Transwiki:Le Testament de Sarah Schenirer

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Le Testament de Sarah Schenirer est la dernière lettre écrite par Sarah Schenirer à ses étudiantes[1]. La version présentée ici suit rigoureusement celle de Benisch, 2004, qui était l’élève de Sarah Schenirer, et donc aux premières loges.</ref>, à l’occasion de leur fin d’études. Elle est écrite en janvier 1935 d’un lit d’hôpital avant son départ pour Vienne, où elle va subir une opération qui échouera à prolonger sa vie. Elle meurt à Cracovie, en Galicie, Pologne, le 1er Mars 1935 (26 Adar Alef 5695), le jour du Chabbat[2].

La Lettre[modifier]

« Mes enfants bien-aimées et chéries, amosh[3] ! »

« Que devons-nous dire ? De quoi peut-on parler ? Comment pouvons-nous nous justifier[4] ? Il y a beaucoup de pensées dans le cœur de l’homme, mais seuls les conseils de Hashem[5]l’emporteront[6]. »

« Nos pensées sont impuissantes et incertaines ; seul Dieu sait et fait ce qui est bon pour nous. »

" « Puisse Hashem être béni pour tous les actes de bonté qu’il nous accorde. »

« Depuis ce matin, je n’ai pas pu retenir mes larmes, moi, qui me plaignais toujours de mon incapacité à pleurer alors que je priais, maintenant je ne peux contrôler le flot de mes pleurs. »

« Maintenant je me rends compte de la vigueur des liens spirituels qui m’attachent à vous, mes chers enfants. Vous vous rappelez comme souvent je répétais le proverbe polonais qui dit » Le sang est plus épais que l’eau. « À présent, je dis:» L’âme est plus épaisse que le corps. « Effectivement, les liens spirituels sont beaucoup plus forts. Ils durent pour toujours. »

« Je ressent que comme mes larmes coulent alors que je vous écris, de même vos larmes couleront lorsque vous lirez mes mots. Avec l’aide de notre Père miséricordieux, puissent nos larmes unies atteindre le trône de sa Gloire et nous apporter la rédemption complète et une guérison rapide pour tous ceux qui souffrent. »

« À présent je me tourne vers vous, mes enfants bien-aimées, qui vous dirigez vers le grand monde pour éduquer et guider les filles juives. »

« J’ai confiance que vous comprenez votre noble vocation. Nous avons un bon Père dans le Ciel, Qui nous aide à accomplir les tâches que nous entreprenons. »

« Tout au long de mes années de difficile efforts, Hashem m’a toujours envoyé des gens dévoués qui m’ont aidé dans mon labeur. J’espère qu’Il fera de même pour vous. »

« Je voudrais juste vous faire prendre conscience de deux dangers graves qui vous menaceront, mes chères enfants. Ce sont vos deux plus grands ennemis; ils menacent de vous attaquer. Vous devez lutter contre eux, particulièrement lorsque vous pratiquez votre noble vocation. En premier, le sentiment d’orgueil et d’arrogance que vous allez ressentir quand vous réussissez, et en second, l’autre extrême : le sentiment d’infériorité qui vous entraîne à relâcher vos efforts pour réussir dans votre travail (comme nous l’avons déjà discuté). »

« Souvenez-vous, alors, de réciter le verset de la » Parashas[7] Eikev[8] « après vos prières : » Et à présent, que vous demande Hashem ? Seulement de craindre le Seigneur votre Dieu, de marcher dans tous Ses chemins, de L’Aimer et de servir le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toute votre âme. « Soyez juste sûres que vous faites tout votre travail avec dévouement et amour pour le Tout-Puissant. Faites tout avec la joie de pouvoir tenir compte et réaliser Ses commandements. »

« Mes chères enfants, vous avez toutes pris vos examens écrits et oraux. Vous avez toutes réussi, Dieu merci. Mais à présent vient le test le plus important et le plus difficile — » La Vie « . »

« La vie est souvent difficile et remplie de circonstances éprouvantes. Mais souvenez-vous, vous possédez l’arme la plus puissante pour combattre les épreuves — » yiras Hashem, ahavas Hashem, et avodas Hashem « (hébreu pour » la crainte, l’amour et le service de Dieu « ]). »

« Parfois, malgré moi, je suis saisie d’une pensée douloureuse : est-ce que mes chères enfants, ces jeunes pionnières, ressentent vraiment la confiance que je leur porte ? Est-ce qu’elles perçoivent les grandes responsabilités qui reposeront sur leurs épaules pour élever une nouvelle génération ? Est-ce qu’elles se rendent compte des grandes épreuves qui les attendent sur leur nouveau chemin des difficultés de la vie ? »

« Une prière silencieuse jaillit en moi en des temps pareils. Alors je prie, » Dieu Tout-Puissant, de grâce continue à aider mes enfants dévoués dans leur tâche sacrée. Ne les met pas à l’épreuve trop sévèrement sur leur chemin parsemé d’épines. Puisse la promesse de nos Sages être accomplie en elles : « Lui qui vient se purifier est aidé par le Ciel »."

« Mes enfants ont sûrement les intentions les plus pures. Par conséquent, veuille les aider, Père dans le Ciel, à transformer ces intentions en actes bons et beaux. »

« Il y a des années à Rabka[9], à l’examen final, notre vénéré Herr[10]Orlean[11] s’adressa aux jeunes filles. Ses paroles résonnent encore dans mes oreilles : » Les examens nous ont montré que vous savez apprendre et enseigner, mais durant tout le temps de ces examens nous étions troublés par la pensée que vous puissiez ne pas réaliser que vous vous aventurez dans le vaste monde pour former de jeunes âmes Juives."

« Nous pensions aux jeunes » kohanim « (hébreu pour » prêtre « )[12] à qui, avant de pénétrer dans le Saint des Saints[13], on demandait de traiter la sainteté du Sanctuaire avec circonspection. À présent que le » Beis ha-Mikdash « (hébreu pour le Temple de Salomon) a été détruit, chaque foyer Juif est devenu un temple. Votre responsabilité à présent est d’aller dans le monde pour construire des temples. »

« Votre but est d’implanter la sainteté dans les âmes des enfants purs et de les aider à grandir comme des Juives qui véritablement craignent Dieu et comme des êtres humains passionnés. Dans vos mains se trouve l’avenir de la femme Juive, et avec cela, celui du Peuple Juif. »

« A l’occasion de votre célébration du » siyum[14] « de pratiquement tout le Tanakh, je voudrais vous redire une histoire Hassidique dont je me suis juste rappelé. Un étudiant va chez son rebbe avec la joyeuse nouvelle, » Je viens juste de finir d’apprendre le « Shas » (Talmud) en entier ! « dit-il avec fierté. »

« Et que le » Shas « t’as enseigné ? » le rebbe demande."

« Voila le cœur de tout le sujet, mes chères enfants : que vous a enseigné toute l’éducation que vous avez recues. »

« Je souhaite terminer ma lettre avec quelques » pesukim[15] « à moi (pas vraiment les miens, mais ceux du Roi David[16]), qui doivent toujours vous accompagner dans la vie. Ce sont, comme vous le savez toutes : »

« Ivdu es Hashem be-simchah » (hébreu pour « Servez Hashem avec joie » )[17]."

« Shivisi Hashem le-negdi tamid » (hébreu pour « Je garde toujours Hashem à l’esprit » )[18]."

« Reishis chochmah yiras Hashem » (hébreu pour « L’origine de la sagesse est la crainte de Hashem » )[19]."

« Limnos yameinu kein hoda » (hébreu pour « Enseigne nous à bien compter nos jours » )[20]."

« Toras Hashem temimah meshivas nafesh » (hébreu pour « L’enseignement de Hashem est parfait, il renouvelle la vie » )[21]."

« Puisse Hashem vous protéger dans vos allées et venues. Qu’Il écoute nos prières et nous envoie la Rédemption Ultime promptement. Amen. »

'Vôtre, "

« Sarah Schenirer »

« Cracovie, janvier 1935 »




Modèle:DEFAULTSORT : Testament de Sarah Schenirer

  1. Voir Benisch, 2004, p. 308-311.Feldbrand, 1976, termine son livre par « Le Testament de Sarah Schenirer », p. 192-194, avec de légères variantes
  2. Voir, Benisch, 2004, p. 316.
  3. Amosh ou Amoush est un acronyme en hébreu pour » Jusqu’à 120 ans ! « 
  4. Basé sur des versets du » Tachanun « (hébreu pour » Supplications « , voir, Offices dans le judaïsme) et du » Viduy « (hébreu pour » Dernière confession « ).
  5. Un juif religieux ne prononce pas le nom de Dieu en vain et dit donc » Hashem « (Le nom).
  6. Voir » Mishlei « (Livre des Proverbes) 19 : 21.
  7. Voir, Parasha.
  8. Voir, Devarim (Deutéronome) 10 : 12.
  9. Rabka est un village, dans les montagnes des Carpathes, où l’été le Bais Yaakov se retrouvait pour échapper à la chaleur insupportable de Cracovie. Voir, Sternbuch & Kranzler, 2005, p. 208.
  10. Monsieur, en allemand.
  11. Le rabbin Yehudah Leib Orlean, qui succède à Sarah Schenirer à la tête du mouvement Bais Yaakov.
  12. Voir, Cohen (judaïsme).
  13. Voir Débir.
  14. Hébreu pour « Achèvement ».
  15. Hébreu pour « Versets ».
  16. Voir, David (Bible).
  17. Voir, Psaumes 100 : 2.
  18. Voir, Psaumes 16 : 8.
  19. Voir, Psaumes 111 : 10.
  20. Voir, Psaumes 90 : 12.
  21. Voir, Psaumes 19 : 8.