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Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu

AV LECTEVR.



CE Monde d’un des grands Philoſophes qui ait écrit, ne ſeroit pas encore en vôtre poſſeſſion, ſi Monſieur D. A. n’en avoit voulu faire une liberalité publique ; Et que la paſſion qu’il a pour tous les ſentimens veritables & utiles, jointe aux demandes des Savans, ne l’eut obligé de tirer de son Cabinet cét ouvrage, qu’il avoit envoyé chercher preſqu’à l’extremité des Terres Septentrionales. Celuy qui en eſt Auteur, ne l’a pas ſeulement laiſſé entre ſes autres minutes moins correctes ſans doute & moins importantes, il l’a eſtimé aſſez, pour le donner luy-méme à ſes plus conſiderables amis. Et quoy qu’en divers endroits, il le nomme ſon Monde, icy neantmoins, où il ne parle que du Monde viſible, je n’ay vû dans l’Original que ces môs, Traité de la Lumiere, à quoy la verité des choſes, m’a fait encore ajoûter, Et des autres principaux objets des ſens. Mais ſi avec cela vous exceptez les titres des Chapitres, la verſion des mots Latins, & quelques fautes qui ont pû ſe gliſſer dedans ou dehors les Figures, le reſte appartient à Monſieur Deſcartes. Et les particularitez que j’en raporte font voir, que comme je croy que ceux qui cachent ſes ſentimens, ſont en quelque ſorte receleurs, ceux qui luy en ſubſtituënt d’autres ſont fauſſaires. Pour les Chapitres que je disois, quoy que je les aye trouvez dãs le Manuſcrit, neantmoins à voir de quelle façon l’auteur quelquefois les commence, je juge que son deſsein étoit de faire ſans interruption un Diſcours, ou une Hiſtoire : & mémes depuis le Chapitre ſixiéme, une Hiſtoire de Roman. Il ſavoit que ſi quelque part, on defendoit de parler du Syſteme de Copernic, comme d’une verité, ou encore comme d’une hypotheſe : on ne deffendoit pas d’en parler comme d’une Fable. Mais c’eſt une Fable, qui non plus que les autres Apologues ou Profanes ou Sacrés, ne repugne pas aux choſes, qui ſont par effet. **

D. R.
TABLE
des Chapitres.



CHapitre I.
De la difference qui est entre nos ſentimens, & les choſes qui les produiſent, dans la pag.
Chap. II. Ce que c’eſt dans le feu, que brûler, échauffer & éclairer.
Chap. III. où l’on voit la varieté, la durée & la cauſe du mouvement, avec l’explication de la dureté & de la liquidité des corps, dans léquels il ſe trouve.

Chap. IV. Quel jugement il faut faire du vuide, & quelle eſt la raiſon pourquoy nos ſens n’apperçoivent pas certains corps.32.

Chap. V. La reduction des quatre Elemens à trois, avéque leur explication & leur établißement.48.

Chap. VI. Deſcription d’un nouveau Monde, tres-facile à connoître, mais ſemblable pourtant à celuy, dans lequel nous ſommes, ou méme au cahos que les Poëtes ont feint l’avoir precedé.66.

Chap. VII. Par quelles Loix & par quels moyens, les parties de ce Monde se tireront d’elles mémes, hors du cahos, & de la confusion, où elles étoient.78.

Chap. VIII. Comment dans le Monde, auparavant décrit, il ſe formera des Cieux, un Soleil & des Etoiles.104.

Chap. IX. L’origine, le cours & les autres proprietés des Cométes & des Planetes en general, & des Cometes en particulier.121.

Chap. X. L’explication des Planetes, & principalement de la Terre & de la Lune.137.

Chap. XI. Ce que c’eſt que la peſanteur.157.

Chap. XII. Du flux & reflux de la Mer.174.

Chap. XIII. Ce en quoy la Lumiere conſiſte.184.

Chap. XIV. Les proprietez de la Lumiere.214.

Chap. XV. & dernier, La façon dont le soleil & les Aſtres agiſſent contre nos yeux.228.

REMARQVEZ.



QV’encore que ceux qui ont déja lû ce Livre écrit a la main, ayent jugé que vous y apprendriez une Philoſophie facile, veritable & débarraſsée des paroles & des imaginations Scholaſtiques, ou autres ſemblables : ils ont cru neantmoins qu’il ne ſeroit pas inutile de vous avertir d’abord.   1.   Que quand Monſieur Descartes enſeigne, qu’en ſon nouveau Monde les parties de la matiere ſe tirent d’elles-mémes, hors de la confuſion où l’on peut ſuppoſer qu’elles étoient, il entend qu’elles s’en tirent ſans le ſecours des Creatures ; comme lors qu’il dit ailleurs que la ſubſtance eſt par ſoy, ou qu’elle ſubſiſte d’elle-méme.   2.   Que s’il appelle Doctes ceux qui reçoivent aujourd’huy un premier Mobile, des étres de raiſon ou des étres déraiſonnables & pareilles choſes, c’eſt qu’il ne veut pas leur ôter le nom que pluſieurs leur donnent, ou qu’il parle dans le ſens que les Logiciens appellent diviſé.   3.   Que les exemplaires de ce Livre qu’on a vûs avant l’impreſſion manquoient en pluſieurs choſes, principalement vers la page 246. mais que pour les corriger on ſe pouvoit ſervir du diſcours & des figures qui ſont dans les principes de la Philoſophie, compoſez par le méme Auteur : Part. 3. Art. 132. 137. 149. &c.




AV lieu des fautes qui ſe ſont coulées icy, il faut lire par exemple dans la page 37. ligne 20. celuy-cy. 53. 19. ces. 60. 6. chácun. 10. & 255. 20. ailleurs. 64. 5. mélées. 18. compoſent. 20. & 114. 4. celles. 87. 1. trouvent. 115. 10. toute celle. dans la fig. de la page 151. mettez un’L. à côté de B. & au deſſus d’A. 180. 5. tout. 6. jour. 13. elles retardent. 183. 4. côtes. 11. ou ils. 185. 2. s’y. 186. 8. qu’elles. 200. 11. de queles. 210. 3. le. 215. 16. lignes droites. 216. 9. enfin ils. 220. 12. tortu. 225. 16. par. 228. 9. diminuée. 232. 14. e. 235. 17. elle ſoutient. 237. 16. verres 255. 11. ou lances. 13. droites.



EXTRAIT DV PRIVILEGE
dv roy.



PAR Lettres Patentes du Roy données à Paris le dix-huitiéme jour d’Octobre mil ſix cens ſoixante-trois, Signées, Bovcot. Il eſt permis à Iacques le Gras Marchand Libraire à Paris, d’imprimer, vendre & debiter en tous les lieux de l’obeïſſance de ſa Majeſté, un Liure intitulé de la Lumiere, de Mr Deſcartes : & autres Traitez, en telle marge & caractere qu’il voudra pendant l’eſpace de dix années, à compter du jour que le Livre ſera achevé d’imprimer pour la premiere fois. Et fait deffenſes à tous Libraires & autres de l’imprimer, vendre ny contrefaire pendant ledit temps, à peine de confiſcation des Exemplaires, quatre mil livres d’amande, & de tous deſpens, dommages & intereſts, ainſi qu’il eſt plus à plein contenu auſdites Lettres.


Regiſtré ſur le Liure de la Communauté, le 27. Octobre 1663. Signé, E. Martin, Syndic.


Les Exemplaires ont eſté fournis.


Et ledit Iacques le Gras a fait part du preſent Privilege du Traité de la Lumiere ſeulement, à Michel Bobin, Nicolas le Gras & Theodore Girard, pour en joüir ſuivant l’accord fait entre-eux.

TRAITÉ
DE LA
LVMIERE,
ET DES AVTRES
PRINCIPAVX OBIETS
DES SENS.

CHAP. I.

De la difference qui eſt entre nos ſentimens & les choſes qui les produiſent.



ME propoſant de traiter icy de la Lumiere, la premiere choſe dont ie veux vous avertir eſt, qu’il peut y avoir de la difference entre le ſentiment que nous en avons ; c’eſt à dire l’idée qui s’en forme en noſtre imagination, par le moyen de nos yeux, & ce qui eſt dans les objets qui produit en nous ce ſentiment ; c’eſt à dire ce qui eſt dans la flâme ou dans le Soleil qui eſt appellé du nom de Lumiere. Car encore que chacun ſe perſuade communément que les idées que nous avons en noſtre penſée, ſont entierement ſemblables aux objets dont elles procedent, ie ne vois point toutesfois de raiſon qui nous aſſure que cela ſoit uray : Mais je remarque au contraire pluſieurs experiences qui nous en doivent faire douter. Vous ſavez bien que les paroles n’ayant aucune reſſemblance avec les choſes qu’elles ſignifient, ne laiſſent pas de nous les faire concevoir ; & mémes c’eſt ſouvent ſans que nous prenions nullement garde au ſon des mots, ni à leurs ſyllabes : en ſorte qu’il peut arriver qu’apres avoir ouy un diſcours, dont nous aurons fort bien compris le ſens, nous ne pourrons pas dire en quelle langue il aura eſté prononcé. Or ſi des mots qui ne ſignifient rien que par l’inſtitution des hommes, ſuffiſent pour nous faire concevoir des choſes, avec leſquelles ils n’ont aucune reſſemblance : Pourquoy la Nature ne peut-elle pas auſſi bien avoir eſtably certain ſigne, qui nous faſſe avoir le ſentiment de la Lumiere, bien qu’il n’ait rien en ſoy de ſemblable à ce ſentiment ? Et n’eſt-ce pas ainſi qu’elle a eſtably les ris & les larmes, pour nous faire lire la joye & la triſteſſe ſur le viſage des hommes ? mais vous direz peut-eſtre que nos oreilles ne nous font veritablement ſentir que le ſon des paroles, ni nos yeux que la contenance de celuy qui rit ou qui pleure ; & que c’eſt nôtre eſprit qui ayant retenu ce que ſignifient ces paroles, & cette contenance, nous le repreſente en meſme temps. A cela ie pourrois répondre que c’eſt nôtre eſprit tout de meſme, qui nous repreſente l’idée de la Lumiere, toutes les fois que l’action qui la ſignifie, touche nôtre œil. Mais ſans perdre le temps à diſputer, j’auray plûtoſt fait d’apporter un autre exemple. Penſez vous, lors mêmes que nous ne prenons pas garde à la ſignification des paroles, & que nous oyons ſeulement leur ſon, que l’idée de ce ſon qui ſe forme en nôtre penſée, ſoit quelque choſe de ſemblable à l’objet qui en eſt la cauſe ? Vn homme ouvre la bouche, remuë la langue, pouſſe ſon haleine, ie ne vois rien en toutes ces actions qui ne ſoit fort differant de l’idée du ſon, qu’elles nous font imaginer. Et la pluſpart des Philoſophes aſſurent, que le ſon n’eſt autre choſe qu’un certain tremblement d’air, qui vient frapper nos oreilles. En ſorte que ſi le ſens de l’oüie rapportoit à noſtre penſée la uraye image de ſon objet, il faudroit au lieu de nous faire concevoir le ſon, qu’il nous fiſt concevoir le mouvement des parties de l’Air, qui tremble pour lors contre nos oreilles. Mais parce que tout le monde ne voudra peut-eſtre pas croire ce que diſent les Philoſophes, j’apporteray encore un autre exemple. L’atouchement eſt celuy de tous nos ſens, que l’on eſtime le moins trompeur & le plus aſſuré : De ſorte que ſi je vous montre que l’atouchement même nous fait concevoir pluſieurs idées qui ne reſſemblent en nulle façon aux objets qui les produiſent, ie ne penſe pas que vous deviez treuver eſtrange, ſi je dis que la veuë peut faire ſemblable choſe. Or il n’y a perſonne qui ne ſache que les idées du chatoüillement & de la douleur, qui ſe forment en nôtre penſée à l’occaſion des corps de dehors qui nous touchent, n’ont aucune reſſemblance avec eux. On paſſe doucement une plume ſur la levre d’un enfant qui s’endort, & il ſent qu’on le chatoüille : penſez-vous que l’idée du chatoüillement qu’il conçoit, reſſemble à quelque choſe de ce qui eſt en cette plume ? Vn Gend’arme revient d’vne mélée : pendant la chaleur du combat, il eût pû eſtre bleſſé, ſans s’en appercevoir ; mais maintenant qu’il commance à ſe refroidir, il ſent de la douleur, il croit eſtre bleſſé : on appelle un Chirurgien, on ôte ſes armes, on le viſite, on treuve enfin que ce qu’il ſentoit, n’eſtoit autre choſe qu’une boucle, ou une courroye qui s’eſtant engagée ſous ſes armes, le preſſoit & l’incommodoit. Si ſon atouchement, en luy faiſant ſentir cette courroye, en eût imprimé l’image en ſa penſée, il n’auroit pas eu beſoin d’un Chirurgien, pour l’avertir de ce qu’il ſentoit. Or je ne vois point de raiſon qui nous oblige à croire, que ce qui eſt dans les objets d’où nous vient le ſentiment de la Lumiere, ſoit plus ſemblable à ce ſentiment, que les actions d’une plume & d’une courroye, le ſont au chatoüillement & à la douleur. Et toutesfois, je n’ay point apporté ces exemples, pour vous faire croire aſſurément que cette Lumiere eſt autre dans les objets, que dans nos yeux ; mais ſeulement afin que vous en doutiez, & que vous gardant d’eſtre preoccupez du contraire, vous puiſſiez maintenant, mieux examiner avec moy ce qui en eſt.



CHAP. II.

Ce que c’eſt dans le feu, que brûler, échauffer, & éclairer.



IE ne connois au monde que deux ſortes de corps, dans leſquels la Lumiere ſe treuve, ſçavoir les Aſtres & la Flâme, ou le Feu. Et parce que les Aſtres ſemblent ſans doute vn peu plus éloignez de la connoiſſance des hommes, je tâcheray premierement d’expliquer ce que je remarque touchant la Flâme. Lors qu’elle brûle du bois ou quelqu’autre ſemblable matiere, nous pouvons voir à l’œil qu’elle remuë les petites parties de ce bois & les ſepare l’une de l’autre, transformant ainſi les plus ſubtiles en feu, en air & en fumée, & laiſſant les plus groſſieres pour les cendres. Qu’un autre donc imagine s’il veut en ce bois, la forme du feu, la qualité de la chaleur, & l’action qui le brûle, comme des choſes toutes diverſes ; pour moy qui crains de me tromper, ſi j’i ſuppoſe quelque choſe de plus, que ce que je vois neceſſairement y devoir eſtre ; je me contente d’y concevoir le mouvement de ces parties. Car mettez-y du feu, mettez-y de la chaleur, & faites qu’il brûle tant qu’il vous plaira, ſi vous ne ſuppoſez point auec cela qu’il y ait aucune de ſes parties qui ſe remuë, ni qui ſe détache de ſes voiſines, je ne me ſaurois imaginer qu’il reçoive aucune alteration ni aucun changement. Et au contraire oſtez-en le feu, oſtez-en la chaleur, empeſchez qu’il ne brûle, pourveu ſeulement que vous m’accordiez qu’il y a quelque puiſſance, qui remuë violemment les plus ſubtiles de ſes parties, & les ſepare des plus groſſieres, je treuve que cela ſeul pourra faire en luy tous les mémes changemens qu’on experimente, quand il brûle. Or parce qu’il ne ſemble pas poſſible de concevoir qu’un corps en puiſſe remuer un autre, ſi ce n’eſt en ſe remuant auſſi ſoy-meſme. Ie conclus de cecy, que le corps de la flâme qui agit contre le bois, eſt compoſé de petites parties, qui ſe remuent ſeparément l’vne de l’autre, d’un mouvement tres-prompt & tres-violant ; & qui ſe remuant en cette ſorte, pouſſent & remuent avec ſoy les parties des corps qu’elles touchent, & qui ne leur font point trop de reſiſtance. Ie dis que ſes parties ſe remuent ſeparément l’une de l’autre : car encore que ſouvent elles s’accordent & conſpirent pluſieurs enſemble pour faire un même effet, nous voyons toutesfois que chacune d’elles agit en ſon particulier, contre les corps qu’elles touchent. Ie dis auſſi que leur mouvement eſt tres-prompt & tres-violant : car eſtant ſi petites qu’on ne les peut pas mêmes diſtinguer par la veuë, elles n’auroient pas tant de force qu’elles ont pour agir contre les autres corps, ſi la promptitude de leur mouvement ne recompenſoit le deffaut de leur grandeur. Ie n’ajoûte point de quel coſté chacune ſe remuë : car ſi vous conſiderez que comme j’ay aſſez expliqué en la Dioptrique, la puiſſance de ſe mouvoir, & celle qui determine de quel coſté le mouvement ſe doit faire, ſont deux choſes toutes diverſes, & qui peuvent eſtre l’une ſans l’autre ; vous jugerez aiſément que chacune ſe remuë en la façon qui luy eſt renduë moins difficile, par la diſpoſition des corps qui l’environnent ; & que dans la meſme flâme il peut y auoir des parties qui aillent en haut, & d’autres en bas, tout droit & en rond, & de tous coſtez, ſans que cela change rien de ſa nature. En ſorte que ſi vous les voyez tendre en haut preſque toutes, il ne faut point penſer que ce ſoit pour autre raiſon, ſinon pource que les autres corps qui les touchent, ſe trouvent preſque toûjours diſpoſez, à leur faire plus de reſiſtance de tous les autres côtez. Mais apres avoir reconnu que les parties de la flâme ſe remuent en cette ſorte, & qu’il ſuffit de concevoir ſes mouvemens, pour comprendre comment elle a la puiſſance de conſumer le bois & de brûler ; examinons, je vous prie, ſi le même ne ſuffiroit point auſſi, pour nous faire comprendre comment elle nous échauffe, & comment elle nous éclaire. Car ſi cela ſe trouve, il ne ſera point neceſſaire qu’il y ait en elle aucune autre qualité, & nous pourrons dire que ce mouvement ſeul eſt ſelon ſes differens effets appellé, tantoſt Chaleur, & tantoſt Lumiere. Or pour ce qui eſt de la Chaleur, le ſentiment que nous en avons, peut ce me ſemble, eſtre pris pour vne eſpece de douleur, quand il eſt violant, & quelquefois pour une eſpece de chatoüillement, quand il eſt moderé. Et comme nous avons déja dit, qu’il n’y a rien hors de nôtre penſée, qui ſoit ſemblable aux idées que nous concevons du chatoüillement & de la douleur : Nous pouvons bien croire auſſi, qu’il n’y a rien qui ſoit ſemblable à celle que nous concevons de la Chaleur ; mais que tout ce qui peut remuer diverſement les petites parties de nos mains, peut exciter en nous ce ſentiment. Mêmes pluſieurs experiences favoriſent cette opinion. Car en ſe frotant ſeulement les mains, on les échauffe : & tout autre corps peut auſſi étre échauffé, ſans étre mis aupres du feu, pourveu ſeulement qu’il ſoit agité & ébranlé, en telle ſorte, que pluſieurs de ſes petites parties ſe remuent, & puiſſent remuer avec ſoy celles de nos mains. Pour ce qui eſt de la Lumiere, on peut bien auſſi concevoir, que le même mouvement qui eſt dans la flâme ſuffit pour nous la faire ſentir. Mais parce que c’eſt en cecy que conſiſte la principale partie de mon deſſein, je veux tâcher de l’expliquer plus au long, & reprendre mon Diſcours de plus haut.



CHAP. III.

Où l’on voit la varieté, la durée & la cauſe du mouvement, avec l’explication de la dureté & de la liquidité des Corps, dans leſquels il ſe trouve.


IE conſidere une infinité de divers mouvemens, qui durent perpetuellement dans le Monde. Et apres avoir remarqué les plus grands, qui font les jours, les mois & les années, je prens garde que les vapeurs de la terre ne ceſſent point de monter vers les nuées & d’en deſcendre, que l’air eſt agité par les vents, que la mer n’eſt jamais en repos, ni les rivières, ni les fontaines : Que les plus fermes bâtimens tombent, que les plantes & les animaux ne font que croître ou ſe corrompre ; enfin qu’il n’y a rien en aucun lieu qui ne ſe change. D’où je connois aſſez que ce n’eſt pas dans la flâme ſeule, qu’il y a quantité de petites parties qui ne ceſſent point de ſe remuer : mais qu’il y en a auſſi en tous les autres corps, encore que leurs actions ne ſoient pas ſi violentes, & qu’à cauſe de leur petiteſſe, elles ne puiſſent eſtre apperçûes par aucun de nos ſens. Ie ne m’arreſte pas à chercher la cauſe de leurs mouvemens : car il me ſuffit de penſer qu’ils ont cõmancé d’être auſſi-toſt que le Monde. Et cela eſtant, je treuve par mes raiſons, qu’il eſt impoſſible qu’ils ceſſent, ni même qu’ils changent autrement que de ſujet. C’eſt à dire que la puiſſance de ſe mouvoir ſoy même qui eſt dans un corps, peut bien paſſer toute ou partie dans un autre, & ainſi n’être plus dans le premier ; mais qu’elle ne peut pas n’être plus du tout dans le Monde : Mes raiſons, diſ-je, me ſatisfont aſſez là deſſus, mais je n’ay pas encore occaſion de vous les dire ; & cependant vous pouvez imaginer, ſi bon vous ſemble, ainſi que font la pluſpart des Doctes, qu’il y a quelque premier mobile qui roulant autour du Monde avec vne vîteſſe incomprehenſible, eſt l’origine & la ſource de tous les autres mouvemens, qui s’y treuvent. Or en ſuite de cette conſideration, il y a moyen d’expliquer la cauſe de toutes les varietez qui paroiſſent ſur la Terre. Mais je me contenteray icy de parler de celles qui ſervent à mon ſujet. La difference qui eſt entre les corps durs & ceux qui ſont liquides, eſt la première que je deſire que vous ſachiez ; & pour cét effet, penſez que châque corps peut eſtre diviſé en des parties extrêmement petites. Ie ne veux point déterminer ſi leur nombre eſt infini ou non ; mais il eſt du moins certain qu’à l’égard de nôtre connoiſſance, il eſt indefini, & que nous pouvons ſuppoſer qu’il y en a pluſieurs millions dans le moindre grain de ſable, qui puiſſe être apperceu de nos yeux. Et remarquez que ſi deux de ces parties s’entretouchent, ſans être en action pour s’éloigner l’une de l’autre, il eſt beſoin de quelque force pour les ſeparer ſi peu que ce puiſſe être. Car eſtant une fois ainſi poſées, elles ne s’aviſeroient jamais d’elles-mêmes, de ſe mettre autrement. Remarquez auſſi qu’il faut deux fois autant de force, pour en ſeparer deux que pour une ; & mille fois autant pour en ſeparer mille. De ſorte que s’il en faut ſeparer pluſieurs millions tout à la fois, comme il faut peut-eſtre faire, pour rompre vn ſeul cheveu ; ce n’eſt pas merveille, ſi l'on y employe vne force aſſez ſenſible. Au contraire, ſi deux ou pluſieurs telles parties ſe touchent ſeulement en paſſant, & lors qu'elles ſont en action pour ſe mouvoir l'une d'un coſté, & l'autre de l'autre, il eſt certain qu'il faudra moins de force pour les ſeparer, que ſi elles étoient tout à fait ſans mouvement : Et mêmes qu'il n’y en faudroit point du tout, ſi le mouuement avec lequel elles ſe peuvent ſeparer d'elles-mêmes eſt égal ou plus grand, que celuy avec lequel on les veut ſeparer. Or je ne treuve point d'autre differance entre les corps durs & liquides, ſinon que les parties des uns peuvent eſtre ſeparées beaucoup plus aiſément que celles des autres. De ſorte que pour compoſer le corps le plus dur qui puiſſe eſtre imaginé, je penſe qu’il ſuffit ſi toutes ſes parties ſe touchent, ſans qu’il reſte d’eſpace entre deux, ni qu’aucunes d’elles ſoient en action pour ſe mouvoir. Car quelle colle ou quel ciment y pourroit on imaginer outre cela, pour les mieux faire tenir l’une à l’autre ? Ie pense auſſi que c’eſt aſſez pour compoſer le corps le plus liquide qui ſe puiſſe treuver, ſi toutes ſes plus petites parties ſe remuent le plus diverſement l’une de l’autre, & le plus viſte qu’il eſt poſſible. Encore qu’avec cela, elles ne laiſſent pas de ſe pouvoir toucher l’une l’autre de tous côtez, & ſe ranger en auſſi peu d’eſpace, que ſi elles étoient ſans mouvement. Enfin ie croy que châque corps approche plus ou moins de ſes deux extremitez, ſelon que ſes parties ſont plus ou moins en action, pour s’éloigner l’une de l’autre. Et toutes les experiences ſur leſquelles je jette les yeux, me confirment en cette opinion. La flâme dont i’ay déja dit que les parties ſont perpetuellement agitées, eſt non ſeusement liquide, mais auſſi rend liquide la pluſpart des autres corps. Voiez quand elle fond des metaux, elle n’agît pas avec une autre puiſſance, que quand elle brûle du bois. Mais parce que les parties des metaux ſont à peu près, toutes égales, elle ne les peut remuer l’une ſans l’autre, & ainſi elle en compoſe des corps tous liquides : au lieu que les parties du bois ſont tellement inégales qu’elle en peut ſeparer les plus petites, & les rendre liquides c’eſt à dire les faire voler en fumée, ſans agiter ainſi les plus groſſes. Apres la flâme il n’y a rien de plus liquide que l’air, & l’ont peut voir à l’œil que ſes parties ſe remuent ſeparément l’une de l’autre. Car ſi vous daignez remarquer ces petits corps, qui ſont communément nommez atomes & qui paroiſſent aux rayons du Soleil, vous les verrez lors mêmes qu’il n’y aura point de vent qui les agite, voltiger inceſſamment çà & là, en mille façons differentes. On peut auſſi éprouuer le ſemblable en toutes les liqueurs les plus groſſieres, ſi l’on en méle de diverſes couleurs l’une parmy l’autre, afin de mieux diſtinguer leurs mouvemens. Et enfin cela paroiſt tres clairement dans les eaux fortes, lors qu’elles remuent et ſeparent les parties de quelque metal. Mais vous me pourrez demander en cét endroit, pourquoy ſi c’eſt le ſeul mouvement des parties de la flâme, qui fait qu’elle brûle & la rend liquide : Le mouvement des parties de l’air qui le rend auſſi extrémement liquide, ne luy donne pas tout de même la puiſſance de brûler ; mais au contraire, fait que nos mains ne le peuvent preſque ſentir. A quoy je répons : Qu’il ne faut pas ſeulement prendre garde à la viteſſe du mouvement, mais auſſi à la groſſeur des parties : Et que ce ſont les plus petites qui font les corps plus liquides, mais que ce ſont les plus groſſes qui ont plus de force pour brûler, & generalement pour agir contre les autres corps. Remarquez, que je prens icy & prendray toûjours apres pour une ſeule partie, tout ce qui eſt joint enſemble, & n’eſt point en action pour ſe déjoindre : Encore que les corps qui ont tant ſoit peu de groſſeur, puiſſent aiſément être diuiſés en beaucoup d’autres corps. Ainſi un grain de ſable, une pierre, un rocher, & toute la terre même pourra apres être priſe pour une ſeule partie, entant que nous n’y conſiderons qu’un mouvement tout ſimple & tout égal. Or entre les parties de l’air s’il y en a de fort groſſes à comparaiſon des autres, comme ſont les atomes qui s’y voyent, elles ſe remuent auſſi fort lentement ; & s’il y en a qui ſe remuent plus viſte, elles ſont auſſi plus petites. Mais entre les parties de la flâme, s’il y en a de plus petites que dans l’air, il y en a auſſi de plus groſſes, ou du moins, il y en a plus grand nombre d’égales aux plus groſſes de celles de l’air, qui avec cela ſe remuent beaucoup plus viſte : & ce ne ſont que ces dernieres, qui ont la puiſſance de brûler. Qu'il y en ait de plus petites, on le peut conjecturer de ce qu'elles penetrent au travers de pluſieurs corps dont les pores ſont ſi étroits, que l’air même n'y peut entrer. Qu'il y en ait ou de plus groſſes ou de groſſes en plus grand nombre, on le voit clairement en ce que l’air ſeul ne ſuffit pas pour la nourrir. Qu'elles ſe remuent plus viſte, la violance de leur action nous le fait aſſez éprouver. Et enfin que ce ſoient les plus groſſes de ces parties qui ont la puiſſance de brûler, & non point les autres, il paroiſt en ce que la flâme, qui ſort de l’eau de vie ou des autres corps fort ſubtils, ne brûle preſque point, & qu’au contraire celle qui s’engendre dans les corps durs & peſans, eſt fort ardente.


CHAP. IV.

Quel jugement il faut faire du vuide : Et quelle est la raiſon pourquoy nos ſens n’apperçoivent pas certains corps.



Mais il faut examiner plus particulierement, pourquoi l’Air étant un corps auſſi bien que les autres, ne peut pas auſſi bien étre ſenti ; & il faut par même moyen nous délivrer d’une erreur dont nous avons tous été préoccupez depuis nôtre enfance, lors que nous avons crû qu'il n'y avoit point d'autres corps autour de nous, que ceux qui pouvoient y étre ſentis : Et ainſi que ſi l’Air en étoit un, pour ce que nous le ſentions quelque peu, il ne devoit pas au moins étre ſi materiel ni ſi ſolide, que ceux que nous ſentions davantage. Touchant quoy je deſire, permierement que vous remarquiez, que tous les corps tant durs que liquides ſont faits d'une même matiere, & qu'il eſt impoſſible de concevoir, que les parties de cette matiere compoſent jamais un corps plus ſolide, ni qui occupe moins d'eſpace qu'elles font, lors que chacune d'elles eſt touchée de tous côtez par les autres qui l’environnent ; d'où il ſuit, ce me ſemble, que s'il peut y avoir du vuide quelque part, ce doit plûtoſt étre dans les corps durs que dans les liquides. Car il eſt évident que les parties de ceux cy ſe peuvent bien plus aiſément preſſer & agencer l’une contre l’autre, à cauſe qu'elles ſe remuent ; que ne font pas celles des autres, qui ſont ſans mouvement. Si vous mettez de la poudre en quelque vaſe, vous le ſecoüez & frapez, pour faire qu'il y en entre davantage ; mais ſi vous y verſez une liqueur, elle ſe range incontinent d'elle même, en auſſi peu de lieu qu'on la peut mettre. Et ſi vous conſiderez ſur ce ſujet quelques-unes des experiences dont les Philoſophes ont accoutûmé de ſe ſervir, pour montrer qu'il n'y a point de vuide en la Nature, vous connoîtrez aiſément que tous ces eſpaces que le peuple eſtime vuides, & où nous ne ſentons que de l’air, ſont du moins auſſi remplis, & remplis de la même matiere que ceux où nous ſentons les autres corps. Car dites-moy, je vous prie, quelle apparence y auroit-il que la Nature fit monter les corps les plus peſans & rompre les plus durs, ainſi qu'on experimente qu’elle fait en certaines machines, plûtoſt que de ſouffrir qu’aucunes de leurs parties ceſſent de s'entretoucher, ou de toucher quelques autres corps, & qu’elle permit cependant que les parties de l’Air qui ſont ſi faciles à plier & à agencer comme l’on veut, demeuraſſent aupres l'une de l’autre, ſans s'entretoucher de tous côtez, ou bien ſans qu’il y eût quelqu'autre corps parmy elles, auquel elles touchaſſent. Pourroit-on bien croire que l’eau qui eſt dans un puys, vint en haut contre ſon inclination naturelle, afin ſeulement que le tuyau d'une pompe ſoit remply, & penſer que celle qui eſt dans les nuës ne dût point deſcendre icy bas, pour achever de remplir les eſpaces qui y ſont, s'il y avoit tant ſoit peu de vuide entre les parties des corps qu'ils contiennent ? Mais vous me pourrez propoſer icy une difficulté qui eſt aſſez conſiderable : ſavoir que les parties qui compoſent les corps liquides, ne peuvent pas, ce ſemble, ſe remuer inceſſamment comme j'ay dit qu'elles font, ſi ce n’eſt qu’elles treuvent de l'eſpace vuide parmy elles, au moins dans les lieux d'où elles ſortent à meſure qu'elles ſe remuent : à quoy j'aurois de la peine à répondre, ſi je n’avois reconnu par diverſes experiences, que tous les mouvemens qui ſe font au Monde, ſont en quelque façon circulaires, c'eſt à dire que quand un corps quitte ſa place, il entre toûjours en celle d'un autre, & cetuy-cy en celle d'un autre, & ainſi de ſuitte juſques au dernier, qui occupe au même inſtant le lieu delaiſſé par le premier : en ſorte qu'il ne ſe treuve pas davantage de vuide parmy eux, lors qu'ils ſe remuent, que lors qu'ils ſont arrétez. Et remarquez icy qu'il n'eſt point pour cela neceſſaire, que toutes les parties des corps qui ſe remuent enſemble, ſoient exactement diſpoſées en rond comme un vray cercle, ni même qu'elles ſoient de pareille groſſeur ; car ces inégalitez peuvent étre compenſées par d'autres inégalitez, qui ſe treuvent en leur vîteſſe. Or nous ne remarquons pas communément ces mouvemens circulaires quand les corps ſe remuent en l’air, parce que nous ſommes accoûtumez de ne concevoir l’air que comme un eſpace vuide : Mais voyez nager des poiſſons dans le baſſin d'une fontaine, s'ils ne s'approchent point trop de la ſurface de l’eau, ils ne la feront nullement branler, encore qu'ils paſſent deſſous avec une tres grande vîteſſe. D'où il paroît manifeſtement que l'eau qu'ils pouſſent deuant eux, ne pouſſe pas indifferamment toute l’autre ; mais ſeulement celle qui peut mieux ſervir à parfaire le cercle de leur mouvement, & rentrer en la place qu'ils laiſſent. Et cette experience ſuffit pour montrer combien ces mouvemens circulaires ſont aiſez & familiers à la Nature ; mais j’en veux apporter maintenant une, pour montrer qu'il ne s'en fait jamais aucun autre. Lors que le vin qui eſt dans un tonneau, ne coule point par l’ouverture qui eſt en bas, à cauſe que le deſſus eſt tout fermé : c'eſt parler improprement que de dire, ainſi qu'on fait d'ordinaire, que cela ſe fait par crainte du vuide. On ſait bien que ce vin n’a point d'eſprit, pour craindre quelque choſe : Et quand il en auroit, je ne ſay pour quelle occaſion, il pourroit apprehender ce vuide, qui n’eſt en effet qu'une chimere. Mais il faut dire plûtoſt, qu'il ne peut ſortir de ce tonneau à cause que dehors tout est aussi plein qu’il peut eſtre, & que la partie de l’air dont il occuperoit la place s’il deſcendoit, n’en peut treuver d’autre où se mettre en tout le reſte de l’Vnivers, ſi on ne fait une ouverture au deſſus du tonneau, par laquelle cét air puiſſe remonter circulairement en ſa place. Au reſte je ne veux pas aſſurer pour cela, qu’il n’y a point du tout de vuide en la Nature. Car j’aurois peur que mon Diſcours devint trop long, ſi j’entreprenois d’expliquer ce qui en eſt : & les experiences dont j’ay parlé, ne ſont point ſuffiſantes pour le prouver, quoy qu’elles le ſoient, pour perſuader que les eſpaces où nous ne ſentons rien, ſont remplis de la même matiere, & contiennent autant pour le moins de cette même matiere ; que ceux qui ſont occupez par les corps que nous ſentons. En ſorte que lors qu’un vaſe par exemple eſt plein d’or ou de plomb, il ne contient pas pour cela plus de matiere, que lors que nous penſons qu’il ſoit vuide : ce qui peut ſembler bien étrange à pluſieurs, dont la raiſon ne s’étend pas plus loin que les doigts, & qui penſent qu’il n’y ait rien au Monde que ce qu’ils touchent. Mais quand vous aurez un peu conſideré ce qui fait que nous ſentons un corps ou que nous ne le ſentons pas, je m’aſſure que vous n’y treuverez rien d’incroyable. Car vous connoîtrez éuidemment que tant s’en faut que toutes les choſes qui ſont autour de nous puſſsent étre ſenties, qu’au contraire ce ſont celles qui y ſont le plus ordinairement, qui le peuvent étre le moins, & celles qui y sont toûjours ne le peuvent étre jamais. La Chaleur de nôtre cœur eſt bien grande ; mais nous ne la ſentons pas, à cauſe qu’elle eſt ordinaire. La peſanteur de nôtre corps n’eſt pas petite, mais elle ne nous incommode nullement : Nous ne ſentons pas même celle de nos habits, parce que nous ſommes accoûtumez à les porter. Et la raison de cecy eſt aſſez claire : Car il eſt certain que nous ne ſaurions ſentir aucun corps, s'il n’eſt cauſe de quelque changement dans les organes de nos ſens, c'eſt a dire s'il ne remuë en quelque façon les petites parties de la matiere, dont ces organes ſont compoſez : Ce que peuvent bien faire les objets qui ne ſe preſentent pas toûjours, pourveu ſeulement qu'ils ayent aſſez de force. Car s'ils corrompent quelque choſe, pendant qu'ils agiſſent, cela ſe peut reparer apres par la Nature, lors qu’ils n’agissent plus. Mais ceux qui nous touchent continuellement, s'ils ont jamais eu la puiſſance de produire quelque changement en nos ſens, & de remuer quelques parties de leur matiere, ils ont dû à force de les remuer, les ſeparer entierement des autres, depuis le commancement de nôtre vie, & ainſi ils n’y peuvent avoir laiſſé que celles qui reſiſtent tout à fait à leur action, & par le moyen deſquelles ils ne peuuent en aucune façon étre ſentis. D’où vous voyez que ce n’eft pas merveille qu’il y ait pluſieurs eſpaces autour de nous, où nous ne ſentons aucun corps, encore qu’ils n’en contiennent pas moins que ceux, où nous en ſentons le plus. Mais il ne faut pas penſer pour cela, que cét air groſſier que nous attirons dans nos poumons en reſpirant, qui ſe convertit en vent, quand il eſt agité, qui nous ſemble dur quand il eſt enfermé dans un balon, & qui n’eſt compoſé que d’exhalaiſon & de fumée, ſoit auſſi ſolide que l’eau ni que la Terre. Il faut ſuivre en cecy l’opinion des Philoſophes, leſquels aſſurent tous qu’il eſt plus rare. Et cecy ſe connoît facilement par experience : car les parties d’une goutte d’eau ſeparées l’une de l’autre, par l’agitation de la chaleur, peuvent compoſer beaucoup plus de cét air que l’eſpace où étoit l’eau n’en ſauroit contenir. D’où il ſuit infailliblement, qu’il y a grande quantité de petits intervales, entre les parties dont il eft compofé, car il n’y a pas moyen de concevoir autrement vn corps rare. Mais parce que ces intervales ne peuvent étre vuides, ainſi que j’ay dit icy deſſus, qu’il y a neceſſairement quelques autres corps, un ou pluſieurs mélez parmy cét air, qui rempliſſent auſſi juſtement qu’il eſt poſſible, les petits intervales qu’il laiſſe entre ſes parties ; il ne reſte plus maintenant, qu’à conſiderer quels peuvent étre ces autres corps : & j’eſpere qu’il ne ſera pas apres mal-aiſé de comprendre, quelle eſt la nature de la Lumiere.


CHAP. V.

La reduction des quatre Elemens à trois, avéque leur explicationv & leur établiẞement.



LEs Philoſophes aſſurent qu’il y a au deſſus des nuées un certain air beaucoup plus ſubtil que le nôtre, & qui n’eſt pas compoſé des vapeurs de la Terre comme luy, mais qui fait un Element à part. Ils diſent auſſi qu’il y a au deſſus de cét air, encore un autre corps beaucoup plus ſubtil qu’ils appellent l’Element du Feu. Ils ajoûtent que ces deux Elemens ſont mêlez avec l’Eau & la Terre, en la compoſition de tous les corps inferieurs : ſi bien que je ne ſeray que ſuivre leur opinion, ſi je dis que cét Air plus ſubtil & cét Element du Feu, rempliſſent les intervales qui ſont entre les parties de l’air groſſier que nous reſpirons ; en ſorte que ces corps entre-lacez l’un dans l’autre, compoſent une maſſe qui eſt auſſi ſolide qu’aucun autre corps. Mais afin que je puiſſe mieux faire entendre ma conception ſur ce ſujet, & que vous ne penſiez pas que je veüille vous obliger à croire tout ce que les Philoſophes racontent des Elemens, il faut que je vous les décrive à ma façon. Ie conçoy le premier qu’on peut nommer l’Element du Feu, comme une liqueur la plus ſubtile & la plus penetrante qui ſoit au Monde. Et en ſuite de ce qui a été dit icy deſſus, touchant la nature des corps liquidès, je m’imagine que ſes parties ſont beaucoup plus petites, & ſe remuent beaucoup plus vîte, qu’aucune de celles des autres corps ; ou plûtoſt afin de n’eſtre pas contraint de recevoir aucun vuide en la Nature, je ne luy attribuë point de parties qui ayent aucune groſſeur ni figure determinée : mais je me perſuade que l’impetuoſité de ſon mouvement eſt ſuffiſante, pour faire qu’il ſoit diviſé en toutes façons & en tous ſens, par la rencontre des autres corps, & que ſes parties changent de figure à tous momens pour s’accomoder à celles des lieux où elles entrent : en ſorte qu’il n’y a jamais de paſſages ſi étroits, ni d’angles ſi petits entre les parties des autres corps, où celles de cét Element ne penetrent ſans aucune difficulté, & qu’elles ne rempliſſent exactement. Pour le ſecond qu’on peut prendre pour l’Element de l’Air, je le conçois bien auſſi comme vne liqueur tres-ſubtile, en le comparant avec le troiſiéme : mais pour le comparer avec le premier, il eſt beſoin d’attribuer quelque groſſeur & quelque figure à chacune de ſes parties, & de les imaginer à peu prés toutes rondes & jointes enſemble, ainſi que de grains de ſable ou de pouſſiere. En ſorte qu’elles ne ſe peuvent ſi bien agencer, ni tellement preſſer l’une contre l’autre, qu’il ne demeure toûjours autour d’elles pluſieurs petits intervales, dans leſquels il eſt bien plus aiſé au premier Element de ſe gliſſer, qu’à elles de changer de figure expreſſément pour les remplir. Et ainſi je me perſuade, que ce ſecond Element ne peut étre ſi pur en aucun endroit du Monde, qu’il n’y ait toûjours avec luy, quelque peu de la matiere du premier. Apres ces deux Elemens je n’en reçois plus qu’un troiſiéme, ſavoir celuy de la Terre, duquel je juge que les parties ſont d’autant plus groſſes & ſe remuent d’autant moins vîte, à comparaiſon de celles du ſecond, que font celles-cy à comparaiſon de celles du premier. Et même je croy que c’eſt aſſez de les concevoir comme une ou pluſieurs groſſes maſſes, dont les parties n’ont que fort peu ou point du tout de mouvement, qui leur faſſe changer de ſituation l’une à l’égard de l’autre. Que ſi vous treuvez étrange que pour expliquer ces Elemens, je ne me ſerve point des qualitez qu’on nomme Chaleur, Froideur, Humidité & Séchereſſe, ainſi que font les Philoſophes : Ie vous diray que ces qualitez me ſemblent avoir elles-mêmes beſoin d’explication, & que ſi je ne me trompe tant ces quatre que toutes les autres, & mêmes toutes les formes des corps inanimez peuvent étre expliquées, ſans qu’il ſoit beſoin de ſuppoſer pour cét effet aucune autre choſe en leur matiere, que le mouvement, la groſſeur, la figure, & l’arangement de ſes parties. En ſuite de quoy ie vous pourray facilement faire entendre, pourquoy je ne reçoy point d’autres Elemens, que les trois que i’ay décris ; car la différence qui doit étre entre eux, & les autres corps que les Philoſophes appellent miſtes ou mélez & composez, conſiſte en ce que les formes de ces corps mélez, contiennẽt toûjours en ſoy quelques qualitez que ſe contrarient & ſe nuiſent, ou du moins qui ne tendent point à la conſervation l’une de l’autre. Au lieu que les formes des Elemẽs doivent eſtre ſimples, & n’avoir aucunes qualitez, qui ne s’accordent enſemble ſi parfaitement, que chacune tende à la conſervation de toutes les autres. Or ie ne ſaurois treuver aucunes formes au monde qui ſoient telles, excepté les trois que i’ay décrites. Car celles que i’ay attribuée au premier Element, conſiſte en ce que ſes parties ſe remuent ſi extremement vîte, & ſont ſi petites, qu’il n’y a point d’autres corps capables de les arreſter : & qu’outre cela elles ne demandent aucune groſſeur, ni figure, ni ſituation déterminées : Celle du ſecond, en ce que ſes parties ont un mouvement & une groſſeur ſi mediocre, que s’il ſe treuve pluſieurs cauſes au Monde qui puiſſent augmenter leur mouvement & diminuer leur groſſeur, il s’en treuve iuſtement autant d’autres qui peuvent faire tout le contraire ; En ſorte qu’elles demeurent toûiours comme en balance en cette méme mediocrité. La forme du troiſiéme conſiſte en ce que ſes parties ſont ſi groſſes, ou tellement iointes enſemble, qu’elles ont la force de reſiſter touſiours aux mouvemens des autres corps. Examinez tant qu’il vous plaira toutes les formes que les divers mouvemens, la groſſeur, la figure, & l’arrangement des parties de la matiere peuvent donner aux corps mélez ; Et je m’aſſure que vous n’en trouverez aucune qui n’ait en ſoy des qualitez qui tendent à faire quelle ſe change, & en ſe changeant qu’elle ſe reduiſe à quelqu’une de celles des Elemens. Par exemple la flâme dont la forme demande d’avoir des parties qui ſe remuent tres-vîte, & qui ayent avec cela quelque groſſeur, ainſi qu’il a été dit, ne peut pas étre long temps ſans ſe corrompre. Car, ou la groſſeur de ſes parties leur donnant la force d’agir contre les autres corps, ſera cauſe de la diminution de leur mouvement, ou la violence de leur agitation les faiſant rompre en ſe heurtant contre les matieres qu’elles rencontrent, ſera cauſe de la perte de leur groſſeur : & ainſi elles pourront peu à peu ſe reduire à la forme du troiſiéme Element, ou à celle du ſecond, & meſme auſſi quelques-unes à celle du premier. En quoy vous pouvez connoiſtre la differance qui eſt entre cette flâme, ou le feu commun qui eſt parmy nous, & l’Element du Feu, que j’ay décrit. Et vous devez ſavoir que les Elemens de l’Air & de la Terre ne ſont point ſemblables non plus à cét air groſſier que nous reſpirons, ny à cette terre que nous voyons contre nos pieds ; mais generalement que tous les corps qui paroiſſent autour de nous, ſont mélez ou composez, & ſujets à corruption. Toutesfois il ne faut pas penſer pour cela, que les Elemens n’ayent aucuns lieux dans le mõnde qui leur ſoient particulierement deſtinez, & où ils ſe puiſſent continüellement conſerver en leur pureté naturelle. Mais au contraire, puiſque châque partie de la matiere tend toûjours à ſe reduire à quelques-unes de leurs formes, & qu’y étant une fois reduite elle ne tend jamais à la quitter, encore meſmes que Dieu n’eut creé au commancement que des corps mélez, neanmoins depuis le temps que le monde eſt, tous ces corps auroient eu loiſir de quitter leurs formes, & de prendre celle des Elemens. De ſorte que maintenant il y a grande apparance, que tous les corps qui ſont aſſez grands pour étre contez entre les plus notables parties de l’Vnivers, n’ont chacune la forme que de l’un des Elemens toute ſimple : & qu’il ne peut y avoir des corps mélez aillieurs, que ſur les ſuperficies de ces grands corps : Mais là il faut de neceſſité qu’il y en ait. Car les Elemens étans de nature fort contraire, il ne ſe peut faire que deux d’entr’eux s’entretouchent, ſans qu’ils agiſſent contre les ſuperficies l’un de l’autre, & donnent ainſi à la matiere qui y eſt, les diverſes formes de ces corps mélez. A propos de quoy ſi nous conſiderons generalement tous les corps dont l’Vnivers eſt compoſé, nous n’en trouverons que de trois ſortes qui puiſſent étre appellez grands, & contez entre les principales parties, ſavoir le Soleil & les Etoiles fixes pour la premiere, les Cieux pour la ſeconde, & la Terre avéque les Planetes & les Cometes pour la troiſiéme. C’eſt pourquoy nous avons grande raiſon de penſer que le Soleil & les Etoilles fixes n’ont autre forme que celle du premier Element toute pure, les Cieux celle du ſecond, & la Terre avéque les Planetes & les Cometes, celle du dernier. Ie joints les Planetes & les Cometes avec la Terre. Car voyant qu’elles reſiſtent comme elle à la Lumiere, & font refléchir ſes rayons, je n’y treuve point de differance. Ie joints auſſi le Soleil avec les Etoilles fixes, & leur atribuë une nature toute contraire à celle de la Terre. Car la ſeule action de leur lumiere me declare aſſez, que leurs corps ſont d’une matiere fort ſubtile & fort agitée. Pour les Cieux, puiſqu’ils ne peuvent étre apperceus par nos ſens, je penſe avoir raiſon de leur atribuer une nature moyenne, entre celle des corps lumineux dont nous ſentons l’action, & celle des corps durs & peſans dont nous ſentons la reſiſtance. Enfin nous n’apercevons point de corps mélez en aucun autre lieu que ſur la ſuperficie de la Terre, & ſi nous conſiderons que tout l’eſpace qui les contient, ſavoir tout celuy qui eſt depuis les nuées les plus hautes juſques aux foſſes les plus profondes, que l’avarice des hommes ait jamais creuſées pour en tirer les metaux, eſt extremément petit à comparaiſon de la Terre & des immenſes étenduës du Ciel, nous nous pourrons facilement imaginer que ces corps mélez ne ſont tous enſemble que comme une écorce qui eſt engendrée au deſſus de la Terre, par l’agitation & le mélange de la matiere du Ciel qui l’environne. Et ainſi nous aurons occaſion de penſer que ce n’eſt pas ſeulement dans l’Air que nous reſpirons, mais auſſi dans tous les autres corps composez juſques aux pierres les plus dures, & aux metaux les plus peſans qu’il y a des parties de l’Element de l’Air, mélez avec celles de la Terre, & par conſequent auſſi des parties de l’Element du Feu, parce qu’il s’en treuve toûjours dans les pores de celuy de l’Air. Mais il faut remarquer qu’encore qu’il y ait des parties de ces trois Elemens mélées l’une avec l’autre en tous ces corps, il n’y a toutefois, à proprement parler que celles qui, à cauſe de leur groſſeur ou de la difficulté qu’elles ont à ſe mouvoir, peuvent étre rapportées au troiſiéme, qui compoſe tous ceux que nous voyons autour de nous. Car celle des deux autres ſont ſi ſubtiles, qu’elles ne peuvent étre aperceuës de nos ſens. Et on ſe peut repreſenter tous ces corps ainſi que des éponges, dans léquelles encore qu’il y ait quantité de pores ou petis trous, qui ſont toûjours pleins d’air ou d’eau, ou de quelqu’autre ſemblable liqueur, on ne juge pas toutefois que ces liqueurs entrent en la compoſition de l’éponge. Il me reſte icy beaucoup d’autres choſes à expliquer, & je ſerois bien aiſe d’y adjoûter quelques raiſons pour rendre mes opinions plus vray ſemblables. Mais afin que la longueur de ce diſcours vous ſoit moins ennuyeuſe, j’en veux envelopper une partie dans une fable, au travers de laquelle j’eſpere que la verité ne laiſſera pas de paroître ſuffiſamment, & qu’elle ne ſera pas moins agreable à voir, que ſi je l’expoſois toute nuë.


CHAP. VI.

Deſcription d’un nouveau Monde, qui est tres-facile à connoître, mais ſemblable pourtant à celuy dans lequel nous ſommes, ou meſmes au cahos que les Poëtes ont feint l’avoir precedé.



PErmettez donc pour un peu de temps à vôtre penſée de ſortir hors de ce Monde, pour en venir voir un autre tout nouveau que je feray naître en ſa preſence, dans les eſpaces imaginaires. Les Philoſophes nous diſent que ces eſpaces ſont infinis, & ils en doivent bien étre crûs, car ce ſont eux mêmes qui les ont faits ; mais afin que cette infinité ne nous empeſche point, ne tâchons pas d’aller juſqu’au bout. Entrons y ſeulement ſi avant que nous puiſſions perdre de veuë toutes les creatures, que Dieu fît il y a cinq ou ſix mille ans, & apres nous étre arrétez là en quelque lieu determiné, ſuppoſons que Dieu crée de nouveau tout autour de nous tant de matiere, que de quelque côté que nôtre imagination ſe puiſſe étendre, elle n’y aperçoive plus aucun lieu qui ſoit vuide. Bien que la mer ne ſoit pas infinie, ceux qui ſont au milieu ſur quelque vaiſſeau, peuvent étendre leur veuë ce ſemble à l’infiny ; & toutesfois il y a encore de l’eau, par delà tout ce qu’ils voyent. Ainſi encore que nôtre imagination ſemble ſe pouvoir étendre à l’infiny, & que cette nouvelle matiere ne ſoit pas ſuppoſée étre infinie ; nous pouvons bien toutesfois ſuppoſer, qu’elle remplit des eſpaces beaucoup plus grands, que tous ceux que nous aurons imaginé. Et meſme afin qu’il n’y ait rien en tout cecy, en quoy vous puiſſiez treuver à redire, ne permettons pas à nôtre imagination de s’étendre ſi loin qu’elle pourroit. Mais retenons la tout à deſſein dans un eſpace determiné, qui ne ſoit pas plus grand par exemple, que la diſtance qui eſt depuis la Terre, juſques aux principales étoiles du Firmament : & ſuppoſons que la matiere que Dieu aura créée, s’étend bien loin au delà de tous côtez, juſques à une diſtance indefinie. Car il y a bien plus d’apparance, & nous avons bien mieux le pouvoir de preſcrire des bornes à l’action de nôtre penſée, que non pas aux œuvres de Dieu. Or puiſque nous prenons la liberté de feindre cette matiere à nôtre fantaiſie, atribuõs luy, s’il vous plaît, une nature en laquelle il n’y ait rien du tout que chacun ne puiſſe connoître auſſi parfaitemẽt qu’il eſt poſſible. Et pour cét effet ſuppoſons expreſſément qu’elle n’a point la forme de la Terre, ni du Feu, ni de l’Air, ni aucune autre plus particuliere, comme du bois, d’une pierre, ou d’un métal, non plus que les qualitez d’étre chaude ou froide, ſéche ou humide, legere ou peſante, ou d’avoir quelque goût, ou odeur, ou ſon, ou couleur, ou lumiere, ou autre ſemblable : en la nature de laquelle on puiſſe dire qu’il y ait quelque choſe, qui ne ſoit pas évidemmẽt connuë de tout le monde. Et ne penſons pas auſſi d’autre côté qu’elle ſoit cette matiere premiere des Philoſophes, qu’on a ſi bien dépoüillée de toutes ſes formes & qualitez, qu’il n’y eſt rien demeuré de reſte qui puiſſe étre clairement entendu : mais concevons la comme un vray corps parfaitement ſolide, qui remplit également toutes les largeurs, longueurs & profondeurs de ce grãd eſpace, au milieu duquel nous avons arreſté nôtre penſée ; en ſorte que chacune de ſes parties occupe toûjours une partie de cet eſpace, tellement proportionnée à ſa grandeur, qu’elle n’en ſauroit remplir une plus grande, ni ſe retirer à une moindre, ni ſouffrir que pendant qu’elle y demeure, quelqu’autre y treuve place. Adjoûtons que cette matiere peut étre diviſée en toutes les parties, & ſelon toutes les figures que nous pouvons imaginer, & que chacune de ſes parties eſt capable de recevoir en ſoy tous les mouvemens que nous pouvons auſſi imaginer. Suppoſons de plus que Dieu l’a diviſée veritablemẽt en pluſieurs telles parties, les unes plus groſſes, les autres plus petites ; les unes d’une figure, & les autres d’une autre, telles qu’il nous plaira de les feindre. Non pas qu’il les ſepare pour cela, en ſorte qu’elles ayent du vuide entre-deux ; mais penſons que toute la diſtinction qu’il y met, conſiſte en la diverſité des mouvemens qu’il leur donne, faiſant que depuis le premier inſtant qu’elles ſont creées, les unes commencent à ſe mouvoir d’un côté, les autres d’un autre ; les unes plus vîte, les autres plus lentement, ou ſi vous voulez, point du tout, & qu’elles continuënt apres, leur mouvement ſuivant les loix de la Nature. Car Dieu a ſi merveilleuſement établi ces Loix, qu’encore que nous ſuppoſions qu’il ne crée rien de plus que ce que i’ay dit, & même qu’il ne mette en cecy aucun ordre proportionné ; mais qu’il en compoſe vn cahos le plus confus & le plus embroüillé que les Poëtes puiſſent décrire, elles ſont ſuffiſantes pour faire que les parties de ce cahos ſe démélent d’elles-mêmes, & ſe diſpoſent en ſi bon ordre, qu’elles auront la forme d’un Monde tres-parfait, dans lequel on pourra voir non ſeulement de la Lumiere ; mais auſſi toutes les autres choſes, tant generales que particulieres, qui paroiſſent dans ce vray Monde. Mais avant que j’explique cecy plus au long, arreſtez-vous encore un peu à conſiderer ce cahos, & remarquez qu’il ne contient aucune choſe qui ne vous ſoit ſi parfaitement connuë, que vous ne ſçauriez pas meſme feindre de l’ignorer. Car pour les qualitez que j’y ay miſes, ſi vous y auez pris garde, ie les ay ſeulement ſuppoſées, telles que vous les pouviez imaginer. Et pour la matiere dont ie l’ay cõposé, il n’y a rien de plus ſimple, ni de plus facile à connoiſtre dans les creatures inanimées. Et ſon idée eſt tellement compriſe en toutes celles que nôtre imagination peut former, qu’il faut neceſſairement que vous la conceviez, ou que vous n’imaginiez jamais aucune choſe. Toutesfois parce que les Philoſophes ſont ſi ſubtils, qu’ils ſçavent trouver des difficultez dans les choſes qui ſemblent extremement claires aux autres hommes, & que le ſouvenir de leur matiere premiere qu’ils ſçavent eſtre aſſez mal-aiſée à concevoir, les pourroit divertir de la connoiſſance de celle dont ie parle ; Il faut que je leur diſe en cét endroit, que ſi je ne me trompe, toute la difficulté qu’ils éprouuent en la leur, ne vient que de ce qu’ils la veulent diſtinguer de ſa propre quantité & de ſon étenduë exterieure, c’eſt à dire de la proprieté qu’elle a d’occuper de l’eſpace : En quoi toutesfois je veux bien qu’ils croyent avoir raiſon, car je n’ai pas deſſein de m’arreſter à les contredire. Mais ils ne doivent pas auſſi trouver étrange, ſi je ſupoſe que la quantité de la matiere que j’ay décrite, ne differe non plus de ſa ſubſtance que le nombre fait des choſes nombrées, & ſi je conçois ſon étenduë ou la proprieté qu’elle a d’occuper de l’eſpace, non point comme un accident, mais comme ſa vraye forme & ſon eſſence : car ils ne ſçauroient nier qu’elle ne ſoit tres facile à concevoir en cette ſorte. Et mon deſſein n’eſt pas d’expliquer comme eux les choſes qui ſont en effet dans le vray monde ; mais ſeulement d’en feindre un à plaiſir, dans lequel il n’y ait rien, que le plus groſſier eſprit ne ſoit capable de concevoir, & qui puiſſe toutefois eſtre créé tout de meſme que je l’auray feint. Si j’y mettois la moindre choſe qui fût obſcure, il ſe pourroit faire que parmi cette obſcurité il y auroit quelque repugnance cachée, dont je ne me ſerois pas aperceu, & ainſi que ſans y penſer, je ſupposerois une choſe impoſſible, au lieu que pouvant diſtinctemẽt imaginer tout ce que j’y mets, il eſt indubitable qu’encore qu’il n’y ait rien de tel dans l’ancien monde, Dieu le peut toutesfois créer dans un nouveau. Car il eſt certain qu’il peut créer toutes les choſes, que nous pouvons jmaginer.


CHAP. VII.

Par quelles Lois & par quels moyens les parties de ce Monde ſe tireront d’elles mémes hors du cahos, & de la confuſion où elles étoient.



Mais je ne veux pas differer plus long temps à vous dire, par quel moyen la nature ſeule pourra déméler la confuſion du cahos dont j’ai parlé, & quelles ſont les Lois que Dieu luy a impoſées. Sachés donc, premièrement que par la Nature je n’entens point icy quelque Déeſſe ou quelque autre ſorte de puiſſance imaginaire : Mais que ie me ſers de ce mot pour ſignifier la matiere méme, en tant que je la conſidere avec les qualitez, que ie lui ay attribuées compriſes toutes enſemble, & ſous cette condition que Dieu continuë de la conſerver en la méme façon, qu’il l’a creée. Car de cela ſeul qu’il continuë ainſi de la conſerver, il ſuit de neceſſité, qu’il doit y avoir pluſieurs changemens en ſes parties, qui ne pouvant, ce me ſemble, être proprement attribuez à l’action de Dieu, parce qu’elle ne change point, ie les attribuë à la nature : Et les reigles ſuivant leſquelles ſe font ces changemens, ie les nomme les Loix de la Nature. Pour mieux entendre cecy, ſouvenez vous qu’entre les qualitez de la matiere, nous avons ſuppoſé que ſes parties avoient eu divers mouvemens, dés le commencement qu’elles ont eſté creées : Et outre cela qu’elles s’entre-touchoient toutes de tous coſtez, ſans qu’il y eût aucun vuide entre-deux. D’où il ſuit de neceſſité, que des lors en commançant à ſe mouvoir, elles ont commencé auſſi à changer & diverſifier leurs mouvemens par la rencontre l’une de l’autre. Et ainſi que ſi Dieu les conſerve aprés au meſme eſtat qu’il les a creées, il ne les conſerve pas au méme eſtat : C’eſt à dire que Dieu agiſſant toûjours en méme ſorte, & par conſequent produiſant toûjours le meſme effet en ſubſtance, il ſe treuve comme par accident pluſieurs diverſitez en cét effet. Et il eſt facile à croire que Dieu qui, comme chacun doit ſçavoir, eſt immuable, agit toûjours en meſme ſorte. Mais ſans m'engager plus avant dans des conſiderations Metaphyſiques, ie mettray icy deux ou trois des principales regles, ſuivant léquelles il faut penſer que Dieu fait agir la nature de ce nouveau Monde, & qui ſuffiront comme ie croy, pour vous faire connoître toutes les autres. La premiere eſt, Que châque partie de la matiere en particulier continuë toûjours d’être en un méme état, pendant que la rencontre des autres ne la contraint point de le changer. C’eſt à dire, que ſi elle a quelque groſſeur, elle ne deviendra jamais plus petite, ſinon que les autres la diviſent : Si elle eſt ronde ou quarrée, elle ne changera jamais cette figure, ſans que les autres l’y contraignent : Si elle eſt arrétée en quelque lieu, elle n’en partira jamais, que les autres ne l’en chaſſent : Et ſi elle a une fois commencé à ſe mouvoir elle continuera toûjours avec égalle force, juſques à ce que les autres l’arrétent ou la retardent. Il n’y a perſonne qui ne croye que cette méme Régle s’obſerve dans l’ancien monde touchant la groſſeur, la figure, le repos & mille autres choſes ſemblables. Mais les Philoſophes en ont excepté le Mouvement, qui eſt toutesfois ce que ie deſire le plus expreſſément y comprendre. Et ne penſez pas pour cela que j’aye deſſein de leur contredire, le mouvement dont ils parlent eſt ſi fort differant de celuy que j'y conçoy, qu'il ſe peut aiſément faire que ce qui eſt vray de l’un, ne le ſoit pas de l’autre. Ils advoüent eux meſmes que la nature du leur est fort peu connuë, & pour la rendre en quelque façon intelligible, ils ne l'ont encore ſeu expliquer plus clairement qu’en ces termes, Motus eſt actus entis in potentia, prout in potentia, léquels ſont pour moy ſi obſcurs, que je ſuis cõtraint de les laiſſer icy en leur langue, parce que ie ne les ſaurois interpreter.[1] Et au contraire la nature du mouvement duquel j’entens icy parler, eſt ſi facile à connoître, que les Geometres mémes, qui entre tous les hommes ſe ſont le plus eſtudié à concevoir bien diſtinctement les choſes qu'ils ont conſiderées, l’ont iugée plus ſimple & plus intelligible que celle de leurs ſuperficies, ni de leurs lignes ; ainſi qu'il paroît, en ce qu'ils ont expliqué la ligne par le mouvement d'un point, & la ſuperficie par celuy d'une ligne. Les Philoſophes ſuppoſent pluſieurs mouvemens qu'ils penſent pouvoir étre faits, ſans qu'aucun corps change de place, comme ceux qu'ils appellent, Motus ad formam, motus ad calorem, motus ad quantitatem,[2] & mille autres. Et moy ie n’en connois aucun, que celuy que les Geometres ont iugé plus aiſé à concevoir que leurs lignes, & qui fait que les corps paſſent d'un lieu à un autre, & occupent ſucceſſivement tous les eſpaces qui ſont entre-deux. Outre cela ils attribuënt au moindre de ces mouvemens, un étre beaucoup plus ſolide & plus veritable qu'ils ne font au repos, lequel ils diſent n’en étre que la privation. Et moy je conçois que le repos eſt auſſi bien une qualité qui doit eſtre attribuée à la matiere, pendant qu’elle demeure en une place, comme le mouvement en eſt une qui luy eſt attribuée, pendant qu’elle en change. Enfin le mouvement dont ils parlent, eſt d'une nature ſi étrange, qu'au lieu que toutes les autres choſes ont pour fin leur perfection, & ne tachent qu'à ſe conſerver ; il n’a point d'autre fin ni d'autre but que le repos, & contre toutes les Lois de la nature, il tâche ſoy-meſme à ſe détruire. Mais au contraire celuy que ie ſuppoſe, ſuit les meſmes Loix de la Nature, que font generalement toutes les diſpoſitiõs & toutes les qualitez qui ſe trouvent en la matiere : auſſi bien celles que les Doctes appellent, Modos & entia rationis cum fundamento in re,[3] comme leurs qualitez réelles, dans lèquelles, je confeſſe ingenûment ne trouver pas plus de realité que dans les autres. Ie ſuppoſe pour la ſeconde Régle, Que quãd un corps en pouſſe un autre, il ne luy peut donner aucun mouvement, qu’il n’en perde en meſme temps autant du ſien, ni luy en ôter que le ſien ne s'augmente d'autant. Cette Régle jointe avec la precedente ſe rapporte fort bien à toutes les experiances, dans lèquelles nous voyons qu'un corps commence ou ceſſe de ſe mouvoir, pour ce qu'il eſt pouſſé ou arrété par quelque autre. Car ayant ſuppoſé la precedante, nous ſommes exems de la peine où ſe trouvent les Doctes, quand ils veulent rendre raiſon de ce qu'une pierre continuë de ſe mouvoir, quelque temps apres étre hors de la main de celuy qui l’a jettée. Et on nous doit demander plûtoſt pourquoy elle ne continuë pas toûjours, dont la raiſon eſt facile à rendre. Car qui eſt-ce qui peut nier que l’air dans lequel elle ſe remuë, ne lui faſſe quelque reſiſtance ? On l’entend ſiffler lors qu’elle le diviſe, & ſi l'on y remuë dedans vn évantail ou quelque autre corps fort leger & fort étendu, on pourra mémes ſentir au pois de la main, qu'il en empéche le mouvement, bien loin de le continuër, ainſi que quelques-uns ont voulu dire. Mais ſi l'ont manque d'expliquer l’effet de ſa reſiſtance ſuivant noſtre ſeconde Regle, & que l'on penſe que plus un corps peut reſiſter, plus il ſoit capable d'arreſter le mouvement des autres, ainſi que peut-eſtre d'abord on ſe pourroit perſuader, on aura derechef bien de la peine à rendre raiſon pourquoy le mouvement de cette pierre s'amortit, plûtoſt en rencontrant un corps mol & dont la reſiſtance eſt mediocre, qu'il ne fait lors qu'elle en rencontre un plus dur, & qui luy reſiſte davantage : Et pourquoy ſi tôt qu’elle a fait un peu d'effort contre ce dernier, elle retourne incontinant, comme ſur ſes pas, plûtôt que de s'arréter ni d'interrompre ſon mouvement pour ſon ſujet. Au lieu que ſuppoſant cette Régle il n’y a point du tout en cecy de difficulté. Car elle nous aprend que le mouvement d'un corps n'eſt pas retardé par la rencontre d'un autre à proportion de ce que celuy-ci luy reſiſte, mais ſeulement, à proportion de ce que ſa reſiſtance en eſt ſurmontée, & qu'en luy obeïſſant il reçoit en ſoy la force de ſe mouvoir que l'autre quitte. Or encore qu’en la plus part des mouvemens que nous voyons dans le vray Monde, nous ne puiſſions pas apercevoir que les corps qui commencent ou ceſſent de ſe mouvoir, ſoient pouſſez ou arreſtez par quelques autres, nous n’avõs pas occaſion de juger pour cela que ces deux Regles n’y ſoiẽt pas exactement obſervées. Car il eſt certain que ces corps peuvent ſouvent récevoir leur agitatiõ des deux Elemens de l’Air & du Feu, qui ſe trouvent toûjours parmy eux, ſans y pouvoir étre ſentis, ainſi qu'il a tantoſt été dit, ou meſme de l’Air plus groſſier, qui ne peut non plus eſtre ſenty : Et qu’ils peuvent la transferer tantôt à cét Air plus groſſier, & tantôt à toute la maſſe de la Terre, en laquelle étant diſperſée, elle ne peut étre apperceuë. Mais encore que tout ce que nos ſens ont jamais experimenté dans le vray Monde, ſemblât manifeſtement étre contraire à ce qui eſt contenu dans ces deux Regles, la raiſon qui me les a enſeignées, me ſemble ſi forte, que je ne laiſſerois pas de penſer d'eſtre obligé de les ſuppoſer dans le nouveau, que ie vous décris. Car quel fondement plus ferme & plus ſolide pourroit-on trouver pour établir une verité, encore qu'on le voulût choiſir à ſouhait, que de prendre la fermeté méme, & l’immutabilité qui eſt en Dieu ? Or eſt il que ces deux Régles ſuivent manifeſtement de cela ſeul que Dieu eſt immuable, & qu’en agiſſant toûjours en méme ſorte, il produit toûjours le méme effet. Car ſuppoſant qu’il a mis certaines quantité de mouvement dãs toute la matiere en general, dés le premier inſtant qu'il l’a creée, il faut advoüer qu'il y en conſerve toûjours autant, ou ne pas croire qu’il agiſſe toûjours en meſme ſorte. Et ſuppoſant avec cela que dés ce premier inſtant les fiverſes parties de la matiere dans léquelles ces mouvemens ſe ſont trouuez inegalement diſperſez, ont commencé à les retenir, ou à les transferer de l’une à l’autre, ſelon qu'elles en ont pû avoir la force ; Il faut neceſſairement penſer qu'il leur fait toûjours continuer la méme choſe. Et c'eſt le contenu de ces deux Régles. I'adjoûteray pour la Troiſiéme, Que lors qu'un corps ſe remuë, encore que ſon mouvement ſe faſſe ſouvent en ligne courbe, & qu'il ne s'en puiſſe jamais faire aucun qui ne ſoit en quelque façon circulaire, ainſi qu'il a eſté dit icy deſſus : toutesfois chacune de ſes parties en particulier, tend toûjours à continuer le ſien en ligne droite. Et ainſi leur action, c'eſt à dire l’inclinatiõ qu'elles ont à ſe mouvoir, eſt differante de leur mouvement. Par exemple, ſi l'on fait tourner une rouë ſur ſon eſſieu, encore que toutes ſes parties aillent en rond, parce qu'étant jointes l’une à l'autre, elles ne ſauroient aller autrement : Toutesfois leur inclination eſt d'aller droit ; ainſi qu'il paroiſt clairement, ſi quelqu'une par hazard ſe détache des autres. Car auſſitôt qu’elle eſt en liberté, ſon mouvement ceſſe d'eſtre circulaire, & ſe continuë en ligne droite. De méme quand on fait tourner une pierre dans une frõde, non ſeulement elle va tout droit, auſſi toſt qu'elle en eſt ſortie : mais de plus pendant tout le temps qu’elle y eſt, elle preſſe le milieu de la fronde & fait tendre la corde, montrant évidemment par là qu’elle a toûjours inclination d'aller en droite ligne, & qu'elle ne va en rond que par contrainte. Cette Regle eſt appuyée ſur le méme fondement que les deux autres, & ne dépend que de ce que Dieu conſerve châque choſe par une action continuelle, & par conſequent qu'il ne la conſerve point telle qu’elle peut avoir eſté quelque temps auparauant : mais préciſément telle qu'elle eſt au méme inſtant, qu'il l’a conſerve. Or eſt-il que de tous les mouvemens il n'y en a que le droit qui ſoit entierement ſimple, & dont toute la nature ſoit compriſe en un inſtant. Car pour le concevoir il ſuffit de penſer qu'un corps eſt en action, pour ſe mouvoir vers certain côté, ce qui ſe trouve en châcun des inſtans qui peuvent eſtre determinés, pendant le temps qu'il ſe remuë : Au lieu que pour concevoir le circulaire, ou quelqu'autre que ce puiſſe étre, il faut au moins conſiderer deux de ſes inſtans, ou plûtôt deux de ſes parties, & le rapport qui eſt entre elles. Mais afin que les Philoſophes ne prennent pas icy occaſion d'exercer leurs ſubtilitez ſuperfluës, remarquez que je ne dis pas pour cela que le mouvement droit ſe puiſſe faire en un inſtant : Mais ſeulement que tout ce qui eſt neceſſaire pour le produire, ſe treuve dans les corps en châque inſtant qui puiſſe étre determiné, pendant qu'ils ſe remuënt, & non pas tout ce qui eſt neceſſaire pour produire le circulaire. Comme, ſi une pierre ſe remuë dans une fronde, ſuivant le cercle marqué, A.B.

Et que vous la conſideriez preciſément telle qu’elle eſt en l’inſtant qu’elle arrive au point A, vous treuvez bien qu’elle eſt en action pour ſe mouvoir, car elle ne s'y arréte pas, & pour ſe mouvoir vers certains côtez, ſavoir vers C, car c'eſt vers là que ſon action eſt determinée en cét inſtant : Mais vous n'y ſauriez rien treuver, qui faſſe que ſon mouvement ſoit circulaire. Si bien que ſuppoſant qu’elle commence pour lors à ſortir de la fronde, & que Dieu continuë de la conſerver telle qu’elle y eſt, il eſt certain qu'il ne la conſervera point avéque l'inclination d'aller circulairement, ſuivant la ligne, A & B. Mais avec celle d'aller tout droit vers le point C. Suivant donc cette Régle, il faut dire que Dieu ſeul eſt Auteur de tous les mouvemens entant qu'ils ſont, & entant qu’ils ſont droits, mais que ce ſont les diverſes diſpoſitions de la matiere Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/120 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/121 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/122 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/123 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/124 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/125 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/126 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/127 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/128 rompiſſent et se diviſaſſent, afin de pouvoir paſſer par les mémes lieux que celles qui les precedoiẽt, ou bien qu’elles montaſſent plus haut : & ainſi elles ſe ſont arrangées en peu de temps toutes par ordre, en telle ſorte que châcune s’eſt treuvée plus ou moins éloignée du centre, au tour duquel elle a pris ſon cours, ſelon qu’elle a êté plus ou moins groſſe & agitée, à comparaiſon des autres. Et mémes parce que la groſſeur repugne toûjours à la viteſſe du mouvement, on doit penſer que les plus éloignées de châque centre ont êté celles qui étant un peu plus petites que les plus proches, ont êté avec cela de beaucoup plus agitées. Tout de méme Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/130 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/131 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/132 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/133 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/134 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/135 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/136 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/137 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/138 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/139 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/140 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/141 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/142 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/143 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/144 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/145 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/146 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/147 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/148 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/149 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/150 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/151 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/152 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/153 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/154 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/155 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/156 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/157 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/158 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/159 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/160 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/161 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/162 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/163 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/164 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/165 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/166 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/167 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/168 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/169 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/170 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/171 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/172 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/173 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/174 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/175 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/176 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/177 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/178 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/179 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/180 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/181 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/182 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/183 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/184 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/185 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/186 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/187 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/188 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/189 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/190 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/191 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/192 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/193 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/194 Chapitre XII. 175 9 vous parle d'un certain mouve- i ment de toute la masse quieftpro- t duit par la prefence de la Lune3 & fit de quelques particularitezqui en P» dependent. Voyez à cet effet la a Lune par exemple vers B.où vous Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/196 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/197 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/198 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/199 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/200 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/201 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/202 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/203 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/204 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/205 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/206 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/207 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/208 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/209 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/210 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/211 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/212 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/213 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/214 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/215 Page:Descartes - Le Monde, éd. 1664.djvu/216 Page:Descartes - 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  1. Ces mots, le mouvement eſt l'acte d'une étre en puiſſance, entant qu'il eſt en puiſſance, ne ſont pas plus clairs, pour étre François.
  2. Mouvement à la forme, mouvement à la chaleur, mouvement à la quantité.
  3. Des modes & des étres de raiſon avec fondement dans la choſe.