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Sur la mort de Pouchkine

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Sur la mort de Pouchkine
Traduction par Marina Tsvetaïeva.
Дом музей Марины Цветаевой, Бослен, Институт ПереводаВ лучах рабочей лампы, собрание поэтических переводов (p. 144-145).

SUR LA MORT DE POUCHKINE

Sous une vile calomnie —
Tombé, l’esclave de l’honneur !
Plein de vengeance inassouvie
Du plomb au sein, la haine au cœur.

Ne put souffrir ce cœur unique
Les viles trames d’ici-bas,
Il se dressa contre la clique.
Seul il vécut — seul il tomba.

Tué ! Ni larmes, ni louanges
Ne ressuscitent du tombeau.
Tous vos regrets — plus rien n’y change,
Pour lui le grand débat est clos.

Un noble don vous pourchassâtes —
Unique sous le firmament  !
Incendiaires qui soufflâtes
Sans trêve sur le feu dormant.

Tu as vaincu, humaine lie !
Triomphe ! Ton succès est beau :
À terre le divin génie,
À terre le divin flambeau !

Son assassin avec aisance
Visa — et le destin parla.
Le vide cœur bat en cadence
Et l’arme ne bronchera pas.

Qui est-ce ? Un maître de l’astuce,
Pas autre chose qu’un fuyard,
Chercheur de titre. Par hasard
Il est venu en terre russe.

Est plein d’un souriant dédain
Pour nos statuts et nos coutumes —
Qu’a-t-il compris à sa victime ?
A-t-il compris quelle sublime
Merveille détruisait sa main ?

..............................

Et vous, seigneurs à l’âme basse,
De tristes pères tristes rejetons,
Vous dont l’orgueil insolemment terrasse
Les nobles au grand cœur, les pauvres au grand nom,


Vous, foule de mendiants sur l’escalier du trône
Serviles assassins et orgueilleux valets,
La loi vous couvre, la rumeur vous prône,
Tout tremble devant vous, tout ploie et tout se tait.

Il est un jugement de Dieu. Ô gent mauvaise,
Je te le dis : — il est
Un juge dans les cieux. Il note, et trace, et pèse
Nos pas, et dits, et faits.

Dieu jugera, vos crimes et vos trames
Dira — et lèvera son bras.
Mais ne pourra laver tout votre sang infâme,
Le sang du juste qui tomba.

Original : 28 janvier — 7 février 1837.
Traduction : 16-19 août 1939.