Traité de pédagogie (trad. Barni)/Traité/Traité

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Traduction par Jules Barni.
Texte établi par Raymond ThaminFélix Alcan (p. 66-67).






TRAITÉ


Sommaire. — Distinction de l'éducation physique et de l’éducation pratique ; des différentes formes de culture, p. 59.)


La pédagogie ou la science de l’éducation est ou physique ou pratique. L’éducation physique est celle que l’homme partage avec les animaux, c’est-à-dire les soins qu’il exige. L’éducation pratique ou morale est celle dont l’homme a besoin de recevoir la culture pour pouvoir vivre ou être libre. (On nomme pratique tout ce qui a rapport à la liberté.) C’est l’éducation de la personnalité, l’éducation d’un être libre, qui peut se suffire à lui-même et tenir sa place dans la société, mais qui est capable aussi d’avoir par lui-même une valeur intérieure.

D’après cela l’éducation se compose : 1° de la culture scolastique et mécanique[1], qui se rapporte à l’habileté : elle est alors didactique (c’est l’œuvre du professeur) ; 2° de la culture pragmatique, qui se rapporte à la prudence (c’est la tâche du gouverneur) ; 3° de la culture morale, qui se rapporte à la moralité.

L’homme a besoin de la culture scolastique ou de l’instruction pour être capable d’atteindre toutes ses fins. Elle lui donne une valeur comme individu. La culture de la prudence le prépare à l’état de citoyen, car elle lui donne une valeur publique. Il apprend par là aussi bien à amener à ses fins la société civile qu’à s’y conformer lui-même. La culture morale enfin lui donne une valeur qui regarde l’espèce humaine tout entière.

La culture scolastique est la première en date. En effet, la prudence présuppose toujours l’habileté. La prudence est le talent de bien employer son habileté. La culture morale, en tant qu’elle repose sur des principes, que l’homme lui-même doit apercevoir, est la dernière ; mais en tant qu’elle repose uniquement sur le sens commun, elle doit être pratiquée dès le début, même dans l’éducation physique, sans quoi plus d’un défaut s’enracinerait si bien qu’il rendrait ensuite inutiles tous les efforts et tout l’art de l’éducation. Quant à l’habileté et à la prudence, il faut suivre en tout les années. Se montrer dans l’enfance habile, prudent, patient, sans malice, comme un homme, cela ne vaut guère mieux que de conserver dans l’âge mûr la sensibilité d’un enfant.


Notes de Kant[modifier]


Notes du traducteur[modifier]