Une scène historique du XIe siècle à Rome - Enlèvement du pape Grégoire VII

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SCÈNE HISTORIQUE


DE


ROME AU XIE SIÈCLE.

ENLÈVEMENT DU PAPE.[1]

Tandis que Grégoire VII fulminait sur le nord ses redoutables anathèmes, il était mal en sûreté dans son église ; et ce n’est pas un des moindres contrastes de sa vie, que de le voir attaquer avec tant de hauteur le roi d’Allemagne, faire payer tribut à Guillaume-le-Conquérant, et demeurer lui-même, au milieu de Rome, exposé au premier coup de main d’un ennemi. Mais ces désordres remontent plus haut, et tenaient moins encore à la rude licence du moyen-âge qu’à la nature même du gouvernement pontifical, puissance toute d’imagination et de foi, sans force matérielle, idole adorée au loin, faible et vulnérable dans son temple.

Aux siècles antérieurs, les barons romains, c’est-à-dire les seigneurs goths ou lombards, maîtres de quelques châteaux dans la banlieue de Rome, ou de quelque ruine fortifiée dans la ville, avaient souvent rançonné l’Église, en avaient opprimé le chef, s’en étaient disputé l’élection. Depuis qu’il n’y avait plus d’empereurs, ni de Théodoric, un comte de Toscanelle ou de Tibur, aidé de quelques hommes d’armes, disposait de la tiare ; et la dépendance locale du siége de Rome s’était aggravée, en même temps que son nom grandissait dans le vide qu’avait laissé la chute de l’empire. Charlemagne délivra de ce joug honteux la chaire pontificale ; et, l’exhaussant pour être couronné par elle, il l’avait rendue puissante à Rome et dans l’Italie. Après lui, comme le désordre recommença, elle fut faible à l’intérieur, en dominant au dehors. Elle fit juger l’empereur Louis par des évêques, et redevint elle-même en butte à quelques châtelains pillards de la campagne de Rome. Les Othon, les Henri, survenant comme de plus puissans maîtres et de plus glorieux oppresseurs, ne détruisirent pas entièrement cette féodalité des barons romains ; elle reparaissait par intervalle, dans l’éloignement des lances allemandes. Quelquefois elle vendait ses services à l’empire, appuyait les Allemands, intrus évêques dans Rome, et réprimait le peuple, zélé pour les droits de l’Église ; quelquefois elle s’unissait à lui, contre la domination allemande. C’était parmi cette noblesse qu’était toujours choisi le préfet de Rome[2], magistrat équivoque qui prêtait hommage au pape, et recevait de l’empereur l’investiture et le glaive. Toutefois, la puissance de ces familles allait s’affaiblissant, depuis que des seigneuries bien autrement redoutables, celles de Mathilde et des ducs normands, s’étaient élevées dans la Toscane et la Calabre.

Pendant les longs troubles qui avaient précédé l’avénement de Grégoire VII, un de ces nobles romains, Cinci, fils d’Étienne, ancien préfet de Rome, s’était signalé par son audace et ses rapines. Profitant de la charge de son père, il s’était fait dans la ville plusieurs retraites fortifiées, et avait attiré près de lui tous les méchans et les hérétiques de Rome, dit la chronique. Meurtrier d’un de ses oncles, dont il avait forcé et détruit la maison, il fut frappé d’anathème par le pape Alexandre, à la demande d’Hildebrand, qui déjà gouvernait tout. Ayant pris la fuite avec deux de ses partisans, Bertramn et Nicolas, il s’était réfugié à la cour de Henri. Il avait servi la cause de l’anti-pape Cadaloüs, était rentré avec lui dans Rome, l’avait reçu dans sa maison, et avait fait la guerre de rue en rue pour sa cause. Cadaloüs vaincu et mort, Cinci, après avoir erré long-temps, favorisé par l’entremise de quelques nobles romains, que Grégoire VII ménageait, à son avénement, était revenu dans Rome, et avait fait au pape serment de garder la paix.

Remis en possession d’une tour qu’il avait autrefois bâtie à l’entrée du pont de Saint-Pierre, il jeta dans ce poste bon nombre d’hommes d’armes ; et bientôt, sous prétexte d’un droit de péage, il rançonna tous les passans qui allaient ou revenaient chargés de quelque marchandise[3]. Grégoire VII, irrité de ce désordre, voulut frapper dans Cinci un des derniers restes de ces barons factieux et brigands qui disposaient autrefois de la papauté. Après avoir épuisé les religieuses réprimandes et les menaces d’anathème, il donna l’ordre au préfet de Rome de se saisir du rebelle à Dieu et à l’Église. Ce préfet, du même nom et sans doute de la même famille que Cinci, était un pieux personnage qui portait si loin le zèle du Seigneur, que, laïque et homme de guerre, il avait plus d’une fois prêché le peuple à l’église[4]. Des cardinaux même lui reprochaient d’être trop assidu dans les lieux saints, et de négliger son tribunal temporel[5]. Mais Grégoire VII avait bien jugé le dévouement intrépide de cet homme. Sans égard à sa parenté et aux murmures de la noblesse romaine, le préfet arrêta par force Cinci, et le jeta dans un cachot. Frappés de ce coup hardi, plusieurs nobles de Rome vinrent alors supplier le pape. Grégoire VII, après avoir exigé de Cinci serment, sur les reliques de saint Pierre, qu’il amenderait sa vie, et tiré de lui des otages, le mit en liberté, en confisquant sa principale forteresse. Elle fut, à coups de béliers et de marteaux, démolie de fond en comble, aux grands applaudissemens du peuple, qui, dans cette lutte, était de cœur pour le pape contre les châtelains.

Désespéré de cet affront, qui abattait son parti dans Rome, Cinci, chercha partout des alliés et une vengeance. Il s’adressa d’abord aux principaux excommuniés, visitant le duc Guiscard en Calabre, et envoyant un de ses fils à Ravennes, pour conférer avec l’archevêque Guibert. Le prince normand, tout brouillé qu’il était avec le pape, n’avait garde de violer de ses propres mains cette chaire de saint Pierre, dont il attendait plus tard une consécration pour ses conquêtes. Guibert, malgré sa haine, ne pouvait rien entreprendre à force ouverte contre le pape. Cinci leur confia cependant son projet de prendre et de tuer Grégoire VII, et il écrivit en Allemagne à Henri, pour offrir de lui amener, pieds et mains liés, le pape, son ennemi[6]. On ne sait quelles furent les réponses, et les encouragemens de Henri.

Près d’un an s’était écoulé depuis le bannissement de Cinci. Sous la protection du prince des Normands et de Guibert, il employait ce temps à réunir des aventuriers, et à se préparer une occasion et des complices dans Rome ; il promettait pillage et liberté[7]. Toutefois, rien ne paraissait encore ; et Grégoire célébrait avec sécurité les cérémonies saintes, se montrait souvent au peuple, et remplissait tous les devoirs de chef et de pontife.

La veille de Noël, il était allé, selon l’usage, à Sainte-Marie-Majeure, sur le mont Esquilin. Élevée près des ruines d’un temple de Diane, au lieu où furent les jardins de Mécène, cette basilique, la seconde des Patriarchales de Rome, était particulièrement chère à la dévotion du peuple. Parmi de pieuses reliques, on y vénérait un antique tableau de la Vierge, portant sur son bras gauche son divin enfant. Cette image, disait-on, venue de l’Orient, avait été peinte par l’apôtre saint Luc[8] : elle faisait des miracles ; et l’on racontait que, promenée dans la ville, au temps du pape saint Grégoire, elle avait subitement conjuré le fléau d’une peste. Agrandie et ornée, sous le pape Sixte III[9], Sainte-Marie, depuis le cinquième siècle, était, chaque année, visitée à Noël par la ville entière, qui, se pressant à la messe pontificale, passait là toute la nuit dans les chants et les prières. Mais cette fois le pape n’avait été suivi à Sainte-Marie que d’un petit nombre de prêtres. Un long et violent orage, qui parut aux esprits préoccupés de l’anté-christ annoncer le retour du déluge[10], avait retenu beaucoup de familles dans leurs maisons. Les voisins s’étaient à peine visités durant le jour ; et peu de fidèles, par cette nuit pluvieuse et noire, avaient fait le pélerinage de Sainte-Marie, dans un quartier lointain et désert.

Cependant le pape, revêtu de ses saints ornemens, debout à l’autel, célébrait la messe de minuit. Il venait de communier avec son clergé ; le reste du peuple présent communiait encore, et le pape n’avait pas dit l’oraison dernière[11]. Tout à coup l’église est envahie à grands cris, par des hommes couverts de fer. L’épée à la main, renversant tout sur leur passage, ils courent à la chapelle de la crèche, blessent quelques fidèles qui en défendent l’entrée, brisent la barrière, et mettent leurs mains sanglantes sur le pontife. C’étaient Cinci et sa bande, qui, avertis et secondés par les gens du voisinage, ayant des chevaux prêts aux portes de l’église, avaient tenté ce coup de main sacrilège.

Dans leur fureur, un d’eux blesse le pape au front ; puis ils l’arrachent de sa messe inachevée, et l’entraînent, l’outrageant et le frappant, sans qu’il dise un seul mot, qu’il résiste, ou qu’il demande grâce, calme, intrépide, les yeux levés au ciel[12]. Enfin, l’ayant dépouillé du pallium, de la chasuble et de la tunique, ne lui laissant qu’un vêtement sur le corps, ils le jettent en croupe derrière un des leurs, comme un brigand garotté qu’on emmène[13]. Fuyant alors de toute la vitesse de leurs chevaux vers un quartier de la ville où Cinci possédait encore une tour fortifiée, ils s’y renferment avec leur prisonnier.

Cependant les prêtres et les fidèles, échappés de ce désordre, remplissent la ville de leurs cris et de leur effroi. On sort des maisons : les torrens de pluie et le violent orage s’étaient apaisés ; le ciel était redevenu serein ; les rues et les places furent en un moment éclairées de mille torches.

On se racontait avec horreur les attentats de la nuit : l’église de Sainte-Marie profanée, la captivité ou la mort du pontife ; car on ne savait ce qu’il fallait craindre encore. Les prêtres couraient d’église en église, dépouillant les autels, et cachant les choses saintes. Il semblait qu’on eût à craindre une profanation universelle. Les autres habitans prenaient les armes. Tout le reste de la nuit, les trompettes sonnèrent, les cris d’alerte retentirent ; on plaça des postes, on garda les issues de la ville, de peur que le pontife, s’il vivait encore, ne fût emmené hors des murs par ses ravisseurs[14].

En même temps, la foule se porte au Capitole, qui, par un instinct de souvenir, était encore, dans toutes les crises publiques, le rendez-vous du peuple, et comme le lieu de ses conseils. Là, on apprend enfin, par divers témoignages, que le pape est vivant ; qu’il est prisonnier dans une tour de la ville.

À cette nouvelle, le peuple pousse des cris de joie vers le ciel. Le jour paraissait, et tout devenait plus certain et plus facile. On marche en armes vers la forteresse désignée, que l’on nomme de tous côtés le repaire de l’anté-christ. Quelques-uns des hommes d’armes de Cinci en défendaient les premières approches ; ils sont attaqués, mis en fuite, et se rejettent dans l’enceinte fortifiée, auprès de leurs camarades. Le peuple alors en forme le siége : on apporte des machines de guerre ; on bat les murs à coups redoublés ; on allume des feux au pied des portes. Les assaillans combattent à l’envi ; personne ne se ménage pour une cause si sainte. Le rempart extérieur cède et s’écroule, et le peuple est au pied de la tour[15].

Pendant l’assaut, Grégoire VII, jeté d’abord dans une chambre de cette tour, y recevait à la fois des soins extraordinaires et des outrages. Un habitant de la ville et une femme de noble naissance s’étaient introduits avec les ravisseurs ; et là, oublié dans la confusion du combat, cet homme couvrait de fourrures le pontife souffrant du froid de la nuit, et réchauffait sur son propre sein les pieds glacés du vieillard[16].

La femme, avec un zèle plus tendre encore, lavait et pansait sa blessure, en accusant les ennemis de Dieu, les meurtriers sacriléges dont elle était entourée ; puis, versant des larmes, elle baisait avec religion la poitrine, les cheveux, les vêtemens du pontife. Ce spectacle rappelait aux imaginations du temps les soins de Madeleine pour le Sauveur lui-même[17]. Mais, au même lieu, à la même heure, une autre femme, la sœur de Cinci, vint accabler le pontife de malédictions et d’injures[18].

Cinci lui-même, avec d’horribles menaces, voulait arracher au pape un ordre de livrer son trésor et ses châteaux ; mais Grégoire demeurait inflexible[19]. Un serviteur de Cinci, imitant son maître, jurait, avec des blasphèmes, qu’il couperait la tête au pape avant la fin du jour. Le hasard du combat punit bientôt la brutalité de cet homme : ayant paru sur les créneaux, il tomba mortellement blessé à la gorge d’une javeline lancée du dehors ; et sa mort fut, aux yeux de ses compagnons même, un signe de la colère céleste.

Cinci, embarrassé de ce qu’il a fait, craignant que la forteresse ne soit bientôt prise d’assaut par le peuple en fureur, vint se jeter aux pieds du pape[20] ; et, avec cette componction de scélérat, si facile et si commune dans les mœurs superstitieuses et barbares, il supplie le pape de le délivrer de son péché, de lui donner l’absolution : « Je suis un parricide, dit-il, un sacrilége ! J’ai violé le sanctuaire de la mère de Dieu et la crèche du Sauveur : je t’en ai arraché, toi, mon père et mon seigneur apostolique… Protége-moi ; fais-moi miséricorde ; inflige-moi quelque pénitence, et apaise, comme tu sais le faire, le peuple, soulevé contre moi par un juste jugement de Dieu ! Tout souillé que je suis, reçois-moi dans tes saintes mains, et donne-moi ce jour-ci pour faire pénitence ! » En disant ces mots, cet homme restait prosterné devant le pape.

Grégoire alors lui rappelle sévèrement tant d’avis qu’il lui avait autrefois fait donner par des hommes pieux, tant de reproches qu’il lui avait adressés lui-même avec une si longue patience. « Cependant, lui dit-il, la porte de la vie peut encore s’ouvrir pour toi, si tu te convertis de cœur. »

Cet homme se jeta de nouveau contre terre, confessant qu’il était un coupable et un malheureux, et promettant d’accomplir sans délai la pénitence qui lui serait imposée[21].

Alors Grégoire lui dit : « L’injure que tu m’as faite à moi, je te la pardonne en père ; mais ce que tu as commis contre Dieu, la mère de Dieu et les apôtres, ou plutôt contre l’Église entière, il faut l’expier ainsi que je l’ordonne. Tu iras d’abord à Jérusalem ; et ensuite, si tu survis et reviens de là, tu te remettras sous ma main et mes conseils, afin de retrouver ainsi la grace de Dieu tout-puissant, et, après avoir été, pour tous les fils de l’Église, un exemple de perdition, d’être un exemple de repentir. »

Cet homme, toujours prosterné, promit de faire toutes les expiations et toutes les pénitences ; et le pape, s’avançant alors vers une des fenêtres de la tour, parut aux yeux des assiégeans ; et, les mains étendues, il leur faisait signe de s’apaiser, et d’envoyer vers lui quelques-uns de leurs chefs.

Transportés à cette vue, presque tous croient que le pontife les appelle à son secours. Ils redoublent d’efforts pour monter jusqu’à lui ; les plus hardis escaladent les fenêtres qu’abandonnent les brigands découragés ; on pénètre jusqu’au pontife, et il est ramené sur les bras de ses libérateurs, devant le peuple qui versait des larmes de joie. Mais alors, quand tout le monde vit sur lui les marques de violence, les taches de sang[22], on fut saisi d’une nouvelle horreur ; on poussa mille cris lamentables.

Dans ce trouble, dans l’agitation de son péril et de sa délivrance, le pape n’a qu’une pensée, n’exprime qu’un vœu, d’aller, avant tout, à l’église Sainte-Marie, d’où il a été arraché, reprendre sa messe de Noël, interrompue par l’attentat de Cinci. Un peuple immense le suit à l’autel ; et là cette messe solennelle, qu’il avait commencée avant la première heure du jour, il l’acheva vers le soir, à jeun, blessé, mais soutenu par sa foi. Ensuite, il prononça des actions de grace, et bénit la sainte victoire du peuple[23] ; puis il alla se reposer dans le palais de Latran.

Le peuple, maître de la tour, avait d’abord épargné les satellites de Cinci, par l’ordre du pape. Mais on fit bientôt une sévère recherche des complices de cet attentat. Un grand nombre eurent le nez coupé, et furent bannis de Rome. On confisqua leurs biens : nouvelle preuve qu’il n’y avait pas seulement dans ce complot des bandits aventuriers, mais aussi quelques-uns de ces nobles romains, rivaux du pouvoir pontifical.

Cinci, couvert dans le premier moment par la puissance du pardon apostolique, s’était échappé avec sa femme, sa sœur, ses enfans, ses frères, pendant que le pape célébrait l’office d’action de graces[24]. Par un décret du sénat, les maisons fortifiées qu’il avait dans Rome furent démolies, et ses biens confisqués.

Bientôt le pape le somma de comparaître pour la pénitence qui lui était imposée ; mais lui, retiré dans un château voisin de Rome, fit des courses sur les domaines de l’église, et vécut de rapines et de brigandages. Le pape le fit particulièrement excommunier par l’évêque de Preneste, dans le diocèse duquel était son nouveau repaire ; mais cet homme, qui n’avait plus à craindre la fureur de tout le peuple de Rome, continua ses violences jusqu’au moment où il alla rejoindre le roi de Germanie.

Tandis que Cinci, de conspirateur devenu chef de brigands, faisait quelques pillages dans la plaine, le calme était rétabli dans Rome ; et l’autorité du pontife y semblait mieux affermie que jamais par le dévouement populaire. On venait de voir cependant quel était le faible de cette puissance si superbe et si redoutable au dehors. Il était donc possible d’outrager jusque dans son sanctuaire cette souveraineté presque divine, qui s’élevait au-dessus de tous les trônes. Même en excitant l’indignation, l’attentat de Cinci pouvait au loin affaiblir dans les esprits la majestueuse inviolabilité du pontife. C’est par-là, sans doute, qu’il faut expliquer le silence que Grégoire VII garda sur ce singulier évènement. Il ne fit retentir dans la chrétienté aucune plainte, aucun anathème. Il n’accusa personne d’être l’instigateur ou le complice de Cinci.

Cette intention est surtout remarquable dans une lettre que Grégoire VII écrivait à Henri, le 8 janvier 1076, treize jours après cette nuit fatale de Noël, et lorsqu’il ne devait pas encore être remis de ses blessures. Pas un mot dans cette lettre n’indique qu’il y ait eu le désordre le plus léger dans Rome. Le pontife continue d’avertir le roi avec une impérieuse gravité, et rassemble contre lui de nouveaux griefs. Mais il aime encore mieux taire l’outrage de Cinci que d’en accuser Henri.


VILLEMAIN.

  1. Nous devons à M. Villemain l’obligeante communication de ce fragment de son histoire de Grégoire VII, à laquelle il travaille depuis long-temps, et qui se fera encore attendre. Nous espérons aussi donner prochainement dans la Revue un travail important que l’éloquent écrivain a bien voulu nous promettre.
    (N. du D.)
  2. Urbis præfectus de sua dignitate respicit utrumque, videlicet domnum papam, cui facit hominium, et domnum imperatorem a quo accepit suæ potestatis insigne, scilicet exertum gladium. Gerohus Reichperg. apud Baluz. miscell., t. v.
  3. Sicque factum est ut in ipsa turri, quam miræ magnitudinis supra pontem S. Petri construxerat, viros sicarios poneret, qui ab omnibus introeuntibus et exeuntibus ex iis quæ ferebantur prædam caperent. Paul. Bernr. apud act. sanct.
  4. Heri plane in ecclesia B. Petri apostolorum apostoli de præsentis tunc Epiphaniæ solemnitate… ita locutus es, non ut præfectum reipublicæ, sed potins ut sacerdotem decebat ecclesiæ. Petri Damiani Epistolæ, tom. Ier, pag. 354.
  5. Cave ergo, ne propter peculiaris orationis studium, cui insistere forte contendis, disciplinam tam innumerabilis populi, qui tibi commissus est, negligas. Petri Damiani Epistolæ, tom. I, pag. 356.
  6. Statuitque cum ipsis tempus opportunum, quomodo dominum papam caperet et occideret… promittens eumdem patrem regio conspectui repræsentandum. Paul. Bernr. Apud. Act. Sanct.
  7. Promittens eis ineffabilia, libertatem futuram, quæstum sine mensura. Ibid.
  8. Imago G. V. Mariæ in quadam grossa tabula, cum imagine Filii in brachio sinistro, quam depinxit S. Lucas evangelista. Basiliæ S. Mariæ Majoris descriptio.
  9. Diarium italic., pag. 106.
  10. Ipsum primi temporis imminere diluvium omnibus videbatur. Paul. Bernriedens., pag. 122.
  11. Antequam post-communiatem orationem finiret Eucharistiatus. Berthold. Const., Chronicon, pag. 29.
  12. De missa nondum finita, violentis manibus, abstraxerunt, cædentes et percutientes. Paul. Bern., pag. 123. — Non reclamavit, non reluctatus est. Ibid.
  13. Ut furem tractum, post dorsum cujusdam sacrilegi posuerunt. Ibid.
  14. Totâ nocte, signis tubisque sonantibus, militibusque omnes aditus lustrantibus, ne aliquo portaretur extra urbem ingenio. Ibid.
  15. Ignis appositus est ; allatisque machinis et arietibus, rumpitur murus. Paul. Bern., pag. 123.
  16. Vir ille, tædio detractionis et algore hibernalis noctis afflictum allatis calefecit pellibus, pedesque ejus in sinu suo composuit. Ibid.
  17. Matrona vero ipsa, fomento medicaminis sui, Patris nostri plagam, nimio sanguinis rosei profluvio tabidam, deplorando mulcebat… Altera nimirum Maria effecta, caput pectusque deosculans lacrymis rigabat. Ibid.
  18. Traditoris soror Patri maledicere non formidabat. Ibid., pag. 124.
  19. Ibi diu, gladio super collum illius furialiter stricto, torvus, minax et omnifariam terrificus, thesaurum et firmissimi S. Petri castella in beneficia sibi extorquere non cessavit ab eo ; sed omnino non potuit. Berthold. Constant. Chron., pag. 29
  20. Procidit ad pedes beatissimi papæ. Paul. Bernried.
  21. Mox ad terram corruens, verum se reum miserumque confessus est. Ibid.
  22. Cernebatur enim totus cruoris magnitudine respersus. Paul. Bernr. apud Act. sanct.
  23. Gratanter ad altare rediens… missam quam in galli cantu cœperat, adhuc jejunus et ab aliis sustentatus, vespere complevit. Berthold Chronicon. — Peters husanum Chr., lib. ii, § 33.
  24. Ipso vix interventu papæ, cui se reum dederat, inde vivo propulsato. Berthold Chronicon, pag. 29.