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Préface
Les trois augustes
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Mémoires historiques – Préface de Sima Zhen
三皇
Préface de Sima Zhen – Les Trois augustes
太皞庖犧氏,風姓,代燧人氏繼天而王,母曰華胥,履大人跡於雷澤,而生庖犧氏於成紀,蛇身人首

Taihao Paoxi 102 (太皞庖犧) avait pour nom de clan103 Feng (). Succédant à Suiren 104 (燧人), il continua le Ciel et régna. [ 105 Sa mère s’appelait Huaxu 106 (華胥) ; elle marcha dans les empreintes de pas d’un géant107 auprès du marais de Lei 108 () ; et c’est à la suite de cela qu’elle enfanta Paoxi à Chengji 109 (成紀). Il avait un corps de serpent et une tête d’homme110.]

有聖德,仰則觀象於天,俯則觀法於,地旁觀鳥獸之文,與地之宜,近取諸身,遠取諸物,始畫八卦,以通神明之德,以類萬物之情;造書契以代結繩之政,

Il eut une vertu sainte.

[ 111 Levant la tête, il contempla les figures qui se trouvent dans le ciel ; baissant la tête, il contempla les formes qui sont sur la terre. — Autour de lui il contempla les bigarrures des oiseaux et des animaux, ainsi que ce qui convient au sol112. — Au près, il prit en considération toutes les parties de son corps ; au loin, il prit en considération tous les êtres. Il fut le premier à tracer les huit trigrammes113 grâce auxquels il pénétra l’efficace des esprits divins et grâce auxquels il sépara par classes les natures des êtres.]

Il inventa les textes écrits pour remplacer l’institution des cordes nouées114.

於是始制嫁娶以儷皮為禮,結網罟以教佃漁,故曰宓犧氏,養犧牲以庖廚,故曰庖犧。

Puis le premier il régla le mariage de la femme et celui de l’homme et du don des deux peaux de bêtes il fit un rite115.

[ 116 Il tressa des filets et des rets pour enseigner la chasse et la pêche] et c’est pourquoi on l’appela Fuxi. Il éleva des animaux domestiques pour la cuisine et c’est pourquoi on l’appela Paoxi 117 (庖犧).

有龍瑞,以龍紀官,號曰龍師;作三十五弦之瑟,木德王,注春令,故易稱帝;出平震,月令孟春;其帝太皞是也,都於陳,東封太山,立一十一年崩,

Il eut le présage favorable d’un dragon ; il appela les fonctionnaires de noms de dragons en leur donnant le titre d’officiers-dragons118.

Il fit un luth de trente-cinq cordes119.

Il régna par la vertu du bois. Il dirigea son attention sur les ordonnances du printemps ; c’est pourquoi le Livre des Changements 120 dit : « L’empereur apparaît au signe Zhen () » ; et le Livre des Ordonnances mensuelles 121, à l’article du premier mois du printemps, dit : « L’empereur qui y préside est Taihao (太皞). » C’est exact.

Il eut sa capitale à Chen 122 ().

Il alla dans l’est accomplir la cérémonie feng 123 () sur le Taishan 124 (太山).

Il fut au pouvoir onze années, puis mourut.

其後裔當春秋時,有任宿須句顓臾皆風姓之也。女媧氏亦風姓,蛇身人首,有神聖之德,代宓犧立,號曰女希氏,無革造,惟作笙簧,故易不載,不承五運;

Lors de la période Chunqiu 125 (春秋), on comptait parmi ses descendants (les princes de) Ren (), Su (宿), Xuju (須句) et Zhuanyu (顓臾), qui tous étaient issus du clan Feng 126.

Nüwa 127 (女媧) appartenait aussi au clan Feng ; il avait un corps de serpent et une tête d’homme. Il eut une vertu divine et sainte. Il eut le pouvoir à la place de Fuxi. Il prit l’appellation de Nüxi (女希). Il ne changea ni n’inventa rien ; il fit seulement les tuyaux de l’instrument de musique appelé sheng 128 (). Le Livre des Changements ne parle donc pas de lui. Il ne cadre pas avec le cycle quinaire129.

一曰女媧亦木德王,蓋宓犧之後,已經數世,金木輪環,周而復始,特舉女媧,以其功高而充三皇,故頻木王也,

Une autre tradition dit que Nüwa régna aussi par la vertu du bois ; il était en effet le descendant de Fuxi et, comme plusieurs générations s’étaient écoulées entre eux deux, le métal, puis le bois avaient réapparu à leur tour ; le cycle était terminé et recommençait de nouveau. Cette tradition loue spécialement Nüwa à cause de ses grands mérites et le met au rang des trois souverains ; il y aurait donc eu deux rois qui possédèrent la vertu du bois130.

當其末年也;諸侯有共工氏,任智刑以強霸而不王,以水乘木,乃與祝融戰,不勝而怒,乃頭觸不周山,崩,天柱折,地維缺,女媧乃鍊五色石,以補天,斷鼇足以立四極,聚蘆灰以止滔水,以濟冀州,於是地平天成,不改舊物。

Dans les dernières années de Nüwa, il y eut, parmi les seigneurs, Gonggong 131 (共工) ; se fiant sur son savoir et sur les châtiments, il se fit obéir par la violence, mais il ne fut pas roi légitime, car c’était par l’eau qu’il succédait au bois132. Il combattit avec Zhurong 133 (祝融) ; il ne fut pas vainqueur ; [ 134 dans sa colère, il se précipita la tête la première, contre la montagne Buzhou 135 (不周山) et la fit tomber. La colonne du ciel se rompit et les côtés de la terre se brisèrent.] [ 136 Nüwa fondit alors des pierres de cinq couleurs137 afin de soutenir le ciel ; il coupa les pattes d’une tortue marine afin de supporter les quatre extrémités de la terre.] Il rassembla de la cendre de roseau pour arrêter les eaux débordées et pour rétablir l’ordre dans la province de Ji 138 (冀州).

Puis, la terre étant calme et le ciel affermi, il ne changea plus l’ancien ordre de choses.

女媧氏沒,神農氏作炎帝,神農氏姜姓,母曰女登,有媧氏之女,為少典妃,感神龍而生炎帝,人身牛首,長於姜水,因以為姓;火德王,故曰炎帝;以火名官,斲木為耜,揉木為耒,耒耨之用,以教萬民,故號神農氏。於是作蜡祭,以赭鞭鞭草木,始嘗百草,始有醫藥;又作五弦之瑟,

Après la mort de Nüwa, Shennong 139 (神農) exerça le pouvoir. Yandi Shennong (炎帝) était du clan Jiang (). Sa mère s’appelait Nüdeng 140 (女登). Il arriva qu’une fille de Wa 141 (), étant devenue concubine de Shaodian (少典), fut émue par un dragon divin et enfanta Yandi. Il avait le corps d’un homme et la tête d’un bœuf. Il grandit au bord de la rivière Jiang 142 () et c’est de là que lui vint son nom de clan. Il régna par la vertu du feu ; c’est pourquoi on l’appela Yandi. Il nomma ses officiers d’après le feu143.

[ 144 Il tailla une pièce de bois pour en faire un soc ; il courba une pièce de bois pour en faire la flèche d’une charrue. L’usage de la charrue et de la houe fut enseigné par lui à la foule des hommes.] Il fut le premier qui enseigna le labourage. C’est pourquoi il reçut le titre de Shennong. Puis il institua le sacrifice de la fin de l’année145. Il frappait avec un fouet rouge146 les herbes et les arbres. Le premier il éprouva les cent espèces de plantes et le premier il trouva les drogues qui guérissent.

Il fit en outre un luth à cinq cordes.

教人日中為市,交易而退,各得其所,遂重八卦為六十四爻,初都陳,後居曲阜,立一百二十年崩,葬長沙,神農本起烈山,故左氏稱烈山氏之子曰柱,亦曰厲山氏,<禮>曰厲山氏之有天下是也。

[ 147 Il enseigna aux hommes à tenir le marché au milieu du jour et, une fois les échanges faits, à se retirer ; chacun obtint de la sorte ce dont il avait besoin]148.

Ensuite il multiplia les huit trigrammes et en fit les soixante-quatre hexagrammes149.

Il commença par avoir sa capitale à Chen 150, puis il résida à Qufu 151 (曲阜). Il mourut après avoir été au pouvoir cent vingt années, Il fut enterré à Changsha 152 (長沙).

Shennong vint d’abord de la montagne Lie 153 (烈山). C’est pourquoi Zuo 154 () dit : « Le fils de Lieshan s’appela Zhu (柱). » On l’appelle aussi Lishan (厲山) et c’est ainsi que les Rites155 disent : « Lishan eut l’empire. »

神農納奔水氏之女曰聽詙為妃,生帝哀,哀生帝克,克生帝榆罔,凡八代,五百三十年;而軒轅氏興焉,其後有州甫甘許戲露齊紀怡向申呂,皆姜姓之後,並為諸侯,或分四嶽,當周室甫侯申伯為王賢相,齊許列為諸侯霸於中國,蓋聖人德澤廣大,故其祚胤繁昌久長云。

Shennong prit une fille de la famille Benshui (奔水), qui s’appelait Tingba (聽詙) et en fit sa femme. Il en eut un fils qui fut l’empereur Ai () ; Ai engendra l’empereur Ke () ; Ke engendra l’empereur Yuwang (榆罔). En tout il se passa huit générations et cinq cent trente années156 et alors Xuanyuan 157 (軒轅) arriva au pouvoir.

Parmi ses descendants il y eut Zhou (), Fu (), Gan (), Xu (), Xi (), Lu (), Qi (), Ji (), Yi (), Xiang (), Shen (), (), qui tous étaient issus du clan Jiang 158.

Ils furent tous seigneurs ; quelques-uns d’entre eux furent envoyés pour gouverner les quatre montagnes159. Au temps de la dynastie Zhou, le marquis de Fu et le comte de Shen furent les sages conseillers du roi160. Qi et Xu furent des seigneurs autonomes161 ; ils fournirent un hégémon au royaume du milieu162.

Comme la vertu de l’homme saint163 avait été abondante, étendue et grande, sa fortune et sa postérité furent florissantes et durèrent longtemps.

一悅三皇謂︰天皇,地皇,人皇,為三皇;既是開闢之初,君臣之始,圖緯所載,不可全棄,故兼序之,

Une autre tradition explique les trois souverains en disant que les souverains du ciel, les souverains de la terre et les souverains de l’homme sont les trois souverains164. C’est donc l’époque primitive où le ciel et la terre se séparèrent et où pour la première fois il y eut des princes et des sujets. Ce que rapporte l’Appendice au Tableau165, on ne peut le rejeter en bloc ; c’est pourquoi je mentionne cette tradition à la suite de la précédente.

天地初立,有天皇氏十二頭,澹泊無所施為,而俗自化,木德王;歲起攝提,兄弟十二人,立各一萬八千歲,

Lorsque le ciel et la terre furent constitués pour la première fois, il y eut les souverains du ciel qui comptèrent douze représentants166. Calmes et immuables, ils ne se livraient à aucune action et les mœurs se perfectionnaient d’elles-mêmes. Ils régnaient par la vertu du bois. Le calcul des années se faisait au moyen de la constellation Sheti 167 (攝提). Ils étaient douze frères qui régnèrent chacun dix-huit mille années.

地皇十一頭,火德王,姓十一人,興於熊耳龍門等山,亦各萬八千歲;

Les souverains de la terre comptèrent onze représentants. Ils régnèrent par la vertu du feu. Ils furent onze membres de la même famille. Ils furent florissants auprès des montagnes Xionger 168 (熊耳) et Longmen (龍門). Chacun d’eux aussi régna dix-huit mille années.

人皇九頭,乘雲車,駕六羽,出谷口,兄弟九人分長九州,各立城邑,凡一百五十世,合四萬五千六百年;

Les neuf souverains de l’homme169, montés sur des chars de nuages attelés de six êtres ailés170, sortirent de Gukou 171 (谷口). — Ils étaient neuf frères qui se divisèrent le commandement des neuf provinces172. Chacun d’eux éleva une ville murée. En tout ils régnèrent pendant cent cinquante générations, soit quarante-cinq mille six cents années.

自人皇已後,有五龍氏,燧人氏,夫庭氏,柏皇氏,中央氏,卷須氏,栗陸氏,驪連氏,赫胥氏,尊盧氏,渾沌氏,昊英氏,有巢氏,朱襄氏,葛天氏,陰康氏,無懷氏,斯蓋三皇已來有天下者之號,但載籍不紀,莫知姓王年代,所都之處,

Après les souverains de l’homme, il y eut les cinq Dragons173, puis Suiren 174, Dating 175 (夫庭), Bohuang (柏皇), Zhongyang (中央), Juanxu (卷須), Lilu (栗陸), Lilian (驪連), Hexu (赫胥), Zunlu (尊盧), Hundun 176 (渾沌), Haoying (昊英), Youchao (有巢), Zhuxiang (朱襄), Getian (葛天), Yinkang (陰康), Wuhuai (無懷). Ce sont là les noms de ceux qui, après les trois souverains, eurent l’empire. Cependant, comme les monuments écrits ne le rappellent pas, on ne sait pas la durée des règnes de ces familles, ni leurs généalogies, ni le lieu où elles eurent leur capitale.

而韓詩以為︰自古封太山禪,梁甫者萬有餘家,仲尼觀之不能盡識,管子亦曰︰古封太山七十二家,夷我所識十有二焉,首有無懷氏,然則無懷之前,天皇已後,年紀悠邈,皇王何昇而告,但古書亡矣,不可備論,豈得謂無帝王耶?

Cependant les Poésies de Han 177 estiment que depuis l’antiquité ceux qui firent la cérémonie feng sur le Taishan et la cérémonie shan sur le mont Liangfu 178 (梁甫) furent au nombre de plus de dix mille personnes, Zhongni 179 (仲尼) vit ce témoignage, mais ne put les connaître tous. Guanzi (管子) de son côté dit180 :

— Autrefois, il y eut soixante-douze personnes qui firent la cérémonie fong sur le Taishan. Ceux que moi, Yiwu 181, je connais, sont au nombre de douze.

En tête de sa liste, il y a Wuhuai. Mais avant Wuhuai et après les souverains du ciel, le calcul des années est illimité et insondable.

Comment les souverains et les rois s’élevaient et comment ils l’annonçaient182, c’est ce que les anciens écrits ont perdu et on ne saurait le bien exposer. Est-ce à dire toutefois qu’il n’y eut ni empereurs ni rois ?

故<春秋>緯稱︰自開闢至於獲麟凡三百二十七萬六千歲,分為十紀,凡世七萬六百年。一曰九頭紀,二曰五龍紀,三曰攝提紀,四曰合洛紀,五曰連通紀,六曰序命紀,七曰修飛紀,八曰回提紀,九曰禪通紀,十曰流訖紀,蓋流訖當黃帝時,制九紀之間,是以錄於此,補紀之也。

Or un appendice183 du Chunqiu dit :

« Depuis la grande séparation184 jusqu’à la prise du lin 185 (), il y eut en tout trois millions deux cent soixante-seize mille années186 ; elles se divisent en dix périodes appelées ji () qui, réunies, comprennent les années de soixante-dix mille six cents générations187. La première de ces périodes s’appelle la période des neuf têtes188 ; la seconde s’appelle la période des cinq dragons ; la troisième s’appelle la période Sheti (攝提) ; la quatrième s’appelle la période Heluo (合洛) ; la cinquième s’appelle la période Liantong (連通) ; la sixième s’appelle la période Xuming (序命) ; la septième s’appelle la période Xiufei (修飛) ; la huitième s’appelle la période Huiti (回提) ; la neuvième s’appelle la période Shantong (禪通) ; la dixième s’appelle la période Liuqi (流訖). »

Or la période Liuqi doit correspondre à l’époque de Huangdi 189. J’ai déterminé l’intervalle compris dans les neuf autres périodes et c’est ainsi que, j’ai fait des Annales supplémentaires en rédigeant ici cet exposé.

Notes[modifier]


(102. ) Taihao signifie « le grand éclat » : de même que Taihao ouvre la série des trois souverains, ainsi Shaohao, c’est-à-dire « l’éclat secondaire », est en tête de la liste des cinq empereurs dans tous les systèmes chronologiques qui, comme le chapitre Lü li zhi, du Qian Han Shu, admettent huit règnes (les trois souverains, plus les cinq empereurs) avant la première dynastie. — Sima Qian, qui n’admet que les cinq règnes des cinq empereurs, ne reconnaît pas la légitimité de Shaohao, quoiqu’il en parle incidemment dans divers passages.

Paoxi signifie « élever des animaux pour la cuisine » et ce nom est souvent remplacé par celui de Fuxi (伏羲) qui signifie « soumettre des animaux domestiques ». La raison d’être de ces noms sera donnée plus loin par Sima Zhen.

(103. ) Sima Zhen dit : C’est le Guoyu qui nous apprend que le nom de clan de Fuxi était Feng. Nous devons justifier, par quelques considérations la traduction « nom de clan » que nous adoptons pour rendre le mot [a] : Les termes [a] et [b] sont employés comme équivalents par Sima Qian ; ainsi il nous dit en parlant de Qin Shi Huang que son nom de clan était le nom de famille Zhao. La confusion faite par Sima Qian est devenue d’un usage général et tous les noms de famille [b] sont appelés aujourd’hui noms de clans [a]. Cependant les anciens textes ne sont intelligibles que si ou rétablit la distinction entre ces deux termes. Gu Yanwu, dans son Rizhi lu (chap. XXIII. Sur cet ouvrage, voyez Wylie, Notes..., p. 130), a traité cette question d’une manière très intéressante ; nous nous sommes servis de son livre pour rédiger la note suivante :

Les noms de clan [a] étaient réservés autrefois aux princes et aux nobles ; les gens de la plèbe n’avaient qu’un nom personnel. Le nom de clan n’était pas souvent mentionné : on désignait les princes régnants par le nom de leur royaume ; ainsi le prince qui avait pour nom personnel Shen et qui régnait sur l’État de Lu s’appelait Lu Shen ; quant aux patriciens qui avaient, de par leur naissance, accès aux fonctions publiques, ils se distinguaient entre eux par des noms de famille [b], mais on énonçait rarement leur nom de clan [a]. Les noms de clans étaient fort peu nombreux ; on n’en compte que vingt-deux dans le Chunqiu. Au contraire, les noms de famille augmentaient sans cesse en nombre ; plusieurs d’entre eux sont d’anciens noms de fonctions ; c’était parfois le nom de la charge exercée par le premier ancêtre qui était devenu celui de toute la famille ; tel est le nom de Sima ; d’autres exprimaient la relation de parenté qui avait existé entre le premier ancêtre et le prince régnant : tels sont les noms de [], proprement fils du duc, petit-fils du duc. Ainsi les noms de famille allaient en se multipliant à mesure que les branches des anciens clans se constituaient en familles nouvelles.

Quand on nommait un homme, on ne l’appelait pas par son nom de clan mais par son nom de famille. Quand on nommait une femme, au contraire, on indiquait toujours son nom de clan ; en effet, l’importance principale du nom de clan venait de la règle d’exogamie qui interdisait les mariages entre membres d’un même clan ; par exemple, lorsque le duc Zhao, de Lu épousa une femme du pays d’Wu, il commit une action condamnée par les rites, car les deux familles qui avaient fondé les États de Lu et Wu avaient le même nom de clan, Ji. Les anciens noms de clan paraissent nous reporter à une époque reculée où la descendance par la mère était le principe constituant de la famille. Les noms de famille, au contraire, sont fondés sur la prédominance de l’élément paternel et, dans la substitution graduelle du nom de famille au nom de clan, il nous semble qu’on peut entrevoir la trace de toute une évolution sociologique.

(104. ) Le caractère Sui () désigne une sorte de vilebrequin au moyen duquel on produisait le feu. Suiren est regardé comme l’inventeur de l’art de cuire les aliments. On verra plus loin qu’il succéda aux trois dynasties divines appelées les Souverains du ciel, les Souverains de la terre et les Souverains de l’homme ; c’est à cette légende que fait allusion Sima Zhen quand il dit que Fuxi continua le ciel.

(105. ) Huangfu Mi : Diwang shiji.

(106. ) Huaxu est, d’après d’autres auteurs, le nom de la localité où habitait la mère de Fuxi ; ce lieu se trouvait dans la sous-préfecture actuelle de Lantian, préfecture de Xi’an, province de Shaanxi.

(107. ) Les légendes relatives aux conceptions miraculeuses sont très peu variées en Chine : marcher dans les empreintes de pas gigantesques, avaler un neuf qui tombe du haut des airs ou apercevoir un météore dans le ciel, telles sont presque inévitablement les causes qui déterminent les grossesses surnaturelles d’où doivent sortir les héros mythologiques.

(108. ) Le marais de Lei joue un grand rôle dans l’ancienne histoire de la Chine ; nous le retrouverons mentionné à propos de Shun ; il était situé dans la préfecture actuelle de Puzhou, province de Shanxi.

(109. ) Chengji correspond à la sous-préfecture de Qin’an, préfecture secondaire de Qin, province de Gansu.

(110. ) Voyez la représentation figurée de Fuxi dans les bas-reliefs du Shandong (La sculpture sur pierre en Chine au temps des deux dynasties Han, planche III).

(111. ) Yi Jing, chap. XV, p. 4 v°, trad. Legge, p. 382.

(112. ) L’appendice du Yi Jing, dont Sima Zhen fait ici usage, contient des vestiges d’anciens vers qu’il est d’ailleurs assez difficile de rétablir sous leur forme primitive. Duan Yucai (H.T.K.K., chap. DCLX, p. 15 r°) dit que les mots [] et [] qui terminent les deux phrases que nous venons de traduire, riment ensemble et sont au pingsheng de la 17e catégorie. Mais les mots [] (12e catégorie) et [] (13e catégorie) qui terminent les premières parties de ces deux phrases, ne riment pas ensemble, en sorte qu’on ne voit pas bien de quel nombre de syllabes les vers étaient constitués.

(113. ) Les huit trigrammes sont les huit combinaisons qu’on peut faire avec une ligne droite continue et une ligne droite brisée en les groupant trois par trois. La ligne droite continue étant le symbole du principe yang et la ligne droite brisée étant le symbole du principe yin, ces huit trigrammes sont supposés représenter en raccourci les combinaisons des deux principes qui constituent l’univers. Le roi Wen, de la dynastie Zhou, passe pour avoir développé ce système cosmogonique en faisant des combinaisons, non plus de trois, mais de six lignes et en traçant ainsi un tableau de soixante-quatre hexagrammes ; cependant ce perfectionnement est souvent attribué à d’autres personnages.

(114. ) Cf. Yi Jing, trad. Legge, p. 385. [css : trad. Philastre p. 1224] — D’après ce texte, les Chinois paraissent avoir préludé à l’invention de l’écriture par une sorte de notation analogue à celle des anciens Péruviens qui employaient des cordes nouées appelées quipos pour exprimer leurs pensées.

(115. ) Dans le Yi li, au chapitre I, qui traite de la prise du bonnet viril par les officiers, on voit que le don des deux peaux de bêtes faisait partie de la cérémonie par laquelle tout fonctionnaire devait consacrer son arrivée à l’âge viril. On lit en effet :

« Le maître de la maison répond à la politesse de son hôte en lui offrant un rouleau de soie et deux peaux de bêtes.

(116. ) Yi Jing, chap. XV, p. 5 r°.

(117. ) Cf. note 102.

(118. ) Le Ze zhuan, à la 17e année du duc Zhao, donne des renseignements assez étendus sur les noms des officiers sous le règne des premiers souverains de la Chine.

« En automne, dit-il, le vicomte Tan vint à la cour ; pendant un banquet que le duc lui donnait, Zhaozi lui demanda pourquoi Shaohao avait donné à ses officiers des noms d’oiseaux. Tanzi répondit :

— J’en sais la raison, car Shaohao était mon ancêtre. Autrefois Huangdi réglait tout, grâce aux nuages ; c’est pourquoi il institua des officiers-nuages et les Nuages étaient leurs noms. Yandi réglait tout grâce au feu ; c’est pourquoi il institua des officiers-flammes et les Flammes étaient leurs noms. Gonggong réglait tout grâce à l’eau ; c’est pourquoi il institua des officiers-eaux et les Eaux étaient leurs noms. Taihao réglait tout grâce au dragon ; c’est pourquoi il institua des officiers-dragons et les Dragons étaient leurs noms. Lorsque mon premier ancêtre, Shaohao, arriva au pouvoir, un phénix apparut ; c’est pourquoi il régla tout grâce aux oiseaux ; il institua des officiers-oiseaux et les Oiseaux furent leurs noms. L’officier appelé le Phénix présidait au calendrier ; l’Hirondelle était l’officier des équinoxes ; la Pie-Grièche était l’officier des solstices ; l’Oiseau-Bleu était l’officier du début (des saisons) ; l’Oiseau-Rouge était l’officier de la fin (des saisons). — L’Épervier était l’officier du peuple ; l’Aigle de mer était l’officier de la guerre ; le Mingjiu était l’officier des travaux publics ; le Shuangjiu était l’officier de la justice ; le Milan était l’officier des affaires. Ces cinq directeurs dirigeaient le peuple, — Les cinq Faisans présidaient aux cinq arts ; ils étaient ceux qui communiquaient l’usage avantageux des instruments, ceux qui réglaient les dimensions et les mesures, ceux qui maintenaient la justice dans le peuple. — Les neuf Hu présidaient aux neuf occupations de l’agriculture et gardaient le peuple de la mauvaise conduite. — À partir de l’empereur Zhuan Xu, les souverains ne furent plus capables de régler tout par des principes reculés, mais ils réglèrent tout par des principes immédiats ; ils instituèrent des officiers du peuple et les nommèrent d’après les occupations du peuple. Ils étaient donc incapables de faire comme dans l’antiquité.

(119. ) La leçon « trente-cinq cordes » est celle de l’édition de Jianlong ; l’édition de 1596 donne la leçon « vingt-cinq cordes ».

(120. ) Yi Jing, chapitre XVII. M. Legge (Yi Jing, trad., p. 425), traduit ici le mot par Dieu ; le passage, dans son entier, semble en effet être symbolique ; mais ce n’est pas de Dieu qu’il s’agit, c’est du soleil. Quant à l’idée que Sima Zhen a en vue quand il fait cette citation, elle est assez claire : le trigramme Zhen est celui qui correspond à l’orient ; or, l’orient est, dans la théorie des cinq éléments, le symbole du bois par la vertu duquel régna Fuxi ; le texte du Yi Jing, en établissant que l’empereur apparaît d’abord à l’orient, justifie donc le système de Sima Zhen qui fait de Fuxi le premier des souverains.

(121. ) Le Livre des Ordonnances mensuelles est le quatrième livre du Li ji.

(122. ) Chen est aujourd’hui Chenzhou fu, province de Henan. Cette localité est située sur les bords de la rivière Cai, affluent de la rivière Huai ; c’est de la rivière Cai que sortit, suivant certaines fables, la tortue sur la carapace de laquelle Fuxi découvrit les huit trigrammes.

(123. ) Sima Zhen tire ce renseignement de la légende rapportée par Guan Zhong au sujet de soixante-douze souverains qui accomplirent les cérémonies feng et shan (cf. ma première traduction du Traité de Sima Qian sur les sacrifices feng et shan, p. 13).

(124. ) Le Taishan est une montagne située auprès de Tai’an zhou, province de Shandong.

(125. ) On appelle période Chunqiu celle dont l’histoire est racontée dans les Annales qui portent ce nom et qui sont attribuées à Confucius. Cette période s’étend de 722 à 481 avant J.-C.

(126. ) Il est important, à cause de la grave question de la légitimité des intermariages, de savoir à quels clans appartenaient les nombreux États féodaux de la période Chunqiu ; on voit dans ce passage quels étaient ceux qui se rattachaient au clan Feng. On trouvera plusieurs renseignements relatifs aux autres clans dans Gu Yanwu, Rizhi lu, chapitre XXIII, p. 1.

— Voici les indications que donne le Chunqiu dili kaoshi de Jiang Yong (H.T.K.K., ch. CCLII-CCLV), au sujet de l’emplacement de ces principautés :

  • Ren, préfecture secondaire de Jining, province de Shandong ;
  • Su, à 20 li à l’est de la préfecture secondaire de Dongping, préfecture de Dai’an, même province ;
  • Xuju, au sud-est de cette même préfecture secondaire de Dongping ;
  • Zhuanyu, à 80 li au nord-ouest de la sous-préfecture de Fei, préfecture de Yizhou, province de Shandong.

(127. ) W. F. Mayers a écrit un intéressant article sur les légendes relatives à Nüwa (Notes and queries on China and Japan, July 1868, p. 99-101). Il cite les passages de Liezi qui parlent de ce personnage mythologique et rappelle que ces fables se retrouvent plus développées dans Huainanzi (mort en 122 av. J.-C.). Il montre que, d’après les critiques chinois modernes, le caractère qui entre dans la composition du nom de Nüwa, ne saurait être une preuve que ce personnage ait été une femme.

(128. ) Le Li ji, au chapitre Ming tang wei, parle du sheng et en attribue aussi l’invention à Nüwa. On peut voir le dessin de cet instrument de musique dans Legge, Sacred Books of the East, vol. XXVIII, p. 37 [css : Couvreur]. Le Sheng se composait d’une calebasse au milieu de laquelle étaient fixés verticalement dix-neuf ou treize tuyaux appelés huang ; un autre tube latéral servait d’embouchure au musicien qui produisait les sons en aspirant l’air et en bouchant avec les doigts tels ou tels des trous pratiqués sur les tuyaux verticaux. Voyez sur ce sujet une étude de M. Warrington Eastlake (The Chinese reed organ, dans China Review, vol. XI, p. 33-41).

(129. ) Les bas-reliefs de l’époque des Han, qu’on a découverts dans le Shandong, représentent Fuxi et Nüwa entrelaçant leurs queues de serpent et formant un groupe indivisible. D’après la théorie que supposent ces bas-reliefs, Nüwa et Fuxi réunis ne forment qu’un seul des trois souverains ; en effet, comme le dit Sima Zhen lui-même, à la fin de ce paragraphe, Nüwa ne trouve pas place dans le cycle quinaire, c’est-à-dire dans la succession des cinq éléments, car Nüwa, comme Fuxi, régna par la vertu du bois. Il est vrai qu’au paragraphe suivant, Sima Zhen cite une autre théorie d’après laquelle un cycle entier se serait écoulé entre Fuxi et Nüwa en sorte que, tout en ayant régné par la vertu du même élément, le bois, Fuxi et Nüwa n’en formeraient pas moins deux souverains distincts.

(130. ) On trouve, chez les auteurs qui n’ont pas admis Huangdi au nombre des trois souverains, trois opinions différentes : les uns, comme Jiao Zhou (232-297 ap. J.-C.), disent que les trois souverains sont Fuxi, Suiren (ef. note 1 de la p. 5) et Shennong ; d’autres comme Song Jun (ier siècle ap. J.-C.), admettent que les trois souverains sont Fuxi, Zhurong (voy. plus loin) et Shennong ; c’est cette théorie qui a été adoptée par l’auteur des bas-reliefs de Wu Liang, dans le Shandong ; enfin la troisième hypothèse est celle que propose Sima Zhen à la suite de Zheng Xuan (127-200 ap. J.-C.) et de Huangfu Mi (214-282 ap. J.-C.) : les trois souverains seraient Fuxi, Nüwa et Shennong.

(131. ) Liezi et Huainanzi parlent tous deux de Gonggong, mais ils le font combattre avec Zhuanxu, petit-fils de Huangdi ; comme cependant Gonggong était de plusieurs générations antérieur à Huangdi, il faut admettre que ce ne fut pas lui, mais ses descendants qui combattirent avec Zhuanxu. En remplaçant Zhuanxu par Zhurong, Sima Zhen peut faire une transposition heureuse dans l’ordre des deux phrases suivantes ; Liezi en effet dit que Nüwa raffermit le ciel et la terre, puis il parle, comme d’un tout autre sujet, du combat de Gonggong contre Zhuanxu ; Sima Zhen au contraire place le raffermissement de la terre et du ciel par Nüwa après l’ébranlement causé par Gonggong.

(132. ) Dans la théorie de Sima Zhen, à l’élément bois doit succéder l’élément feu ; Gonggong qui s’appuyait sur la vertu de l’eau n’était donc pas à sa place dans le cycle des cinq éléments ; il doit ainsi être considéré comme illégitime. (Cf. Qian Han shu, Jiao si zhi, dernière page).

(133. ) Zhurong est donné dans les Ordonnances mensuelles du Li ji comme présidant au premier mois de l’été. D’après le commentaire du Li ji appelé « Interprétation correcte », Zhurong serait le fils de l’empereur Zhuanxu et présiderait au feu. Zhurong est appelé aussi l’empereur rouge, parce que le rouge est la couleur qui correspond au feu.

(134. ) Liezi, chap. Tang wen. Huainanzi, chap. Tian wen xun.

(135. ) Le commentateur de Liezi dit que la montagne Buzhou est la montagne du coin nord-ouest de la terre.

(136. ) Liezi, chap. Tang wen.

(137. ) D’après le commentateur de Liezi, la pierre de cinq couleurs serait un symbole représentant les cinq éléments primordiaux ; c’est par la fusion harmonieuse de ces cinq éléments que Nüwa rétablit l’ordre. M. Mayers émet l’hypothèse que la pierre de cinq couleurs est le charbon dont Nüwa aurait été le premier à découvrir les utiles qualités ; mais cette supposition est plus ingénieuse que plausible.

(138. ) La province de Ji est une des neuf provinces qu’on voit décrites dans le tribut de Yu ; elle comprenait le Shanxi actuel et une partie du Zhili.

(139. ) Shennong signifie « le laboureur divin » ; en effet, comme on le lira plus bas, ce souverain passe pour avoir institué l’agriculture. On l’appelle aussi Yandi, « l’empereur-fumée », parce qu’il régnait par la vertu du feu.

(140. ) Le Tongjian gangmu et le Tongjian jilan écrivent Andeng.

(141. ) Il ressort du contexte que cette fille de la famille Wu n’est autre que Nüdeng.

Sima Zhen dit qu’il se fonde sur le Guoyu pour établir que la mère de Yandi était une fille de la famille Wa ; mais, si nous nous reportons au Guoyu (chap. X, p. 10 v°), nous y lisons ceci :

« Autrefois, Shaodian prit une femme dans la famille Jiao ; cette femme enfanta Huangdi et Yandi. »

Ce texte présente deux différences avec le récit de Sima Zhen :

  • la première porte sur le nom de famille de la femme : elle ne s’explique qu’en admettant que Sima Zhen avait sous les yeux un texte du Guoyu autre que ceux qui ont cours actuellement ;
  • la seconde consiste en ceci que le Guoyu semble faire de Huangdi et de Yandi deux frères nés d’une même mère, tandis que, selon Sima Zhen, Yandi aurait été fort antérieur à Huangdi ; Sima Zhen résout la difficulté en disant que le texte du Guoyu ne doit pas être pris au pied de la lettre et qu’il signifie simplement que Huangdi et Yandi furent tous deux des descendants d’une même femme, quoique à des générations différentes.

— Le Diwang shiji de Huangfu Mi (cité dans Mém.hist., chap. I, p. 3 r°) doit que la mère de Yandi s’appelait Rensi et qu’elle était de la famille Jiao.

(142. ) La rivière Jiang s’appelle aujourd’hui la rivière Qi ; elle coule dans la sous-préfecture de Jishan , préfecture de Fengxiang, province de Shaanxi. Ce petit cours d’eau est un affluent indirect de la rivière Wei, qui se jette dans le Huanghe (Shuijingzhu (水經注), chap. XVIII, p. 6).

(143. ) Cf. note 118.

(144. ) Yi Jing, chap. XV, p. 5 v°, trad. Legge, p. 383.

(145. ) Ce sacrifice est ici désigné par le terme zha, mot qui se trouve employé dans le Li ji, au début du chapitre Li yun.

(146. ) Le rouge est la couleur qui correspond à l’élément feu : on ne voit pas bien quel est le sens caché de cette phrase ; M. Allen traduit : « On se servit de lanières rouges pour enguirlander les plantes et les arbres. » Mais je n’ai jamais vu le mot [] avoir le sens d’enguirlander.

(147. ) Yi Jing, chap. XV, p. 5 v°, trad. Legge, p. 383.

(148. ) Cf. Legge, Sacred Books of the East, vol. XVI, p. 383.

(149. ) Ce passage est assez surprenant, car l’invention des soixante-quatre hexagrammes est généralement attribuée au roi Wen, de la dynastie Zhou.

(150. ) Cf. note 122.

(151. ) Qufu est une sous-préfecture de la province de Shandong, préfecture de Yanzhou.

(152. ) Changsha est aujourd’hui la capitale du Hunan. Le Tongjian jilan (chap. I, p. 4 r°) dit que Shennong fut enterré à Chaling, préfecture de Changsha, province de Hunan. Mais une légende locale place la tombe de Shennong dans la sous-préfecture de Ling, préfecture de Hengshan, province de Hunan (Koang yu ki, chap. XV, p. 17 v°).

(153. ) La montagne Lie ou Li est au nord de la préfecture secondaire de Sui, préfecture de De’an, province de Hupo (Tongjian jilan, chap. I, p. 3 r°).

(154. ) Zuo Qiuming, auteur supposé du Guoyu. On lit dans cet ouvrage : « Le fils de Shennong eut pour nom personnel Zhu ; il présida à l’agriculture, c’est pourquoi il eut pour nom personnel Nong. Le Tongjian jilan (chap. I, p. 4 v°) fait allusion à cette légende, quand il dit :

« Yandi eut un autre fils qui s’appelait Zhu ; il aida l’empereur en répandant et semant les cinq céréales. Les générations suivantes lui sacrifièrent comme au dieu des moissons.

(155. ) Li ji, chap. Ji fa :

« C’est ainsi que Lishan eut l’empire ; son fils s’appela Nong.

Cf. Legge, Sacred Books of the East, vol. XXVIII, p. 208.

(156. ) Ces chiffres sont ceux du Diwang shiji de Huangfu Mi (Yuan jian lei han, chap. XL, p. 4 v°). — Le Tongjian hangmu et le Tongjian jilan donnent la liste de ces huit empereurs descendants de Shennong : ce sont Linkui, Cheng, Ming, Yi, Lai, Li et Yuwang.

(157. ) Xianyuan est un surnom de Huangdi. Voyez Mémoires historiques, chap. I, au début.

(158. ) Nous avons ici l’énumération des principautés féodales qui, à l’époque Chunqiu, faisaient remonter leurs généalogies jusqu’à Shennong ; leurs princes avaient le même nom de clan et ne pouvaient donc prendre femmes les uns chez les autres (cf. note 126).

Voici d’après le Chunqiu dili kaoshi de Jiang Yong (H.T.K.K., ch. CCLII-CCLV) les identifications géographiques de la plupart de ces localités :

  • Zhou : sous-préfecture de Anqiu, préfecture de Qingzhou, province de Shandong ;
  • Xu se trouva d’abord dans la préfecture secondaire indépendante de Xu, province de Henan, mais par la suite se déplaça souvent ;
  • Qi : sous-préfecture de Linzi, préfecture de Qingzhou, province de Shandong ;
  • Ji : sous-préfecture de Shouguang, préfecture de Qingzhou, province de Shandong ;
  • Xiang est identifié avec deux places différentes dans le Shandong, l’une à 100 li au sud-ouest de Yizhou, l’autre à 70 li au sud de Lüzhou ;
  • les deux principautés de Shen et de étaient limitrophes et occupaient le territoire de la sous-préfecture de Nanyang, préfecture de Nanyang, province de Henan.
  • Je n’ai pas trouvé l’identification des pays de Gan, Xi , Lu et Yi.
  • Quant à la principauté de Fu, elle semble avoir un étroit rapport avec celle de , car on sait que le chapitre du Shu jing intitulé les Châtiments de était autrefois appelé les Châtiments de Fu.

(159. ) Les princes de Fu et de Shen rattachaient leur généalogie à des chefs des quatre montagnes (cf. Shi jing, ode 5 de la décade de Tang ; Legge, Chinese Classics, t. V, p. 535). De même, on nous apprend que, l’ancêtre des princes de Qi était un des chefs des quatre montagnes quand il aida Yu à triompher des eaux débordées (H.T.K.K., ch. CCLV, p. 5 r°).

(160. ) Dans l’ode du Shi jing précitée, on voit que les princes de Fu et de Shen furent les principaux appuis du roi Xuan (827-782 av. J.-C.).

(161. ) L’expression implique l’idée d’un détachement, d’une autonomie qui n’appartenait pas à tous les seigneurs. En effet, si l’on jette un regard sur la carte de Chine à l’époque Chunqiu, on voit, que, des nombreux princes descendants de Shennong, ceux de Qi et de Xu seuls avaient des royaumes.

(162. ) Le duc Huan de Qi (qui, d’après le deuxième tableau chronologique de Sima Qian, régna de 685 à 643 av. J.-C.), fut le premier des cinq hégémons qui, de 685 à 591 avant J.-C., exercèrent tour à tour une influence prédominante dans l’empire féodal gouverné nominalement par les Zhou. Les quatre autres hégémons furent le duc Wen de Jin, le duc Mu de Qin, le duc Xiang de Song et le roi Zhuang de Chu.

(163. ) C’est-à-dire Shennong.

(164. ) Cette seconde théorie parait être plus ancienne que la première ; en effet, quoique Sima Qian ne la rapporte pas, un passage des Mémoires historiques (ch. VI, p. 10 v°) nous prouve qu’elle avait cours dès le temps de Qin Shihuangdi ; au moment où ce prince délibéra sur le titre qu’il prendrait, ses ministres lui dirent :

« Autrefois il y eut le souverain du ciel, le souverain de la terre et le souverain majestueux ; le souverain majestueux fut le plus élevé.

— Il est difficile de savoir à quelle époque on substitua le souverain de l’homme au souverain majestueux.

(165. ) D’après une légende, un dragon-cheval sortit du Huanghe sous les yeux de Fuxi ; il portait sur son dos un tableau sur lequel étaient tracés les huit trigrammes. Il existait autrefois un livre intitulé « le Tableau du Fleuve », en neuf chapitres (appendice au Chunqiu, cité par le Dictionnaire de Kangxi, au mot tu). L’appendice au Tableau doit avoir été un complément de ce livre.

— Le mot wei désigne la trame d’un tissu comme le mot jing en désigne la chaîne. Les wei sont ainsi le complément des jing ou livres canoniques. On distingue les wei en sept classes suivant le livre canonique auquel ils se rattachent : ce sont les wei du Yi Jing, ceux du Shou jing, ceux du Shi jing, ceux des Rituels, ceux de la musique, ceux du Xiao jing et ceux du Chunqiu. On trouvera les titres des plus importants d’entre eux dans le Shi tong tong shi, chap. I, p. 4 r°.

(166. ) Le Tongjian hangmu, et, d’une manière générale, toutes les histoires de date récente comptent 13 souverains du ciel et non 12. Cette variante est très importante ; en effet, si l’on suppose 13 souverains du ciel ayant régné chacun 18 000 années, le total de leurs années sera 18 000 × 13 = 234 000. D’autre part les souverains de la terre sont au nombre de 11 qui ont régné chacun 18 000 années ; le total est pour eux de 18 000 × 11 = 198 000 années. Si nous additionnons les règnes des souverains de la terre à ceux des souverains du ciel, nous obtenons un total de 234 000 + 198 000 = 432 000 années.

Ce nombre est exactement celui qui représente la durée des dix dynasties babyloniennes antérieures au déluge, d’après Bérose ; c’est aussi celui qui exprime la longueur de la période Kali-youga en Inde (Fergusson, Chinese Chronology and Cycles, p. 139 ; T. P, Crawford, The ancient dynasties of Berosus and China compared with those of Genesis, Chinese Recorder, t. XI, p. 411-429 ; t. XII, p. 77-86 et 193-201). Ce rapprochement est intéressant ; à supposer qu’il ne soit pas fortuit et que le chiffre de 12 souverains donné par Sima Zhen soit une erreur, il prouvera simplement ceci : c’est qu’au viiie siècle de notre ère, à la suite de ses fréquentes relations avec les pays d’Occident et l’Inde, la Chine connut quelques-unes de leurs fables et modela son histoire légendaire d’après la leur.

(167. ) La constellation Sheti est formée de deux astérismes composés l’un des étoiles η, τ, υ, du Bouvier, l’autre des étoiles ξ, π, ζ, de la même constellation. Sur le rôle joué par la constellation Sheti dans les anciens calculs du calendrier, cf. Le calendrier des Yin dans le Journal asiatique de novembre-décembre 1890, p. 463-510.

(168. ) La montagne Xionger, « oreilles d’ours », est située dans la sous-préfecture de Lushi, préfecture secondaire de Shaan, province de Henan ; c’est de la montagne Xionger que sort la rivière Yi, qui se jette dans la rivière Luo, affluent du Huanghe.

— Quant à la montagne Longmen, « porte du dragon », elle est située entre les rivières Yi et Luo, non loin de leur confluent.

Il ne peut être question ici de la montagne de même nom qui se trouve sur la rive droite du Huanghe, dans la province de Shaanxi.

(169. ) Proprement : neuf têtes. Le commentateur fait remarquer que le mot « tête » joue ici le rôle d’un classificateur ; c’est ainsi qu’on dit tant et tant de têtes, de bétail. Il ne faut donc pas entendre, comme l’a fait M. Edkins (Chinese Recorder, t. XV, p. 337, note), que le souverain de l’homme était une espèce de monstre à neuf têtes, mais bien qu’il y eut neuf souverains de l’homme.

(170. ) Mot à mot : montant sur des chars de nuages, attelant six ailes.

(171. ) Gukou était le nom d’une gorge de montagnes qui se trouvait dans la sous-préfecture établie par les Han sous le nom de Yunyang (ap. commentaire du Livre des Han postérieurs, cité par le Fei wen yun fu à l’expression Gukou). Cette sous-préfecture correspond à la sous-préfecture actuelle de Chunhua, préfecture secondaire de Bin, province de Shaanxi.

(172. ) Les neuf provinces sont énumérées et décrites dans le Tribut de Yu (voyez plus loin : Annales principales des Xia).

(173. ) C’étaient, dit le commentaire, cinq frères qui, montés sur des dragons, s’élevaient à leur gré dans les airs.

(174. ) Cf. note 104.

(175. ) Dating est la leçon de l’édition de 1596. L’édition de Jianlong écrit Futing.

(176. ) Hundun désigne proprement le chaos.

(177. ) On sait que le Livre des Vers ou Shi jing, existait en trois recensions principales, celle du pays de Lu, celle du pays de Qi et celle du pays de Han. C’est à cette dernière que Sima Zhen emprunte son renseignement.

(178. ) Le mont Liangfu est une petite hauteur au pied du Taishan. Cf. note 2 de la p. 9.

(179. ) Zhongni est le surnom de Confucius.

(180. ) Cf. note 124.

(181. ) Yiwu est le nom personnel de Guanzi. Cette citation se retrouve plus complète dans le traité sur les sacrifices feng et shan de Sima Qian ; elle est extraite du 50e article des œuvres de Guanzi.

(182. ) C’est-à-dire comment ils faisaient les sacrifices Feng et shan qui étaient la déclaration de la prise de possession du pouvoir.

(183. ) Une citation semblable à celle qui va suivre se trouve dans le Tongjian gangmu qui l’attribue au livré intitulé Yuan ming bao ; or le Yuan ming bao est indiqué par le Shi tong tong shi (chap. I, p. 4 r°) comme étant un des appendices ou wei (cf. note 165) du Chunqiu. C’est donc, selon toute vraisemblance, à ce livre que Sima Zhen se référait.

(184. ) La séparation du ciel d’avec la terre, c’est-à-dire le commencement du monde.

(185. ) Le lin (cf. Mayers, Chin.Reader’s Manual, n° 389) est un animal fabuleux dont l’apparition est regardée comme un présage surnaturel ; un lin fut pris du temps de Confucius, la 14e année du duc Ai (481 av. J.-C.) ; c’est à cet événement qu’il est fait allusion dans ce passage.

(186. ) Le Tongjian gangmu écrit 2 267 000 années.

(187. ) Ce membre de phrase ne se retrouve pas dans la citation que fait le Tongjian gangmu ; …. Dans le sens que nous donnons à ce texte [qui ne laisse pas d’être obscur], chaque génération aurait une durée moyenne d’environ quarante-six ans et demi.

(188. ) La période des neuf têtes est celle des neuf souverains de l’homme mentionnés plus haut dans une autre tradition. De même la période des cinq dragons est commune aux deux systèmes chronologiques. M. Herb. J. Allen a cherché à dégager le sens de ces noms dans un article de la China Review (vol. XIV, p. 21-28) intitulé Pangu ; mais son étude ne nous paraît pas conduite avec une méthode assez rigoureuse pour que nous puissions en admettre les résultats.

(189. ) Nous lisons dans le Tongjian gangmu que la neuvième période ou période Shantong finit à Yandi et que la dixième période ou période Liuqi commence à Huangdi.