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Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4/Le capitaine Fracasse/I

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LE CAPITAINE FRACASSE




I

JOURS ODÉONIENS



notes d’agenda quotidiennes
du 4 au 24 décembre 1887
I

C’est ici qu’à sa date chronologique, se place la légendaire aventure de mon adaptation scénique du roman de Théophile Gautier : Le Capitaine Fracasse.

Je pourrais — je devrais peut-être — la résumer en quatre lignes : — Commandée le 15 avril 1887, achevée et livrée le 12 décembre de la même année, la pièce ne fut représentée que le 16 octobre 1896, soit au bout de neuf ans, sous la direction agitée : Antoine et Ginisty, dont elle essuya, sans les sécher, les plâtres. Ce compendium en dirait assez aux initiés de la vie de théâtre, mais j’écris un peu pour les autres, du moins je me l’imagine. Comme en outre dix-sept autres années se seront encore égouttées de l’urne depuis la première sans que ma canonisation ait été proclamée pour cause de martyre avéré sous le consulat de Porel, je n’ai plus à l’espérer vivant, et l’heure me sonne d’en préparer les éléments posthumes.

Dans cette lutte de plus d’un quart de siècle pour un ouvrage qui n’est connu du public que par ses malheurs exemplaires, ma plus grande faute, après celle toutefois d’en avoir accepté la commande, fut de le défendre des ongles et du rostre contre le commandeur. Hélas ! qu’on est encore jeune à quarante-deux ans (tel était mon âge) et comme on est injuste tout de même pour de bonnes gens, dociles aux dieux et qui ne font qu’obéir à leur destinée ! Oui, mon cher Porel, aujourd’hui je comprends, — vous ne pouviez pas jouer le Fracasse, et vous ne le pouviez pas parce que vous ne le deviez pas, étant comme l’archétype du type uniquement créé et modelé par Zeus pour embêter les auteurs sur la terre. Si vous m’aviez épargné entre cent autres, par préférence, il se serait passé ceci que ledit Zeus, irrité de votre révolte contre votre fonction, vous aurait flanqué sur le Caucase, avec, au foie, le vautour, et, cela, c’eût été trop, l’Odéon est déjà dur aux prédestinés. J’ai donc eu tort de vouloir vous acculer dans l’impasse de la rébellion et de tarir contre vous tant de bouteilles de mon encre de bonne humeur. En vous molestant, je ne combattais que les dieux, qui au bout de vingt-six ans, d’ailleurs, vous vengent encore.

De nos débats retentissants au sujet du Fracasse, il n’est resté qu’un mot qui les date. Il est vrai qu’il m’a rendu quasi académisable, tant la philologie populaire lui a fait fête. Le retirer de la langue à présent, comment m’y prendre ? Même quand ils en seront à la lettre T et proprement avant : tripe, c’est-à-dire quand nous serons depuis longtemps trépassés l’un ou l’autre, il faudra bien que les Quarante lexicographes en délibèrent sous la coupole. Richelieu les guette. Comme ils ont vocabularisé ces temps derniers : Épatant et ses dérivés, j’ai peu d’espoir qu’ils écartent mon néologisme et voilà notre querelle entrée avec lui dans l’histoire ! C’est ainsi — toujours les dieux ! — que l’on fait de l’irréparable.

Mais c’en est assez, n’est-ce pas ? Il ne sied qu’à Didon d’induire le pater Æneas à renouveler sa douleur et qu’à Virgile d’obtenir qu’on l’écoute. Forcé néanmoins par les règles de l’autobiographie de donner sa place en mes Souvenirs à un épisode caractéristique de ma carrière littéraire, il m’a semblé que, sans le narrer à nouveau, je pourrais, sur la foi de mes agendas, restituer l’homme disparu et dont il ne reste plus un atome, qui fut le contemporain de ma disgrâce oubliée. Les documents portent en eux-mêmes leur intérêt auquel le public, ivre de témoignages, paraît s’attacher de plus en plus, quel que soit celui qui les lui apporte. Voici donc, et toutes vives, les « tranches de vie de mon petit mémorial de 1887–1888 ».


Dimanche 4 décembre 1887. — Hier, élection de Sadi Carnot à la présidence de notre douce République. Si, avec un pareil prénom il ne fait rien pour les poètes, c’est que son parrain s’est f… du peuple. Parions qu’il n’a pas seulement lu La Salière des poètes de l’Anacréon persan. Moi non plus du reste. Comment peut-on être Persan ? La seule tête aujourd’hui qui s’encadrerait bien dans l’Élysée, c’est Victor Hugo. Donc, personne n’y pense.

— J’ai terminé depuis jeudi déjà le quatrième acte du Fracasse et j’en ai avisé Porel le jour même. Point de réponse. Ouvre l’œil, Émile, si toutefois je peux, sans irrespect, me tutoyer après un tel labeur ! Ce soir, à l’Odéon, Le Légataire universel. J’ai un faible pour ce charmant Regnard dont Mme C… me demandait l’adresse « pour lui écrire ». Son vers de théâtre est le bon, le doué, celui qui rit tout seul et sonne le cor de chasse aux belles rimes. Émile Perrin ne pouvait pas le sentir, il me le dit à moi-même et j’obtins tout son mépris lorsque je lui répondis que je le préférais au vers de Molière, d’une pâte métrique si lourde et si ponsardement (déjà !) assonnée. — Ça se voit, fit-il. — Merci, saluai-je. — C’est dans son Voyage en Laponie que Regnard émet cette proposition ethnologique que les Ostrogoths étaient des Esquimaux en rupture de glace. Acquis, maître !

— Voici un paquet de lettres d’amour, passionnées, déchirantes, sublimes de révolte contre les obstacles sociaux. Je vous les lis en poète, vous fondez en larmes. Je coiffe la barrette, je monte au tribunal et je vous les relis en magistrat, votre indignation éclate. Ah ! les misérables ! Antagonisme des lois et des mœurs. Qui nous fera le vrai Code ? (Sujet d’article).

(Un autre.) Rien de plus logique que les sacrifices humains ou animaux pour apaiser les dieux ? Que font-ils donc eux-mêmes dans la nature, sinon l’œuvre permanente d’extermination universelle. Que de raison dans les religions sanglantes, mais que d’esprit dans l’anthropophagique !

Lundi 5 décembre. — Lu à nos amis C… le quatrième acte du Fracasse. Ils le gobent ou paraissent le gober. Pour les remercier, je les initie à L’Illusion comique du vieux Corneille, bouffonnerie shakespearienne, dans laquelle il y a un Matamore à l’italienne sans pair où Gautier a certainement accroché le sien. Étonnante aussi, en 1636, cette apologie du comédien qui termine la pièce :

Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes.

J’en accepte l’augure.

— Rencontré de Heredia chez Lemerre. Il a eu l’occasion de causer avec Porel qui, me dit-il, est rebelle à la forme versifiée du Fracasse. Diable, depuis quand ? — Il prétend que ton vers ne porte pas au théâtre.

— Où donc en a-t-il entendu puisqu’il n’était pas au Théâtre Libre, à la représentation de La Nuit Bergamasque, ma seule pièce en vers depuis mes débuts ? — Je ne sais pas, mais revêts ta cuirasse.

Sur les boulevards à la terrasse du Café Riche, j’avise Ranc et Paul Strauss en train de politiquer devant la « verte » démocratique. Ranc m’honore de sa sympathie, présent fort rare, un peu pour mes « Homme Masqué » du Voltaire, et surtout pour ma parenté d’alliance avec Théophile Gautier, car il est lui-même gautiériste ardent. Il me raconte que, en Suisse, pendant sa relégation, quand il y donnait des leçons pour vivre, il ne proposait que du Gautier à l’admiration de ses élèves. Je lui apprends que je transpose Le Capitaine Fracasse, pour la scène.

— Il y a commande, lui dis-je, c’est mon excuse. — De qui la commande ? — Du directeur même du Second Théâtre-Français. — Ranc me regarde, baisse le nez dans son absinthe et, après un instant de silence : — Connaissez-vous Castagnary ? — Peu. Pourquoi ? — Parce que vous aurez besoin de lui. — À quel titre ? — C’est le directeur des Beaux-Arts… et de l’Odéon. Et tirant l’une de ses cartes, l’Éminence Grise (c’est son épithète boulevardière) y crayonne quelques mots et me la donne. — Mais que savez-vous donc de cette affaire ? — Rien, prenez toujours. — Et mon inquiétude commence.

— Vingt pas plus loin Paul Lordon, un camarade de la presse, m’aborde allégrement et les mains tendues : — J’allais t’écrire, tu m’économises les trois sous. Je quitte Porel. Il est ravi de tes trois premiers actes. « Des vers charmants, m’a-t-il dit, et de vrais vers de théâtre, du Regnard ! » Je te rapporte ses propres paroles.

— Et enfin, au Figaro, où je vais porter à Magnard ma chronique (le canard de l’Élysée), Philippe Gille m’offre son entremise. Il est au mieux avec Porel et dîne avec lui le soir même. Il se charge de tout arranger. — Arranger tout quoi ? — Je croyais que tu savais. Il n’a pas l’intention de jouer ta pièce ou, pour mieux dire, il a celle de ne pas la jouer. — Et je rentre sur ces renseignements, la carte de Ranc dans ma poche.

Mardi 6 et mercredi 7. — Que faire ? D’abord terminer l’ouvrage. C’est un travail de deux nuits. Plus on fouette la toupie, mieux elle tourne. Allons-y, Muse, comme dit Alfred (de Musset).

Jeudi 8. — J’ai mis le mot fin ce matin au cinquième et dernier acte. Me voilà huilé pour la lutte à main plate. Je descends en ville, espérant retrouver Ranc au Café Riche. À son défaut, je m’en vais à Paul Lordon, attablé avec un ami dont le nom m’échappe, mais qu’il me présente comme neveu du peintre Bénédict Masson. Je rédige sous leurs yeux une lettre à Porel où je lui annonce l’achèvement de ma commande. Ils veulent bien contresigner comme témoins la copie que j’en adresse à M. Debry, mon agent aux Auteurs, et j’en jette moi-même l’original sous pli recommandé au bureau du Grand Hôtel. Va, petite flèche, dans les nuages !…

Vendredi 9. — Visite du baron Ramond, envoyé par Ziem. Le vieux brave homme de peintre ne se console pas que Théo n’ait pas de statue à Paris. Il voudrait que Le Figaro saisît l’opinion de cette injustice et il s’inscrit le premier pour une souscription. Je conte à mon visiteur le résultat de la démarche que j’ai faite, il y a quelques années, à ce sujet, auprès de Jules Ferry, alors ministre de l’Instruction Publique. — Voyons, monsieur, voyons, soyez raisonnable, m’objectait Son Excellence, ne demandez pas à la République d’exalter un bonapartiste ! — C’est à le devenir, avait été ma réponse. Que n’avais-je une carte de Ranc, car il y en a qui sont bêtes, en sus, chez Marianne.

Samedi 10. — On crie dans les rues la tentative d’assassinat sur Jules Ferry. L’assassin n’est pas un gautiériste. C’est un peintre en vitraux fanatisé par la presse socialiste. Oh ! la demi-instruction plus périlleuse cent fois que la totale ignorance, ou obscurantisme, style des meetings. Nous voilà menés par les contremaîtres. La sainte moyenne ! Il paraît que c’est elle qui fait les cathédrales ! Elle ne fait même pas les Halles.

— Passage Choiseul, Rouquette, le libraire bibliophile lancé par Victorien Sardou, me hèle pour me dire qu’il a acheté à Frinzine l’exemplaire unique, sur parchemin, d’Enguerrande ! Je lui en offre dix mille francs. Il accepte. — Oui, mais à cinq francs par mois. — Il refuse. — C’était pour le coter, souris-je. Les occasions de s’amuser sont rares.

Lemerre (même passage) attend toujours les illustrations de Willette pour mon recueil de contes, et celles aussi de Caran d’Ache pour le Livre d’Ariel, — La Lyre comique. Mais où est Caran d’Ache ? Là où est Willette, sur des branches dans la tempête. Quel drôle de pistolet, ce Caran d’Ache, qui s’appelle tout uniquement : Poiré, et dont le pseudonyme signifie : crayon, en russe. Je lui ai publié son premier dessin, sous son nom patronymique, dans La Vie Moderne. C’était Détaille qui l’avait accrédité. Puis Caran alla au Chat Noir, où il aida puissamment à la fortune du cabaretier gentilhomme.

Samedi 10. — Porel est muet. Porel est sourd. À moins que la poste ne se refuse à desservir l’Odéon. L’illimité même a des bornes.


II

Dimanche 11 décembre (1887). — Le courrier est passé. Rien ! Comme le docteur Faust, en vain j’interroge l’espace, la nature et le créateur. Le temps est noir sur l’Odéon. J’y lance de la télégraphie. Troisième roulement de tambour avant le combat, car je suis décidé à me battre, Gautier étant en cause en somme, autant et plus que moi peut-être.

— Gentille visite de José-Maria de Heredia. Il vient, et de lui-même, par sympathie confraternelle, me demander lecture de mon adaptation, curieux, me dit-il, de savoir comment j’ai pu m’en tirer. Sur les raisons que je lui expose qui m’ont déterminé à adopter la forme rimée, il m’approuve absolument. Le dialogue du livre doit rester descriptif, celui du théâtre est sentimental. La prose du roman de Gautier, si habilement découpée fût-elle, et par un d’Ennery même, n’eût rien rendu à la scène, et la trahison du chef-d’œuvre était double. Le vers seul sauvait tout. — Tu es un bon gendre, me dit Heredia, à présent voyons le poète. — L’excellent Heredia, toujours emballé, est en état lyrique permanent. L’alexandrin le grise. C’est à cela que je rends tout l’honneur de la joie sonore que lui cause la lecture, car il en jette trois cigares éteints et mâchurés. — Tu ne vas pas donner ça, je pense, à l’Odéon ? — Pourquoi donc ? — D’abord parce qu’il n’y a pas dans la troupe les diseurs de tes rimes. Ensuite… — Ensuite ?… — Rien, tiens-toi tranquille, mon petit Berge, laisse-toi faire, et à demain, à moins que je ne trouve pas Claretie chez lui ou au théâtre, et à après-demain alors. — J’ai fait observer à mon vieil ami qu’il allait perdre son temps, vu que non seulement je n’étais pas en bonne odeur chez Molière, mais encore que je me trouvais lié à Porel par la commande. — Porel ? Mais malheureux, il ne te jouera pas. Il n’y a, à Paris, que toi qui l’ignores. Et voilà ce que c’est que d’habiter aux Ternes. Provincial, va !

Brave Heredia, en voilà un qui ne l’est pas, « gendelettre », selon l’orthographe vengeresse de Balzac.

Dix heures du soir. Un télégramme. Il est du commandeur. Enfin ! — « Mais, mon cher Bergerat, cela peut durer longtemps ainsi. Vous m’annoncez un manuscrit. Où est le manuscrit ? — Porel. — P.-S. Je ne le veux que complet. »

Ah ! ce Ranc, quel diplomate ! Mais où est sa carte ? J’ai perdu sa carte pour Castagnary. Jusqu’à minuit je tourne et retourne mes vêtements, mes chapeaux et mes bottes. Point de carte de Ranc. Bah ! dormons, ma plume à trois becs me reste, et mon bon droit en qui j’ai confiance (Scribe).

Lundi 12 décembre. — À neuf heures et trente-deux minutes du matin, je sonne à la porte du directeur de l’Odéon, 10, rue de Babylone, retardé des trente-deux minutes par les funérailles de Mme Boucicaut qui se développent autour du Bon Marché et barrent la circulation. Tel est le paysage. J’ai sous le bras la pièce complète, recopiée par Pillot, rue Saint-Marc, et calligraphiée pour le théâtre, selon la norme et l’usage. Tel est le document. — Voici, dis-je. — Quoi ? me demanda-t-il. — Le Capitaine Fracasse, comédie en cinq actes et sept tableaux, d’après le roman que vous savez. Je vous dérange ? — Pourquoi ? — Parce que vous ne m’invitez pas à m’asseoir. — Je suis très occupé. Je ne vous attendais point. — Excusez-moi. — Mais comment donc !… Et j’ai remporté le rouleau.


Je ne transcrirai point ici la note prise ab irato sur cette entrevue qui, jusqu’au 29 avril 1903, soit pendant seize ans (Eheu, Postume, labuntur anni !) allait interrompre nos rapports sublunaires. À la relire dans sa précision phonographique de paroles magiquement dégelées, elle me rajeunit trop, et je n’ai plus l’embouchure du porte-voix. Oui certes, le lustre miroitant de la scène française m’en a fait voir de toutes les couleurs et je n’en laisse à personne, en qualité ni en quantité, pour les souffrances d’amour-propre, et d’autres, que l’artiste de lettres endure, a toujours endurées et endurera sans fin dans « le métier affreux ». Le pis c’est qu’il est ridicule. L’auteur est un comique. Le sympathique, c’est le directeur, c’est lui qui épouse la jeune fille. Encore une fois, jeunes gens, l’erreur est de se défendre. On ne lutte pas contre Denys dans Syracuse. Dans l’aventure symbolique de l’épée pendue au crin de cheval sur la tête de Damoclès, c’est le tyran qui est drôle, il a le bon bout de la farce. Je n’extrairai donc de mon mémorandum, à la date du 12 décembre 1887, que quelques mots philosophiques d’un dialogue orageux auquel les cloches du grand enterrement environnant prêtaient leur voix de bronze.


Moi : — Je n’aurais jamais eu l’idée de m’atteler à si dure, ingrate et périlleuse besogne, et la commande est de votre bonnet. Pourquoi ce choix — ou cet accueil ?

Lui : — Je reconnais votre valeur, soit, mais vous n’avez pas encore eu de succès au théâtre, par conséquent vous ne pouvez pas vous attendre à ce que l’on ait pour vous plus d’égards que pour les débutants.

Toute la théorie est là, et elle n’est que là. Elle donne raison à ceux qui, désabusés de la critique et certains de son impuissance, s’en remettent pour leur repos, à l’arrêt sarceyen de la recette. Le caissier du théâtre est le bon juge, étant le truchement de ce public devant lequel des Corneille, des Racine et des Molière se prosternent en leurs préfaces. Je n’avais pas encore eu de succès, je débutais toujours. Évidemment. Mais alors, mon cher Porel, pourquoi la commande ? Par amitié peut-être ? J’y songe aujourd’hui seulement.

Mais revenons à mes carnets.

J’ai dit que j’étais en crise belliqueuse et les notes qui suivent attestent d’une animosité dont la sincérité est l’excuse. Les adoucir serait mentir non seulement à l’intérêt rétroactif qu’elles peuvent avoir, mais à l’honneur de mon destin de Sisyphe, le lapidé modèle, l’homme le plus gai de son temps, qui jurait quelquefois s’il riait toujours, dit la fable.


Même date. — À onze heures, j’étais aux Beaux-Arts, rue de Valois, chez Castagnary, à qui je faisais, à défaut de celle de Ranc, passer ma carte. Je ne l’avais pas revu depuis le temps de la brasserie des Martyrs, entre 1864 et 1865, où il hantait avec la bande réaliste groupée autour de Gustave Courbet. C’était Castagnary qui, pour railler Jules Vallès de l’indigence de son vocabulaire, lui avait un jour jeté l’apostrophe fameuse : « Toi, hors des cent mots du vocabulaire de Racine, tu ne serais pas fichu d’écrire deux lignes de prose. »

— Il m’a reçu avec une vive cordialité, et sans la moindre pose. — Calmez-vous, me dit-il, allez déjeuner, et laissez-moi faire, j’ai l’Odéon dans mon écharpe. — Et il m’apprend qu’il vient de décorer Rodin pour ses étrennes. À la bonne heure. Aurions-nous un protecteur éclairé chez dame Marianne III ?

Je trouve en rentrant un mot d’Alexandre Dumas. Il m’attend demain matin, à dix heures et demie, chez lui. Que peut-il me vouloir ?

Au Figaro, Philippe Gille. — Que t’avais-je dit ? Et il me conseille de faire donner Halévy sur Claretie. Jules est Dieu et Ludovic est son prophète. Une pièce en vers comiques, ils n’en ont pas rue Richelieu, tu as des chances. Va voir Halévy. Je cours donc chez Halévy, rue de Douai, et je le trouve au moment où il sortait, avec Degas. Ils m’écoutent tous les deux en marchant, conter le double enterrement du matin, celui de Mme Roucicaut et le mien. Degas me dit qu’il m’envie ma définition de Bouguereau : « le Raphaël du Bon Marché, » qu’il tient de Nittis. Ça me flatte sans me consoler. Ludovic m’offre de porter mon Fracasse « fracassé » à Claretie. — Envoyez-moi le manuscrit, je le lirai la nuit et je le remettrai moi-même jeudi à l’administrateur. — Pourquoi la nuit ? — Parce qu’il ne dort plus, dit Degas, avec un geste de sollicitude.

Mardi 13. — Chez Dumas, à l’heure dite, car il aime l’exactitude. — Qu’est-ce, mon cher maître et ami ? — Voici. On vous embête trop… Ça devient corporatif. Donnez-moi la pièce. Je ne la lirai même pas. Je m’en charge. Rompez publiquement avec Porel d’abord. — Comment ? — Caliban vous le dira. Pour le reste, j’ai un tour au Français et je m’entendrai avec Claretie. Comment va-t-on chez vous ? Avez-vous besoin d’argent ?… Le voilà, ce Dumas que l’on débine ! J’en suis encore tout retourné. — Il me déclare en outre qu’il se considère comme atteint lui-même par la défection de Porel, attendu que je n’ai commencé mon travail qu’à la suite d’un engagement pris par lui, Porel, avec lui, Dumas, de me monter l’ouvrage cette saison théâtrale, et qu’il le certifiera devant la Commission.

J’avertis donc Halévy par dépêche de cette entrée en scène de Dumas et de sa marche sur Claretie. Il me répond illico que ce sont les dieux qui, en sa personne, interviennent et qu’il prendra la file derrière son illustre confrère.

Mardi 14. — Heredia m’adresse ce matin le billet qu’il a reçu avant de se coucher. Je le transcris pour ne pas le perdre si le vent l’emporte.

« Eh ! je sais bien que le Fracasse doit être curieux et savoureux. Mais il était à l’Odéon. J’ai des engagements maintenant pour des années, très sérieusement, et je ne puis pas lire une œuvre que j’aurais l’air ensuite d’avoir jugée, et peut-être condamnée, alors que seules les raisons administratives m’arrêteraient pour le moment. — Jules Claretie. — 14 décembre. »

« Un lapin blanc, apostille, Heredia, si tu comprends ! » — Je ne gagne pas le lapin blanc.

Je passe chez Dumas lui proposer l’énigme. — Ça ne fait rien, décide-t-il, demandez lecture et rompez avec Porel. — En route donc pour Le Figaro. En chemin je me heurte à Georges Charpentier, devant Tortoni. Il m’apprend que mon histoire court la ville et la cour et qu’on espère bien que, cette fois, Porel va écoper. Zola assure qu’il devient fou comme Gastibelza. Il a voulu lui retaper Thérèse Raquin. Il a gardé Renée six mois sans lui donner signe de vie, puis il est venu lui demander La Terre, que Zola lui a refusée net, sans phrases. — À toi Caliban, me jette Zizi. — Lui aussi, alors ?

Et j’entre chez Francis Magnard.

Ah ! nom d’une pipe, en voilà un qui ne l’aime pas, le satrape de l’Odéon ! — C’est votre tour alors ? Vous êtes en noble compagnie, et avec Coppée, c’est tout dire, car l’Académie même y passe. Ce qu’il doit à Coppée, qui est la bonté même et serviable comme le Petit Manteau bleu, on n’ose pas le dire, sa nomination, sa décoration et Severo Torelli, une petite fortune, n’est-ce pas ? Aussi vient-il de lui refuser une pièce, naturellement. Ne pensez-vous pas, Caliban, que l’indépendance du cœur est l’état de grâce et la grâce d’état du négoce, sans parler du mensonge, signe de vocation ? On dirait qu’elle leur tient lieu de tout et leur sert même de critérium artistique. Aussi, si vous la voulez, la tête de l’excellent Porel, prenez-la et servez-la-nous dans le plat d’or où vous jonglez avec les gemmes de vos néologismes.

Ma foi, c’était trop tentant. Sur un coin de table de la rédaction, j’ai écrit, en vingt lignes, la lettre de rupture, selon le conseil de Dumas. Elle contient le néologisme demandé par Magnard, une onomatopée assez drôle.


Cette onomatopée c’était : tripatouillage. Relevée et commentée le lendemain par Albert Millaud dans une de ses chroniquettes, elle fleurit aussitôt sur les bouches des hommes. Quant à la lettre, je n’en ai plus le texte, mais les chercheurs qu’elle intéresse la retrouveront à loisir dans le Larousse supplémentaire qui l’a recueillie à son ordre alphabétique, avec mon portrait, dieu me damne !


III

Jeudi 15 décembre (1887). — On vient de m’en raconter une bonne, celle du bateau de fleurs de L… et F… en plein Paris, sur la Seine. L… et F… sont des fumistes éminents qui, ayant remarqué que le Code Moral n’est pas promulgué, profitent de cette lacune de nos institutions. L’été dernier, dans les eaux d’Asnières, ces joyeux Mohicans de nos pampas sociales avisent un ravissant bateau de plaisance amarré à la berge et qui paraît abandonné. Ils s’informent. C’est un yacht en effet sans usage, destiné à faire le service de Paris au Havre sur le dos argenté de la Seine serpentueuse. Mais il est mal construit, raté, ne tient pas le courant, enfin il se délabre sur place, délaissé par le propriétaire. L’idée, la grande idée, l’idée chinoise, leur surgit entre les tempes. Ils visitent le yacht. Une installation admirable, un chef-d’œuvre d’ébénisterie, de confort moderne, de décoration artistique. En deux bonds, qui font quatre, les voilà chez le propriétaire qu’ils empaument par leur platine boulevardière. Il leur prête ou leur loue le bateau dont il ne fait rien, et qu’ils amènent place de la Concorde, frégate-école d’un nouveau genre, bain à quatre sous pour la police et bac de Cythère pour les poètes. La date immortelle de la prise de la Bastille sonne, comme d’elle-même, celle de l’inauguration aux invités, triés sur le volet, de la presse et de la haute cocotterie d’art, foule d’élite des deux sexes appelés à se confondre. Et voici qu’un homme vert se présente à la coupe du ponton d’amour. C’est un inspecteur fluvial. — De quel droit stationnez-vous ? Levez l’ancre et filez ! — Et le petit navire se lance sur le chemin qui marche. Au coin d’un viaduc, un autre homme vert sort des roseaux. — De quel droit naviguez-vous ? — C’est un autre gendarme du fleuve. — Où est votre constat de navigabilité. Amarrez, et plus vite que ça ! — Où sommes-nous ? — Devers Grenelle. — Et toute la fête décanille. — Rien à faire, dit L… à F…, dans ce cochon de pays ! — Quant au bateau de fleurs, sans fleurs, il est retourné au fil de l’eau, au port d’Asnières, s’y est raccroché tout seul à l’anneau, et il y verdoie.

— Visite de Mme M… et de Mlle T…, de Montluçon. Elles m’apportent des nouvelles des deux sœurs, les dernières des cinq, de mon père. Paralysie, première attaque. Hélas, les pauvres vieilles filles toutes seules là-bas, dans leur bicoque du faubourg Saint-Pierre, une ancienne chapelle désaffectée ! Elles voudraient nous voir, moi et les miens, avant de mourir. Nous irons, je le promets. Il paraît qu’elles se font lire mes chroniques du Figaro et qu’elles n’y comprennent rien du tout ; elles n’en sont que plus fières de leur neveu Émile.

— Lettre de Castagnary. Il a lavé la tête à son administré.

— Seconde lettre de Castagnary. L’administré récalcitre. Le sous-secrétaire m’attend demain à trois heures pour me communiquer la lettre de récalcitrance. Je ne suis pas fâché de la connaître.

— Visite de Philippe Gille. Il a lu le Fracasse sur le manuscrit d’Halévy. La pièce est très belle, mais trop touffue peut-être. Il dîne ce soir avec Porel, et il se fait fort d’arranger les choses, malgré la lettre parue ce matin au Figaro, grâce à elle peut-être ! Au théâtre une brouille est une réclame.

Vendredi 16. — Vu Castagnary à 4 heures. Il me dit qu’il est accablé de plaintes contre l’homme de l’Odéon. Le poil administratif a porté, mais Porel se plaint d’avoir été savonné sans être entendu. — Mettez-nous en présence, lui dis-je. D’ici là je vous enverrai les pièces du litige. — Avec un petit historique. — Entendu.

— Chez Ollendorff, qui me conte que, depuis la semonce reçue, il a vu Porel. Il était morose. Il a demandé à mon éditeur s’il lui donnait tort ou raison. — Tort, sans hésiter, et sur toute la ligne, a été la réponse.

— Apéritif à l’Américain avec Valdagne et un officier de marine, M. Desplas, lieutenant de vaisseau sur le Bayard, à Brest. Il m’offre ses services si mon fils (onze ans) persiste dans sa vocation d’amiral de France.

Samedi 17. — Je cours d’abord 98, avenue de Villiers. Dumas n’est pas chez lui, il fait répéter L’Affaire Clémenceau, comédie tirée par d’Artois de son roman… Alors chez Halévy, car je commence à douter de mon pauvre Fracasse et toute la nuit j’ai été hanté par des idées de retouches, faites avec Philippe Gille d’ailleurs. Ludovic trouve la pièce excellente et charmante. Sa principale objection porte sur le nombre de comédiens qu’elle nécessite. Une autre a trait à la rébellion du public contre les comédiens eux-mêmes portés en tant que comédiens à la scène. — Voyez Marion Delorme, me dit-il, un insuccès à toutes les reprises. Il croit enfin irréalisable le tableau de la mort de Matamore dans la neige. Il faudra le couper pour les Français, avec d’autres choses encore. Il attend que Dumas ait, le premier, vu Claretie pour venir à la rescousse.

— Chez le prince Roland, Cours-la-Reine. Il me prête des livres curieux et rares sur la Corse pour mon Voyage à l’île de Colomba. Un, entre autres, relatif à un séjour de Lord Byron à Corte, après un naufrage.

— Au Figaro. Philippe Gille a dîné, hier soir, avec Porel chez Hecq, chef de bureau à l’Instruction Publique. Jamais il n’a voulu croire, me dit-il, que la pièce fût réellement écrite et terminée. Il est convaincu que tu ne lui as porté qu’un rouleau de papier blanc, sauf peut-être l’acte et demi que tu lui as lu, chez toi, l’été dernier, villa Caliban, en Bretagne. Quand je l’ai assuré que je venais de la lire, il m’en a fait donner ma parole d’honneur. — Alors, a-t-il ajouté, dites-lui de ma part que je l’attends dimanche à l’Odéon pour en prendre connaissance. L’ouvrage est à moi ! Va-z-y. — Trop tard. Zola a raison, Porel est loufoque. — Entre Ignotus, qui me demande s’il est vrai que Théophile Gautier ne raturait jamais sa copie ? Comme je lui certifie le fait, il s’en va secouant la tête. Impossible, impossible ! — Brave Ignotissimus.

Sur les boulevards : Paul Arène, Clovis Hugues, Émile Blémont, Willette et le gros Isambert, l’ami de Gambetta, du Temps. Ils me font presque une ovation. Le tripatouillé !… le porelivore !… Clovis offre la tournée dans un café du passage Choiseul où il n’y a jamais personne et où on peut gueuler « comme à la Chambre ». Chacun a « son Porel » à raconter. Tous sont des malmenés de l’Odéon. — Une fois, dit Clovis, je vais lui lire mon Danton. À la fin du premier acte, il me remercie, se lève, me serre la main et refuse d’entendre le reste !… — Qu’as-tu fait ? — J’ai repris mon manuscrit et je lui ai crié, en poussant la porte : — Je m’appelle Clovis Hugues, député des Bouches-du-Rhône, et, partout où je suis, quand je dis de mes vers, on m’en redemande !… — Du reste ça ne se passera pas comme ça. Il l’attend au rapport du budget des Beaux-Arts et, là, il le servira au Parlement — et à la France ! — Et tous se déchaînent. Nous devons être ridicules, mais le café est désert, heureusement. Willette rigole et Isambert flagelle son herbe sainte.

Dimanche 18. — Ce matin, chez Alexandre Dumas, à onze heures. Il doute que la Comédie se risque à faire les frais de la pièce, très coûteuse à bien monter. C’est l’obstacle, ce sera le prétexte. Du reste c’est charmant, avec ces rimes étonnantes qui sonnent au bout des vers comme des clochettes d’argent. J’ai eu raison d’adopter la forme versifiée, car il n’y avait pas, à proprement parler, de pièce dans le roman de Gautier. En somme l’essai lui paraît très curieux à tenter aux Français, et il verra Claretie aujourd’hui même.

À propos de romans mis à la scène il me parle de son Affaire Clémenceau, adaptée par d’Artois et dont il mène les dernières répétitions au Vaudeville. Tout au théâtre est affaire de tour de main. C’est un métier d’escamoteur. Il y a dans Clémenceau un mot qui peut emporter la pièce, s’il est mal présenté ou mal dit. La femme n’a jamais aimé que son mari en somme, et il vient pour la tuer. Elle est entretenue par un roi quelconque, il l’apprend et veut en finir. — Non, lui crie-t-elle, reste-moi tout de même. Tu me laisseras à ma vie dévergondée, nous divorcerons. Seulement, tu auras les clefs et tu me garderas comme maîtresse. Le malheureux mari, affolé d’amour, finit par consentir au partage affreux qui du moins la lui laisse. — Eh bien, soit, et à ce soir. — Oh ! non, ce soir… ce soir… je ne peux pas ! — Si ça passe, dit Dumas, et j’y compte, l’ouvrage est sauvé, et j’en serai bien content pour votre ami Armand d’Artois.

Il me conte encore que le type d’Ida Clémenceau lui a été posé par Mme Pradier dont il me montre le portrait dans sa chambre à coucher et qu’il a acheté à je ne sais plus quelle vente, celle, je crois, de la Guimont. La femme est superbe, avec sa carnation opulente et ses yeux voluptueusement demi-clos. Elle n’avait aucun sentiment de la pudeur moderne et chrétienne. Elle nageait absolument nue dans la Seine et passait sous les trains de bois comme une sirène antique. Il est vrai, fait-il en riant, qu’elle était faite au moule et qu’elle le savait, car tout est là.

— J’amène Willette dîner à la maison pour l’illustration des Contes chez Lemerre. Pendant toute la course en fiacre, il est dans un état de véritable angoisse. Il a peur en voiture, dans toutes les voitures, et jamais il ne se livre aux caprices des chevaux, aveuglés par les œillères. Il a ouvert toutes les vitres du fiacre, et il s’accroche des deux mains aux portières. — Ouf, sauvés ! soupire-t-il à l’arrivée.

Lundi 19. — Visite à Charles Lamoureux pour la partition que A… C… a écrite sur Enguerrande. Il en a pris connaissance, il la fera exécuter à son concert, l’un des jeudis qu’il va consacrer aux jeunes. Ah ! s’il avait la subvention de dix mille francs que l’État faisait à Pasdeloup ! En attendant il compte pour le 1er de l’an sur la rosette que Spuller lui a promise le 14 juillet dernier.

— Rue de Valois, aux Beaux-Arts. Roger Marx me dit que Porel a refusé de comparoir devant Castagnary. — Et alors ? — Alors c’est fini.

— Répétition générale de L’Affaire Clémenceau. Le pauvre d’Artois a perdu, le matin même, sa sœur qu’il adorait. Qu’est-ce que les succès, et même les fours, auprès de pareilles douleurs ?

Mardi 20. — Journée de copie.

Mercredi 21. — La grande climatérique de la vie humaine, en biologie, c’est la soixante-troisième année. Ce neuvième multiple de 7 nous sonne l’angélus de la vieillesse. Il est sage alors de s’asseoir au seuil de sa maison et de regarder les fumées du village s’enrouler autour des nuées que le crépuscule colore. À l’exception de quelques rares phénomènes d’hypervitalité, la nature ne nous soutient pas plus longtemps et le neuvième multiple est sa bonne mesure. Au-delà elle nous épargne seulement, ou, ce qui est plus triste encore, nous oublie. Je n’ai déjà plus que 21 ans à travailler avant de passer aux ganaches. Porel m’y précédera de deux ans. Le voilà, le châtiment.

Jeudi 22. — Claretie m’écrit qu’il me prie d’attendre pour causer du Fracasse, qu’il ait terminé ses comptes de fin d’année.

Édouard Lockroy qui est, comme dit Cladel, « Celui » de l’Instruction Publique, me mande au ministère. J’y cours. — Mon cher ami, me dit-il, Porel est surtout un maladroit, mais je ne peux rien sur lui. L’Odéon est une sorte de gouvernement d’Algérie. Il dépend des Colonies. Mais ce que je peux faire, c’est de vous décorer. J’ai une croix, la voulez-vous ? Ce sera pour vos étrennes.

Et ici s’arrêtent mes notes d’agenda sur cette première période de l’histoire du Fracasse, dite : le chemin de la croix par ceux qui m’aiment.