delà de la loi. Les trois dynasties ne suivaient pas les mêmes rites et pourtant leurs dirigeants étaient rois. Les cinq hégémons ne suivaient pas les mêmes lois et pourtant ils étaient hégémons. L’homme sage fait la loi, l’homme stupide s’y plie. L’homme de mérite change les rites, l’homme sans mérite s’y accroche. »

Du Zhi (杜摯) dit alors : « À moins que les avantages ne soient de l’ordre de la centaine, il ne faut pas réformer la loi. À moins que les mérites ne soient de l’ordre de la dizaine, il ne faut pas changer le contenu des rites. Celui qui suit les préceptes d’antan ne commet pas d’erreur, celui qui suit les rites d’antan ne commet pas de maléfice. »

衛鞅曰:「治世不一道,便國不法古。故湯武不循古而王,夏殷不易禮而亡。反古者不可非,而循禮者不足多。」孝公曰:「善。」以衛鞅為左庶長,卒定變法之令。 Yang de Wei dit alors : « Celui qui veut régner sur notre époque ne peut se contenter de suivre une unique voie, si le pays veut prospérer, il ne peut suivre les anciennes lois. Bien que Tang () et Wu[5] () d’antan ne suivaient pas les lois de leur époque, ils n’en devinrent pas moins rois. Les dynasties Xia et Yin qui ne changèrent pas leurs rites furent détruites. Ne pas suivre les rites d’antan n’est pas nécessairement mauvais, les suivre n’est pas nécessairement suffisant. » Le duc de Xiao dit : « Très bien ! » Il éleva Yang de Wei au rang de zuoshuchang[6] (左庶長) et donna l’ordre de faire appliquer les réformes.
令民為什伍,而相牧司連坐。不告奸者腰斬,告奸者與斬敵首同賞,匿奸者與降敵同罰。民有二男以上不分異者,倍其賦。有軍功者,各以率受上爵;為私鬥者,各以輕重被刑大小。僇力本業,耕織致粟帛多者複其身。事末利及怠而貧者,舉以為收孥。宗室非有軍功論,不得為屬籍。明尊卑爵秩等級,各以差次名田宅,臣妾衣服以家次。有功者顯榮,無功者雖富無所芬華。 Il ordonna que le peuple soit divisé en groupes de quinze foyers vérifiant mutuellement que les autres respectent la loi. Quiconque ne dénonçait pas un criminel était coupé en deux au niveau de la taille ; quiconque dénonçait un criminel était récompensé aussi bien que s’il avait livré la tête d’un ennemi ; quiconque cachait un criminel était puni de la même peine que s’il s’était rendu à l’ennemi. Si une famille du peuple avait plus de deux fils mais ne créait pas un foyer supplémentaire, ses impôts étaient doublés. Ceux qui avaient accomplis des exploits militaires étaient récompensés par des titres de noblesse dont l’importance était proportionnelle à leur mérite ; ceux qui se lançaient dans des vendettas privées recevaient une punition proportionnelle à la gravité de leurs actes. Tous devaient tourner leurs priorités vers les cultures et le tissage. Ceux qui produisaient d’importantes quantités de grain et de tissu étaient dispensés de corvée ; ceux qui se tournaient vers d’autres occupations pour leur profit ou qui étaient oisifs étaient réduits en esclavage. Quant aux familles nobles qui ne gagnaient pas de mérite militaire, leur nom était rayé du registre des nobles. Les échelons sociaux, rangs de noblesse et insignes de statut social étaient clairement fixés et la possession de champs, demeures, serviteurs, concubines, vêtements, était fixée pour chaque famille. Ceux qui avaient acquis du mérite militaire pouvaient bénéficier d’honneur et gloire, mais ceux qui n’en avaient pas, même s’ils étaient riches, n’avaient pas le droit de manifester de signes de richesse.
令既具,未布,恐民之不信,已乃立三丈之木於國都市南門,募民有能徙置北門者予十金。民怪之,莫敢徙。複曰「能徙者予五十金」。有一人徙之,輒予五十金,以明不欺。卒下令。 Lorsque la nouvelle loi fut établie mais pas encore promulguée, Yang eut peur que le peuple ne les croit pas. Il fit planter un poteau long de trois zhang à la porte sud du marché de la capitale et fit annoncer que quiconque déplacerait le poteau pour l’ériger à la porte nord recevrait dix pièces d’or. La foule n’en crut rien et personne n’osa déplacer le poteau. Yang fit alors annoncer : « Quiconque arrivera à déplacer le poteau recevra cinquante pièces d’or. » Une personne déplaça le poteau et reçut immédiatement les cinquante pièces d’or promises, ce qui illustra à tous que les lois n’étaient pas mensongères. Elles furent alors promulguées.
令行於民期年,秦民之國都言初令之不便者以千數。於是太子犯法。衛鞅曰:「法之不行,自上犯之。」將法太子。太子,君嗣也,不可施刑,刑其傅公子虔,黥其師公孫賈。明日,秦人皆趨令。行之十年,秦民大說,道不拾遺,山無盜賊,家給人足。民勇於公戰,怯於私鬥,鄉邑大治。秦民初言令不便者有來言令便者,衛鞅曰「此皆亂化之民也」,盡遷之於邊城。其後民莫敢議令。 Un an après que les lois furent entrées en application parmi le peuple, une délégation du peuple de Qin se rendit à la capitale pour arguer du fait qu’elles s’appliquaient mal à plusieurs milliers de personnes. À cette époque, le prince héritier avait violé la loi. Yang de Wei annonça : « Si les lois ne sont pas efficaces, c’est parce que la noblesse elle-même les violent. » Il pensa appliquer la loi au prince héritier, mais celui-ci était le fils du dirigeant et le châtiment ne pouvait directement s’appliquer à lui. En conséquence, il fit châtier son tuteur, Gongzi Qian (公子虔) et condamna son précepteur, Gongsun Jia (公孫賈) à avoir le visage tatoué. Le lendemain, le peuple de Qin se pressa de suivre la nouvelle législation. Une fois qu’elles furent en application depuis dix ans, le peuple de Qin fut convaincu de leur utilité. Plus personne ne ramassait quelque chose tombé sur les routes, plus aucun bandit ne peuplait les montagnes, aucune famille ne manquait de rien. Le peuple se montrait brave à la guerre, et couard dans les vendettas privées. Les villages et les villes étaient parfaitement en ordre. Ceux qui étaient venus à la capitale dire à quel point les lois étaient inappropriées venaient désormais à quel point elles étaient appropriés. Yang de Wei dit : « C’est de gens comme eux que viennent confusion et rébellion ! » et en conséquence, il les fit déporter aux frontières. Plus personne n’osa alors ne serait-ce que faire le moindre commentaire sur les lois.
於是以鞅為大良造。將兵圍魏安邑,降之。 Yang fut donc promu daliangzao[7] (大良造). Il mena des troupes dans le Wei pour faire le siège de la ville de Anyi (安邑) et la força à la reddition.
居三年,作為築冀闕宮庭於咸陽,秦自雍徙都之。而令民父子兄弟同室內息者為禁。而集小鄉邑聚為縣,置令、丞,凡三十一縣。為田開阡陌封疆,而賦稅平。平鬥桶權衡丈尺。 Trois ans plus tard, entreprit la construction du palais de Ji (冀闕) et fit bâtir des palais et des jardins à Xianyang (咸陽). Le Qin y déplaça alors sa capitale depuis Yong (). On passa une loi interdisant aux pères et aux fils et aux frères de vivre dans la même résidence. Les petites villes et les villages furent rassemblés en districts dirigés par un magistrat et ses députés. Au total trente et un districts furent crées. Les séparations entre champs furent levées. Les impôts furent ajustés et les unités de poids et mesures furent normalisées.
行之四年,公子虔複犯約,劓之。 Après quatre ans, Gongzi Qian viola à nouveau la loi et on lui coupa le nez.
居五年,秦人富彊,天子致胙於孝公,諸侯畢賀。 Au bout de cinq ans, le Qin était si riche et puissant que le Fils du Ciel fit envoyer au duc Xiao la viande sacrificielle et que les autres seigneurs lui présentèrent leurs félicitations.
其明年,齊敗魏兵於馬陵,虜其太子申,殺將軍龐涓。 L’année suivante, le Qi () battit le Wei à Maling (馬陵), captura le prince héritier de Wei, Shen (), et tuèrent le général Pang Juan (龐涓).
其明年,衛鞅說孝公曰:「秦之與魏,譬若人之有腹心疾,非魏並秦,秦即並魏。何者?魏居領厄之西,都安邑,與秦界河而獨擅山東之利。利則西侵秦,病則東收地。今以君之賢聖,國賴以盛。而魏往年大破於齊,諸侯畔之,可因此時伐魏。魏不支秦,必東徙。東徙,秦據河山之固,東鄉以制諸侯,此帝王之業也。」孝公以為然,使衛鞅將而伐魏。魏使公子卬將而擊之。軍既相距, L’année suivante, Yang de Wei dit au duc Xiao : « Le Wei est au Qin comme une maladie à l’estomac ou au cœur. Ou le Wei annexera le Qin, ou le Qin doit envahir le Wei. Pourquoi donc ? Parce que le Wei est à l’ouest des défilés stratégiques, sa capitale étant à Anyi. Le Fleuve Jaune marque la frontière, mais seul le Wei bénéficie des avantages des montagnes de l’est. Lorsque c’est à son avantage, il attaque le Qin à l’ouest, et, lorsqu’il s’en essouffle, se retranche à l’est. Monseigneur, vous voilà empli de mérite et sage, avec à votre disposition un état prospère tandis que le Wei a souffert une défaite majeure au mains de Qi, et les autres seigneurs l’ont abandonné. C’est l’occasion d’assaillir le Wei. Si le Wei est incapable de contenir l’assaut de Qin, il se déplacera sans aucun doute vers l’est, et si elle se déplace vers l’est, le Qin pourra bénéficier à la fois de la protection du Fleuve Jaune et des montagnes et imposer sa volonté sur les seigneurs à l’est. Cela vous rendra à l’égal des empereurs ou des rois ! » Le duc Xiao approuva et envoya Yang de Wei pour attaquer le Wei. De son côté, le Wei envoya Gongzi Ang (公子卬) pour l’affronter.
衛鞅遺魏將公子卬書曰:「吾始與公子驩,今俱為兩國將,不忍相攻,可與公子面相見,盟,樂飲而罷兵,以安秦魏。」魏公子卬以為然。會盟已,飲,而衛鞅伏甲士而襲虜魏公子卬,因攻其軍,盡破之以歸秦。魏惠王兵數破於齊秦,國內空,日以削,恐,乃使使割河西之地獻於秦以和。而魏遂去安邑,徙都大樑。梁惠王曰:「寡人恨不用公叔座之言也。」衛鞅既破魏還,秦封之於、商十五邑,號為商君。 Lorsque les deux armées se rencontrèrent, Yang de Wei envoya une lettre au général Gongzi Ang disant : « Toi et moi fûmes amis d’enfance, et nous voilà généraux respectifs de nos états. Je n’ai pas le cœur de t’attaquer et j’aimerais pouvoir avoir un entretien face-à-face avec toi lors de laquelle nous pourrons nous prêter serment, boire, puis ramener nos armées et célébrer la paix entre le Qin et le Win. » Gongzi Ang approuva et le rencontra, prêta serment, et but tandis qu’entre-temps les troupes cachées de Yang de Wei firent une attaque surprise, capturèrent Gongzi Ang et infligèrent une sévère défaite à son armée avant de rentrer au Qin. Après que ses armées eurent souffert de nombreuses défaites aux mains du Qi et du Qin, le roi Hui de Wei se trouva sans ressources et son territoire se diminuait jour après jour. Paniqué, il envoya un messager pour offrir au Qin les territoires à l’ouest du Fleuve Jaune en gage de paix. Le Wei abandonna sa capitale Anyi pour déplacer celle-ci à Daliang (大梁).Le roi Hui dit alors : « Que n’ais-je écouté les paroles de Gongshu Zuo ! » Yang de Wei, au retour de son expédition contre le Wei, reçut du Qin quinze villes de Shang () et le titre de seigneur de Shang.
商君相秦十年,宗室貴戚多怨望者。趙良見商君。商君曰:「鞅之得見也,從孟蘭皋,今鞅請得交,可乎?」趙良曰:「僕弗敢原也。孔丘有言曰:『推賢而戴者進,聚不肖而王者退。』僕不肖,故不敢受命。僕聞之曰:『非其位而居之曰貪位,非其名而有之曰貪名。』僕聽君之義,則恐僕貪位貪名也。故不敢聞命。」 Le seigneur de Shang servit dix ans comme Premier ministre et de nombreuses personnes de la famille régnante ou liées par alliance à la famille régnante virent à le haïr. Zhao Liang (趙良) vint voir le seigneur de Shang et le seigneur Shang dit : « Meng Langao (孟蘭皋) m’a demandé de te recevoir. J’aimerais que nous devenions amis. Cela est-il possible ? »

Zhao Liang répondit : « C’est plus que votre serviteur ne peut oser espérer. Confucius a dit : Celui qui emploie les hommes de mérite avancera, celui qui réunit des hommes sans mérite en espérant devenir roi échouera. Votre serviteur n’a pas de mérite et n’ose donc accepter votre offre. Notre serviteur a également entendu dire : celui qui occupe un poste pour lequel il n’est pas qualifié est trop avide pour occuper ce poste, celui qui se complaît dans une gloire qui n’est pas la sienne est trop avide pour mériter la gloire. Si votre serviteur devait écouter la suggestion de Monseigneur, il craint d’être trop avide pour occuper la position et bénéficier de la gloire. C’est pourquoi votre serviteur n’ose accéder à votre requête. »

商君曰:「子不說吾治秦與?」趙良曰:「反聽之謂聰,內視之謂明,自勝之謂彊。虞舜有言曰:『自卑也尚矣。』君不若道虞舜之道,無為問僕矣。」商君曰:「始秦戎翟之教,父子無別,同室而居。今我更制其教,而為其男女之別,大築冀闕,營如魯衛矣。子觀我治秦也,孰與五羖大夫賢?」趙良曰:「千羊之皮,不如一狐之掖;千人之諾諾,不如一士之諤諤。武王諤諤以昌,殷紂墨墨以亡。君若不非武王乎,則僕請終日正言而無誅,可乎?」 Le seigneur de Shang demanda alors: « N’approuves-tu donc pas la manière dont je dirige le Qin ? » Zhao Liang répondit : « S’écouter soi-même peut être considéré comme la véritable intelligence, regarder en soi peut être considéré comme la véritable compréhension, dépasser ses limites peut être considéré comme la véritable force. L’empereur Shun[8] a dit : celui qui s’abaisse s’élève. Monseigneur devrait suivre la voie de l’empereur Shun. Interroger votre serviteur est n’est pas utile. »

Le seigneur de Shang dit : « Autrefois, le Qin suivait les us et coutumes des barbares Rong et Di et ignoraient la distinction entre père et fils en vivant tous ensemble dans le même foyer. J’ai décrété que les us soient changés afin que la distinction entre homme et femme puisse être rétabli. J’ai également fait construire de grands monuments comme le palais de Ji, conçus comme les ouvrages de Lu et de Wei. Lorsque l’on observe la façon dont je dirige le Qin, pourrais-tu me dire qui de moi ou du seigneur “cinq peaux de béliers”[9] (五羖大夫) a acquis le plus de mérite ? » Zhao Liang répondit : « Mille peaux de moutons ne valent pas la peau d’une patte de renard. Mille personnes disant Oui ! Oui ! ne valent pas un seul guerrier disant Non ! Non ! Les suivants du roi Wu dirent Non ! Non ! et prospérèrent, les suivants du roi Zhou des Yin[10] dirent Oui ! Oui ! et périrent. Si Monseigneur ne désapprouve pas le roi Wu, votre serviteur peut-il chaque jour à loisir lui offrir ses conseils sans risquer d’être puni ? »

商君曰:「語有之矣,貌言華也,至言實也,苦言藥也,甘言疾也。夫子果肯終日正言,鞅之藥也。鞅將事子,子又何辭焉!」趙良曰:「夫五羖大夫,荊之鄙人也。聞秦繆公之賢而原望見,行而無資,自粥於秦客,被褐食牛。期年,繆公知之,舉之牛口之下,而加之百姓之上,秦國莫敢望焉。相秦六七年,而東伐鄭,三置晉國之君,一救荊國之禍。發教封內,而巴人致貢;施德諸侯,而八戎來服。由余聞之,款關請見。 Le seigneur de Shang dit: « Il est un dicton qui dit que les paroles attrayantes sont des fleurs, les mots justes sont des fruits, les paroles amères des médicaments, les paroles doucereuses une maladie. J’aimerais que tous les jours tu me conseilles par tes paroles, ce sera ma médecine. Je suis tout ouïe, que me conseilles-tu ? » Zhao Liang répondit : « Le seigneur “cinq peaux de béliers” était un humble habitant du Jing. Lorsqu’il entendit parler du mérite du duc Mu de Qin, il désira le rencontrer. Il entreprit de voyager vers le Qin mais manqua de ressources et dût se vendre et servir l’état en portant des vêtements grossiers et en nourrissant les ovins. L’année d’après, le duc Mu reconnut son mérite et l’éleva d’une position inférieure aux ovins à une au dessus des cent familles. Personne à travers le Qin n’osait le regarder de travers. Il fut Premier ministre de Qin durant six ou sept ans durant lesquels il attaqua Zheng () à l’est, établit par trois fois un dirigeant dans l’état de Jin, et sauva une fois du désastre l’état de Jing. Il étendit ses enseignements à l’intérieur de Qin et les Ba virent lui verser tribut. Il infusa sa vertu aux seigneurs et les huit tribus des Rong vinrent se soumettre à lui. Lorsque You Yu (由余) entendit parler de lui, il se rendit au défilé pour quémander une entrevue.
五羖大夫之相秦也,勞不坐乘,暑不張蓋,行於國中,不從車乘,不操干戈,功名藏於府庫,德行施於後世。五羖大夫死,秦國男女流涕,童子不歌謠,舂者不相杵。此五羖大夫之德也。今君之見秦王也,因嬖人景監以為主,非所以為名也。相秦不以百姓為事,而大築冀闕,非所以為功也。刑黥太子之師傅,殘傷民以駿刑,是積怨畜禍也。教之化民也深於命,民之效上也捷於令。今君又左建外易,非所以為教也。君又南面而稱寡人,日繩秦之貴公子。 Lorsque le seigneur “cinq peaux de béliers” était Premier ministre de Qin, il ne s’asseyait jamais dans son chariot, même lorsqu’il était fatigué et n’utilisait jamais de baldaquin même lorsqu’il faisait chaud. Lorsqu’il voyageait à travers le pays, il ne prenait aucune escorte : ni chariots, ni boucliers, ni lances. Ses mérites et sa renommée sont consignés dans les annales et ses actions vertueuses continuèrent de s’exercer dans les générations qui suivirent. Lorsque le seigneur “cinq peaux de béliers” mourut, à travers l’état de Qin hommes et femmes pleurèrent, les enfants arrêtèrent de chanter et le pilonnage du grain fut interrompu. Voilà quelle était la vertu du seigneur “cinq peaux de béliers” ! Maintenant, Monseigneur, lorsque vous eûtes votre entretien avec le dirigeant de Qin, vous étiez l’invité du mignon Jing Jian, ce qui ne grandit pas votre nom. Lorsque vous devîntes Premier ministre de Qin, vous ne vous occupiez plus des affaires des cents familles, mais à la place fîtes construire des ouvrages grandiloquents comme le palais de Ji, ce qui ne vous apporte aucun mérite. Vous fîtes punir et tatouer le tuteur et le précepteur de l’héritier et mutiler et blesser le peuple en guise de châtiment. Cela ne peut qu’accumuler les rancœurs et préparer le désastre. Vos enseignements influencent le peuple plus profondément encore que les ordres du souverain car le peuple a plus tendance à singer leurs supérieurs que de suivre les ordres. Monseigneur, vous entreprenez des changements drastiques, mais cela n’est en rien un enseignement pour le peuple. Qui plus est, vous vous tournez vers le sud[11] en vous proclamez maître de votre domaine et tandis que passent les jours, vous infligez vos châtiments aux nobles de Qin !
詩曰:『相鼠有體,人而無禮,人而無禮,何不遄死。』以詩觀之,非所以為壽也。公子虔杜門不出已八年矣,君又殺祝懽而黥公孫賈。 Le classique des odes dit :
Le rat a un corps,
L’homme est impoli,
L’homme impoli,
Devrait se dépêcher de mourir.

En analysant ce poème, il semblerait que l’esprit de vos actions a peu de chances de vous garantir une longue vie. Voilà huit ans que Gongzi Qian n’a fermé les portes de sa demeure, trop honteux pour en sortir. En outre, vous avez également fait exécuter Zhu Huan (祝懽) et fait tatouer Gongsun Jia.

詩曰:『得人者興,失人者崩。』此數事者,非所以得人也。君之出也,後車十數,從車載甲,多力而駢脅者為驂乘,持矛而操闟戟者旁車而趨。此一物不具,君固不出。 Le classique des odes dit également :
Celui qui se rallie à lui les hommes prospérera,
Celui qui se perd à ses hommes périra.

Or vos nombreuses actions jusqu’à présent ne sont pas adaptés pour rallier à vous les hommes. Lorsque Monseigneur sort, vous avez avec vous dix chariots pour vous escorter, avec à vos côtés des armes et des hommes puissants et bien bâtis tandis que d’autres, brandissant des lances escortent votre chariot. Si un seul de ces éléments vient à manquer, vous refusez de sortir.

書曰:『恃德者昌,恃力者亡。』君之危若朝露,尚將欲延年益壽乎?則何不歸十五都,灌園於鄙,勸秦王顯岩穴之士,養老存孤,敬父兄,序有功,尊有德,可以少安。君尚將貪商於之富,寵秦國之教,畜百姓之怨,秦王一旦捐賓客而不立朝,秦國之所以收君者,豈其微哉?亡可翹足而待。」商君弗從。 Or le Classique des documents dit : « Celui qui dépend de la vertu prospérera, celui qui dépend des armes périra. » Vous êtes autant en danger que l’est la rosée du matin. Espérez vous réellement vivre une longue vie ? Si tel est le cas, vous devriez rendre vos quinze villes et vous retirer vous à la campagne où vous pourrez arroser votre jardin. Priez le roi de Qin pour qu’il apporte soutien aux reclus vivant dans les caves, pour qu’il assiste les vieillards et protège les orphelins, qu’il respecte les pères et les frères, qu’il promeuve ceux qui ont du mérite et qu’il honore les vertueux, et peut-être parviendrez-vous un peu à calmer les esprits.

Mais ce que Monseigneur fait jusqu’ici est développer les richesses de Shang, abuser des faveurs de Qin pour dicter la conduite de son peuple et nourrir les rancœurs des cent familles. Si le roi de Qin devait un jour quitter ses hôtes et que vous ne vous présentiez point devant la Cour, il ne faudra pas longtemps avant que le Qin ne se débarrasse de vous. » Le seigneur de Shang n’écouta pas.

後五月而秦孝公卒,太子立。公子虔之徒告商君欲反,發吏捕商君。商君亡至關下,欲舍客舍。客人不知其是商君也,曰:「商君之法,舍人無驗者坐之。」 Cinq mois plus tard, le duc Xiao de Qin mourut et le prince héritier lui succéda. Les partisans de Gongzi Qian accusèrent le seigneur de Shang de rébellion et des mandarins furent envoyés pour le faire prisonnier mais le seigneur de Shang s’était enfui. Lorsqu’il atteint le détroit il se rendit à l’auberge, mais le patron, ne le reconnaissant pas, lui dit : « Les lois du seigneur de Shang interdisent d’héberger quiconque ne présente pas de pièce d’identité. »
商君喟然歎曰:「嗟乎,為法之敝一至此哉!」去之魏。魏人怨其欺公子卬而破魏師,弗受。商君欲之他國。魏人曰:「商君,秦之賊。秦彊而賊入魏,弗歸,不可。」遂內秦。商君既複入秦,走商邑,與其徒屬發邑兵北出擊鄭。秦發兵攻商君,殺之於鄭黽池。秦惠王車裂商君以徇,曰:「莫如商鞅反者!」遂滅商君之家。 Le seigneur de Shang soupira : « Hélas ! Je suis contrecarré par mes propres lois ! » Il partit pour le Wei, mais les habitants du Wei le haïssaient pour avoir trahi Gongzi Ang et infligé des défaites au Wei, et refusèrent en conséquence de l’accueillir. Le seigneur de Shang tenta de se réfugier dans d’autres états, mais les hommes du Wei dirent : « Le seigneur de Shang a trahi le Qin. Si celui qui a trahi un état puissant comme le Qin pénètre dans le Wei, il n’y a pas d’autre choix que de l’extrader. » Ils le ramenèrent donc en Qin. Une fois que le seigneur de Shang fut de retour en Qin, il se rendit sur les villes de son fief de Shang avec ses partisans et entreprit de lever une armée pour lancer une attaque au nord contre le Zheng (). Le Qin envoya son armée pour attaquer le seigneur de Shang et le tua à Zheng, près du lac de Min (黽池). Le roi Hui de Qin[12] fit écarteler le corps du seigneur de Shang entre deux chariots et annonça : « Que nul n’imite la trahison de Shang Yang ! » Il entreprit ensuite de faire exterminer la famille du seigneur de Shang.
太史公曰:商君,其天資刻薄人也。跡其欲幹孝公以帝王術,挾持浮說,非其質矣。且所因由嬖臣,及得用,刑公子虔,欺魏將卬,不師趙良之言,亦足發明商君之少恩矣。余嘗讀商君開塞耕戰書,與其人行事相類。卒受惡名於秦,有以也夫! Le grand duc astrologue commente : « Le seigneur de Shang avait reçu des cieux une nature peu recommandable. Lorsque l’on observe la façon dont il approcha le duc Xiao avec son discours sur les empereurs et les rois, nous pouvons en déduire qu’il se contentait de proférer des théories superflues qui ne représentaient pas ses véritables intentions. Pire, c’est au travers d’un mignon qu’il s’introduisit, et lorsqu’il trouva un emploi, il fit châtier Gongzi Qian, trahit le général Gongzi Ang de Wei, et refusa de suivre les conseils de Zhao Liang, ce qui montre clairement que le seigneur de Shang était un homme ayant peu de merci. J’ai lu l’ouvrage du seigneur de Shang[13] sur l’ouverture des frontières, l’agriculture et l’art de la guerre, et vraiment, celui-ci était à l’image de son auteur. Ce n’est pas sans raison qu’il soit devenu si tristement célèbre dans le Qin ! »

Notes[modifier]

  1. Le personnage de cette biographie est plus connu de nos jours sous le nom de Shang Yang (商鞅) qui signifie en fait littéralement « Yang de Shang ».
  2. Il s'agit d'un des noms de la doctrine légiste chinoise.
  3. Wei () et Wei () s’écrivent avec deux caractères différents et représentent deux états différents. Il est souvent fait ici référence au seigneur Shang comme étant « Yang de Wei » (衛鞅) en référence à l’origine de son clan.
  4. Le duc Mu est un des cinq hégémons du viie siècle av. J.-C.
  5. Tang et Wu furent respectivement fondateurs des dynasties Yin et Zhou.
  6. Il s'agissait d'un titre de noblesse des Qin.
  7. Là encore, il s'agissait d'un titre de noblesse des Qin.
  8. L’empereur Shun est un des cinq empereurs sages de la mythologie chinoise. Voir le chapitre I des mémoires historiques.
  9. Il s’agit de Baili Xi qui servit le duc Mu de Qin et est donc en quelque sorte le prédécesseur du seigneur de Yang au poste de Premier ministre du Qin. Le surnom de « cinq peaux de béliers » lui vient du fait que le duc Mu paya à l’état de Chu une rançon de cinq peaux de béliers pour le libérer.
  10. Le roi Zhou était le dernier roi de la dynastie Yin.
  11. La direction dans laquelle était tournée le trône de l’empereur.
  12. Il s’agit du roi Huiwen de Qin qui succéda au duc Xiao, à ne pas confondre avec le roi Hui de Wei qui apparaît plus haut. Notons d'ailleurs que contrairement à son père qui portait le titre de duc, Huiwen prend le titre de roi. C'est le titre que prendront tous les futurs dirigeants de l'état de Qin jusqu'à l'avènement de Qin Shihuang, le «premier empereur ».
  13. Sima Qian fait référence au Livre du seigneur de Shang (le Shang Jun Shu商君書) dont la rédaction est attribuée est Shang Yang.