Trente poésies russes/13

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Soirée d’Hiver

(D’APRÈS PLESCHTSCHEEFF )




Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu25.png




SOIRÉE D’HIVER



Enfants, vous êtes bien dans cette bonne chambre ;
Vous y pouvez braver la rigueur des hivers
Et ne rien redouter des bises de décembre,
Près d’un feu pétillant et d’habits chauds couverts.

Le vent a beau gronder, dehors, comme un tonnerre,
Vous êtes bien, enfants, l’un près de l’autre assis,
Paisiblement groupés autour de votre mère
Dont votre oreille avide écoute les récits.

Et pendant qu’elle lit, on voit sur vos visages
Rayonner un éclair de curiosité ;
Parfois même elle doit, aux plus jolis passages,
S’interrompre, tant est bruyante la gaîté !
 
Mais voici la lecture à présent terminée.
« Petits enfants, il faut aller faire dodo !
— Oh ! non, non ! L’heure n’est pas encore sonnée ;
Oh ! maman, voulez-vous nous jouer du piano ?

— Il est vraiment trop tard, mes chéris, il me semble
Que vous avez besoin, tous, de vous reposer. »
Mais les mignons tyrans de protester ensemble,
Et d’un ton si câlin ! Comment leur refuser ?
 
Donc le joyeux tapage enfantin recommence ;
Car chacun au concert prend part à sa façon.
Le rythme peu à peu s’accélère et la danse
D’elle-même se vient mêler à la chanson.


Oui, vainement la pluie aux fenêtres ruisselle,
Contre tes volets clos la rafale gémit
Ou sur le toit la neige épaisse s’amoncelle…
Enfants, vous êtes bien dans votre petit nid.

Mais ce n’est pas à tous que Dieu donne en partage,
Même en leurs premiers ans, ce tranquille bonheur.
Il en est, il en est parmi ceux de votre âge
Dont le front s’est déjà courbé sous la douleur

Et qui savent déjà que la vie est amère,
À qui jamais, jamais, personne n’a souri,
À qui la mort brutale a déjà pris leur mère
Et qui, les soirs d’hiver, n’ont pas même un abri.

Oh ! bien que vous marchiez sur des routes contraires,
Vous les verrez, un jour ou l’autre, c’est certain.
Enfants riches, enfants heureux, ce sont vos frères ;
Ne les repoussez pas s’ils vous tendent la main.