Différences entre les versions de « Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome II.djvu/235 »

Aller à la navigation Aller à la recherche
 
État de la page (Qualité des pages)État de la page (Qualité des pages)
-
Page corrigée
+
Page validée
En-tête (noinclude) :En-tête (noinclude) :
Ligne 1 : Ligne 1 :
{{nr||QU’UN PRÊTRE ET UN PHILOSOPHE…|211}}
Contenu (par transclusion) :Contenu (par transclusion) :
Ligne 3 : Ligne 3 :
— Vous faites là un beau métier ! reprit l’archidiacre.
— Vous faites là un beau métier ! reprit l’archidiacre.


— Je conviens, mon maître, qu’il vaut mieux philosopher et poétiser, souffler la flamme dans le fourneau ou la recevoir du ciel, que de porter des chats sur le pavois. Aussi quand vous m’avez apostrophé ai-je été aussi sot qu’un âne devant un tourne-broche. Mais que voulez-vous, messire ? il faut vivre tous les jours, et les plus beaux vers alexandrins ne valent pas sous la dent un morceau de fromage de Brie. Or, j’ai fait pour madame Marguerite de Flandre ce fameux épithalame que vous savez, et la ville ne me le paie pas, sous prétexte qu’il n’était pas excellent, comme si l’on pouvait donner pour quatre écus une tragédie de Sophoclès. J’allais donc mourir de faim. Heureusement je me suis trouvé un peu fort du côté de la mâchoire, et je lui ai dit à cette mâchoire : — Fais des tours de force et d’équilibre, nourris-toi toi-même. ''Ale te ipsam''. Un tas de gueux, qui sont devenus mes bons amis, m’ont appris vingt sortes de tours herculéens, et maintenant je donne tous les soirs à mes dents le pain qu’elles ont gagné dans la journée à la sueur de mon front. Après tout, ''concedo'', je concède que c’est un triste emploi de mes facultés intellectuelles, et que l’homme n’est pas fait pour passer sa vie à tambouriner et à mordre des chaises. Mais, révérend maître, il ne suffit pas de passer sa vie, il faut la gagner.
— Je conviens, mon maître, qu’il vaut mieux philosopher et poétiser, souffler la flamme dans le fourneau ou la recevoir du ciel, que de porter des chats sur le pavois. Aussi quand vous m’avez apostrophé ai-je été aussi sot qu’un âne devant un tourne-broche. Mais que voulez-vous, messire ? il faut vivre tous les jours, et les plus beaux vers alexandrins ne valent pas sous la dent un morceau de fromage de Brie. Or, j’ai fait pour madame Marguerite de Flandre ce fameux épithalame que vous savez, et la ville ne me le paie pas, sous prétexte qu’il n’était pas excellent, comme si l’on pouvait donner pour quatre écus une tragédie de Sophoclès. J’allais donc mourir de faim. Heureusement je me suis trouvé un peu fort du côté de la mâchoire, et je lui ai dit à cette mâchoire : — Fais des tours de force et d’équilibre, nourris-toi toi-même. ''{{lang|la|Ale te ipsam}}''. Un tas de gueux, qui sont devenus mes bons amis, m’ont appris vingt sortes de tours herculéens, et maintenant je donne tous les soirs à mes dents le pain qu’elles ont gagné dans la journée à la sueur de mon front. Après tout, ''{{lang|la|concedo}}'', je concède que c’est un triste emploi de mes facultés intellectuelles, et que l’homme n’est pas fait pour passer sa vie à tambouriner et à mordre des chaises. Mais, révérend maître, il ne suffit pas de passer sa vie, il faut la gagner.


Dom Claude écoutait en silence. Tout à coup son œil enfoncé prit une telle expression sagace et pénétrante que Gringoire se sentit pour ainsi dire fouillé jusqu’au fond de l’âme par ce regard.
Dom Claude écoutait en silence. Tout à coup son œil enfoncé prit une telle expression sagace et pénétrante que Gringoire se sentit pour ainsi dire fouillé jusqu’au fond de l’âme par ce regard.
64 572

modifications

Menu de navigation