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Une fête Moyen-Âge chez Pierre Loti

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UNE FÊTE MOYEN ÂGE CHEZ PIERRE LOTI


Qui eût deviné que l’auteur réaliste de Mon frère Yves avait un goût si vif des choses du moyen âge ! Car, au dîner que Pierre Loti vient d’offrir à quelques amis on se serait véritablement cru transporté à quatre siècles en arrière, si le défilé des habitants de Rochefort-sur-mer à la tribune élevée dans la salle à manger de l’illustre romancier n’avait contribué à rappeler aux convives qu’ils dînaient non en l’an de grâce 1470, mais en 1888. Notre dessin donne l’idée de la magnificence avec laquelle a été accomplie cette résurrection d’un coin de la vieille France.

Châtelaines, chevaliers, seigneurs, pages, ménestrels etc., se pressaient à l’heure fixée autour de la table recouverte d’un service reconstitué d’après les documents les plus authentiques : plantes aux parfums subtils, hanaps, drageoirs, aiguières, coupes ciselées etc., parmi lesquels d’épaisses tranches de pain bis remplaçaient la vaisselle plate. La salle à manger elle-même est un pur bijou. L’ameublement comme l’ornementation et l’architecture sont du plus pur quinzième siècle. Pierre Loti, placé sous un dais, avait à sa droite la belle Béatrix de Gif ; Mme Loti, sous un dais mêmement, lui faisait face, entre Tiel, fou du duc de Bourgogne, et maistre Coictier, physicien du Roy. Le menu qui se composait de treize services, eût pu paraître plus que copieux à des estomacs modernes. Mais l’amphitryon avait prévu le cas et mis entre chacun d’eux des intermèdes digestifs. Au « boute-dehors », quand les coupes eurent été remplies de vin champenois, les convives portèrent la santé du noble seigneur Pierre Loti et de sa noble dame. C’est cette scène que représente notre gravure. La fête s’est terminée par la danse des Torches.


UNE FÊTE MOYEN-ÂGE CHEZ PIERRE LOTI
D’après les photographies de Mme Ve Delphin.