Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/Texte entier

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Avertissement.

Nous avons une foule de dictionnaires portatifs ſur toutes les ſciences, ſur les arts, & même ſur des objets frivoles. Dans le ſiecle où nous vivons l’on a travaillé de toutes parts à ſimplifier les connoisſances, à les rendre plus faciles & plus compendieuſes, à les mettre à la portée de tout le monde ; cependant juſqu’à préſent on n’avoit point encore tenté de faire la même choſe pour la Théologie ; quoiqu’on l’ait préſentée quelque-fois au public ſous une forme très-abrégée, elle n’en étoit pas devenue beaucoup plus claire pour cela ; au contraire cette ſcience divine n’en a ſouvent paru que plus embrouillée, & malgré ces ſecours les perſonnes qui s’en occupoient les plus ſérieuſement, qui en parloient le plus, qui ſe montroient les plus zêlées pour elle, n’en ont pas toujours eû des idées bien claires & bien diſtinctes.

C’eſt pour remédier à ces inconvéniens que l’on publie cet Ouvrage, qui peut être regardé comme un Manuel, un Vade mecum Théologique, ou, ſi l’on veut, comme une Théologie de poche, dans laquelle chacun trouvera très-promtement la ſolution de toutes les difficultés qui pourroient sélever ſur cette importante matiere. A l’aide de ce petit dictonnaire les grands & les petits, les perſonnes éclairées ainſi que les plus ſimples, les femmes mêmes, ſeront en état de parler pertinemment d’un grand nombre de queſtions, qui juſqu’ici ne s’ètoient montré qu’environnées de nuages.

On eſpere donc que ce travail, qui n’eſt qu’une tentative, ſera reçu favorablement du public, méritera ſur-tout l’approbation du Clergé, qui y trouvera tous ſes droits établis ſur une baze inébranlable. En effet ſi ce dictionnaire ſe diſtingue par quelqu’endroit, c’eſt par ſon enchaînement & par la liaiſon des matieres ; au premier coup d’œil chacun demeurera convaincu que toutes les vérités Théologiques ſont liées ; il verra qu’elles partent du Clergé comme d’un centre commun, dans lequel elles finiſſent toujours par rentrer necéfſairement. On ſentira que toutes les parties de la Religion ſe prêtent des ſecours mutuels, d’où réſulte un enchaînement complet de vérités qui ſe donnent un appui réciproque. En un mot on s’appercevra ſans peine que les Théologiens font la Religion & que la Religion n’a jamais que les Théologiens pour objet. Syſtême vraiment céleſte & dont jamais rien ſur la terre ne peut altérer la ſolidité ! Ce principe ſécond & lumineux ſe trouvera ſur-tout établi dans le diſcours préliminaire, & tous les articles du dictionnaire ne feront que le développer.


⋅⋅⋅⋅⋅⋅tantum ſeries juncturaque pollet.

Discours préliminaire.

Conſtitues eos principes ſuper omnem terram.


Vous les établirez pour commander à toute la terre.
Pſeaume 44. v. 17.

Toute peine vaut ſalaire. Les loix de l’équité demandent que dans une nation les citoyens ſoient récompenſés ou punis à proportion des avantages qu’ils procurent ou des maux qu’ils font à leurs concitoyens. L’intérêt général exige que les hommes les plus utiles ſoyent les plus conſidérés ; que ceux qui ſont inutiles ſoyent honnis & mépriſés, que ceux qui ſont dangereux ſoyent déteſtés & châtiés. C’eſt ſur ces principes évidens que nous devons régler nos jugemens. Les rangs, les prérogatives, les honneurs, les richeſſes sont des récompenſes que la Société, ou ceux qui la repréſentent, décernent aux perſonnes qui lui rendent les plus importants ſervices, ou dont elle a le plus de beſoin : ſi la Société ſe trompoit là-deſſus, ſi elle accumuloit les marques de ſa reconnoiſſance ſur des perſonnes indignes, inutiles ou dangereuſes, elle ſe nuiroit à elle-même, & ſa conduite extravagante viendroit infailliblement de quelqu’opinion fauſſe ou de quelque préjugé.

Ces principes ſont de nature à n’être conteſtés par perſonne. Ils ſont ſuivis dans toutes les nations, qui par les avantages qu’elles accordent ſemblent reconnoître toujours les avantages qu’elles recoivent elles-mêmes, ou du moins qu’elles attendent. Elles rendent leurs hommages aux Souverains, elles leur confient un pouvoir plus ou moins étendu, elles leur accordent des revenus & des ſubſides, parce qu’elles les regardent comme les ſources du bonheur national, parce qu’elles veulent les dédommager des ſoins pénibles du gouvernement. Elles honorent les nobles & les grands parce qu’elles les regardent comme les défenſeurs de l’Etat, comme des citoyens plus éclairés que les autres & capables de les guider en aidant le Souverain dans les travaux de l’adminiſtration. Enfin ces nations montrent la vénération la plus profonde aux Prêtres, parce qu’elles les regardent, avec raiſon, comme un ordre d’hommes choiſis par la Divinité même pour guider les autres dans la voye du ſalut, qui doit être l’objet des plus ardents deſirs des peuples, lorſqu’ils ſont aſſez ſages pour ſentir la préférence que méritent les biens éternels & durables ſur les biens temporels & périſſables de ce monde, qui n’eſt qu’un paſſage pour arriver à une vie beaucoup meilleure.

La Religion eſt un des plus grands mobiles des hommes. Les fauſſes Religions, qui ſont l’ouvrage de l’impoſture, partagent avec la vraye, qui eſt l’ouvrage de la Divinité, le droit de faire des impreſſions vives & profondes ſur l’eſprit des nations. Pénétrés de reſpect pour une Divinité toujours incompréhenſible, agités de craintes & d’eſpérances, en un mot religieux, tous les peuples de la terre ont regardé les Prêtres comme les plus utiles des hommes, comme ceux dont les lumières & les ſecours leur étoient les plus néceſſaires ; en conſéquence dans tout pays le Clergé conſtitua toujours le premier ordre de l’Etat ; il fut en droit de commander à tous les autres, il jouit des plus grands honneurs, il fut comblé de richeſſes, il eut un pouvoir ſupérieur même à celui des Souverains, qui furent en tout tems obligés de fléchir le genou devant les Miniſtres des Puiſſances inconnues qui recevoient les adorations des peuples.

Preſqu’en tout tems & par-tout les Prêtres ont été les maîtres des Rois ; loin que le pouvoir ſouverain s’étendît ſur les Miniſtres du Ciel, il fut obligé de lui céder ; les Prêtres jouîrent de la grandeur, de la conſidération, de l’impunité. Souvent ils juſtifierent leurs excès par les volontés des Dieux, qui furent eux-mêmes à leurs ordres ; en un mot le Ciel & la Terre furent forcés de leur obéir, & les Souverains ne trouverent d’autre moyen d’exercer l’autorité qui leur avoit été confiée, qu’en ſe ſoumettant eux-mêmes à l’autorité plus redoutable des Miniſtres des Dieux.

Les Prêtres des Religions fauſſes que nous voyons répandues ſur la terre jouiſſent donc, ainſi que les Prêtres de la vraye Religion, du pouvoir le plus illimité. Tout eſt bien reçu par les peuples, quand il eſt merveilleux ou lorſqu’il vient de la Divinité ; ils n’examinent jamais rien d’après leurs Prêtres, qui ſont partout accoutumés à commander à leur raiſon & à ſubjuguer leur entendement. Ne ſoyons donc point ſurpris ſi nous voyons par-tout le Sacerdoce jouir de privileges immenses, de richeſſes inépuiſables, d’une autorité toujours reſpectée, enfin du pouvoir même de mal faire ſans en être puni. Nous le voyons en tout pays préſcrire des rites, des uſages, des cérémonies quelquefois bizarres, inhumaines, déraiſonnables : nous le voyons tirer parti d’une foule d’inventions que ſur ſa parole l’on regarde toujours comme divines. Les Prêtres ont ſacrifié des hommes preſqu’en tout pays. Il falloit rendre les Dieux terribles pour que leurs Miniſtres fuſſent & plus reſpectés & mieux récompenſés. Ils ont introduit des uſages religieux utiles à leurs plaiſirs, à leur avarice & à leurs passions ; enfin ils ont commis des crimes aux yeux des peuples, qui ſous le charme où ils étaient, bien loin de les punir, leur ont ſû gré de leur excès & ſe ſont imaginé que le ciel leur deviendroit plus propice à meſure que leurs Prêtres ſeroient plus criminels.

Chez les Phéniciens Moloch demandoi qu’on lui ſacrifiât des enfans. On lui faiſoit des ſacrifices ſemblables chez les Carthaginois ; la Déeſſe de la Tauride vouloit qu’on lui immolât les étrangers ; le Dieu des Mexicains exigeoit des milliers de victimes humaines ; les Druïdes chez les Celtes ſacrifioient les priſonniers de guerre. Le Dieu de Mahomet vouloit qu’on étendît ſa Religion par le fer & par le feu, & par conſéquent exigeoit qu’on lui ſacrifiât des nations entieres. Enfin les Prêtres du Dieu vivant ont, comme de raiſon, plus fait périr d’hommes pour l’appaiſer, que les Prêtres de toutes les nations enſemble n’en ont jamais immolé.

En effet, ce qui eſt abus & crime dans les fauſſes Religions devient légitime & ſaint dans la vraye Religion. Le Dieu que nous adorons eſt, ſans doute, plus grand & ne doit pas être moins redoutable que les faux Dieux des Payens ; ſes Prêtres ne doivent être ni moins reſpectés ni moins récompenſés que les leurs. En conſéquence nous voyons que les Ministres de Jéhovah, ſans s’amuſer à fouiller dans les entrailles de quelques victimes, ſoit d’hommes ſoit d’animaux, ont tout d’un coup fait égorger des villes, des Armées, des nations, en l’honneur de la vraye Divinité ; ce fut, ſans doute, pour prouver ſa ſupériorité & pour nous pénétrer du ſaint reſpect qui eſt dû à ſes Ministres. Ainſi loin de leur faire un crime de ces ſacrifices nombreux qu’ils ont faits ou cauſés ſur la terre, ils doivent nous inſpirer de hautes idées de notre Dieu : loin de les blâmer de ces ſaintes perſécutions, de ces ſaintes boucheries, de ces ſupplices inouis, qui paroiſſent des atrocités & des crimes à des yeux prévenus, nous devons leur en ſavoir gré, nous devons admirer les notions merveilleuſes & ſublimes qu’ils nous donnent de notre Dieu ; nous devons redoubler de ſoumiſſion pour ſes Ministres qui nous apprennent ſa grandeur & qui font de ſi grandes choſes pour lui plaire. Il eſt vrai que l’humanité rebelle peut quelquefois ſe révolter contre des pratiques que la nature & la raison déſapprouvent, mais nous ſavons que la nature eſt corrompue & que la raiſon nous trompe ; la foi ſeule nous ſuffit, & avec de la foi nos Prêtres n’ont jamais tort.

C’eſt donc par les yeux de la foi que nous devons conſidérer les actions de nos Prêtres & alors nous trouverons toujours que leur conduite eſt juſte, & que celle qui paroît criminelle ou déraiſonnable eſt ſouvent l’effet d’une ſageſſe profonde, d’une politique prudente, & doit être approuvée par la Divinité, qui ne juge point des choſes comme les foibles mortels. En un mot avec beaucoup de foi nous ne verrons jamais dans les actions du Clergé rien qui puiſſe nous ſcandaliser. Celà poſé, il nous ſera facile de juſtifier nos Prêtres & nos Evêques des prétendus excès que leur reprochent des hommes profanes & ſuperficiels, ou des impies qui manquent de foi. On les accuſe ſouvent d’une ambition, démeſurée ; on parle avec indignation des entrepriſes du Sacerdoce contre la puiſſance civile ; on eſt révolté de l’orgueil de ces Pontifes qui s’arrogent le droit de commander aux Souverains eux-mêmes, de les dépoſer, de les priver de la Couronne. Mais au fond eſt-il rien de plus légitime ? Les Princes ainſi que leurs Sujets ne ſont-ils pas ſoumis à l’Egliſe ? Les repréſentans des nations ne doivent-ils point céder aux repréſentans de la divinité ? Est-il quelqu’un ſur la terre qui puiſſe le diſputer à ceux qui ſont les dépoſitaires de la puiſſance du Très-Haut ?

Rien n’eſt donc mieux fondé aux yeux d’un Chrétien rempli de foi que les prétentions du Sacerdoce. Rien n’eſt plus criminel que de réſiſter aux ministres du Seigneur ; rien n’eſt plus préſomptueux que de vouloir ſe placer ſur la même ligne qu’eux ; rien de plus téméraire que de prétendre les juger ou ſoumettre des hommes tout divins à des loix humaines. Les Prêtres ſont ſous la juriſdiction de Dieu, & comme ce ſont eux qui ſont chargés de l’exercer, il s’enſuit que les Prêtres ne peuvent être ſoumis qu’aux Prêtres.

Les relations de quelques voyageurs nous apprennent que ſur la Côte de Guinée les Rois ſont obligés de ſubir une cérémonie ſacerdotale néceſſaire à leur inauguration, & ſans laquelle les peuples ne reconnoîtroient pas leur autorité. Le Prince ſe met à terre, tandis que le Pontife lui marche ſur le ventre & lui met le pied ſur la gorge, en lui faiſant jurer qu’il ſera toujours obéiſſant au Clergé.

Si le Pontife d’un miſérable Fétiche exerce un droit ſi honorable, à plus forte raiſon quel doit être le pouvoir du Souverain Pontife des Chrétiens, qui eſt le Vicaire de Jéſus-Chriſt en terre, le repréſentant du Dieu de l’univers, le Vice-gérent du Roi des Rois.

Tout homme bien pénétré de la grandeur de ſon Dieu, doit être pénétré de la grandeur de ſes Prêtres ; autant vaudroit-il nier l’exiſtence de ce Dieu que de refuſer les hommages qui ſont dus à ſes Miniſtres ; celui qui déſobéit aux Miniſtres, chargés par un Monarque d’exercer ſon autorité, eſt, ſans doute, un rebelle qui réſiſte au Monarque lui-même. L’on voit donc que rien ne doit être plus grand ſur la terre qu’un Prêtre, qu’un Moine, qu’un Capucin, & que les Princes des Prêtres ſont les plus grands des mortels. Le Curé eſt toujours le premier homme de ſon village, & le Pape eſt, ſans contredit, le premier homme du monde.

Le ſalut eſt la ſeule choſe nécéſſaire ; nous ne ſommes en ce monde que pour l’opérer avec crainte & tremblement, nous devons craindre Dieu & trembler devant ſes Prêtres ; ils ſont les maîtres du Ciel, ils en poſſèdent les clefs, ils ſavent ſeuls le chemin qui y mene ; d’où il ſuit évidemment que nous devons leur obéir préférablement à ces Rois de la terre, dont le pouvoir ne s’étend que ſur les corps, tandis que celui des Prêtres s’étend bien au-delà des bornes de cette vie. Que dis-je ! Si les Rois eux-mêmes ont, comme ils doivent, le deſir de ſe ſauver, il faut qu’ils ſe laiſſent aveuglément conduire par les guides & les Pilotes ſpirituels, qui ſeuls ſont en état de procurer le bonheur éternel à ceux qui ſe montrent dociles à leurs leçons. Il ſuit de là que les Princes qui manquent de docilité à leurs Prêtres manquent indubitablement de foi, & peuvent par leur exemple anéantir la foi dans l’eſprit de leurs ſujets. Mais comme ſans foi il eſt impoſſible de ſe ſauver, & comme la plus importante des choſes eſt de ſe ſauver, on doit en conclure que c’eſt au Clergé à voir ce qu’il faut faire des Princes qui ſont indociles ou ſans foi ; ſouvent il trouve qu’oportet unum mori pro populo, doctrine très-déplaiſante pour les Rois, très-nuiſible à la Société, mais dont les Jéſuites aſſûrent que l’Egliſe doit très-bien ſe trouver, & que le très-Saint Pere n’a jamais eu le courage de condamner.

On voit donc que les Princes ſont en conſcience & par intérêt obligés d’être toujours ſoumis au Clergé ; les Souverains n’ont de l’autorité dans ce monde que pour que l’Egliſe proſpere : l’Etat ne pourroit être heureux ſi les Prêtres n’étoient contens ; c’eſt, comme on ſait, de ces Prêtres que dépend le bonheur éternel, qui doit bien plus intéreſſer les Princes eux-mêmes que celui d’ici bas. Ainſi leur autorité doit être ſubordonnée à celle des Prêtres qui ſavent ſeuls ce qu’il faut faire pour arriver à la gloire. Le Souverain ne doit donc être que l’exécuteur des volontés du Clergé, qui n’eſt lui-même que l’organe des volontés divines. Cela poſé, le Prince ne remplit ſon devoir & ne doit être obéi que quand il obéit à Dieu, c’eſt-à-dire, à ſes Prêtres ; dès que ceux-ci le jugent néceſſaire au bien de la Religion il eſt de ſon devoir de tourmenter, de perſécuter, de bannir, de brûler ceux de ſes ſujets qui ne travaillent point à leur ſalut, qui ſont hors du chemin qui y conduit, ou qui peuvent contribuer à égarer les autres.

En effet tout eſt permis pour le ſalut des hommes ; rien de plus légitime que de faire périr le corps pour rendre l’ame heureuſe ; rien de plus avantageux à la politique Chrétienne que d’exterminer de vils mortels qui mettent obſtacle aux ſaintes vues des Prêtres. Ainſi loin de reprocher à ceux-ci les cruautés ſalutaires qu’ils ont ſouvent employées pour ramener les eſprits, on auroit dû leur permettre de redoubler, s’il eſt poſſible, ou du moins de rendre plus durables les rigueurs qu’ils font éprouver aux Mécréants ; cela leur rendroit, ſans doute, plus aimable la Religion qu’on veut leur faire embraſſer. Celui qui découvriroit un moyen de rendre les ſupplices des hérétiques plus longs & plus douloureux, ferait, ſans doute un grand bien à leurs ames, & mériteroit très-bien de l’Egliſe & de ſes Miniſtres. Ainſi loin de blâmer la ſévérité que les Miniſtres de la Religion exercent ou font exercer par le bras ſéculier, c’eſt-à-dire, par les Princes, les Magiſtrats & les Bourreaux ſur ceux qu’ils ont deſſein de ramener au giron de l’Egliſe, un bon Chrétien devroit ſeconder leur zêle charitable & imaginer de nouveaux moyens, plus efficaces que les anciens, pour déraciner les erreurs & pour ſauver les ames.

Que l’on ceſſe donc de reprocher à l’Egliſe ſes perſécutions, ſes exils, ſes priſons, ſes Lettres de cachet, ſes tortures, ſes bûchers. Plaignons-nous au contraire en voyant que toutes ces ſaintes rigueurs, employées dans tous les ſiecles, n’ont point eu l’effet deſiré. Tâchons de découvrir quelques moyens plus ſûrs d’extirper les héréſies, & ſur-tout ne recourons jamais à la douceur ni à une lâche Tolérance, qui, ſi elle eſt conforme à l’humanité, ſeroit incompatible avec l’eſprit de l’Egliſe ou avec le zêle dont un Chrétien doit brûler ; avec l’humeur d’un Dieu terrible ; avec le caractere de ſes Prêtres, qui pour obtenir nos reſpects & nos hommages doivent être encore plus terribles & plus inexorables que lui.

C’eſt avec auſſi peu de fondement que les impies reprochent aux Miniſtres du Seigneur ces querelles auſſi intéreſſantes que ſacrées, qui ſont les cauſes les plus fréquentes des troubles, des diviſions, des perſécutions, des guerres de religion, des révolutions que l’on voit arriver ici bas. Ces aveugles ne voyent-ils pas qu’il eſt de l’eſſence d’une Egliſe militante de combattre toujours ? S’ils avoient de la foi ils verroient, ſans doute, que la Providence pleine de bonté pour ſes créatures, veut les ſauver ; que les ſouffrances & les malheurs ſont les vrayes routes du ſalut ; que le bonheur & la tranquillité engourdiroient les nations dans une indifférence dangereuſe pour l’Egliſe & ſes Miniſtres ; qu’il eſt de l’intérêt des Chrétiens de vivre dans la miſere, l’indigence & les larmes ; qu’il eſt de l’intérêt de la Religion que ſes Prêtres ſe diſputent, que leurs ſectateurs ſe battent, que les peuples ſoient malheureux en ce monde pour être heureux dans l’autre. Toutes ces vues importantes ſe découvrent à ceux qui ont le bonheur d’avoir une foi bien vive ; rien n’eſt plus propre à remplir ces mêmes vues que les diſputes opiniâtres des Théologiens, qui, pour accomplir les projets favorables de la Providence, nous donnent lieu d’eſpérer qu’ils ſe querelleront & qu’ils mettront leurs ſectateurs aux priſes juſqu’à ma conſommation des ſiecles.

Loin de reprocher, comme on fait, l’avarice & la cupidité aux Miniſtres de l’Egliſe, ne devroit-on pas montrer la reconnaiſſance la plus ſincere à des hommes qui ſe dévouent pour nous, qui ſe chargent de nos poſſeſſions, ſouvent acquiſes par des voyes iniques, qui nous débaraſſent des richeſſes qui mettroient des obſtacles infinis à notre ſalut ? C’eſt pour que les nations ſe ſauvent que le Clergé les dépouille ; il ne les plonge dans la pauvreté que pour les détacher de la Terre & de ſes biens périſſables, afin de s’attacher uniquement aux biens durables qui les attendent en Paradis, s’ils ſont bien dociles à leurs Prêtres & bien généreux à leur égard.

Quant à l’inimitié pour la ſcience dont on fait un crime au Clergé, elle eſt formellement preſcrite par l’Ecriture Sainte ; la ſcience enfleroit les laïques, c’eſt-à-dire, les rendroit inſolents & peu dociles à leurs guides ſpirituels ; les Chrétiens doivent demeurer dans une enfance perpétuelle ; ils doivent reſter toute leur vie ſous la tutelle de leurs Prêtres, qui ne voudront jamais que leur bien. La ſcience du ſalut eſt la ſeule qui ſoit vraiment néceſſaire ; pour l’apprendre il ſuffit de ſe laiſſer mener. Que deviendroit l’Egliſe ſi les hommes s’aviſoient de raiſonner ?

Que dirons-nous des avantages ineſtimables qui réſultent pour les hommes de la Théologie ! De ſaints Prêtres ſont perpétuellement occupés à méditer pour les autres les éternelles vérités. A force de rêver & de ſe creuſer le cerveau, ils parviennent à découvrir les idées ſans leſquelles les nations vivroient dans les ténebres de l’erreur. A force de ſyllogiſmes ils viennent à bout d’éteindre pour toujours l’affreux bon ſens, de dérouter la logique mondaine, de fermer la bouche à la raiſon, qui jamais ne doit ſe mêler des affaires de l’Egliſe. A l’aide de cette Théologie les femmes mêmes ſont à portée d’entrer dans les querelles de Religion, & le peuple eſt au fait des vérités néceſſaires au ſalut.

A l’égard de la morale qu’on accuſe les Prêtres de pervertir, de changer en pratiques & en cérémonies, de mépriſer eux-mêmes ou de ne point enſeigner aux hommes ; ceux-ci n’ont aucunement beſoin d’une morale humaine, qui ſeroit trop ſouvent incompatible avec la morale divine & ſurnaturelle. Les vertus Chrétiennes que nos Prêtres nous enſeignent ſont-elles donc faites pour être comparées avec ces vertus chétives & mépriſables qui n’ont pour objet que le bonheur de la Société ? Cette Société eſt-elle donc deſtinée à être heureuſe ici bas ? Ne lui vaut-il pas mieux d’avoir la foi qui la ſoumet aux Prêtres, l’eſpérance qui la ſoutient dans les maux qu’on lui fait, la charité ſi utile au Clergé ? N’eſt-ce donc pas aſſez pour ſe ſauver d’être humble, c’eſt-à-dire, bien ſoumis ; d’être dévôt, c’eſt-à-dire, bien dévoué à tous les ſaints caprices de l’Egliſe, de ſe conformer aux pratiques qu’elle ordonne ; enfin d’être, ſans y rien comprendre, bien zêlé pour ſes déciſions ? Les vertus ſociales ne ſont bonnes que pour des payens, elles deviendroient inutiles ou même nuiſibles à des Chrétiens ; pour ſe ſauver ils n’ont beſoin que de la morale de leurs Prêtres ou de leurs caſuiſtes, qui bien mieux que des Philoſophes ſavent ce qu’il faut faire pour cela. Les vertus Chrétiennes, la morale Evangélique, les pratiques de dévotion, les cérémonies ſont d’un grand produit pour l’Egliſe ; les vertus humaines ou profanes ne lui donnent aucun profit & ſont ſouvent très-contraires à ſes vues.

Cela poſé, quel eſt l’homme aſſez ingrat ou aſſez aveugle pour refuſer de reconnoître les fruits que la Société retire de ces prédications continuelles, de ces inſtructions réitérées que nous font des Docteurs zêlés, dont la fonction pénible eſt de nous répéter ſans ceſſe les mêmes vérités Evangéliques, que le peu de foi des hommes les empêche de comprendre ? Depuis près de dix huit ſiecles les nations ſont prêchées & nous avons lieu de croire qu’elles le ſeront encore longtems. Si l’on nous dit que malgré les efforts incroyables de nos Prêtres & de nos ſaints Moines on ne voit gueres d’amendement, nous dirons que c’eſt un effet ſenſible de la Providence qui veille toujours ſur ſes Prêtres, & qui ſent bien que ſi les hommes ſe corrigeaient, s’ils avoient des loix plus ſenſées, une éducation plus honnête, une morale plus intelligible, une politique plus ſage, les Prêtres ne nous ſeroient plus bons à rien. Il eſt, ſans doute, entré dans les vues de la Providence, que les hommes fuſſent toujours méchans pour que leurs guides ſpirituels euſſent toujours le plaiſir de les prêcher & d’être éternellement payés de leurs inſtructions éternelles.

La politique mondaine & la morale profane ſont, graces à notre ſainte Religion, entièrement négligées : la première conſiſte à s’entendre avec les Prêtres, la ſeconde à ſe conformer exactement aux pratiques qu’ils ordonnent ; c’en eſt, ſans doute, aſſez pour que la Religion fleuriſſe & que l’Egliſe proſpere. Aujourd’hui toute la politique conſiſte à ſe lier d’intérêts avec le Clergé, & toute la morale conſiſte à l’écouter.

Si les hommes s’aviſoient un jour de ſonger ſérieuſement à la politique ou à la morale humaine, ils pourroient bien ſe paſſer de la Religion & de ſes Miniſtres. Mais ſans Religion & ſans Prêtres que deviendroient les nations ? Elles ſeroient aſſurément damnées ; il n’y auroit plus chez elles ni ſacrifices, ni couvents, ni expiations, ni pénitences, ni confeſſions, ni Sacrements, ni aucunes de ces pratiques importantes ou de ces cérémonies intéreſſantes, dont depuis tant de ſiecles nous éprouvons les bons effets, ou qui font que les Sociétés humaines ſont ſi ſoumiſes au ſacerdoce. Si les hommes alloient ſe perſuader qu’il faut être doux, humains, indulgents, équitables, on ne verroit plus de diſcordes, d’intolérance, de haines Religieuſes, de perſécutions, de criailleries, ſi néceſſaires au ſoutien du pouvoir de l’Egliſe. Si les Princes ſentoient qu’il eſt utile que leurs ſujets vivent dans l’union, que le bon ſens & la juſtice exigent que l’on ſouffre que chacun penſe comme il voudra pourvû qu’il agiſſe en honnête homme & en bon citoyen ; ſi ces Princes au lieu du Catéchiſme alloient faire enſeigner une morale intelligible, que ſeroit-il beſoin de diſputes Théologiques, de Conciles, de Canons, de formulaires, de profeſſion de foi, de Bulles, &c. qui ſont pourtant ſi néceſſaires au bien de la Religion, & ſi propres à exciter de ſaints tumultes dans les Etats ? Enfin ſi des êtres raiſonnables s’aviſoient jamais de conſulter leur raiſon, que le Sacerdoce a ſi ſagement proſcrite, que deviendrait la foi, ſans laquelle nous ſavons que l’on ne peut être ſauvé ?

Tout cela nous prouve évidemment que l’Egliſe n’a nul beſoin de cette morale humaine & raiſonnable que l’on a la témérité d’oppoſer à la morale divine Evangélique, & qui pourroit cauſer à la fois la ruine de la Religion & du Sacerdoce, dont on ne peut point ſe paſſer. Si les Souverains conſultaient la raiſon, l’équité, les intérêts futiles d’une politique terreſtre, ils veilleroient à l’inſtruction des peuples, ils feroient des loix ſages, ils rendroient leurs ſujets raiſonnables, ils ſeroient adorés chez eux : ſur le pied où ſont les choſes, les Princes, ennemis de l’idolâtrie, n’ont pas tant de peines à prendre ; il leur ſuffit d’être dévôts ou bien ſoumis aux Prêtres, qui ſeuls doivent être adorés, pour que tout aille le mieux du monde ; l’autorité temporelle n’eſt en danger que quand l’Egliſe eſt mécontente, & dès lors, comme on ſait, cette autorité ne peut plus être légitime.

Quant aux mœurs religieuſes des ſujets, les ſeules qui ſoient néceſſaires à l’Egliſe, les Prêtres y pourvoiront toujours ; ils les confeſſeront, ils les abſolveront, ils leur diront des meſſes, ils leur adminiſtreront des Sacrements, & quand ils ſeront à la mort ils leur remettront facilement tous les crimes de leur vie, pourvu qu’ils ſoient bien généreux à l’endroit du Clergé. Que peut-on deſirer de plus que d’aller en Paradis ? Les Prêtres en ont les clefs, ainſi la morale des Prêtres ſuffit, toute autre morale eſt inutile ou dangereuſe ; elle anéantiroit les abſolutions, les indulgences, les expiations, les ſcrupules, les donations à l’Egliſe, en un mot toutes les choſes qui contribuent à la puiſſance du Sacerdoce, & à la gloire du Dieu.

On nous dira peut-être, que les Prêtres montrent ſouvent beaucoup de mépris pour les vertus mêmes qu ils prêchent aux autres ; que l’on voit quelquefois des Pontifes, des Eccléſiaſtiques, des Moines vivre dans le libertinage, & ſe livrer ouvertement à des vices que la morale Chrétienne condamne ; en un mot tenir une conduite oppoſée à leurs leçons. Je réponds 1°. que ce n’eſt point aux laïques à juger leurs Prêtres, qui ne ſont comptables de leurs actions qu’à eux-mêmes. Je réponds 2°. que la charité veut que lorſqu’un Prêtre commet le mal nous ne nous en apercevions jamais. Je réponds 3°. qu’un Prêtre en commettant quelque action qui nous paroît criminelle peut ſouvent faire du bien, & nous le ſentirions ſi nous avions plus de foi. Si, par exemple, un Moine laiſſe ſes ſandales à la porte d’une femme, (comme il arrive en Eſpagne) ſon mari doit ſuppoſer qu’il travaille au ſalut de ſa femme ; s’il les ſurprend en flagrant délit, il doit remercier Dieu qui veut ainſi l’éprouver ou l’affliger par l’entremiſe de l’un de ſes Serviteurs, qui ſe trouve par là lui rendre un très-grand ſervice à lui-même. D’ailleurs, ſi, par impoſſible, des Prêtres manquoient de mœurs, il faut toujours ſe ſouvenir de faire ce qu’ils diſent & non pas de qu’ils font. Il faut avoir de l’indulgence pour des hommes qui ſont de chair & d’os comme les autres ; Dieu leur permet de tomber quelquefois pour apprendre aux laïques à ſe défier de leurs propres forces, puiſque les Prêtres eux-mêmes ſont ſujets à tomber[1].

En un mot le bandeau de la foi doit toujours nous empêcher d’apercevoir les dérèglements du Clergé ; le manteau de la charité eſt fait pour les couvrir. Tout Chrétien qui ſera pourvu de ces deux pièces importantes ne trouvera rien de choquant, ou qu’on ne puiſſe juſtifier, dans la conduite des Miniſtres de l’Egliſe. Celui qui n’a pas bonne opinion des Prêtres du Seigneur devient bientôt un impie ; mépriſer le Clergé, c’eſt mépriſer l’Egliſe ; mépriſer l’Egliſe, c’eſt mépriſer la Religion ; mépriſer la Religion, c’eſt mépriſer le Dieu qui en eſt l’Auteur. D’où je conclus que mépriſer les Prêtres c’eſt être un incrédule, un Athée, ou, ce qui eſt encore pis, c’eſt être un Philoſophe.

Il eſt évident qu’un homme qui penſe ainſi ſur le compte du Clergé ne peut avoir ni foi, ni loi, ne peut être vertueux, ne peut être bon citoyen, bon Pere, bon Mari, bon ami, bon Soldat, bon Magiſtrat, bon Médecin &c. en un mot il n’eſt bon qu’à brûler, afin d’empêcher les autres d’imiter ſa façon de penſer.

Ces réflexions ſommaires doivent ſuffire pour nous faire ſentir les obligations immenſes que nous avons au Clergé ; je les récapitule en peu de mots. C’eſt à l’ambition ſi légitime des Prêtres que nous devons les combats continuels du Sacerdoce & de l’Empire, qui, pour le bien de nos ames, ont depuis tant de ſiecles déſolé les Etats, dérouté la politique humaine, & rendu les gouvernements foibles & chancelans. C’eſt à la ligue du Sacerdoce & de l’Empire que les peuples en pluſieurs pays ſont redevables du deſpotiſme, des perſécutions, des ſaintes tyrannies qui ont dévaſté pour la plus grande gloire de Dieu les plus floriſſantes contrées. C’eſt aux ſaintes querelles des Prêtres entre eux que nous devons les héréſies & les perſécutions des hérétiques ; c’eſt aux héréſies que nous devons la très-ſainte Inquiſition, ſes bûchers & ſes tortures, ainſi que les exils, les empriſonnemens, les formulaires, les Bulles &c. qui, comme on ſait, remédient parfaitement aux erreurs & les empêchent de s’étendre. C’eſt au zêle du Sacerdoce que nous devons les révolutions, les ſéditions, les guerres de Religion, les régicides & les autres ſpectacles édifiants que la Religion depuis dix-huit ſiecles procure à ſes enfans chéris. C’eſt à la ſainte avidité du Sacerdoce que les peuples ſont redevables de l’indigence heureuſe, de ce découragement ſalutaire, qui étouffent l’induſtrie par-tout où les Prêtres ſont puiſſans. C’eſt à leur louable inimitié pour la ſcience que nous devons le peu de progrès des eſprits dans les connoiſſances mondaines & leurs progrès immenſes dans la Théologie. C’eſt à leur morale toute divine que nous devons l’heureuſe ignorance où nous ſommes de la morale humaine, qu’il ſeroit bon d’oublier : c’eſt à leurs Caſuiſtes que nous devons cette morale merveilleuſe & calculée qui nous rend à peu de fraix les amis de Dieu : enfin c’eſt à leurs vices mêmes, à leurs ſaintes tracaſſeries que nous devons les épreuves qui nous conduiront au ſalut.

Joignez à tout cela les prières ferventes, les inſtructions charitables, l’éducation merveilleuſe dont depuis tant de ſiecles les nations recueillent viſiblement les fruits, & vous reconnoîtrez, mes freres, que vous ne ſauriez trop faire pour des hommes qui ſe dévouent pour notre bien en ce monde & à qui, ſuivant toute apparence, nous devrons un jour le bonheur éternel en échange de celui dont ils nous privent ici bas.

Ainſi que tout bon Chrétien ſe pénètre d’un reſpect profond pour les Prêtres du Seigneur ; qu’il ſente les obligations immenſes qu’il leur a ; que les Princes les placent ſur le trône à leurs côtés, ou plutôt qu’ils leur cedent une place qui ne peut être plus dignement occupée ; qu’ils commandent également aux Souverains & aux ſujets ; que revêtus d’un pouvoir illimité, toutes leurs volontés ſoient reçues ſans murmure par les nations dociles ; ils ne peuvent jamais abuſer de leur puiſſance ; elle tendra toujours néceſſairement au bien-être de l’Egliſe, qui ne ſera jamais qu’une ſeule & même choſe avec le Clergé.

En effet ne nous y trompons pas, mes chers freres, l’Egliſe, la Religion, la Divinité même ſont des mots qui ne déſignent que le Sacerdoce, enviſagé ſous différens points de vue. L’Egliſe eſt un nom collectif pour déſigner le corps de nos guides ſpirituels ; la Religion eſt le Syſtème d’opinions & de conduite imaginé par ces guides pour vous mener plus ſûrement. A force de Théologie la Divinité s’eſt elle-même identifiée avec vos Prêtres, elle ne réſide plus que dans leur cerveau, elle ne parle que par leur bouche, elle les inſpire ſans ceſſe, elle ne les dément jamais.

D’où vous voyez que vos Prêtres ſont ce que vous connoiſſez de plus ſacré dans l’univers. Ces Prêtres forment l’Egliſe ; l’Egliſe décide du culte & de la Religion ; la Religion eſt l’ouvrage de l’Egliſe dans laquelle Dieu ou l’eſprit de Dieu ne peut ſe diſpenſer de réſider. D’après ces vérités ſi frappantes, auxquelles l’incrédulité la plus audacieuſe ne peut point ſe refuſer, vous voyez que les droits du Clergé ſont vraiment des droits divins puiſqu’ils ne ſont que les droits de la Divinité même. Les intérêts du Clergé ſont les intérêts de Dieu lui-même. Les droits, les intérêts, la cauſe du Clergé ne peuvent ſe ſéparer de ceux de la Divinité, qui réſide en eux, de même que l’ame réſide dans le corps, & s’affecte de tout ce qui fait impreſſion ſur ce corps. En un mot Dieu, la Religion, l’Egliſe ſont la même choſe que les Prêtres. C’eſt de cette Trinité que réſulte l’être unique que l’on nomme le Clergé.

En fixant ou ſimplifiant ainſi vos idées, mes très-chers Freres, tout le Syſtême de la Religion ſe découvrira ſans nuages à vos yeux. Vous comprendrez que le Culte divin eſt l’hommage que le Clergé juge néceſſaire d’impoſer aux nations ; vous ſentirez que nos dogmes ſont les opinions de ce même Clergé ; vous verrez que la Théologie eſt l’enchaînement de ces mêmes opinions ; vous concevrez que les diſputes du Clergé ſur les dogmes viennent du peu d’harmonie qui ſubſiſte quelquefois entre Dieu, qui eſt l’ame de l’Egliſe, & les Prêtres qui en ſont le corps. Vous reconnoîtrez que Dieu, la Religion & l’Egliſe doivent changer d’avis quelquefois puiſque le Clergé eſt forcé d’en changer. Vous comprendrez qu’obéir à Dieu, à la Religion, à l’Egliſe, c’eſt obéir au Clergé, & par conſéquent que regimber contre le Clergé c’eſt ſe révolter contre le Ciel ; en médire c’eſt blaſphémer : le mépriſer c’eſt être impie ; l’attaquer c’eſt s’en prendre à Dieu lui-même ; toucher à ce qui lui appartient c’eſt commettre un ſacrilège ; enfin vous ſentirez que ne point croire au Clergé c’eſt être Athée, c’eſt ne point croire en Dieu lui-même.

Monarques ! Grands de la terre ! Nations ! Tombez donc en tremblant dans la pouſſière aux pieds de vos Prêtres divins ; baiſez les traces de leurs pas ; pénétrez-vous d’une ſainte frayeur. Profanes ! qui que vous ſoyez, rampez comme des inſectes devant les Miniſtres du Très-Haut ; ne levez jamais un front audacieux devant les maîtres de votre ſort ; ne portez jamais un œil curieux dans le ſanctuaire redoutable, ni ſur les importants myſteres de vos guides ſacrés ; tout ce qu’ils diſent eſt vérité ; tout ce qu’ils ordonnent eſt utile & ſage ; tout ce qu’ils exigent eſt juſte, tout ce qu’ils enſeignent ſont des arrêts du ciel, ce ſeroit un crime affreux de les examiner. Souverains ! montrez l’exemple de l’obéiſſance, de la crainte, du reſpect le plus ſervile : Sujets ! quand vos prêtres l’exigent, forcez vos Souverains à plier ſous le joug. Princes de la Terre, votre pouvoir dépend de votre ſoumiſſion aux Miniſtres du Ciel ; tirez donc l’épée pour eux, exterminez pour eux, appauvriſſez vos peuples pour les faire vivre dans la ſplendeur & l’abondance. Nations ! dépouillez-vous vous-mêmes pour accumuler vos richeſſes périſſables ſur des hommes tout divins, à qui ſeuls la Terre appartient ; ſinon, redoutez la vengeance des Miniſtres courroucés du Dieu de la vengeance ; ſongez qu’il eſt en colere contre la race humaine ; ſongez que ſes bienfaits ne ſont dûs qu’aux prieres de ſes favoris, devant leſquels jamais vous ne pouvez trop vous abaiſſer. Enfin ſouvenez-vous toujours que ce n’eſt que par leurs recommandations & leur crédit que vous pourrez entrer dans le ſéjour de la gloire, & mériter l’éternelle félicité, qui ſeule eſt digne d’occuper vos penſées ; vous ne l’obtiendrez qu’en vous rendant malheureux ici-bas, qu’en y rendant vos Prêtres heureux, qu’en vous ſoumettant ſans examen à toutes leurs volontés : voilà le chemin du bonheur, que je vous ſouhaite, au nom du Pere, du Fils & du Saint Eſprit.

Ainſi ſoit-il.

A

Aaron. Grand Prêtre des Hébreux, digne frere de Moyſe, & le parfait modele de nos Prêtres modernes. Il fit adorer, & adora lui-même, le veau d’or, en quoi il eſt aſſez bien imité par ſes Succeſſeurs dans le Sacerdoce ; le peuple d’Iſraël fut puni de la ſotiſe de ſon Prêtre, qui ne fut point châtié lui-même, à cauſe des immunités du Clergé. Aaron pour avoir manqué de foi fut exclus de la terre promiſe, & c’eſt pour l’imiter que nos Prêtres ne croyent point toujours aux belles choſes qu’ils nous disent. Malgré ces bagatelles Dieu, qui connoît tout ce que vaut un grand Prêtre, s’intéreſſoit ſi fort à lui, qu’il a compté juſqu’aux grelots qu’il devoit porter à ſa jaquette ; cela doit nous faire ſentir que rien de ce qui touche les Prêtres n’eſt indifférent à Dieu.

Abbayes. Aziles ſacrés contre la corruption du ſiecle, qui dans des tems de foi vive, furent fondés & dotés par de ſaints brigands, & deſtinés à recevoir un certain nombre de citoyens ou de citoyennes très-utiles, qui ſe conſacrent à chanter, à manger, à dormir, le tout pour que leurs concitoyens travaillent avec ſuccès.

Abbé. C’eſt un Pere ſpirituel qui jouit des revenus temporels attachés à une Abbaye, à condition de dire ſon bréviaire, de tourmenter ſes moines & de plaider contre eux. Tous les Abbés de ce monde ne jouiſſent point d’une Abbaye, quoiqu’ils en ayent bonne envie ; pluſieurs ne jouiſſent que du droit d’aller vêtus de noir, de porter un rabat, & de colporter des Nouvelles.

Abnégation. Vertu Chrétienne qui eſt l’effet d’une grace ſurnaturelle ; elle conſiſte à ſe haïr ſoi-même, à déteſter le plaiſir, à craindre comme la peſte tout ce qui nous eſt agréable ; ce qui devient très-facile pour peu qu’on ait une doſe de grace efficace ou ſuffiſante pour entrer en démence.

Abraham. C’eſt le père des croyants. Il mentit, il fut cocu, il ſe rogna le prépuce & montra tant de foi que, ſi un ange n’y eût mis la main, il coupoit la jugulaire à ſon fils, que le bon Dieu, pour badiner, lui avoit dit d’immoler : en conſéquence Dieu fit une alliance éternelle avec lui & sa poſtérité, mais le fils de Dieu a depuis anéanti ce traité, pour de bonnes raiſons que ſon Papa n’avoit point preſſenties.

Abſolution. C’eſt la rémiſſion des péchés que l’on a commis contre Dieu : les Prêtres de l’Egliſe Romaine l’accordent aux pécheurs, en vertu d’un blanc-ſeing de la Divinité : invention très-commode pour mettre bien à l’aiſe des fripons timorés, qui pourroient bien conſerver des remors ſi l’Eglise n’avoit point l’attention de les raſſurer.

Abſtinences. Pratiques très-ſaintes ordonnées par l’Eglise ; elles conſiſtent à ſe priver des bienfaits de la Providence, qui n’a créé les bonnes choſes que pour que ſes cheres créatures n’en fiſſent aucun uſage ; l’on voit qu’en ordonnant des abſtinences la Religion remédie ſagement à la trop grande bonté de Dieu.

Abſurdités. Il ne peut y en avoir dans la Religion ; elle eſt l’ouvrage du Verbe ou de la raiſon divine, qui, comme on ſait, n’a rien de commun avec la raiſon humaine. C’eſt faute de foi que les incrédules croyent trouver des abſurdités dans le Chriſtianiſme ; or, manquer de foi, eſt, ſans doute, le comble de

l’abſurdité. Pour faire diſparoître du Chriſtianiſme toutes les abſurdités il ne faut qu’y être habitué dès l’enfance & ne les jamais examiner. Plus une choſe est abſurde aux yeux de la raiſon humaine plus elle eſt convenable à la raiſon divine ou à la Religion.

Abus. Il s’en gliſſe par fois dans l’Eglise, malgré les ſoins vigilants de la Divinité ; on en eſt quitte pour réformer ces abus lorſqu’ils font trop crier. D’ailleurs ce ne ſont que des gens ſans foi qui s’apperçoivent de ces abus, ceux qui en ont aſſez n’en remarquent jamais.

Adam. C’eſt le premier homme. Dieu en fit un grand nigaud, qui pour complaire à ſa femme, eut la bêtiſe de mordre dans une pomme, que ſes deſcendants n’ont point encore pû digérer.

Agneau de Dieu. C’eſt Jéſus-Chriſt. L’Ecriture nous dit de craindre la colère de l’agneau qui, ſuivant l’Apocalypſe, eſt plus méchant qu’un Loup, & plus colere qu’un Dindon. V. Enfer.

Agnus-Dei. Petits gâteaux de cire, bénis par le Pape lui-même, & qui par conſéquent ont reçu de la premiere main la vertu miraculeuſe d’écarter les preſtiges, les enchantemens, les orages. Voilà pourquoi le tonnerre ne tombe jamais dans les pays qui ſont pourvus de cette ſainte marchandiſe.

Aliénation. Les biens Eccléſiaſtiques ne peuvent point s’aliéner ; les Prêtres n’en ſont que les gardiens ; c’eſt Dieu qui en eſt le propriétaire ; mais il eſt toujours mineur & ſous la tutelle de l’Egliſe. Il n’eſt permis aux Prêtres que d’aliéner leur eſprit, ou bien celui des dévotes qui écoutent leurs ſaintes leçons.

Alimens. Rien n’eſt plus important au ſalut que de mettre du choix dans ſes aliments : l’Egliſe Romaine, en bonne mere, s’intéreſſe à la ſanté de ſes enfans, elle leur preſcrit un régime & les met fréquemment à la diète. Voyez jeûne & maigre.

Alliances. Dieu, qui eſt immuable, a fait deux Alliances avec les hommes ; la premiere qu’il avoit juré devoir être éternelle, ne ſubſiſte plus depuis longtems ; la ſeconde durera ſuivant les apparences tant qu’il plaira à Dieu ou à ſes Prêtres, ou à la Cour.

Ame. Subſtance inconnue, qui agit d’une façon inconnue ſur notre corps que nous ne conoiſſons gueres ; nous devons en conclure que l’ame eſt ſpirituelle. Or perſonne n’ignore ce que c’eſt que d’être ſpirituel. L’Ame eſt la partie la plus noble de l’homme, attendu que c’eſt celle que nous connoiſſons le moins. Les animaux n’ont point d’ames, ou n’en ont que de matérielles ; les Prêtres & les Moines ont des ames ſpirituelles, mais quelques-uns d’entre eux ont la malice de ne point les montrer, ce qu’ils font, ſans doute, par pure humilité.

Amour. Paſſion maudite que la nature inſpire à un ſexe pour l’autre, depuis qu’elle s’eſt corrompue. Le Dieu des Chrétiens n’eſt point galant, il n’entend point raillerie ſur le fait de l’amour ; ſans le péché originel les hommes ſe ſeraient multipliés ſans amour, & les femmes ſeroient accouchées par l’oreille.

Amour divin. C’eſt l’attachement ſincère que tout bon Chrétien, ſous peine d’être damné, doit avoir pour un être inconnu, que les Théologiens ont rendu le plus méchant qu’ils ont pu, pour exercer ſa foi. L’amour de Dieu eſt une dette, nous lui devons sur-tout beaucoup pour nous avoir donné de la Théologie.

Amour propre. Diſpoſition fatale par laquelle l’homme corrompu a la folie de s’aimer lui-même, de vouloir ſe conſerver, de deſirer ſon bien-être. Sans la chûte d’Adam nous aurions eu l’avantage de nous déteſter nous-mêmes, de haïr le plaiſir, de ne point ſonger à notre conſervation propre.

Anachoretes. Hommes très ſaints, juſtement eſtimés dans l’Egliſe, qui pour être plus parfaits, ſe ſont éloignés du commerce des humains, dans la crainte d’avoir le malheur de leur être bons à quelque choſe.

Anathêmes. Imprécations charitables que les Ministres du Dieu de paix lancent contre ceux qui leur déplaiſent, en les dévouant, pour le bien de leurs ames, à des ſupplices éternels, quand ils ne peuvent point faire ſubir à leurs corps des ſupplices temporels.

Anes. Animaux à longues oreilles qui ſont patiens & malins. Ils ſont les vrais modeles des Chrétiens, qui doivent ſe laiſſer bâter & porter la croix comme eux. Jéſus monta un âne, qui ne lui appartenoit point, lorſqu’il fit ſon entrée glorieuſe dans Jéruſalem, action par laquelle il voulût annoncer que ſes Prêtres auroient le droit de monter & de bâter les Chrétiens & les Chrétiennes juſqu’à la conſommation des ſiecles. Cet article eſt de M. Fréron.<

Anges. Courriers du Cabinet céleſte, que Dieu dépêche à ſes favoris. Sans les Anges Dieu ſeroit réduit à faire ſes commiſſions lui-même. Chaque Chrétien a l’avantage d’avoir un Ange Gardien, qui l’empêcheroit de faire bien des ſotiſes, ſi cela ne nuiſoit point au libre arbitre ; les Archanges ſont aux Anges ce que nos Archevêques ſont aux Evêques ; la Divinité s’en ſert dans les Ambaſſades importantes.

Annates. Les Souverains Catholiques permettent très-ſagement à un Prêtre étranger de rançonner les Prêtres de leurs Etats ; ſans cela ceux-ci ne pourroient légitimement exercer le droit divin de rançonner leurs concitoyens.

Annonciation. Viſite de cérémonie d’un pur Eſprit lorſqu’il trouſſa ſon compliment à une Vierge de Judée : il en réſulta un marmot auſſi grand que ſon Papa, qui n’a pas laiſſé de faire un certain bruit dans le monde, ſans celui que nous avons lieu d’eſpérer qu’il y pourra faire encore, ſi les hommes ſont toujours auſſi ſages qu’ils l’ont été.

Antilogies. Terme Théologique pour déſigner les contradictions qui ſe trouvent, par fois, dans la parole de Dieu. Ces contradictions ne ſont jamais qu’apparentes, elles ne ſautent jamais qu’aux yeux des aveugles ; ceux qui ſont éclairés par la foi voyent ſur le champ que Dieu ne ſauroit ſe contredire lui-même, à moins que ſes Ministres ne lui faſſent changer d’avis.

Antipodes. C’eſt une héréſie que d’y croire. Dieu, qui a fait le monde, a dû ſavoir ce qui en étoit ; or il n’y a point cru lui-même, comme on le voit par ses Livres.

Antiquité. Elle n’a jamais pu ſe tromper ; l’ancienneté eſt toujours une preuve indubitable de la bonté d’une opinion, d’un uſage, d’une cérémonie, &c. Il eſt très-important de ne rien innover, les vieux ſouliers ſont plus commodes que les neufs, les pieds n’y ſont point gênés. Le Clergé ne doit jamais démordre de ce qu’il a toujours pratiqué. L’Egliſe la plus vieille eſt la moins ſujette à radoter.

Anthropologie. Maniere de s’exprimer des écrivains ſacrés ; elle conſiſte à ſuppoſer des yeux, des mains, des paſſions, des noirceurs, des malices, au pur Eſprit qui gouverne l’univers dans ſa bonté. Dieu a fait les hommes à ſon image, & les Prêtres ont fait Dieu à l’image des Prêtres, voilà pourquoi nous le trouvons ſi charmant.

Apocalypſe. Livre très-reſpectable & très-curieux de l’Ecriture-Sainte, que Newton a commenté. Il contient de ſaints contes inventés par St. Jean, qui ſont un peu moins joyeux que ceux de La Fontaine, mais bien plus propres à faire trotter la cervelle des grands enfans qui les liſent. Pendant trois ſiècles l’Eglise Grecque, dont étoit l’Apôtre St. Jean, a regardé l’Apocalypſe comme un Livre Apocryphe, mais les Pères latins, qui étoient bien plus au fait, l’ont tenu pour ſacré, ce qui paroît déciſif pour ſa canonicité.

Apôtres. Ce ſont douze gredins fort ignorants, & gueux comme des rats d’Egliſe, qui compoſoient la cour du fils de Dieu ſur la terre, & qu’il chargea du ſoin d’inſtruire tout l’univers. Leurs Succeſſeurs ont fait depuis une fortune aſſez brillante, à l’aide de la Théologie, que leurs devanciers, les Apôtres, n’avoient point étudiée. D’ailleurs le Clergé, comme la Nobleſſe, eſt fait pour acquérir plus de luſtre à meſure qu’il s’éloigne de ſa premiere origine, ou qu’il reſſemble moins à ſes devanciers.

Apparitions. Viſions merveilleuſes qu’ont l’avantage d’avoir ceux ou celles à qui Dieu fait la grace ſpéciale d’avoir le cerveau timbré, des vapeurs hyſtériques, de mauvaiſes digeſtions, & de mentir effrontément.

Appel comme d’abus. Uſage impie & injurieux à l’Egliſe ; il eſt méchamment établi dans quelques pays, où l’on a la témérité d’en appeller à des juges profanes des déciſions des juges ſacrés, qui ſont, comme on ſait, incapables d’abuser de leur miniſtere ou de mal décider.

Appelans. Ce ſont en France des Janſéniſtes qui ont ſagement appelé de la Bulle Unigenitus au futur Concile général, qui décidera définitivement les diſputes ſur la grace : ſuivant les dernieres nouvelles on eſt ſûr que ce Concile ſe tiendra ſans faute la veille du Jugement dernier.

Arche Sainte. C’eſt la caiſſe du Clergé. Dieu n’entend point raillerie ſur la caſſette de ſa femme ; elle contient, comme on ſait, les biens & les joyaux de la communauté. Les Princes, qui ſont ſouvent aſſez près de leurs pieces, ſans la foi qui les retient, ſeroient quelquefois bien tentés d’y toucher ; néanmoins, en s’y prenant comme il faut, ils pourroient ſans danger tenter l’aventure ; Dieu, qui par fois ſommeille, leur laiſſeroit emporter le coffre-fort ſans mot dire.

Archevêque. Titre inconnu dans les premiers ſiècles de l’Egliſe, mais inventé depuis par l’humilité des Paſteurs, qui, après s’être élevés ſur le dos des profanes, ont cherché à s’élever peu à peu ſur le dos les uns des autres, pour mieux voir ce qui ſe paſſe dans le bercail de Jéſus-Chriſt.

Argent. Il eſt une ſource de crimes dans la Société ; les Prêtres doivent faire tous leurs efforts pour en ſoulager les fideles, afin qu’ils marchent plus leſtement dans la voye du ſalut. Jéſus-Chriſt ne vouloit pas que ſes Apôtres prîſſent de l’argent, mais l’Egliſe a depuis bien changé tout cela ; aujourd’hui ſans argent point de Prêtres. Le tout pour accomplir cet ordre du Lévitique Chap. XXVII. v. 18. Supputabit Sacerdos pecuniam. Le prêtre comptera ſon argent.

Armes. Les Clercs ne peuvent point en porter ; mais ils peuvent les mettre en cas de beſoin entre les mains des laïques, pour ſe livrer des combats que le Clergé s’amuſe à voir du mont Pagnot, où il éleve au Ciel ſes mains ſacrées, afin d’implorer ſon ſecours en faveur de ceux qui combattent pour ſes droits divins ou ſes ſaintes fantaiſies.

Aſile (droit d’.) Dans pluſieurs Etats vraiment Chrétiens les Eglises & les Monaſteres jouiſſent du droit de fournir une retraite ſûre aux voleurs, aux filous, aux aſſaſſins, pour les ſouſtraire à la rigueur des loix : uſage très-avantageux à la Société, & qui doit rendre les Miniſtres de l’Egliſe très-chers à tous les vauriens.

Aſſaſſinat. Cas prévôtal pour les laïques, mais privilégié pour les Clercs ; ceux-ci, dans quelques contrées, jouiſſent du droit de voler & d’aſſaſſiner, ſans pouvoir être repris par la juſtice ordinaire. D’ailleurs on ſait que l’Egliſe jouit de droit divin du droit d’aſſaſſiner les hérétiques, les tyrans & les mécréans, ou du moins de celui de les faire aſſaſſiner par les laïques, vû qu’elle abhorre le ſang.

Athées. Noms que les Théologiens donnent aſſez libéralement à quiconque ne penſe pas comme eux ſur la Divinité, ou ne la croit pas telle qu’ils l’ont arrangée dans le creux de leurs infaillibles cerveaux. En général un Athée c’eſt tout homme qui ne croit pas au Dieu des Prêtres. Voyez DIEU.

Attributs divins. Qualités inconcevables qu’à force d’y rêver les Théologiens ont décidé devoir néceſſairement appartenir à un être dont ils n’ont point d’idées. Ces qualités paroiſſent incompatibles à ceux qui manquent de foi, mais elles ſont faciles à concilier quand on n’y réfléchit point. Les attributs négatifs dont la Théologie gratifie la Divinité nous apprennent qu’elle n’eſt rien de tout ce que nous pouvons connoître, ce qui eſt très propre à fixer idées.

Attrition. Terme Théologique qui déſigne le regret qu’un Chrétien a de ſes fautes, en vue des châtimens dont elles peuvent être ſuivies. Ce regret ſuffit pour appaiſer Dieu, ſuivant les Jéſuites, mais il ne ſuffit point ſuivant les Jansénistes : Dieu nous apprendra, ſans doute, un jour qui des deux a rencontré.

Avarice. Péché capital dans les Laïques, qui doivent toujours ſe montrer généreux à l’endroit de l’Egliſe ; quant à l’Egliſe, elle ne doit point ſe piquer de généroſité ; ſes biens ſont à ſon mari, qui gronderoit ſi ſa femme faiſoit trop bien les choſes envers des coquins de Laïques, qu’elle ne doit point gâter.

Ave Maria. Compliment élégant & bien trouſſé, que l’Ange Gabriel fit de la part de Dieu le Pere à la Vierge Marie, qu’il alloit obombrer ou couvrir. Cette Vierge depuis ſa mort ou ſon aſſomption, eſt très-flattée toutes les fois qu’on lui rappelle cette gaillarde aventure, qui lui fait beaucoup d’honneur.

Avenir. C’eſt un pays connu des Géographes ſpirituels, où Dieu paiera, ſans faute, à leur échéance toutes les Lettres de change que ſes facteurs ou courtiers auront tirées ſur lui : on n’a point appris juſqu’ici qu’il ait laiſſé proteſter les Lettres de ſes gens d’affaires ; elles ſont, comme on ſait, toujours payables à vue.

Avent. Tems de jeûnes, de mortifications & de triſteſſe, pendant lequel les bons Chrétiens ſe déſolent de l’arrivee prochaine de leur libérateur.

Augures. Nos augures modernes doivent bien rire toutes les fois qu’ils ſe rencontrent, ou, quand le verre à la main, ils raiſonnent de la ſotiſe de ceux qui ne ſont point du college des augures.

Aumône. C’eſt toute diſtribution de ſon propre bien ou de celui des autres faite en vue de perpétuer la ſainte oiſiveté des Prêtres, des Moines, des Fainéans, ou de tous ceux qui trouvent qu’il eſt bien plus commode de prier que de travailler.

Auſtérités. Moyens ingénieux que les Chrétiens parfaits ont imaginés pour ſe tourmenter eux-mêmes, afin de faire un grand plaiſir au Dieu de la bonté : il eſt toujours charmé de l’eſprit que ſes chers enfans montrent dans ces ſortes d’inventions ; les auſtérités ont de plus l’avantage de faire ouvrir de grands yeux à ceux qui ſont témoins de ces merveilleuſes folies ; elles paroiſſent très-ſages à tous ceux qui ont la ſimplicité de la foi.

Autels. Ce ſont les Tables de Dieu, qui dégoûté de tous les mets dont on le régaloit autrefois, veut aujourd’hui que ſes Sacrificateurs lui ſervent ſon propre fils, qu’ils mangent enſuite eux-mêmes ou font manger à d’autres, en ſe réſervant, comme de raiſon, la ſauce. A la vue de ce repas friand la colere du Pere éternel eſt déſarmée, il eſt l’ami de cœur de tous ceux qui lui viennent croquer ſon cher fils à ſa barbe.

L’autel dans un ſens figuré eſt toujours oppoſé au trône ; ce qui ſignifie que les Prêtres donnent ſouvent de la tablature aux Souverains. Néanmoins quand l’Egliſe eſt attaquée, il eſt bon de crier que l’on ſappe & le trône & l’autel ; cela rend l’Egliſe intéreſſante, cela fait que le Souverain ſe croit en conſcience obligé d’entrer dans ſa querelle & de s’intéreſſer pour elle, même contre ſes propres intérêts. Quand les Princes ont bien de la foi, il eſt aiſé de leur faire entendre que quand on en veut aux Prêtres, c’eſt à eux-mêmes que l’on en veut.

Auto da Fé. Acte de foi, régal appétiſſant que l’on donne de tems à autres à la Divinité. Il conſiſte à faire cuire en cérémonie des hérétiques ou des Juifs, pour le plus grand bien de leurs ames & pour l’édification des Spectateurs. On ſait que le Pere des miſéricordes eut toujours un goût décidé pour la grillade.

Autorité Eccléſiaſtique. C’eſt la faculté dont jouiſſent les Miniſtres du Seigneur de convaincre de la bonté de leurs déciſions, de l’authenticité de leurs droits, de la ſageſſe de leurs opinions, à l’aide des priſons, des Soldats, des fagots & des Lettres de Cachet.

Azyme (pain.) Il s’eſt élévé jadis une importante diſpute dans l’Egliſe, pour ſavoir ſi Dieu aimoit mieux être changé en pain levé qu’en pain azyme ou ſans levain. Cette grande queſtion, après avoir longtems partagé l’univers, eſt heureuſement décidée ; une portion des Chrétiens fait uſage du pain levé, & l’autre ſe ſert du pain azyme ou ſans levain.

B

Babel (tour de). Parabole ou allégorie ſous laquelle la Bible a ſelon toute apparence voulu déſigner prophétiquement la Théologie, & faire entendre que tout ceux qui voudroient s’élever juſqu’à Dieu & raiſonner de ſon eſſence ne s’entendroient pas plus qu’un Hottentot & un François, qu’un bas-Breton & un Suiſſe, qu’un Curé & ſon ſeigneur, qu’un Moliniſte & un Janséniſte.

Balaam. Faux Prophête, dont l’âneſſe avoit, dit-on, la faculté de parler ; ce qui eſt regardé par les eſprits-forts comme un conte à dormir de bout ; cependant ce miracle ſe perpétue dans l’Egliſe, où rien n’eſt plus ordinaire que de voir des ânes & des âneſſes parler, & même raiſonner ſur la Théologie.

Bancs. Sieges de bois ſur leſquels les Théologiens placent leurs derrières ſacrés, & que ſouvent ils ſe jettent à la tête dans les conférences amicales & polies qu’ils ont ſur la Religion.

Bâtards. Ce ſont des vauriens dont les parens n’ont point payé l’Egliſe pour acquérir le droit de coucher enſemble. En conséquence de la ſage juriſprudence introduite par le péché originel, les bâtards doivent être punis de la faute de leurs Peres ; on les prive des avantages dont jouiſſent les enfans de ceux qui ont payé pour coucher.

Batême. Sacrement indiſpenſablement néceſſaire au ſalut. Dieu n’admettra perſonne dans ſa gloire à moins qu’une fois en ſa vie il n’ait reçu de l’eau froide ſur l’occiput. Cette eau a la vertu de laver un enfant d’un péché énorme, expié par le fils de Dieu, & qui ne s’étoit commis que quelques milliers d’années avant que les parens de l’enfant ſongeaſſent à le fabriquer.

Béatification. Acte ſolemnel par lequel le Pontife Romain, qui a des nouvelles ſûres de l’autre monde, déclare à l’univers qu’un Moine, qu’il n’a point connu, jouit de l’éternelle félicité & peut être complimenté à ce ſujet.

Bedeaux. Ce ſont des gens d’Egliſe qui vivent de l’autel, auſſi bien que les prêtres ; on aſſûre qu’ils font leur ſoupe avec le pain bénit.

Bégueules. Voyez dévotes, couvent, religieuſes.

Bénédictions. Charmes, enchantemens, cérémonies magiques par leſquelles les Miniſtres du Seigneur, en levant deux doigts en l’air & en marmottant de ſaintes conjurations, évoquent le Tout-Puiſſant & le forcent à lâcher le robinet de ſes graces ſur les hommes & ſur les choſes ; ce qui leur fait ſur le champ changer de nature, & ce qui remplit ſur-tout le gouſſet du Clergé. Quand une choſe eſt bénite elle eſt Sacrée, elle ceſſe d’être profane, on ne peut plus y toucher ſans ſacrilége, ſans profanation, ſans mériter d’être brûlé.

Bénéfices. Revenus attachés à un office Eccléſiaſtique, & perçus au nom de Dieu par un membre du Clergé, qui dès qu’il en eſt pourvû le poſſede de droit divin, & n’en a par conſéquent obligation à perſonne. Il n’eſt permis à un Prêtre de poſſéder qu’un ſeul bénéfice, c’eſt une des règles de l’Egliſe que nous voyons le plus fidélement obſervée.

Bible. Livre très-ſaint, inſpiré par l’eſprit de Dieu, qui contient tout ce qu’un Chrétien doit ſavoir & pratiquer. Il eſt à propos que les laïques ne le liſent jamais ; la parole de Dieu ne manqueroitpas de leur nuire, il vaut bien mieux que les Prêtres liſent la Bible pour eux ; ils ont ſeuls l’eſtomac aſſez fort pour la bien digérer, les laïques doivent ſe contenter des produits de la digeſtion Sacerdotale.

Biens eccléſiaſtiques. Ce ſont les biens appartenans à l’Egliſe par conséquent à Dieu qui eſt ſon mari ; elle ne l’a épousé qu’à condition de la communauté des biens, ſans cela elle n’eût point conſenti à prendre un vieux barbon, dont elle n’a pas de douaire à eſpérer.

Blaſphèmes. Paroles ou diſcours qui attachent à des objets inconnus des idées qui ne leur conviennent point, ou bien qui leur ôtent celles que les Prêtres ont décidé leur convenir. D’où l’on voit que blaſphémer c’eſt n’être pas de l’avis du Clergé, ce qui eſt évidemment le plus affreux des crimes.

Bonnes ames. Ce ſont celles qui font du bien à l’Egliſe ou qui ont ſoin de faire bouillir la timbale des Sacrificateurs ou la marmite ſacrée.

Bonnet quarré. C’eſt, dit-on, l’éteignoir du bon ſens. On affuble le péricrâne d’un Docteur d’un bonnet quarré pour lui faire ſentir que ſa fonction déſormais ſera d’éteindre dans les autres la raiſon, qu’à force d’étudier il eſt heureuſement parvenu à éteindre en lui-même.

Bonté. Perfection divine. Dieu eſt parfaitement bon, ſans aucun mélange de méchanceté ; il eſt vrai que malgré ſa bonté il nous fait, ou permet que l’on nous faſſe du mal, mais cela ne prouve rien, il eſt toujours bon pour ſes Prêtres, cela doit nous ſuffire.

Bourreau. C’eſt toujours le meilleur Chrétien d’un Etat & le citoyen le plus Orthodoxe. Il eſt l’ami du Clergé, le défenſeur de la foi, l’homme le plus utile aux Prêtres ou à la cauſe de Dieu.

Bras Séculier. Ce ſont les Souverains, les Magiſtrats, les archers & les bourreaux, auxquels l’Egliſe, pour le bien de ſes enfans, livre en mere tendre tous ceux qu’elle n’a pas la cruauté de maſſacrer elle-même.

Bréviaire. Recueil de prieres en beau Latin que les Eccléſiaſtiques poſſeſſeurs de bénéfices, afin de gagner leur argent, ſont obligés de réciter tous les jours, ſous peine d’être inutiles à la Société.

Bulles. Lambeaux de parchemin, revêtus d’un ſceau de plomb, que le Serviteur des Serviteurs de Dieu expédie, quand il s’agit ſoit de tirer de l’argent, ſoit d’exciter quelque ſainte fermentation dans les pays qui ont beſoin d’exercice. Sans la Bulle Unigenitus la France eût été depuis cinquante ans dans le plus affreux engourdiſſement.

C

Calamités. Toutes celles dont la Providence permet que le genre humain ſoit affligé n’ont pour objet que l’avantage du Sacerdoce. Jamais les peuples ne ſont plus dévots que quand ils ont bien peur ou quand ils ſont bien malheureux. Pour que le Clergé eût lieu d’être content il faudroit que les calamités, & ſur-tout les contagions & les peſtes, fuſſent un peu plus fréquentes ; les Prêtres pourroient alors recueillir des héritages ou du moins ils auraient le plaiſir d’enterrer bien du monde.

Calomnie. Moyen très-légitimement & très-ſaintement employé par les Prêtres, par les dévots, & ſur-tout par les dévotes, contre les ennemis de leurs confeſſeurs & de l’Egliſe ; le tout pour la plus grande gloire du Dieu de vérité.

Calendes Grecques. Époque ſûre à laquelle les Prêtres renvoyent les fideles pour vérifier l’efficacité de leur bréviaire, l’authenticité de leurs droits & l’utilité de leurs leçons. Voyez avenir & Paradis.

Canoniques (livres). On nomme ainſi les livres de l’Écriture Sainte contenus dans la Bible, avoués par l’Egliſe & que ſes Prêtres ont vû de leurs propres yeux écrire & compoſer au Saint-Eſprit lui-même.

Canoniſation. Cérémonie ſolemnelle par laquelle le très-Saint Pere, forcé par les miracles d’un ſaint homme trépaſſé depuis cent ans, ou par l’argent de ceux qui s’intéreſſent à ſa réputation, notifie que cet homme eſt en Paradis, qu’on peut en ſûreté de conſcience brûler des cierges en ſon honneur, & donner pour boire aux moines ſes confreres.

Canons. Regles & déciſions par lesquelles des Évêques aſſemblés en Concile fixent, juſqu’à nouvel ordre, les dogmes invariables de la foi, la Diſcipline de l’Egliſe, expliquent & corrigent la parole de Dieu, ſe font des titres & des droits inconteſtables, anathématiſent tous ceux qui oſeroient en douter, & ſe font obéir avec ſuccès quand les Canons des Princes viennent à l’appui des Canons de l’Egliſe.

Cantique des Cantiques. Livre ſaintement graveleux qui contient les amours de Dieu avec ſon Egliſe. Ils ſont décrits ſi décemment que les Juifs n’oſoient le lire avant trente ans ; les Chrétiens, à force de foi, y trouvent de quoi s’édifier & s’inſtruire.

Capuchon. Morceau d’étoffe de laine, deſtiné à couvrir la nuque & la ſcience renfermée dans une caboche monacale. La forme de ce ſaint chiffon a cauſé, comme on ſait, de grands débats dans l’Egliſe, & a fait brûler pluſieurs centaines de moines encapuchonnés.

Capucin. C’eſt un bouc à deux pieds, chargé de craſſe, d’ignorance & de poux, qui chante du nez dans ſon couvent, & qui ſe montre dans les rues pour édifier les bonnes femmes & faire peur aux petits enfants.

Carcasse. voyez Sorbonne.

Cardinal. C’eſt un Prêtre tout rouge qui, en vertu d’un Bref du Pape, devient égal aux Rois, & ſe ſouſtrait de leur obéiſſance, hors le cas où il s’agit d’en recevoir des graces, qu’il a la bonté d’accepter par complaiſance pure. Les Cardinaux ſont vêtus de rouge ou de couleur de feu pour qu’ils ne perdent jamais de vue le ſang qu’il faut répandre pour le bien de l’Egliſe, & les fagots qu’il faut allumer pour ſoutenir la foi.

Carême. Tems de mortifications & de jeûne par lequel les Chrétiens plus dévots que les autres préparent leur eſtomac à manger l’agneau Paſcal, dont la chair ſeroit très-indigeſte ſi l’on ne faiſoit diète & ſi l’on ne ſe purgeoit comme il faut avant de la manger.

Carmes. Moines, qui par une grace ſpéciale attachée à leur Ordre, ont des talents cachés, qu’ils mettroient plus ſouvent en évidence ſi la foi n’étoit pas diminuée ſur la terre.

Caſuiſtes. Algébriſtes ſpirituels, qui ont ſû calculer & réduire en équations les ſotiſes qu’un bon Chrétien peut faire ſans trop fâcher la Divinité.

Catéchiſme. Recueil d’inſtructions pieuſes, inintelligibles & néceſſaires que les Prêtres ont ſoin d’inculquer aux petits Chrétiens pour les accoutumer de bonne heure à déraiſonner toute leur vie.

Catholique. Signifie univerſel. L’Egliſe Catholique ou univerſelle eſt celle dont les trois quarts & demi du genre humain n’ont jamais entendu parler, & dont les Prêtres par une faveur ſpéciale ne ſont preſque jamais d’accord entre eux ; ce qui prouve clairement que les vérités qu’ils annoncent ne ſont point concertées.

Cauſe de Dieu. C’eſt la cauſe des Prêtres, qui comme on ſait, ſont ſes Avocats, ſes Intendans, ſes Procureurs, mais qui ont rarement reçu de lui des pleins pouvoirs pour accommoder ſes affaires par la voye de la douceur.

Cauſes finales. Les Théologiens ſont les confidens de la Divinité ; ils connoisſent les motifs ſecrets de toutes ſes actions, & trouvent que c’eſt pour le plus grand bien de l’eſpece humaine qu’il y a des pestes, des guerres, des famines, des punaiſes, des couſins & des querelles Théologiques ſur la Terre. Il eſt au moins certain que tout ce qui arrive dans le monde tourne toujours au profit du Sacerdoce ; la Divinité n’a jamais que ſon Clergé en vue dans tout ce qu’elle fait ici-bas.

Célibat. Correction ſagement faite par l’Egliſe Romaine à l’ordre de ſe multiplier que Dieu lui-même avoit donné dans la Bible. Un bon chrétien ne devroit point ſe marier ; quant aux Prêtres, ils n’ont pas beſoin de femmes, les laïques en ont aſſez pour eux ; un Prêtre marié courroit riſque de s’unir d’intérêts à ſes concitoyens, ce qui ne convient nullement aux vues ſaintes & profondes de l’Egliſe Catholique Apoſtolique & Romaine.

Cénobites. Moines qui ne vivent en commun, afin d’être à portée de ſe faire plus efficacement enrager les uns les autres, & par là de mériter le Ciel, qui ne s’obtient que par ceux qui enragent ici-bas.

Cenſures. Qualifications infamantes données par les Théologiens à des perſonnes ou à des Livres qui n’ont pas le bonheur de leur plaire ou de s’accorder avec leurs infaillibles idées. Nous ne préſumons point que notre petit dictionnaire ſoit ſuſceptible de cenſure.

Cérémonies. Ce ſont des mouvemens du corps ſagement ordonnés par les Prêtres dans la vue de plaire à Dieu ; elles ſont d’une telle importance qu’il vaudroit mieux qu’une nation pérît par le fer & par le feu que d’en omettre ou d’en changer une ſeule. Voyez Rites.

Certitude. Dans la Religion elle conſiſte dans l’évidence que les oints du Seigneur ne peuvent jamais ni ſe tromper eux-mêmes ni nous tromper. D’où l’on voit que la certitude Théologique eſt mieux fondée que la certitude Phyſique, qui n’a pour garans que nos ſens, qui ſont ſujets à nous tromper.

Cervelle. Pour être bon Chrétien il eſt très-important de n’avoir point de cervelle, ou de l’avoir bien rétrécie. On peut à l’aide d’un confeſſeur, d’un précépteur ou d’un Couvent la rendre telle à ſes Enfants. Voyez Éducation. Catéchiſme. Couvent. Univerſités.

Chair (la). Elle eſt toujours oppoſée à l’eſprit ; il faut la mortifier, c’eſt une recette infaillible pour tenir l’eſprit en gayeté. L’œuvre de la chair c’eſt comme qui diroit la fornication. L’aiguillon de la chair.   .   .   .   .   .   .  c’eſt .   .   .   .   .    Voyez, Carmes.

Chaîre. C’eſt la boëte à Pandore des Chrétiens ; c’eſt la Tribune aux harangues d’où les Orateurs ſacrés débitent leurs utiles leçons ; il en ſort quelquefois des héréſies, des révoltes, des ligues, des guerres très-néceſſaires pour égayer les peuples & ranimer la foi.

Chaiſe Stercoraire. Chaiſe percée, ſur laquelle le Pape nouvellement élu place ſon derriere ſacré, afin que l’on ſoit à portée de vérifier ſon ſexe, pour ne plus tomber dans l’inconvénient d’une Papeſſe.

Chanoines. Ce ſont des Prêtres communément plus changés de cuiſine que de ſcience ; ils ſe rendent très-utiles à l’Etat pour le bien duquel ils chantent ſouvent en dormant un beau Latin qu’ils n’entendroient pas même s’ils étoient éveillés.

Chant. La Divinité a un goût décidé pour le chant, pourvû qu’il ſoit bien lugubre & bien triſte. Voilà pourquoi les Chrétiens dépenſent tant d’argent pour lui faire brailler nuit & jour des pſalmodies ennuyeuſes pour les oreilles ſans foi.

Charité. C’eſt la plus importante de toutes les vertus ; elle conſiſte à aimer par deſſus toutes choſes un Dieu que nous ne connoiſſons gueres, ou ſes Prêtres que nous connoiſſons très-bien. De plus elle veut que nous aimions comme nous-mêmes notre prochain, pourvû néanmoins qu’il aime Dieu ou ſes Prêtres & qu’il en ſoit aimé ; ſans cela il eſt convenable de le tuer par charité. Mais la vraie charité & la plus eſſentielle conſiſte à graiſſer la patte aux Prêtres ; cette vertu ſeule ſuffit pour couvrir tous les péchés.

Charlatans. Ce ſont des amis ſinceres du genre humain, qui ne cherchent jamais que ſon bien. Il y en a de ſacrés & de profanes ; ceux-ci ſont des coquins. Les autres ſont d’honnêtes gens, qui débitent avec privilége du Roi & du premier Médecin des ames, l’Orviétan ſpirituel ; ils ont communément l’attention de nous rendre bien malades, afin de nous prouver la bonté de leur remede. Voyez Prêtres.

Charnel. C’eſt ce qui n’eſt point ſpirituel : les hommes Charnels ſont ceux qui n’ont point aſſez d’eſprit pour ſentir le mérite des biens ſpirituels, pour leſquels on leur dit de renoncer au bonheur. En général les hommes charnels ſont ceux qui ont le malheur d’être compoſés de chair & d’os, ou d’avoir du bon ſens.

Chaſteté. Vertu religieuſement obſervée par les Prêtres, les Moines & les Moineſſes d’Italie, de Portugal & d’Eſpagne, en qui leurs vœux éteignent pour toujours les démangeaiſons auxquelles les profanes ſont ſujets.

Chrême (Saint). Mélange de baume & d’huile, enchanté par un Évêque ; il devient propre à faire deſcendre les graces d’en-haut & à graiſſer les Chrétiens dont la peau eſt trop aride.

Chrétien. C’eſt un bon homme, une brebis du bon Dieu, qui dans la ſimplicité de ſon cœur ſe perſuade qu’il croit fermement des choſes incroyables, que ſes Prêtres lui ont dit de croire, ſur-tout quand il n’y a jamais rêvé : en conſéquence il eſt perſuadé que trois ne font qu’un, que Dieu s’eſt fait homme, qu’il a été pendu, qu’il eſt reſſuſcité, que les Prêtres ne peuvent jamais mentir, & que ceux qui ne croyent point aux Prêtres ſeront damnés ſans rémiſſion.

Chriſtianiſme. Syſtême religieux attribué à Jéſus-Chriſt mais réellement inventé par Platon & par St. Paul, perfectionné par les Peres, les Conciles, les interprêtes, & ſuivant les occaſions corrigé par l’Egliſe pour le ſalut des hommes. Depuis la fondation de cette Religion ſublime, les peuples ſont devenus bien plus ſages, plus éclairés, plus heureux qu’auparavant ; à compter de cette heureuſe époque on n’a vu ni diſſenſions, ni troubles, ni maſſacres, ni déréglemens, ni vices : ce qui prouve invinciblement que le Chriſtianiſme eſt divin, qu’il faut avoir le diable au corps pour oſer le combattre, & qu’il faut être fou pour oſer en douter.

Chronologie. L’Eſprit-Saint a fixé dans la Bible l’époque préciſe de la création du monde ; mais l’Eſprit-Saint n’eſt pas d’accord avec lui-même ſur cette époque quand il parle en Hébreu, en Grec ou en Latin ; il l’a fait tout exprès pour exercer notre foi & pour amuſer Meſſieurs Souciet & Newton.

Ciboire (Saint). Vaſe ſacré, dans lequel, pour les garantir des rats, les Prêtres Catholiques renferment pour le beſoin un magaſin de petits Dieux, qu’ils font manger aux Chrétiens quand ils ont été bien ſages. Ciel. Pays fort éloigné, où réſide le Dieu qui remplit l’univers de ſon immenſité. C’eſt de ce Pays que nos Prêtres font venir à peu de fraix, les dogmes, les arguments & les autres denrées ſpirituelles & aëriennes qu’ils débitent aux Chrétiens ; c’eſt là, qu’aſſiſe ſur les nuées la Divinité par leurs ordres, répand ſur nos climats les roſées ou les déluges, les pluyes douces ou les orages, les calamités ou les proſpérités, & ſurtout les querelles Religieuſes, ſi utiles au maintien de la foi. Il y a trois ciels, comme chacun ſait ; St. Paul a vu le troiſieme, mais il ne nous a point donné la carte du pays, ce qui embarraſſe beaucoup les Géographes de l’Académie.

Cimetieres. Terrains bénits & découvers, où juſqu’à la réſurrection des morts, l’Egliſe permet à ſes enfants trépaſſés de pourrir en plein air, quand ils n’ont point aſſez d’argent pour acquérir le droit de pourrir dans un temple & d’infecter les vivans. Comme les riches n’entrent gueres en Paradis, il eſt honnête de les bien loger pour leur argent en attendant le jugement.

Circonciſion. Le Pere éternel, qui, comme on ſait, a par fois des fantaiſies, vouloit jadis que ſes amis ſe rognaſſent le prépuce ; ſon fils lui-même s’eſt ſoumis à cette belle cérémonie ; mais depuis ſon Papa s’eſt radouci ; il n’en veut plus aux prépuces de ſes amis, il eſt content pourvû que jamais ils n’en faſſent uſage. V. Amour.

Clefs (pouvoir des). Ce ſont les paſſe-par-touts du ciel : Jéſus-Chriſt les a lui-même remis à ſon Egliſe ; elle ſeule a droit d’ouvrir & de fermer le Paradis ; le Pape eſt ſon Suiſſe ; ſans argent point de Suiſſe.

Clerc. Nom générique ſous lequel on déſigne tout Chrétien qui s’eſt conſacré au ſervice divin, ou qui ſe ſent appellé à vivre ſans travailler, aux dépens des coquins qui travaillent pour vivre.

Clergé. C’eſt le premier des corps dans tout État bien policé ; Dieu le deſtina lui-même à remplir les plus nobles & les plus importantes fonctions ; elles conſiſtent à chanter, à débiter des chanſons, & à ſe faire bien payer de la céleſte muſique. Clergé ſignifie héritage ou portion. Le Clergé n’eſt ſi riche que par ce qu’il poſſede l’héritage de Jéſus-Chriſt qui, comme on ſait, a laiſſé une très-bonne ſucceſſion.

Cloches. Inſtrumens Théologiques ou bruyans, deſtinés, comme les Prêtres, à étourdir les vivants, & à inviter les morts à bien payer l’Egliſe. Les cloches ſont très-Chrétiennes vû qu’elles ſont baptisées ; nous devons même préſumer qu’elles conſervent toujours l’innocence baptiſmale, avantage que n’ont point la plûpart des Chrétiens.

Coactif. Se dit d’un pouvoir qui a le droit de contraindre ; l’Egliſe n’a point ce droit, elle le laiſſe aux Souverains à condition qu’ils ne manqueront point de s’en ſervir toutes les fois que le Clergé leur donnera ſes ordres.

Coadjuteurs. Quand un Évêque, qui paroît aux mécréants n’avoir pas de très-grandes affaires, ne peut plus remplir les fonctions pénibles de ſon ſaint miniſtère, on lui donne un coadjuteur pour l’aider, & alors le troupeau poſſede deux bergers au-lieu d’un, ce qui fait qu’il eſt très-bien gardé ; le diable n’oſe plus alors roder autour du bercail.

Colere. Péché capital pour tout Chrétien laïque, qui ne doit ſe fâcher que lorſque l’Egliſe ſe fâche, par ce qu’alors c’eſt Dieu qui ſe met en colere : en effet le Dieu de la bonté eſt très-colere ; ſes enfants bien-aimés ſont nés dans ſa colere ; il eſt donc à propos de ſe mettre en colere quand il eſt lui-même en colere. Car il ſe fâcheroit à coup ſûr ſi l’on étoit moins colere que lui. Les Prêtres ont le vrai Thermometre de la colere divine.

Comédiens. Gens qui exercent une profeſſion abominable & qui déplaiſent très-juſtement aux Miniſtres du Seigneur ; ils ſont proſcrits & excommuniés en France, qui eſt un Royaume très-Chrétien, où l’on ſait que les Prêtres poſſedent de droit divin le privilège excluſif de jouer la Comédie.

Commentateurs. Savans Docteurs, qui à force de ſe mettre l’eſprit à la torture parviennent quelquefois à mettre la parole de Dieu d’accord avec le bon ſens, ou à rencontrer des tournures pour alléger le fardeau de la foi.

Commerce. Le commerce eſt interdit aux Prêtres & aux Moines ; ils peuvent néanmoins très-légitimement faire quelques petits profits ſur les marchandiſes rares qu’ils font venir de l’autre monde ; ils n’y gagnent gueres en France que cent millions pour zéro. C’eſt aſſez bien placer ſon argent. Jéſus-Chriſt, comme on ſait, chaſſa les vendeurs du Temple, c’étoient ſelon toute apparence des marauts de laïques, à qui il voulut apprendre qu’il ne convient qu’aux Prêtres de faire une boutique de la maiſon du Seigneur.

Communion. Banquet ſpirituel où l’on ſert une viande aſſez légere, qui eſt propre à nourrir les ames des bons Chrétiens, mais très-indigeſte pour ceux qui n’ont point aſſez de foi.

Compagnie de Jéſus. C’eſt une Compagnie de grenadiers ſpirituels dont Jéſus-Chriſt eſt le Capitaine. Elle fait rage par-tout où on la met en quartier ; cependant communément elle n’en veut point aux femmes, les petits garçons ne s’en tirent pas à ſi bon marché.

Compulſions. Politeſſes très-preſſantes que le Chriſtianiſme a miſes à la mode pour inviter à la foi ceux qui peuvent en manquer. Elles conſiſtent à faire entrer ou rentrer dans la voye du ſalut à force de Lettres de cachet, de priſons, de tortures ou même à coups de canon, quand on a de l’Artillerie à ſes ordres.

Conciles. Aſſemblées ſolemnelles d’Évêques, réunis pour ſe concerter avec le St. Eſprit (qui eſt toujours de l’avis du plus fort) ſur les dogmes & les arrangemens néceſſaires à l’Egliſe. Les Conciles ſont utiles pour corriger, expliquer, altérer la parole divine & la doctrine reçue, & pour fixer juſqu’à nouvel ordre les articles de la foi ſans laquelle le genre humain ne peut être ſauvé.

Conclave. Lieux où s’aſſemblent les Cardinaux de la très-Sainte Egliſe Romaine, quand il s’agit d’élire un vicaire infaillible à Jéſus-Chriſt. Le St. Eſprit ne manque jamais d’aſſiſter à ces ſortes d’Aſſemblées, voilà pourquoi le conclave ne fait jamais un choix douteux.

Concordat. Convention faite entre un Pape & un Roi très-Chrétien, par laquelle l’un & l’autre ont diſposé de choſes ſur leſquelles ils n’avoient aucuns droits.

Concorde. Elle regne toujours parmi les Chrétiens & ſur-tout entre leurs Théologiens ; la preuve la plus indubitable de la Divinité du Chriſtianiſme ſe tire de la concorde inaltérable qui ſubſiſte entre ſes Diſciples. C’eſt un miracle perpétué qui confond la raiſon humaine !

Concupiſcence. Ce mot, qui peut paroître mal ſonnant & déſhonnête à des oreilles délicates, eſt Théologique & partant n’a rien d’indécent. Il ſignifie le penchant maudit que les hommes, depuis le péché d’Adam, ont pour tout ce qui eſt capable de leur donner du plaiſir.

Confeſſeur. Prêtre qui a reçu des pouvoirs de ſon Évêque ; c’eſt-à-dire, à qui Dieu lui-même a paſſé procuration en bonne forme pour écouter les ſotiſes que malgré ſon omni-ſcience Dieu a beſoin qu’on lui découvre, ſans cela il ne pourroit ſavoir à quoi s’en tenir ſur la conſcience de celui qui ſe confeſſe à ſon Prêtre.

Confeſſion auriculaire. Invention très utile aux fideles & ſur-tout très-commode aux Prêtres de l’Egliſe Romaine ; par ſon moyen ils ſont au fait des ſecrets des familles, à portée de ſoutirer l’argent des poltrons, de brouiller les ménages, d’exciter au beſoin de ſaintes révolutions. L’Egliſe eſt privée d’une partie de ces avantages dans les pays où l’on ne veut point ſe confeſſer.

Confirmation. Sacrement ou cérémonie ſacrée, qui conſiſte à graiſſer le front & appliquer un ſoufflet ſur la joue d’un poliſſon, ce qui le rend pour toujours inébranlable dans ſa foi.

Conſcience. C’eſt le jugement que nous portons au dedans de nous-mêmes ſur nos actions ; dans les profanes il eſt guidé par la raiſon, dans les Chrétiens il eſt réglé par la foi, par le zêle, par la ſoumiſſion que nous devons à nos ſaints Prêtres. En conſéquence la conſcience d’un dévot l’oblige ſouvent d’être méchant, & même de bouleverſer la Société par un motif de conſcience.

Conſécration. Paroles magiques, à l’aide deſquelles un Prêtre de l’Egliſe Romaine a le pouvoir de forcer le Dieu de l’univers à quitter ſon déjeuner pour venir ſe changer en pain & ſe faire croquer lui-même.

Conſolations. La Religion Chrétienne fournit des conſolations infinies aux dévots : elle les conſole des maux & des tribulations de cette vie en leur apprenant qu’ils ont affaire à un Dieu bon, qui les châtie pour leur bien dans ce monde périſſable, & qui, par un effet de ſa tendreſſe divine, pourroit avoir la fantaiſie de les cuire éternellement, ce qui eſt très-conſolant pour les frileux.

Contemplation. Occupation très-utile ſur-tout quand on n’a pas de grandes affaires. On ſent que rien ne peut être plus agréable à Dieu que de s’occuper du ſoin de rêver à la Suiſſe ; la Société d’ailleurs retire de très-grands fruits de ces rêves ſacrés.

Controverſes. Importantes diſputes ſur les objets conteſtés entre des Théologiens de ſectes différentes. Aux yeux des hommes charnels ce ſont des vétilles, indignes d’occuper des animaux raiſonnables, mais au fond ces diſputes ſont très-utiles à l’Egliſe militante, qui par là ſe tient en haleine, & nourrit dans les eſprits de ſaintes animoſités très-avantageuſes au Clergé.

Converſions. Changemens miraculeux & rares, qui ſont dus à la grace du Très-Haut, & dont la Société recueille communément les plus grands fruits. Ils font qu’une coquette ſurannée quitte le rouge ; qu’une femme aimable ſe change en piegrièche ; qu’un homme du monde devient un chat-huant ; enfin qu’un financier en mourant, déſeſpéré de ne pouvoir emporter avec lui le fruit de ſes rapines, laiſſe ſon bien à l’Egliſe ou à des hôpitaux pour l’acquit de ſa conſcience, pour le repos de ſon âme, & pour le ſalut de ceux qu’il a dépouillés.

Convulſionnaires. Prophéteſſes Janſéniſtes qui prophétiſent, qui font des ſauts, qui ſe font crucifier, échiner, tourmenter pour prouver que les Jéſuites ſont des coquins, que M l’Archevêque a tort, que le Pere Queſnel a raiſon, que la grace efficace par elle-même fait faire de belles gambades quand elle a de quoi payer. Voyez Secours.

Cordeliers. Moines mendiants, qui depuis cinq cens ans édifient l’Egliſe de Dieu par leur tempérance, leur chaſteté & leurs beaux arguments. Ils ne poſſedent rien en propre, leur ſoupe, comme on ſait, appartient au Saint Pere.

Correction fraternelle. Dans la Religion Chrétienne chacun doit ſe mêler de la conſcience de ſon voiſin & s’intéreſſer vivement à ſon ſalut. Il faut le reprendre de ſes fautes & ſur-tout tâcher de le faire revenir de ſes erreurs. Quand il n eſt point docile il faut le fuir & le haïr, ou bien le tourmenter & le tuer quand on eſt le plus fort.

Cour. Sans la cour l’Egliſe ne peut gueres proſpérer, le St. Eſprit ne bat que d’une aîle : c’eſt là que l’Orthodoxie ſe décide en dernier reſſort ; les hérétiques ſont toujours ceux qui ne penſent pas comme la cour. Les Divinités d’ici-bas reglent communément le ſort des Divinités de là-haut. Sans Conſtantin Jéſus-Chriſt n’eût jamais fait une grande figure ſur la terre.

Couvent. Lieu ſaint où l’on renferme ſous la clef une couvée de Moines ou de Moineſſes, afin de les ſéqueſtrer de la Société. On les lâche néanmoins dans le public quand il s’agit de lever ſur les peuples les impôts ſpirituels qui ſe payent argent comptant. Les Couvens de filles ſont très-utiles pour débaraſſer les Familles, & ſur-tout les Fils aînés, des ſœurs qui les incommodent. Ces ſaintes maiſons ſervent d’ailleurs à l éducation du Beau-ſexe, c’eſt-à-dire à former des Citoyennes bien crédules, bien peureuſes, bien ignorantes, bien dévotes, en un mot de ſaintes Bégueules très-utiles au Clergé.

Crainte. C’eſt le commencement de la ſageſſe ; jamais on ne raiſonne mieux que quand on a bien peur ; les poltrons ſont les gens les plus utiles à l’Egliſe ; ſi jamais les hommes reprenoient du courage les Prêtres ſeroient infailliblement découragés.

Création. Acte incompréhenſible de la toute-puiſſance divine qui de rien a fait tout ce que nous voyons. Les Athées nient la poſſibilité du fait, mais ils manquent de foi ; les Théologiens leur prouveront que des riens ſuffiſent pour mettre l’univers en combuſtion ; l’Egliſe leur fera voir qu’avec rien on peut faire de l’or & de l’argent. D’où l’on voit que les Prêtres du Très-Haut partagent avec lui le pouvoir de créer ; perſonne n’ignore que le Prêtre Needham ſait créer des Anguilles.

Crédibilité. L’on appelle motifs de crédibilité les raiſons convaincantes ou les preuves évidentes qui nous forcent à croire une choſe. Dans la Religion les motifs qui nous font croire, c’eſt la parole de Monſieur le Curé, c’eſt l’ignorance, c’eſt l’habitude, & ſur-tout c’eſt la crainte de ſe faire des affaires.

Crédulité. Tout bon Chrétien doit être dans cette heureuſe ſimplicité qui diſpoſe à croire ſans examen les choſes les moins croyables ſur la parole de ſes guides ſpirituels ; ceux-ci ſont évidemment incapables de ſe tromper eux-mêmes & encore moins de tromper les autres, ce qui ne ſeroit pas bien.

Crimes. Dans la Religion ce ne ſont point les actions les plus nuiſibles à la Société, ce ſont celles qui ſont les plus nuiſibles au Clergé ; le plus grand de tous les crimes eſt de manquer de foi, ou de confiance en lui, c’eſt d’examiner ſes opinions ; c’eſt de voler une Sacriſtie, c’eſt de montrer du mépris pour les choſes ſacrées ; tous ces crimes ſont punis par le feu, ſoit dans ce monde ſoit dans l’autre.

Croire. C’eſt avoir une confiance ſans bornes dans les Prêtres. Un bon Chrétien ne peut ſe diſpenſer de croire tout ce qu’on lui dit de croire, ſans cela il n’eſt bon qu’à brûler ; s’il nous dit que la grace lui manque, qu’on le brûle toujours ; la Divinité en lui refuſant ſa grace annonce qu’elle ne le juge bon qu’à brûler, pour réchauffer la foi de ſes élus.

Cruauté. Diſpoſition fâcheuſe dans le commerce de la vie ordinaire, mais très-néceſſaire au ſoutien de la Religion. L’humanité n’eſt point de ſaiſon quand il s’agit de la Divinité, ou de ſes divins Miniſtres.

Croiſades. Expéditions ſaintes, ordonnées par les Papes, pour débaraſſer l’Europe d’une foule de Vauriens dévots, qui pour obtenir du ciel la rémiſſion des crimes qu’ils avoient commis chez eux, en allaient bravement commettre de nouveaux chez les autres.

Croix. C’eſt le ſigne & l’étendard du ſalut. Ce ſont des bâtons croiſés, qui repréſentent la potence à laquelle la Divinité fut pendue. Les Miniſtres du Seigneur, comme frere Jean Des Antomures, s’en ſervent avec ſuccès pour aſſommer les coquins qui viennent piller leur clos. Porter ſa croix c’eſt ſe chagriner ſaintement, ſe tourmenter ſoi-même ; quand on ne peut mieux faire, il eſt bon de tourmenter les autres, afin de les aider à gagner le Paradis.

Croſſe. C’eſt le Lituus, le bâton augural des Romains, que dans les cérémonies de l’Egliſe portent les Évêques ou les Abbés croſſés. Il eſt fait pour annoncer aux Chrétiens qu’ils ſont de vrayes Brébis, qui n’ont rien de mieux à faire que de ſe laiſſer bien tondre par leurs ſacrés Bergers.

Culte. Suite de cérémonies ou de mouvements du corps & des lévres, qui ſont d’une néceſſité abſolue pour plaire au ſouverain de l’univers ; il n’a beſoin de perſonne, mais il prendrait en mauvaiſe part ſi l’on négligeoit l’étiquette imaginée par ſes gens, & ſi l’on omettait les compliments qui flattent ſa vanité ou celle de ſes Prêtres. Le vrai culte eſt toujours celui dont le cérémonial eſt réglé par ceux qui ont le droit de nous faire griller ſi nous refuſions de nous y conformer.

Curé. Prêtre établi dans chaque paroiſſe pour répéter du Latin & de la Théologie à des manans, pour les faire enrager afin d’en tirer la dixme, & pour intenter des procés à ſon Seigneur.

Curioſité. C’eſt un très-grand péché. Dieu condamna jadis le genre humain à la mort pour la curioſité d’une femme qui voulut connoître & le bien & le mal ; ce qui prouve qu’on riſque de lui déplaire ſouverainement quand on a le bon ſens, ou quand on veut en ſavoir plus que nos Prêtres ne veulent que nous en ſachions.

D

Damnation. Nous devons croire, ſous peine d’être damnés, que le Dieu des miſéricordes pour apprendre à vivre aux pécheurs après leur mort, & pour corriger les vivans qui n’en pourront rien voir, damne éternellement le plus grand nombre des hommes pour des fautes paſſageres ; par un miracle éclatant de ſa bonté divine il les fera durer toujours, afin d’avoir le plaiſir de les brûler toujours. L’Egliſe a, comme Dieu, le droit de damner ; il y a même des gens qui croyent que ſans elle Dieu ne damneroit perſonne, il ne le fait jamais que pour égayer ſa femme.

Daterie. Nom que l’on donne à Rome à un bureau ſacré, où, moyennant des eſpeces, on diſtribue des bénéfices, des diſpenſes, des graces du Saint Eſprit & même le droit de commettre des péchés.

David. C’eſt l’un des plus grands ſaints du Paradis, le vrai modele des Rois. Il fut rebelle, paillard, adultere, aſſaſſin &c. Il couchoit avec les femmes & faiſoit tuer les maris, mais il fut bien dévôt & bien ſoumis aux Prêtres, ce qui lui valut d’être appellé homme ſelon le cœur de Dieu ; Dieu même juſqu’à ce jour n’eſt jamais de plus belle humeur que lorſqu’on lui répete les vaudevilles que ce ſaint homme a compoſés.

Débrouilleur. Saint homme dont la fonction auprès des femmes riches & dévotes eſt de les aider à débrouiller leur petite conſcience, à éclaircir leurs petits doutes, à calmer leurs petits ſcrupules, à évaluer leurs petits péchés, afin de les mettre en état de faire une bonne petite confeſſion ; le débrouilleur ſe charge auſſi quelquefois du ſoin de brouiller le ménage.

Déicide. Crime commis par les Juifs en faiſant mourir un Dieu, qu’ils n’eurent point l’eſprit de démêler dans un Juif à cheveux roux, qui les attrapa pour les punir enſuite d’avoir été attrapés.

Déiſme. Syſtême impie, vû qu’il ſuppoſe un Dieu trop raiſonnable, qui n’exige rien des hommes que d’être bons & honnêtes, & qui ne leur demande ni foi, ni culte, ni cérémonies. On ſent que ce Syſtème eſt abſurde & ne convient nullement au Clergé ; une telle Religion n’auroit pas beſoin de Prêtres ; ce qui ſeroit fâcheux pour la Théologie.

Délations. La Religion Chrétienne eſt, comme on ſait, l’appui de la Société & le ſoutien des mœurs. Voilà pourquoi ſur-tout dans les pays où la ſainte inquiſition eſt établie, l’Église a des eſpions & force à la délation les parens, les amis, les valets ; ce qui rend la Société très-ſûre, les mœurs très-honnêtes, & le commerce de la vie infiniment agréable.

Déluge. Correction paternelle, infligée au genre humain par la providence divine, qui, faute d’avoir prévu la malice des hommes, ſe repentit de les avoir faits ſi malins, & les noya une bonne fois pour les rendre meilleurs ; ce qui eut, comme on ſait, un merveilleux ſuccès.

Dépoſition. Les Évêques ſeuls ont droit de juger & de dépoſer un Évêque ; les Souverains, ſans ſacrilége, ne peuvent exercer ce droit ; depuis que Samuël dépoſa le Roi Saül, les Évêques ont acquis le droit de dépoſer les Rois ; d’où l’on voit que c’eſt très-légitimement que Louis le Débonnaire fut dépoſé par des Évêques au Concile de Soiſſons, & que le Pape a le droit inconteſtable de dépoſer les Rois.

Devoirs. Dans la Religion ce ſont ceux qui ſont fondés ſur les rapports qui ſubſiſtent entre les hommes & leurs Prêtres. D’où l’on voit que c’eſt aux Prêtres ſeuls à fixer les devoirs d’un bon chrétien. Ils conſiſtent à bien prier, à bien écouter ce qu’ils n’entendent point, & ſur-tout à bien payer les Ministres du Seigneur.

Dévotion. C’eſt un ſaint dévouement aux Prêtres, ou une pieuſe exactitude à remplir les pratiques qu’ils recommandent. Les dévots, c’eſt-à-dire, les Chrétiens, duement pénétrés de ces grands ſentimens, ont l’avantage d’être plats, ennuyeux, inſociables & par conſéquent très-dignes d’aller bien vîte en Paradis. Les dévotes ſont de ſaintes Bégueules qui travaillent efficacement au ſalut de tous ceux qui les approchent, en leur donnant un ſaint dégoût pour les choſes de ce monde ; le mari d’une dévote doit être au moins ſouvent tenté de ſe ſauver de chez lui.

Diable. C’eſt le Panurge de la cour céleſte ; la cheville ouvriere de l’Eglise. Dieu pourroit d’un ſeul mot le replonger dans le néant, mais il s’en garde bien, il en a trop beſoin, pour mettre ſur ſon compte toutes les ſotiſes dont on pourroit l’accuſer ; il le laiſſe donc faire & ſupporte patiemment les tours de page qu’il joue ſans ceſſe à ſa femme, à ſes enfans, à lui-même. Dieu ne peut ſe paſſer du Diable ; la crainte de Dieu n’eſt ſouvent que la crainte du Diable ; c’eſt la Religion de beaucoup de bons dévots, qui ſans le Diable pourroient bien ne pas trop ſonger ni à Dieu ni à ſes Prêtres.

Dieu. Mot ſynonyme de Prêtres ; ou, ſi l’on veut, c’eſt le factotum des Théologiens, le premier agent du Clergé ; le chargé d’affaires, le pourvoyeur, l’intendant de l’Armée divine. La parole de Dieu c’eſt la parole des Prêtres ; la gloire de Dieu c’eſt la morgue des Prêtres ; la volonté de Dieu c’eſt la volonté des Prêtres. Offenſer Dieu c’eſt offenſer les Prêtres. Croire en Dieu c’eſt croire ce qu’en diſent les Prêtres. Quand on dit que Dieu eſt en colere, cela ſignifie que les Prêtres ont de l’humeur. En ſubſtituant le mot Prêtres à celui de Dieu la Théologie devient la plus ſimple des ſciences. Cela poſé, l’on doit conclure qu’il n’exiſte point de vrais Athées, vû qu’à moins d’être imbécille, on ne peut nier l’exiſtence du Clergé, qui ſe fait très-bien ſentir. Il y auroit bien un autre Dieu, mais les Prêtres ne s’en ſoucient point ; c’eſt au leur qu’il faut s’en tenir, ſi l’on ne veut ſe faire griller. Voyez Déiſme.

Dignités. Ce ſont des diſtinctions mondaines que dans la Religion d’un Dieu humble l’on accorde à ſes humbles ministres, à qui il ne convient plus d’être auſſi miſérables qu’il l’étoit lui-même pendant ſon ſéjour en ce monde.

Dimanche. Jour conſacré au Seigneur, c’eſt-à-dire deſtiné à rendre hommage à ſes Prêtres, en écoutant leurs beaux ſermons, en aſſiſtant à leurs cérémonies, en ſe joignant à leurs divins concerts, & en s’enyvrant enſuite à la Courtille.

Directeur. C’eſt un ſaint homme à col tors, communément très-friand ; dont la fonction eſt de venir dans les familles faire naître des ſcrupules, brouiller les Époux, faire gronder les enfans & les gens, mettre à l’envers les cervelles des dévotes pour les guider plus ſûrement dans le chemin du ſalut.

Diſcipline. Ce ſont les arrangemens ou réglements ſalutaires que les Miniſtres du Seigneur jugent convenables à leurs intérêts, & qu’ils changent, à volonté, pour ſe conformer aux intentions immuables de la Divinité.

Ce mot déſigne encore un inſtrument de corde ou de fil de fer, qui fait grand bien à l’ame quand on l’applique ſur le corps.

Diſpenses. Permiſſions de mal faire que le Pape ou les Évêques accordent moyennant finance ; en vertu de ces diſpenſes ce qui étoit illicite & criminel devient légitime & permis, vû que le produit des diſpenſes augmente les fonds de la caiſſe du pere éternel & compagnie.

Diſputes. Débats édifiants & intéreſſans que l’on voit aſſez ſouvent s’élever entre les interpretes infaillibles de la parole de Dieu, qui, pour le plus grand bien de ſon Eglise, n’a point voulu parler trop clairement, de peur que ſes chers Prêtres n’euſſent point à ſe chamailler.

Divorce. Il eſt abſolument interdit aux Chrétiens, chez qui le mariage eſt indiſſoluble. Il en réſulte, ſans doute, les plus grands biens pour les Epoux, qui très-ſouvent ne peuvent s’accorder, car alors ils ſe tourmentent efficacement pendant toute leur vie, ce qui ne peut manquer de les conduire tout droit en Paradis. Le divorce n’eſt permis qu’aux Evêques, qui peuvent, quand ils veulent, troquer une femme pauvre pour en prendre une plus riche & plus coſſue.

Dixmes. Elles appartiennent de droit divin aux Miniſtres de l’Egliſe. Les Apôtres, comme chacun ſait, avoient les dixmes à Jéruſalem. La loi ancienne, abrogée par Jéſus-Chriſt, adjugeoit les dixmes aux Prêtres Juifs, d’où il ſuit que la dixme de tous les biens, doit, ſous la loi nouvelle, appartenir au Clergé. D’ailleurs rien n’eſt plus légitime que de faire travailler les laboureurs pour ce pauvre Clergé, qui fait de la Théologie pour eux, leurs femmes & leurs enfans.

Doctrine. C’eſt ce que tout bon Chrétien doit croire, ſous peine d’être brûlé, dans ce monde soit dans l’autre. Les dogmes de la religion sont des décrets immuables de Dieu qui ne peut changer d’avis que quand l’église en change.


Doigt de dieu
Toutes les fois qu’un grand événement, ou une révolution, ou une calamité tournent au profit du clergé, ces choses indiquent le doigt de Dieu, qui a toujours en vue ses bons amis les prêtres, excepté quand la griffe de satan donne au bon dieu sur les doigts.
Dominante
On appelle religion dominante celle du prince, qui à l’aide des sabres, des bayonnettes et des mousquets prouve invinciblement aux autres religions de son pays qu’elles ont tort, que son confesseur a raison, et que c’est son conseil qui doit régler la croyance ou la foi.
Domination (esprit de)
L’ambition ou le désir de dominer sont des passions heureusement inconnues des ministres de l’évangile ; leur empire n’est point de ce monde, il est tout spirituel ; contents de dominer sur les esprits, ils ne craignent point que les corps, ou les étuis des esprits, manquent jamais d’être souples à leurs saintes volontés.
Donations
Ce sont les présents que l’église, par bonté pour ses enfants, consent à recevoir de leurs mains profanes ; le clergé ressemble à Messer Aldobrandin qui homme à présents étoit ; non qu’il en fît, mais il en recevoit. Tout ce qu’on donne à Dieu appartient au clergé. dabunt domino et erit sacerdotis. voyez nombres chap v, v 8.
Dons gratuits
De droit divin le clergé ne doit rien à l’État ; s’il contribue à ses besoins c’est par condescendance pure ; il ne vit dans l’État que pour être protégé, respecté, payé ; il lui fait assez d’honneur en l’honorant de sa présence, en l’aidant de ses prières, en l’éclairant de ses lumières, en le soulageant de ses écus.
Douceur évangélique
Elle consiste a inculquer la foi à force d’injures, de menaces et de supplices ; c’est à l’aide de ces bonbons que l’église fait avaler à ses enfants la pillule de la foi.
Dragons
Missionnaires très orthodoxes que la cour de Versailles envoya aux huguenots pour argumenter contre eux sur la transsubstanciation, les ramener au giron de l’église, et leur prouver que le pape et le confesseur du roi ne peuvent jamais se tromper.
Droit canonique
C’est le recueil des lois, des ordonnances, des constitutions, des décisions, des bulles etc. Que les ministres du seigneur ont imaginé pour former la jurisprudence sacrée qu’ils se sont faite à eux-mêmes. Elle est quelquefois contraire à la raison, à la jurisprudence civile, aux droits des souverains, et même au droit naturel, mais tous ces droits sont faits pour céder à des droits divins.
Droits divins
Ce sont les droits dont jouissent incontestablement tous ceux qui sont assez forts pour empêcher les autres de contester leurs droits, ou qui ne sont point curieux de les voir discuter. Dieu, comme on sait, est la même chose que ses prêtres, d’où il suit que les droits des prêtres sont toujours des droits divins. L’église jouit de droit divin du droit incontestable de se faire des droits divins, d’empêcher que jamais l’on ne doute de ses droits divins.
Dureté
On reproche communément la dureté aux gens d’église ; c’est en eux un effet de la plus sublime vertu ; un bon chrétien doit être parfaitement insensible. Il est un parfait prêtre quand Dieu lui fait la grâce de joindre une tête de fer à un cœur d’airain ; lorsqu’il a bien dîné, le monde entier doit lui être indifférent. C’est près du lit des moribonds que l’on voit surtout briller le stoïcisme sacerdotal. voyez Mourants.
Eau bénite
On l’appellait eau lustrale chez les païens, mais nos prêtres la rendent très sainte et très chrétienne, et très efficace, à l’aide de quelques enchantements, que l’on trouve dans les grimoires sacrés que l’on nomme rituels.
Ecclésiastiques
ou gens d’église. Nom générique sous lequel on désigne tous ceux qui composent l’armée que la divinité, pour le bien de nos âmes, fait vivre à discrétion ici-bas.
École
C’est l’arène où descendent nos gladiateurs sacrés, pour s’escrimer et disputer sans fin sur les vérités évidentes que Dieu lui-même a révélées. Ce sont ordinairement les peuples qui sont blessés des puissants coups que les théologiens se portent, ce qui est, sans doute, un miracle étonnant.
Écriture sainte
C’est la même chose que la bible. C’est un recueil descendu du ciel tout exprès pour que les prêtres y trouvassent tout ce qu’ils avaient besoin d’y trouver. L’écriture sainte renferme tout ce qu’un chrétien doit faire et croire, pour peu qu’il y joigne seulement un million de volumes de commentaires, de syllogismes, de casuistes et de théologiens.
Édification
Édifier quelqu’un c’est fortifier en lui par sa conduite et son exemple le saint respect qu’il doit avoir pour la religion ou pour les volontés des prêtres ; quant aux prêtres ils sont toujours édifiants, surtout en Espagne et en Italie, aussi voit-on qu’ils y sont fort considérés.
Éducation chrétienne
Elle consiste à faire contracter dès l’enfance aux petits chrétiens l’habitude salutaire de déraisonner, de croire tout ce qu’on leur dit, de haïr tous ceux qui ne croient pas ce qu’ils croient ; le tout pour former à l’état des citoyens bien sensés, bien raisonnables, bien tranquiles et surtout bien soumis au clergé.
Église
C’est comme qui dirait le clergé : or ce clergé c’est la femme de Jésus-Christ ; c’est elle qui porte les culottes ; son mari est un bon homme qui ne se mêle de rien et qui ne la contredit jamais pour avoir la paix chez lui. En effet la bonne dame n’est point aisée ; quelquefois elle traite ses enfants qui regimbent avec une dureté que leur papa n’approuverait point s’il osait se mêler du ménage.
Élus
Ce sont ceux que Dieu dans sa miséricorde choisit pour leur donner les petites entrées chez lui ; il y aura bien dans chaque siècle une demi-douzaine d’élus, qui auront le plaisir ineffable de voir griller le reste du genre humain.
Encensoir
Cassolette sacrée dans laquelle on fait brûler des parfums pour régaler les narines de la divinité ; les prêtres sont ses parfumeurs privilégiés ; mettre la main à l’encensoir se dit donc par métaphore pour désigner le crime détestable de tout prince ou magistrat qui auraient l’impertinence de mettre le nez dans les affaires des prêtres, sans en être priés.
Enfance
État de faiblesse, d’ignorance et d’imbécillité, dans lequel il est nécessaire d’entretenir et de plonger les chrétiens, afin que les prêtres puissent les conduire plus aisément en paradis, dont ils seraient exclus s’ils devenaient assez grands pour se conduire eux mêmes, ou pour marcher sans lisières.
Enfer
C’est le foyer de la cuisine qui fait bouillir en ce monde la marmite sacerdotale. Elle fut fondée en faveur de nos prêtres ; c’est pour qu’ils fassent bonne chère, que le père éternel, qui est leur premier cuisinier, met en broche ceux de ses enfants qui n’auront point eu pour leurs leçons la déférence qui leur est due. Au festin de l’agneau les élus mangeront des incrédules grillés, des riches en fricassée, des financiers à la sauce robert, etc. Etc. Etc.
Enterrements
Cérémonies que les prêtres du seigneur rendent plus ou moins lugubres par leurs saints hurlements, suivant qu’ils sont payés plus ou moins grassement.
Enthousiasme
Sainte ivresse qui grimpe au cerveau de ceux à qui Dieu fait la grâce de boire en large dose le bon vin que les prêtres débitent dans leurs saints cabarets. Voyez Fanatisme et Zêle.
Épreuves
Ce sont des pièges ingénieux et subtils que pour s’amuser la divinité, qui sait tout et qui lit dans les cœurs, tend aux hommes qu’elle favorise, afin de découvrir leurs dispositions cachées, et pour savoir à quoi s’en tenir sur leur compte.
Erreur
C’est toute façon de penser en matière de religion qui diffère de celle des prêtres à qui nous devons notre confiance. Il n’est point chez les chrétiens de crime plus impardonnable que de se tromper, c’est celui qu’avec raison l’on punit avec le plus de rigueur ; il n’y a guères que le feu qui puisse éclairer efficacement et remettre dans le bon chemin celui qui est assez bête pour errer.
Espérance
Vertu chrétienne qui consiste à mépriser tout ce que nous connaissons de bon ici-bas, pour attendre dans un pays inconnu les biens inconnus que nos prêtres, pour notre argent, nous apprennent que nous connaîtrons quelque jour.
Esprit
Chacun sait ce que c’est qu’un esprit ; c’est ce qui n’est point matière. Toutes les fois que vous ne saurez pas comment une cause agit, vous n’aurez qu’à dire que cette cause est un esprit, et vous serez très pleinement éclairci.
Esprit (saint)
C’est le troisième des dieux qui composent le seul dieu des chrétiens. La fonction de celui-ci est d’inspirer les prêtres, et de se trouver au milieu d’eux toutes les fois qu’il en est requis. Aux yeux des hommes charnels le saint-esprit ne montre point toujours infiniment d’esprit.
Esprits forts
Ce sont ceux qui n’ont pas l’esprit faible ; ou qui n’ont point reçu de Dieu une échine assez souple pour se laisser bâter par les ministres du seigneur.
Éternité
C’est ce qui n’a ni commencement ni fin. Comme la chose est plus facile à dire qu’à comprendre, il est bon que tout chrétien la médite à l’aide de son confesseur, qui ne manquera pas de lui en faciliter l’intelligence ; en attendant, sous peine d’être éternellement rôtis, nous devons, en dépit du prédicant Petit-Pierre, nous tenir pour certains que les peines de l’enfer seront éternelles ; Jésus-Christ avait oublié de le dire, mais l’église, qui en sait plus long que lui, l’a dit et le répète sans cesse, pour la consolation de ses très chers enfants, dont au moins les 99 centièmes seront damnés. voyez Consolations.
Études
Pour un théologien profond, c’est travailler toute sa vie à embrouiller ses idées, et à remplir sa caboche de saints mots, auxquels ni lui-même ni tous ceux qui n’auront point reçu des grâces surnaturelles ne pourront jamais attacher aucun sens raisonnable. Les études pour les laïques consistent à apprendre du latin et sur tout la soumission qui est due au clergé.
Eucharistie
Sacrement merveilleux dans lequel le dieu de l’univers a la bonté de se donner lui-même à manger à ses prêtres, et aux chrétiens dont l’estomac est assez fort pour pouvoir le digérer.
Eunuques
Il serait à propos pour le bien de la religion que tous les chrétiens fussent eunuques et les femmes bouclées ; par ce moyen le monde finirait plutôt, et Dieu par conséquent n’y serait plus offensé.
Évangile
Signifie bonne nouvelle. La bonne nouvelle que l’évangile des chrétiens est venu leur annoncer, c’est que leur dieu est très colère, qu’il destine le plus grand nombre d’entre eux à des flammes éternelles, que leur bonheur dépend de leur sainte bêtise, de leur sainte crédulité, de leur sainte déraison, du mal qu’ils se feront, de leur haîne pour eux-mêmes, de leurs opinions inintelligibles, de leur zêle, de leur antipathie pour tous ceux qui ne penseront ou qui ne feront pas comme eux. Telles sont les nouvelles intéressantes que la divinité, par une tendresse spéciale, est venue annoncer à la terre ; elles ont tellement égayé le genre humain que depuis l’arrivée du courrier qui est venu les apporter de là-haut, il n’a fait que trembler, que pleurer, que se quereller et se battre.
Évêque
Signifie inspecteur. C’est un prêtre qui, sans femme, a, comme quelques insectes, la faculté de se reproduire et de multiplier son espèce. L’épiscopat est un fardeau si pénible que c’est toujours à son corps défendant qu’un abbé de cour s’en charge ; on est obligé de vaincre par trois fois sa épugnance sincère pour un évêché qu’il a sollicité dix ans. Voyez Ordre.
Examen
Quand on est bon catholique, ce serait un grand péché que de prétendre examiner ce que dit le clergé, qui se dit infaillible ; quand on est protestant il est légitime et permis d’examiner par soi-même ce que dit le clergé, qui ne se dit point infaillible, pourvu néanmoins que l’on trouve par cet examen que le clergé protestant ne se trompe jamais.
Excommunications
Ce sont des peines spirituelles que les pasteurs de l’église infligent à celles de leur brebis qui ont la clavelée : autrefois elles faisaient sécher sur pied, et quelquefois mourir les princes d’apoplexie ; aujourd’hui les excommunications ne produisent point des effets si marqués, ce qui vient de ce que la foi devient plus rare sur la terre.
Exercices de piété
Ce sont de petites occupations spirituelles imaginées par les prêtres pour empêcher les ames dévotes de s’engourdir. Sans ces petits exercices les bonnes femmes et les gens désoeuvrés courraient risque de s’ennuyer, ou seraient en danger de s’occuper de choses utiles à leurs familles et au monde pervers.
Exorcismes
Actes d’autorité sur les démons, exclusivement exercés par les ministres de l’église romaine. À force d’eau-bénite, de paroles et de cérémonies, on oblige l’esprit malin de sortir des corps où il n’était jamais entré, ou bien où il était entré pour de l’argent.
Expiations
Expier c’est éteindre des dettes contractées avec Dieu ; les expiations sont des cérémonies inventées par les prêtres qui sont les gens d’affaire de la divinité ; celle-ci en passe toujours par tout ce que ses prêtres veulent ; elle remet les dettes aux hommes toutes les fois que ses gens d’affaire ont été bien payés.
Extases
Syncopes sacrées, durant lesquelles les saints, et surtout les saintes, ont le bonheur de rêver et de voir des bluettes. Les personnes sujettes à avoir des extases sont communément celles à qui la providence fait la grâce d’être bien folles ou bien frippones. Voyez Visions.
Extrême-onction
Sacrement respectable de l’église romaine ; il est très utile pour effrayer les mourants. Il consiste à graisser les bottes de ceux qui sont prêts a entreprendre le voyage de l’autre monde.
Ezéchiel
Grand prophête de Judée et surtout homme à belles visions. Il est fameux par ses bons déjeunés, auxquels nos prophêtes modernes ne portent point envie. Ezéchiel est assûrément, après le jésuite Sanchez et le portier des chartreux, l’ecclésiastique le plus ordurier que je connaisse.
Fables
Les histoires que débitent toutes les religions de la terre sont des fables ou des contes à dormir debout ; il n’y a que les contes de la bible qui soient des vérités. Quiconque n’est pas curieux d’être jetté dans la chaudière éternelle doit les prendre pour des histoires véritables.
Fagots
Conter des fagots c’est raconter des fables ; l’église a des fagots dont elle se sert pour répondre aux difficultés que les mécréants opposent aux fagots qu’elle leur conte.
Familiers
Nom que l’on donne en Espagne et en Portugal à des seigneurs distingués, qui, par humilité, se font les espions, les délateurs, les alguazils de la très sainte inquisition.
Fanatisme
Rage sainte ou contagion sacrée, propre au christianisme surtout, dont se trouvent saisis les bons chrétiens qui ont le sang très brouillant et le crâne bien fêlé : cette maladie se gagne par les oreilles ; elle résiste également au bon sens et aux remèdes violents ; les bouillons, les bains, ou les petites maisons en sont les spécifiques assûrés.
Fardeau
Le fardeau du seigneur est léger. Ce sont les prêtres qui nous le font porter pour eux, ce qui les empêche d’en être fatigués : ou plutôt ce sont les prêtres qui, suivant Jérémie, sont le fardeau du seigneur.
Fatalisme
Systême affreux qui soumet tout à la nécessité, dans un monde réglé par les décrets immuables de la divinité, sans la volonté de laquelle rien ne peut arriver. Si tout était nécessaire, adieu le libre arbitre de l’homme, dont les prêtres ont si grand besoin pour pouvoir le damner.
Femmes
Le christianisme n’est rien moins que poli envers les jolies femmes, il n’en fait cas que quand elles sont laides ou surannées. Celles qui n’ont pas de quoi plaire au monde sont très agréables à Dieu et très bonnes pour ses prêtres ; les bégueules servent grandement la religion, leur confesseur et leur curé, par leurs saints caquets, leurs saintes cabales, leurs saintes criailleries, et surtout par un saint entêtement pour ce qu’elles n’entendent pas.
Fêtes
Jours sagement destinés par l’église à une sainte oisiveté, qui est toujours favorable à la dévotion. Pendant les fêtes un artisan ne peut sans crime travailler à gagner du pain, mais il ne tient qu’à lui de s’enivrer à la courtille, quand il en a le moyen ; ce qui fait un grand bien à son âme ou à la ferme des aides ; cependant le parti le plus sûr est de passer la journée à bailler aux corneilles.
Feu
La religion chrétienne est une religion de feu. Les bons chrétiens doivent brûler sans cesse de l’amour divin, les prêtres doivent brûler de zêle, les princes et les magistrats doivent passer tout leur temps à brûler des hérétiques ou des mécréants, enfin les bourreaux devraient sans cesse brûler des livres au pied du grand escalier du may.
Feuille des bénéfices
C’est le baromètre de la foi du clergé de France. Il est sujet à varier depuis quelque temps ; à l’égard du thermomètre de la foi il est presque toujours à la cour au terme de la glace.
Fidèles
Ce sont les bons chrétiens fidèlement attachés à Dieu, c’est-à-dire à ses prêtres, envers et contre tous. Les fidèles, comme on sait, ne doivent être fidèles à leurs princes que quand les princes eux-mêmes sont fidèles à l’église, c’est-à-dire, bien soumis à leurs prêtres.
Figures
Types, allégories, façons obscures de s’exprimer, très familières à l’esprit-saint, qui n’a jamais voulu parler trop bon français à ceux qu’il voulait illuminer ; le tout pour fournir aux docteurs de l’église l’occasion de nous montrer leur étonnante sagacité.
Filiale
La crainte filiale est mêlée d’amour, c’est celle que tout chrétien doit avoir pour un dieu d’assez méchante humeur, qui est son très cher père, et pour la sainte église sa maman, qui n’est point la commère la plus aisée de ce monde.
Fils de Dieu
C’est la même chose que le fils de l’homme ; le fils de l’homme c’est la même chose que le dieu son père, et dieu son père est la même chose que son fils et que son saint-esprit. Ce langage peut paraître du galimatias à ceux qui n’ont point de foi, mais la Sorbonne n’y voit rien de fort embarrassant.
Financiers
Ce sont les publicains du nouveau testament ; à l’exception du trésorier du clergé, ils seront tous damnés, à moins que des prêtres charitables ne les débarrassent d’une portion du mammon d’iniquité.
Flagellations
Saintes et salutaires fessées que se donnent les chrétiens les plus parfaits dans la vue de mortifier la chair, de rendre l’esprit gaillard, et de mettre en goguettes le père des miséricordes, qui rit dans sa barbe divine toutes les fois qu’on lui montre un derrière ou un dos bien et duement étrillés.
Foi
C’est une sainte confiance dans les prêtres, qui nous fait croire tout ce qu’ils disent, même sans y rien comprendre. C’est la première des vertus chrétiennes ; elle est théologale, c’est-à-dire utile aux théologiens ; sans elle point de religion, et partant point de salut. Ses effets sont de plonger dans un saint abrutissement accompagné d’un pieux entêtement, et suivi d’un profond mépris pour la raison profane. On sent que cette vertu est très avantageuse à l’église ; elle est la suite d’une grâce surnaturelle que procure l’habitude de déraisonner ou la crainte de se faire de méchantes affaires. D’où il suit que ceux qui n’ont point reçu cette grâce ou qui n’ont point eu l’occasion de contracter cette sainte habitude ne sont d’aucune utilité pour les prêtres et par conséquent ne sont bons qu’à jetter à la voirie. La foi du charbonnier, c’est celle que professent tous les chrétiens sincères : elle consiste à croire tout ce que croit Mr le curé ; et ce que croit Mr le curé, c’est ce que ses paroissiens s’imaginent de croire sur la périlleuse parole de Mr le curé.
Folie
Les bons chrétiens se glorifient de la folie de la croix. Rien n’est plus contraire à la religion et au clergé qu’une tête sensée et raisonnable ; elle n’est jamais bien propre à la foi, ni assez susceptible de ferveur ou de zêle. Les musulmans ont du respect pour les fous, et parmi les chrétiens les plus grands saints sont évidemment ceux qui ont eu la cervelle la plus dérangée.
Fondations
Revenus accordés à des prêtres et à des moines pour les faire bien boire, bien manger, bien chanter et bien végéter ; le tout pour que les vignes de ceux qui n’ont pas le loisir de chanter ne fussent point grêlées : ce sont les prêtres, comme on voit, qui font la pluie et le beau temps sur la terre.
Force
Vertu très nécessaire au soutien de la foi et à la prospérité de l’église. Elle consiste dans le clergé à forcer par toutes sortes de moyens ceux qui sont opiniâtres, à penser comme lui. Dans les laïques elle consiste à résister avec rigueur aux suggestions du bon sens, qui pourrait les damner, et à porter avec constance le joug des prêtres du seigneur.
Foudres de l’église
C’est l’artillerie spirituelle ; elle est composée de mortiers et de canons intellectuels, que les chefs de l’église ont le droit de pointer contre les âmes de ceux qui ont la témérité de leur déplaire. Cette artillerie métaphysique ne laisse pas de blesser les corps, quand elle est soutenue par l’artillerie physique qui se conserve dans les arsenaux des princes séculiers.
Fraudes pieuses
Ce sont de saintes friponneries, des mensonges religieux, des impostures dévotes dont le clergé se sert très légitimement pour nourrir la piété du vulgaire, pour faire valoir la bonne cause, pour nuire à ses ennemis, contre lesquels, comme on sait, tout est permis.
Frelons
Insectes malfaisans et paresseux, qui ôtent aux abeilles leur miel et qui portent le trouble dans la ruche où l’on travaille. v Dîmes, Prêtres, Moines, Vampires.
Frères
Tous les chrétiens sont frères ; c’est-à-dire, sont en querelle pour la succession de monsieur leur père, dont le testament est devenu fort obscur, graces aux frères théologiens. Rara est concordia fratrum.
Fripons
Voyez Prêtres, Jongleurs, Voleurs, comédiens, etc.
Froc
Habit sacré, réservé pour les moines, qui sont des hommes de Dieu. Par un miracle étonnant le froc leur communique le don de continence dès qu’ils l’ont endossé. Nous en avons la preuve dans le chien de Mr De Maulevrier, dont parle l’ami Rabelais.
Glaive
Jésus-Christ, pour le bien du genre humain, est venu apporter le glaive ; l’église de Dieu, qui est fort sujette à se fâcher, possède dans son arsenal deux glaives, l’un est le glaive spirituel, qui vous expédie les âmes ; l’autre est le glaive temporel, qui vous expédie les corps ; c’est le moyen de mettre les gens à la raison. Au défaut de ces deux glaives, l’église est encore en possession d’un petit coutelet, mais elle le cache avec soin de peur qu’on ne le lui prenne ; elle ne s’en sert jamais que dans les grandes occasions. Voyez Régicide.
Gloire de Dieu
Nous ne pouvons douter que Dieu ne soit fier comme un écossois ; ses ministres nous le disent à chaque instant ; c’est pour la plus grande gloire de Dieu qu’ils culbutent l’univers ; ce qui est très légitime, vu que Dieu n’a créé l’univers que pour sa gloire, qui se confond toujours avec celle de ses prêtres.
Grâce
Don gratuit, que Dieu donne à qui bon lui semble, en se réservant, comme de raison, le droit de punir tous ceux à qui il n’a point voulu la donner. Il n’est point encore bien décidé si pour produire son effet la grâce doit être efficace ou suffisante ; il faut attendre que Dieu nous donne sa grâce pour savoir à quoi nous en tenir sur la nature de sa grâce.
Grandeurs
L’église de Dieu méprise les grandeurs de ce monde ; ses ministres n’en sont aucunement curieux ; les évêques ont une aversion marquée pour les titres, les cordons-bleus, les équipages etc. Ils sont surtout très offensés quand on leur donne le titre de grandeur.
Guerres de religion
Saignées salutaires et copieuses que les médecins de nos âmes ordonnent aux corps des nations, que Dieu veut favoriser d’une doctrine bien pure. Ces saignées ont été fréquentes depuis la fondation de l’église ; elles sont devenus très nécessaires pour empêcher les chrétiens de crever de la plénitude des graces que le ciel répand sur eux.
Haine
Sentiment louable et nécessaire à tout bon chrétien, quand ses prêtres jugent à propos de l’exciter pour la cause de Dieu, dont les intérêts leur sont connus, vu qu’ils y sont communément pour quelque chose ; ainsi, sur leur parole et sans blesser la charité, un dévot peut haïr en conscience quiconque déplait à son cher confesseur.
Hérésies
Elles sont nécessaires à l’église pour exercer les talents et dérouiller les rapières de nos gladiateurs sacrés. Toute opinion contraire à celle des théologiens en qui nous avons confiance, ou qui ont assez de crédit pour prévaloir la leur, est visiblement une hérésie. D’où l’on voit que les hérétiques sont toujours ceux d’entre les théologiens qui n’ont point assez de bataillons pour se rendre orthodoxes.
Hétérodoxes
Ce sont tous ceux qui ne pensent pas comme les orthodoxes ; ou qui n’ont pas la force de se rendre orthodoxes.
Hiérarchie
C’est l’ordre des rangs divers qu’occupent les ministres de Jésus-Christ dans la maison de son père, où il a dit lui-même qu’il n’y aurait ni premiers ni derniers. Mais la femme de Jésus-Christ qui s’entend bien mieux que lui en affaires, en a décidé tout autrement. Il y a maintenant dans la famille divine autant de distance d’un évêque à un curé, que du bon dieu à saint Crépin, qui n’était qu’un cordonnier de Soissons.
Histoire ecclésiastique
Étude très nécessaire aux gens d’église, mais très nuisible aux laïques, qui pourraient bien ne pas avoir toujours une foi assez robuste pour n’être point scandalisés des pieux déportemens des ministres du seigneur.
Holocaustes
Victimes rôties ou brûlées en sacrifice. La divinité eut de tout temps un goût marqué pour la chair grillée, vu que ses prêtres en tiraient bon parti ; depuis le christianisme ses prêtres plus désintéressés lui font bien griller des victimes, mais ils s’abstiennent de les manger, leur cuisine est assez bien pourvue sans cela.
Homme
L’homme ordinaire se définit un animal composé de chair et d’os, qui marche à deux pattes, qui sent, qui pense, qui raisonne : selon l’évangile et Jean Jacques, l’homme ne doit ni sentir, ni penser, ni raisonner ; il devrait même, pour bien faire, marcher à quatre pattes, afin que ses prêtres puissent avec plus de facilité lui monter sur le dos. Le vieil homme, c’est l’homme dans son état naturel, c’est-à-dire, corrompu, assez dépravé pour aimer son bien être, et assez faible pour le chercher. Le fils de Dieu a fait de son mieux pour anéantir le vieil homme, mais ainsi que ses prêtres il y a perdu jusqu’ici son latin, il faudra voir si par la suite ils s’en tireront à leur honneur.
Honnête homme
Il est impossible de l’être si l’on n’est intimement convaincu que l’église est infaillible, que ses prêtres ne peuvent ni mentir ni avoir la berlue ; il est évident qu’un homme qui ne craint pas d’être damné dans l’autre monde ne sentira jamais qu’il faut être estimable en celui-ci, et ne craindra point les châtimens ou les mépris de la société.
Hôpitaux
Fondations pieuses en faveur des pauvres, c’est-à-dire de ceux qui administrent leurs biens. Dieu récompense communément dès cette vie les soins charitables qu’ils accordent aux pauvres, il n’est guères d’administrateur qui ne fasse très bonne chère, et qui ne se trouve très bien à l’hôpital.
Humanité
Vertu de la morale profane, qu’il est nécessaire d’étouffer quand on veut être bon chrétien ; elle ne s’accorde presque jamais avec les intérêts de la divinité, dont, avec de l’humanité, les prêtres feraient trop maigre chère. D’ailleurs ils sont si occupés des intérêts du ciel qu’ils n’ont guères le temps de songer à ceux du genre humain. Si les prêtres n’ont point d’humanité en revanche ils nous font faire de bonnes humanités, qui consistent à nous apprendre un peu de mauvais latin et beaucoup de catéchisme. v Éducation, Universités.
Humilité
Vertu chrétienne qui prépare à la foi ; elle est surtout très utile aux ministres de l’évangile, aux lumières desquels il est très important de déférer par préférence aux siennes. Elle consiste à se mépriser soi-même et à craindre l’estime des autres ; on sent combien cette vertu est propre à former des grands hommes. Dans l’église de Dieu tout respire l’humilité. Les évêques sont humbles, les jésuites sont humbles ; un cardinal ne s’estime pas plus qu’un gardien des capucins ; le pape se met humblement au dessus de tous les rois, et les rois sont fort humbles envers le suisse du paradis.
Hypocrisie
Moyen facile de parvenir en mettant le clergé dans ses intérêts. Les hypocrites sont d’un grand secours à la cause de Dieu ; ils la défendent communément avec bien plus de zêle que les dévots sincères qui sont souvent trop simples. Cet article est de M le marquis De Pompignan.
Idées innées
C’est ainsi que l’on nomme des notions que les nourrices et les prêtres ont inspirées de si bonne heure, et qu’ils ont si souvent répétées, que, devenu grand, l’on croit les avoir eu toujours, ou les avoir reçues dès le ventre de sa mère. Toutes les idées du catéchisme sont évidemment des idées innées.
Idolâtrie
Culte religieux que l’on rend à des objets matériels et inanimés ; il n’est dû qu’au vrai dieu et ne peut sans crime se transférer aux créatures, à moins qu’il ne prît fantaisie au vrai dieu de se changer en gauffre, ou de changer la gauffre en lui, ce qui change la thèse.
Ignorance
C’est le contraire de la science, et la première disposition à la foi. On en sent toute l’importance pour l’église. Depuis que les laïques ne sont plus duement ignorants, la foi diminue, la charité se refroidit, et les actions du clergé sont bien tombées sur la place. Catéchiſme ſont évidemment des idées innées. Idolâtrie. Culte Religieux que l’on rend à des objets matériels & inanimés il n’eſt dû qu’au vrai Dieu & ne peut ſans crime ſe transférer aux créatures, à moins qu’il ne prît fantaiſie au vrai Dieu de ſe changer en gauffre, ou de changer la gauffre en lui, ce qui change la Thèſe. Jérusalem. Il y a deux villes de ce nom, l’une ſituéé en Judée, & l’autre au cinquantieme dégré des eſpaces imaginaires. Cette derniere eſt, ſelon St. Jean, une belle ville toute de diamans, d’émeraudes & de rubis ; les Chrétiens, qui ſe ſeront bien macérés ici-bas, iront y faire bombance un jour. Jésuites. Moines très-noirs & très-guerriers, qui depuis deux ſiecles ſont venus ranimer la foi mourante. Ce ſont les Janiſſaires du Pape, à qui ſouvent ils font d’aſſez méchantes affaires. Ils ſont les dépoſitaires du Coutelet de l’Egliſe, dont le manche eſt à Rome chez l’Aga des Janiſſaires : depuis peu le P. Malagrida en a perdu la lame en Portugal, & ſes confreres en ont été dangereuſement bleſſés. Cet Article eſt du R. P. Crouſte. Jéſus-Chriſt. Nom que prit autreſois la Divinité, lorsqu’elle vint incognito faire un tour en Judée, où, faute de décliner ſon vrai nom, elle fut pendue comme un eſpion. Sans cet heureux quiproquo le genre humain étoit perdu ; il n’auroit eu ni Théologie ni Clergé, & la France n’eût jamais entendu parler de la Bulle Unigenitus. Jeûne. Abſtinence de nourriture. C’eſt une pratique très-agréable à la Divinité, qui ne nous donne des eſtomacs & des alimens que pour nous inviter à nous laiſſer périr d’inanition. Quand on ne peut jeûner ſoi-même il eſt bon de faire jeûner ſes gens. Un des grands avantages du jeûne c’est de nous diſpoſer à voir ce que les Prêtres veulent nous montrer ; quand l’eſtomac eſt vuide la tête eſt diſpoſée à battre la campagne. S. Bernard nous apprend que quand le corps jeûne notre ame fàit bonne chere & devient graſſe à lard. Ignorance. C’eſt le contraire de la ſcience, & la premiere diſpoſition à la foi. On en ſent toute l’importance pour
Imitation
La religion chrétienne nous ordonne d’imiter le dieu que nous adorons. D’où l’on voit que nous devons tendre des pièges aux hommes, les punir d’y avoir donné, exterminer les infidèles, noyer ou brûler les pécheurs, enfin nous faire prendre afin de ressembler à notre divin modèle.
Immatériel
C’est ce qui n’est point matériel, ou ce qui est spirituel. Si vous voulez quelque chose de plus, adressez-vous à votre curé, qui vous prouvera que Dieu est immatériel, que votre âme est immatérielle, qu’un ange est immatériel, que l’argent de l’église est immatériel, si votre esprit trop matériel n’y comprend rien, attendez que la foi vous vienne, ou craignez que votre esprit bouché ne soit un jour matériellement ou spirituellement grillé pour avoir été trop matériel.
Immense
Dieu est immense, il est partout, il remplit tout. Il est donc dans moi quand je fais une sottise ? Eh ! Point du tout, grand nigaud ! Il est partout, sans néanmoins être dans vous ; ah ! J’entends, c’est un mystère.
Immortalité
Qualité propre à notre âme, qui, comme on sait, est un esprit ; or un esprit est une substance que nous ne connaissons pas ; donc il est démontré qu’elle ne peut se détruire comme les substances que nous connaissons. Il est essentiel pour l’église que nos âmes soient immortelles, sans cela nous pourrions bien n’avoir pas besoin des ministres de l’église, ce qui forcerait le clergé de faire banqueroute.
Immuable
Dieu est immuable, c’est-à-dire n’est point susceptible de changer ; cependant nous trouvons dans ses papiers que souvent il a changé de projets, d’amis et même de religion : mais tous ces changemens ne peuvent nuire à son immutabilité, ni à celle de ses prêtres immuables, qui jamais ne changent d’avis sur le dessein de mener les laïques par le nez.
Immunités
Privilèges très prudemment accordés par les princes ou plutôt par la divinité même à ses valets de pied ; en vertu des immunités ils peuvent être très insolents ici bas, et sont exemts de contribuer comme les autres aux besoins de la société. Dieu n’est jamais de plus méchante humeur que quand on touche aux immunités de ses gens ; il s’en venge communément soit de vive force soit en traître.
Impénitence
C’est un endurcissement dans le péché ; quand on persévère jusqu’à la mort dans sa rebellion à l’église, l’impénitence s’appelle finale, c’est le plus horrible des péchés, aux yeux du clergé qui ne peut consentir que jamais Dieu le pardonne.
Impies
Ce sont des gens qui ne sont pas pieux, ou qui manquant de foi ont l’impertinence de rire des choses que les dévots et les prêtres sont convenus de regarder comme sérieuses et saintes. Une femme impie est celle qui n’est pas une pie comme sa commère la dévote, ou sa voisine la janséniste, ou sa tante la bégueule.
Impiété
C’est tout ce qui porte atteinte à l’honneur de Dieu, c’est-à-dire du clergé.
Implicite
C’est le caractère que doit avoir la foi quand elle est bien conditionnée ; cette foi est la même chose que la foi du charbonnier ; elle consiste à ne jamais douter de ce que dit M le curé, quand on est catholique ; de ce que dit le professeur Vernet quand on est genevois ; de ce que dit le muphti, quand on est un bourgeois de Constantinople.
Important
Il n’y a rien de plus important au monde que ce qu’il importe aux prêtres de faire regarder comme important. Le monde chrétien a eu depuis plusieurs siècles le bonheur d’être troublé pour des mots importants, des arguments importants, des époques importantes, des cérémonies importantes, des capuchons importants, des bulles très importantes etc.
Imposition des mains
Cérémonie sacrée requise pour faire des prêtres, et non des imposteurs comme son nom semblerait l’indiquer. Par cette sainte magie, qui s’appelle chirotonie, le saint-esprit descend sur le crâne d’un prêtre, qui dès lors ne peut plus dire que des vérités, pourvu néanmoins que ce qu’il dit soit approuvé de son évêque ; qui tient toujours, comme on sait, la foi de la première main.
Imprimerie
Invention diabolique et digne de l’antéchrist ; elle devrait être proscrite de tout pays chrétien. Les fidéles n’ont pas besoin de livres, un chapelet leur suffit. Pour bien faire on ne devrait imprimer que le bréviaire et le pédagogue chrétien.
Incarnation
Tout chrétien est obligé de croire que l’esprit, qui remplit l’univers de son immensité, s’est autrefois rapetissé de manière à tenir dans la peau d’un juif ; mais il ne s’est pas bien trouvé de la métamorphose, on assure qu’il n’y reviendra plus. Ceux qui voudront se faire une idée claire de ce mystère ineffable, trouveront de quoi se satisfaire dans ce cantique de M Simon le franc.
Cantique
Le péché de notre premier père
le perdit et tous ses descendants :
mais le courroux d’un dieu tout débonnaire
loin d’être éternel, ne dura guère
que quatre mille ans.
quand il eut donné ce peu d’années
aux transports d’un premier mouvement,
la grâce vint changer les destinées
des âmes qui se trouvaient damnées
sans savoir comment.
pour réparer le mal de la pomme
voici donc ce qu’à son fils il dit :
allez vous faire, courez vous faire homme ;
souffrez, mourez : à cela voici comme
le fils répondit.
j’obéis, mais je ne puis vous taire
un fait que vous ne pouvez nier ;
je suis dieu comme vous, mon cher père,
devenir homme, n’est-ce pas me faire
d’évêque meûnier ?
halte-là, mon fils, c’est un mystère
qu’il faut croire avec soumission.
vous naîtrez d’une vierge mère,
j’ai mon saint-esprit prêt à lui faire
l’opération.
n’ai-je pas là, poursuit-il, quelque ange
prêt à faire une commission ?
où sont ils donc ? Il faudra que j’en change.
hé, Gabriel, sur ce plan qu’on m’arrange
l’incarnation.
l’ange part, vole sur l’hémisphere,
va chez la femme d’un charpentier,
c’est un drôle, on n’a qu’à le laisser faire,
nul n’entend mieux à nouer une affaire,
c’est là son métier.
il fait son compliment dès qu’il entre,
et comme un ange il a de l’esprit ;
des grâces, dit-il, vous êtes le centre,
bénit-soit le fruit de votre ventre :
le compliment prit.
Inceste
Crime contre nature qui était permis du temps d’Adam et que souvent le pape permet encore quand il est bien payé. C’est un péché impardonnable que de coucher avec sa maraine, l’on commet alors un inceste spirituel, ce qui est aussi terrible qu’un inceste corporel.
Incompréhensible
Dieu est incompréhensible ainsi que les mystères de la religion : il n’y a que les prêtres qui y comprennent quelque chose, ce qui fait voir la profondeur de leur caboche sacrée.
Incrédules
Ce sont des coquins qui ne sont point crédules ; ils ont l’impertinence de supposer que Dieu pourrait bien n’avoir pas dit tout ce qu’on lui fait dire, et que ses prêtres pourraient bien vouloir en donner à garder. On voit évidemment que des gens de cette trempe sont inutiles au clergé et par conséquent à la société, qui ne peut se passer du clergé. D’ailleurs st Augustin, qui y avait bien rêvé, nous assure que l’incrédulité est le péché des péchés.
Indéfectibilité
Dieu lui-même a promis à son église qu’elle serait toujours aimable, qu’elle ne vieillirait point, qu’elle ne radoterait jamais, que les portes de l’enfer ne prévaudraient point contre elle. Malgré ces assurances elle fait le diable à quatre aussitôt qu’on lui dit un mot de travers, ce qui ne vient pas de ce qu’elle manque de foi, mais de ce qu’elle craint de manquer d’argent et de crédit, qui lui sont très nécessaires pour alimenter sa foi.
Indulgences
Grâces spirituelles que l’église ou le pape accordent aux fidèles, dont l’effet est de remettre les péchés passés, présents et futurs. Ces indulgences ne doivent point se confondre avec ce que les profanes nomment de l’indulgence. C’est une disposition dont le clergé ne doit jamais se piquer.
Ineffable
Toutes les qualités divines sont ineffables, c’est-à-dire au dessus de toute expression, au dessus de l’intelligence humaine. Mais comme les prêtres en raisonnent sans cesse, les bons chrétiens doivent pieusement supposer qu’ils savent très bien ce qu’ils disent, lorsqu’ils parlent de choses ineffables auxquelles le vulgaire ne comprend rien.
Infaillibilité
Privilège exclusif accordé à l’église par la divinité même. Ses évêques assemblés en corps ne peuvent errer sur la foi, toutes les fois qu’ils ne décident rien, ou toutes les fois qu’ils sont assez forts pour faire passer leurs décisions. Suivant quelques chrétiens le pape est infaillible, mais beaucoup d’autres ont le courage de douter de cette vérité. En général on peut dire que tout prêtre, tout curé, tout prédicant, tout rabbin, tout iman, etc. Jouissent de l’infaillibilité toutes les fois qu’il y a du danger à les contredire ; tout prêtre qui a du pouvoir est évidemment infaillible.
Infini
C’est ce qui n’est point fini ou ce dont on ne connaît point le terme. Dieu est infini, c’est-à-dire que les théologiens ne savent point au juste jusqu’où ses qualités s’étendent. Le clergé partage avec Dieu l’infinité ; comme lui il est infiniment sage, infiniment puissant, infiniment respecté par les chrétiens qui sont d’une infinie simplicité.
Ingratitude
Disposition odieuse dans les laïques, qui ne doivent jamais perdre de vue les obligations infinies qu’ils ont à leur clergé ; celui-ci peut être ingrat, c’est-à-dire il ne doit avoir obligation à personne ici-bas des revenus, des privilèges, des bénéfices qu’on leur donne ; ceux qui les leur donnent ne sont jamais que des instruments dont Dieu se sert pour obliger ses amis du clergé. Les prêtres sont en conscience obligés d’être ingrats, ne fût ce que pour accomplir la prophétie de Michée qui dit d’eux que si on leur donne quelque chose à manger, aussitôt ils vous déclarent la guerre. Nos prêtres sont trop polis pour démentir un prophête.
Injures
Expressions polies et charitables, dont les théologiens se servent entre eux, ou contre leurs adversaires, quand ils veulent concilier les choses, ou bien quand il s’agit de répondre aux difficultés qu’on leur propose ; les injures sont des arguments très convainquants, cependant il est encore plus sûr de répondre par des fagots.
Inquisition
Tribunal sacré, c’est à dire, composé de prêtres et de moines, indépendans de la puissance civile, qui ont, comme de raison, reçu le droit de juger sans appel dans leur propre cause et de faire brûler ceux qui plaident contre eux. À l’aide de ce saint tribunal les princes qui l’autorisent ont l’avantage d’avoir des sujets bien orthodoxes, bien dévots, bien gueux et toujours bien disposés à prendre parti pour le clergé contre la puissance temporelle. C’est bien dommage que jusqu’ici l’on n’ait point encore senti en France l’utilité d’un si saint tribunal.
Inspirations
Ce sont des vents spirituels partis soit du croupion soit du bec du saint-esprit, qui soufflent dans les oreilles de quelques hommes choisis, dont Dieu se sert comme d’une sarbacane pour faire connaître ses volontés au vulgaire étonné des belles choses qu’on lui annonce.
Instructions chrétiennes
Elles consistent à conter des fables sacrées et à combattre la raison des fidèles qu’on veut instruire. Ces fonctions sublimes appartiennent exclusivement au clergé, qui jouit du droit divin de rendre les peuples aussi imbéciles et aussi fous que leurs intérêts le demandent.
Interdit
Châtiment épouvantable que les chefs de l’église infligent quelquefois aux sujets des princes qu’ils veulent mettre à la raison. Il consiste à priver les peuples du culte, des cérémonies et des grâces spirituelles sans lesquelles les bleds ne lèveraient point et les vignes seraient infailliblement gelées. Les papes employaient autrefois ce remède avec succès contre l’indocilité des souverains, ils en sont plus chiches depuis que la foi s’est morfondue sur la terre.
Intérêt
Les ministres de l’église sont de tous les hommes les plus désintéressés pour eux-mêmes ; ils n’ont jamais en vue que les intérêts de Dieu, qui, comme on sait, est très intéressé, ainsi que son épouse qui ne l’est pas moins que lui ; l’église a besoin d’argent pour faire aller le ménage. On sait que les prêtres prennent un grand intérêt aux âmes, quand ces âmes surtout s’intéressent au clergé.
Interprètes
Ce sont de saints chicanneurs que l’église charge de ses affaires lorsqu’elles sont bien embrouillées ; à force de rêver ils parviennent communément à faire perdre le procès au bon sens.
Jansénistes
Catholiques bâtards, qui en dépit du très-saint père, du clergé et de la cour, veulent à toute force passer pour très orthodoxes. La grâce efficace n’a pu encore jusqu’ici se faire goûter à la cour ; en récompense elle a pour elle la rue st Honoré, le marais et les halles, sans compter plusieurs de nos seigneurs du parlement. Les jansénistes sont assez doux quand ils ne sont point les plus forts ; leur charité s’aigrit un peu quand ils ont la force en main. Malgré l’austérité de leurs mœurs, leurs fronts se dérident quelquefois à la vue des miracles éclatants que Dieu opère chaque jour à la sourdine en leur faveur ; c’est surtout en carême que leur gaieté se déploie ; pour l’édification des gens de bien sœur Françoise donnait ci-devant un bal prié, le jour du vendredi saint, rue saint Denis, dans une allée vis-à-vis de st Leu et st Gilles. On dit qu’elle est morte à force d’y faire les beaux bras. Voyez Convulsionnaires et Secours. Cet article est de Mr Abraham Chaumeix.
Jérusalem
Il y a deux villes de ce nom, l’une située en Judée, et l’autre au cinquantième degré des espaces imaginaires. Cette dernière est, selon St Jean, une belle ville toute de diamants, d’émeraudes et de rubis ; les chrétiens, qui se seront bien macérés ici-bas, iront y faire bombance un jour.
Jésuites
Moines très noirs et très guerriers, qui depuis deux siècles sont venus ranimer la foi mourante. Ce sont les janissaires du pape, à qui souvent ils font d’assez méchantes affaires. Ils sont les dépositaires du coutelet de l’église, dont le manche est à Rome chez l’aga des janissaires : depuis peu le p Malagrida en a perdu la lame en Portugal, et ses confrères en ont été dangereusement blessés. Cet article est du r p Crouste.
Jésus-Christ
Nom que prit autrefois la divinité, lorsqu’elle vint incognito faire un tour en Judée, où, faute de décliner son vrai nom, elle fut pendue comme un espion. Sans cet heureux quiproquo le genre humain était perdu ; il n’aurait eu ni théologie ni clergé, et la France n’eût jamais entendu parler de la bulle unigenitus.
Jeûne
Abstinence de nourriture. C’est une pratique très agréable à la divinité, qui ne nous donne des estomacs et des aliments que pour nous inviter à nous laisser périr d’inanition. Quand on ne peut jeûner soi-même il est bon de faire jeûner ses gens. Un des grands avantages du jeûne c’est de nous disposer à voir ce que les prêtres veulent nous montrer ; quand l’estomac est vide la tête est disposée à battre la campagne. S Bernard nous apprend que quand le corps jeûne nôtre âme fait bonne chère et devient grasse à lard.
Jonas
Prophête hargneux et colère ; il fut trois jours dans le ventre d’une baleine, qui fut à la fin obligée de le vomir, tant un prophête est un morceau difficile à digérer. Dieu le chargea de mentir de sa part aux ninivites, ce qui lui donna de l’humeur ; un prophête communément ne cherche que plaie et bosse.
Jongleurs
Faiseurs de tours de gibecière, qui par leurs tours merveilleux en imposent au vulgaire dans toutes les nations. Les prêtres des religions fausses sont de faux jongleurs ou des fripons ; les prêtres de la vraie religion sont les jongleurs véritables que l’on doit respecter, surtout quand ils sont à portée de jouer de mauvais tours.
Joseph (saint)
C’est le père putatif de Dieu le fils ; le modèle des bons maris, le patron des cocus. Il était sujet à avoir des visions cornues tandis que sa chère moitié se divertissait avec Dieu ou ses anges, ou bien avec pantère.
Joug
Le joug du seigneur est doux, son fardeau est léger. Pour les porter plus lestement il s’agit seulement d’avoir des épaules bien fortes, une échine bien souple, et de donner sa bourse à porter aux voituriers qui nous attelent.
Jubilé
Temps de récréation et de gaieté que le pape accorde à ses brebis pour s’ébaudir dans le pré spirituel par mille pratiques amusantes, qui contribuent toujours à fumer le terrain de l’église.
Judée
Pays pierreux et stérile, à peu près aussi vaste que le royaume d’Ivetot, qui, par un miracle surprenant, produisait à ses rois autant de revenus que l’Europe entière, les frais de la tribu de Levi déduits.
Jugement dernier
Quand le père éternel en aura assez des sottises qu’il fait faire, qu’il laisse faire, ou qu’il permet de faire à ses créatures, qu’il a fait si sottes, il les rassemblera toutes dans la petite vallée de Josaphat, pour leur faire rendre compte de leurs sottises, comme s’il n’en eût point connaissance ; après quoi l’on assure qu’il fermera boutique pour toujours, et l’univers n’aura plus ni théologiens ni théologie, pour le punir de n’ en avoir pas mieux su profiter. Le jugement dernier sera précédé d’un jugement particulier, dans lequel chaque homme après sa mort rendra compte à Dieu, qui sait tout, des actions qu’il pourrait ignorer.
Jugements téméraires
Ils sont défendus par l’évangile, surtout aux laïques qui ne doivent jamais juger la conduite de leurs guides spirituels. S’ils trouvaient un évêque ou un abbé en mauvais lieu, ils devraient présumer que c’est pour le bien des âmes, et pour la plus grande gloire de la divinité, qui ne peut-être fâchée que ses gens se réjouissent.
Juifs
Nation remplie d’aménité, composée de ladres, de galleux, de rogneux, d’usuriers, de filoux, dont le dieu de l’univers, épris de ces belles qualités, est jadis tombé amoureux, ce qui lui a fait dire et faire bien des sotises : il en est bien revenu aujourd’hui depuis que les juifs lui ont pendu son fils, il ne veut plus que des juifs grillés ; l’inquisition est chargée d’en fournir sa cuisine.
Justes
Ce sont ceux des chrétiens qui ont l’avantage exclusif de plaire à la divinité. La terre leur appartient de droit, ils peuvent s’en emparer quand ils sont les plus forts.
Justice divine
Elle ne ressemble aucunement à la justice humaine : cependant les théologiens savent très bien ce que c’est. C’est par un effet de la justice théologique que Dieu fait porter à tous les hommes la peine d’une faute commise par un seul ; c’est par justice qu’il a fait mourir son cher fils innocent pour appaiser sa propre justice ; c’est par justice qu’il cuit éternellement tous ceux à qui il refuse sa grâce ; c’est par justice que les prêtres font brûler ceux qui n’ont pas reçu la grâce de penser tout comme eux. D’où l’on voit que la justice théologique ou divine n’a rien de commun avec ce que les hommes ont appellé justice.
Laïques
Animaux profanes ou immondes qui n’ont pas l’honneur de manger au ratelier sacré : ce sont les bêtes de somme ou les montures du clergé, avec cette différence que c’est communément le cavalier qui nourrit sa monture, au lieu que dans l’église de Dieu l’usage veut que la monture nourrisse le cavalier. Voyez Ânes, Sots, etc.
Latine (église)
C’est celle où le peuple qui ne sait plus le latin, continue pourtant à chanter en latin ; cet usage est très sensé, vu qu’il convient au clergé que les chrétiens, semblables aux perroquets, n’entendent jamais ce qu’ils disent, et ne soient pas scandalisés des belles choses qu’on leur fait chanter dans le pseautier distribué.
Légendes
Histoires édifiantes et merveilleuses que l’on ne lit plus assez depuis que des critiques esprits forts ont refroidi la crédulité des fidèles.
Lettres
Elles sont inutiles à l’église, dont les saints fondateurs furent ignares et non lettrés ; les seules lettres dont l’église ait besoin sont les lettres de cachet.
Lévites
Ce sont les enfans de Lévi à qui, pour les récompenser de leur pieuse férocité, le doux Moïse confia les fonctions du sacré ministère. La tribu de Lévi avait égorgé par son ordre ses chers concitoyens, que le grand prêtre Aaron avoit fait prévariquer. D’où l’on voit que nos prêtres, qui ont succédé aux droits et au zêle des lévites, ont raison de faire égorger les coquins que des prêtres ont induits en erreur.
Libertés de l’église gallicane
Les français qui sont légers, traitent souvent très légèrement le saint père ; nos magistrats sont des esprits forts qui nient son infaillibilité, qui le croient lui-même soumis à toute l’église, qui prétendent qu’il n’a pas, comme Samuël, le droit de déposer les rois, ni même de fourrer son saint nez dans leurs affaires temporelles. Ces maximes sentent furieusement l’hérésie pour un nez à la romaine.
Liberté de penser
Elle doit être réprimée avec la plus grande rigueur ; les prêtres sont payés pour penser, les fidèles n’ont rien à faire que de payer grassement ceux qui pensent pour eux.
Liberté politique
Elle n’est pas trop du goût de l’église. Le despotisme est plus avantageux aux ministres du seigneur ; quand le prince est sellé, toute la nation est bridée ou forcée de plier sous le joug du seigneur, qui comme on sait, est toujours on ne peut pas plus léger.
Libertins
L’on doit appeller libertins tous ceux qui ne croient point à la religion. Il est impossible d’avoir des mœurs quand on raisonne ; il n’y a que des libertins et des crapuleux qui puissent raisonner et douter des droits divins ou de l’infaillibilité des prêtres. D’ailleurs il est évident que parmi les vrais croyants jamais on ne voit de libertinage ou de mauvaises mœurs.
Libre arbitre
L’homme est libre, sans cela ses prêtres ne pourraient point le damner. Le libre arbitre est un petit présent dont par une faveur distinguée Dieu gratifie l’espèce humaine ; à l’aide de ce libre arbitre nous jouissons par dessus les autres animaux et les plantes de la faculté de pouvoir nous perdre pour toujours, quand notre libre arbitre n’est point d’accord avec les volontés du tout-puissant ; celui-ci a pour lors le plaisir de punir ceux qu’il a laissés libres de le faire enrager.
Ligue
Association sainte formée dans le XVIe siècle par l’église de Dieu, dont l’effet salutaire fut de massacrer un roi de France, de déchirer le royaume et de faire entendre la messe à un prince hérétique qui s’en trouva très bien.
Livres
Il n’y a que les livres de plein-chant qui soient utiles à l’église. On peut encore permettre aux chrétiens de lire l’imitation de Jésus-Christ, la légende dorée et les heures ; tous les autres livres ne sont bons qu’à brûler ou à placer dans une bibliotheque de moines où ils ne sont pas dans le cas de nuire à personne.
Livre de vie
C’est un petit registre fort court, où Dieu, pour aider sa mémoire, écrit ou fait écrire par son premier secrétaire les noms de cinq ou six dévots, qui pendant chaque siècle ont le bonheur de lui plaire et de faire honneur au clergé.
Logique
Chez les profanes c’est l’art de raisonner, chez les théologiens c’est l’art de déraisonner soi-même ou de dérouter la raison des autres. La logique théologique devient très convaincante quand elle est appuyée par des fusils et des bûchers.
Logogriphes
Voyez Bible, Oracles, Théologie.
Loup-garou
Il devrait être de foi d’y croire ; il est toujours utile d’accoutumer les hommes à avoir peur ; l’église ne peut qu’y gagner. Le diable est le loup garou des enfants de quarante ans.
Lune
Planète où l’on assure que vont se rendre toutes les choses qui se perdent ici-bas. Les chrétiens y retrouveront quelque jour leur esprit, leur bon sens, et surtout les écus qu’ils donnent à leurs prêtres. En attendant, la lune influe grandement sur les chrétiens, sur les chrétiennes, et sur l’église de Dieu, qui est assez quinteuse.
Luxe
L’église, ainsi que toutes les femmes, a, malgré son mari, du goût pour le luxe et la parure ; la vierge, sa belle-mere, n’en est pas moins curieuse que sa bru, elle n’est jamais plus contente que quand on lui met une robe bien pomponée.
Luxure
Péché capital sur lequel le bon Dieu n’entend jamais raison. Par une grâce spéciale les prêtres et les moines en sont exempts ; la grâce, à point nommé, leur vient nouer l’aiguillette. Un moine paillard est un être de raison. L’on sait d’ailleurs que pour les prêtres la fornication est un cas réservé.
Macérations
Ce sont des moyens ingénieux de se rendre bien maigre. Dieu n’aime point les gros ventres à moins qu’un bernardin n’en soit porteur. Il faut que les laïques soient bien dégraissés s’ils veulent se fourrer par le guichet du paradis.
Magie
Il y en a de deux sortes, la blanche et la noire. La première est très sainte et se pratique journellement dans l’église ; ses ministres sont des sorciers qui forcent et dieu et diable de faire tous les tours qu’ils leur demandent. La magie noire est illicite pour les laïques, il n’est permis qu’aux prêtres d’avoir affaire avec le diable.
Mahométisme
Religion sanguinaire dont l’odieux fondateur voulut que sa loi fût établie par le fer et par le feu ; on sent la différence de cette religion de sang et de celle du Christ qui ne prêcha que la douceur, et dont en conséquence le clergé établit ses saints dogmes par le fer et par le feu.
Maigre
Les chrétiens grecs et latins sont convaincus que le très-haut, semblable à un commis de barrière, examine avec attention du haut de sa lucarne éternelle, les marchandises qui passent dans l’estomac des fidèles ; il ne peut supporter que pendant le carême on y fasse entrer des dindons, des poulardes, du mouton ; mais il est très content quand il y voit entrer des harangs, de la morue, des anguilles à la needham, et même des oeufs, pourvu que monseigneur l’archevêque y consente.
Mal
C’est par le péché d’Adam que le mal est entré dans le monde ; si le sot n’eût péché nous n’aurions eu ni la galle, ni la teigne, ni la rogne, ni la théologie, ni la foi, qui est le remede souverain à tous nos maux.
Mal sonnante
On appelle ainsi toute proposition qui ne sonne pas bien aux oreilles des prêtres. C’est, par exemple, une proposition mal sonnante que de dire que les prêtres ne devraient pas être payés en espèces sonnantes des denrées spirituelles ou des sons qu’ils nous vendent.
Manichéisme
Hérésie justement condamnée et détestée par les chrétiens. Les manichéens admettent dans l’univers deux principes égaux en puissance, ce qui est abominable ; les chrétiens admettent un dieu tout-puissant dont le diable à chaque instant peut renverser les projets, ce qui est très orthodoxe.
Mariage
État d’imperfection, dont l’église a pourtant fait un sacrement ; il n’a qu’une chose de bonne, c’est de valoir de l’argent aux prêtres, qui ont sagement inventé des empêchements afin d’avoir le plaisir d’en dispenser pour de l’argent.
Martyrs
Ce sont de saints entêtés qui se font emprisonner, fustiger, déchirer et brûler pour prouver à l’univers que leurs prêtres n’ont point tort. Toutes les religions ont des martyrs ; mais les martyrs véritables sont ceux qui sont morts pour la religion véritable ; la religion véritable est celle qui n’est pas fausse, ou dont les prêtres ont raison.
Massacres
Boucheries sacrées, que pour le bien des nations la sainte théologie a fondées sur la terre, pour l’édification des élus et pour le maintient de la foi. Les bons catholiques se rappellent avec joie les massacres des albigeois, les massacres d’Irlande, et surtout le saint massacre de la saint-Barthélémi, dont le saint abbé de Caveyrac vient de faire l’apologie.
Matérialisme
Opinion absurde, c’est-à-dire contraire à la théologie, que soutiennent des impies qui n’ont point assez d’esprit pour savoir ce que c’est qu’un esprit, ou une substance qui n’a aucune des qualités que nous pouvons connaître. Les premiers docteurs de l’église étaient un peu matérialistes ; les grivois croyaient dieu et l’âme matérielle ; mais la théologie a changé tout cela, et si les pères de l’église revenaient aujourd’hui, la Sorbonne pourrait bien les faire cuire pour leur apprendre le dogme de la spiritualité.
Matines
Prières que l’on chante pendant la nuit dans l’église romaine, pour empêcher le père éternel, qui est sujet à roupiller, de s’endormir sur les besoins de ses enfants chéris.
Méchant
Dieu est infiniment bon, mais il est très essentiel de le faire, sans en rien dire, plus méchant que le diable ; il en revient toujours quelque chose à ceux qui savent le secret de l’appaiser ; avec un dieu trop bon le clergé ferait très mal ses affaires.
Médecins
On sait que les prêtres sont les médecins des âmes : ils ont soin de nous rendre bien galleux afin de nous procurer le plaisir de nous gratter longtemps. Quant aux remèdes qu’ils employent, ils ont volontiers recours à la purgation, aux saignées et surtout aux caustiques. Leurs pillules sont amères, elles ne sont jamais bien dorées que pour eux.
Méditation
Un bon chrétien n’a rien de mieux à faire en ce monde que de méditer sans relâche les mystères de sa religion : c’est une besogne qui peut l’amuser quelque temps, surtout s’il se propose d’y comprendre quelque chose.
Melchisedech
Prêtre qui n’avait ni père ni mère ; il était la figure ou le modèle de nos prêtres chrétiens qui se détachent par piété de tous les liens du sang pour s’attacher à l’église. Un prêtre ne doit tenir ni à sa patrie ni à sa famille quand il s’agit de la bannière sacrée. Per calcatum perge patrem, per calcatam perge matrem, et ad crucis signum evola.
Mendiants
Moines qui ont juré à Dieu de ne rien posséder en propre, et de vivre aux dépends de ceux qui possèdent quelque chose. On ne saurait en avoir trop dans un état : les gueux sont les amis de Dieu ; ils ont au moins pour les autres un crédit qu’ils n’emploient point pour eux-mêmes.
Mercenaires
Ce sont des gens qui ne font rien pour rien : les prêtres du seigneur ne sont point des mercenaires ; ils nous font peur gratuitement, ils se disputent gratuitement, ils persécutent gratuitement, ils troublent gratuitement la société, et n’attendent que de Dieu seul la récompense de leurs peines ; pourvu néanmoins que les peuples se rendent caution pour lui ou les payent d’avance.
Merveilleux
C’est la base de toute religion ; c’est tout ce que l’on ne peut comprendre ; c’est tout ce qui fait ouvrir de grands yeux et de grandes oreilles aux bons hommes et aux bonnes femmes ; les malins qui manquent de foi ne voient rien de merveilleux en ce monde que la docilité du genre humain et l’intrépidité des prêtres, qui sont de grandes merveilles annoncées par Jérémie, qui prétend que les prêtres ne rougissent jamais ; facies sacerdotum non erubuerunt. Voyez lament. Ch iv.
Messe
C’est dans l’église romaine une suite de cérémonies magiques, de prières en beau latin, de tours de gobelet qu’un prêtre a seul droit de faire. La messe sert à rappeller à Dieu la mort de son cher fils ; trait qui fait autant d’honneur à sa bonté qu’à sa justice divine.
Messie
C’est le libérateur du peuple d’Israël ; celui-ci n’eut point l’esprit de le reconnaître dans un garçon charpentier, qui n’a pu se délivrer lui-même de la potence ; en récompense il a délivré de la mort et du péché les chrétiens, qui depuis son aventure ne meurent et ne pêchent plus, comme chacun peut s’en assurer pour peu qu’il veuille fermer les yeux.
Métaphysique
Science très importante et très sublime, à l’aide de laquelle chacun peut se mettre à portée de connaître à fond de belles choses dont ses sens ne lui fournissent aucune idée. Tous les chrétiens sont de profonds métaphysiciens ; il n’est point de ravaudeuse qui ne sache imperturbablement ce que c’est qu’un pur esprit, une âme immatérielle, un ange, et ce qu’on doit penser de la grâce efficace par elle-même.
Militante
Épithète qui convient à l’église ; tant qu’elle est sur la terre, elle est aux prises avec la raison ; ses ministres sont des guerriers qui n’ont rien de mieux à faire que de s’escrimer les uns contre les autres pour gagner l’argent de ceux qui s’amusent de leurs combats, ou de faire faire des exécutions militaires contre ceux qui refusent de payer.
Miracles
Oeuvres surnaturelles, c’est-à-dire contraires aux lois sages que la divinité immuable a prescrites à la nature. Avec de la foi on fait des miracles tant qu’on veut, et avec de la foi on les croit tant qu’on peut. Quand la foi diminue on ne voit plus de miracles, et la nature pour lors va tout bonnement son petit train.
Miséricorde
Attribut distinctif du dieu des chrétiens, mais non pas de ses prêtres, qui brûlent sans miséricorde en ce monde et dans l’autre ceux qui n’ont pas l’avantage de leur plaire. Cependant les évêques montrent de la miséricorde dans leurs mandements ; c’est de la miséricorde divine qu’ils tiennent les évêchés que les rois ont accordés à leurs sollicitations pressantes.
Missionnaires
Ce sont de saints enrôleurs, qui au risque d’être fustigés ou pendus, vont dans des pays lointains recruter des âmes à Dieu, des martyrs à l’église et des richesses à leurs couvents. À l’aide de l’eau-de-vie et des mousquets, les missions ont assez de succès.
Moines
Prêtres réguliers, c’est-à-dire enrégimentés ; ils sont vêtus de blanc, de gris, de brun, de noir ; avec des barbes ou sans barbes ; ayant pièce sans barbe ou barbe sans pièce, ou barbe et pièce : en un mot ce sont des hommes infiniment utiles à la société, sur laquelle en conséquence ils ont le droit de lever des impôts journaliers quand ils n’ont point de biens-fonds. Les moines sont les soutiens et les lumières de l’église romaine ; les nations qui sont privées de cette utile denrée, sont riches, et par conséquent seront à coup sûr damnées. Cet article est du r p Hayer, récollet.
Molinistes
Ce sont des gens qui ont sur la grâce un système opposé à celui des jansénistes. La cour, qui s’entend parfaitement en théologie, a toujours un peu penché pour le systême de Molina, qu’elle a mûrement examiné ; quant au clergé, il est communément de l’avis de celui qui tient la feuille des bénéfices : celui-ci n’est contredit que par quelques poiloux qui n’ont point de part à espérer dans le gâteau sacré.
Monde
Dans l’esprit d’un chrétien bien dévot le monde est la chose la plus haïssable du monde ; il doit s’en détacher pour ne penser qu’à l’autre monde, et pour bien faire il doit commencer par donner tout son bien aux prêtres, dont le royaume n’est pas de ce monde.
Morale chrétienne
Elle est bien plus excellente que la morale humaine ou philosophique, qui lui est très opposée. Elle consiste à être bien dévot, à bien prier, à bien croire, à être bien zêlé, bien triste, bien malfaisant, bien oisif ; tandis que la morale profane prescrit d’être juste, actif, indulgent et bienfaisant. D’où l’on peut conclure que sans la religion chrétienne il ne pourrait y avoir de morale sur la terre.
Mort
La mort est la solde du péché ; sans le péché d’Adam les hommes ne seraient point morts ; les arbres ne seraient point morts, les chiens ne seraient point morts. Tous les arbres ont péché en la personne de l’arbre qui porta le fruit défendu ; tous les animaux ont péché en la personne du serpent séducteur ; tous les hommes ont péché en la personne d’Adam, et voilà pourquoi les hommes, les animaux et les plantes sont sujets à la mort. Consolons-nous pourtant ; la mort pour les chrétiens est l’entrée de la vie, et fait bien vivre nos sacrificateurs, qui tirent un aussi grand parti des morts que des vivants : les sacrés corbeaux et les saints cormorans sont fortement attirés par l’odeur d’un cadavre.
Mortifications
Ce sont mille petites inventions curieuses que les bons chrétiens ont imaginées pour se faire périr à petit feu, ou pour se rendre la vie insupportable. Il est clair que le dieu de la bonté ne nous a donné la vie et la santé que pour que nous eussions la gloire de les détruire peu à peu ; il n’est point permis de se tuer tout d’un coup, cela pourrait empêcher le plaisir que le bon dieu prend à nos souffrances de durer assez longtemps.
Mots
Dans l’usage ordinaire les mots sont destinés à peindre des objets réels, existants et connus ; dans la théologie les mots sont destinés à ne peindre que des mots.
Mourants
Si les malades et les mourants ne sont plus d’une grande ressource pour la société, l’église en récompense en fait bien ses choux gras ; elle sait qu’on est assez généreux de ce qu’on est obligé de laisser en arrière. C’est près du lit des mourants que le clergé triomphe ; souvent alors les incrédules eux-mêmes reconnaissent leurs erreurs ; ils se rendent à des arguments que la peur, ou que l’affaiblissement du corps et de l’esprit font trouver invincibles. Les vérités de la religion ne sont jamais mieux senties que par ceux qui sont incapables de raisonner.
Moutarde
Denrée très précieuse et très rare dans la religion. On sait que gros de foi comme un grain de moutarde suffit pour transporter des montagnes. Le pape en a pour sa part une si grande provision qu’il lui faut un homme tout exprès pour la porter ; c’est lui que l’on désigne sous le nom de premier moutardier du pape.
Moïse
Prophête inspiré de Dieu, qui lui donna une loi divine et sainte, que Dieu fut obligé de changer par la suite, vu qu’elle ne valait plus rien. Moïse causait familiérement avec le derrière de Dieu. Il était le plus doux des hommes, comme il l’a dit lui-même ; cependant il fit parfois égorger quelques milliers d’israëlites ; il fut en cela la figure de l’église qui, comme on sait, est la plus tendre et la plus douce des mères, quoique de temps en temps elle joue des tours sanglants à ses enfants bien-aimés.
Mystères
Ce sont des choses qu’on ne comprend pas, mais qu’on doit croire sans les comprendre, ce qui devient très facile quand on a de la foi. Dieu dans sa miséricorde, ennuyé de l’ignorance des hommes, est venu les éclairer lui-même ; il est descendu de son trône tout exprès pour leur apprendre qu’ils devaient ne rien entendre à ce qu’il venait leur apprendre. Toutes les fois que dans la religion vous trouverez quelque chose d’embarrassant pour les prêtres, qu’ils ne peuvent expliquer, de bien contraire au bon sens, dites que c’est un mystère ; c’est le secret de l’église.
Mystique (sens)
C’est un sens auquel personne ne comprend rien, ou qui rend la chose expliquée plus obscure qu’auparavant. Toutes les fois qu’un théologien rencontre dans la parole divine quelque chose d’opposé au sens commun, il doit y chercher un sens mystique ; la foi vous ordonne de trouver qu’il a raison, quoique ni vous ni lui ne sachiez ce que veut dire ni la chose qu’il explique, ni l’explication qu’il en donne.
Nature
C’est l’ouvrage merveilleux d’un dieu sage, tout-puissant et parfait ; cependant la nature s’est corrompue. Dieu le voulut ainsi pour avoir de quoi s’amuser et se fâcher ; il a besoin qu’on lui remue la bile, et s’il n’avait sans cesse à raccommoder sa machine, ses théologiens et lui n’auroient pas grande chose à faire.
Néant
De l’aveu de tout le monde le néant est ce dont nous ne pouvons rien affirmer, ou ce qui n’a aucune des qualités dont nous pouvons juger. Dans ce cas, m le curé, qu’est-ce qu’un être spirituel ? Qu’est-ce qu’une substance immatérielle ou privée d’étendue, de couleur, de figure ? Qu’est-ce qu’un ange ? Qu’est-ce qu’un diable ? Qu’est-ce que… halte-là, Monsieur Gros-Jean ! Ce sont-là des mystères auxquels ni vous ni moi ne devons rien comprendre.
Novateurs
Ce sont tous ceux qui, sans l’aveu des théologiens les plus accrédités, se donnent les airs d’enseigner quelque doctrine, à laquelle ces grands personnages n’avaient point encore pensé ; eux seuls ont le droit de corriger, d’altérer, d’expliquer les décrets éternels de la divinité, et de faire au besoin des dogmes à la mode, pour l’usage des femmes, qui comme on sait se plaisent au changement, surtout en fait de doctrine.
Nuées
On y voit tout ce qu’on veut, et surtout des armées quand les prêtres sont mécontens. Les nuées sont comme les saintes écritures où les théologiens font voir tout ce qui leur plaît, à ceux qui ont la foi ou la berlue.
Obéissance
Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes : or obéir à Dieu c’est obéir au clergé ; d’où il suit qu’un bon chrétien ne doit obéir à son prince qu’autant que les volontés du prince sont approuvées du clergé.
Obscurités
On rencontre parfois des obscurités dans la bible et dans la religion sainte que Dieu lui-même a révélée. Les gens sans foi en sont choqués, les dévots adorent en silence tout ce qu’ils n’entendent point. Une religion qui serait claire seroit bientôt flambée, nos interprètes sacrés n’auraient rien à nous dire si Dieu eût parlé trop clairement.
Odeur de sainteté
Les saints ne sont pas communément des seigneurs bien musqués ; mais l’odeur qui s’exhale d’un capucin, surtout après sa mort, est pour les nez devots un parfum plus délectable que l’eau des sultanes ne peut l’être pour le nez d’un mondain.
Oeuvres pies
C’est ainsi que l’on nomme en général toutes les gratifications, les legs, les présents, les fondations etc. Faits en faveur de l’église, c’est-à-dire qui ont pour objet de réjouir les ministres du seigneur aux dépends des familles et des parents.
Offenses
La divinité, toute-puissante qu’elle est, et quoiqu’elle jouisse d’un bien-être inaltérable, par complaisance pour son clergé, permet que l’on trouble sans cesse sa propre félicité ; elle s’offense à tout moment des pensées, des paroles, des actions de ses créatures, le tout pour que ses prêtres, dont le métier est d’expier les offenses qu’on lui fait, puissent avoir de quoi s’occuper. Si Dieu ne s’offensait point adieu la caisse du clergé, et Mr De St Julien serait forcé de plier boutique.
Offrandes
Le dieu de l’univers n’a besoin de rien ; un pur esprit doit faire assez maigre chère et se contenter d’offrandes spirituelles ; cependant comme ses prêtres ne sont point de purs esprits, Dieu exige qu’on leur donne des offrandes bien grasses ; ce n’est que pour qu’on ait l’occasion de leur offrir quelque chose que la divinité répand ses bienfaits sur la terre ; Dieu s’est formellement expliqué là-dessus dans le deutéronome où il dit : sacrificia domini et oblationes ejus comedent.
Oints du seigneur
Ce sont des hommes bien gras, ou à qui l’on est obligé de bien graisser la patte. Les prêtres ont eu de tout temps un goût marqué pour la graisse ; ils se nourrissent partout de la graisse que leurs prières font tomber sur la terre. Dieu par la bouche de Jérémie promet à ses chers prêtres de les enivrer de graisse, ce qui rendra son peuple bien plus gras. inebriabo animam sacerdotum pinguedine, et populus meus implebitur bonis. Voyez jerem ch xxxiv v 14. Dans l’église romaine on frotte les doigts des prêtres avec un onguent divin pour les mettre à portée de guérir les plaies des âmes de ceux qu’ils ont bien dégraissés.
Oisiveté
C’est la mère de tous les vices. S’il n’y avait point de prêtres dans le monde les peuples ne travailleraient point assez et deviendraient des vauriens ; les moines et les prêtres ne se vouent à l’oisiveté que pour diminuer le nombre des vices des laïques qui par là sont forcés de travailler pour eux-mêmes et pour la nombreuse armée des paresseux du seigneur.
Omniscience
Qualité qui convient exclusivement à Dieu ; cependant il fait semblant d’ignorer ce que nous devons faire, vu que nous sommes libres dans nos actions. La divinité communique à ses prêtres son omniscience ; un théologien sait tout et ne doute jamais de rien. C’est surtout dans les choses où personne ne voit goute qu’on voit briller la science et le savoir faire des théologiens.
Oracles
Réponses obscures et ambigües que le diable, qui est le père du mensonge, rendait autrefois par l’organe des prêtres païens, qui étaient de grands fripons. Ces oracles trompeurs ont cessé depuis la venue de Jésus-Christ ; depuis ce temps nous n’avons plus que des oracles clairs, intelligibles, et sur le sens desquels l’on ne peut point disputer.
Oraison
Voyez Prières.
Oraisons funèbres
Ce sont des discours en l’honneur des grands, qui sont toujours, comme on sait, des hommes merveilleux quand ils sont morts ; les faiseurs d’oraisons funèbres ne peuvent jamais mentir, vu qu’ils sont assis dans la chaire de vérité.
Ordre
De tous les sacrements c’est le plus utile à l’église ; c’est lui qui fait sans effort provigner la tribu de Lévi si nécessaire à nos âmes. Dans les églises romaine et anglicane un évêque a seul droit de conférer ce précieux sacrement ; en imposant ses pattes sacrées sur le crâne d’un profane, il y fait descendre perpendiculairement les dons du saint-esprit, et surtout le droit exclusif d’en imposer aux autres.
Ordre de l’univers
C’est l’arrangement merveilleux qu’ont le bonheur de voir dans la nature ceux qui la regardent avec les besicles de la foi ; elles ont la vertu d’empêcher ceux qui les portent d’apercevoir aucun désordre dans le monde. Ils n’y voient ni maladies, ni crimes, ni guerres, ni tremblements de terre, ni théologiens intolérants. Tout est dans l’ordre quand nos sacrificateurs ont bien dîné : quiconque trouble leur digestion est un perturbateur de l’ordre public ; Dieu, pour s’en venger, est en conscience obligé de troubler l’ordre de la nature et les souverains l’ordre de la société.
Ordres monastiques
Ce sont différents régiments de moines, qui servent comme volontaires dans l’armée divine ; ils sont matériellement soudoyés par les peuples pour les protéger spirituellement contre les attaques spirituelles des esprits malins, et pour faire spirituellement pleuvoir sur les âmes des grâces spirituelles, dont les corps des moines se trouvent assez bien.
Oreilles
Organes dont il est très nécessaire qu’un chrétien soit bien pourvu ; attendu que la foi nous vient par les oreilles, fides ex auditu comme a dit st Paul. Voyez Ânes, Éducation, Perroquets.
Orgueil
Haute opinion que nous avons de nous-mêmes ; les ministres de l’église en sont totalement exempts. Le pape, qui a souvent traité les rois en petits garçons, n’est que le serviteur des serviteurs de Dieu, ce qui prouve qu’il n’a point d’orgueil, ou qu’il n’ose le montrer.
Originel (péché)
C’est une frasque commise il y a six ou sept mille ans, qui a causé bien du charivari dans le ciel et sur la terre. Tout homme avant de naître a malgré lui pris part à ce péché ; c’est en conséquence de ce péché que les hommes meurent et commettent des péchés. Le fils de Dieu est venu mourir lui-même pour expier ce péché, mais malgré ses efforts et tous ceux de son père la tache originelle subsistera toujours.
Orthodoxes
Ce sont les opinions de ceux qui ont raison, qui ne sont point hérétiques, qui ont pour eux les princes, les archers et les bourreaux. L’orthodoxie, comme les baromètres, est sujette à varier dans les états chrétiens ; elle dépend toujours du temps qu’il fait à la cour.
Oubli des injures
Conduite très louable dans les laïques et qui leur est prescrite dans l’évangile ; les prêtres en sont néanmoins dispensés ; ils ne peuvent jamais pardonner, vu que ce n’est point eux mais c’est Dieu qu’on offense ; le dieu des miséricordes ne leur pardonnerait jamais d’avoir pardonné à ceux qui l’ont offensé ; surtout dans la personne du clergé, c’est là l’endroit sensible de la divinité ; c’est le péché contre le saint-esprit qui ne sera remis ni dans ce monde ni dans l’autre. Cependant le clergé, sans blesser la divinité, peut pardonner à ceux qu’il a fait exterminer, à moins qu’ils n’eussent laissé des enfants, des parents, des amis que l’on pût encore maltraiter, d’après la jurisprudence de la bible.
Oie
On appelle de certains contes, des contes de ma mère l’oie. Les contes que l’église nous conte sont des contes de ma mère l’oie, vu que nous sommes des oisons et que l’église est notre mère.
Paix
Le dieu des chrétiens s’appelle indifféremment et le dieu de paix et le dieu des armées. Cette contradiction n’est qu’apparente ; Dieu est très pacifique ; mais sa femme n’est pas aussi tranquille que lui ; c’est pour la tenir en bonne humeur qu’il est souvent forcé de mettre des armées en campagne et les chrétiens aux prises ; il faut bien faire la guerre au dehors pour avoir la paix au dedans. L’église n’est en paix que quand elle fait tout ce qu’elle veut ou quand elle peut sans obstacle troubler la tranquillité des autres.
Pape
C’est communément un vieux prêtre choisi par le saint-esprit pour être sur la terre le vicaire de monsieur son frere ; voilà pourquoi le pape a tant d’esprit et ne radote jamais, quoi qu’en disent les jansénistes et ces marauts de protestants, qui poussent assurément trop loin la liberté de penser.
Papistes
Les protestants appellent ainsi par dérision les chrétiens dociles qui reconnaissent le pape pour un vice-dieu sur la terre, et qui n’ont point comme eux assez de force d’esprit pour ne soumettre leur intellect qu’à un prédicant de Genève, à un ministre presbyterien, à un docteur d’Oxford. Les chrétiens de diverses sectes ont, sans doute, le droit de se moquer les uns des autres, surtout quand ils n’ont point le nez vis à vis d’un miroir.
Pâque
Fête solennelle que les chrétiens célebrent en mémoire de la résurrection clandestine d’un dieu pendu publiquement. Pour célébrer dignement ce grand jour les catholiques sont dans l’usage d’y manger leur dieu ; c’est, sans doute, pour voir si, comme le phénix, il ressuscitera de ses cendres. Voyez Stercoranistes. Il y eut autrefois une dispute très chaude dans l’église de Dieu pour savoir au juste le temps de la célébration de la pâque ; un grave concile a décidé que la lune de l’équinoxe du printemps devait régler cette affaire importante. Ce qui nous montre que l’église est, comme les femmes, sous l’influence de la lune. Voyez Lune.
Paraboles
Apologues ou façons détournées de s’expliquer, dont la divinité se sert souvent dans l’écriture, par la crainte qu’elle a de parler intelligiblement aux amis qu’elle veut instruire.
Paradis
Lieu de délices, placé dans les terres australes inconnues, suivant les uns, et dans l’empyrée, suivant d’autres ; les élus y auront pendant l’éternité le plaisir ineffable de chanter sanctus en faux bourdon. Bien des gens ne sont pas trop curieux de se rendre à ce concert, dans la crainte de s’ennuyer ou d’y trouver trop mauvaise compagnie ; une femme de la cour aurait, sans doute, des vapeurs si on la plaçait à côté, de st François D’Assise, d’un picpus, ou d’un minime.
Paresse
Péché capital qui consiste à négliger les pratiques intéressantes auxquelles nos prêtres ont attaché le salut. Un laïque doit être actif afin d’avoir de quoi payer ses prêtres et se battre pour eux. Un prêtre n’a rien à faire en ce monde que de prier, de chanter, et de quereller quand il en a la capacité.
Parole de Dieu
Ce sont les oracles infaillibles que dans chaque religion les prêtres du très-haut débitent en son nom. La divinité a l’attention de ne jamais les démentir ; qui ne dit mot consent, ainsi Dieu consent toujours à ce que disent ses prêtres. La parole de Dieu est suivant les chrétiens un glaive à deux tranchants, c’est-à-dire un couteau de tripières ; de quelque côté qu’on le prenne ou risque de se couper.
Parti (esprit de)
En matière de religion il met à portée de juger sainement des choses. Il n’est pas douteux que le parti qu’on a pris ou que notre confesseur a pris pour nous ne peut être que le meilleur.
Passion de Jésus-Christ
Histoire lamentable d’un dieu, qui eut la bonté de se laisser fustiger et clouer pour racheter le genre humain : toutes les fois qu’on la raconte aux bonnes femmes et aux dévôts le vendredi-saint, ils se désolent d’avoir été rachetés.
Passions
Mouvements nécessaires à la conservation de l’homme et inhérents à sa nature, depuis qu’elle s’est corrompue par le péché originel. Sans cette sottise mémorable nous eussions été comme des bûches ou des pierres ; nous eussions joui par conséquent du plus parfait bonheur. Un chrétien ne doit avoir de passions que celles que ses prêtres lui inspirent.
Pasteurs
Ce sont ceux qui sont chargés du soin de mener paître les moutons du bon dieu ; ils s’en chargent par pure charité, ne se réservant que le droit de tondre leurs ouailles et de les envoyer à la boucherie quand ils ne sont point assez contents de leurs toisons. Les princes sont les chiens de ces bergers des âmes, qui leur font mordre bien serré les brebis qui s’égarent ou qui ne veulent pas se laisser tondre.
Patience
Vertu morale et chrétienne qui consiste à supporter les maux que l’on ne peut ou que l’on n’ose point empêcher. Dieu a chargé spécialement le clergé d’exercer la patience des princes, qui d’ordinaire sont volontaires et fort sujets à s’impatienter.
Patrie
Les vrais chrétiens n’en ont pas sur la terre, ce sont des hommes de l’autre monde, leur patrie est là-haut ; ils ne sont ici-bas que pour s’ennuyer eux-mêmes et pour réjouir leurs prêtres ; il leur est néanmoins permis d’ennuyer saintement les autres ou de les faire pieusement enrager pour les dégoûter d’un séjour passager. C’est pour être meilleurs citoyens de la cité d’en-haut, que les prêtres et les dévots sont de si mauvais citoyens de la cité d’en-bas.
Patrons
Ce sont les dieux pénates ou tutélaires des chrétiens ; ils s’intéressent vivement à tous ceux qui portent leurs saints noms. Saint Jean est le protecteur né de tous les jeans du monde : les animaux, les maladies, les calamités ont aussi leurs patrons. St Roch a la peste dans son département ; st Antoine a dans le sien les cochons et la rogne ; st Joseph, comme on sait, est le patron des cocus ou des bêtes à cornes.
Pauvres d’esprit
Dans le langage profane les pauvres d’esprit sont des sots ; dans le langage des chrétiens ce sont des gens d’esprit, qui font les sots en ce monde pour briller un jour en paradis, où ils réjouiront l’éternel par leurs saillies et leurs bons mots. L’église aime de préférence ses enfants les plus sots ; elle ne fait presque aucun cas de ceux qui ont de l’esprit. Voyez Sots.
Pauvreté
Dans la religion chrétienne on ne voit partout que pauvreté. Jésus-Christ est un dieu pauvre et même un pauvre dieu ; ses apôtres étaient de pauvres diables ; les évêques sont de pauvres saints ; les moines font vœu de pauvreté ; le clergé débite des pauvretés ; elles sont crues par de pauvres gens, qui les payent très richement. Les biens du clergé appartiennent aux pauvres ; d’où il suit que rien n’est plus naturel et plus juste que de dépouiller les pauvres pour enrichir le clergé. Voyez Dîmes.
Peccavi
Un bon peccavi suffit à l’article de la mort pour faire entrer un coquin en paradis ; si cette opinion et ces regrets tardifs sont inutiles à ce monde, il en résulte de grands biens pour ceux qui expédient les passeports pour l’autre monde.
Péchés
Pensées, paroles ou actions qui ont le pouvoir d’impatienter la divinité, de déranger ses projets, de troubler l’ordre qu’elle chérit. D’où l’on voit que l’homme est très puissant ; Dieu en lui donnant le libre arbitre est obligé de le laisser faire, il ne peut point l’empêcher de lui donner des nazardes à lui-même.
Pêcheurs
Jésus-Christ a promis à ses apôtres d’en faire des pêcheurs d’hommes : voilà pourquoi nos prêtres sont sans cesse occupés à troubler l’eau pour mieux tendre leurs filets, et pêcher avec plus de succès. Ils pêchent aussi à la ligne, l’espérance est l’appas dont ils se servent pour nous faire mordre à l’hameçon.
Pélerinage
Pratiques pieuses fort usitées dans les pays bien dévots. Elles consistent à battre la campagne pour rendre visite et pour payer bouteille à quelque saint étranger ou à ses ayants cause ; en faveur de cette politesse, le saint que l’on visite accorde communément aux hommes la grâce de s’enivrer, et aux filles celle de faire des enfants neuf mois après la visite.
Pénitence
Suivant l’église romaine c’est un sacrement qui consiste à s’accuser de ses péchés à un prêtre, et à lui montrer le regret sincère que l’on a d’avoir été bien aise. Dans toutes les religions du monde on fait des pénitences ; c’est-à-dire, on se fait bien du mal, pour faire du bien à la divinité.
Pensées
Dieu s’offense très grièvement des mouvements involontaires qui s’excitent dans le cerveau des hommes, surtout, quand les dits mouvements ne sont point dirigés par le clergé. La divinité damnera inmanquablement ceux qui n’auront pas pensé comme ses prêtres, vu qu’ils ont le droit exclusif de penser pour les autres. Voilà pourquoi les ministres de l’église ont soin de fouiller la conscience des fidèles, de peur qu’il n’entre dans leur tête des pensées de contrebande.
Pentecôte
Fête solennelle que l’église célèbre en mémoire de la descente miraculeuse du saint esprit en langues de feu, qui s’arrêterent sur les têtes des apôtres, des disciples et des saintes femmelettes, ce qui les fit jaser comme des ivrognes et des pies. En conséquence de cet événement les successeurs des apôtres ont indubitablement acquis le droit de jaser et de mettre avec leurs caquets et leurs langues l’univers en combustion.
Père éternel
C’est le chef de la famille divine. Il doit être bien vieux s’il est vrai, comme on n’en peut douter, qu’il ait dit tout ce que ses livres lui font dire.
Pères de l’église
Ce sont de saints rêveurs, qui ont fourni aux fidèles une foule de beaux raisonnements, de beaux dogmes, de savantes interprétations, dont il n’est point permis d’appeller au bon sens.
Perfection
Dans la religion chrétienne elle consiste à prier, à jeuner, à rêver creux, à vivre comme un saint hibou. Un chrétien parfait se pique de n’être bon à rien dans ce monde qui n’est que l’antichambre de l’autre ; un laïque est fait pour y croquer le marmot, pendant que ses prêtres font bonne chère à ses dépends.
Perroquets
Animaux fort utiles à l’église, et qui, sans y entendre finesse, répètent assez fidèlement tout ce qu’on veut bien leur apprendre. Voyez Catéchisme, Chrétiens, Éducation.
Persécutions
Moyens sûrs et charitables que l’église met en usage pour rappeller ceux qui s’égarent, et pour se rendre plus aimable à leurs yeux. L’église fut souvent elle-même persécutée, mais ce fut toujours à tort ; les persécutions qu’elle fait éprouver aux autres sont légitimes et saintes ; pour avoir droit de persécuter il faut avoir raison, et pour avoir raison il suffit de n’avoir point tort ; l’église n’a jamais tort surtout quand elle a la force de prouver qu’elle a raison.
Peuple
C’est l’appui de l’église, sa consolation dans ses peines, le soutien de son pouvoir. Le peuple, comme on sait, est un profond théologien ; c’est aussi pour lui que l’église fait ses dogmes, ceux qu’il approuve ne peuvent manquer d’être fort bons ; la voix du peuple est la voix de Dieu ; en effet Dieu ne peut guère s’empêcher de ratifier ce que le peuple veut bien fort ; mais il ne veut bien fort que ce que les prêtres lui disent de vouloir bien fort.
Philosophes
Ce sont les prétendus amis de la sagesse et du bon sens ; d’où l’on voit que ce sont des marauds, des voleurs, des fripons, des pendarts, des impies, des gens détestables pour l’église, à qui la société ne doit que des fagots et des bûchers. Les coquins ont l’insolence d’avertir les hommes qu’on leur coupe la bourse ici-bas tandis qu’on les oblige à regarder là haut. Cet article est de Mr Palissot, et de l’avocat Moreau.
Pierre
Pauvre pêcheur fort bête, qui fit une très belle fortune. Il devint le prince des apôtres à cause de son beau nom, qui fournit à son maître l’occasion de déployer son esprit en faisant un calambour, sur lequel est fondée la cuisine du très saint père.
Plaider
Un chrétien ne doit jamais plaider ; il doit céder sa veste et ses culottes quand on en veut à son pourpoint ; les gens d’église ne plaident point, ce sont de tous les hommes les plus faciles en affaires.
Platon
Philosophe athénien et père de l’église chrétienne, qui aurait dû, sans rien dire, le placer dans son calendrier ; c’est à lui qu’elle doit un grand nombre de dogmes et d’articles de foi, sans compter ses beaux mystères. Voyez Purgatoire, Trinité, Verbe.
Politique
La religion chrétienne en est l’appui. Elle maintient dans les États la tranquillité, l’obéissance aux souverains, la population, l’agriculture ; elle prescrit la soumission aux sujets, pourvu que les princes lui soient bien soumis ; enfin ses prêtres font un corps dans l’État, dont les intérêts sont toujours ceux de l’État, pourvu que l’État lui-même ne songe qu’aux intérêts des prêtres.
Pompes de Satan
Tout chrétien y renonce au baptême, c’est-à-dire le jour même qu’il est né ; il est vrai que souvent il oublie ses engagements, il n’y a que les prêtres qui jamais ne les perdent de vue.
Pontifes
Ce mot vient de pontifex, faiseur de pont ; nos pontifes sont des architectes spirituels qui font un pont intellectuel, à l’aide duquel les bons chrétiens arrivent en paradis, en franchissant les abîmes du bon sens et de la raison.
Population
Elle est nuisible aux nations chrétiennes où, pour bien faire, tout le monde devrait garder le célibat. Le nombre des élus est très petit, celui des réprouvés est très grand ; plus une nation contient d’habitants, plus elle contient e réprouvés ; donc la population est très nuisible au bonheur d’un État.
Portion congrue
Les chefs de l’église chrétienne ont sagement réglé que la canaille sacerdotale, qui travaille à la vigne du seigneur ne devait point avoir de quoi vivre. En conséquence il est réglé qu’un grand nombre de curés n’auront que trois cens livres tournois par chacun an ; d’où l’on voit que les évêques, qui sont les marchands en gros de la foi, ne mettent point eux-mêmes un prix exorbitant à la denrée qu’ils font débiter aux fidèles en détail par leurs courtiers ou regratiers spirituels.
Possessions
Autrefois les démons prenaient souvent possession des hommes. Nous voyons dans l’écriture des cochons même devenir possédés. Aujourd’hui l’on ne voit guères de possédés qu’en province, ou dans les saints greniers des convulsionaires ; encore faut-il payer le diable pour qu’il entre dans les corps.
Pratiques de piété
Ce sont de petits mouvements des lèvres, des oreilles et du corps, sagement inventés par l’église, sans lesquels il est évident qu’un homme ne peut être agréable à Dieu ou à ses prêtres. Les pratiques de dévotion, qui paraissent souvent bizarres et ridicules aux gens sans foi, sont fort utiles au clergé à qui elles valent de l’argent ; d’ailleurs elles habituent les fidèles à obéir sans raisonner.
Prédestination
Un dieu bon qui prévoit tout, a résolu dans ses décrets éternels que parmi ses créatures les unes seraient sauvées et les autres, en plus grand nombre, seraient damnées pour toujours. Si vous ne comprenez rien à cette conduite bizarre consultez votre confesseur : s’il est janséniste il vous dira pour éclaircir vos doutes que la prédestination est gratuite et sans prévision des mérites : s’il est moliniste il vous dira le contraire. Mais tous deux s’accorderont à vous dire que c’est un mystère auquel il est très bon que vous ne compreniez rien.
Prédicateurs
Orateurs sacrés, que les nations soudoyent pour leur répéter de mille façons différentes des choses auxquelles jamais elles n’ont rien compris, mais qu’elles espèrent comprendre mieux à force de se les faire répéter. La prédication est très utile on ne peut en douter : Dieu lui-même, comme on sait, prêcha Adam et ève, et au sortir du sermon ils n’eurent rien de plus pressé que d’aller faire une sottise.
Prémotion physique
C’est une impulsion prévenante par laquelle, suivant M Boursier, avant que l’homme agisse, Dieu le dispose à agir de la façon qu’il conviendra au libre arbitre, auquel il n’est point permis à la divinité de toucher, de peur que l’homme n’eût point le mérite de bien faire.
Préscience
Attribut divin par le moyen duquel la divinité a le plaisir de savoir les sottises que l’homme fera sans vouloir ni pouvoir l’en empêcher.
Présence réelle
Mystère inventé dans le neuvieme siècle par un moine de Corbie, et qui s’est depuis changé en un article de foi pour l’église catholique, apostolique et romaine ; elle croit très fermement que le dieu de l’univers, toute autre affaire cessante, sur la sommation d’un prêtre, à qui l’on donne douze sols, vient se nicher dans un morceau de pâte, afin d’être croqué. Les protestants font les dégoûtés sur ce mystère, après en avoir pourtant digéré beaucoup d’autres.
Présomption
C’est le crime de ceux qui ont l’impertinence de s’en rapporter plutôt à leurs propres lumières qu’à celles du clergé. Le comble de la présomption est de penser que Dieu pourrait bien n’être pas si méchant que ses prêtres le sont.
Presséance
Il s’éléve fréquemment des disputes de presséance entre les humbles évêques. Dieu s’intéresse très fort à ces sortes de querelles ; il serait très piqué si son ministre dans un diocèse cédait le pas au ministre qu’il a dans un autre diocèse.
Prêtres
Dans toutes les religions du monde ce sont des hommes divins, que Dieu a lui-même placés sur la terre pour y exercer un mêtier très utile ; il consiste à distribuer gratuitement des craintes afin d’avoir le plaisir de distribuer ensuite des espérances pour de l’argent. C’est un point fondamental sur lequel tous les prêtres du monde ont toujours été parfaitement d’accord.
Prières
Formules de requêtes inventées par les prêtres, pour obtenir d’un dieu bon qui sait tout ce dont ses enfants ont grand besoin, ou pour engager un dieu sage à changer de volontés. Sans prières Dieu ne devinerait point ce qui manque à ses créatures. Les prières des prêtres sont les plus efficaces de toutes ; ils en font un trafic assez avantageux ; dans la cour de là-haut comme dans celles d’ici-bas, l’argent applanit bien les affaires.
Probabilisme
Quand il vous prendra fantaisie de faire quelque péché qui vous tente bien fort, cherchez dans quelque jésuite si vous ne pourriez pas le faire sans pécher ; appuyée de cette autorité votre conscience peut se tenir en repos.
Prochain
Un chrétien doit aimer son prochain comme lui-même ; or un bon chrétien doit se haïr lui-même, d’où il suit qu’un bon chrétien doit faire enrager son prochain pour gagner à frais communs le paradis.
Profanation
Crime horrible qui consiste à faire des choses que les prêtres nomment sacrées, un usage qu’ils appellent profane, c’est-à-dire qui n’est point sacré. D’après cela vous voyez clairement que tout profanateur doit être brûlé : il commet un crime dont on n’a point d’idée, et qui par conséquent ne peut être que très grand.
Profession de foi
Formules ingénieusement fabriquées par les théologiens pour se tendre des pièges, pour se tourmenter saintement les uns les autres et pour allarmer les consciences des femmes, qui doivent avoir des sentiments bien purs sur les questions de la théologie.
Profession religieuse
Cérémonie solennelle par laquelle un polisson ou une jeune fille de quinze ans promettent à Dieu d’être toute leur vie inutiles à la société, et de persévérer jusqu’à la mort dans la sainte résolution de se bien tourmenter.
Prophêtes
Juifs choisis par la divinité même et inspirés par elle quand il lui prenait fantaisie de converser avec son peuple, pour lui annoncer de grands malheurs. Les prophêtes étaient d’ailleurs les bohémiens, les devins, les diseurs de bonne avanture de la Judée. Ils faisaient retrouver aux filles de Sion et aux servantes de Jérusalem des chiens perdus et des cuillères égarées ; les chrétiens, munis d’une foi bien vigoureuse, ont l’avantage de trouver dans leurs écrits tout ce qui convient à l’église. Il est important de ne point parler clairement, on finit tôt ou tard par passer pour prophête.
Protestants
Il y en a de bien des couleurs. Ce sont en général des esprits forts, qui ont le courage de protester contre le pape et contre celles de ses opinions qui déplaisent à des prêtres protestans. Ces chrétiens amphibies sont d’ailleurs de fort bonnes gens ; quoiqu’ils aient pris le très-saint père en grippe, ils n’en sont pas moins soumis au clergé protestant, qui sans se croire infaillible, ferait un mauvais parti à quiconque douterait de ses lumières, ou ne verrait point comme lui. Les protestants sont à Rome des hérétiques à brûler, mais ils ont la consolation d’être très orthodoxes chez eux, et même de brûler les autres quand leurs prêtres ont du crédit. Si les protestants déplaisent à Dieu ce doit être indubitablement par ce qu’ils ne payent point le clergé aussi grassement qu’il le mérite ; ce qui sent furieusement l’hérésie.
Providence
L’on désigne sous ce nom la bonté vigilante de la divinité, qui pourvoit aux besoins de ses prêtres. À l’aide de la providence ceux-ci n’ont jamais à craindre de manquer. Ils peuvent même rester les bras croisés, ils n’en seront pas moins vêtus, logés, nourris, désaltérés, fêtés. C’est à la providence qu’ils doivent tout cela ; quel que soit le sort du reste des humains, elle a toujours grand soin que ses prêtres soient bien.
Prudence
Vertu morale et profane qui n’est bonne à rien dans la religion. La prudence chrétienne consiste à se laisser mener, ce qui est un sûr moyen pour arriver au but où le clergé veut nous mener.
Psaumes
Vieilles chansons hébraïques aussi sublimes qu’édifiantes. L’église les a fait traduire en latin de cuisine, à l’usage des cuisinières, qui les chantent à vêpres avec grande componction. M Le-Franc, comme chacun sait, les a traduits en vers français, que son compère trouve merveilleux et divins.
Puissance spirituelle
C’est une puissance qui, comme son nom le porte semblerait ne devoir agir que sur les esprits, mais qui par un miracle inconcevable agit aussi sur les corps, et même fait éprouver aux corps politiques des secousses dont ils se souviennent quelquefois assez longtemps. Dans tout État chrétien il y a deux puissances qui sont souvent aux prises, pour le plus grand bien des peuples, qui ne savent pas trop à qui entendre, cependant quand les sujets sont bien dévots la puissance civile est, comme de raison, la très humble servante de la puissance spirituelle, qui, sans cela, lui montrerait beau jeu.
Purgatoire
Fourneau de réverbère où, pour les menus plaisirs du clergé catholique apostolique et romain, Dieu fait cuire pendant un temps, limité par sa justice, les âmes de ceux qu’il veut radicalement purger. Cependant son clergé lui fait changer d’avis, il le force à relâcher promptement les ames de ceux dont il a bien purgé la bourse.
Pyrrhonisme
Systême odieux de philosophie qui pousse la témérité jusqu’à douter de tout, et même de la bonne foi des prêtres et des lumières surnaturelles des théologiens, qui jamais ne doutent de rien.
Quakers ou trembleurs
Ce sont les partisans d’une secte abominable qui est d’un exemple fort dangereux : ils ont trouvé le secret de se passer de prêtres, ce qui est très contraire aux intérêts du seigneur. D’où l’on voit que les trembleurs ne sont pas si poltrons que ceux qui ne sont pas trembleurs.
Querelles théologiques
Démêlés importants, qui, pour la plus grande gloire de Dieu et pour l’amusement de sa femme, s’élèvent parfois entre les organes infaillibles des volontés divines ; comme ils sont infaillibles de part et d’autre, ils ne peuvent pas toujours convenir de leurs faits. Ces querelles sont très utiles à l’église ; quand on dispute sur la forme on ne dispute point sur le fond. Il est très important que les princes se mêlent des querelles théologiques, cela leur donne un grand poids, et surtout cela les empêche de finir trop promptement.
Questions théologiques
Elles sont de la dernière importance. C’est, par exemple, une question de savoir si Adam avait un nombril ? Si la pomme qu’il a mangée étoit de calleville ou de reinette ? S’il est nécessaire de croire que le chien de Tobie ait remué la queue ? Si la constitution unigenitus est une régle de foi ? Si le fils de Dieu auroit pu se métamorphoser en vache ? Etc. Etc. Etc. On peut encore mettre au nombre des questions théologiques les tortures que l’inquisition fait éprouver aux hérétiques, pour les forcer à s’accuser eux-mêmes des crimes qu’ils ignorent.
Rabbi
Mot hébreu qui signifie maître. Jesus Christ défendit à ses apôtres de se faire appeller maîtres ; voilà pourquoi leurs successeurs se font appeller monseigneur, votre grandeur, votre éminence, votre sainteté ; il n’y a pas le mot à dire.
Raca
Il est défendu dans l’évangile d’appeler son frère raca ; mais le clergé nous conseille de le tuer quand il n’a pas raison, c’est-à-dire, quand il n’est point de notre avis, quand nous avons un avis ; ou de celui du clergé, quand nous n’en avons point un nous-mêmes.
Raison
C’est de toutes les choses de ce monde la plus nuisible à un être raisonnable : Dieu ne laisse la raison qu’à tous ceux qu’il veut damner, il l’ôte dans sa bonté à ceux qu’il veut sauver ou rendre utiles à son église. Point de raison, voilà la base de la religion ; si elle était raisonnable il n’y aurait plus de mérite à la croire, et alors que deviendrait la foi ? Cependant il est bon d’écouter la raison, toutes les fois que par hazard elle s’accorde avec les intérêts du clergé.
Rédemption
Tout chrétien est obligé de croire que le dieu de l’univers, en consentant à mourir, a racheté les hommes de l’esclavage du péché ; cependant ils vont toujours péchant, comme si de rien n’était. L’on sent d’après cela que la rédemption est un mystère très utile au genre humain.
Réforme
Depuis la fondation du christianisme, qui, comme on sait, est le chef d’œuvre de la sagesse divine : ses prêtres ont été perpétuellement occupés à le réformer. Le diable est sans cesse aux trousses de l’église, et dérange la belle machine inventée par Jésus-Christ ; l’on ne voit pas que jusqu’ici le saint-esprit soit parvenu à raccommoder solidement l’ouvrage merveilleux de la divinité.
Réfugiés
Hérétiques dont la France s’est sagement débarassée et qu’elle a forcés de chercher un azile chez ses voisins. Il n’y a pas de mal à tout cela ; la foi pure lui reste ; cette foi suffira toujours pour la garantir des efforts des nations hérétiques que Dieu, qui est orthodoxe, se gardera bien de favoriser.
Refus de sacrements
Comme le chien de Jean De Nivelle les prêtres ne vont point toujours où ils sont appellés ; vers le 48e dégré de latitude septentrionale on refuse, souvent assez durement, les grâces spirituelles à ceux qui les demandent avec ardeur en mourant ; en récompense on tâche de les entonner de vive force à ceux qui ne se sentent point d’appétit pour ces ragoûts spirituels ; conduite, sans doute, dictée par la sagesse profonde qui caractérisera toujours les pasteurs de l’église.
Régicides
Corrections maternelles que l’église fait donner quelquefois aux princes, qui n’ont point pour ses ministres la déférence qui leur est due. Ahod, saint Thomas et le père Busenbaum ont prouvé que rien n’était plus légitime que de tuer les tyrans. Voyez Tyrans. Les profanes se récrient contre les régicides ordonnés par l’église ; les ignorants ne savent-ils point que chez les anciens romains les parents avaient droit de faire mourir leurs enfants ?
Religieuses
Saintes filles destinées aux serrails que Jésus-Christ tient dans ce bas monde ; chacune d’elles à force de petits soins espère un jour mériter le mouchoir. En attendant elles sont gardées par des moines et des prêtres, qui n’étant point des eunuques, font quelquefois le sultan cocu, pour se faire trop attendre.
Religion
Systême de doctrine et de conduite inventé par Dieu lui-même pour le bien de ses prêtres et le salut de nos âmes. Il y a plusieurs religions sur la terre, mais la seule véritable est toujours celle de nos pères, qui étaient trop sensés pour se laisser tromper ; toutes les autres religions sont des superstitions ridicules qu’il faudrait abolir si l’on était assez fort. La vraie religion est celle que nous croyons vraie, à laquelle nous sommes accoutumés, ou contre laquelle il serait dangereux de disputer. La religion du prince porte toujours des caractères indubitables de vérité.
Reliques
Les âmes dévotes et catholiques sont pénétrées d’un saint respect pour les restes de quelques saintes charognes, qui, comme on sait, ont le pouvoir d’opérer de très grands miracles en faveur de ceux qui ont bien de la foi. La culotte de saint Pâris a plus guéri de maladies que toute la faculté de Paris.
Réparations
On est obligé de réparer le mal que l’on a fait ; le moyen le plus court c’est de donner aux prêtres ou à des hôpitaux l’argent qu’on a volé à ses concitoyens ; tout est bien réparé quand l’église est contente.
Repentir
Pour obtenir la rémission de ses péchés un chrétien doit éprouver un repentir très sincère d’avoir commis des actions qui lui ont fait un grand plaisir : un acte de contrition suffit pour le remettre bien avec Dieu, ce qui est infiniment commode pour tous ceux qui n’ont point dessein de changer de conduite.
Réponses
Répondre en théologie c’est répliquer des injures, c’est crier, c’est implorer le secours du bras séculier contre ceux qui combattent les sentiments du clergé. Ces réponses ne sont pas satisfaisantes et ne résolvent pas pleinement les difficultés, mais ceux qui ont de la foi les trouvent sans réplique, et ceux qui n’en ont point sont obligés de s’en contenter.
Réprouvés
Ce sont tous ceux qu’un dieu bon destine à l’amuser éternellement par les grimaces et les hurlements qu’ils feront dans l’éternelle chaudière que sa justice leur prépare. Un dieu juste, comme on sait, ne doit rien à personne ; il fait trop d’honneur aux réprouvés de vouloir bien s’en amuser, quand ce ne serait que pour leur montrer qu’il est le maître, vérité dont, sans cela, ils auraient peut être douté.
Résidence
Les pasteurs de l’église sont tenus de résider au milieu de leurs moutons respectifs, afin de les mener paître. Il est pourtant des évêques qui aiment mieux résider à la cour ; les ouailles ne manquent de rien quand le pasteur fait bonne chère ou obtient des abbayes. Le salut des courtisans et des dévotes en crédit est, sans contredit, bien plus intéressant pour l’église que celui de la canaille chrétienne qui demeure en province.
Résurrection
Jésus-Christ est ressuscité, nous en avons pour garants quelques apôtres éclairés et quelques saintes commères qui n’ont pas pû s’y tromper ; sans compter tout Jérusalem, qui n’en a jamais rien vu. Les chrétiens croient fermement qu’ils ressusciteront un jour, c’est-à-dire que leurs âmes spirituelles se rejoindront à leurs corps, et que dans le fouillis de la nature entière chacun retrouvera les pièces qui appartenaient à son ancien individu.
Retraite
Il est utile aux bons chrétiens de vivre dans la retraite ; la chose est très propre à les rendre hargneux, insociables et surtout à leur échauffer le cerveau. La société nous gâte, elle nuit à notre salut, elle nous empêche de bien rêver aux vérités saintes, que jamais nous ne pourrons comprendre.
Révélation
Manifestation des volontés divines, faite par le tout-puissant en personne à des hommes incapables de nous en donner à garder. Révélation vient de rêver ; la divinité s’est révélée dans chaque contrée de la terre, mais la véritable révélation ne peut être visiblement que celle des rêveurs qui ont rêvé pour nous ; le plus sûr est de les croire, surtout quand on court risque d’être pendu en doutant de la vérité de leurs saintes rêveries.
Revenants
Les esprits forts n’y croient point, mais tout bon chrétien est obligé d’y croire. Le saint esprit y a cru dans l’ancien testament, c’est donc une hérésie de n’y point croire aujourd’hui. D’ailleurs les revenants font peur, et tout ce qui fait peur est toujours très utile au clergé.
Révoltes
Petites tracasseries que le clergé fait quelquefois aux princes. Il est très légitime de se révolter contre son souverain quand le pape le conseille ou quand la chose est avantageuse au clergé ; c’est alors la faute du souverain qui s’est révolté contre le pape ou contre le clergé, c’est-à-dire contre Dieu même.
Richesses
Elles sont des obstacles invincibles au salut. Un riche a communément le ventre trop gros pour enfiler la voie étroite qui conduit en paradis ; s’il y prétend il doit jeûner ou se faire dégraisser par ses prêtres, qui le rendront assez mince pour se glisser par la lucarne du salut.
Rire
Un chrétien bien dévot doit être sérieux comme un âne qu’on étrille. Jésus-Christ n’a jamais ri ; il s’agit bien de rire tandis qu’à chaque instant un chrétien est en danger de tomber dans la chaudière, que la divinité prépare à ceux aux dépends de qui elle voudra rire éternellement. Il n’est permis qu’aux prêtres de rire dans leurs barbes de ceux dont ils tiennent l’argent.
Rites
Usages sacrés et formules respectables observés par nos saints jongleurs, et contenus dans de saints grimoires que l’on nomme rituels. Les gens sans foi méprisent les rites, les pratiques et les cérémonies de l’église ; mais elle y tient, avec raison, vû que ces belles choses font venir l’eau au moulin du clergé qui, s’il cessait de moudre, ferait que la religion mourrait de faim.
Rois
Ce sont les chefs des nations et les serviteurs des prêtres, qui dans un pays bien chrétien ne doivent être soumis à personne et commander à tout le monde. Les rois ne sont faits que pour défendre le clergé, pour faire valoir ses arguments et ses droits et surtout pour exterminer ses ennemis.
Romains
Peuple fameux qui par droit de conquête s’est rendu maître du monde, et aux droits duquel a succédé de droit divin un prêtre, qui a conquis l’Europe à force d’arguments. Ceux des chrétiens qui sont soumis à ce prêtre se nomment catholiques romains ; ses légions sont composées de capucins, de récolets, de cordeliers, de jacobins ; les jésuites forment la cohorte prétorienne ; les évêques sont leurs tribuns militaires, et les rois seront leurs pourvoyeurs tant qu’ils auront assez de foi.
Royaume de Dieu
Il n’est point de ce monde ; Jésus-Christ l’a dit lui-même ; mais ce n’est point ce qu’il a dit de mieux. Les prêtres, pour bien faire, devraient seuls commander ici-bas ; mais hélas ! Le peu de foi des princes s’oppose souvent à leurs saintes entreprises. Si nous avions de la foi en dose suffisante les rois seraient eux-mêmes aux ordres du clergé.
Sacerdoce
Nom générique sous lequel on désigne un ordre d’hommes, qui après s’être rendus sacrés, se sont répandus dans toutes les nations pour le bien de leurs âmes. Leur fonction en ce monde est de nous parler de l’autre monde, d’anéantir partout la raison, d’inventer et débiter de belles histoires, de faire bien enrager ceux qui refusent de les croire, et de se faire bien payer de ces services importants. Les religions sont très variées en ce monde, mais le sacerdoce est partout le même, ce qui prouve évidemment qu’il est d’institution divine.
Sacré
C’est ce qui n’est point profane. L’on nomme sacré tout ce qu’il convient aux prêtres de faire respecter aux laïques. La personne des prêtres, leurs biens, leurs droits, leurs oracles et leurs décisions sont évidemment des choses sacrées ; Dieu punit inmanquablement quiconque ose y toucher.
Sacrements
Signes et cérémonies sacrées, à l’aide desquels les ministres du seigneur font à volonté descendre de là-haut une ample cargaison de grâces spirituelles sur les âmes des fidèles, et font que l’argent des laïques passe de leurs poches profanes dans celle du clergé. Suivant quelques chrétiens il y a sept sacrements, d’autres n’en veulent pas tant : ils ont tort, sans doute : en fait de grâces divines on n’en saurait trop prendre.
Sacrifices
Autrefois Dieu faisait assez bonne chère ; on le régalait d’hommes, d’enfants, de boeufs, de moutons et d’agneaux ; aujourd’hui sa femme l’a mis au régime ; on ne lui sert plus que son fils, encore sont ce les prêtres qui le mangent. Pour lui il périrait d’inanition si l’inquisition ne lui faisait des grillades, et si les princes dévots et zêlés ne garnissaient de temps en temps le garde-manger céleste, quand le clergé leur fait entendre que Dieu s’ennuye de la diète et qu’il se fâchera si on ne lui donne à manger. Voyez Massacres, Persecutions, Guerres etc…
Sacrilège
Mot terrible inventé par les prêtres pour désigner le crime affreux que commettent ceux qui touchent aux objets qu’ils ont nommés sacrés. Tout ce qui nuit aux prêtres nuit à Dieu, qui n’entend point raillerie. D’où l’on voit que voler Dieu, qui n’a besoin de rien, est un crime bien plus noir que de voler un pauvre. Plus celui qu’on vole est riche, plus le voleur est criminel. En conséquence celui qui vole Dieu ou ses prêtres est brûlé, celui qui vole un homme riche est pendu ; celui qui vole les pauvres n’a communément rien à craindre. Voyez Hôpitaux.
Saints
Ce sont des héros très utiles aux nations, qui pour avoir bien prié, bien jeûné, s’être bien fessés, avoir bien clabaudé, avoir été bien rebelles et bien turbulents, se sont immortalisés dans la mémoire des fidèles et sont placés en rang d’oignons dans le martyrologe romain. Pour devenir un saint il faut être bien inutile ou bien incommode à soi-même et aux autres.
Salomon
Il fut le plus sage des rois : Dieu lui accorda lui même la sagesse ; en conséquence il fut encore plus paillard que monsieur son cher père, qui ne l’était pourtant pas mal : au milieu de cinq cens femmes ce sage roi s’écriait très sagement, que tout est vanité.
Samuël
Prophête hargneux et juif ; qui n’avait pas trop étudié le droit des gens dans Grotius ou Puffendorf : il mettait en hachis les rois des autres pays ; il faisait et défaisait les rois du sien. Au demeurant il étoit bon homme quand on était de son avis.
Sang
L’église abhorre le sang ; elle a le cœur si tendre qu’elle tomberait en pâmoison si elle en voyait répandre ; conséquemment elle ne fait point ses opérations par elle-même ; semblables aux médecins, les prêtres ordonnent la saignée, elle se fait par les princes, les magistrats et les bourreaux qui sont les chirurgiens ordinaires de monseigneur le clergé.
Satisfaction
Jésus-Christ en mourant a satisfait son père ; en faveur de sa mort les hommes sont libérés de leurs dettes ; cependant le cher père veut encore qu’on le paye. D’où l’on voit que la justice divine exige que l’on paye encore les dettes dont elle a donné quittance.
Scandale
C’est toute action qui est pour d’autres une occasion de pécher ; les ministres du seigneur ne donnent jamais de scandale, et rien ne serait plus scandaleux que de dire qu’ils scandalisent : il n’y a que ceux qui n’ont point de foi qui soient scandalisés de la conduite des prêtres scandaleux. C’est quand nous voyons un prêtre scandaleux qu’il est à propos de nous arracher les yeux, suivant le conseil du fils de Dieu.
Schismatiques
Relativement aux catholiques romains, ce sont des chrétiens qui refusent de reconnaître le pape pour le chef de l’église ; les imbéciles ne voient pas que saint Pierre, qui était pape, et qui depuis s’est fait le portier du paradis, ne manquera pas de leur fermer la porte au nez quand ils s’y présenteront ; il ne faut point se brouiller avec le portier ou le suisse d’une maison où l’on veut entrer.
Science
Chose très pernicieuse et qui devrait être bannie de tout pays chrétien. La science enfle, par conséquent elle empêche qu’on ne soit assez mince pour entrer en paradis. La science du salut est la seule nécessaire, elle n’est point difficile à acquérir, pour l’avoir il suffit de laisser faire le clergé.
Scolastique
Partie très importante de la théologie ; c’est l’art d’argumenter sur des mots, sagement inventés pour obscurcir les choses, et pour nous empêcher de voir trop clair dans la science du salut.
Scrupules
Saintes et petites inquiétudes d’esprit, que pour occuper les dévots et les dévotes, leurs guides spirituels ont soin de jetter dans leurs grandes âmes, afin d’avoir ensuite la satisfaction de les dissiper. Les scrupules doivent avoir pour objet les pratiques ordonnées par le clergé, ils ne doivent point tomber sur les actions nuisibles à la société, qui n’intéresse jamais que faiblement les dévots.
Secours
Ce sont des coups de bûche, des coups d’épée, des coups de bâton que les partisans de la grâce efficace donnent aux saintes femmes du parti, qui en ont une telle provision qu’elles en sont étouffées ; le tout pour prouver l’efficacité de la grâce et de la boite à Perrette. Voyez Convulsionnaire et Jansénistes.
Sectes
Ce sont les branches et les rameaux divers qui partent du tronc d’une même religion. Le tronc s’appelle religion dominante ; ce tronc est perpétuellement occupé à secouer ses branches, ce qui fait que souvent il chancelle lui-même ; d’ailleurs il est planté sur un terrain de sable, si les princes n’y mettaient la main il tomberait infailliblement.
Sécularisation
Opération sacrilège de la politique profane par laquelle les biens de l’église sont enlevés au clergé pour être livrés aux mains des princes hérétiques ; ce qui déplaît très fort à l’église catholique ou à la politique sacrée du saint père.
Séculiers
Mot synonyme de profanes, de laïques, de canailles ; ce sont des hommes qui ne sont bons à rien dans ce monde qu’à payer les prêtres et leur servir de monture pour aller l’un portant l’autre en paradis.
Séditieux
De droit divin il est permis aux ministres du seigneur d’être séditieux ; le souverain est un tyran dès qu’il veut les en empêcher ou dès qu’il a l’insolence de vouloir les réprimer, les punir, et, ce qui est encore bien pis, les ramener à la raison, qui jamais ne fut faite pour le clergé ; il a ses raisons pour nous dire qu’il faut mépriser la raison.
Séminaires
Maisons sacrées, où, sous les yeux d’un évêque, l’on fait pulluler la race des prêtres du seigneur, et où ils apprennent de bonne heure à connaître le prix des marchandises célestes qu’ils auront un jour à débiter.
Sens
Un bon chrétien ne doit point s’en rapporter au témoignage de ses propres sens qui pourraient bien le tromper ; c’est aux sens de ses prêtres qu’il doit uniquement s’en rapporter ; ils en ont de bien plus fins que les autres, surtout dans les choses spirituelles, auxquelles les laïques n’entendront jamais rien.
Sens anagogique
Dans le langage de la théologie c’est un sens détourné, mystérieux, inconcevable que l’on peut trouver à certains passages de l’écriture, qui paraissent totalement inintelligibles à tous ceux qui n’ont point assez de foi pour s’aliéner l’esprit au point de s’élever jusqu’aux choses divines.
Sens commun
C’est la chose la plus rare et la plus inutile dans la religion chrétienne ; dictée par Dieu lui même elle n’est point soumise aux règles humaines et vulgaires du bon sens. Un bon chrétien doit captiver son entendement pour le soumettre à la foi, et si son curé lui dit que trois ne font qu’un, ou que Dieu est du pain, il est obligé de l’en croire en dépit du sens commun.
Septante (les)
Ce sont soixante-douze juifs inspirés qui ont fait parler le saint esprit en grec, d’une façon qui ne s’accorde point toujours avec le saint esprit parlant hébreu ou latin : le tout pour exercer notre foi et la critique des docteurs de l’église.
Serpent
Les serpents parlaient autrefois ; c’est un serpent qui séduisit la grande mère du genre humain. Ce sont des serpents qui tentent et séduisent ses petites filles, mais ceux-ci ne parlent point. Les prêtres du seigneur doivent être prudents comme des serpents, mais les laïques doivent être à leur égard simples comme des colombes et doux comme des moutons.
Silence
C’est le plus grand des attentats dans un souverain que d’imposer silence aux prêtres. L’église est une commère qui veut parler, qui doit parler, qui périrait infailliblement si on l’empêchait de parler.
Simonie
Trafic illicite des dons du saint esprit. Les prêtres du seigneur n’ont garde de les vendre, comme Mr Jourdain ils les donnent pour de l’argent ; il n’y a dans l’église romaine que des cendres et des fagots que l’on donne gratis.
Songes
La religion chrétienne nous défend d’ajouter foi aux songes, qui cependant étaient d’un très grand poids dans l’ancien testament ; en récompense elle nous permet d’ajouter foi aux rêves, et même la sainte église se fâcherait bien fort si l’on refusait d’ajouter foi aux rêves de ses prêtres.
Sorbonne
Manufacture royale de docteurs de l’église, dont la France s’enrichit annuellement : ils en sortent armés de toutes pièces, il ne leur faut tout au plus que dix ans pour être au fait des choses nécessaires au salut des peuples qu’ils doivent endoctriner.
Sorciers
L’esprit saint y croyait autrefois, comme on le voit dans la bible ; nos pères y ont cru fort longtemps, on n’y croit plus maintenant, si cela continue on ne croira bientôt plus rien.
Sots
Voyez Chrétiens, Ignorance, Crédulité, Foi etc. Les incrédules, qui sont des sots, ne voient par leurs yeux profanes que des sottises et des sots dans notre sainte religion. Ils y trouvent un sot dieu, qui se fait pendre sottement, de sots apôtres, de sots mystères, de sottes opinions, de sottes querelles, de sottes pratiques, qui occupent de sottes gens et qui font vivre des prêtres qui ne sont point si sots.
Soufflet
Quand quelqu’un vous appliquera un soufflet sur une joue il faut bien vite lui tendre l’autre ; c’est un secret sûr pour être admis en paradis et pour être chassé de votre régiment.
Souverains
Il y en a deux dans tout pays chrétien. 1 monseigneur le clergé, 2 le prince, qui doit être, pour bien faire, le serviteur de monseigneur.
Spiritualité
Qualité occulte, inventée par Platon, perfectionnée par Descartes et changée en article de foi par les théologiens. Elle convient évidemment à tous les êtres dont nous ne savons point la façon d’être et d’agir ; Dieu est spirituel, notre âme est spirituelle, la puissance de l’église est spirituelle, cela signifie, en bon français, que nous ne sommes pas trop au fait ni de ce qu’ils sont ni de leur façon d’agir.
Splendeur
Dans les temps malheureux où nous vivons l’église a besoin de se montrer avec splendeur. Si ses ministres étaient aussi gueux que les apôtres, les cent suisses les chasseraient des appartements de Versailles. Les équipages, les bijoux, les livrées sont aujourd’hui très nécessaires aux chefs de l’église, sans cela la religion d’un dieu pauvre serait infailliblement méprisée.
Stercoranistes
Opinion absurde de ceux qui supposeraient que le pain consacré dans l’eucharistie, c’est à dire changé en dieu, puisse être rendu par la selle. Les théologiens ont longtemps disputé pour savoir ce que devenait le dieu que l’on a reçu dans l’eucharistie, maintenant il est enfin décidé qu’il n’y a que Dieu seul qui sache ce qui arrive à l’eucharistie quand nous l’avons reçue.
Suicide
Il est bien défendu à tout chrétien d’attenter à ses jours ou de se tuer tout d’un coup, mais il lui est très permis de se tuer en détail ou peu-à-peu ; pour lors il n’y a rien à dire, sa conduite devient même si édifiante et si méritoire, qu’il peut espérer de mourir en odeur de sainteté, et d’être un jour placé dans l’almanach pour peu qu’il fasse une douzaine de miracles.
Suisse
Homme d’église assez brusque, qui dans les cérémonies précède M le curé, lui fait faire place, écarte les importuns qui pourraient le troubler dans ses fonctions sacrées. Les souverains ne sont souvent que les suisses du clergé.
Superstition
C’est toute religion ou toute pratique religieuse auxquelles on n’est point accoutumé. Tout culte qui ne s’adresse point au vrai dieu est faux et superstitieux ; le vrai dieu est celui de nos prêtres, le vrai culte est celui qui leur convient le mieux, et auquel ils nous ont de bonne heure accoutumés ; tout autre culte est évidemment superstitieux, faux et même ridicule.
Surnaturel
C’est ce qui est au-dessus de la nature ; comme nous connaissons parfaitement la nature, ses ressources et ses lois, dès qu’il se présente quelque chose que nous ne comprenons plus, nous devons crier au miracle et dire que la chose est surnaturelle et divine ; en un mot le surnaturel est tout ce que nous n’entendons pas, ou à quoi nos yeux ne sont point habitués : cela posé, nous disons que la révélation, que la théologie, que les mystères sont des choses surnaturelles, c’est comme si nous disions que nous n’y comprenons rien. Les miracles sont des œuvres surnaturelles, vu que nous ne savons pas comment ont fait des miracles. Ce qui est surnaturel pour les laïques est très naturel pour les prêtres, qui savent très bien comment il faut s’y prendre pour faire des choses surnaturelles, surtout quand les laïques ont la simplicité requise pour croire ou pour voir des choses surnaturelles.
Suspendre
Quand un prêtre de l’église romaine a, par extraordinaire, commis un crime ou fait quelque sottise éclatante, on ne le pend point comme un coquin de laïque, on le suspend, c’est à dire, on le prive du droit d’exercer les fonctions pénibles du sacré ministère, ce qui est, sans doute un châtiment bien rigoureux.
Symbole
C’est le sommaire ou l’abrégé des choses incroyables qu’un chrétien est obligé de croire sous peine d’être damné. Pour peu qu’il croie fermement son symbole et les décisions contenues dans les conciles, les pères et dans un million de commentateurs, il ne pourra manquer de savoir à quoi s’en tenir sur sa foi.
Synagogue
C’est la première femme du père éternel ; il l’avait épousée dans le temps qu’il était juif, mais elle l’a tant fait enrager qu’il s’est fait chrétien de dépit, et pour lui faire piece, il a épousé l’église en secondes noces : on assure qu’il n’a pas trop gagné au changement.
Te deum
Cantique que les princes chrétiens font chanter toutes les fois qu’ils ont eu l’avantage de tuer bien des chrétiens ; le tout pour remercier Dieu de leur avoir accordé cette grâce, et d’avoir eux-mêmes perdu un grand nombre de sujets.
Témoins
Dans les affaires ordinaires de la vie pour s’en rapporter à des témoins on exige qu’ils soient éclairés, sensés, désintéressés. Dans la religion les témoins sur la parole desquels nous sommes obligés de croire des choses incroyables sont de saints ignorants, des prophètes un peu fous, des martyrs fanatiques, des prêtres qui vivent à gogo des belles choses qu’ils nous attestent ; cependant nous les croyons, et c’est un beau miracle.
Temporel
C’est ce qui n’est point éternel. La puissance temporelle n’étant que pour un temps doit être subordonnée à la puissance spirituelle qui doit durer toujours. Le temporel du clergé est une chose sacrée, parce que ce temporel dans ses mains devient spirituel, éternel et divin ; les ministres de l’église ne le défendent avec tant de chaleur que par ce qu’il appartient à Dieu qui est un pur esprit, mais qui tient fortement aux biens temporels de ce monde, sans lesquels ses ministres spirituels ne pourraient point subsister.
Temps
Le tems si précieux pour les profanes n’est compté pour rien dans la religion. Ses saints ministres font un devoir de le perdre saintement. Qu’est ce en effet que le temps comparé à l’éternité ! Voyez Contemplation, Méditation, Exercices de piété, Fêtes.
Tentations
Dieu tente quelquefois les hommes pour avoir le plaisir de les punir quand ils sont assez bêtes pour donner dans le panneau ; cependant pour l’ordinaire il les fait tenter par le diable, qui n’a d’autres fonctions sur la terre que de faire la nique à Dieu et de lui débaucher ses serviteurs. On voit par cette conduite mystérieuse que la divinité dans ses décrets impénétrables se divertit à se jouer des mauvais tours à elle même.
Testaments
Dieu, qui est immuable, en a fait deux en sa vie ; l’un s’appelle l’ancien et l’autre le nouveau testament. L’église n’adopte le premier que par bénéfice d’inventaire, elle s’en tient au second, en l’arrangeant à sa façon : celui-ci est si précis que jamais il ne s’est élevé de chicannes entre les héritiers appellés à la succession. Dans les siècles d’ignorance, c’est-à-dire de foi vive, les testaments des laïques étaient nuls quand ils ne laissaient point à l’église une portion de leur bien, dont elle eût lieu d’être contente.
Théocratie
Belle forme de gouvernement, inventée par Moïse pour la commodité de la tribu de Lévi, dans laquelle Dieu seul est le souverain, et par conséquent ses chers prêtres sont les maîtres des corps et des âmes des hommes. Ce gouvernement divin devrait subsister partout, et surtout dans les pays chrétiens, où les princes ne doivent être que les valets du clergé.
Théologie
Science profonde, surnaturelle, divine, qui nous apprend à raisonner de tout ce que nous n’entendons point, et à brouiller nos idées sur les choses que nous entendons ; d’où l’on voit que c’est la plus noble et la plus utile des sciences ; toutes les autres se bornent à des objets connus, et partant méprisables. Sans la théologie les empires ne pourraient subsister, l’église serait perdue, et le peuple ne saurait à quoi s’en tenir sur la grâce, sur la prédestination gratuite, sur la bulle unigenitus, dont il est très essentiel qu’il ait des idées précises.
Thèses
L’on nomme ainsi en théologie des disputes publiques et solennelles, dans lesquelles les jeunes théologiens montrent leur savoir-faire en se faisant des blessures à la tête, le tout pour avoir occasion de montrer la bonté de leur onguent qui n’est autre que la foi. Les thèses chez les chrétiens ont dignement remplacé les jeux olympiques des grecs, les exercices des romains, les conférences des philosophes qui n’étaient que des païens et des ignorants en théologie.
Thiare
Triple couronne que le pape a seul droit de porter pour indiquer la plénitude de sa puissance dans le ciel, sur la terre et dans le purgatoire.
Tiédeur
Indifférence très condamnable pour les importants objets dont un chrétien doit s’occuper, et qui pourrait bien conduire à la tolérance. Un chrétien doit être brûlant, Dieu vomit les tièdes, ils donnent des vapeurs à sa femme, qui n’aime point les amoureux transis.
Tyran
C’est dans le langage ordinaire un prince qui opprime la société au lieu de la gouverner : dans le langage de la religion un tyran est un prince qui ne pense point comme les prêtres, qui ne fait pas tout ce qu’ils veulent ou qui à l’impertinence de mettre obstacle à leurs saintes volontés, quand il les croit nuisibles au bonheur de l’État, qui ne doit jamais balancer les droits sacrés du clergé.
Tolérance
Système impie et contraire aux vues du clergé ; il ne peut être adopté que par quelques chrétiens peu zêlés, qui trahissant les intérêts de l’église prétendent qu’il serait bon de laisser chacun rêver à sa manière sur des choses surtout que personne n’entend. L’église connaît ses intérêts mieux que personne, jamais elle ne s’est prêtée à une tolérance parfaite ; les sectes se sont partout haïes, persécutées, exterminées, et nous avons lieu d’espérer que cela continuera de même jusqu’à la fin des siècles, si l’église va jusque-là.
Tonsure
Opération sacrée qui se fait sur le poil d’un laïque qui veut se faire aggréger au clergé, c’est-à-dire commencer à vivre aux dépends des autres. Cette cérémonie préliminaire est faite pour lui apprendre que sa fonction désormais sera de tondre ses concitoyens, si la grâce de Dieu lui fournit de bons ciseaux.
Toute-puissance
C’est le pouvoir de tout faire réservé à Dieu tout seul, sans que rien dans la nature puisse résister à sa volonté. Cependant nous voyons que la puissance divine n’est point encore parvenue jusqu’ici à rendre ses créatures telles que le clergé les désire, il ne peut ni les faire agir ni les faire penser d’une manière conforme à ses volontés. Le diable, que Dieu a créé très malin, prend souvent la liberté de mettre sa puissance en défaut ; mais tout cela ne prouve rien, Dieu a créé le diable, Dieu veut que le diable dérange ses projets, Dieu ne veut point anéantir le diable, de peur de n’avoir plus rien à faire et surtout dans la crainte que son clergé ne devînt inutile ici-bas. Les prêtres de l’église romaine sont plus puissants que Dieu, il ne peut se faire lui-même tandis que ces prêtres le font à volonté. Voyez Transsubstanciation.
Tradition
C’est la parole de Jésus-Christ, recueillie par les hommes éclairés, qui l’ont transmise sans aucune altération aux chrétiens d’aujourd’hui. L’on voit que la tradition s’est conservée par miracle ; les hommes ordinaires ajoutent ou retranchent communément aux choses qu’ils voient ou qu’ils entendent ; les apôtres ne furent point dans ce cas, et nos prêtres sont trop honnêtes pour altérer la tradition.
Transsubstanciation
Voyez Présence réelle. Suivant les catholiques, Dieu a la politesse de se changer en pain quand cela convient à son prêtre, qui, par un tour de main, sait escamoter le pain pour mettre Dieu en sa place. C’est le plus étonnant tour de gobelet que le sacerdoce ait jusqu’ici inventé.
Travail
Les prêtres ne sont point ici-bas pour travailler comme les laïques ; leur travail est spirituel et par conséquent très pénible. Il consiste à rêver, à parler, à disputer, à chanter pour le plus grand bien de ceux dont les bras se remuent ; comme ce travail est très utile il est communément très bien payé. Le clergé ne serait pas content si l’on payait en esprit son travail spirituel : voyez Frelons, Vampires, Moines, Prêtres.
Trinité
Mystère ineffable adopté par les chrétiens qui l’ont reçu du divin Platon ; il fait un article fondamental de notre sainte religion. À l’aide de ce mystère un dieu fait trois, et trois dieux ne font qu’un dieu unique. Le dogme de la trinité ne peut paraître absurde qu’à ceux qui n’entendent point Platon. Ce père de l’église imagina trois manières d’envisager la divinité ; de sa puissance nos saints docteurs ont fait un père à barbe vénérable ; de sa raison ils ont fait un fils émané de ce père et pendu pour l’appaiser ; de sa bonté ils ont fait un saint esprit, transformé en pigeon. Voilà tout le mystère.
Ultramontains
Ce sont tous ceux qui habitent par-delà les monts ; les jansénistes prétendent qu’il faut les envoyer par-delà les ponts ; ce qui ne serait pas trop fâcheux pour des italiens.
Unigenitus
Mot par où commence une bulle intéressante du très-saint père, qui depuis plus de cinquante ans a mis la France en gaieté ; elle a surtout fait fleurir le commerce du papier ; elle a fait distribuer deux cens mille lettres de cachet, sans compter un million de mandements et de beaux écrits qu’elle fait éclorre pour l’instruction des harangères et pour exercer les saints caquets des dévotes de la cour.
Unité
Tout chrétien doit croire fermement qu’il n’y a qu’un seul dieu ; sans la révélation divine nous n’aurions jamais pû deviner cette vérité, cependant tout chrétien est en conscience obligé d’adorer trois dieux qui jouissent, par indivis, de la divinité. D’après les équations algébriques de nos théologiens, un est égal à trois et trois est égal à un. Quiconque ne se rend point à l’évidence de ce calcul manque assurément de foi et mérite d’être brûlé.
Unité de l’église
De même que Dieu est un, l’église de Dieu est une. Il n’est pas permis d’en douter à la vue de l’unité de dogmes, de sentiments, d’opinions que l’on voit subsister depuis tant de siècles entre tous les chrétiens ; cette unité prouve assurément le doigt de Dieu.
Universités
Établissements très utiles au clergé, et sagement confiés aux soins de ses membres, qui travaillent efficacement à former des citoyens bien dévots, bien zêlés, bien pauvres d’esprit, bien inutiles à la société profane, mais bien utiles au clergé.
Usure
Dieu l’avait permise aux juifs aussi bien que le vol ; mais l’un et l’autre sont interdits aux chrétiens laïques, il n’y a que le clergé qui ait le privilège de faire ici bas un commerce usuraire, et même de tirer un gros intérêt des fonds qu’il n’a point fournis.
Usurpations ecclésiastiques
Les gens qui manquent de foi prétendent que l’église a souvent exercé des droits qui ne lui appartenaient pas ; s’ils avaient de la foi ils sentiraient que l’église ne peut jamais usurper, vu qu’elle excerce les droits de son mari qui sont illimités. Ce sont les souverains qui sont des usurpateurs quand ils empêchent le clergé d’usurper du pouvoir ou des droits dont les laïques ne peuvent jamais qu’abuser.
Vanité
Tout en ce monde est vanité hors la théologie ; ce n’est que dans l’autre monde que l’on trouvera du solide ; c’est-là que nous verrons la solidité des édifices élevés par nos prêtres ; en attendant leur cuisine en ce monde me paraît très solidement fondée.
Vampires
Ce sont des morts qui s’amusent à sucer le sang des vivants. Les esprits forts douteront, peut-être, de cette merveille ; mais qu’ils ouvrent les yeux, et ils verront un corps mort suçer le corps vivant de la société. Voyez Moines, Prêtres, Clergé etc.
Vases
Tous les hommes sont des pots comme l’a dit élégamment st Paul ; mais les uns sont des pots que Dieu place sur sa cheminée pour égayer son appartement, les autres sont des pots de chambre qu’il fait recuire éternellement afin de les nettoyer après les avoir salis lui-même.
Vengeance
Suivant la bible le dieu de l’univers est vindicatif et rancunier ; ses ministres ne peuvent donc se dispenser de l’imiter et d’entrer dans ses vues ; le dieu des vengeances leur saurait très mauvais gré s’ils négligeaient de le venger. La divinité est toujours vengée quand ses prêtres le sont.
Vent
Marchandise très précieuse, que nos sorciers sacrés vendent, comme de raison, fort cher aux chrétiens, pour les aider à voguer dans la barque de st Pierre. Le vent que le clergé débite produit souvent des tempêtes, conformément à ces paroles de l’écriture : ils sèmeront du vent. Et ils recueilleront des orages.
Verbe
C’est le logos de Platon, la sagesse divine, la raison éternelle, dont nos théologiens ont fait un dieu, ou si l’on veut un homme. Nous croyons donc très fermement que la raison de Dieu s’est faite homme, pour éclairer les hommes, et surtout pour leur apprendre que la raison divine n’entendait nullement qu’ils eussent de la raison, et que leurs prêtres avaient toujours raison.
Vérité
Il y en a de deux espèces l’une est humaine et l’autre est théologique ou divine. La première ne convient point au clergé, par conséquent elle est fausse ; la seconde lui est utile, par conséquent elle est vraie. La vérité utile et vraie est toujours celle qui convient à nos prêtres.
Vertus morales
Elles ne sont utiles qu’à la société, mais ne sont d’aucun rapport pour l’église ; ce sont donc de fausses vertus ; cependant elles peuvent avoir du bon pourvu qu’elles soient jointes aux vertus évangéliques ou à celles que l’on nomme vertus théologales.
Vertus théologales
C’est-à-dire nécessaires aux théologiens, ou qui ont pour objet l’utilité du clergé. C’est la foi, l’espérance et la charité. Si ces vertus n’ont rien de bien utile à la société elles sont au moins avantageuses au sacerdoce ; la foi lui livre des peuples que l’espérance amuse, et dont la charité le met dans l’abondance et le fait vivre à pot et à rôt dans la société.
Viatique
Lorsqu’un bon catholique est prêt à faire le grand voyage, l’église en bonne mère lui fait sa petite provision pour le chemin ; de peur que son âme ne meure de faim sur la route elle lui garnit le jabot d’une gauffre ; nourriture assez légere, mais qui suffit de reste pour une âme qui voyage.
Vierge (sainte)
C’est la mère du fils de Dieu et la belle-mère de l’église ; elle fut spirituellement obombrée par Dieu le père, qui n’étant qu’un pur esprit, ne consomma point le mariage, car il est évident qu’il faut un corps pour cette cérémonie.
Visibilité
Caractere de la véritable église, qui doit être visible et qui souvent se rend palpable, surtout quand elle monte sur ses grands chevaux ; c’est alors que toutes les autres églises se cachent et se rendent invisibles.
Vision béatifique
Ceux qui dans ce monde auront eu soin de bien fermer les yeux, au risque de se casser le nez, jouiront dans l’autre monde d’une vue si perçante et si forte qu’ils pourront, sans être éblouis, contempler face à face la splendeur de l’esprit qui remplit l’univers.
Visions
Lanternes magiques que de tout temps le père éternel s’est amusé à montrer aux saints, aux prophêtes, à ses favoris de l’un et de l’autre sexe. Les fous, les fripons et les femmes à vapeurs sont communément ceux que la divinité préfere pour leur montrer sa curiosité.
Vocation
Voix intérieure et irrésistible de la divinité, qui invite un garçon (s iXf ) cáhte êc si foîte qu’ils poufront, ſans «trtf éblouis, eòntempler faceà face 1» splendeur de Tesprit qui remplit ; l’uni- refsí > r Vifions. Lantemes magiqucs que de tout tems le Pere étemel s’est amufé à montrer aux Saints, aux Prophêtes, à ſes favoris de l’un 8c de l’autre ſexe. Les fous, les fripons 8c les femmes à vajpeurs ſont communément ceux que la Divinité préfère pour leur montrer ſa cu- riosité. VUrammtaim. Ce iont tous ceux qui habitent par - delà les monts* les Janſé- nistes pretendent qu’il fàut les envoyer par-delà les ponts -, ce qui ne ſeroit pas trop. fâcheux pour des Italiens. Unigenìtus. Mot par où commencc une Bulle intéressante du très-Saint Pé- re , qui depuis plus de cinquante ans a mis la France en gayeté -, elle a íur-tout fàit fleurir le commerce du papier -, elle a fàit distribuer deux cens mille Lettres de Cachct, íàns compter un million de mandemens & de beaux écrits qu’elle fàit éclorre pour l’instruction des harangercs ■8c pour exercèr les ſaints caquets des dé- votes de la Cour. P r VInìíF Tout Chrétiendoit croireser* «iemeftt qw’il n’y a qu?un seul Dieu 3 fam la révéktion divine nous n’aurions jamais pu deviner cette vérité, cepen* dant tout Chrétien est en conſcience ob- figé d’acforer trois Dîeux qui jouiíTent, f ar indtvis, de la Divinité. D’aprèsr les quattons álgébriques de nos Théolo- fiens, un est égal í trois & trois est. gal à un. Quiconque ne ſe rcnd point ì l’évidence de ce calcul manque asiurc» llsent de fbi & mérite d’être brûlé. . XJniti de rEgîtse. De même que Dieu est un, I’Egltſe de Dieu est une. II ft’eft pas permis d’en douter à la vue de l’unité de dogmes, de sentimens, d’opi- rttom <^ue l’on voit ſubsister depuis tant de siecles entre tous les Chrétiens ; cette unité prouve assurément le doigt de Dieu. Vnìverfit/s. Etabliflemens très-utiles au Clergé, & ſagement confiés aux ſoins de ſes membres, qui travaillent efficace- ment I former des citoyens bien dévots, bien zêlés, bien pauvres d’eſprit, bien inutiles à la Socicté profàne, mais bien trtiles au Clergé. Vàcatìon. Voix intérieure & irréfiií» tible de la Divinité, qui iovitc un ou une fille de quinze ans à s’enfermer pour avoir le plaisir de s’ennuyer toute leur vie. La vocation à l’état ecclésiastique est un saint désir d’obtenir des bénéfices et des revenus, que Dieu lui-même inspire aux cadets de famille, qui n’ont rien, ou à tous ceux qui se sentent un penchant invincible à ne rien faire pour la société.
Voeux monastiques
Promesses solennelles faites à Dieu d’être inutile à soi-même et aux autres, de passer sa vie dans une sainte pauvreté, dans de saintes démangeaisons, dans une sainte soumission aux volontés d’un saint moine ou d’une sainte bégueule, qui pour se désennuyer font enrager tous ceux qui se rangent sous leurs ordres.
Voler
C’est prendre pour rien ce qui appartient aux autres. Il n’est point permis de voler, cependant la tribu de Lévi jouit du droit divin de prendre l’argent des chrétiens pour les denrées aériennes qu’elle fait venir de là-haut.
Volontés
Il est de foi de croire que Jésus-Christ a deux volontés et deux natures ; la première est la sienne, la seconde est celle du clergé, qui n’est pas toujours la sienne, mais à laquelle, ainsi que nous,il est bien forcé de se plier.
Vulgate
Traduction latine des saintes écritures, inspirée par le saint esprit qui savait sans doute mieux l’hébreu que le latin : en effet sa lecture nous prouve que Dieu ne parle pas si bon latin que ce coquin de Cicéron.
Yeux
Organes très inutiles à tout bon chrétien, qui doit fermer les yeux pour marcher plus sûrement dans la voie du salut ; ou même les arracher quand le clergé le scandalise. Zêle. Fièvre ſacrée, accompagnée ſouvent de redoublemens & de transports au cerveau, à laquelle les dévots & les dévotes ſont fort ſujets : c’eſt une maladie Endémique & contagieuſe dont le Chriſtianiſme a gratifié le genre humain. Depuis dix-huit ſiecles les Chrétiens ont beaucoup à ſe louer des avantages qu’ils retirent des criſes ſalutaires que le fils de Dieu & ſon Clergé ont cauſées ſur la terre, & qui, ſi Dieu ou les Princes n’y mettent la main, dureront infailliblement juſqu’à la conſommation des ſiecles.
Fin.
  1. De tout tems & en tout pays les Prêtres ont joui, de droit divin & de droit naturel, du droit d’être paillard. Les Prêtres chrétiens l’exercent très-ouvertement en Eſpagne, en Portugal, en Italie & par-tout où l’Egliſe eſt duement reſpectée, c’eſt-à-dire, où l’on a beaucoup de foi. Ce droit leur eſt, ſans doute, bien plus acquis qu’aux Prêtres idolâtres, qui en ont ſouvent joui. Les femmes de Babylone étoient forcées de venir une fois dans la vie ſe proſtituer dans le temple de la Vénus Aſſyrienne. Le grand Prêtre de Calicut a les prémices de la femme de ſon Souverain. Pour ſanctifier le mariage nos Prêtres devroient avoir les prémices des femmes les Laïques, ou du moins les Curés devroient avoir la dixme des filles de leurs paroiſſiens.