Souvenirs et Correspondance (Dreyfus)/02/00
AVANT-PROPOS
Dans un ouvrage paru en 1901[1], et qui reste l’une des œuvres les plus émouvantes de notre temps, le capitaine Dreyfus évoqua les tragiques années de son martyre.
Libéré au lendemain du procès de Rennes, il reçut alors du monde entier et de la majorité des Français, de nombreux témoignages de sympathie et d’admiration. Mais si tous lui affirmaient qu’il était entièrement réhabilité aux yeux des honnêtes gens, il se trouvait encore légalement dans la situation d’un coupable. Et cela, il ne pouvait le supporter. Il lui fallait que son nom, le nom de ses enfants, soit lavé de la tache qui le souillait ; il n’acceptait pas de vivre s’il n’avait pas tout son honneur.
Les pages qui vont suivre, et qui sont extraites de ses souvenirs inédits, relatent l’immense effort qu’il dut accomplir pour obtenir enfin la reconnaissance légale de son innocence.
Les luttes passionnées qui illustrèrent les années 1894 à 1899 étaient terminées. Mais le drame était toujours aussi poignant qui obligea le capitaine Dreyfus à poursuivre pendant six longues années, sans un instant de répit, ce qui était dorénavant le but unique de sa vie : obtenir sa réhabilitation.
Et dans son extrême simplicité, le récit de cette période qui dura de 1899 à 1906 constitue un document particulièrement émouvant.
- ↑ Cinq années de ma vie. — Fasquelle, éditeur.