Traduction:La sottise humaine
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On raconte qu’il était une fois un homme marié, et cet homme vivait sous le même toit avec sa belle-mère. Sa femme, qui avait un petit bébé, était un peu bête ; mais sa belle-mère non plus n’était pas des plus dégourdies.
Un jour, l’homme sort de la maison pour vaquer à ses affaires, comme tout le monde. Sa femme, après avoir donné le bain à son enfant, l’emmaillota, lui donna le sein, le coucha près du poêle, car c’était l’hiver ; puis elle le berça et le cajola, jusqu’à ce qu’il s’endorme. Une fois l’enfant endormi, elle s’est mise à penser, puis elle s’est mise à pleurer et à crier : « Hélas ! Mon pauvre enfant, mon pauvre enfant ! »
Sa mère, qui filait près de la cheminée, saisie de peur, jeta au loin le fuseau et la quenouille et, se levant d’un bond, lui demanda avec effroi :
— Que t’arrive-t-il, ma fille chérie ? Qu’est-ce qui se passe ?
— Maman, maman ! Mon enfant va mourir !
— Pourquoi tu dis ça ?
— Tu vois ce bloc de sel là-haut sur la cheminée ?
— Je le vois. Et alors ?
— Si le chat grimpe là-haut, il le fera tomber sur la tête de l’enfant et le tuera !
— Ouh là là, malheur à moi, tu as bien raison, ma fille ; on voit que les jours du petit sont comptés !
Et les yeux rivés sur le bloc de sel de la cheminée, les mains crispées comme si quelqu’un les avait attachées, elles se mirent toutes les deux à pleurer et à se lamenter comme des insensées, si fort que la maison tremblait. Pendant ce temps, le père de l’enfant rentra à la maison, affamé et harassé, le pauvre homme.
— Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui vous prend ?
Alors, revenant un peu à elles, elles se mirent à essuyer leurs larmes et à lui raconter, tout affligées, la mésaventure qui n’était pas encore arrivée. L’homme, après les avoir écoutées, dit avec étonnement :
— Bah ! J’ai vu assez de sots dans ma vie, mais comme vous, jamais. Je… m’en vais voir le monde ! Et si j’y trouve plus sots que vous, je reviendrai ; sinon, non.
Sur ces mots, il poussa un long soupir et sortit de la maison, sans même dire au revoir. Il partit, triste et affligé comme pas un !
Et il marcha ainsi, sans savoir où il allait, jusqu’à ce que après un bon moment, s’arrêtant quelque part, il lui arriva de voir quelque chose qu’il n’avait encore jamais vue : un homme tenait un panier vide, le haut vers le soleil, puis le saissisait vivement et entrait avec lui dans une chaumière ; ensuite il ressortait, tournait le panier à nouveau vers le soleil, et recommençait sans cesse… Notre voyageur, preplexe, dit :
— Bonjour, brave homme !
— Merci à toi, l’ami !
— Qu’est-ce que tu es en train de faire ?
— Eh bien, voilà deux-trois jours que je m’échine à porter ce maudit soleil dans ma chalière, pour avoir de la lumière, et je n’y arrive point…
— Ah, quelle peine ! dit notre voyageur. Est-ce que tu as une hache sous la main ?
— Si, j’en ai une.
— Prends-la par la manche, fais une brèche ici, et le soleil entrera tout seul à l’intérieur.
Il fit aussitôt ainsi, et la lumière du soleil entra dans la chaumière.
— Grand miracle, brave homme, dit le maître de la maison. Si Dieu ne t’avait pas amené par ici, j’allais vieillir en portant le soleil avec mon panier.
« Et voilà encore un nigaud », se dit le voyageur et repartit.
En poursuivant ainsi son chemin, il arriva quelque temps après dans un village et, par hasard, s’arrêta devant une maison. Le maître de la maison, qui était charro, avait fabriqué un chariot et l’avait entièrement assemblé à l’intérieur de la maison ; en voulant maintenant le sortir, il tirait le timon de toutes ses forces, mais le chariot ne sortait pas. Savez-vous pourquoi ? Voici : la porte était plus étroite que le chariot. Le charron voulait à présent scier le chambranle pour sortir le chariot. Par chance, notre voyageur lui conseilla de démonter le chariot, sortir les pièces l’une après l’autre, puis remonter le chariot dehors.
— Merci beaucoup, brave homme, dit l’hôte ; tu m’as bien conseillé ! Regarde un peu ! J’étais sur le point de démolir une belle maison à cause de ce chariot…
De là, notre voyageur, comptant un nigaud de plus, poursuivit sa route jusqu’à ce qu’il arrive devant une autre maison. Et que vit-il là ! Un homme, fourche à la main, voulait jeter des noix du vestibule au grenier.
« De plus en plus, je tombe sur des bêtes », se dit le voyageur.
— Pourquoi tu t’agites comme ça, brave homme ?
— Eh bien, je veux lancer ces noix au grenier, et cette maudite fourche, que le diable l’emporte, n’y est bonne à rien…
— Tu te fatigues pour rien, l’ami ! Tu as beau la maudire autant que tu veux, la fourche n’en a rien à cirer. As-tu un panier ?
— Bien sûr que j’en ai !
— Mets-y les noix, prends-le sur l’épaule et monte-les tranquillement au grenier ; la fourche est faite pour la paille et le foin, non pour les noix.
L’homme l’écouta, et l’affaire fut vite réglée. Notre voyageur poursuivit son chemin, en comptant encore un autre imbécile.
En allant plus loin, il marcha jusqu’à ce qu’il voie une autre sottise. Un homme avait attaché une vache par une corde au cou et, monté sur une grange où il avait jeté un peu de foin, tirait de toutes ses forces sur la corde pour faire grimper la vache sur la grange. La vache mugissait terriblement, et lui n’en pouvait plus de fatigue…
— Hé, l’ami ! dit le voyageur en se signant ; mais qu’est-ce que tu essaies de faire ?
— Qu’est-ce que j’essaie de faire ? Mais tu ne vois pas ?
— Si, je vois, mais je ne comprends pas.
— Eh bien, cette pauvre bête est morte de faim et ne veut à aucun prix me suivre là-haut, sur cette grange, pour manger du foin…
-Attends un peu, chrétien, tu vas étrangler la vache ! Prends le foin et fais-le descendre à la vache !
— Mais comme ça il va être gaspillé
— Ne sois pas avare du son et prodigue de la farine.
L’homme l’écouta alors, et la vache eut la vie sauve.
— Tu m’as bien conseillé, brave homme ! J’étais sur le point d’étrangler ma vache pour pas grand-chose.
Ainsi, notre voyageur, s’étonnant encore de cette grande sottise, se fait la réflexion : « Que le chat fasse tomber le bloc de sel de la cheminée, cela aurait bien pu arriver ; mais porter le soleil dans la maison avec un panier, jeter les noix au grenier avec une fourche, et tirer la vache sur la grange pour le foin, jamais je n’aurais pu l’imaginer ! »
Puis le voyageur revint chez lui et vécut auprès des siens, qu’il jugea désormais bien plus sensés que ceux qu’il avait rencontrés au cours de son voyage.
Et j’ai enfourché une selle, et j’ai raconté l’histoire ainsi.
Et j’ai enfourché une roue, et je l’ai racontée toute.
Et j’ai enfourché une fraise, et je vous ai dit, braves gens, un grand mensonge !!
