Aller au contenu

Souvenirs poétiques de l’école romantique/LACHAMBEAUDIE

Souvenirs poétiques de l’école romantique, Laplace, Sanchez et Cie, libraires-éditeurs,  (p. 271).

LACHAMBEAUDIE (Pierre)

Un des rares fabulistes de ce temps-ci. Viennet faisait ses fables, « genre où j’excelle », disait-il modestement, pour le monde et pour l’Académie ; Lachambeaudie a fait les siennes pour le peuple. Aussi peu modeste d’ailleurs que son académique confrère, il aimait à se laisser appeler : « le Béranger de l’Apologue. »

Fils de paysans des environs de Sarlat, dans le Périgord, il se dut tout à lui-même : certaines connaissances en calcul qui le firent admettre comme teneur de livres chez un négociant ; une belle écriture qui lui permit d’entrer dans un bureau du chemin de Roanne ; et même tout ce qu’il fallait de style pour travailler dans un journal : les Échos de la Loire. Malheureusement, comme il arrive pour les éducations incomplètes, les utopies vinrent gâter son demi-savoir.

Il se fit saint-simonien, rue Monsigny et à Belleville, et n’aurait su comment se libérer de cette école de liberté, si le père Enfantin ne lui eût fourni les moyens de publier le recueil de fables, que depuis longues années il élaborait une à une.

De cette publication, qui date de 1839, vinrent sa réputation et le peu qu’il eut d’aisance. En dix ans, sept éditions se succédèrent, avec l’honorable appoint de 2,000 francs — le prix de Maillé — à l’Académie française.

La révolution de Février le remit en fièvre d’utopie sociale. Il se fit Blanquiste acharné, fut arrêté, interné sur le vaisseau le Duglesclin, et il était tout près de partir pour Cayenne, quand M. de Persigny, son ancien collaborateur des Échos de la Loire, fit commuer pour lui la déportation en simple exil. Il se retira à Bruxelles où ses Fables, quelques romances, un recueil de poésies, les Fleurs de Villemomble, publié en 1861, l’aidèrent à vivre.

Il est mort à Paris depuis la guerre.

Nous avons choisi dans ses fables celles dont la morale se ressent le moins des opinions du fabuliste.