Traité de la peinture (Cennini)/XVI

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xvi.00Comment se fait la teinte verte pour le papier à dessiner,
et comment on l’emploie.

Quand tu veux teindre une feuille de parchemin ou de papier ordinaire, prends une demi-noix de terre verte, moitié de cette quantité d’ocre et un quart de blanc en pain, la valeur d’une fève d’os, de ce même dont je t’ai appris à te servir pour dessiner, une demi-fève de cinabre ; broie bien sur la pierre de porphyre toutes ces choses mêlées ensemble et délayées avec de l’eau de puits, ou de fontaine, ou de rivière. Broie tant que tes forces te le permettent ; jamais elles ne peuvent l’être trop, plus elles le sont, plus la teinte est parfaite. Mélange ces choses dites avec une colle dont voici la force : prends un morceau de colle des apothicaires, non de la colle de poisson, mets-le dans une petite marmite pour mollir dans deux verres d’eau claire et nette pendant six heures. Puis mets cette marmite à un feu doux, et écume quand elle bout. Quand elle a bouilli un peu et que tu vois la colle bien étendue, passe-la deux fois. Prends un vase de peintre assez grand pour contenir les couleurs broyées, et mets-y de cette colle assez pour que la teinte soit courante au pinceau ; que ta brosse soit de soie de cochon assez grosse et souple. Alors aie le papier que tu veux teindre, et étends la teinte tout du long sur le champ de ton papier, promenant la main avec légèreté et ton pinceau à demi sec tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et ainsi tu donneras trois, quatre ou cinq couches, tant que tu voies le papier teint également ; entre chaque couche, attends que la précédente soit sèche. Si tu remarquais que le papier, pendant l’opération, vînt à se crisper, c’est un signe que la colle est trop forte. Dès que tu auras donné les premières couches, portes-y remède. Comment ? En y mettant de l’eau tiède bien claire. Quand la feuille est faite et sèche, prends un couteau et passe dessus en frottant légèrement avec le taillant, pour enlever les grains qui pourraient y être.