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Tord-boyaux !!! (Imagerie d’Épinal — Publicité 1884)

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Pellerin, imprimeur-libraire ; Glück, publicité.

TORD-BOYAUX !!!

— Ah ! m’écriais-je un jour ! que diable faudrait-il donc bien faire pour devenir, moi aussi, millionnaire ! — Peuh ! me dit mon ami Pierre : rien de plus facile, mon cher : et si tu veux m’écouter, je vais te le dire ! — Comment donc ! asseois-toi donc, mon bon ami ! — Rien de plus facile, reprit-il : il y a en France deux milliards de Rongeurs, rats, souris, mulots, taupes, etc. Chaque rongeur dévore bien au moins chaque année pour cinq sous de quelque chose ! Çà fait 500 millions tout ronds de préjudice annuel. Tue-moi tout çà, et que çà rapporte seulement cinq pour cent ! Tu seras 25 fois millionnaire ! voilà.


Sapristi ! le raisonnement si lumineux de mon ami Pierre me revenait l’autre jour à la mémoire, en voyant affiché sur les murs, le fameux TORD-BOYAUX de la Maison Piot frères, 28, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie à Paris. À la bonne heure, me disais-je, voilà enfin un remède à la hauteur du mal ! et puis c’est un mot qui sonne bien et qui me plaît ! Est-ce assez dégoûtant à la fin, d’être infestés comme nous le sommes, de ces bêtes-là ! Et sans plus tarder, j’entrai dens la Maison Piot pour acheter une boîte de ce précieux produit.


Avez-vous remarqué une chose curieuse ? C’est que, jusqu’ici, tout ce qu’on a fait pour détruire les rats, les souris, les mulots, les taupes, etc, n’a jamais servi à grand chose ! Qui donc n’a pas employé pour cette vermine, les pâtes au phosphore, les boulettes à l’arsenic, la noix vomique, les souricières, les ratières, etc, etc. Toutes ces bêtes-là sont plus malignes qu’on ne le croit, et se fichent de toutes ces histoires-là comme de Colin-Tampon. Elles passent à côté, leur font la nique, dansent autour et vont finalement en partie carrée, grignoter vos confitures, vos raisins secs et vos biscuits ! comme c’est drôle !


Le TORD-BOYAUX, lui, est réellement efficace : fabriqué de la Maison Piot dans des appareils spéciaux, il réalise toutes les conditions du programme. Le TORD-BOYAUX a tout simplement pour base un oignon spécial que l’on récolte en Algérie et qui se nomme en arabe Alaschil-Bessal-onsol. Rien que ce nom-là est déjà capable de vous tuer, pas vrai ? Les braves arabes de là-bas avaient depuis longtemps remarqué dans leurs gourbis que tous les endroits où poussait ce précieux oignon donnaient des moissons superbes et étaient à l’abri des attaques des rongeurs, un des fléaux de notre belle colonie africaine.


Le TORD-BOYAUX est à la fois un appât irrésistible pour Messieurs les rats, et un exterminateur infaillible. Il ne contient ni phosphore, ni arsenic, ni noix vomique, ni aucun poison susceptible de causer des accidents dans les ménages. Il peut être employé sans crainte de feu, dans les meules et dans les greniers à paille. Les chiens, les chats et les volatiles n’y touchent pas. Aussi, est-ce pour celà que le Ministre de la Guerre a prescrit depuis longtemps son emploi dans les casernes. Depuis ce temps-là, on n’y voit plus de rats et nos braves troubadours peuvent dormir tranquilles !


Le TORD-BOYAUX est une pâte rougeâtre, il s’emploie en en étendant une couche sur des tartines de pain grillé : ou bien on le mélange avec du fromage ou de la viande que l’on n’a plus qu’à exposer dans les endroits infestés. S’il s’agit de taupes et de mulots, on hachera menu de la viande crue qu’on mêlera pour moitié au TORD-BOYAUX, et on placera à l’entrée des taupinières gros comme une noix de ce mélange. Dans le cas ou le TORD-BOYAUX serait trop ferme, il suffit de le présenter légèrement au feu, ce qui lui rend la consistance voulue pour l’emploi.


Dans les grandes compagnies de chemins de fer, dans les manutentions, les entrepôts et les docks, le TORD-BOYAUX rend les services les plus signalés. C’est le salut du vermicelle et des pruneaux de nos braves épiciers. On le trouve chez tous les pharmaciens, les droguistes et les épiciers de Paris et de province, renfermé dans des petites boîtes en fer blanc. Chaque ménagère, en faisant ses provisions quotidiennes, peut se procurer pour 75 centimes, une boîte de ce précieux produit qui ne risque plus de mettre le feu chez vous ou d’empoisonner vos enfants.


Le TORD-BOYAUX est infaillible : de plus, c’est toujours lui que les rats et les souris choisissent de préférence, car son odeur les attire. Ils commencent par s’en régaler, les imprudents ! mais, peu d’heures après, ils se roulent dans des convulsions atroces. Autant d’invités, autant de morts ! c’est le Borgia des rats ! Inutile de pleurer sur le sort de ces vilaines bêtes qui courent la nuit dans nos rideaux, trouent nos fauteuils et dévorent nos desserts dans les buffets. Assez de rats et de souris : Vengeons-nous et vive le TORD-BOYAUX.

Imagerie d’Épinal. — Pellerin, imp.-édit. (Déposé)
GLUCQ, 60, Rue de Rennes, 60, (ancnt Boulrd Sébastopol,) Paris. = Publicité spéciale par l’image populaire
Auteur-Éditeur de l’Imagerie instructive = LA SCIENCE EN IMAGES : Prix : 3 Francs
le Volume de 50 Images