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Trésor littéraire des jeunes personnes/Beaufort

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MADAME LA Ctesse DE BEAUFORT D’HAUTPOUL.


Beaufort d’Hautpoul (Anne-Marie de Montgeroult, comtesse de), née à Paris le 9 mai 1763, était nièce de Marsollier, gracieux auteur de Nina, des Petits Savoyards, d’Adolphe et Clara, etc. Au milieu des douceurs et des amertumes dont sa vie fut semée, la culture des lettres lui apporta d’agréables délassements ou de puissantes consolations. Elle avait plus de trente ans quand elle mit au jour sa première production, Zélia ; plusieurs la suivirent, offrant toujours une saine morale, revêtue d’un style élégant et naturel. Plus tard elle voua sa plume à des ouvrages d’instruction et d’éducation destinés aux jeunes personnes : « Il ne faut pas, disait-elle, qu’une femme soit assez ignorante pour faire une question ou une réponse qui jetterait sur elle une sorte de ridicule. Il ne faut pas non plus qu’elle soit assez savante pour se croire en droit d’affecter une érudition déplacée. » Madame d’Hautpoul était poëte ; un poëme d’Achille et Déidamie et de charmantes idylles en sont la preuve. Elle travaillait à un poëme religieux : Clotilde, reine et sainte, ou le Baptême de Clovis, quand un malheur aussi terrible qu’imprévu, la mort du marquis d’Hautpoul, son fils unique, vint la frapper d’un coup auquel elle ne survécut pas longtemps ; elle fut enlevée aux lettres et à ses nombreux amis en 1837.

Les ouvrages de madame Beaufort d’Hautpoul sont nombreux ; parmi ceux destinés à la jeunesse, nous citerons un Manuel de Littérature, un Cours de Littérature, une Rhétorique des Demoiselles, Études des Demoiselles, qui tous ont été plusieurs fois réimprimés et le méritaient.

LA VIOLETTE.

Ô fille du printemps, douce et touchante image
D’un cœur modeste et vertueux,
Du sein des verts gazons tu remplis ce bocage
De tes parfums délicieux.
Que j’aime à te chercher sous l’épaisse verdure
Où tu crois fuir mes regards et le jour ;

Au pied d’un chêne vert qu’arrose une onde pure,
L’air embaumé m’annonce ton séjour ;
Mais ne crains pas cette main généreuse ;
Sans te cueillir j’admire ta fraîcheur ;
Je ne voudrais pas être heureuse,
Aux dépens même d’une fleur.
Reste sur ta tige flexible,
Jouis des beaux jours du printemps,
Que la douce haleine des vents,
Et les rameaux, et le lierre sensible,
Calment pour toi les feux des rayons dévorants !
Que l’automne, aussi, fasse éclore
Autour de loi des rejetons nombreux !
Que de l’hiver le souffle rigoureux
S’adoucisse et l’épargne encore.
Ah ! comme la suave odeur
Qui parfume les airs sans dévoiler tes charmes,
Que ne puis-je, du pauvre en essuyant les larmes,
Lui dérober l’aspect du bienfaiteur.
Timide comme toi, je veux dans la retraite
Et dans l’oubli passer mes jours :
Un peu d’erreurs vaut-il ce trouble qui toujours
Poursuit notre gloire inquiète ?
Simple en mes goûts, de paisibles loisirs
Rendent mon âme satisfaite ;
Mon nom contente mes désirs,
Puisque l’amitié le répète :
L’avenir m’oubliera, mais, chère à mon époux,
Dans mes enfants trouvant le bien suprême,
Bornant le monde à ce que j’aime,
Je n’étonnerai point le vulgaire jaloux.
Oui, comme toi cherchant la solitude,
Ne me plaisant qu’en ces vallons déserts,
J’y viens rêver et soupirer des vers
Qui ne doivent rien à l’étude.