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On remarque au no 1 l’ancien hôtel de Sens. Le siège ecclésiastique de Paris n’était qu’un évêché dépendant de l’archevêché métropolitain de Sens ; les communications entre le haut clergé de cette ville et celui de la capitale durent être, pour ainsi dire, journalières. Étienne Bécard, archevêque de Sens, acheta, au commencement du XIVe siècle une maison sur le quai des Célestins et la légua par testament à ses successeurs. Cette maison, dans la suite, fut cédée à Charles V et servit, ainsi que plusieurs autres habitations, à former son hôtel royal de Saint-Paul. En échange de la maison abandonnée par l’archevêque, le roi donna à ce prélat l’hôtel d’Hestoménil, situé au coin de la rue du Figuier. Cet hôtel prit alors le nom d’hôtel de Sens, qu’il conserve encore aujourd’hui. Ce vieux manoir fut reconstruit au commencement du XVIe siècle, par l’archevêque Tristan de Salazar. Il servit dans la suite d’habitation à plusieurs prélats illustres, tels que l’archevêque Duprat, chancelier et premier ministre ; Louis de Bourbon, prince de la famille royale ; Louis de Guise, cardinal de Lorraine ; Jean Bertrandi, garde-des-sceaux, etc. Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, y résida plusieurs années. Les échos qui longtemps avaient répété les pieux cantiques des anciens archevêques, redisaient aux passants les refrains joyeux improvisés par la spirituelle Marguerite pour plaire à ses nombreux amants. Le jésuite Le Moine a composé l’épitaphe de cette princesse. Nous rapportons ici cette pièce de poésie qui nous a paru empreinte de grandeur et d’élégance.

Cette brillante fleur de l’arbre des Valois
En qui mourut le nom de tant de puissants rois,
Marguerite, pour qui tant de lauriers fleurirent,
Pour qui tant de bouquets chez les Muses se firent,
Vit bouquets et lauriers sur sa tête sécher !
Vit par un coup fatal, les lys s’en détacher
Et le cercle royal dont l’avait couronnée
En tumulte et sans ordre un trop prompt hyménée
Rompu du même coup devant ses pieds tombant,
La laissa comme un tronc dégradé par le vent.
Épouse sans époux et reine sans royaume,
Vaine ombre du passé, grand et noble fantôme,
Elle traina depuis les restes de son sort
Et vit jusqu’à son nom mourir avant sa mort. »

L’hôtel de Sens perdit plus tard de sa splendeur. En 1622, l’évêché de Paris fut érigé en archevêché, en faveur de Jean-François de Gondy. Alors les archevêques de Sens, dépouillés de leur autorité sur le clergé parisien, cessèrent peu à peu de résider dans la capitale. Leur hôtel fut alors aliéné. Il appartenait avant la révolution à l’archevêché de Paris. Devenu, en 1790, propriété nationale, il fut vendu le 1er ventôse an V.

En 1842, on a construit une maison sur les dépendances de cet hôtel. La façade, curieux débris de l’architecture du XVIe siècle, vient d’être dégradée par la brosse du badigeonneur, et sur la porte d’entrée de l’antique manoir des archevêques de Sens, on lit ces deux mots : Roulage général.


Filles-Dieu (impasse des).

Située boulevart Bonne-Nouvelle, entre les nos 20 et 24. Le dernier impair est 5 ; pas de numéro pair. Sa longueur est de 63 m. — 3e arrondissement, quartier du Faubourg-Poissonnière.

Elle a été formée vers 1650, sur l’emplacement qui faisait anciennement partie du faubourg dit la Ville-Neuve. Ce faubourg avait été détruit par ordre du duc de Mayenne, lors du siège de Paris par Henri IV. Cette impasse a porté le nom de ruelle Couvreuse. Sa dénomination actuelle nous rappelle l’ancien enclos du couvent des Filles-Dieu, que ces religieuses abandonnèrent pour se mettre à l’abri dans la capitale, lorsque le régent, depuis Charles V, commença les fortifications de Paris, après la malheureuse bataille de Poitiers. — Une décision ministérielle du 1er avril 1808, signée Cretet, fixa la largeur de cette impasse à 7 m. Cette dimension a été portée à 8 m. en vertu d’une ordonnance royale du 15 mai 1832. Depuis cette époque jusqu’en 1836, l’impasse des Filles-Dieu a été complètement élargie, et les constructions riveraines sont toutes à l’alignement. — Éclairage au gaz (compe Française).


Filles-Dieu (rue des).

Commence à la rue Saint-Denis, nos 337 et 339 ; finit à la rue de Bourbon-Villeneuve, nos 26 et 28. Le dernier impair est 37 ; le dernier pair, 22. Sa longueur est de 170 m. — 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle.

En 1520, le côté méridional de cette rue était bâti. Le censier de l’archevêché, de 1530, la nomme rue Neuve-de-l’Ursine ou des Filles-Dieu. Elle tirait cette dernière dénomination de sa proximité du couvent des religieuses Filles-Dieu. — Une décision ministérielle à la date du 23 brumaire an VIII, signée Quinette, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 21 juin 1826, cette largeur est portée à 10 m. Les constructions riveraines sont soumises à un fort retranchement. — Conduite d’eau depuis la rue Saint-Denis jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Française).


Fils (rue des Quatre-).

Commence à la rue Vieille-du-Temple, nos 91 et 93 ; finit aux rues du Chaume, no 12, et du Grand-Chantier, no 2. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 24. Sa longueur est de 224 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

Elle est nommée dans les anciens actes rue de l’Échelle-du-Temple (c’était aussi la dénomination affectée à la rue des Vieilles-Haudriettes dont elle fait le prolongement). En 1358, c’était la rue des Deux-Portes. Peu de temps après, une enseigne des Quatre-Fils-Aymon lui fit donner ce nom, qui fut abrégé dans la suite. Le ministre de l’intérieur, Laplace, approuva le 23 frimaire an VIII un alignement qui fixait à 10 m. la moindre largeur de cette voie publique. Une ordonnance royale du 12 juillet 1837 a porté sa largeur à 12 m. Les maisons nos 2, 4 et 14 sont alignées ; le surplus de ce côté n’est soumis qu’à un très faible retranchement ; les constructions du côté des numéros impairs devront reculer de 3 m. 40 c. à 4 m. — Conduite d’eau depuis la rue du Chaume jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Finances (ministère des).

Situé dans la rue de Rivoli. — 1er arrondissement, quartier des Tuileries.

« Au palais de Trianon, le 26 août 1811. — Napoléon empereur, etc… Nous avons décrété et décrétons ce qui suit — Article 1er. Il sera construit un nouvel hôtel des Postes sur le terrain situé entre les rues de Rivoli, Neuve-du-Luxembourg, du Mont-Thabor et de Castiglione. — Art. 2e. Les dispositions générales du projet de l’hôtel des Postes, indiquées dans les plans annexés au présent décret, sont approuvées. — Art. 3e. Les plans détaillés et les devis estimatifs seront soumis à notre ministre de l’intérieur, avant le 1er octobre prochain. Les portions de terrains qui ont pu être aliénées sur l’emplacement affecté au nouvel hôtel des Postes, seront acquises pour cause d’utilité publique. — Art. 4e. Le dit hôtel sera construit en trois ans, etc… Signé Napoléon. » Les constructions furent commencées en 1811, sous la direction de M. Bénard, architecte. En 1822, le projet d’établir la poste en cet endroit fut abandonné ; on résolut alors d’y transférer le ministère des finances et le trésor royal, qui occupaient deux vastes hôtels dans la rue Vivienne. Les constructions ont coûté environ 10,400,000 francs. — Les principales attributions du ministère des finances sont : l’administration des revenus publics, de la dette inscrite et des monnaies, la comptabilité des finances et de l’État, le règlement du budget général de chaque exercice, la présentation au roi et aux chambres de tous les projets de loi sur les finances, l’assiette, répartition et perception des impôts directs et indirects, l’exploitation des domaines et des bois, des postes et des tabacs, etc. ; la vérification de la fabrication et du titre des monnaies, les inscriptions de rentes, pensions et cautionnements, etc.


Fléchier (rue).

Commence à la rue Ollivier, no 6 ; finit à la rue du Faubourg-Montmartre, no 77. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par l’église Notre-Dame-de-Lorette. Le dernier pair est 4. Sa longueur est de 68 m — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Cette rue a été ouverte conformément à l’ordonnance royale du 21 juillet 1824, relative aux abords de l’église Notre-Dame-de-Lorette. Sa largeur est de 10 m. ; toutes les constructions riveraines sont alignées. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (comp. Anglaise).

Fléchier (Esprit), naquit le 10 juin 1632, à Pernes, petite ville du diocèse de Carpentras. Il fut successivement évêque de Lavaur et de Nîmes, et mourut à Montpellier le 16 février 1710.


Fleurs (rue du Marché-aux-).

Commence à la rue de la Pelleterie, nos 13 et 15 ; finit à la rue de la Vieille-Draperie, nos 20 et 26. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 47 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

Cette rue a été ouverte sur une partie de l’emplacement de l’église Saint-Pierre-des-Arcis, dont nous traçons ici l’origine. Elle fut fondée en 926, par Theudon, vicomte de Paris, sur le terrain d’une chapelle ruinée, qui portait aussi le nom de Saint-Pierre. L’origine de cette église est très peu connue, son surnom a exercé sans succès la sagacité des savants. Une bulle d’Innocent II la désigne ainsi : Ecclesia Sancti Petri de Arsionibus. Elle fut érigée en paroisse en 1130. On reconstruisit son bâtiment en 1424, et son portail en 1711, sur les dessins de Lachenu. Supprimée en 1790, l’église Saint-Pierre-des-Arcis devint propriété nationale, et servit quelque temps de dépôt de cloches destinées à la fabrication de la monnaie de cuivre. Les bâtiments furent vendus par l’État, le 13 ventôse an V, à la charge par l’acquéreur de démolir et de donner passage à la rue projetée la première réquisition de l’administration qui en sera chargée, le tout sans indemnité. — En vertu d’une décision ministérielle du 13 brumaire an X, signée Chaptal, la largeur de ce percement fut fixée à 10 m. Exécutée en 1812, cette voie publique a reçu le nom de rue du Marché-aux-Fleurs. Toutes les constructions riveraines sont alignées. — Conduite d’eau.


Fleurs en la Cité (Marché-aux-).

Situé entre le quai Desaix et la rue de la Pelleterie. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

« Au palais impérial des Tuileries, le 21 janvier 1808. — Napoléon, etc… Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 1er. L’arrêté du gouvernement du 29 vendémiaire an XII, portant que le terrain vague bordant le nouveau quai Desaix sera vendu, à la charge d’y élever des constructions, est rapporté. — Art. 2e. Le terrain est cédé et abandonné à la ville de Paris, pour y transférer le marché aux fleurs et arbustes qui se tient maintenant sur le quai de la Mégisserie, à la charge par elle d’indemniser, s’il y a lieu et à dire d’experts, les sieurs Phalary et Balzac des portions du d. terrain dont ils se prétendent propriétaires, et en outre d’exécuter à ses frais toutes les dispositions nécessaires pour l’établissement du marché, lequel sera tenu à ciel découvert. — Art. 3e. L’ensemble du terrain énoncé aux articles précédents, se trouvera divisé en deux parties perpendiculairement au quai Desaix par la nouvelle rue projetée et déjà commencée à l’extrémité de l’ancien théâtre de la Cité, et devant déboucher au Marché-Neuf. Le Marché-aux-Fleurs sera circonscrit par des bornes isolées qui le sépareront tant du d. quai Desaix et de la rue de la Pelleterie que des rues de la Juiverie et de la Barillerie. Il sera planté des arbres, le tout suivant le plan qui sera arrêté par le ministre de l’intérieur. Signé Napoléon. » Ce marché a été inauguré le mercredi 16 août 1809, conformément à une ordonnance de police du 5 du même mois. Il tient les mercredi et samedi de chaque semaine. Deux bassins ornent ce marché dont l’emplacement occupe une superficie de 2,571 m.

En 1840, 41, 42 et 43, l’administration a fait reconstruire les deux bassins avec branchement d’égout, poser des bordures en granit autour du marché, un dallage en bitume, etc. La dépense occasionnée par ces améliorations s’est élevée à 66,023 fr. 89 c.

En 1842, le Marché-aux-Fleurs a produit à la ville 12,912 fr. 80.

Une délibération du conseil municipal du 29 janvier 1836, approuvée par le ministre de l’intérieur, le 28 mars suivant, a autorisé le stationnement dés pépiniéristes et maraîchers sur le quai Napoléon.


Fleurs (Madeleine) (Marché-aux-).

Situé sur la place de la Madeleine. — 1er arrondissement, quartier de la place Vendôme.

Ce marché n’est décoré d’aucune construction. Il a été créé en vertu d’une décision du ministre du commerce et des travaux publics, à la date du 28 août 1832. Son inauguration a eu lieu le 2 mai 1834, conformément à une ordonnance de police du 24 avril précédent. Il tient les mardi et vendredi.


Fleurs Saint-Martin (Marché-aux-).

Situé sur le boulevard Saint-Martin, près du Château d’Eau — 5e arrondissement, quartier de la Porte-Saint-Martin.

Ce marché, qui n’est décoré d’aucune construction, a été créé par une décision du ministre du commerce et des travaux publics, en date du 30 juin 1835. Il a été ouvert le 14 avril 1836, en vertu d’une ordonnance de police du 7 du même mois. Il ne tenait que le jeudi de chaque semaine, mais sur la réclamation du commerce, le ministre a décidé, le 15 juillet 1836, que la vente des fleurs aurait également lieu tous les lundis.


Fleurus (rue de).

Commence à l’une des grilles du jardin du Luxembourg ; finit à la rue Notre-Dame-des-Champs, nos 3 et 5. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 22. Sa longueur est de 374 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Il existait autrefois dans la rue Notre-Dame-des-Champs une impasse portant le même nom que cette voie publique. Elle occupait une étendue de 104 m. Vers 1780, cette impasse fut prolongée sur les terrains dépendant du jardin du Luxembourg et appartenant alors à S. A. R. Monsieur. En 1797, on y construisit des maisons. À l’occasion de ce prolongement l’administration municipale du 11e arrondissement présenta une pétition aux administrateurs du département au sujet de la dénomination de la nouvelle voie publique. Cette pièce est ainsi conçue : — « 8 ventôse an VI de la république. Citoyens, il y avait près de la rue Notre-Dame-des-Champs, division du Luxembourg, un cul-de-sac qui portait le nom de cette rue. Ce cul-de-sac prétendu vient d’être ouvert, ainsi il a été transformé en rue, il ne peut plus porter le nom de cul-de-sac. Beaucoup d’autres raisons militent pour le débaptiser, indépendamment de celles qu’alléguait Voltaire contre les culs-de-sac en général, lorsqu’il disait que dans les culs-de-sac il n’y avait ni cul ni sac et qu’il fallait les appeler impasses. Il est certain que la dénomination du cul-de-sac Notre-Dame-des-Champs est extrêmement longue puisqu’elle renferme sept mots et qu’il faut, autant qu’on peut, ne pas multiplier les êtres sans nécessité et simplifier même les noms de rues pour faciliter aux étrangers et même aux citoyens les moyens de retenir les adresses, parce qu’il vaut mieux dire beaucoup en peu de mots que de dire peu en beaucoup de paroles. Nous avons appris, citoyens, que feu Loustalot avait longtemps habité dans le prétendu cul-de-sac Notre-Dame-des-Champs. Loustalot joignait les lumières au patriotisme ; il est mort martyr de son zèle pour la liberté. Ne croyez-vous pas, citoyens administrateurs, que pour venger et honorer en même temps la mémoire de Loustalot, on pourrait donner son nom au cul-de-sac Notre-Dame-des-Champs ; c’est le vœu des habitans de ce cul-de-sac et de ceux même de toute la division et des divisions voisines ; en supprimant d’ailleurs le nom de Notre-Dame, vous détruisez une dénomination féodale, religieuse, qui ne doit plus exister parmi les républicains, et vous éclaircieriez bien des malentendus qui naissent d’une dénomination trop longue et trop embrouillée. Si le nom de Loustalot ne vous convenait pas, citoyens, quoique le nom soit harmonieux et sonore, il est tant d’autres martyrs de la liberté, qui ne sont plus et qui ont des droits à notre reconnaissance et à nos hommages !… Choisissez celui qui vous plaira le plus, mais au moins débaptisez notre cul-de-sac qui n’est plus un cul-de-sac. Votre amour pour la vérité et votre patriotisme l’exigent ; ils nous sont de surs garants que vous ne rejetterez point notre demande. Salut et fraternité. » Suivent les signatures. Malgré toute son harmonie, le nom de Loustalot ne fut pas accepté. — « Administration centrale, séance du 12 floréal an VI. L’administration centrale du département, lecture faite de la lettre de l’administration municipale du 11e arrondissement de Paris, en date du 8 ventôse dernier et du rapport de l’inspecteur général de la voirie, relativement à la dénomination d’un cul-de-sac situé près la rue Notre-Dame-des-Champs, qui portait le nom de cette rue et qui vient d’être ouvert, en sorte qu’il y aurait deux rues du même nom dans un même quartier, si l’on n’en changeait la dénomination. Ouï le le commissaire du directoire exécutif. — Arrête que la rue nouvellement ouverte en prolongement du ci-devant cul-de-sac Notre-Dame-des-Champs, prendra le nom de rue de Fleurus. » Cette dénomination rappelle la célèbre bataille gagnée par le général Jourdan le 26 juin 1794. — Une décision ministérielle du 13 brumaire an X, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 21 juillet 1843, ont fixé à 13 m. la largeur de la rue de Fleurus, pour la partie comprise entre le Luxembourg et la rue de l’Ouest, et à 10 m. pour le surplus. Les constructions de 1 à 11 inclusivement, 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, et second no 12, sont alignées. La propriété no 12 bis n’est soumise qu’à un léger redressement ; les autres immeubles devront subir un retranchement de 2 m. 10 c. environ. — Conduite d’eau.


Flore (passage de).

Commence à la rue de la Pelleterie, nos 19 ; finit à la rue de la Vieille-Draperie, no 30. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

La propriété que traverse ce passage, a été bâtie sur une partie de l’emplacement de l’église royale et paroissiale de Saint-Barthélemy. Une chapelle était déjà bâtie en cet endroit à la fin du Ve siècle, et portait le nom de Saint-Barthélemy. Vers 965 Hugues-Capet fit agrandir cette chapelle, qui devint en 1138 paroisse royale. Les bâtiments de cette église furent restaurés en 1730 et 1736 ; malgré ces réparations, le roi en 1772 ordonna qu’elle serait entièrement reconstruite. Le portail était déjà terminé, lorsque la révolution vint en arrêter les travaux. Devenue propriété nationale, elle fut vendue le 12 novembre 1791. Sur son emplacement on établit peu de temps après le théâtre de la Cité, et l’on forma deux passages dont l’un prit la dénomination de passage de Flore. Au théâtre de la Cité succéda la salle dite des Veillées, puis des Francs-Maçons s’y réunirent. Maintenant elle est occupée par un bal public connu sous le nom du Prado.


Florentin (rue de Saint-).

Commence à la place de la Concorde, no 2, et à la rue de Rivoli, no 58 ; finit à la rue Saint-Honoré, nos 377 et 379. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 165 m. — 1er arrondissement, quartier des Tuileries.

À l’endroit où s’élèvent aujourd’hui les magnifiques hôtels de la rue Saint-Florentin, on voyait en 1640 une misérable impasse dont les chétives maisons servaient d’abris aux orangers du jardin des Tuileries.

Une partie de cette impasse, nommée cul-de-sac de l’Orangerie, appartenait en 1730 au roi Louis XV, l’autre portion était la propriété de Samuel Bernard, de ce riche banquier qui avait vu tous les grands de la cour défiler dans ses antichambres, et ramasser les pièces d’or qui tombaient de sa corne d’abondance. Un beau matin Samuel Bernard se réveilla chevalier de l’ordre de Saint-Michel, comte de Coubert, seigneur de Vitry, Cuignes et autres lieux, conseiller, secrétaire du roi et de ses finances.

Le gentilhomme de fraîche date mourait à Paris le 18 janvier 1739 à l’âge de 88 ans, et laissait une fortune qui dépassait quarante millions.

Le lendemain, le premier ministre du roi, le cardinal de Fleury écrivait la lettre suivante aux deux fils de Samuel Bernard.

« Quoique l’on dût s’attendre, Messieurs, à la perte que vous venez de faire, je ne laisse pas d’en être fort touché, et de partager bien sincèrement votre douleur. Vous connaissez l’estime particulière que je faisais de M. Bernard, votre père, et la justice que je lui ai toujours rendue auprès du roi sur son attachement pour l’État. Je ne puis que vous exhorter à honorer sa mémoire par les mêmes sentiments. Vous ne pouvez en donner une meilleure marque qu’en suivant son exemple, et en conservant entre vous la plus parfaite union. Je serai fort aise d’avoir des occasions de vous témoigner l’intérêt que je prends à tout ce qui regarde sa famille, et à vous donner des preuves, Messieurs, de la considération particulière que je conserve pour tous ceux qui la composent. »

Voyez la considération que donne la fortune, puisqu’un premier ministre à fait une pareille lettre.

Nous rencontrerons bientôt, en traversant ce terrain, des illustrations d’un autre genre, et peut-être regretterons-nous le financier Samuel Bernard ; mais avant il nous faut enregistrer la transformation que subit l’impasse de l’Orangerie.

Par lettres-patentes du 21 juin 1757, le roi fit don aux prévôt des marchands et échevins de la partie de l’impasse de l’Orangerie qui lui appartenait ; afin d’y établir les bâtiments en arrière-corps sur la place Louis XV, dont la formation était prescrite par les mêmes lettres-patentes. D’après le plan approuvé, le cul-de-sac de l’Orangerie devait être converti en une rue, et prendre le nom de Bourgogne. Il fut également ordonné que les constructions auraient des façades symétriques dans toute la longueur de la rue. Cette dernière disposition fut annulée par de nouvelles lettres-patentes du 30 octobre 1758, et cette voie publique reçut en vertu d’un arrêt du conseil d’État du roi, en date du 11 mars 1768, le nom de rue de Saint-Florentin.

Elle devait ce nouveau baptême à son excellence le ministre Phélypeaux, duc de Lavrillière et comte de Saint-Florentin, qui avait fait construire un magnifique hôtel dans cette rue. Un plaisant interprète des sentiments dû peuple composa, du vivant du noble duc, cette épitaphe :

Ci-git un petit homme, à l’air assez commun,
Ayant porté trois noms et n’en laissant aucun.

Cette habitation a changé de maître. Elle abrite un grand d’Espagne de première classe, le duc de l’Infantado. Avec quelle noblesse indolente il descend les degrés de son hôtel. Son front semble porter la trace de toutes les douleurs humaines. Le noble castillan va quitter la France, car la république a déclaré la guerre à l’Espagne. La révolution ne perd pas de temps. Pour tenir tête à l’Europe, il lui faut de l’argent, de la poudre et du fer. L’hôtel de l’Infantado lui convient, elle le prend et le transforme en magasin de salpêtre.

Vingt et un ans après nous retrouvons cette habitation bien restaurée, bien parfumée. Au dessus de la porte, sont gravés ces mots : hôtel de Talleyrand-Périgord.

Dans ses salons dorés, on aperçoit des empereurs, des rois, des princes, des espions et des traîtres qui cherchent à se tailler des habits d’emprunt dans l’immense et magnifique pourpre impériale. L’aigle de la France va mourir, et chaque personnage se presse, se heurte pour arracher plus vite une plume à l’oiseau des batailles. Sur le premier plan on voit un diplomate français qui s’apprête en souriant à lui porter le coup de grâce. La figure de cet homme semble avoir emprunté aux traditions du paganisme les deux faces symboliques de Janus, l’une pour regarder le passé, l’autre pour considérer l’avenir. Il boîte comme le spirituel démon de Lesage, et cependant il reste debout après tous les désastres. Sur son manteau d’arlequin on lit ces mots : évêque-législateur, royaliste-révolutionnaire, républicain-émigré, ministre-impérial. Mêlé à de grands événements, ce diplomate avec tout son esprit ne pouvait faire que des choses petites et misérables : le citoyen s’était évanoui…

Mais hâtons-nous d’indiquer l’état présent de la rue de Saint-Florentin, rien ne lui manque aujourd’hui. Elle est éclairée au gaz. Ses propriétés sont alignées en vertu d’une décision ministérielle du 22 prairial an V et d’une ordonnance royale du 24 août 1833, qui avaient fixé sa moindre largeur à 12 m. 40 c.


Foin-au-Marais (rue du).

Commence à la rue de la Chaussée-des-Minimes, nos 1 et 3 ; finit à la rue Saint-Louis, nos 8 et 8 bis. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 101 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

Cette rue a été ouverte en 1597, sur un terrain en pâturages qui faisait autrefois partie du parc des Tournelles. Exécutée sur une largeur de 7 m., elle se prolongeait jusqu’au couvent des Hospitalières. Cette partie a pris le nom d’impasse des Hospitalières. — Une décision ministérielle du 3 thermidor an IX, signée Chaptal, maintint la largeur primitive qui a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 8 juin 1834. Une partie de la propriété no 3 est alignée. Toutes les autres constructions devront reculer de 1 m. 50 c. — Égout du côté de la rue Saint-Louis — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Foin-Saint-Jacques (caserne de la rue du).

Située au no 14. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

C’était autrefois le collége de maître Gervais, dit aussi de Notre-Dame de Bayeux. Il fut fondé en 1370, par maître Gervais-Chrétien, souverain médecin et astrologue du roi Charles V, dit Simon de Phares, dans son catalogue des principaux astrologues de France. Le roi fit bâtir ce collège à ses frais, le dota et voulut, par respect pour son médecin, qu’il portât le nom de maître Gervais. Le pape Urbain V confirma cette fondation. Les boursiers de ce collége étaient qualifiés de boursiers du roi. En 1545, Jacques Tournebu, principal, fut assassiné par Raoul Lequin d’Archerie, greffier de la prévôté de Saint-Quentin. Le 19 novembre de cette année, le parlement rendit une sentence portant que le coupable aurait le poing coupé et serait pendu à la place Maubert. En 1699, deux docteurs de la Sorbonne vinrent diriger ce collége qui, en 1763, fut réuni à l’Université. — Un décret impérial du 3 thermidor an XIII affecta les anciens bâtiments du collége de maître Gervais à une caserne d’infanterie.


Foin-Saint-Jacques (rue du).

Commence à la rue Saint-Jacques, nos 48 et 52 ; finit à la rue de la Harpe, nos 53 et 55. Le dernier impair est 27 ; le dernier pair, 30. Sa longueur est de 171 m. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

Guillot, dans son dit des rues de Paris, la désigne sous le nom de rue O Fain. En 1332 on la nommait de la Fennerie, à la fin du XIVe siècle c’était la rue aux moines de Cernay. — Une décision ministérielle du 23 prairial an VII, signée François de Neufchâteau, avait fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette dimension a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 22 août 1840. La largeur actuelle de la rue du Foin varie de 3 m. à 5 m. Les constructions riveraines sont soumises à un fort retranchement. — Conduite d’eau.


Folies-Dramatiques (théâtre des).

Situé boulevart du Temple, no 72. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Cette salle, construite par M. Allaux, architecte, sur l’emplacement de l’ancien théâtre de l’Ambigu-Comique, a été inaugurée le 22 janvier 1831. On y représente des vaudevilles et des drames. — Prix des places en 1844 : Avant-scène du rez-de-chaussée, avant-scène des 1res, 2 fr. 50 c. ; loges de face des 1res, 2 fr. 25 c. ; stalles des 1res de face, 1 fr. 75 c. ; balcon, baignoires grillées et avant-scène des 2es, 1 fr. 50 c. ; orchestre, avant-scène des 3e, 1 fr. ; parterre, 1er amphithéâtre, 75 c.


Fontaine (rue).

Commence aux rues Chaptal et Pigalle, no 25 ; finit à la place de la Barrière-Blanche. Le dernier impair est 43 ; le dernier pair, 36. Sa longueur est de 368 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Cette rue a été ouverte sur les terrains de MM. Jonas Hagerman et Sylvain Mignon en vertu d’une ordonnance royale du 2 février 1826. Sa largeur est fixée à 12 m. Elle porte le nom de M. Fontaine, architecte du roi. — Éclairage au gaz (compe Anglaise). (Voyez Amsterdam, rue d’.)


Fontaine (rue de la).

Commence à la rue d’Orléans, nos 6 et 8 ; finit à la rue du Puits-l’Ermite, no 1. Le dernier impair est 7 ; le seul pair, 2 ; ce côté est presqu’entièrement bordé par l’hospice de la Pitié. Sa longueur est de 96 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

D’après les plans du XVIIe siècle, c’était la rue Jean Mesnard et de Jean Mole. Dès 1650, elle prit le nom qu’elle porte en raison d’une maison qu’on appelait la Grande-Fontaine. Une décision ministérielle du 8 nivôse an IX, signée Chaptal, avait fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 10 m. par une ordonnance royale du 2 mai 1837. Les propriétés du côté des numéros impairs sont alignées. Les bâtiment et mur de clôture situés sur le côté droit, vis-à-vis du no 3, ne sont pas soumis à retranchement. Le surplus devra reculer de 4 m. 90 c.


Fontaine-au-Roi (rue de la).

Commence aux rues du Faubourg-du-Temple, no 32, et Folie-Méricourt, no 42 ; finit à la rue Saint-Maur, nos 29 et 31. Le dernier impair est 53 ; le dernier pair, 58. Sa longueur est de 514 m. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Ce n’était encore au milieu du XVIIIe siècle qu’un chemin qui conduisait à celui de Ménilmontant et qu’on nommait, en raison de cette direction, le Chemin-du-Ménil. En 1770, il commença à se couvrir d’habitations, et forma une rue qu’on nomma jusqu’en 1792 Fontaine-au-Roi ou des Fontaines-du-Roi, en raison des tuyaux de fontaines qu’on y établit sous Louis XVI pour y amener les eaux de Belleville. De 1793 à 1806 c’était la rue Fontaine-Nationale. — Une décision ministérielle du 26 brumaire an XI, signée Chaptal, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 16 août 1836, cette moindre largeur a été portée à 12 m. Les propriétés ci-après sont alignées : 1, 13, 37 ; 2, 4 ; la maison à l’encoignure gauche de la rue Pierre-Levée, 14, 14 bis, 16, 18, 20, 24 et 38. Celles nos 15 et 17 ne devront subir qu’un faible retranchement. — Conduite d’eau.


Fontaine-Molière (rue de la).

Commence à la rue Saint-Honoré, nos 246 et 248 ; finit aux rues du Hasard, no 1, et de Richelieu. Le dernier impair est 43 ; le dernier pair, 44. Sa longueur est de 253 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Cette rue longeait l’enceinte de Paris, construite sous les règnes de Charles V et Charles VI.

À l’endroit où elle prend naissance, on voyait une porte de ville nommée porte Saint-Honoré. Des titres du XVIe siècle désignent cette voie publique sous le nom de rue Traversière. En 1625, c’était la rue de la Brasserie ou du Bâton-Royal. Elle reprit au commencement du XVIIIe siècle la dénomination de rue Traversière. — Une décision ministérielle du 3 nivôse an X, signée Chaptal, avait fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Cette largeur a été portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 4 octobre 1826. Conformément à une décision ministérielle du 12 mai 1843, la rue Traversière a dû prendre le nom de rue de la Fontaine-Molière. Les maisons nos 35, 37 et 39 sont alignées, les autres constructions de ce côté devront reculer de 2 m. 40 c. à 2 m. 60 c. ; les maisons nos 20 et 30 sont alignées, celles nos 2 et 4 devront reculer de 80 c. à 1 m. 40 c., le surplus est soumis à un retranchement qui n’excède pas 70 c. — Portion d’égout. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

De nobles souvenirs se rattachent à cette voie publique.

Le 8 septembre 1429, Jeanne-d’Arc, à la tête de l’armée royale, vint assiéger Paris du côté de la porte Saint-Honoré. Pour faire comprendre la position occupée par les troupes de Charles VII, il est nécessaire de tracer la ligne que décrivait le rempart dont la construction commencée sous le règne du roi Jean, puis continuée sous Charles V, fut terminée par Charles VI. La partie septentrionale de la ville, depuis l’achèvement des halles sous Philippe-Auguste, prenait chaque jour de nouveaux développements. Bientôt elle brisa la digue que lui opposait l’enceinte construite de 1198 à 1205.

L’accroissement de Paris avait été plus lent au midi de la ville, et de ce côté la population était à l’aise dans l’enceinte de Philippe-Auguste.

Sous le règne du roi Jean, après la malheureuse bataille de Poitiers, Étienne Marcel résolut de mettre Paris à l’abri des attaques des Anglais. À cet effet, le prévôt des marchands fit relever seulement les murailles de la partie méridionale, les flanqua de tours et creusa les fossés des remparts. Mais l’enceinte dut recevoir un accroissement considérable dans sa partie méridionale. Voici la courbe qu’elle traçait à l’époque du siége que nous allons décrire. De l’ancienne porte Barbelle, située à l’extrémité orientale du quai des Ormes, partait le nouveau rempart, puis il remontait en côtoyant le fleuve jusqu’à l’endroit où commence aujourd’hui le quai Morland. La muraille prenait alors la direction des fossés de l’Arsenal jusqu’à la rue Saint-Antoine, où fut construite une porte fortifiée qui devint plus tard la Bastille ; puis, laissant le boulevart actuel en dehors de la ville, elle prenait la direction de la rue Jean-Beausire, aboutissait à la rue du Temple, où fut bâtie une porte fortifiée nommée bastille du Temple. De là cette muraille suivait une ligne parallèle à la rue Meslay jusqu’à la rue Saint-Martin, où l’on construisit une porte, puis elle traversait la rue Sainte-Appoline et s’arrêtait à la rue Saint-Denis. En cet endroit se trouvait une porte fortifiée nommée bastille Saint-Denis. De cette bastille, le mur d’enceinte suivait la direction de la rue de Bourbon-Villeneuve, puis celle de la rue Neuve-Saint-Eustache. Sur l’emplacement où cette voie publique aboutit à la rue Montmartre, on voyait une porte fortifiée nommée porte Montmartre. Le mur d’enceinte suivait, à partir de cette porte, la ligne de la rue des Fossés-Montmartre, traversait la place des Victoires, coupait l’emplacement de l’hôtel de Toulouse (aujourd’hui la banque de France), celui des rues des Bons-Enfants et de Valois, et passait dans le jardin du Palais-Royal, vers le milieu de sa longueur. La ligne du mur d’enceinte continuait alors à travers la rue de Richelieu jusqu’à la rue du Rempart, qu’elle traversait pour aboutir à la rue Saint-Honoré, vers l’entrée de la rue Traversière où se trouvait la porte Saint-Honoré. Enfin de cet endroit le mur se prolongeait sur l’emplacement de la rue Saint-Nicaise, et s’arrêtait à la Tour de Bois, au bord de la Seine.

L’armée de Jeanne-d’Arc, composée de douze mille hommes, occupait la butte Saint-Roch, et le terrain entre ce monticule et la bastille Saint-Denis. Vers les onze heures du matin, le boulevart extérieur près de la porte Saint-Honoré fut emporté par les troupes commandées par la Pucelle et le duc d’Alençon. Jeanne voulut passer outre et assaillir le rempart, « mais elle n’estoit pas informée de la grande eaue qui estoit ès fossés ; et il y en avoit aucuns qui le sçavoient et qui eussent bien voulu par envie qu’il lui arrivast malheur. » Jeanne, une lance à la main, monta sur la contrescarpe pour sonder l’eau ; en ce moment, un trait d’arbalète lui perça la jambe, et son porte-étendard fut tué à côté d’elle. « Ce nonobstant elle ne vouloit partir de ce lieu, et, couchée sur le bord du fossé, elle continuoit d’exciter l’ardeur des assaillants, et faisoit toute diligence de faire apporter et jeter des fagots et du bois dans le fossé, espérant pouvoir passer jusqu’au mur ; mais la chose n’estoit pas possible, vu la grande eaue qui y estoit. »

Jeanne resta en cet endroit jusqu’au soir. Lorsque plusieurs capitaines vinrent pour l’emmener, la physionomie de l’héroïne leur parut empreinte d’un profond chagrin : Jeanne voulait mourir à son poste. Le duc d’Alençon fut obligé de venir lui-même la chercher.

Martial d’Auvergne, procureur à Paris, qui a composé une chronique rimée et connue sous le nom des Vigiles de Charles VII, raconte ainsi la tentative de Jeanne-d’Arc sur Paris.

D’un côté et d’autres, canons
Et coulleuvrines si ruoient,
Et ne voyoit-on qu’empanons
De flèches qui en l’air tiroient.

A donques Jehanne la Pucelle
Se mist dans l’arrière fossé,
Où fist de besogner mervelle
D’un courage en ardeur dressé.

Un vireton que l’on tira
La vint en la jambe asséner,
Et si point ne désempara
Ne s’en voult oncques tourner.

Bois, huis, fagots faisoit géter,
Et ce qu’es toit possible au monde,
Pour cuider sur les murs monter ;
Mais l’eau estoit trop parfonde.

Les seigneurs et gens de façon
Lui mandèrent s’en revenir,
Et y fust le duc d’Alençon
Pour la contraindre à s’en venir.

Après cet échec, Jeanne se rendit à la basilique de Saint-Denis, et à la manière des anciens, elle y appendit les armes dont elle s’était servie, puis elle s’agenouilla devant la châsse vénérée de l’apôtre de la France. Sa mission lui paraissant accomplie, la jeune fille manifesta le désir de retourner à son village ; mais les instances du roi parvinrent à triompher de sa résolution. Charles VII n’ayant pas assez de ressources pour continuer la guerre autour de Paris, repassa bientôt la Loire avec son armée.

Trois grands poètes ont chanté Jeanne, Schakespeare, Voltaire et Schiller. Dans Schakespeare, la Pucelle est une sorcière ; dans Schiller, c’est une femme divine inspirée du ciel. Quant à Voltaire, on sait ce qu’il a fait de l’héroïne de Vaucouleurs. Rendons hommage au temps où nous vivons, ce crime du génie, cette débauche du talent ne serait plus possible aujourd’hui ; Voltaire serait forcé d’être Français par ses sentiments comme par sa gloire. Les grandes insultes à la patrie ne peuvent avoir lieu maintenant, car la liberté est la sauvegarde de ces renommées nationales qui appartiennent à tous les citoyens.

Jeanne-d’Arc n’est pas la seule illustration qui se rattache à la voie publique dont nous esquissons l’histoire. À l’angle de la rue de Richelieu s’élève un monument consacré à Molière. Il y a quelques années, le conseil municipal avait voté là reconstruction d’une fontaine en cet endroit, et personne n’avait songé à l’illustre poète, lorsqu’un artiste dramatique, amoureux de son art comme sont tous les talents supérieurs, écrivit à M. le comte de Rambuteau la lettre que nous reproduisons :

« Monsieur le Préfet,

Le Journal des Débats, dans son numéro du 14 février, annonce la prochaine construction d’une fontaine à l’angle des rues Traversière et Richelieu. Permettez-moi, Monsieur le Préfet, de saisir cette occasion de rappeler à votre souvenir que c’est précisément en face de la fontaine projetée, dans la maison du passage Hulot, rue Richelieu, que Molière a rendu le dernier soupir, et veuillez excuser la liberté que je prends de vous faire remarquer que, si l’on considère cette circonstance et la proximité du Théâtre-Français, il serait impossible de trouver aucun emplacement où il fût plus convenable d’élever à ce grand homme un monument que Paris, sa ville natale, s’étonne encore de ne pas posséder.

Ne serait-il pas possible de combiner le projet dont l’exécution est confiée au talent de M. Visconti avec celui que j’ai l’honneur de vous soumettre ? Quand vos fonctions vous le permettent, vous venez assister à nos représentations, vous applaudissez aux chefs-d’œuvre de notre scène ; le vœu que j’exprime doit être compris par vous, et j’espère que vous l’estimerez digne de votre attention.

Les modifications que l’on serait obligé de faire subir au projet arrêté entraîneraient indubitablement de nouvelles dépenses, mais cette difficulté serait, je le crois, facilement écartée. N’est-ce pas à l’aide de dons volontaires que la ville de Rouen a élevé une statue de bronze à Corneille ? Assurément une souscription destinée à élever la statue de Molière n’aurait pas moins de succès dans Paris ; les corps littéraires et les théâtres s’empresseraient de s’inscrire collectivement ; les auteurs et les acteurs apporteraient leurs offrandes individuelles. Tous ceux qui aiment les arts et qui révèrent la mémoire de Molière accueilleraient cette souscription avec faveur, et s’intéresseraient à ce qu’elle fût rapidement productive. Du moins c’est ma conviction, et je souhaite vivement que vous la partagiez. D’autres que moi, Monsieur le Préfet, auraient sans doute plus de titres pour vous entretenir de ce projet, qui avait déjà préoccupé le célèbre Le Kain, mais si la France entière s’enorgueillit du nom de Molière, il sera toujours plus particulièrement cher aux comédiens. Molière fut, tout à la fois, leur camarade et leur père, et je crois obéir à un sentiment respectueux et presque filial, en vous proposant de réunir au projet de l’administration, celui d’un monument que nous serions si glorieux de voir enfin élever au grand génie qui, depuis près de deux siècles, attend cette justice.

J’ai l’honneur, etc.

Signé Régnier,
Sociétaire du Théâtre-Français.

Cette lettre rencontra de la sympathie. Une souscription fut ouverte, et le 15 janvier 1844 eut lieu l’inauguration de la fontaine Molière. Sur le soubassement s’élève un ordre corinthien accouplé, au centre duquel est une niche circulaire, ornée, dans sa partie supérieure, d’une clef portant une table de marbre sur laquelle est inscrit le monogramme de 1844. Le monument est terminé par un riche entablement dont la frise est ornée de mascarons et de branches de lauriers. Il est surmonté d’un fronton circulaire au centre duquel est assis un génie qui couronne le poète.

Les lignes des faces latérales viennent se raccorder à la façade principale, qui forme, pour ainsi dire, le frontispice au devant duquel est placé le piédestal en marbre blanc portant la statue en bronze de Molière. L’illustre poète est assis et parait plongé dans une profonde méditation. De chaque côté du piédestal sont deux figures, dont les regards se dirigent vers le poète ; elles portent une légende où se trouvent inscrites, par ordre chronologique, toutes les pièces de Molière ; ces deux statues représentent, l’une la muse grave, l’autre la muse enjouée, double expression de talent de Molière ; enfin un bassin octogone reçoit l’eau qui jaillit de trois têtes de lion. Ce monument a 16 m. de hauteur sur 6 m. 50 c. de largeur. Il a été composé par M. Visconti, architecte ; la statue de Molière est de M. Seurre aîné et les deux muses de M. Pradier.

La dépense s’est élevée pour la fontaine à 
 200,000 fr. environ.
Celle de l’acquisition de deux maisons, à 
 252,000 fr. environ.
_______ fr. environ.
Total 
 452,000 fr. environ.

sur lesquels la Ville de Paris a fourni 255,000 fr.

On ne saurait trop exalter la noble pensée qui a présidé à l’érection de la fontaine Molière. Il est utile de rappeler les beaux-arts à leur sainte mission. La statuaire devient une école de patriotisme et de sagesse, lorsqu’elle cherche à populariser l’héroïsme, les généreux dévouements et le culte des grands poètes ; lorsqu’elle place dans le cœur de tous les images de ces nobles intelligences qui répandent sur le monde des flots d’une lumière si pure.

Puisse le monument consacré à Molière perdre bientôt ce lustre éclatant de jeunesse qui nous rappelle deux siècles d’oubli !


Fontaines (cour des).

Située entre les rues des Bons-Enfants, nos 11 et 13, et de Valois, nos 4 et 6. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 31 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Elle dépendait autrefois du Palais-Royal et renfermait sans doute des réservoirs qui alimentaient les bassins du jardin. Une ordonnance royale du 22 août 1840 a maintenu les formes et dimensions actuelles de cette cour. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Fontaines (rue des).

Commence à la rue du Temple, nos 95 et 97 ; finit à la rue de la Croix, nos 4 et 6. Le dernier impair est 29 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 196 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

On la trouve indiquée sous ce nom dès le commencement du XVe siècle. Quelques plans l’ont désignée sous la dénomination des Madelonettes parce que les Filles de la Madeleine y avaient leur couvent (voir l’article des Madelonettes). — Une décision ministérielle du 19 germinal an VIII, signée L. Bonaparte, a fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. La maison no 7 est alignée ; les autres constructions de ce côté sont soumises à un retranchement qui varie de 1 m. 40 c. à 2 m. 60 c. Les maisons nos 4 bis, 6, celle qui forme l’encoignure de la rue de la Croix et une partie des constructions des Madelonettes, sont alignées. La propriété no 2 devra reculer de 1 m. 50 c. ; celle no 4, de 1 m. Les autres immeubles ne sont soumis qu’à un faible retranchement. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Fontarabie (barrière de).

Située à l’extrémité de la rue de Charonne.

C’était autrefois la barrière de Charonne. Elle n’a qu’un bâtiment à trois arcades. (Voyez l’article Barrières.)

Fontarabie (chemin de ronde de la barrière de).

Commence à la rue de Charonne et à la barrière de Fontarabie ; finit aux rue et barrière des Rats. Pas de numéro. Sa longueur est de 412 m. — 8e arrondissement, quartier Popincourt.

Voir l’article Chemins de ronde.

Fontenoi (place de).

Située avenue Lowendal, derrière l’École-Militaire. Le dernier numéro est 13. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

Elle a été tracée vers 1770. Sa forme est demi-circulaire. Le nom qu’elle porte lui a été donné en mémoire de la bataille de Fontenoi, gagnée par les Français sous les ordres du maréchal de Saxe, le 8 mai 1745. Cette place a été cédée à la ville de Paris en vertu d’une loi du 19 mars 1838. — Conduite d’eau. (Voyez Bourdonnaye, avenue de La.)

Force (prison de la).

Située dans la rue du Roi-de-Sicile, no 2. — 7e arrondissement, quartier du Marché-Saint-Jean.

L’histoire de cet hôtel remonte au XIIIe siècle. Il appartenait, en 1265, au frère de saint Louis, Charles-d’Anjou, qui fut depuis roi de Naples et de Sicile. Son fils hérita de cet hôtel, qu’il donna, en 1292, à Charles de Valois et d’Alençon, fils de Philippe-le-Hardi. Les comtes d’Alençon en furent propriétaires jusqu’en 1390. Cette habitation n’était séparée des lices de la culture Sainte-Catherine que par l’enceinte de Philippe-Auguste ; Charles VI, passionné pour les exercices de chevalerie, pensa qu’il serait commode pour lui d’avoir une semblable maison pour s’y préparer aux tournois. Il la fit demander en conséquence à Pierre d’Alençon, qui la lui céda le 26 mai 1390. Nous rapportons un extrait de l’acte de cession.

« Nous comte d’Alençon et du Perche, seigneur du Fougières et vicomte de Beaumont, savoir faisons à tous présents et à venir, que comme naguères pour ce que notre très redoutable seigneur le roi avoit affection et volonté de avoir en la ville de Paris un ostel auquel il se put princièrement ordonner pour les joûtes que faire se pourroient en la clousture Sainte-Catherine qui est la plus convenable place de Paris au plaisir de mon dit seigneur, pour joûter et faire telles fêtes ; icelui monseigneur nous eut rescript et prié par ses lettres closes que nous voulussions lui donner nostre ostel étant à Paris appelé l’ostel de Sécile, afin que par la clousture d’icelui qui est des anciens murs de la ville de Paris, il peust lui et ceulx que il voudroit être avecques lui entrer sur les rans quand joustes se feroient en la dite claustre, etc… Nous désirans sur toutes choses accomplir le bon plaisir de mon dit seigneur, à icelui monseigneur à ses hoirs, successeurs et aïans cause à toujours, mais de notre certaine science et propre mouvement, avons donné, transporté, délaissé, donnons, transportons, délaissons nostre ostel avec toutes ses appartenances quelconques, pleinement et absolument à en faire leur plaine volonté hault et bas comme de leur propre chose, etc. Donné à Argenthen, le 26e jour de may, l’an de grâce 1390 (Signé le Comte d’Alençon). Et scellées en cire verte, en lacs de soye rouge et verte, etc… » (Arch. q. 1236). — Cet hôtel appartint depuis aux rois de Navarre et aux comtes de Tancarville. Le cardinal de Meudon en étant devenu propriétaire, le fit rebâtir en 1559, mais il ne fut achevé que par René de Birague, aussi cardinal et chancelier de France. Après sa mort, arrivée en 1583, il fut acquis par Antoine Roquelaure, qui le revendit à François d’Orléans Longueville, comte de Saint-Paul, ce qui lui fit donner alors le nom d’hôtel de Saint-Paul, qu’il conserva encore lorsque le seigneur de Chavigni en devint propriétaire. Cette habitation passa ensuite à Henri Jacques Caumont, duc de la Force, par son mariage avec la petite-fille de Chavigni. Cette résidence prit alors le nom d’hôtel de la Force. À la fin du règne de Louis XIV, cette demeure fut partagée en deux parties : l’une forma l’hôtel de Brienne nommé depuis hôtel de la petite Force, et dont l’entrée se trouvait dans la rue Pavée ; l’autre partie, située dans la rue du Roi-de-Sicile, fut acquise en 1715, par les frères Pâris, qui y firent de grands embellissements, puis la vendirent à la demoiselle Toupel. Le sieur d’Argenson en fit l’acquisition le 12 septembre 1754 pour le compte du gouvernement, qui avait le dessein d’y établir l’École-Militaire ; ce projet n’eut pas de suite. Quelque temps après, le ministre Necker engageait Louis XVI à supprimer les prisons du Fort-l’Évêque et du Petit-Châtelet. — Une ordonnance du 30 août 1780, porte : « Que les prisonniers seront conduits dans l’hôtel de la Force. » Ils n’y furent transférés qu’au mois de juin 1782.

Avril 1785. Lettres-patentes concernant la suppression de la prison de Saint-Martin et sa réunion à celle de l’hôtel de la Force. — « Louis, etc… Le compte que nous nous sommes fait rendre de l’état actuel de la prison de Saint-Martin de notre bonne ville de Paris, nous ayant fait reconnaître que son défaut d’étendue ne permettait pas d’y faire des changements capables de procurer plus de commodité et de salubrité, nous nous serions déterminé à la supprimer et à la remplacer par un établissement qui serait formé à cet effet dans une portion de terrain et bâtiment dépendant de l’hôtel de Lamoignon, et attenant l’hôtel de la Force, auquel cet établissement serait réuni, etc… — Article 1er. Nous avons supprimé et supprimons la prison de Saint-Martin. Ordonnons qu’il sera incessamment formé un établissement pour la même destination, lequel sera et demeurera réuni à la prison de l’hôtel de la Force, etc. Données à Versailles, au mois d’avril l’an de grâce 1785, signé Louis. » (Extrait des lettres-patentes). Archives du royaume, section administrative, S. E., no 3478, f. 19. — Les filles publiques qui étaient enfermées dans la prison de Saint-Martin furent conduites à la Petite-Force.

Pendant la Terreur la jeune et belle princesse de Lamballe fut jetée dans la prison de la Force. Les assassins, après avoir assouvi leur fureur à l’abbaye, manquant de victimes, se séparent en plusieurs bandes ; l’une d’elles se rend à la Force. Une espèce de tribunal est improvisé par ces hommes qui ne veulent que du sang. La jeune princesse est aussitôt appelée ; mourante, elle arrive jusqu’au terrible guichet ! « Qui êtes-vous ? » demande un de ces bourreaux ? « Louise de Savoie, princesse de Lamballe. — Faites serment d’aimer la liberté, l’égalité. — Je le jure, répondit la jeune femme. — Jurez de haïr le roi, la reine et la royauté. — Je ne ferai point ce serment, il n’est point dans mon cœur. — Emmenez madame, dit le chef du guichet. » À peine a-t-elle fait un pas hors de l’enceinte, qu’un premier coup de sabre fait jaillir le sang de sa tête, elle se soutient encore un moment, puis un second coup la fait rouler aux pieds de ses bourreaux !… Son corps est déchiré, on l’outrage, on le mutile, on s’en dispute les lambeaux !… Leur rage n’est point encore assouvie. Sa tête est coupée et mise au bout d’une pique. Ils vont la montrer à la famille royale. Ce sanglant trophée dut annoncer aux malheureux captifs le sort qu’on leur réservait. La mort de la princesse de Lamballe ne fut que le prélude des assassinats dont la prison de la Force devint le théâtre.

Depuis 1830, l’insuffisance et l’état de vétusté des bâtiments de la Force avaient éveillé l’attention de l’autorité, qui d’ailleurs voulait introduire un nouveau système dans le régime intérieur des prisons. La construction d’une maison d’arrêt, destinée à remplacer celle de la Force, fut décidée ; mais le choix de l’emplacement donna quelques difficultés. Elles furent enfin résolues par l’ordonnance suivante « Louis-Philippe, etc… Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : — Article 1er. Le périmètre d’une prison destinée à remplacer la maison d’arrêt de la Force à Paris, et les alignements des rues de Bercy, Traversière, des Charbonniers et du boulevart Mazas, aux abords de ce périmètre, sont arrêtés conformément au tracé des lignes rouges et noires portées sur le plan ci-annexé. — Art. 2e. Sont autorisés l’ouverture de trois rues sur une largeur de 12 m., dans tout leur parcours suivant le tracé du même plan où elles sont cotées A. B. C., et le prolongement du boulevard Mazas, ainsi que le tout est indiqué et compris dans le périmètre déterminé par l’article 1er ci-dessus. — Art. 3e. L’exécution de ce périmètre et des alignements présentement arrêtés est déclarée d’utilité publique. — Art. 4e. Le préfet de la Seine, agissant au nom de ce département, est en conséquence autorisé à acquérir, soit de gré à gré, soit par voie d’expropriation forcée, conformément à la loi du 7 juillet 1833, tous les terrains et autres immeubles nécessaires à la réalisation de ces projets, etc… Au palais des Tuileries, le 17 décembre 1840, signé Louis-Philippe. Par le roi, le ministre secrétaire d’État au département de l’intérieur, signé T. Duchâtel. » En ce moment les travaux de la nouvelle prison se poursuivent avec la plus grande activité sous la direction de MM. Lecointe et Gilbert aîné, architectes. Les constructions à l’entrée par le boulevart Mazas consisteront en un bâtiment d’administration avec dépendances et cours pour le déplacement des prisonniers. Ce bâtiment contiendra au rez-de-chaussée un portique de communication, la geôle, l’avant-greffe, le greffe, le cabinet du directeur, la salle de réunion de la commission des prisons et les salles de dépôt des prévenus ; au 1er étage, les logements du directeur et du greffier au 2e étage, la lingerie et les logements des employés. La prison proprement dite sera entièrement isolée par un chemin de ronde ; elle comportera cinq cours ou préaux, et six corps de bâtiments rayonnant autour d’une grande salle centrale destinée à la surveillance générale. Près de cette salle se trouveront les parloirs, le cabinet du médecin, la pharmacie, etc… ; un des six bâtiments contiendra l’infirmerie. Le système de la nouvelle maison d’arrêt étant l’isolement de jour et de nuit, les bâtiments seront disposés de manière former trois étages de cellules. Chaque bâtiment contiendra 200 prévenus, les six, 1,200. La dépense des constructions est évaluée à 3,389,496 fr. ; l’acquisition des terrains nécessaires à l’emplacement du nouvel édifice et à la formation de ses abords, s’est élevée à 937,000 fr. Les travaux seront terminés à la fin de l’année 1845. À cette époque, l’administration mettra en vente les terrains occupés aujourd’hui par la prison de la Force et dont la valeur est estimée 600,000 fr.


Forez (rue du).

Commence à la rue Charlot, nos 19 et 21 ; finit à la rue de Beaujolais, no 20, et à la place de la Rotonde du Temple, no 2. Le seul impair est 1 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 43 m. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Ouverte en 1626, sur la culture du Temple, elle prit d’une de nos provinces le nom du Forez. — Une décision ministérielle du 5 vendémiaire an IX, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de cette voie publique à 8 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 16 mai 1833. La maison no 1 est alignée ; celle qui forme l’encoignure de la rue Charlot devra reculer de 1 m. 10 c. ; la propriété à l’encoignure de la rue de Beaujolais ne devra subir qu’un léger redressement. Les constructions du côté des numéros pairs sont soumises à un retranchement qui varie de 3 m. 40 c. à 4 m. 40 c. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Forge-Royale (impasse de la).

Située dans la rue du Faubourg-Saint-Antoine, entre les nos 177 et 179. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 6 bis. Sa longueur est de 38 m. — 8e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Antoine.

Bâtie vers 1770, elle doit son nom à une enseigne. Il n’existe pas d’alignement pour cette impasse, dont la largeur actuelle est de 6 m.


Forges (rue des).

Commence à la rue de Damiette, no 2, et à la cour des Miracles ; finit à la place du Caire, no 33, et à la rue du Caire, no 31. Le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 63 m. — 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle.

Cette rue, qui forme retour d’équerre, été ouverte conformément à une décision ministérielle du 2 messidor an VIII, signée L. Bonaparte. Sa largeur est fixée à 7 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont alignées. (Voyez Damiette, rue de.)


Fortin (rue).

Commence à la rue de Ponthieu, nos 64 et 66 ; finit à la rue des Écuries-d’Artois, no 7 et 9. Pas de numéro. Sa longueur est de 166 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

En vertu d’une ordonnance royale du 4 novembre 1829, M. Jean-Joseph Fortin, avocat, a été autorisé à ouvrir sur ses terrains une rue de 12 m. de largeur pour communiquer de la rue de Ponthieu à celle des Écuries-d’Artois. Cette autorisation a été accordée à la charge par l’impétrant de livrer gratuitement à la ville le terrain occupé par la nouvelle rue ; d’établir de chaque côté des trottoirs en pierre dure, suivant les dimensions qui lui seront indiquées ; de supporter les frais de premier établissement du pavage et de l’éclairage, ainsi que des travaux à faire pour l’écoulement souterrain ou à ciel ouvert des eaux pluviales et ménagères ; enfin de se soumettre aux lois et règlements sur la grande voirie de Paris, etc. En 1837 seulement on a commencé à construire dans cette rue. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe de l’Ouest).


Fortunée (avenue).

Commence à l’avenue des Champs-Élysées, no 120 ; finit à l’avenue Châteaubriand. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 8. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Elle a été percée, en 1825, sur l’emplacement de l’ancien jardin Beaujon. Plusieurs habitants de cette avenue lui ont donné la dénomination de Fortunée qui est le prénom de madame Hamelin, propriétaire. Cette avenue, qui n’est point reconnue voie publique, est fermée par une grille.


Fouarre (rue du).

Commence à la rue de la Bucherie, nos 21 et 23 ; finit à la rue Galande, nos 38 et 40. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 92 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Dans un cartulaire de Sainte-Geneviève, on lit qu’en 1202 Mathieu de Montmorency, seigneur de Marly, et Malhilde de Garlande, sa femme, donnèrent à cens à plusieurs particuliers leur vigne appelée le clos Mauvoisin ou de Garlande, à la charge par eux d’y bâtir des maisons. Bientôt furent construites les rues du Fouarre, Galande, des Trois-Portes, Jacinthe et des Rats (aujourd’hui de l’Hôtel-Colbert).

En 1260 la première de ces voies publiques s’appelait rue des Écoliers ; en 1264, rue des Écoles. Vers 1300, c’était la rue au Feurre. Cette dénomination, qui, en vieux langage signifiait paille, avait été donnée à cette rue, en raison des écoliers qui étaient assis sur la paille en prenant leurs leçons. Anciennement, les églises étaient jonchées de paille fraiche et d’herbes odoriférantes, surtout les jours de grandes fêtes. — En 1358, l’Université se plaignit au régent, depuis Charles V, « de ce que, dit Sauvai, la rue au Feurre étoit chaque nuit encombrée d’immondices et d’ordures fétides apportées par des hommes malfaisants ; que de plus, on enfonçoit les portes de l’école pour y introduire des filles publiques qui y passoient la nuit, et souilloient les lieux où se plaçoient les écoliers, ainsi que la chaire du professeur. Sur cette plainte, le régent ordonna qu’il seroit établi deux portes aux extrémités de la rue au Feurre, et que ces portes seroient fermées pendant la nuit. » Sous François Ier, cette rue prit la dénomination de rue du Feurre, puis par altération, celle de rue du Fouarre. — Une décision ministérielle du 3 pluviôse an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Les dépendances de l’Hôtel-Dieu et les maisons nos 10 et 12 ne sont pas soumises à retranchement. La propriété no 14 ne devra éprouver qu’un léger redressement. — Conduite d’eau depuis la rue Galande jusqu’à la borne-fontaine.

Au no 17 était situé le collége de Picardie. On comptait autrefois dans cette voie publique quatre écoles pour les quatre nations de l’Université. Celle de Picardie fut seule conservée jusqu’à la fin du siècle dernier. En 1487, elle avait obtenu la permission d’y faire construire une chapelle qui fut dédiée, en 1506, sous l’invocation de la Sainte-Vierge, de saint Nicolas et de sainte Catherine. Cette chapelle et ses dépendances devenues propriétés nationales furent vendues le 28 frimaire an IX.


Four-Saint-Germain (rue du).

Commence à la place Sainte-Marguerite, no 1, et la rue des Boucheries, no 65 ; finit aux rues du Vieux-Colombier, no 36, et du Dragon, no 35. Le dernier impair est 81 ; le dernier pair, 92. Sa longueur est de 442 m. — Les impairs sont du 11e arrondissement, quartier du Luxembourg ; les pairs, du 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Elle a été ainsi appelée en raison du four banal de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, construit au coin de la rue Neuve-Guillemin. — En 1551, dit Sauval, cette rue n’était pas encore pavée, ainsi que plusieurs autres des environs. Les habitants s’en plaignirent souvent au prévôt de Paris, qui enfin condamna ces religieux à la faire paver à leurs frais. — Une décision ministérielle du 13 fructidor an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 2 août 1843, cette moindre largeur est portée à 13 m. Les propriétés ci-après ne sont pas soumises à retranchement : 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 31, 33, 35, 37, 59 ; 26, 28, 36, 38, 40, 42, 44, 46, 48, 88 bis et 90. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).


Four-Saint-Honoré (rue du).

Commence à la rue Saint-Honoré, nos 72 et 76 ; finit aux rues Coquillière, no 4, et Traînée, no 17. Le dernier impair est 49 ; le dernier pair, 22. Sa longueur est de 220 m. — Les numéros impairs sont du 4e arrondissement, quartier de la Banque ; les numéros pairs, du 3e arrondissement, quartier Saint-Eustache.

En 1255, elle portait ce nom qu’elle devait au four banal que l’évêque de Paris avait au bout de cette rue, du côté de l’église Saint-Eustache. Cet endroit se nommait l’hôtel du Four, contre l’hôtel du grand pannetier de France. — Une décision ministérielle du mois de floréal an VII, signée François de Neufchâteau, a fixé la largeur de cette voie publique à 9 m. Les maisons nos 43, 45 et 47 sont alignées ; celles nos 19, 21 et 23 ne devront subir qu’un léger redressement. Les propriétés nos 25, 27, 29, 31, 33, 35, 37 ; 2 et 4, sont soumises à un retranchement qui n’excède pas 40 c. — Portion d’égout du côté de la rue Traînée. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Four-Saint-Jacques (rue du).

Commence à la rue des Sept-Voies, nos 14 et 18 ; finit à la rue d’Écosse, nos 8 et 9. Le seul impair est 1 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 41 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1248 en fait mention sous le nom de vicus ou de ruella Furni. En 1300, Guillot la nomme du Petit-Four, qu’on appelle le Petit-Four Saint-Ylaire. On lui avait donné cette dénomination en raison du four banal appartenant à l’église Saint-Hilaire qu’on voyait en cet endroit. — Une décision ministérielle, à la date du 13 juin 1807, signée Champagny, a fixé la largeur de la rue du Four à 7 m. Les constructions riveraines sont soumises à un retranchement de 1 m. 20 c.


Fourcy-Saint-Antoine (rue).

Commence aux rues de Jouy, no 2, et des Prêtres-Saint-Paul, no 30 ; finit à la rue Saint-Antoine, nos 80 et 82. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 96 m. — 9e arrondissement ; les impairs sont du quartier de l’Hôtel-de-Ville ; les pairs, du quartier de l’Arsenal.

« Le roy s’estant faict représenter en son conseil le plan que les prévost des marchands et eschevins de sa bonne ville de Paris ont faict lever par ses ordres pour eslargir la rue des Nonnaindières et donner par l’ouverture d’un petit cul-de-sacq, estant entre la rue de Jouy et celle de Sainct-Anthoine, un passage fort commode et de communiquation du quartier de l’isle Nostre-Dame à celui de la d. rue Sainct-Anthoine et du Marais ; et sa majesté ayant été informée par les d. prévost des marchands et eschevins que la despence qui étoit à faire pour le d. élargissement et ouverture du d. cul-de-sacq, debvant estre considérable, etc. Sa majesté en son conseil a ordonné et ordonne que la d. rue des Nonnaindières sera eslargie, et le d. cul-de-sacq ouvert conformément au d. plan, et qu’à cet effet, les maisons de la d. rue et cul-de-sacq, marquées sur le d. plan, seront retranchez et les ouvrages nécessaires faits incessamment, et que les propriétaires des d. maisons retranchées seront remboursez de ce qui se trouvera leur estre deub pour leurs dédommagements par les d. des marchands et eschevins. Ordonne en outre sa majesté, que les propriétaires tant des autres maisons non retranchées de la d. rue et cul-de-sacq, que de celles des rues circonvoisines et des maisons de la d. isle Notre-Dame, contribueront les sommes pour les quelles ils seront employés dans le rolle qui sera arrêté à ceste fin au d. conseil, à proportion de l’avantage qu’ils recevront du d. élargissement et de la communication des d. quartiers, etc… À Versailles, le 16e décembre 1684. Signé Le Tellier. » (Extrait de l’arrêt du conseil.)

Cet arrêt fut immédiatement exécuté. On donna à la nouvelle communication, qui fut ouverte sur une largeur de 7 m. 80 c. environ, le nom de rue Fourcy, en l’honneur de Henri de Fourcy, chevalier, seigneur de Chessy, ancien président aux enquêtes, alors prévôt des marchands. Il remplit cette dernière fonction depuis le 16 août 1684 jusqu’au 16 août 1692. — Une décision ministérielle à la date du 13 thermidor an VI, signée François de Neufchâteau, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. Enfin une ordonnance royale, à la date du 6 mai 1827, a porté cette largeur à 12 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement qui varie, de 2 m. à 2 m. 30 c. La maison no 2 est alignée ; le surplus de ce côté devra reculer de 1 m. 95 c. à 2 m. 30 c. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).


Fourcy-Sainte-Geneviève (rue).

Commence aux rues Mouffetard, no 2, et Descartes, no 52 ; finit aux rues de la Contrescarpe et de la Vieille-Estrapade. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 80 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Bàtie sur les fossés qui furent comblés en exécution d’un arrêt du conseil du 17 avril 1685, elle prit la dénomination de rue Fourcy (voir l’article précédent). — Une décision ministérielle à la date du 2 thermidor an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 11 m. Les constructions riveraines sont soumises à un retranchement qui n’excède pas 40 c.


Fourneaux (barrière des).

Située à l’extrémité de la rue du même nom.

Elle a porté la dénomination de Barrière de la Voirie, en raison d’une voirie qui se trouvait dans le voisinage. Elle consiste en deux bâtiments avec colonnes surmontées d’un tambour. (Voyez l’article Barrières.)


Fourneaux (chemin de ronde de la barrière des).

Commence aux rue et barrière des Fourneaux ; finit aux rue et barrière de Vaugirard. Pas de numéro. Sa longueur est de 176 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Voyez l’article Chemins de ronde.


Fourneaux (rue des).

Commence à la rue de Vaugirard, nos 107 et 109 ; finit aux chemins de ronde des barrières du Maine et des Fourneaux. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 407 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Un plan de 1730 indique en cet endroit une tour dite des Fourneaux. Aux abords de cette tour, il existait plusieurs fabriques de fourneaux. La rue qui fut ouverte à la fin de ce siècle en a retenu la dénomination. — Une décision ministérielle à la date du 28 ventôse an IX, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 12 m. Les propriétés no 1, 3, 5, 7, 9, 15, 17, 19, 21 et les trois maisons situées en face des nos 5 et 7, sont alignées.


Fourreurs (rue des).

Commence à la rue des Lavandières, no 41, et à la place Sainte-Opportune, no 1 ; finit à la rue des Déchargeurs, nos 12 et 14. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 22. Sa longueur est de 60 m. — 4e arrondissement ; les numéros impairs sont du quartier Saint-Honoré ; les pairs, du quartier des Marchés.

Elle était presqu’entièrement bordée de constructions vers 1250. On l’appelait alors rue de la Cordouannerie. Vers 1295, les cordonniers cédèrent la place aux pelletiers pour aller s’établir plus près de la halle. La voie publique qu’ils avaient abandonnée conserva longtemps encore son ancienne dénomination. Ce ne fut qu’au XVIIe siècle qu’elle prit le nom de rue des Fourreurs. — Une décision ministérielle du 12 fructidor an V, signée François de Neufchâteau, fixa la largeur de cette voie publique à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 9 décembre 1838, cette largeur est portée à 10 m. Les maisons nos 2, 4 et 6 ont été démolies en 1839 pour l’élargissement de la place Sainte-Opportune. La propriété no 8 est alignée ; celles nos 16 et 18 ne sont soumises qu’à un léger redressement. Maison no 10, retranchement 70 c. ; no 12, retranchement 50 c. ; no 14, retranchement 20 c. ; no 20, retranchement 30 c. ; no 22, retranchement réduit 1 m. 10 c. La propriété no 1 devra subir un fort retranchement sur la rue des Lavandières ; no 3, retranchement réduit 2 m. ; de 5 à 19 inclus, retranchement 2 m. 60 c. à 4 m. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Foy (rue Sainte-).

Commence à la rue des Filles-Dieu, nos 20 et 22 ; finit à la rue Saint-Denis, nos 377 et 379. Le dernier impair est 31 ; le dernier pair, 30. Sa longueur est de 172 m. — 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle.

Cette rue était presqu’entièrement bordée de constructions en 1630 et portait le nom de rue du Rempart, en raison de sa proximité du mur d’enceinte construit sous Charles V et son successeur. Elle prit ensuite la dénomination de rue des Cordiers. Dès 1664, une enseigne représentant sainte Foy, lui avait fait prendre le nom qu’elle conserve aujourd’hui. — « Séance du 11 juillet 1793. Sur le rapport des administrateurs des travaux publics, le corps municipal arrête que la rue Sainte-Foy sera et demeurera alignée à 18 pieds de largeur, etc… » (Registre du corps municipal, vol. 40, page 6663). — Une décision ministérielle à la date du 23 brumaire an VIII, signée Quinette, et une ordonnance royale du 21 juin 1826, ont fixé la moindre largeur de cette voie publique à 7 m. La maison no 1, retranchement réduit 40 c. Les propriétés nos 3, 5, 7, 9,11, 13, 15, 17, 19, 21, 23 et 25 sont alignées ; no 27, retranchement 2 m. ; no 29, retranchement 2 m. 50 c. ; no 31, retranchement qui varie de 2 m. 70 c. à 4 m. 70 c. Les constructions de 2 à 22, retranchement 1 m. 20 c. à 1 m. 80 c. ; maison no 24, retranchement 1 m. 70 c. à 3 m. 70 c. Celles qui portent les nos 26, 28 et 30 sont alignées. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).


Français (théâtre).

Situé dans la rue de Richelieu, no 6. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

L’enfance de l’art scénique offre chez tous les peuples anciens et modernes les mêmes traits de ressemblance. Des compositions ridicules et grossières, des parades obscènes et burlesques, telle fut l’origine des théâtres grec et romain, comme celle du Théâtre Français. Les arènes, les cirques, les amphithéâtres, dont nous possédons encore de précieux débris, nous indiquent que les Romains établirent, surtout dans le midi de la Gaule, les jeux et les spectacles en usage à Rome. Les emplacements réservés pour les luttes de gladiateurs, les jeux et les combats de bêtes féroces, étaient élevés en général par les soldats des légions. Ces jeux disparurent à peu près à la chute de l’empire romain ; cependant à l’est de la montagne Sainte-Geneviève, dans l’emplacement limité aujourd’hui par les rues Saint-Victor, Neuve-Saint-Étienne et des Boulangers, existait un terrain nommé clos des Arènes. Chilpéric le fit réparer en 577, et Saint-Foix rapporte que Pépin s’y rendait pour voir combattre des taureaux contre des ours. Plus tard des bouffons, des farceurs, des bateleurs, connus sous le nom général d’histrions, formèrent en France une espèce de corporation assez dangereuse par les obscénités qu’elle débitait, pour qu’on dût s’occuper de la détruire. Dans un capitulaire de l’an 789, Charlemagne met les histrions au nombre des personnes infâmes dont le témoignage n’est pas admis en justice. Les conciles de Mayence, de Tours, de Reims et de Châlons-sur-Saône, qui furent tenus en 813, défendirent aux évêques, ainsi qu’aux simples prêtres, d’assister à ces spectacles sous peine de suspension. Une ordonnance de Charlemagne de la même année autorisa cette disposition. Il est dit : « que pour se conserver l’âme pure de tous vices, il faut éviter de voir et d’entendre les insolences des jeux sales et honteux des histrions (histrionum turpium et obcænorum insolentias jocorum). » Le mépris public fut encore plus funeste pour les histrions dont le nombre diminua insensiblement. On les vit reparaître au milieu du XIIe siècle, mais avec une meilleure réputation. Les uns portaient le nom de trouvères ou troubadours, les autres étaient appelés conteours ou conteurs, plusieurs étaient connus sous la dénomination de jongleours ou jongleurs. Presque tous étaient nés en Provence, sous ce beau ciel dont le spectacle est un poème et la langue une musique. Les trouvères ou troubadours composaient des vers dont les sujets étaient tirés de l’histoire des grands hommes. Ils nommaient ces productions leurs gestes, du latin gesta ; parfois ils y mêlaient quelques traits satiriques dirigés contre les vices du siècle ; souvent aussi leurs compositions respiraient l’éloge de la vertu. Quelques uns récitaient des histoires fabuleuses en forme de dialogues entre amants et maîtresses, qu’ils nommaient tensons. Les conteours ou conteurs inventaient des historiettes en prose, que Boccace a depuis imitées. Les jongleours ou jongleurs jouaient de plusieurs instruments. Pour se rendre plus agréables, souvent ils réunissaient leurs talents qui servaient à divertir les princes et les grands seigneurs qui les récompensaient avec libéralité. Peu à peu les plus habiles d’entre les troubadours disparurent et furent remplacés par de moins capables. Tous ceux de cette profession se séparèrent, puis formèrent deux différentes espèces d’acteurs : les uns, sous l’ancien nom de jongleurs, joignirent aux instruments le chant ou le récit des vers ; les autres prirent simplement la dénomination de joueurs (joculatores). C’est ainsi qu’ils sont appelés dans les anciennes ordonnances. Les jeux de ces derniers consistaient en tours de force et d’adresse, qu’ils exécutaient eux-mêmes ou qu’ils faisaient faire par des singes. Les uns et les autres tombèrent dans un tel mépris, que leur profession donna naissance à cette épithète : lorsqu’on voulait parler d’une chose mal faite, mauvaise ou ridicule on disait : c’est une jonglerie. Philippe-Auguste n’imita point l’exemple de ses riches vassaux, qui accueillaient ces acteurs avec munificence. « Donner aux histrions, disait-il, c’est faire sacrifice au diable. » Saint Louis montra la même répugnance pour ces amusements profanes.

Cependant, malgré les excommunications des évêques et les ordonnances sévères des prévôts de Paris, les jongleurs se multiplièrent dans la capitale et se réunirent en confrérie en 1331. Dans une ordonnance du prévôt de Paris du 14 septembre 1395, il leur fut défendu de rien dire, représenter ou chanter qui pût causer quelque scandale, à peine de deux mois de prison, au pain et à l’eau. Ces jeux furent plus tard perfectionnés, et une troupe d’acteurs s’établit en 1398 à Saint-Maur-des-Fossés. Le prévôt de Paris voulut s’opposer à cette innovation et rendit le 3 juin de la même année une ordonnance portant défense à tous les habitants de Paris de représenter aucuns jeux de personnages, soit de vies de saints ou autrement, sans le congié du roy, à peine d’encourir son indignation et de forfaire envers lui. Ces acteurs s’adressèrent au roi, et pour se le rendre favorable, proposèrent d’ériger leur troupe en confrérie. Le roi approuva leur dessein et autorisa leur établissement par des lettres-patentes, dont nous citons un extrait : — « Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, etc… Nous avons reçu l’humble supplication de nos bienamez les maistres, gouverneurs et confrères de la confrairie de la Passion et Résurrection de notre Seigneur, fondée en l’église de la Trinité à Paris, contenant que comme pour le fait d’aucuns mystères de saints, de saintes, et mêmement du mystère de la Passion, qu’ils ont commencé dernièrement et sont près de faire encore devant nous, comme autrefois avoient fait, et lesquels ils n’ont pu bonnement continuer parce que nous n’y avons pu être lors présents, et pour quel fait et mystère la dite confrairie a moult frayé et dépensé du sien, et aussi ont fait les confrères chacun d’eux proportionnellement ; disans en outre que s’ils jouoient publiquement et en commun, que ce seroit le proufit de la dite confrairie ; ce que faire ils ne pouvoient bonnement sans notre congié et licence, requérons sur ce notre gracieuse provision. Nous qui voulons et désirons le bien, proufit et utilité de la dite confrairie et les droits et revenus d’icelle estre par nous accrus et augmentez de grâce et privilèges, afin qu’un chacun par dévotion se puisse adjoindre et mettre en leur compagnie, à iceux maistres, gouverneurs et confrères d’icelle confrairie de la Passion de notre dit Seigneur, avons donné et octroyé de grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale cette fois pour toutes et à toujours perpétuellement pour la teneur de ces présentes lettres, autorité, congié et licence, de faire jouer quelque mystère que ce soit, soit de la Passion et Résurrection, ou autre quelconque, tant de saints comme de saintes qu’ils voudront élire, et mettre sur toutes et quantes fois qu’il leur plaira, soit devant nous, nostre commun ou ailleurs, tant en recors qu’autrement ainsi par la manière que dit est, puissent aller et venir, passer et repasser paisiblement, vestus, habillez et ordonnez un chacun d’eux, en tel estat ainsi que le cas le désirera, et comme il appartiendra selon l’ordonnance du dit mystère, sans détourner ou empêcher et en pleine confirmation et seureté, nous iceux confrères, gouverneurs et maistres, de notre plus abondante grâce, avons mis en notre protection et sauvegarde durant le recors de iceux jeux et tant qu’ils joüeront seulement, sans pour ce leur méfaire ou à aucuns d’eux à cette occasion ne autrement, etc… Ce fut fait et donné à Paris, en nostre hostel lès Saint-Pol, au mois de décembre l’an de grâce 1402, de nostre règne, le 23e. Signé Charles. » Les confrères de la Passion, dirigés par des maîtres ou gouverneurs, donnèrent à la Trinité un grand nombre de mystères dont les plus celèbres sont le mystère du viel Testament, celui de la vengeance de la mort de Notre-Seigneur, la destruction de Jérusalem, la conception, nativité et mariage de la glorieuse Vierge-Marie. Les confrères de |a Passion n’étaient pas des comédiens proprement dits. Voici de quelle manière on recrutait les acteurs : la représentation des mystères exigeait un grand nombre de personnages, on faisait alors un cry et proclamation. La trompette ordinaire de la ville et le juré-crieur marchaient en tête, puis venaient les six trompettes aux armes du roi, les sergents et archers du prévôt de Paris, vêtus de leurs hoquetons paillez d’agent et armoriez, ensuite on voyait les officiers de ville à robes de couleur avec le navire d’argent brodé sur leurs habits ; puis montés sur deux beaux chevaux s’avançaient les deux hommes chargés de faire le cry et proclamation ; ils avaient une robe de velours noir avec des manches tricolores (jaune, gris et bleu). Les deux directeurs du mystère, vestus honnestement et bien montez selon leur estat, paraissaient ensuite. La marche était fermée par les quatre entrepreneurs à pourpoint de velours, les quatre commissaires du châtelet et un grand nombre de bourgeois. À chaque carrefour le cortège faisait une station, les trompettes sonnaient trois fanfares. Au nom du roi et du prévôt, le prieur réclamait le silence et faisait au peuple l’annonce du spectacle ; ensuite il invitait ceux qui voulaient jouer dans la pièce à se rendre à la Trinité ou ailleurs, pour être choisis par les directeurs qui devaient distribuer les rôles. Quelques bons bourgeois de Paris, des nobles, des magistrats, des ecclésiastiques composaient la confrérie de la Passion. Non seulement l’église protégeait leurs représentations, mais pour faciliter au peuple les moyens d’y assister, elle avançait tout exprès les heures du service divin. Ces mystères étaient divisés en plusieurs journées interrompues elles-mêmes par des épisodes d’une bouffonnerie souvent obscène. Jésus-Christ y prononçait quelquefois des sermons, moitié en français, moitié en latin ; s’il donnait la communion aux apôtres, c’était avec des hosties. Dans une de ces représentations, sainte Anne et la Vierge-Marie accouchaient dans une alcôve pratiquée sur le théâtre ; on prenait seulement la précaution de tirer les rideaux du lit. Dans une autre pièce, Judas tuait sans façon le fils du roi de Scarioth à la suite d’une querelle survenue en jouant aux échecs. Le même Judas assommait ensuite son père et devenait le mari de sa mère ; cette heureuse conclusion amenait une reconnaissance et une cinquantaine de vers boursouflés. Dans la même pièce, le gouvernement de Judée vendait les évêchés à l’enchère ; Satan priait Lucifer de lui rendre le service de lui donner sa bénédiction. Les bourreaux, les diables, les archers, les voleurs étaient les personnages qui avaient le privilège d’égayer le public. La décoration du théâtre restait toujours la même depuis le commencement jusqu’à la fin du mystère. Tous les acteurs paraissaient en même temps et ne sortaient plus de la scène qu’ils n’eussent achevé leur rôle. L’avant-scène était disposée d’une manière semblable à celle de nos théâtres modernes, mais le fond en était bien différent ; il était occupé par des estrades nommées établis, dont l’usage était indiqué par de grands écriteaux ; le plus élevé était le paradis. Le Père-Éternel, entouré des saints et des anges, s’y tenait assis ; l’établi qui se trouvait au-dessous était l’endroit le plus éloigné du lieu où la scène se passait ; le troisième en descendant représentait la maison de Pilate, etc… suivant le pièce que l’on jouait. Sur les parties latérales étaient élevés des gradins sur lesquels s’asseyaient les acteurs lorsqu’ils avaient terminé leur scène, ou qu’ils attendaient leur tour de parler. Un énorme dragon représentait l’enfer ; le monstre ouvrait et fermait ses mâchoires pour laisser entrer et sortir les diables. Que l’on ajoute à cette description une espèce de niche avec des rideaux formant une chambre où se passaient les choses qui ne devaient pas être vues du public, telles que l’accouchement de sainte Anne et de la Vierge-Marie, et l’on se fera une idée assez complète de l’appareil théâtral des confrères de la Passion. En 1542, ils jouèrent à l’hôtel de Flandre le mystère de l’Ancien-Testament. Le parlement crut devoir en interrompre les représentations. Les confrères s’adressèrent alors au roi qui leur donna des lettres-patentes portant autorisation de jouer ce mystère. Le parlement les enregistra, en imposant néanmoins l’obligation de ne mêler à cette représentation aucune chose profane, lascive ou ridicule ; de ne prendre que deux sous par personne, et pour la location de chaque loge, durant ledit mystère, que la somme de trente écus. Le spectacle devait commencer à une heure après midi et finir à cinq ; les entrepreneurs étaient en outre tenus de verser une somme de mille livres au profit des pauvres. — François Ier ayant ordonné par lettres-patentes du 20 septembre 1543, la démolition de l’hôtel de Flandre, les confrères de la Passion furent obligés de placer ailleurs leur théâtre. Le 18 juillet 1546, ils achetèrent une partie de l’hôtel de Bourgogne, situé dans la rue Mauconseil, et bâtirent un pouveau théâtre. Ils adressèrent ensuite une requête au parlement à l’effet d’y continuer leurs jeux. La cour rendit le 17 novembre de la même année un arrêt « qui inhibe et défend aux sieurs suppliants de jouer les mystères de la Passion de Notre-Sèigneur, ni autres mystères sacrés, sous peine d’amende arbitraire, leur permettant néanmoins de pouvoir jouer autres mystères profanes, honnêtes et licites, sans offenser ni injurier aucunes personnes, et défend la dite cour, à tous autres de jouer ou représenter dorénavant aucuns jeux ou mystères tant en la ville, faubourg que banlieue de Paris, sinon que sous le nom de la dite confrérie et au profit d’icelle. » Le plus important privilège, celui de jouer des mystères, fut donc enlevé aux confrères de la Passion, qui furent obligés de créer un nouveau répertoire composé seulement de pièces profanes. Ils s’associèrent avec les enfants sans souci, ou principauté de la sottise, dont le chef était connu sous le nom de prince des sots. Cette confrérie, formée sans doute par des comédiens de profession, avait pris naissance peu de temps après celle de la Passion ; c’était une troupe nomade qui donnait plusieurs fois dans l’année des représentations à Paris.

Sous le règne de Louis XII, le Mardi-Gras de l’an 1511, ces comédiens représentèrent aux halles une sotie ou pièce satirique dirigée contre le pape Jules II. Cette sotie était intitulée : Le Jeu du Prince des Sois et Mère-Sotte.

Le pape, sous le personnage de Mère-Sotte, s’exprime ainsi :

Si deussai-je de mort mourir
Ainsi qu’Abiron et Dathan,
Ou damnée être avec Satan,
Si me viendront-ils secourir ;
Je ferai chacun accourir
Après moi, et me requérir
Pardon et merci à ma guise,
Le temporel veux acquérir
Et faire mon nom florir,
En bref voilà mon entreprise.

Je me dis, Mère Sainte-Église,
Je veux bien que chacun le note,
Je maudis, j’anathématise ;
Mais sous l’habit pour ma devise
Porte l’habit de Mère-Sotte.

Bien sçais qu’on dit que je radotte
Et que suis folle en ma vieillesse,
Mais grumeler veux à ma porte
Mon fils le prince en telle sorte
Qu’il diminue sa noblesse.

Puis le pape ou plutôt Mère-Sotte parle ainsi des prélats de la cour :

Mais dessous les courtines,
Ont créatures féminines.
Tant de prélats irréguliers !
Tant de moines apostats !
Il y a un tas d’asniers
Qui ont bénéfices à tas.

Arrive un personnage nommé La Commune, qui représente le peuple français ; il s’exprime ainsi :

Les marchands et gens de mestier
N’ont plus rien, tout va à l’église.

Mais bientôt Mère-Sotte cherche à attirer les seigneurs français dans son parti ; et voyant qu’elle n’y peut réussir, elle excite les membres du clergé qu’elle a séduits à combattre la royauté, en leur disant :

Prélats, debout, allarme, allarme,
Abandonnez église, autel,
Que chacun de vous soit bien farme,
Que l’assaut aux princes on donne
J’y veux être en propre personne,

· · · · · · · · · ·

À l’assaut, prélats, à l’assaut !

Puis Mère-Sotte faisant allusion au roi de France, disait :

… Je vueil par fas ou néphas
Avoir sur lui l’autorité
De l’espiritualité
Je jouis, ainsi qu’il me semble ;
Tous les deux vueil mesler ensemble.

La commune déclare alors que les rois ne veulent plus souffrir que le pape s’empare du temporel. Le papp persiste et répond :

Veuillant on non, ils le feront,
Ou grande guerre à moi auront

· · · · · · · · · ·

Du temporel jouir voulons.

Un combat s’engage, Mère-Sotte est vaincue. Le roi de France s’aperçoit alors que le pape n’est pas l’Église, qu’il s’est déguisé et qu’il n’est que Mère-Sotte.

Peut-être que c’est Mère-Sotte,
Qui d’Église a vestu la cotte,
Par quoy il faut qu’on y pourvoie.


Le Prince

Je vous supplie que je la voie.


Gayeté

C’est Mère-Sotte, par ma foy.

Le roi se décide alors à détrôner le pape.

Mère-Suite, selon la loi,
Sera hors de sa chaire mise.

· · · · · · · · · ·

Pugnir la fault de son forfait ;
Car elle fut posée de fait
En sa chaire par symonie.

Les comédiens ne se faisaient pas faute de critiquer aussi les actes du gouvernement, de blâmer les profusions, les vices des nobles, et de railler l’ambition du clergé. Louis XII prenait plaisir à leurs représentations. Le roi disait qu’en y assistant il apprenait beaucoup de choses qui étaient faites en son royaume. Quelques courtisans s’étant plaints devant lui de la hardiesse des comédiens qui les jouaient sur leur théâtre, il leur répondit : « Que le théâtre n’était redoutable qu’à ceux dont la conduite n’était pas réglée ; qu’ils n’avaient qu’à se bien conduire, et qu’alors ils ne fourniraient plus matière à la satyre ; que son intention était d’ailleurs que ces gens-là pussent donner carrière à leur bile satyrique sur toutes sortes de sujets et de personnes, sans excepter la sienne, pourvu qu’il ne parlassent pas mal de sa femme, car il voulait que l’honneur des dames fût respecté. » — Un édit de décembre 1676, registré au parlement le 4 février 1677, supprima la confrérie de la Passion.

Nous retrouvons au temps de Molière les comédiens français à l’hôtel de Bourgogne, où ils s’étaient vus souvent forcés d’alterner avec les comédiens italiens. Le cardinal de Richelieu, qui ne se contentait pas d’être un grand ministre, et ambitionnait la gloire du poète, établit deux théâtres dans son palais, l’un destiné à une société choisie, l’autre au public. De jeunes acteurs de Paris, à la tête desquels était Molière, formèrent une troupe de comédiens ambulants.

Ils firent bâtir un théâtre dans le jeu de paume de la Croix-Blanche, situé dans la rue de Buci, et lui donnèrent le nom de Théâtre illustre. Après y avoir joué pendant trois ans, ils parcoururent la province, et revinrent à Paris en 1658. Molière et sa troupe débutèrent au mois d’octobre de cette année sur un théâtre élevé dans la salle des gardes au Louvre. Louis XIV honora ce théâtre de sa présence. La première représentation fut composéé de Nicomède et du Docteur amoureux. Satisfait des acteurs, le roi leur accorda une partie de l’hôtel du Petit-Bourbon, où ils débutèrent le 3 novembre suivant par l’Étourdi et le Dépit amoureux. En 1660 l’hôtel du Petit-Bourbon devant être abattu, la troupe de Molière fut logée au Palais-Royal ; elle y débuta le 5 novembre. Ce théâtre, déjà illustré par les chefs-d’œuvre de Corneille et de Racine, se maintint avec éclat jusqu’à la mort de Molière. C’est là que fut joué Tartufe. Le théâtre du Palais-Royal fut, après la mort de Molière, donné à l’Opéra. La troupe royale, privée de son illustre chef, promena tristement ses pénates dans tout Paris. En juillet 1673, elle jouait dans un local de la rue Mazarine, dans le jeu de paume du Bel-Air, où l’Opéra avait pris naissance. Peu de temps après elle construisit un théâtre dans la rue Guénégaud. Lors de la réunion du collège Mazarin à l’Université, les docteurs de Sorbonne exigèrent, comme condition préliminaire, l’éloignement du théâtre Guénégaud ; mais les réclamations des curés empêchant qu’ils ne s’établissent ailleurs, on fut obligé de les tolérer dans ce quartier. Lé roi, par lettres-patentes du 22 octobre 1680, réunit à la troupe de la rue Guénégaud celle de l’hôtel de Bourgogne. Trouvant le local trop étroit, les deux troupes achetèrent l’hôtel de Lussan et une maison voisine, dans la rue Neuve-des-Petits-Champs ; mais le roi annula cette acquisition, et permit aux comédiens de s’établir dans le jeu de paume de l’Étoile, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Ils occupèrent cette salle sous le titre de Comédiens ordinaires du roi, jusqu’à Pâques 1770. À cette époque les bâtiments menaçaient ruine. Ces acteurs allèrent jouer provisoirement sur le théâtre des machines, au palais des Tuileries. Après avoir occupé pendant dix années environ cette salle de spectacle, les comédiens ordinaires du roi s’installèrent dans le théâtre de l’Odéon, construit pour eux. Cette salle ayant été incendiée en 1799, ils prirent possession du théâtre du Palais-Royal, bâti de 1789 à 1790 sur les dessins de Moreau, pour le spectacle des Variétés, qui resta en cet endroit jusqu’au moment de la translation des comédiens français qui l’occupent encore aujourd’hui. — Un décret impérial daté de Moscou, le 15 octobre 1812, donna au Théâtre Français une organisation qui subsiste encore dans presque toutes ses parties. — Prix des places en 1844 : balcons, loges de la galerie du rez-de-chaussée, des 1res de face et avant-scène des 1res, 6 fr. 60 c. ; orchestre, 5 fr. ; 1res de côté et 1res galeries, 5 fr. ; 2mes loges, 4 fr. ; galeries des 2mes loges, 3 fr. ; 3mes loges et cintre, 2 fr. 75 c. ; parterre, 2 fr. 20 c. ; 2mes galeries, 1 fr. 80 c. ; amphithéâtre, 1 fr. 25 c.

Voici quelques renseignements relatifs à l’impôt perçu dans Paris sur les théâtres au profit des hospices.

Durant trente-cinq années, que nous divisons en périodes quinquennales, l’Opéra a versé pour sa part une somme de 2,573,000 fr. ; le Théâtre-Français 2,214,000 fr. En voici le détail :

1807-11. Opéra 293,000. Français 351,000.
1812-16. 305,000. 383,000.
1817-21. 282,000. 344,000.
1822-26. 314,000. 348,000.
1827-31. 309,000. 234,000.
1832-36. 498,000. 251,000.
1837-41. 572,000. 303,000.

On voit que les recettes de l’Opéra ont à peu près doublé depuis trente ans, tandis que celles des Français sont réduites d’un sixième ; encore se sont-elles relevées durant ces derniers temps. De 1832 à 1836 elles n’ont pu atteindre que la moitié de celles de l’Académie-Royale-de-Musique.

Si nous passons à d’autres théâtres, nous trouvons les résultats suivants :

1807-11. Opéra-Comique 334,000. Italiens »»
1812-16. 337,000. »»
1817-21. 323,000. 113,000.
1822-26. 306,000. 120,000.
1827-31. 243,000. 179,000.
1832-36. 215,000. 224,000.
1837-41. 302,000. 315,000.

Le Vaudeville, 193,000 fr. de 1837 à 1840 ; — Variétés, 238,000 fr. ; Ambigu-Comique, 162,000 fr. ; Gaité, 201,000 fr. ; Folies-Dramatiques, 124,000 fr. ; il est question ici de la période quinquennale 1837-41.

Le Gymnase paya aux hospices en 1821, première année de son existence, plus de 68,000 fr., ce fut la plus forte recette de tous les théâtres de Paris. Depuis, ce théâtre a perdu de sa vogue ; sa contribution qui avait été de 274,000 fr. en 1821-25, n’a pas dépassé 216,000 fr. en 1837-41.

Le Palais-Royal est en voie de prospérité ; de 1832 à 1836, il a donné 189,000 fr. ; de 1837 à 1841, 277,000 fr.

La Porte-Saint-Martin est demeurée à 180,000 fr. en 1837-41 ; elle était allée à 226,000 fr. en 1826-30.

Le Cirque-Olympique avait payé 329,000 fr. en 1827-31 ; 160,000 fr. en 1832-36 ; mais il a d’un élan vigoureux remonté à 356,000 fr. pour les cinq années 1837-41.

En 1842 l’impôt en faveur des indigents a présenté les résultats suivants : Académie-Royale-de-Musique, 113,427 fr. 68 c. ; Français, 52,305 fr. 60 c. ; Opéra-Comique, 66,366 fr. 84 c. ; Italiens, 73,370 fr. 22 c. ; Odéon, 16,599 fr. 27 c. ; Gymnase-Dramatique, 44,832 fr. 39 c. ; Vaudeville, 42,141 fr. 19 c. ; Variétés, 41,703 fr. 86 c. ; Palais-Royal, 48,844 fr. 97 c. ; Porte-Saint-Martin, 60,449 fr.30 c. ; Cirque-Olympique (les deux théâtres), 88,743 fr. 55 c. ; Ambigu, 30,885 fr. 86 c. ; Gaîté, 41,185 fr. 19 c. ; et Folies-Dramatiques, 25,796 fr. 36 c.


France (collége de).

Situé dans la place Cambrai, no 1. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

À François Ier, justement honoré du titre de Père des lettres, appartient l’honneur d’avoir fondé ce grand établissement. Il en conçut l’idée dès le commencement de son règne. Son dessein était de placer ce collége à l’hôtel de Nesle et d’y faire bâtir une chapelle qui devait étre desservie par quatre chanoines et quatre chapelains. Guillaume Petit, confesseur du roi, Guillaume Budé et plusieurs autres, appuyèrent fortement ce noble projet. François Ier faisait demander, en 1517, au célèbre Érasme de venir enseigner à Paris. Érasme refusa en proposant Henri Glareau dont il fit l’éloge. Mais la conquête de l’Italie qu’ambitionnait le rival de Charles-Quint, suspendit l’exécution de ce projet dont le roi ne put s’occuper qu’après le traité de Cambrai. Nos historiens varient sur l’époque de la fondation de ce collége : les uns la fixent à l’année 1529, les autres pensent qu’elle eut lieu seulement en 1530. Jaillot concilie ces deux opinions en disant que François Ier manifesta son dessein et sa volonté par ses lettres-patentes du 24 mars 1529, et par la commission du 19 décembre suivant pour le paiement des sommes nécessaires à la construction de ce collége, et qu’il fixa en 1530 le nombre et les honoraires des professeurs qu’il nomma et qu’il institua l’année suivante. Le plan de François Ier pour la formation de cet établissement était empreint d’un caractère grandiose et magnifique. Les sciences et les langues devaient être gratuitement enseignées. Il voulait que la dotation de ce collége fut fixée à 50,000 écus de revenu annuel pour la nourriture de 600 écoliers. Les professeurs, au nombre de douze, devaient avoir par année un traitement de 200 écus d’or, avec un logement dans le collége. François Ier ne put donner à ce projet qu’un commencement d’exécution. La commission suivante fut expédiée le 19 décembre 1539 pour le paiement des sommes nécessaires à la construction du collége royal. « Voulant donner toutes les commodités nécessaires aux lecteurs et aux professeurs pour vaquer à leurs lectures, avons résolu de leur construire en notre logis et place de Nesle à Paris, et autres places qui sont à l’entour, un beau et grand collége de trois langues (hébraïque, grecque et latine) accompagné d’une belle et somptueuse église avec autres édifices dont les dessins ont été faits. Avons commis Audebert Catin pour tenir le compte et faire les paiements de la dépense nécessaire pour les susdits bâtiments, voulant que les dits paiements soient passés et alloués par nos amés et féaux les gens tenant nos comptes. » Le cardinal Duprat fit, dit-on, avorter en partie ce grand dessein, et les professeurs royaux créés par François Ier furent longtemps obligés d’enseigner dans les salles du collége de Cambrai et dans d’autres établissements. Les premiers professeurs furent Pierre Danes, Parisien ; Jacques Tussan ou Toussain, né à Troyes, qui enseignait le grec ; Paul Paradis, dit le Canosse, né à Venise ; Agathio Guidacerio, Espagnol ; François Valable ou Vateblé, de Picardie, ce dernier enseignait la langue hébraïque ; Martin Problation, Espagnol, et Oronce Finé, Dauphinois, qui professaient les mathématiques ; Barthélemy Masson, Allemand, qui donnait des leçons d’éloquence ou de langue latine ; il eut pour adjoint Léger Duchesne, de Rouen ; la médecine fut d’abord enseignée par Vidius, Florentin, auquel succéda Jacques Dubois d’Amiens, ou Silvius. François Ier accorda une distinction honorable aux professeurs qu’il avait institués. Il leur donna, par ses lettres-patentes du mois de mars 1545, la qualité de conseillers du roi et le droit de committimus. Il les fit mettre en outre sur l’État, comme commensaux de sa maison. C’est à ce titre qu’ils prêtaient serment de fidélité entre les mains du grand aumônier. Après la mort du cardinal Barberini, qui remplissait cette place, Louis XIV donna la direction de ce collége au secrétaire d’État qui avait le département de la maison du roi. Les successeurs de François Ier s’imposèrent la glorieuse obligation d’augmenter l’importance du collége royal. Henri II créa une chaire de philosophie qui fut occupée par l’italien François Vicomercat, professeur du célèbre et malheureux Ramus. Henri III, en 1587, en créa une pour la langue arabe, qui fut donnée à Arnaud de Lile ou de Lisse, Allemand, et après lui à Étienne Hubert d’Orléans. Henri IV institua un professeur d’anatomie et de botanique. Louis XIII créa une deuxième chaire pour la langue arabe, et une pour le droit canon ; Louis XIV, une pour la langue syriaque, une deuxième pour le droit canon et une de droit français. Son successeur apporta dans l’enseignement de ce collége d’importantes modifications. Il ordonna par arrêt du conseil en date du 20 juin 1773, que les fonds de la chaire de langue syriaque seraient appliqués à l’établissement d’une chaire de mécanique ; ceux de la chaire de philosophie grecque et latine, aux frais d’une chaire de littérature française ; que la deuxième chaire de langue arabe serait convertie en une chaire de langue turque et persane. L’une des deux chaires de médecine pratique devint une chaire d’histoire naturelle, et l’une des deux chaires de droit canon fut changée en une chaire de droit de la nature et des gens. Il y eut donc dix-huit chaires de fondation royale. On comptait en outre une chaire de mathématiques, fondée en 1568 par Ramus. Elle ne rapportait que 500 livres au titulaire qui sortait victorieux de l’épreuve d’un concours. Une chaire de philosophie et une de médecine étant devenues vacantes, Louis XIV ordonna de les mettre au concours. On commença par celle de philosophie. Treize juges furent choisis parmi des savants et des professeurs ; et sa majesté donna la chaire à celui qui montra aux yeux de tous le plus de capacité pour la remplir. Cette amélioration ne subsista pas longtemps, et le roi nomma à ces chaires, sur la présentation du gentilhomme qui dirigeait ce collége ; il n’y eut plus alors, ajoute un écrivain, de concours que pour la brigue, la protection et la bassesse. Dans l’origine, les professeurs et lecteurs royaux dépendaient de l’Université, ils en furent ensuite séparés. En 1626, le recteur, en vertu d’un arrêt du parlement, enjoignit aux professeurs du collége de France de rentrer dans le sein de l’Université. Le grand aumônier, qui dirigeait alors ce collége, fit casser cet arrêt par le conseil du roi, et l’Université ne renouvela plus ses prétentions. On comptait sous Louis XVI, au collége de France, vingt-un professeurs. Nous avons aujourd’hui vingt-quatre cours, savoir : d’astronomie, de mathématiques, de physique expérimentale, de médecine, d’anatomie, de chimie, d’histoire naturelle, du droit de la nature et des gens, d’histoire et de philosophie morale, de langues hébraïque, chaldaïque et syriaque, de langue arabe, de langue turque, de langue persane, de langue et de littérature chinoises et tartare-mantchou, de langue et de littérature sanscrites, de langue et de littérature grecques, d’éloquence latine, de poésie latine et de littérature française, d’économie politique, d’archéologie, d’histoire des législations comparées et de droit constitutionnel. Les professeurs sont nommés par le roi, sur la présentation du ministre de l’instruction publique. Leur traitement inamovible est fixé à 6,000 fr.

Le grand dessein formé par François Ier pour la reconstruction d’un édifice destiné au collége royal, ne fut exécuté ni par lui ni par ses successeurs. Les professeurs royaux enseignèrent longtemps dans les classes des différents colléges. Vateblé professait au collége du cardinal Lemoine. Henri II ordonna qu’ils feraient successivement leurs leçons dans les colléges de Tréguier et de Cambrai. Mais en 1609, Henri IV, à la sollicitation du cardinal du Perron, du duc de Sully et du président de Thon, résolut de faire démolir le collége de Tréguier qui menaçait ruine et de faire construire sur son emplacement un bâtiment de 59 m. de longueur sur 39 de largeur. La mort de Henri IV retarda l’exécution de ce projet ; mais sa veuve, Marie de Médicis, fit acheter au nom du roi le collége de Tréguier, le 28 juin 1610, et Louis XIII, alors âgé de neuf ans, posa la première pierre du nouveau bâtiment le 28 août de la même année. Une des ailes de l’édifice fut seule bâtie, et les travaux ne furent poursuivis avec célérité qu’en 1774. Le 22 mars de cette année, le duc de Lavrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment qui fut construit sur l’emplacement des colléges de Tréguier, de Cambrai, dé Kérambert ou de Léon, d’après les dessins de l’architecte Chalgrin. On avait distrait au commencement de la révolution le petit hôtel de Cambrai, qu’on avait rangé dans la classe des domaines à aliéner. — « Au Pont-de-Brique, le 11 thermidor an XII. Napoléon, etc… Sur le rapport de notre ministre de l’intérieur, décrète : — Article 1er. Le petit hôtel Cambrai qui avait été rangé dans la classe des domaines aliénables, sera mis à la disposition du ministre de l’intérieur, pour être réuni au collége de France dont il faisait anciennement partie, etc… Signé Napoléon. Par l’empereur, le secrétaire d’État, signé H. B. Maret. » Le 30 avril 1831, le ministre du commerce et des travaux publics approuva un plan pour l’agrandissement du collége de France ; une maison située place Cambrai et trois autres dans la rue Saint-Jacques furent acquises en 1834 par l’État, et après leur démolition, M. Letarouilly, architecte, construisit les nouveaux bâtiments qui font aujourd’hui du collége de France un des monuments les plus remarquables de la capitale.

Colléges dont les emplacements ont servi à la formation du collége de France.

Collége de Tréguier. II fut fondé le 20 avril 1325, par le testament de Guillaume de Coatmohan, grand chancelier de l’église de Tréguier, pour huit écoliers de la famille du fondateur ou du diocèse de Tréguier. À cet établissement fut réuni en 1575 le collége de Kéramber ou de Léon, dont on ignore l’époque précise de la fondation. En 1610, on commença à jeter sur l’emplacement du collége de Tréguier, les fondements du collége de France.

Collége de Cambrai. Hugues de Pomare, évêque de Langres, Hugues d’Arci, évêque de Laon, et Guy d’Aussone, évêque de Cambrai, furent les fondateurs de cet établissement, qui porta d’abord le nom de collége des Trois-Êvêques. Il prit ensuite celui de Cambrai, parce qu’il fut bâti en 1348 sur l’emplacement de la maison de l’évêque de Cambrai, l’un des trois fondateurs. Ce collége était composé d’un maître, d’un chapelain qui faisait l’office de procureur, et de sept boursiers à la nomination du chancelier de l’église de Paris. Le maître ou principal était choisi lui-même par les boursiers. En 1612, le roi fit l’acquisition de ce collége et l’on commença à le démolir, mais ce ne fut qu’en 1776 qu’il fut entièrement abattu pour faire place aux bâtiments du collége de France.


François (cour du roi).

Située dans la rue Saint-Denis, no 328. — 6e arrondissement, quartier de la porte Saint-Denis.

Les écuries de François Ier étaient autrefois dans cette cour. Le nom de ce prince lui en est resté.


François (rue Neuve-Saint-).

Commence à la rue Saint-Louis au Marais, nos 67 et 69 ; finit à la rue Vieille-du-Temple, nos 126 et 128. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 137 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

Cette rue doit le nom qu’elle porte à François Lefebvre de Mormans, président des trésoriers de France, qui en donna l’alignement le 4 juillet 1620. — Une décision ministérielle du 4 floréal an VIII, signée L. Bonaparte, avait fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 16 mai 1833, cette largeur a été portée, savoir : depuis la rue Saint-Louis jusqu’à la rue Saint-Gervais à 12 m., et depuis cette dernière jusqu’à la rue Vieille-du-Temple à 10 m. Toutes les constructions du côté des numéros impairs sont alignées ; les maisons nos 2 et 4 sont soumises à un retranchement de 5 m. 70 c. ; le surplus de ce côté devra reculer de 2 m. 80 c. — Portion d’égout du côté de la rue Saint-Louis. — Conduite d’eau.


François-d’Assise (église Saint-).

Située dans la rue du Perche, à l’angle de la rue d’Orléans, au Marais. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

C’était l’église des Capucins du Marais. Ce couvent, le troisième de cet ordre à Paris, fut fondé en 1622, sur l’emplacement d’un jeu de paume, par le père Athanase Molé, frère du fameux Mathieu Molé, alors procureur général, et depuis premier président et garde-des-sceaux. Le grand crédit de ce magistrat servit à consolider cet établissement auquel l’archevêque de Paris et le grand prieur du Temple donnèrent leur consentement en 1623. Ce couvent, supprimé en 1790, devint propriété nationale et fut vendu en quatre lots, le 19 nivôse an VI, à la charge par l’acquéreur de se conformer aux alignements, sans indemnité, etc. En vertu d’un décret impérial dû 20 juin 1810, l’église, qui avait été comprise dans la vente, fut rachetée par la ville de Paris, les 24 octobre et 7 décembre 1811, moyennant 61,322 francs. Par suite du concordat de 1802, elle fut érigée en seconde succursale de la paroisse Saint-Merri, sous le vocable de Saint-François-d’Assise.


Françoise (rue).

Commence à la rue Mauconseil, nos 26 et 28 ; finit à la rue Pavée, nos 5 et 7. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 74 m. — 5e arrondissement, quartier Montorgueil.

Elle a été ouverte en 1543, sur une partie de l’emplacement de l’hôtel de Bourgogne, dont elle porta quelque temps le nom. On l’appela aussi rue Neuve, puis rue Neuve-Saint-François enfin rue Françoise, parce qu’elle a été construite sous le règne de François Ier. — Une décision ministérielle à la date du 28 pluviôse an IX, signée Chaptal, avait fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Cette largeur a été portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 21 juin 1826. Les maisons du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement de 1 m 40 c. ; celles du côté des numéros pairs devront reculer de 80 c. à 1 m. — Conduite d’eau depuis la rue Mauconseil jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Française).


François Premier (place).

Située à la jonction des rues de Bayard et Jean-Goujon. Pas de numéro. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Cette place, qui est circulaire et dont le diamètre est de 54 m, a été formée sur les terrains de la compagnie Constantin, en vertu de l’ordonnance royale du 23 juillet 1823, que nous avons citée à l’article de la rue de Bayard-Champs-Élysées. — Conduite d’eau.

François Ier, roi de France, naquit à Cognac le 12 septembre 1494, et mourut à Rambouillet le 31 mars 1547.


Franklin (barrière).

Située entre les Barrières de Passy et Sainte-Marie.

Cette barrière n’a qu’un petit bâtiment. Son nom est un hommage rendu à l’un dès fondateurs de la liberté américaine. Benjamin Franklin naquit à Boston le 17 janvier 1706 et mourut le 17 avril 1790. L’Assemblée Constituante, par un décret solennel, ordonna que les Français prendraient le deuil. Ce décret fut rendu par acclamation, sur la proposition de Mirabeau. Franklin demeura quelque temps à Passy, près de cette barrière. (Voyez l’article Barrières).

Franklin (chemin de ronde de la barrière).

Commence à la barrière Franklin ; finit à la barrière de Passy. Pas de numéro. Sa longueur est de 300 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Ce chemin de ronde n’est point bordé de constructions particulières. (Voir l’article Chemins de ronde.)


Frépillon (passage).

Commence au passage du Commerce ; finit à la rue Frépillon, no 14. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Il a été ouvert au commencement de ce siècle. (Voir pour l’étymologie l’article suivant.)


Frépillon (rue).

Commence à la rue au Maire, no 2, et à l’impasse de Rome ; finit à la rue Phelipeaux, nos 44 et 37. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 26. Sa longueur est de 94 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Cette rue doit son nom à la famille Ferpillon, qui y demeurait au XIIIe siècle. Depuis, cette dénomination a été altérée, et l’on a écrit Ferpeillon, Serpillon et Frépillon. — Une décision ministérielle du 4 floréal an VIII, signée L. Bonaparte, avait fixé la moindre largeur de cette voie publique à 8 m. Une ordonnance royale du 16 mai 1833, a porté cette largeur à 10 m. Les maisons de 6 à 14 inclus devront reculer de 40 c. à 1 m. Les autres constructions riveraines sont généralement soumises à un fort retranchement. — Égout. — Conduite d’eau dans une partie. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Frères (rue des Trois-).

Commence à la rue de la Victoire, nos 40 et 42 ; finit à la rue Saint-Lazare, nos 41 et 43. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 171 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

« Louis, etc… Notre cher et bien amé le sieur Jean-Louis Magny de Maison-Neuve, avocat en Parlement, nous a fait représenter que par arrêt de notre conseil d’état du 26 septembre dernier, nous aurions ordonné que pour procurer un nouveau débouché utile à la circulation du quartier du Faubourg-Montmartre, il serait ouvert une nouvelle rue de 30 pieds de largeur pour avoir son débouché, d’un côté dans la rue Saint-Lazare, et de l’autre dans la rue Chantereine, etc… Avons ordonné et ordonnons qu’il sera ouvert sur l’emplacement figuré, et coté no 12 sur le plan annexé à la minute du d. arrêt, appartenant à l’exposant, une nouvelle rue de 30 pieds de largeur dont la direction pourra, dans la suite, être prolongée jusque dans la rue de Provence, en face de la rue Taitbout ; voulons et entendons, par ces présentes que la d. rue sera nommée rue des Trois-Frères, etc. Donné à Fontainebleau le 25e jour du mois d’octobre l’an de grâce 1777 et de notre règne le 4e. Signé Louis. » — Ces lettres-patentes furent registrées au parlement le 14 avril 1778, et l’alignement de la nouvelle rue fut tracé le 3 septembre suivant. En 1781, cette rue n’était pas encore bordée de constructions. À cette époque, le sieur Duée de La Boulaye, propriétaire de terrains situés vis-à-vis du nouveau percement, conçut le projet de prolonger la rue des Trois-Frères jusqu’à celle de Provence ; mais, pour arriver à l’exécution de ce projet, il demanda que la direction de la rue des Trois-Frères fût légèrement modifiée. Des lettres-patentes, à la date du 17 février 1781, autorisèrent le sieur de La Boulaye à ouvrir une rue sous la dénomination de rue du Houssay, et prescrivirent en ces termes le changement de direction de la rue des Trois-Frères : « Art. 2. Dérogeant à ce qui est contenu en nos lettres-patentes du 25 octobre 1777, nous ordonnons que le débouché de la rue des Trois-Frères sur la rue Saint-Lazare, demeurera dans le même état que celui qui a été fixé et celui sur la rue Chantereine soit reporté de 30 pieds ou environ du côté du couchant, pour arriver en face de la nouvelle rue du Houssay. Annullons les procès-verbaux, opérations et plans qui ont été faits ; en conséquence, il sera procédé de nouveau à l’ouverture de la d. rue, sous la même autorisation et en conformité de ce qui est prescrit au présent article et au plan attaché sous le contre-scel de notre chancellerie, etc. » — Conformément à ces nouvelles lettres-patentes, la rue des Trois-Frères fut définitivement ouverte et construite. — Une ordonnance royale, à la date du 16 avril 1831, a maintenu la largeur primitive. Les constructions riveraines sont alignées. — Portion d’égout du côté de la rue de la Victoire. — Conduite d’eau depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Friperie (rue de la Grande-).

Commence à la rue du Marché-aux-Poirées, no 1 ; finit à la rue de la Tonnellerie, nos 16 et 18. Le dernier impair est 27 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 118 m. — 4e arrondissement, quartier des Marchés.

Dans une bulle de Callixte II, de l’année 1119, on voit que les Juifs étaient établis sur le territoire de Champeaux. Ils occupaient le terrain circonscrit aujourd’hui par les rues de la Lingerie, de la Tonnellerie et de la Cordonnerie. L’établissement des halles, terminé vers 1183, attira de ce côté des marchands qui bâtirent plusieurs voies publiques. Celle qui nous occupe, construite vers 1205, fut habitée par des fripiers et prit le nom de rue de la Grande-Friperie, qu’elle porte encore aujourd’hui. Il n’existe pas d’alignement pour cette rue, dont la largeur actuelle varie de 8 à 10 m. — Conduite d’eau depuis la rue du Marché-aux-Poirées jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Française).

Friperie (rue de la Petite-).

Commence aux rues de la Lingerie et du Marché-aux-Poirées ; finit à la rue de la Tonnellerie, nos 12 et 14. Pas de numéros impair ; ce côté est bordé par les bâtiments de la halle aux Draps ; le dernier pair est 30. Sa longueur est de 120 m. — 4e arrondissement, quartier des Marchés.

Bâtie quelques années après la rue de la Grande-Friperie, on la qualifia de Petite, pour la distinguer de celle qui était déjà construite. — Il n’existe pas d’alignement pour cette rue, dont la largeur actuelle est d’environ 7 m. 80 c. — Conduite d’eau depuis la rue Jean-de-Beauce jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Française).


Frochot (rue).

Commence à la rue Laval, no 17 ; finit à la place de la barrière Montmartre. Les numéros continuent la série de la rue Breda. Le dernier impair est 35 ; le dernier pair, 46. Sa longueur est de 94 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

En vertu d’une ordonnance royale du 27 septembre 1826, M. Brack a été autorisé à former sur son terrain et sur celui que la ville lui concéderait à titre d’échange, conformément à la délibération du conseil municipal du 1er janvier 1826 : 1o une rue de 12 m. de largeur depuis la rue Laval jusqu’à la barrière Montmartre ; 2o une place demi-circulaire au-devant de cette barrière. Cette autorisation a été accordée à la charge par l’impétrant — d’établir de chaque côté de la nouvelle rue des trottoirs en pierre dure de 2 m. de largeur, de supporter les frais de premier établissement du pavage et de l’éclairage de la rue, et pour moitié seulement avec la ville, ceux du pavage et de l’éclairage de la place ; de pourvoir également pour la rue nouvelle aux frais des travaux à faire pour l’écoulement souterrain ou à ciel ouvert des eaux pluviales ou ménagères ; de se soumettre aux lois et règlements de la voirie de Paris, etc. Ce percement a été immédiatement exécuté. Il porta successivement les noms de rue Brack, de la Nouvelle-Athènes, Breda, et enfin, celui de rue Frochot. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Nicolas-Thérèse Benoit comte Frochot, né vers l’an 1760, fut élu en 1799 membre du Corps-Législatif ; il donna bientôt sa démission pour diriger la préfecture de la Seine, qu’il occupa pendant douze ans. Destitué en 1812, lors de la conspiration Malet, le comte Frochot mourut près de Chaumont le 30 juillet 1828. Il fut considéré à juste titre comme un excellent administrateur.


Fromentel (rue).

Commence aux rues Chartière, no 2, et Saint-Jean-de-Latran, no 1 ; finit à la rue du Cimetière-Saint-Benoit. Un seul numéro pair, qui est 2. Sa longueur est de 39 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Cette rue était presqu’entièrement construite en 1230. Le cartulaire de Sainte-Geneviève dé 1243 la mentionne ainsi : Vicus qui dicitur Frigidum Mantellum. Son nom actuel n’est qu’une altération de celui de Froid-Mantel. — Une décision ministérielle du 13 fructidor an VII, signée Quinette, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. (Voyez Benoît, rue du Cimetière-Saint-).


Frondeurs (rue des).

Commence à la rue Saint-Honoré, nos 248 et 250 ; finit aux rues de l’Évêque, no 1, et de l’Anglade, no 2. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 45 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Construite au XVe siècle, elle a pris son nom des Frondeurs, qui troublèrent le royaume en 1648. — Une décision ministérielle à la date du 3 nivôse an X, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 4 octobre 1826 ont fixé la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Les maisons nos 1 et 3 devront reculer de 40 c. environ ; celle no 5, retranchement réduit 3 m. 70 c. ; propriétés nos 2 et 4, retranchement 3 m. 20 c. ; no 6, retranchement 3 m. 20 c. à 4 m. 50 c. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Funambules (théâtre des).

Situé boulevart du Temple, no 62. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Anciennement occupé par des danseurs de corde, ce théâtre depuis 1830 offre au public des vaudevilles et des drames ; mais les pièces qui attirent la foule sont les pantomimes-arlequinades, dans lesquelles le célèbre Debureau remplit les rôles de Pierrot.


Furstenberg (rue).

Commence à la rue Jacob, nos 3 et 5 ; finit à la rue de l’Abbaye, nos 4 et 6. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 82 m. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Cette rue a été bâtie en 1699. On lui donna le nom de Furstenberg, en l’honneur du cardinal Furstenberg, alors abbé de Saint-Germain-des-Prés. En 1806, c’était la rue de Wertingen, en mémoire du célèbre combat de Wertingen, livré le 8 octobre 1805, où les Français détruisirent un corps considérable d’Autrichiens. En 1815, elle reprit son premier nom. — Une décision ministérielle en date du 21 août 1817 et une ordonnance royale du 29 avril 1839 ont maintenu les dimensions de cette rue ainsi qu’il suit : portion comprise entre la rue Jacob et la partie formant place à 7 m. 80 c. de largeur ; la place à 24 m., et le surplus à 11 m. Bassin d’égout.

Février 1844.


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Gabriel (avenue).

Commence à la place de la Concorde et à la rue des Champs-Élysées, no 1 ; finit à l’avenue Matignon. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par les Champs-Élysées ; le dernier pair est 38. Sa longueur est de 695 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

La partie de cette avenue comprise entre la rue des Champs-Élysées et l’avenue Marigny était confondue autrefois dans les Champs-Élysées. Formée en 1818, elle doit son nom à Jacques-Ange Gabriel, célèbre architecte, qui naquit à Paris en 1710 et mourut dans la même ville vers 1782. On sait que la place Louis XV, aujourd’hui de la Concorde, où cette avenue prend naissance, a été tracée en 1763 sur les dessins de Gabriel. Le monument qui fait le plus d’honneur au talent de cet artiste est sans contredit l’École-Militaire, dont il commença la construction en 1751. — Il résulte d’un alignement approuvé le 13 messidor an VII par le ministre de l’intérieur Quinette, que les constructions bordant cette partie d’avenue sont soumises à un retranchement considérable. Le surplus de l’avenue Gabriel était formé dès 1670. Il n’existe point d’alignement pour cette deuxième partie. — Éclairage au gaz (compe de l’Ouest).


Gaillard (passage).

Commence à l’allée des Veuves ; finit à la rue Marbeuf, no 8. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Le terrain sur lequel a été ouvert ce passage était connu en 1789 sous le nom de Marais des Gourdes ; il appartenait alors aux religieuses de la Visitation-Sainte-Marie de Chaillot. Leur communauté ayant été supprimée en 1790, leurs biens devinrent propriétés nationales. Le terrain dont il s’agit fut vendu en 1792. En 1825 le passage fut formé par M. Gaillard.


Gaillon (rue).

Commence à la rue Neuve-des-Petits-Champs, nos 52 et 54 ; finit à la rue Neuve-Saint-Augustin, nos 27 et 31. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 22. Sa longueur est de 151 m. — 2e arrondissement, quartier Feydeau.

En 1495 c’était la ruelle Michaut-Riegnaut ; en 1525 la rue Michaut-Regnaut en raison d’un voiturier ainsi appelé qui y possédait une grande maison et un jardin. On lui donna en 1578 la dénomination qu’elle conserve encore aujourd’hui, en raison de l’hôtel Gaillon, remplacé depuis par l’église Saint-Roch ; elle prenait naissance sous ce nom à la rue Saint-Honoré et aboutissait à la Porte Gaillon, près de l’endroit où est maintenant le boulevart, en face de la rue Delamichodière. En 1700, cette porte fut abattue et l’on supprima, en vertu d’un arrêt du conseil du 3 juillet 1703, une partie de la rue Gaillon, qui ne s’étendit plus à partir de cette époque que jusqu’à la rue Neuve-Saint-Augustin. La partie entre la rue Saint-Honoré et la rue Neuve-des-Petits-Champs prit au XVIIe siècle le nom de Lorges, en raison de l’hôtel de Lorges qui était situé au coin nord-est de cette rue et de la rue Neuve Saint-Augustin, et ensuite celui de rue Neuve-Saint-Roch, parce que l’église Saint-Roch y est située. — Une décision ministérielle en date du 28 ventôse an IX, signée Chaptal, fixa la largeur de la rue Gaillon à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 4 octobre 1826, cette dimension est portée à 12 m. : de 1 à 11 inclus, retranchement 1 m. 20 c. à 2 m. ; de 13 à 17 inclus, retranchement 70 c. à 1 m. 20 c. ; 19, retranchement 60 c. ; 21, retranchement 50 c. ; 23, retranchement 40 c. ; 25, aligné ; de 2 à 10, retranchement 2 m. 40 c. à 3 m : 30 c. ; de 12 à 20 inclus, retranchement 3 m. 30 c. à 4 m. 25 c. ; 22, aligné. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Gaîté (théâtre de la).

Situé boulevart du Temple, no 68. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Nicolet, directeur d’une troupe de sauteurs qui desservaient les foires Saint-Germain et Saint-Laurent, vint en 1759 s’établir sur le boulevart. Il y fit construire un théâtre où l’on représentait des pièces grivoises et des pantomimes-arlequinades qui furent accueillies avec la plus grande faveur. Taconnet, le meilleur acteur de cette troupe, composait des pièces qui lui valurent le surnom de Molière des boulevarts. Il attirait tout Paris au théâtre de Nicolet lorsqu’il jouait un rôle d’ivrogne ou de savetier. Quand il voulait exprimer le dernier degré de son mépris pour quelqu’un, il disait : Je te méprise comme un verre d’eau. Cet excellent comédien mourut gaiment à l’hospice de la Charité. — En 1769 les directeurs de l’Opéra, jaloux des succès obtenus par Nicolet, firent interdire la parole aux acteurs de ce théâtre. Cet ordre rigoureux ne fut pas longtemps en vigueur. En 1772 la troupe de Nicolet joua quelques représentations devant la cour, réunie alors à Choisy. La favorite Du Barry fut si contente de ce spectacle, qu’elle lui fit donner le titre de théâtre des Grands Danseurs du Roi. Nicolet fut le premier qui offrit un exemple honorable. Les flammes ayant dévoré en 1777 toutes les constructions de la foire Saint-Ovide, il donna une représentation au bénéfice des incendiés. Cette générosité trouva dans la suite de nombreux imitateurs. En 1792, le spectacle de Nicolet prit le nom de théâtre de la Gaîté. Trois ans après, un comédien nommé Ribié était chargé de la direction de cette entreprise, qui reçut le titre de théâtre d’Émulation. En 1798 la veuve Nicolet lui rendit sa dénomination de théâtre de la Gaîté. La féerie du Pied de Mouton, représentée en 1806, attira tout Paris. Les dispositions de la salle, bâtie en 1760, n’étant plus en harmonie avec les besoins de l’époque (1808), M. Bourguignon, gendre de la veuve Nicolet, chargea l’architecte Peyre de reconstruire une nouvelle salle. Les travaux en furent promptement terminés. Depuis ce moment jusqu’à l’année 1837, de nombreux succès dus principalement au genre de pièces appelées mélodrames, placèrent la Gaîté au premier rang des spectacles des boulevarts. Un affreux incendie détruisit ce théâtre le 21 février 1835. Neuf mois après il était rétabli et ouvert au public. Sur la façade de la nouvelle salle, on remarque l’inscription suivante : « Théâtre de la Gaîté fondé en 1760 par J.-B. Nicolet, reconstruit en 1808, incendié le 21 février 1835, réédifié en fer, la même année. Bourlat, architecte. » La dépense s’est élevée à 443,000 fr. On représente toujours sur ce théâtre des vaudevilles, des drames et des pièces féeries. — Prix des places en 1844 : avant-scène des 1res et du rez-de-chaussée, 4 fr. ; 1res loges de face et baignoires fermées, 3 fr. ; 2mes loges de face, stalles de balcon et amphithéâtre, 2 fr. 50 c. ; 1res loges découvertes, avant-scène des 2mes, stalles d’orchestre, et orchestre adossé, 2 fr. 25 c. ; 1re galerie de côté, 2 fr. ; orchestre et pourtour, 1 fr. 50 c. ; 2me galerie et avant-scène des 3mes, 1 fr. 25 c. ; parterre, 1 fr. ; 3me galerie, 60 c. ; 4e amphithéâtre, 40 c.


Galande (rue).

Commence à la rue des Lavandières, no 2, et à la place Maubert, no 16 ; finit aux rues Saint-Jacques, no 1, et du Petit-Pont, no 29. Le dernier impair est 79 ; le dernier pair, 58. Sa longueur est de 230 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Cette rue fut percée en 1202 sur le clos Mauvoisin, qui faisait partie de la seigneurie de Garlande, dont on a fait Galande par corruption. (Voir l’article de la rue du Fouarre.) Cette famille des Garlande occupait au XIIe siècle les premières charges du royaume. Anzeau de Garlande, qui fut tué au siège du Puiset, en 1118, avait été sénéchal et premier ministre sous les rois Philippe Ier et Louis-le-Gros. Étienne de Garlande, son frère, évêque de Beauvais, fut sénéchal de France, chancelier et premier ministre durant neuf années. Il mourut en 1151. Anselme de Garlande était prévôt de Paris en 1192. — La rue Galande a été élargie en vertu d’un arrêt du conseil d’état, en date du 6 juin 1672. — Une décision ministérielle du 8 nivôse an IX, signée Chaptal, a fixé à 10 m. la moindre largeur de cette voie publique. Les maisons nos 21, 55, 57, 75, 77, 79 ; 20, 22, 24, 56 et 58, ne sont pas soumises à retranchement ; celles no 7, 9, 11, 51, 53 ; 16, 18 et 26, ne devront subir qu’un léger redressement. — Égout entre la rue des Anglais et la place Maubert. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).


Garancière (rue).

Commence à la rue du Petit-Bourbon, no 9 ; finit à la rue de Vaugirard, nos 34 et 36. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 220 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

C’était autrefois la ruelle de Saint-Sulpice. Elle doit sa dénomination actuelle à l’hôtel Garancière, construit au XVe siècle, et que l’on trouve indiqué sous les noms de Garance et Garancée. — Une décision ministérielle du 19 germinal an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de la rue Garancière à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 3 avril 1843, cette moindre largeur est portée à 10 m. De 1 à 7 inclus, retranchement 3 m. 40 c. à 3 m. 70 c. ; mur de clôture portant le no 9, aligné ; de 11 à 17 inclus, retranchement 80 c. à 2 m. 20 c. ; propriété à l’encoignure de la rue de Vaugirard, retranchement réduit 50 c. ; nos 2 et 4, alignés ; 6, redressement ; 8 et 10, retranchement qui n’excède pas 50 c. ; 12, retranchement réduit 1 m. 10 c. ; 14, retranchement réduit 2 m. 50 c. — Égout entre les rues du Petit-Bourbon et Palatine. — Éclairage au gaz (compe Française).


Garçons-Saint-Germain (rue des Mauvais-).

Commence à la rue de Buci, nos 7 et 9 ; finit à la rue des Boucheries, nos 24 et 26. Le dernier impair est 21 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 110 m. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Au mois de février 1254, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés vendit à Raoul d’Aubusson un terrain en face des murs de la ville, moyennant une redevance annuelle de 40 sols parisis. On lit dans cet acte que l’abbé de Saint-Germain se réserva le droit de faire ouvrir derrière ce terrain un chemin de 3 toises de large. En 1265, ce chemin était tracé et fut désigné plus tard sous le nom de la Folie Reinier, en raison d’une maison de plaisance appartenant à un nommé Reinier. Cette propriété exista dans cette rue jusqu’en 1399. Vers cette époque, des bouchers étant venus habiter cette voie publique, elle prit alors le nom de l’Écorcherie. Ces mêmes bouchers et leurs garçons excitèrent des troubles sous le règne malheureux de Charles VI et le peuple donna plus tard à cette rue le nom des Mauvais-Garçons. — Une décision ministérielle à la date du 8 nivôse an IX, signée Chaptal, avait fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 12 mai 1841, cette dimension a été portée à 10 m. De 1 à 5 inclus, retranchement 1 m. 85 c. à 2 m. 85 c. ; no 7, aligné ; 7 bis, 9 et 11, retranchement 1 m. à 1 m. 50 c. ; 13, retranchement 80 c. ; 15, retranchement 50 c. ; 17, redressement ; 19, aligné ; 21, redressement ; 2, retranchement 2 m. 50 c. ; de 4 à la fin retranchement 3 m. à 4 m. 70 c. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).


Garçons-Saint-Jean (rue des Mauvais-).

Commence à la rue de la Tixéranderie, nos 65 et 67 ; finit à la rue de la Verrerie, nos 3 et 5. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 26. Sa longueur est de 99 m. — 7e arrondissement, quartier du Marché-Saint-Jean.

Quelques habitations bordaient déjà cette rue sous le règne de Louis-le-Jeune. Tous les anciens titres lui donnent le nom de rue Chartron. En 1300, elle était habitée par des filles publiques. En 1537, on la trouve indiquée sous le nom de rue Chartron. Des bandits qui désolèrent Paris, lors de la captivité de François Ier, lui firent donner la dénomination de rue des Mauvais-Garçons. — Une décision ministérielle du 28 brumaire an VI, signée Letourneux, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 28 octobre 1838, cette largeur a été portée à 10 m. Les constructions du côté des numéros impairs devront reculer de 4 à 6 m. La maison située sur le côté des numéros pairs, à l’encoignure de la rue de la Tixéranderie, et celle no 4 sont alignées. Les propriétés nos 2 et de 6 à 16 inclues sont soumises à un retranchement qui varie de 80 c. à 1 m. 48 c. ; celles de 18 à la fin ne devront subir qu’un léger redressement. — Conduite d’eau depuis la rue de la Tixéranderie jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Gare (barrière de la).

Située à l’extrémité du quai d’Austerlitz.

Jusqu’en 1818, la barrière de la Gare était située à l’extrémité du quai d’Austerlitz, mais sur un emplacement beaucoup plus rapproché du pont. À cette époque le village d’Austerlitz ayant été renfermé dans l’enceinte de Paris, la barrière de la Gare fut reculée. Deux petits pavillons construits en 1832 décorent cette barrière, qui avait tiré son nom d’une gare voisine destinée à mettre les bateaux à l’abri des glaces. Cet utile bassin n’a jamais été terminé.


Gare (chemin de ronde de la barrière de la).

Commence à la barrière de la Gare et au quai d’Austerlitz ; finit à la barrière d’Ivry et à la Grande-Rue d’Austerlitz. Pas de numéro. Sa longueur est de 980 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Il a été formé en 1818, sur une partie de l’emplacement du village d’Austerlitz (voyez Austerlitz, Grande-Rue d’).


Gare (rue Neuve-de-la-).

Commence au chemin de ronde de la barrière de la Gare ; finit au boulevart de l’Hôpital. Pas encore de numéro. Sa longueur est de 885 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Une ordonnance royale à la date du 27 avril 1825, autorisa l’administration des hospices de Paris et les sieurs Bouhin, Godde, Magu et le baron Hély-d’Oissel, à ouvrir sur les terrains du clos de la Gare et du pré de l’Hôpital, qui leur appartenaient, cinq rues indiquées sur le plan par les letttres A, B, C, D, E ; la première sur 15 m., la dernière sur 12 m., et les trois autres sur 13 m. de largeur. Cette autorisation fut accordée à la charge par les impétrants — de supporter les frais d’établissement du premier pavage et éclairage des rues nouvelles ; d’établir dans la rue A, des trottoirs de 2 m. de large, et dans les autres des trottoirs de 1 m. 50 c. de chaque côté desdites rues, au fur et à mesure qu’il s’y construirait des maisons d’habitation. — Une seconde ordonnance du 14 janvier 1829 modifia la précédente, mais seulement en ce qui concernait le nombre des rues. Elles furent réduites à quatre. Ces divers percements furent immédiatement tracés. La principale rue, celle dont la largeur est fixée à 15 m, a reçu la dénomination de rue Neuve-de-la-Gare. Les trois autres voies publiques commencent au quai d’Austerlitz et se terminent à la rue Neuve-de-la-Gare. Elles ne sont pas entièrement construites et n’ont pas encore reçu de dénominations officielles. — Égout.


Gasté (rue).

Commence à la rue Basse-Saint-Pierre, nos 5 et 7 ; finit aux rues des Batailles, no 1, et de Chaillot, no 2. Pas de numéro. Sa longueur est de 56 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Le plan de Verniquet l’indique sous le nom de ruelle Montante. Effectivement sa pente est très rapide. — Une décision ministérielle du 15 vendémiaire an IX signée L. Bonaparte, a fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. En 1806, elle a reçu la dénomination de rue Gasté, qu’elle doit sans doute à un propriétaire riverain. Les constructions du côté gauche ne sont pas soumises à retranchement ; celles du côté opposé devront reculer de 1 m. à 1 m. 60 c.


Gazomètre (rue du).

Commence à la place de La Fayette, no 8 ; finit à la rue des Jardins, no 2. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 61 m. — 3e arrondissement, quartier du Faubourg-Poissonnière.

Cette rue a été ouverte sur les terrains appartenant à MM. André et Cottier. L’ordonnance qui autorisa ce percement est à la date du 31 janvier 1827 ; elle fixa la largeur de cette rue à 12 m. On donna à cette voie publique le nom de rue du Gazomètre, parce qu’étant prolongée elle déboucherait vis-à-vis du gazomètre de la rue du Faubourg-Poissonnière. — Une ordonnance royale du 2 février 1839 a porté la largeur de la rue du Gazomètre à 15 m. 75 c., depuis la place de La Fayette jusqu’à la rue des Jardins. Le surplus qui forme impasse, dans une longueur de 32 m., a été maintenu à 12 m. de largeur. Toutes les propriétés riveraines sont alignées. (Voyez Abattoir, rue de l’.)

Geneviève (carré Sainte-).

Situé entre les rues de la Montagne-Sainte-Geneviève, no 86, et des Sept-Voies, no 35. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par le Panthéon ; le dernier pair est 12. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

On a commencé à bâtir des maisons sur son emplacement vers 1355. Cette place doit son nom à l’ancienne église Sainte-Geneviève, dont nous parlerons à l’article du collége Henri IV. — Une décision ministérielle du 13 juin 1807, signée Champagny, a déterminé l’alignement de cette voie publique. Conformément à une enquête faite en vertu d’un arrêté préfectoral du 17 décembre 1843, cet alignement doit être exécuté par voie d’expropriation, afin de compléter la régularisation des abords du Panthéon.


Geneviève (rue de la Montagne-Sainte-).

Commence aux rues des Noyers et Saint-Victor, no 169 ; finit à la rue des Prêtres-Saint-Étienne-du-Mont, no 16, et au carré Sainte-Geneviève, no 2. Le dernier impair est 85 ; le dernier pair, 86. Sa longueur est de 347 m. — 12e arrondissement ; de 1 à 65 et les dépendances de l’École-Polytechnique, quartier du Jardin-du-Roi ; de 77 à la fin et tous les numéros pairs, quartier Saint-Jacques.

Elle est ainsi appelée parce qu’elle conduisait à l’abbaye Sainte-Geneviève située sur une montagne. Elle se nommait anciennement Sainte-Geneviève, rue Sainte-Geneviève-la-Grande, Sainte-Geneviève-du-Mont et des Boucheries. Cette dernière dénomination lui avait été donnée en raison de plusieurs étaux qu’on permit d’y établir à la fin du XIIe siècle et au commencement du suivant. De 1793 à 1805, elle porta le nom de rue de la Montagne. — Une décision ministérielle du 8 brumaire an X, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de cette rue à 10 m. Une ordonnance royale du 12 janvier 1844 a déclaré d’utilité publique l’acquisition des propriétés nos 59, 61 et 63, dont l’emplacement devra être réuni à l’École-Polytechnique. Les propriétés nos 1, 3, 53, 55, 59, 67, 85, 87 ; 20, 22, 24, 40, 42, 46, 68, 70, 84 et 84 bis, ne sont pas soumises à retranchement. — Égout entre les rues Saint-Victor et Basse-des-Carmes. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Le collége de Laon avait son entrée dans cette rue. Guy, chanoine de Laon, trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, et Raoul de Presles, clerc du roi, s’unirent en 1314 pour fonder ce collége. Le premier donna mille livres de rente amortie et les maisons qu’il avait dans la rue Saint-Hilaire (aujourd’hui des Carmes), et dans celle du clos Bruneau, appelée maintenant rue Saint-Jean-de-Beauvais. Le second fit don, pour sa part, de deux cents livres de rente. Tous deux se réservèrent la disposition et l’administration de leur collége, qu’ils destinèrent à recevoir les pauvres écoliers des diocèses de Laon et de Soissons. Par l’imprévoyance des fondateurs, de vives querelles s’élevèrent entre les habitants de ce collége ; ces contestations amenèrent en 1323 la division de cet établissement en collége de Laon et en collége de Soissons ou de Presles. Le collége de Laon occupa les logements de la rue du Clos-Bruneau (Saint-Jean-de-Beauvais), où fut depuis le collége de Lisieux. Le collége de Soissons ou de Presles fut établi sur le terrain qui donnait sur la rue Saint-Hilaire (des Carmes), à la charge d’une redevance de vingt-quatre livres de rente envers l’autre collége. En 1327, Guy de Laon établit dans le sien un principal, un chapelain et seize boursiers. Douze ans après, en 1339, Gérard de Montaigu, depuis avocat au parlement, légua aux écoliers sa maison appelée l’hôtel du Lion-d’Or, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Ils y furent transférés en 1340, et l’on trouve qu’en 1342, Foulques de Chanac permit d’y célébrer l’office divin. En 1773, ces deux établissements furent réunis au collége de Louis-le-Grand. La partie dite collége de Laon devint propriété de l’État, et fut vendue en deux lots le 30 avril 1822, savoir : le premier lot à un particulier moyennant 97,600 francs ; et le deuxième, 37,700 francs à la ville de Paris, qui a fait construire sur cet emplacement une partie du marché des Carmes.

Au no 37 était situé le collége de la Marche. Il fut fondé, en 1420, par Guillaume de la Marche et par Beuve de Vinville, pour six écoliers, quatre de la Marche et deux de Rosières-aux-Salines, de Lorraine. Dans la suite le nombre des boursiers s’éleva jusqu’à vingt-un. Ce collége, qui avait acquis de la célébrité, devint en 1790 propriété nationale. En exécution du décret impérial du 11 décembre 1808, l’Université a été mise en possession des colléges de la Marche et de Bayeux. Aujourd’hui les bâtiments du collége de la Marche sont occupés par une caserne d’infanterie.

Au no 52 était situé le séminaire des Trente-Trois. Claude Bernard, dit le pauvre prêtre, le fonda en 1633. Il y rassembla d’abord cinq écoliers, en l’honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, puis douze en l’honneur des douze apôtres ; enfin trente-trois en mémoire du même nombre d’années que vécut Jésus-Christ. La reine Anne d’Autriche donna à ces écoliers 33 livres de pain par jour ; ils demeurèrent d’abord dans une salle du collége des Dix-Huit, puis dans six chambres qu’on loua pour eux au collége de Montaigu, enfin le 7 mai 1657, à l’hôtel d’Albiac qu’on avait acheté. Ce séminaire fut supprimé en 1790. Devenu propriété nationale, il fut vendu le 14 vendémiaire an IV.

Au no 55 était situé le collége de Navarre. Nous en parlerons à l’article de l’École-Polytechnique.

Au no 83 était la principale entrée du collége de Hubant ou de l’Ave-Maria. Il fut fondé en 1336, par Jean de Hubant, clerc, conseiller du roi, dans une maison qu’il acheta de sa majesté, au mois d’août 1327, moyennant 180 livres, et dans laquelle il établit quatre pauvres étudiants, un principal et un chapelain. Il donna une de ses propriétés rue des Poirées, et fit l’abandon de la troisième partie du produit des dîmes du territoire de Cormilliers. D’après l’acte de fondation, les boursiers devaient être nés au village de Hubant dans le Nivernais. Cet établissement prit ensuite le nom d’Ave-Maria, parce que le fondateur fit graver sur la porte de ce collége ces deux mots en lettres d’or : Ave-Maria. En 1767, il fut réuni au collége Louis-le-Grand. Devenu propriété de l’État, il fut vendu le 7 septembre 1810.


Geneviève (ruelle Sainte-).

Commence à la rue de Chaillot, nos 89 et 91 ; finit à la rue du chemin de Versailles. Pas de numéro. Sa longueur est de 240 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Cette ruelle, percée en 1792, porta d’abord le nom d’Hébert, ensuite celui de Sainte-Périne, parce qu’elle était située près de l’ancienne abbaye de Sainte-Périne, dont nous avons parlé à l’article de la rue de Chaillot. En 1806, on lui donna le nom de Sainte-Geneviève, parce que les bâtiments de cette maison religieuse avaient été occupés par les chanoinesses de Sainte-Geneviève. — Une décision ministérielle du 2 août 1816 a fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Les constructions riveraines sont soumises à un fort retranchement.


Geneviève (rue Neuve-Sainte-).

Commence aux rues de la Contrescarpe, no 25, et de la Vieille-Estrapade, no 1 ; finit à la rue des Postes, nos 35 et 37. Le dernier impair est 29 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 294 m. — 12e arrondissement, quartier de l’Observatoire.

Ouverte sur le clos de Sainte-Geneviève, elle en a retenu la dénomination. — Une décision ministérielle du 13 floréal an IX, signée Chaptal, fixa la moindre largeur de cette rue à 7 m. Une ordonnance royale du 23 janvier 1844 a porté cette largeur à 10 m., et déclaré d’utilité publique l’exécution immédiate de l’alignement au droit de la propriété no 35, sur la rue des Postes, afin d’établir sur ce point une petite place devant l’entrée du collége Rollin, au moyen de la formation d’un pan coupé de 12 m. Cette amélioration sera prochainement effectuée. La propriété no 1 est soumise à un retranchement réduit de 1 m. Les maisons de 3 à la fin devront reculer de 1 m. 50 c. à 1 m. 90 c. Propriété no 2, retranchement réduit 3 m. ; de 4 à la fin, retranchement qui varie de 1 m. 40 c. à 2 m. 30 c.

La communauté de Sainte-Aure était située dans cette rue aux nos 12, 14, 16, 18 et 20. — En 1637, M. Gardeau, curé de Saint-Étienne-du-Mont, voulant retirer du libertinage plusieurs jeunes filles que la misère avait entraînées, acheta dans la rue des Poules une maison, afin d’y loger et nourrir ces malheureuses. Cette réunion prit le titre de communauté de Sainte-Théodore. Quelques années après, M. de Harlay, archevêque de Paris, ayant jugé à propos de donner un nouveau directeur à cet établissement, les filles ne voulurent point l’accepter et abandonnèrent leur maison. Cependant on parvint à en ramener plusieurs qui formèrent la communauté de Sainte-Aure, et furent placées dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève. En 1707, elles firent construire une église, et le roi leur accorda des lettres-patentes données à Meudon, au mois de juillet 1723. Vers 1760, elles embrassèrent la règle de saint Augustin, et prirent le titre de religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du Sacré-Cœur de Jésus. — Jeanne Vaubernier, comtesse Du Barry et dernière favorite de Louis XV, fut élevée dans ce couvent, dont la suppression eut lieu en 1790. Les bâtiments de cette communauté devinrent propriétés nationales et furent vendus le 15 thermidor an IV.


Gentilly Saint-Marcel (rue de).

Commence à la rue Mouffetard, nos 296 et 298 ; finit au boulevart de l’Hôpital, nos 2 et 4. Le seul impair est 1 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 310 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Elle est indiquée sur le plan de Jaillot, qui ne lui donne pas de dénomination. Peu de temps après, c’était la rue du Chemin allant à Gentilly ; elle se dirige effectivement vers le village de ce nom. — Une décision ministérielle du 15 messidor an XII, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une autre décision du 14 septembre 1829 elle a pris le nom de rue de Gentilly-Saint-Marcel. Une ordonnance royale du 2 décembre 1829 a porté à 12 m. la largeur de cette rue. Une grande partie du côté gauche et les constructions nos 10 bis, 12 et 14 sont alignées. Cette voie publique n’est pas encore pavée.


Genty (passage).

Commence au quai de la Râpée, nos 21 et 23 ; finit à la rue de Bercy, no 48. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

Ce passage a été formé vers 1806 par M. Genty. Depuis une raffinerie y a été établie, et on le désigne quelquefois sous la dénomination de Passage de la Raffinerie.


Geoffroy-l’Angevin (rue).

Commence à la rue Sainte-Avoie, nos 41 et 43 ; finit à la rue Beaubourg, nos 20 et 22. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 139 m. — 7e arrondissement, quartier Sainte-Avoie.

En 1278, c’était la rue Géfroi-l’Angevin. Guillot l’appelle Giéfroi-l’Angevin. — Une décision ministérielle du 3 pluviôse an IX, signée Chaptal, avait fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Cette largeur a été portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 29 mars 1827. Les maisons nos 15, 17 ; 4, 6, 14, 16, 18 et de 24 à 28 inclusivement, sont alignées. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Geoffroy-l’Asnier (rue).

Commence aux quais de la Grève, no 2, et des Ormes, no 78 ; finit à la rue Saint-Antoine, nos 40 et 44. Le dernier impair est 35 ; le dernier pair, 42. Sa longueur est de 190 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Hôtel-de-Ville.

Au XIVe siècle on l’appelait rue Frogier et Forgier l’Asnier. Dès 1445, elle est indiquée sous le nom de Geoffroy-l’Asnier, qu’elle devait sans doute à quelqu’un de la famille de l’Asnier, très connue alors. — Une décision ministérielle du 13 thermidor an VI, signée François de Neufchâteau, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 8 m. Cette moindre largeur a été portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 4 mars 1836. Les maisons nos 13, 15, l’entrée de la mairie du 9e arrondissement et les propriétés nos 2 et 4, ne sont pas soumises à retranchement ; celles nos 17, 40 et 42, devront subir un léger redressement. — Égout entre le quai de la Grève et la rue de l’Hôtel-de-Ville. — Conduite d’eau depuis la rue Saint-Antoine jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Le connétable de Montmorency a longtemps habité cette rue, dans laquelle il fit bâtir la maison no 26, qui porte encore les armoiries de cette famille célèbre.


Geoffroy-Marie (rue).

Commence aux rues du Faubourg-Montmartre, no 22 et de la Boule-Rouge, no 1 ; finit à la rue Richer, no 19 bis. Le dernier impair est 15 ; le dernier pair, 10 bis. Sa longueur est de 140 m. — 2e arrondissement, quartier du Faubourg-Montmartre.

Cette rue a été ouverte en 1842 sur une partie des terrains dits de la Boule-Rouge, appartenant à l’Hôtel-Dieu en vertu de la donation suivante :

« À tous ceux qui ces présentes lettres verront, l’official de la cour de Paris salut en notre seigneur ; savoir faisons que pardevant nous ont comparu GEOFFROY, couturier de Paris, et MARIE, son épouse : lesquels ont déclaré que naguère, ils avaient, tenaient et possédaient de leurs conquêts une pièce de terre contenant environ huit arpens, sise aux environs de la grange qui est appelée Grange-Bataillère, hors des murs de Paris à la porte Montmartre, en un clos dans la censive de l’Hôtel-Dieu de Paris, chargée de huit livres parisis de cens accru, payable chaque année à jour fixe en quatre termes suivant la coutume de Paris ; lesquels d. huit arpens de terre, chargés comme il vient d’être dit, et de quelques droits ou de quelque façon qu’ils puissent l’être dorénavant, les d. Geoffroy et Marie, son épouse, ont donné en notre présence dès maintenant et à toujours et par donation faite entre-vifs, ont concédé en notre présence aux pauvres de l’Hôtel-Dieu de Paris, pour les tenir et posséder à perpétuité sans rien retenir de la d. pièce, ni pour eux, ni pour leurs héritiers. ٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠ Les d. Geoffroy et Marie ont promis volontairement, spontanément et sans violence, de leur science certaine et de bonne foi que pour cause des biens remis en notre main et contenus en la donation qui précède, aucun trouble ne serait apporté pour cause de dot où de conquêt ou d’autres droits quelconques, soit par eux-mêmes, soit par d’autres à l’avenir.

En récompense de laquelle chose, les frères du d. Hôtel-Dieu, ont concédé aux d. Geoffroy et Marie et à perpétuité, la participation qu’ils ont eux-mêmes aux prières et aux bienfaits qui ont été faits et qui se feront à l’avenir au d. Hôtel-Dieu. Ont également promis les d. frères de donner et fournir en récompense de ce qui précède aux d. Geoffroy et Marie, pendant leur vie et au survivant d’eux, tout ce qui leur sera nécessaire en vêtements et nourritures à l’usage des d. frères et sœurs, de la même manière et suivant le même régime que les d. frères et sœurs ont l’habitude de se vêtir et nourrir. ٠٠٠٠٠٠٠٠ Donné en l’année de notre seigneur 1260 le 1er jour du mois d’août. ٠٠٠٠ Signé Durand. » (Traduction de la minute écrite en latin).

Le 30 septembre 1840, une partie de ces terrains fut vendue par l’administration des hospices aux sieurs Pène et Maufra, moyennant 3,075,600 fr., et une ordonnance royale du 10 janvier 1842 autorisa le premier de ces propriétaires à ouvrir sur cet emplacement une rue de 12 m. de largeur. Les conditions suivantes furent imposées à l’impétrant : de supporter, conformément aux prescriptions de l’administration, les frais de nivellement, ceux de pavage en chaussée bombée en pavé dur d’échantillon, avec sous-pavage sous les ruisseaux, ceux d’établissement de bornes-fontaines et du matériel pour l’éclairage au gaz ; de supporter également la dépense des trottoirs en granit, dont le montant devra être versé à la caisse municipale, et dont la construction sera ensuite exécutée par les soins de l’administration ; de faire les frais de construction de bouches et branchements d’égouts nécessaires à l’écoulement des eaux pluviales et ménagères ; enfin de se conformer à tous les règlements de voirie et de se soumettre la surveillance des agents de l’administration pendant le cours des constructions.


Georgeau (rue du Clos).

Commence à la rue de la Fontaine-Molière, nos 21 et 23 ; finit à la rue Sainte-Anne, nos 12 et 14. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 46 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Plusieurs titres, qui proviennent des archives de l’archevêché, mentionnent le clos Jargeau, dont on a fait depuis Georgeau. En 1610, Pierre Doria, sieur de Cernay, écuyer, acheta un vaste terrain situé entre ce clos et le Marché-aux-Chevaux. En 1620, la rue qui nous occupe fut ouverte sur cet emplacement. Elle était bordée de constructions en 1647. — Une décision ministérielle à la date du 3 frimaire an X, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 4 octobre 1826, cette largeur a été portée à 10 m. La maison no 4 est alignée. Les autres constructions devront reculer de 1 m. 40 c. à 1 m. 65 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Georges (place Saint-).

Située à la jonction des rues Neuve-Saint-Georges et Notre-Dame-de-Lorette. Pas de numéro. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

En vertu d’une ordonnance royale du 21 avril 1824, la compagnie Dosne, Loignon, Censier et Constantin fut autorisée à former sur les terrains à elle appartenant : 1o une rue de treize mètres de largeur, aboutissant d’un côté à la rue de La Rochefoucauld et se dirigeant vers la rue du Faubourg-Montmartre, à la jonction de celle-ci avec les rues Saint-Lazare et des Martyrs ; 2o une autre rue de 11 m. 70 c. de largeur partant de la rue Saint-Lazare vis-à-vis de la rue Saint-Georges jusqu’à la rencontre de la première ; 3o une place circulaire de 32 m. 50 c. de diamètre, au point de jonction de ces deux rues ; 4o enfin une troisième rue de 9 m. 75 c. de large, formant embranchement avec la première et aboutissant à la rue de La Rochefoucauld ; cette autorisation fut accordée à la charge par la compagnie — de supporter les frais de premier établissement du pavage et d’éclairage des nouvelles voies, d’y établir des trottoirs, et de construire sur le milieu de la place une fontaine dont le plan serait soumis à l’approbation de l’administration, et en outre de se conformer aux lois et règlements sur la voirie de Paris — Ces percements furent immédiatement exécutés. La rue de 13 m. de largeur a reçu la dénomination de rue Notre-Dame-de-Lorette. La rue de 11 m. 70 c. de largeur a été appelée rue Neuve-Saint-Georges. La place dont il est question au présent article a pris le nom de place Saint-Georges. Enfin on a donné à la rue de 9 m. 75 c. de largeur la dénomination de rue Labruyère. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Georges (rue Neuve-Saint-).

Commence à la rue Saint-Lazare, nos 22 et 26 ; finit à la place Saint-Georges. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 163 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Elle a été ouverte en 1824 sur les terrains de la compagnie Dosne, Loignon Censier et Constantin. (Voyez l’article qui précède.) Sa largeur est de 11 m. 70 c. On lui donna la dénomination de rue Neuve-Saint-Georges, parce qu’elle prolonge la rue de ce nom. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Georges (rue Saint-).

Commence à la rue de Provence, nos 32 et 34 ; finit à la rue Saint-Lazare, nos 15 et 17. Le dernier impair est 33 ; le dernier pair ; 36. Sa longueur est de 271 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

La partie de cette voie publique, comprise entre les rues de la Victoire et Saint-Lazare, existait en 1734 et s’appelait ruelle Saint-Georges. Elle devait probablement cette dénomination à une enseigne. Cette ruelle fut élargie en 1778. Des lettres-patentes à la date du 7 mai 1779, registrées au parlement le 11 août suivant, autorisèrent Jean-Joseph De la Borde, conseiller, secrétaire des finances, à ouvrir sur ses terrains une nouvelle rue en prolongement de la ruelle Saint-Georges. Procès-verbal d’alignement de cette nouvelle voie publique, dont la largeur était de 30 pieds, fut dressé par le bureau de la Ville le 15 octobre 1779. Ces deux parties reçurent alors la seule et même dénomination de rue Saint-Georges. — Une décision ministérielle du 21 prairial an X, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 16 avril 1831, ont fixé la largeur de cette voie publique à 9 m. 74 c. Voici la situation des immeubles par rapport aux alignements. Les propriétés de 1 à 9 inclus sont alignées ; de 11 à 17 inclus, retranchement 1 m. ; 19, alignée ; 21, retranchement 70 c. ; 23, alignée ; 25 et 27, retranchement 1 m. ; 29, 31 et 33, alignées ; de 2 à 18 inclus, alignées ; maison à l’encoignure gauche de la rue de la Victoire, retranchement 1 m ; 20, alignée ; de 22 à 26 inclus, retranchement 1 m. ; 28, 30, alignées ; 30 bis retranchement 1 m. ; 32, alignée. — Égout. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Germain-des-Prés (église Saint-).

Située sur la place du même nom. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Il est impossible de tracer l’histoire de cette aïeule de nos églises, sans parler de l’abbaye célèbre, dont l’existence remonte au premier temps de la monarchie chrétienne.

Tous nos historiens conviennent que l’abbaye de Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés, fut fondée vers 543 par Childebert Ier, fils de Clovis. Ce prince, accompagné de Clotaire, était allé en Espagne faire la guerre aux Visigoths. Les deux rois, ayant réuni leurs forces, mirent le siège devant Sarragosse, qu’ils réduisirent à l’extrémité. Les habitants consternés, n’espérant plus aucun secours humain, se couvrirent de cilices, et, chantant des psaumes, portèrent en procession autour des murs de la ville la tunique de saint Vincent. Les deux rois, touchés de compassion, accordèrent la paix, à deux conditions, toutefois : l’une que l’arianisme serait entièrement banni d’Espagne, l’autre qu’on tour donnerait la tunique de saint Vincent. Ces conditions furent acceptées par les vaincus, et Childebert apporta la tunique à Paris en grande solennité.

Quelque temps après, ce roi résolut d’élever une basilique, pour déposer la sainte relique et une croix qu’il apportait de Tolède. Sur l’emplacement que choisit le prince, l’on voyait encore les débris d’un temple consacré à la déesse Isis ; Childebert voulut faire succéder le culte du Dieu du ciel, à celui des fausses divinités de la terre.

L’édifice construit en l’honneur de saint Vincent, martyr, et de la sainte croix, était soutenu par des colonnes de marbre ; les murailles étaient ornées de peintures à fond d’or, et le pavé formé de pièces de marquetterie. L’extérieur de l’église répondait à la magnificence de l’intérieur. L’édifice couvert de cuivre doré jetait un si vif éclat qu’on le nomma plus tard Saint-Germain-le-Doré.

Cette abbaye fut dédiée par saint Germain le jour même de la mort de Childebert, 23 décembre 558. Dès le 6 du même mois, ce prince avait donné sa charte de fondation. Cet acte consiste principalement dans la donation du fief d’Issy avec ses appartenances et dépendances, du droit de pêche sur la rivière, depuis les ponts de Paris jusqu’au ruisseau de Sèvres, d’un chemin de dix-huit pieds de large des deux côtés du fleuve, et d’une chapelle de Saint-Andéol que remplaça depuis l’église de Saint-André-des-Arts.

Saint Germain fit bâtir au midi de l’édifice consacré à saint Vincent un oratoire sous l’invocation de saint Symphorien, et le monastère fut d’abord occupé par des religieux qui suivaient la règle de saint Basile, de cet homme qui, au moyen d’une haire et d’un sac, était parvenu à rassembler sous ses lois plusieurs milliers de disciples.

Le corps de saint Germain fut inhumé dans la chapelle de saint Symphorien. Bientôt Dieu couvrit la tombe du pieux évêque de miracles éclatants, en proportion des vertus du saint homme ici bas, et la dévotion du peuple fit donner le nom de Saint-Germain au monastère et à l’église conjointement avec celui de Saint-Vincent. Dans plusieurs actes des VIIe et VIIIe siècles, on nomme cette abbaye la basilique de Saint-Germain et de Saint-Vincent. Le 25 juillet 754, en présence de Pépin et de ses deux fils, Carloman et Charles, le corps de saint Germain, qu’on avait exhumé de la chapelle saint Symphorien, fut déposé dans la grande église au rond-point du sanctuaire.

Cette abbaye éprouva la fureur des Normands. En 845 et 858, ils pillèrent ce monastère, et y mirent le feu en 861. Huit ans après il fut réparé par les soins de l’abbé Gozlin ; mais en 885 les Normands ravagèrent encore les environs de Paris et ruinèrent l’abbaye de fond en comble. L’église et le monastère ne furent rebâtis que vers l’an 1000, par l’abbé Morard aidé des libéralités du roi Robert. Le pape Alexandre III fit la dédicace de la nouvelle église le 21 avril 1163. L’abbé Eudes fit bâtir un nouveau cloître vers 1227. Le réfectoire et les murs de l’abbaye furent construits par Simon en 1237. Hugues d’Issy, qui le remplaça, fit bâtir la chapelle de la Vierge, qui était située à côté de l’église.

Après la construction de l’enceinte de Paris sous Philippe-Auguste, l’évêque prétendit à la juridiction spirituelle sur le territoire de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, qui était renfermé dans la ville. L’abbé de Saint-Germain s’adressa au pape Innocent III pour conserver ses droits. Mais avant la décision du souverain pontife, il accepta pour arbitres Geoffroy, évêque de Meaux, Michel, doyen de Saint-Marcel et frère Guérin. L’évêque Pierre Hugues, doyen, tout le chapitre de Notre-Dame, Guillaume, archiprêtre de Saint-Séverin, Raoul, curé de la chapelle Saint-Sulpice, l’abbé et les religieux de Sainte-Geneviève, promirent tous, sous peine de payer deux cents marcs d’argent, de s’en rapporter à la décision qui serait rendue. La sentence arbitrale, dont les détails précieux peuvent indiquer la topographie de Paris à cette époque, exempta de toute juridiction épiscopale le territoire contenu depuis la tournelle de Philippe Hamelin (aujourd’hui le palais de l’Institut) jusqu’à la borne séparant vers Grenelle la terre de Saint-Germain d’avec celle de Sainte-Geneviève, et depuis cette borne jusqu’à une autre, formant la limite des deux mêmes terres près du chemin d’Issy, enfin à partir de cette limite jusqu’à la quatrième, placée par les arbitres contre les murs vers Saint-Étienne-des-Grés.

La sentence décida en même temps que les terres enclavées dans l’enceinte seraient soumises à perpétuité à la juridiction de l’évêque.

Les abbés de Saint-Germain durent se repentir plus tard d’avoir accepté cet arbitrage. Au mois de juin 1211 ces religieux reçurent la réponse du pape, qui adjugeait à l’abbé la juridiction spirituelle sur tout le territoire de Laas, mêmes sur celui qui faisait partie de la ville.

La différence des juridictions donnait quelquefois naissance à de vifs débats. Les anciens registres du parlement attestent un fait étrange. Deux faux-monnayeurs, arrêtés à Villeneuve-Saint-Georges au mois de mai 1256, furent pendus dans la justice de Saint-Germain-des-Prés, puis pendus de nouveau dans celle du roi. Une nouvelle décision fut prise à cet égard lors de l’assemblée du parlement tenu à Melun par Saint-Louis en septembre 1257. Le droit alors mieux éclairci, les deux faux-monnayeurs subirent une troisième exécution.

Les abbés de Saint-Germain-des-Prés jouissaient de plusieurs autres privilèges. Il en est un qui mérite d’être rapporté en raison de sa bizarrerie. Les maréchaux de France en raison de l’estuage du port de Milly, recevaient de l’abbé et des religieux, le 28 mai, jour de la fête de Saint-Germain, douze pains, douze setiers de vin et douze sols parisis. De leur côté, les maréchaux de France étaient tenus de marcher devant l’abbé, un bâton blanc à la main, pendant la procession et la messe. Cet usage fut en vigueur jusqu’à la fin du XVe siècle.

Un autre droit que possédait l’abbé de Saint-Germain-des-Prés était celui qu’il avait sur les habitants de Chaillot, qui étaient tenus de lui donner tous les ans, le jour de l’Ascension, deux grands bouquets et six autres petits, un fromage gras fait avec le lait des vaches qu’ils menaient paître dans l’île Maquerelle (des Cygnes), en deçà de la rivière de Seine et un denier parisis pour chaque vache.

Une querelle violente s’éleva en 1278 entre l’Université et l’abbaye de Saint-Germain. Les maîtres et les écoliers de l’Université avaient coutume d’aller prendre leurs divertissements hors de la ville, dans un pré nommé, par cette raison, le Pré-aux-Clercs. Le chemin qu’ils traversaient appartenait à l’abbaye de Saint-Germain. Gérard de Moret, alors abbé, fit élever plusieurs maisons qui rétrécirent ce passage. Les écoliers adressèrent de vives réclamations à l’abbé, qui, se trouvant dans son droit, fit continuer les constructions. Le vendredi 12 mai, les clercs arrivent en bandes nombreuses, et tous, mettant la main à l’œuvre, démolissent en peu d’heures les bâtiments. Aussitôt Gérard de Moret fait sonner le tocsin et s’apprête à se défendre. Les vassaux de l’abbaye accourent, se rangent en bataille et fondent sur les écoliers. Plus de soixante étudiants furent tués ; on en saisit plusieurs qu’on jeta en prison. Gérard de Dôle, bachelier ès-arts, fut blessé mortellement. Jourdain, fils de Pierre le scelleur, périt sous le bâton, et Adam de Pontoise, frappé d’une masse de fer, perdit un œil.

Le lendemain de cette lutte meurtrière, l’Université présenta une plainte au cardinal de Sainte-Cécile, légat du pape, pour avoir raison de l’outrage. L’Université disait en terminant, que si dans la quinzaine justice n’était pas rendue, elle ferait suspendre tous ses exercices : seul remède que de pauvres étrangers et sans armes tels qu’ils étaient, pussent opposer à ceux du pays.

Le légat, effrayé de ces menaces, condamna Étienne de Pontoise, prévôt de l’abbaye, comme coupable d’homicide, à être chassé de l’abbaye Saint-Germain. Philippe-le-Bel fit également examiner cette affaire en son conseil. Le roi présent au jugement prononça lui-même la sentence. Les religieux furent condamnés fonder deux chapellenies de 20 livres parisis de rente chacune, à payer 200 livres pour les réparations de la chapelle Saint-Martin, 200 livres à Pierre le scelleur pour le dédommager de la perte de son fils ; 400 livres aux parents de Gérard de Dôle, et 200 au recteur de l’Université pour être distribués au régent et aux pauvres écoliers. Dix des plus coupables d’entre les vassaux de l’abbaye furent chassés du royaume. Les tourelles bâties sur la porte de l’abbaye du côté du pré furent rasées jusqu’à la hauteur des murailles, et le chemin pour lequel on s’était battu fut abandonné à l’Université. — Il ne se passa aucun fait important à l’abbaye Saint-Germain-des-Prés jusqu’au règne de Louis XII.

Le cardinal d’Amboise, légat du pape, après avoir réformé les Jacobins et les Cordeliers établis à Paris, voulut également renouveler la discipline des couvents des Bénédictins. Il confia cette mission à deux religieux de Cluny, qui s’occupèrent d’abord de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés. La nouvelle réforme se maintint seulement pendant quelques années. En 1507, Guillaume Briçonnet, évêque de Lodève, introduisait à Saint-Germain-des-Prés la règle de Chézal-Benoit.

La nouvelle discipline était d’une grande sévérité. Elle prescrivait, outre l’abstinence de la viande, une solitude complète et une vie uniquement occupée des exercices de piété.

La construction du palais abbatial date de 1685. Elle fut commencée par les ordres du cardinal de Bourbon, abbé de cette communauté. Dès 1630, la réforme de Chézal-Benoit avait été remplacée par la congrégation de Saint-Maur, autorisée par Grégoire XV. Parmi les hommes recommandables qu’elle a produits, brillent au premier rang Mabillon, Montfaucon, Félibien, Clément et Lobineau.

L’abbaye Saint-Germain-des-Prés fut supprimée en 1790 ; ses bâtiments devinrent propriétés de l’état. Sur leur emplacement ont été construites les rues de l’Abbaye et Saint-Germain-des-Prés.

Une partie du palais abbatial subsiste encore dans la première de ces voies publiques. La demeure des princes-abbés est aujourd’hui descendue au rang d’une maison bourgeoise, en dépit de sa façade qui proteste contre cet abaissement.

Il nous reste maintenant à parler de l’architecture de l’église Saint-Germain-des-Prés. La tour de la façade est, de l’avis de tous les archéologues, un débris précieux de l’édifice élevé par Childebert. Il est malheureux que cette tour ait été taillée en carré lisse, cette restauration lui a fait perdre son caractère d’antiquité. Les piliers de la nef paraissent appartenir à la même époque. La seconde église bâtie en forme de croix est du XIe siècle. Elle avait autrefois trois clochers, un au-dessus du portail, et les deux autres au-dessus de chacun des côtés de la croisée ; ces deux derniers ont été abattus en 1821. La croisée est éclairée aux extrémités par deux grands vitraux qui en occupent toute la largeur. Le chœur placé dans le rond-point est entouré de huit chapelles qui furent dédiées par Hubold d’Hostie en 1163.

Le portail ouvert dans la tour était orné de huit figures qui ont été détruites pendant la révolution. Parmi ces statues, six représentaient des personnages de l’Ancien-Testament, et les deux figures les plus éloignées de la porte étaient celles de Clotaire Ier et de Clodomir.

Au fond du porche et au-dessus de-la porte de l’église on voit un bas-relief d’un style fort ancien représentant la Cène. Ce morceau de sculpture est aujourd’hui dans un triste état de dégradation.

Le caractère de l’architecture intérieure est tout-à-fait roman, à l’exception de quelques parties construites au commencement du XIIe siècle, et qui se rapprochent davantage du style gothique.

Des réparations importantes ont été faites à cette église au commencement du XVIIe siècle. On ouvrit alors les deux bas-côtés, on substitua la voûte au lambris doré qui en tenait lieu ; et dans chacune des nefs de la croisée furent construites les chapelles qui en occupent tout l’espace. On regrette amèrement que les artistes chargés de ces travaux n’aient pas su respecter le caractère primitif de l’architecture du monument. Dans les chapelles des bas-côtés du chœur ont été déposés en 1821 les cendres de Descartes, celles de Mabillon, de Montfaucon et le cœur de Boileau qu’on avait extrait de la Sainte-Chapelle.

Plusieurs tableaux de Sébastien Le Clerc, de Nicolas Bertin, de Vanloo, ornent cette église, qui est aujourd’hui la première succursale de Saint-Sulpice.


Germain-des-Prés (marché Saint-).

Circonscrit par les rues Clément, Félibien, Lobineau et Mabillon. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Ce marché a été construit sur une partie de l’emplacement de l’ancienne foire Saint-Germain-des-Prés. Le premier titre qui la mentionne est une charte de 1176, par laquelle Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, cède au roi Louis-le-Jeune la moitié des revenus qu’elle produisait alors. Toutefois cet acte ne nous dit pas en quel lieu elle se tenait, ni pour quel motif cette cession était faite. On y voit seulement qu’elle commençait quinze jours après pâques et durait trois semaines. Il nous paraît probable qu’une indemnité fut accordée par ce prince, indemnité qui permit à ces religieux d’établir une autre foire. Philippe-Auguste, en 1200, confirmant ce droit, constate qu’il avait été établi par Louis VII. Jaillot croit qu’elle se tenait près du chemin d’Issy, rue d’Enfer.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés, ayant éprouvé de grandes pertes pendant les guerres civiles de Charles VI et Charles VII, demandèrent pour se dédommager, par l’organe de Geoffroi Floreau, leur abbé, le droit d’établir dans le faubourg Saint-Germain une foire franche, semblable à celle de Saint-Denis. Le roi Louis XI accéda à leur demande par lettres patentes du mois de mars 1482. Cette foire devait commencer le 1er octobre et durer huit jours. Sous les règnes suivants, l’époque et la durée furent changées plusieurs fois. Sous Louis XIV, qui en confirma le privilège en 1711, l’ouverture en fut fixée au 3 février ; elle se prolongeait ordinairement jusqu’à la veille du dimanche des Rameaux. — En 1486, les religieux avaient fait construire 340 loges ; elles étaient si peu solides qu’en 1511, Guillaume Briçonnet, abbé de Saint-Germain, les fit rebâtir. Henri III prenait souvent plaisir à se promener à la foire Saint-Germain. Le 4 février 1579, les ligueurs, informés que le roi devait aller visiter cet établissement, ameutèrent des écoliers qui mirent autour de leur cou de grandes fraises de papier, semblables à celles que portaient Henri III et ses mignons. Ils se promenèrent en criant : « À la fraise on reconnaît le veau ! » Le roi se contenta de les faire emprisonner. — Cette foire était brillante alors et couverte d’une charpente qui faisait l’admiration des architectes et des nombreux étrangers que cet immense bazar attirait. Ces constructions, justement célèbres, devinrent la proie des flammes pendant la nuit du 16 au 17 mars 1762. L’incendie fut si violent qu’il s’étendit jusqu’à l’église Saint-Sulpice et endommagea la coupole de la chapelle de la Vierge. On commença la reconstruction de cet établissement au mois d’octobre de la même année, mais dans une forme moins belle et surtout moins commode. Cette foire cessa vers 1786 ; on n’y vit plus alors que des marchands de vieux linge.

Décret impérial relatif aux marchés de Paris.

« Au palais des Tuileries, le 30 janvier 1811. Napoléon, empereur, etc… — Art. 11e. Le marché Saint-Germain sera établi sur les terrains tant de l’ancienne foire Saint-Germain que du marché actuel, et sa circonscription sera formée suivant les lignes A, B, C, D, E, F, G, H, I, K, L, M, N, O, cotées au plan annexé au présent décret. — Art. 12e. La ville de Paris est autorisée à acquérir pour cause d’utilité publique, et dans les formes prescrites par la loi du 8 mars dernier, 1o le terrain occupé par les anciennes baraques de la foire Saint-Germain, ou compris dans son enclos ; 2o ceux nécessaires pour l’ouverture des rues indiquées sur le plan par les lettres P, Q, et pour l’élargissement des autres rues cotées sur le même plan T, V, X, Y, Z, etc. — Art. 13e. La ville de Paris est également autorisée à revendre à son profit, 1o les terrains désignés sur le plan par une teinte rouge et marqués de la lettre A B ; 2o les terrains qui proviendront des maisons acquises aux termes du présent décret, et qui n’auront pas été employées à la formation des rues désignées en l’article 12, comme il est dit ci-dessus article 4. — Art. 14e. Le retranchement désigné au plan par un astérisque aura lieu par mesure de grande voirie, etc. Signé Napoléon. »

La première pierre du marché Saint-Germain fut posée le 15 août 1813. Le sol de cet emplacement se trouvait inférieur de plus de 3 m. à celui des rues environnantes. Les eaux pluviales et les immondices qu’elles entraînaient étaient reçues dans les puisards, devenus des foyers d’infection. Le premier avantage qu’on recueillit des nouvelles constructions a été de faire disparaître ces puisards, en élevant le sol entier au-dessus des voies publiques. Ce marché, ouvert en 1818, a la forme d’un quadrilatère ; l’édifice, à la fois noble, simple et commode, est circonscrit par quatre rues. Celles qui bordent les grands côtés sont appelées Clément et Lobineau, et celles qui longent les petits côtés sont les rues Félibien et Mabillon. Ces noms nous rappellent quatre savants bénédictins qui ont illustré la congrégation de Saint-Maur. — Le corps des boucheries donne sur la rue Lobineau. Il a 92 m. de longueur sur 14 de profondeur, et contient 34 boutiques. Le marché se compose de quatre grands corps de bâtiments de 13 m. de profondeur dans œuvre, plus une cour de 64 m. 90 c. sur 47 m. 90 c.

Au centre est une fontaine qui décorait autrefois la place Saint-Sulpice. Ce marché est percé de 112 arcades et contient 368 places de marchands. Les deux édifices sont couronnés par une belle charpente dont le système réunit la force à la légèreté. Le marché Saint-Germain occupe, y compris les dépendances, une superficie de 8,816 m. Cette construction fait honneur à M. Blondel, architecte. M. Bruyère, directeur-général des travaux de Paris, dont nous aurons souvent l’occasion de rappeler le mérite, a prêté encore en cette circonstance l’appui de son expérience et de ses talents distingués. — Le marché Saint-Germain a rapporté à la ville en 1840 une somme de 78,325 fr.


Germain-des-Prés (place Saint-).

Située en face de l’église de ce nom. Elle commence à la rue Saint-Germain-des-Prés, nos 15 et 10 ; finit à la rue Childebert, nos 8 et 10. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 38 m. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

C’était autrefois la cour de l’Abbaye (voir l’article suivant). — Une décision ministérielle du 21 août 1817 et une ordonnance royale du 29 avril 1839 ont maintenu cette voie publique dans son état actuel ; sa plus grande largeur est de 36 m. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).


Germain-des-Prés (rue Saint-).

Commence à la rue Jacob, nos 27 et 29 ; finit à la place Saint-Germain-des-Prés. Le dernier impair est 15 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 142 m. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Tracée en 1804, sur l’emplacement du jardin de l’ancienne abbaye Saint-Germain-des-Prés, on la nomma pendant sa construction cour des Religieux. En 1810, c’était la rue Bonaparte. En 1815, on lui donna la dénomination de rue de la Poste-aux-Chevaux. Depuis 1816, c’est la rue Saint-Germain-des-Prés. (Voyez rue de l’Abbaye.) — Une décision ministérielle du 21 août 1817 et une ordonnance royale du 29 avril 1839 ont fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. — Le côté des numéros impairs est entièrement aligné ; les maisons de côté opposé sont soumises à un redressement qui varie de 10 c. à 30 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).


Germain-l’Auxerrois (église Saint-).

Située dans la place de ce nom, en face de la colonnade du Louvre. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

Cette église paroissiale et royale est une des plus anciennes et des plus remarquables de Paris. Lorsque les églises se multiplièrent autour de la métropole, lorsque la ville se développa au nord et au midi, sur les rives de la Seine, l’église Notre-Dame cessa d’être une paroisse. Elle conserva cependant sa suprématie, et lorsqu’on parlait de l’église de Paris, c’est à la cathédrale qu’on faisait allusion. Mais Notre-Dame n’ayant pas de circonscription particulière, dès lors le premier rang dût appartenir de droit à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, tant par l’ancienneté de son origine que par l’importance et l’étendue de sa circonscription paroissiale. Plusieurs opinions ont été avancées sur l’origine de cette église, mais en les analysant ici, nous dépasserions les limites que nous avons dû nous tracer. Cependant presque tous les historiens s’accordent sur un point : ils pensent que cet édifice fut construit par les ordres de Chilpéric Ier, à l’effet d’y déposer le corps de saint Germain, évêque de Paris. La preuve qu’ils fournissent est tirée d’un testament de Bertram, évêque du Mans, dicté le 24 mars de la 22e année du règne de Clotaire. Dans cet acte le testateur assigne une somme d’argent pour desservir à perpétuité le lieu de la sépulture de saint Germain, dans l’église de Saint-Vincent (depuis l’abbaye Saint-Germain-des-Prés), où son corps était alors déposé, ensuite dans la basilique nouvelle que le roi Chilpéric venait de faire construire, si plus tard le corps y était transporté. Cependant cette église porte le nom de Saint-Germain-l’Auxerrois. Mais si l’on examine attentivement les traditions qui tendent à établir qu’elle a été bâtie sous le vocable du saint d’Auxerre, on verra qu’elles se réduisent à de simples conjectures ; enfin tous les historiens, tous les diplômes qui ont mentionné cette église, n’y joignent aucun surnom. Elle est simplement appelée église Saint-Germain. Ce ne fut qu’à partir du IXe siècle qu’elle prit, en raison de sa forme nouvelle, la dénomination de Saint-Germain-le-Rond. Abbon est le premier historien qui la désigne ainsi dans son poëme sur le siège de Paris :

Germani Teretis contemnunt littora sancti,
Æqui vocique legunt. ٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠

Si l’on interroge l’histoire, il ne parait plus étonnant que la basilique commencée par Chilpéric n’ait pas été terminée par ce prince. Chilpéric ne survécut que huit ans à Saint-Germain. Frédégonde, dont la vie agitée fut remplie de passions et de crimes, ne fit point continuer cet édifice. D’un autre côté les religieux de Saint-Germain-des-Prés, voulant conserver les restes du pieux évêque de Paris, suscitèrent des obstacles à leur translation. La faiblesse honteuse des derniers rois Mérovingiens, les guerres du dehors, les désordres du dedans, l’ambition des maires du palais sans cesse occupés à maintenir un pouvoir usurpé, toutes ces circonstances firent cesser les craintes qui pouvaient rester aux religieux de Saint-Germain-des-Prés. L’avènement de Pépin à la couronne vint bientôt légitimer leur possession. Le 25 juillet 754, ce prince, au milieu de ses fils, des seigneurs de sa cour, et suivi d’un grand cortège, opéra la translation du corps de Saint-Germain, de la chapelle de Saint-Symphorien dans le chœur de la grande église de Saint-Vincent, à laquelle on donna depuis le nom de Saint-Germain-des-Prés. L’église bâtie au nord de la ville, pour être distinguée de la première prit alors le nom de Saint-Germain-le-Rond. Cette basilique était la première église canoniale et paroissiale qui dût son origine à la cathédrale, et cette dépendance absolue de l’Église-Mère semble fournir une dernière preuve aux savants, qui pensent qu’elle avait pour titulaire le saint évêque qui l’avait gouvernée et non celui d’Auxerre.

Les églises de Paris éprouvèrent en général les funestes effets des pilleries, saccagemens et brisemens que les peuples Normands excitèrent en notre terre françoise, ainsi que s’expriment les vieux chroniqueurs ; mais celles de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Germain-le-Rond furent les plus maltraitées. Pour la première fois les Normands se montrèrent sur les côtes de France vers l’an 800 et aux embouchures de la Seine en 820 ; à partir de cette époque jusqu’en 890 les environs de Paris furent ravagés par ces peuples. Peu s’en fallut qu’ils ne se rendissent entièrement maîtres de la capitale sous le règne de Charles-le-Gros. Ils y abordèrent avec une armée de trente à quarante mille hommes, commandés par quatre de leurs rois ou généraux. Ils comptaient sept cents barques, avec un nombre immense de bateaux ; tout cet armement couvrait deux lieues du fleuve. Ils établirent leur camp dans le faubourg du côté de Saint-Germain-le-Rond, entourèrent le cloître d’un fossé dont une rue a depuis conservé le nom. Ils firent de ce point le centre de leurs opérations, contre les tours qui défendaient l’approche des deux ponts au moyen desquels on communiquait avec la ville. Les Parisiens, dans cette lutte acharnée, se signalèrent par des prodiges de valeur. La conduite de l’abbé Gozlin et du comte de Paris, Eudes, fut admirable. Le premier exhortait, encourageait, priait Dieu, invoquait les saints patrons de la ville sur la brèche et au milieu des périls ; le second, présent partout, observait, dirigeait, combattait avec intrépidité.

Les Normands, protégés par le jeu simultané d’énormes béliers, tentèrent huit assauts successifs, et furent huit fois repoussés par le valeureux comte de Paris. Découragés par tant d’héroïsme, les Normands levèrent le siège en novembre 886.

Les barbares, en se retirant, ruinèrent de fond en comble l’église de Saint-Germain-le-Rond. Helgand, moine de Fleury, nous apprend que sa reconstruction fut ordonnée par le roi Robert.

Par un hasard presque miraculeux, le tombeau de saint Landry, qui avait été inhumé dans cette église en 657, fut retrouvé intact sous un amas de décombres. L’évêque Maurice de Sully fit mettre en 1171 les reliques du saint dans une châsse de bois doré.

Ces honneurs étaient bien dus au digne prélat parisien qui, lors de la famine de 651, vendit tout ce qu’il possédait, jusqu’à ses meubles, pour en consacrer le produit au soulagement des pauvres de son diocèse, et fonda pour eux l’hôpital qui prit le nom d’Hôtel-Dieu.

À partir de l’époque de la reconstruction de l’édifice par le roi Robert, on trouve des actes qui désignent cette église sous le nom de Saint-Germain-l’Auxerrois, celui de Saint-Germain-le-Rond ne pouvait plus convenir à la forme nouvelle de l’édifice.

Saint-Germain-l’Auxerrois est, après la cathédrale, la seule parmi les anciennes églises séculières qui ait possédé une école.

L’histoire nous apprend que cette école florissait du temps de Charlemagne. Le nom de cet établissement est resté à une section du territoire capitulaire de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui comprenait presque tout le côté occidental de la ville jusqu’au grand Châtelet.

Le portail, élevé par le roi Robert, fut reconstruit sous le règne de Philippe-le-Bel. Le vestibule ou porche qui précède ce portail est du temps de Charles VII. Cette façade de l’édifice n’a jamais été terminée, et il est facile de voir sur l’élévation que toutes les parties supérieures y manquent entièrement. Tel qu’il est, cet avant-portique bâti en 1429 par Jean Gaurel, maçon, tailleur de pierres, pour la somme de 960 livres, est une œuvre des plus remarquables.

En regardant l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, on s’aperçoit aisément que son architecture est le produit de trois époques différentes. Il est à regretter qu’on n’ait pas cherché, sous Philippe-le-Bel et Charles VII, à rattacher les constructions partielles au style primitif de l’édifice entièrement rebâti par le roi Robert. Mais si toutes les idées profondément religieuses du premier artiste ne nous sont pas révélées d’une manière bien complète, cependant il est facile d’y reconnaître encore la pensée-mère du symbole chrétien.

Vers le milieu du moyen-âge, lorsque l’architecture dite gothique ou ogivale vint modifier le style lombard, ce symbole reçut de nouveaux développements. L’arc aigu si multiplié, les colonnettes isolées ou en groupes et s’unissant aux piliers, les lignes pyramidales, les flèches aériennes caressant le ciel, les clochers coniques, quadrangulaires, terminés en aiguille, tous ces signes de pierres représentent le sacrifice, les vœux, les prières, qui montent, qui s’élancent vers le créateur. Ces figures bizarres, ces animaux, ces satyres sculptés autour des portes de nos vieilles cathédrales, et qui contrastent avec les statues d’anges et de saints, ont également leur signification symbolique. C’est l’opposition des bons et des mauvais, c’est l’antagonisme qui existe entre le bien et le mal, la vertu et le vice.

De tristes souvenirs se rattachent au monument dont nous esquissons l’histoire. On sait que ce fut la cloche de Saint-Germain-l’Auxerrois qui donna le 24 août 1572 le signal du massacre de la Saint-Barthélemy.

Sous le règne de Louis XIII, la première scène d’un drame lugubre fut jouée dans cette église.

Le 24 avril 1617, à neuf heures du soir, deux hommes portant un fardeau entraient furtivement dans Saint-Germain-l’Auxerrois. Arrivés près des orgues, ils s’arrêtèrent. Une fosse avait été creusée en cet droit. Ils détachèrent aussitôt les cordes qui comprimaient un mauvais linge tout taché de sang. Alors un cadavre roula sur les dalles de l’église ! Ils le placèrent dans la fosse, qu’ils remplirent de terre, puis la pierre qu’on avait descellée fut remise avec précaution, et les deux hommes sortirent. Le corps qu’on venait d’inhumer était celui de Concini, maréchal d’Ancre, assassiné le matin par ordre de Louis XIII. Le lendemain, à 7 heures, un domestique rôdait, furetait dans l’église. Arrivé près des orgues, il aperçut quelques morceaux de terre. « C’est bien là, » dit-il ; puis on le vit sortir et se diriger vers le cloître, où un attroupement s’était déjà formé. « Mes amis, cria-t-il à plusieurs ouvriers, ce chien d’Italien a été enterré sous les orgues, laisserons-nous son cadavre en terre sainte ? Non, hurla cette foule, à la voirie le beau maréchal ! » Ils rentrèrent dans l’église, guidés par le domestique. Le valet commença par gratter avec les ongles, et parvint à trouver les jointures des pierres, qu’il enleva à l’aide de son couteau. Alors il découvrit les pieds du cadavre et tira sans pouvoir amener le reste du corps. « Prenons, dit-il, les cordes des cloches ; » on les lui apporte, plusieurs viennent à son aide, et le corps est déterré, aux cris de vive le roi !… Le grand prévôt arrive enfin, suivi de quelques archers ; aussitôt il est entouré par la multitude qui lui crie qu’on va l’enterrer lui-même s’il approche davantage. Le corps de Concini fut tiré hors de l’église par la grande porte, et traîné dans la boue jusqu’au Pont-Neuf, près d’une potence qui avait été construite un mois auparavant par le commandement dudit maréchal, contre ceux qui n’estoient pas de son haleine. Le valet s’adressa de nouveau à la foule. « Mes amis, l’Italien a voulu me faire pendre, il est bien juste que je lui rende le même service. » Alors il porte lui-même le corps sur la potence, l’attache, et le pend par les pieds ; puis montrant son chapeau, il dit au peuple : « J’espère que vous jetterez tous quelque chose là-dedans ; besogne si utile mérite récompense. » Cette demande fut trouvée si raisonnable, « que son chapeau fust remply de sols et de deniers que chacun lui portoit comme à l’offrande ; jusques aux plus pauvres gueux et mendiants, dont tel n’avoit qu’un denier en son pouvoir, qui ne laissoit pas que de lui porter de bon cœur. » Quelques moments après, le peuple se rua de nouveau sur le cadavre de Concini ; les uns lui coupèrent le nez et les oreilles, les autres lui abattirent les bras, « puy luy coupèrent la teste, et tous ces morceaux estoient portés et traisnés en divers quartiers de la ville, avec des cris, acclamations et imprécations horribles dont le retentissement alloit d’un bout de la ville à l’autre. » La maréchale demanda la cause de ces cris ; ses gardes lui annoncèrent la mort de son mari, « et elle qui n’avoit pas encore respandu de larmes, monstra s’émouvoir grandement, sans pleurer toutes fois. » Les clameurs du peuple semblaient se rapprocher, le fils de Concini, qui se trouvait au Louvre, s’informa froidement si on en voulait à sa vie. On lui répondit qu’il était en sûreté. « Tant-pis, murmura-t-il tristement, il vaudrait mieux qu’on me tuât que d’être ainsi misérable le reste de ma vie »… Alors les archers ouvrirent les fenêtres qui donnaient sur le pont, et lui firent voir le cadavre de son père, qui vacillait sur la potence. « Apprends, dit l’un d’eux, en frappant avec familiarité sur l’épaule du jeune homme, apprends à mieux vivre que lui. » La multitude se dirigea vers la rue de l’Arbre-Sec, trainant toujours le cadavre mutilé de Concini. « Alors il y eut un homme vestu d’écarlate, si enragé, qu’ayant mis sa main dans le corps ouvert, il en tira sa main toute sanglante, et la porta dans la bouche pour sucer le sang, et avaler quelque petit morceau qu’il en avoit arraché, ce qu’il fist à la veue de plusieurs honnestes gens qui estoient aux fenestres. Un autre eut moyen de lui arracher le cœur, et l’aller cuire sur les charbons, et manger publiquement avec du vinaigre. Ce peuple impatient et ne pouvant estre plus longtemps en un lieu, traîna le corps jusqu’en Grève, où ils le rependirent à une autre potence, que ledit maréchal y avoit fait planter, et ils pendirent par mesme moyen une grosse poupée qu’ils avoient faite avec le linceuil dans lequel il avoit esté enterré, pour représenter la maréchale en effigie. » Enfin, après avoir assemblé les fragments des potences qu’ils avaient brisées, ils y mirent le feu et jetèrent au milieu les restes de Concini. L’on vit alors quelques forcenés ramasser les cendres qu’ils vendirent le lendemain un quart d’escu l’once. — Mais détournons les regards de ce tableau révoltant, et revenons à Saint-Germain-l’Auxerrois.

Dans cette église furent baptisés : en 1316, Jean Ier, fils posthume de Louis-le-Butin, lequel n’ayant vécu que huit jours, n’a pas été compté parmi nos rois ; en 1389, Isabelle de France, fille de Charles VI ; en 1573, Marie de France, fille de Charles IX.

En 1744, eut lieu la réunion du chapitre de Saint-Germain-l’Auxerrois à celui de la cathédrale. Une année après cette réunion, les marguilliers firent exécuter des travaux considérables. Le chœur, fermé à la hauteur des arcades des bas-côtés, fut entièrement ouvert tel qu’on le voit aujourd’hui. Des colonnes lourdes et de mauvais goût remplacèrent les piliers gothiques ; le jubé, l’un des plus beaux de France après ceux de la Madeleine de Troyes et de Saint-Étienne-du-Mont, disparut à son tour.

Plusieurs personnages célèbres ont été enterrés dans cette église.

Nous devons citer Pomponne de Bellièvre, surnommé le Nestor de son siècle ; il mourut en 1607. — Malherbe, le premier qui ait revêtu notre langue d’ornements gracieux ; il mourut en 1628. À son dernier moment, il reprit sa servante sur un mot qui ne lui semblait pas français, et son confesseur lui représentant qu’en l’état où il était il ne devait pas songer à de pareilles futilités Malherbe répliqua brusquement : « Je veux jusqu’à la mort maintenir la pureté de notre langue. »

L’opinion de Malherbe sur Paris mérite d’être rapportée, dans un ouvrage qui traite des rues et monuments de la capitale. « Paris a mon cœur dès mon enfance, et m’en est advenu comme des choses excellentes. Plus j’ay veu depuis d’autres villes belles, plus la beauté de cette-cy peut et gaigne sur mon affection. Je l’ayme tendrement jusques à ses verrues et à ses taches. Je ne suis François que par cette grande cité, grande en peuple, grande en félicité de son assiette, mais surtout grande et incomparable en variété et diversité de commodités ; la gloire de la France et l’un des plus nobles ornements du monde, Dieu en chasse loin nos divisions. »

Sous le règne de Louis-le-Grand, on avait conçu le projet de faire une grande place devant la colonnade du Louvre, et de percer une large voie qui devait aboutir à la place du Trône. Les dépenses occasionées par la guerre de la succession d’Espagne firent abandonner ce dessein, qui fut repris sous l’empire.

Nous lisons dans l’ouvrage de MM. Percier et Fontaine :

« La salle de l’Opéra, bâtie isolément sur la place du Palais-Royal, et faisant face à l’entrée principale de ce palais, communiquera à l’aile des Fêtes par un arc couvert. Un pavillon pareil à l’entrée de celui du Musée formera de l’autre côté le porche de l’église du Louvre, commencée pour remplacer celle de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui sera démolie lorsqu’on exécutera la place et le percement de la rue du Trône. »

Les malheurs de la dynastie impériale empêchèrent la réalisation de ce projet.

Cette église fut en partie dévastée en 1831. Le 14 février, le curé de Saint-Germain-l’Auxerrois célébra un service funèbre en commémoration de la mort du duc de Berri. Le buste de ce prince fut promené dans l’église. Cette manifestation imprudente, coupable même, servit de prétexte à quelques agitateurs pour se porter aux excès les plus révoltants. La croix qui surmontait l’édifice est renversée, les peintures sont effacées, les sculptures mutilées. On vit des hommes entrer dans l’église et la dévaster avec un calme, un sang-froid effrayants. Saint-Germain-l’Auxerrois porta pendant plusieurs années les marques de cet affreux vandalisme. Enfin, une décision ministérielle du 12 mai 1837, approuvée par le roi le même jour, rendit cette église au culte catholique, et la restauration du monument fut confiée à M. Godde, architecte.

La dépense s’est élevée, pour 1838, à 
 52,640 fr 25 c
En 1839, à 
 114,200 fr 25 c
et en 1840, à 
 93,659 fr 25 c

Le portail a été réparé avec le plus grand soin, puis entouré d’une grille de fer. Les grandes roses à compartiments ont été refaites et les vitraux renouvelés suivant les anciens dessins.

M. Godde a été merveilleusement secondé par M. Lassus, qui, en cette circonstance, a su réunir les talents d’un architecte habile à ceux d’un archéologue distingué.


Germain-l’Auxerrois (place Saint-).

Située en face du grand portail de l’église du même nom. Les numéros impairs, dont le dernier est 43, continuent la série de la rue des Prêtres ; les numéros pairs, dont le dernier est 24, continuent la série de la rue Chilpéric. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

Cette place faisait anciennement partie du cloître Saint-Germain-l’Auxerrois, et en portait la dénomination. — Arrêt du conseil. « Versailles, 13 novembre 1784. Le roi étant en son conseil a ordonné et ordonne qu’à compter du 1er juillet 1783, et jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné, le chapitre Notre-Dame de Paris sera employé dans l’état du domaine de la généralité de Paris, qui sera arrêté pour la présente année 1784, et dans les suivantes pour une rente de 815 septiers de bled-froment, mesure de Paris, payable néanmoins en argent, d’après les apprécis du marché de la d. ville, pour lui tenir lieu des loyers des onze maisons, ainsi que des places et échoppes dont est question, et qui doivent entrer dans la formation d’une place, ordonnée être construite devant la colonnade du Louvre, etc… Ordonne sa majesté, qu’au moyen de l’emploi ci-dessus, le chapitre de Paris sera tenu d’abandonner la libre possession et jouissance des d. maisons, places et échoppes, sauf et sans préjudice à arrangement définitif, à prendre avec lui pour l’acquisition des d. maisons et de la directe qui peut lui appartenir dans le cloître Saint-Germain-l’Auxerrois ; et seront sur le présent arrêt toutes lettres-patentes nécessaires expédiées. Signé Hue de Miroménil et de Calonne. » (Archives du royaume). Il n’existe pas d’alignement arrêté pour la place Saint-Germain-l’Auxerrois. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Les maisons dont il est question dans l’arrêt que nous venons de reproduire en partie, furent bientôt démolies. Elles occupaient l’emplacement d’un vaste hôtel connu sous le nom de maison du Doyenné. L’hôtel du Doyenné faisait le coin d’un passage qui conduisait du cloître Saint-Germain-l’Auxerrois à la place du Louvre. Dans cette propriété mourut Gabrielle d’Estrées, duchesse de Beaufort, et maîtresse du roi Henri IV. La duchesse avait passé une partie du carême à Fontainebleau. La politique et la bienséance forcèrent Henri IV à éloigner sa maîtresse pendant les cérémonies de Pâques ; il l’avait priée de retourner à Paris, et il la reconduisit lui-même jusqu’à Melun. « Ces deux amants, dit Sully, sembloient avoir un pressentiment qu’ils ne se reverroient plus ; il s’accablaient de caresses, les larmes aux yeux, et se parloient comme si c’eût été pour la dernière fois. La duchesse recommandoit au roi ses enfants et ses domestiques. Ce prince l’écoutoit et s’attendrissoit sans pouvoir la rassurer. Ils prenoient congé l’un de l’autre, et aussitôt ils se rappeloient, s’embrassaient et ne pouvoient se séparer. » Gabrielle vint loger chez Zamet ; c’était un Italien fort riche, qui s’intéressait dans toutes sortes de spéculations. Il s’était qualifié dans le contrat de mariage de sa fille : Seigneur suzerain de dix-sept cent mille écus. Son caractère plaisant, spirituel et enjoué l’avait rendu agréable à Henri IV. La duchesse fut accueillie par son hôte avec toutes sortes d’égards et de prévenances. Se promenant dans le jardin de ce financier, après avoir mangé un citron, Gabrielle se sentit tout à-coup un feu dans le gosier, et des douleurs si aiguës dans l’estomac, qu’elle s’écria « Qu’on m’ôte de cette maison, je suis empoisonnée. » On la transporta dans son hôtel du Doyenné. Son mal redoubla ; elle éprouva des crises, des convulsions si terribles qu’on ne pouvait regarder sans effroi cette tête si belle quelques heures auparavant. Elle expira la veille de Pâques 1599, vers les 7 heures du matin. On ouvrit son corps et l’on trouva son enfant mort. Henri IV fit prendre le deuil à toute la cour, le porta la première semaine en violet et la seconde en noir. Zamet fut accusé de la mort de Gabrielle ; il était sujet du duc de Florence, et l’on avait déjà parlé du mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. « On empoisonna cette favorite, dit un écrivain contemporain, parce que le roi étoit déterminé à l’épouser, et vu les troubles qui en seroient advenus, ce fut un service qu’on rendit à ce prince et à l’État. » — « Cela peut être, observe Saint-Foix, mais on conviendra que de pareils services sont plus infâmes que ceux du bourreau. La plupart des historiens, ajoute le même écrivain, n’attribuent cette mort si frappante qu’aux effets d’une grossesse malheureuse. »


Germain-l’Auxerrois (rue des Fossés-Saint-).

Commence aux rues de la Monnaie, no 25, et du Roule, no 1 ; finit à la place du Louvre, nos 10 et 12. Le dernier impair est 47 ; le dernier pair, 44. Sa longueur est de 212 m. — 4e arrondissement : les impairs sont du quartier du Louvre ; les pairs du quartier Saint-Honoré.

Elle a été construite sur une partie de l’emplacement des fossés que creusèrent les Normands vers 886, lorsqu’ils vinrent assiéger Paris. En 1300 le poète Guillot la désigne sous le nom du Fossé-Saint-Germain. Au XVe siècle, c’était la rue au Quens de Pontis (au comte de Ponthieu), puis celle de Béthisy ; enfin lorsqu’on ouvrit la rue du Roule, la partie comprise entre cette rue et celle de l’Arbre Sec prit le nom de rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. — Une décision ministérielle du 13 floréal an IX, signée Chaptal, avait fixé la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Conformément à une ordonnance royale du 23 juillet 1828, cette moindre largeur est portée à 12 m., et l’alignement nouveau est approuvé, savoir : pour le côté gauche, depuis la rue de la Monnaie jusqu’à la maison no 35 ; pour le côté droit jusqu’à la rue Jean Tison ; à l’égard du surplus, le tracé ministériel de l’an IX est maintenu. La maison no 25 est alignée. Celles nos 41 et 43 ne sont pas soumises à retranchement. Les propriétés nos 45, 47 ; 10, 12, 18, 24, 26, 28, 30, 32, 38, 40, 42 et 44, ne devront subir qu’un faible reculement. — Égout. — Conduite d’eau depuis la rue de la Monnaie jusqu’à la borne-fontaine, située près de l’impasse Sourdis. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

La maison no 14 faisait partie de l’hôtel habité par l’amiral de Coligny. Au temps de la Saint-Barthélemy, cette demeure portait le nom d’hôtel de Ponthieu et appartenait à messire Antoine Dubourg, chancelier de France. Cet hôtel fut acheté par le duc de Montbazon en 1617. Sophie Arnould y naquit en 1740, et une lettre de cette, femme d’esprit, publiée en 1776, nous apprend qu’elle a reçu le jour dans la chambre à coucher de l’amiral de Coligny, et que souvent elle pensa que cette circonstance était pour elle l’augure d’une certaine renommée.

Elle joignait à une figure gracieuse un son de voix ravissant et une grande sensibilité. Un jeune seigneur, épris de ses charmes, conçut le projet de la soustraire aux rigueurs du cloître auquel ses parents la destinaient. Le comte de Lauraguais, le même qui, sous le titre de duc a siégé à la chambre des pairs sous la Restauration, déguise son rang et sa fortune, et, sous le nom de Dorval, prend un logement dans l’hôtel. Il gagne en peu de temps le cœur de Sophie, qui, par un soir d’hiver, revêt des habits d’homme, à l’aide desquels elle sort de l’hôtel sans être reconnue. — C’est là encore qu’habitait en 1747, le célèbre Vanloo, de l’académie royale de peinture. — Cet hôtel a été successivement envahi par les nombreuses industries qui peuplent le quartier, et de son ancienne splendeur il n’a guère conservé que l’appartement de l’amiral, occupé en ce moment par un médecin de l’Hôtel-Dieu.


Germain-l’Auxerrois (rue des Prêtres-Saint-).

Commence à la place des Trois-Maries, no 9, et à la rue de la Monnaie, no 1 ; finit à la place Saint-Germain-l’Auxerrois. Le dernier impair est 27 ; le dernier pair, 24. Sa longueur est de 150 m. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

On l’appelait anciennement rue ou ruelle du Cloître ou ruelle par laquelle on va à l’église et y aboutissant. Elle doit sa dénomination actuelle aux prêtres de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois qui y demeuraient. En 1702, la partie comprise entre les places des Trois-Maries et de l’École portait le nom de rue Saint-Germain-l’Auxerrois ; à cette époque cette partie fut réunie à la rue des Prêtres dont elle prit la dénomination. — Une décision ministérielle, du 16 frimaire an XIV, signée Champagny, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 8 m. — « Paris, le 9 février 1815. Nous, directeur-général de la police du royaume. Vu 1o la demande des habitants de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois tendant à ce qu’il soit établi une barrière à chaque extrémité de cette rue, pour en interdire l’entrée aux voitures, attendu qu’ils en sont très incommodés et qu’elles exposent sans cesse les gens de pied à des accidents, etc. ; 6o la lettre de son excellence le ministre de l’intérieur, du 3 du présent mois de février, contenant approbation de la mesure projetée ; arrêtons. — Article ler. Les propriétaires riverains, principaux locataires et autres habitants de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois sont autorisés à établir à leurs frais, suivant la soumission qu’ils en ont faite, une barrière ou poteau à chaque extrémité de cette rue pour en interdire la circulation aux voitures, en ayant soin de les disposer de manière ne pas gêner l’arrivage des approvisionnements de chacun d’eux ni le passage des gens de pied, etc. Signé Dandré. » Les propriétés nos 21 et 23 sont alignées ; celle no 9 n’est soumise qu’à un léger redressement. — Conduite d’eau depuis la rue de la Monnaie jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Germain-l’Auxerrois (rue Saint-).

Commence à la rue Saint-Denis, nos 3 et 5 ; finit à la place des Trois-Maries, no 6, et à la rue de la Monnaie, no 2. Le dernier impair est 93 ; le dernier pair, 90. Sa longueur est de 341 m. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

Un diplôme de Louis-le-Débonnaire, de l’an 820, fait mention d’un chemin qui conduisait du Grand-Pont (aujourd’hui le pont au Change) à l’église Saint-Germain ; c’est sur ce chemin que cette rue fut construite. Le poète Guillot l’appelle en 1300 rue Saint-Germain à Courroiers, en raison des corroyeurs que le voisinage de la rivière avait attirés en cet endroit. On la trouve également indiquée sous les noms de rue Saint-Germain, de Grand’rue Saint-Germain, auxquels on ajouta vers 1450 le surnom de l’Auxerrois. La partie qui débouche dans la rue Saint-Denis s’appelait en 1262, selon Jaillot, rue Jean-de-Fontenay. — Une décision ministérielle en date du 15 floréal an V, signée Benezech, fixa la largeur de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois à 8 m. Une ordonnance royale du 16 mai 1836 a porté la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Les maisons nos 37, 39, 41, 43 et le terrain no 52 sont alignés ; celles nos 64, 66 et 90 ne devront subir qu’un faible retranchement. Toutes les autres constructions sont soumises à un fort reculement. — Portions d’égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Le For-l’Évêque, Forum Episcopi, était situé dans cette rue. La maison no 65 occupe une partie de son emplacement ; c’était le lieu où l’évêque faisait exercer sa justice par un prévôt ou juge nommé par lui. Les peines qu’on infligeait au nom du prélat étaient, suivant la gravité des délits, subies dans des endroits différents. Les criminels qui devaient être brûlés vifs ou pendus étaient conduits hors de la banlieue de Paris. Lorsqu’il ne s’agissait que de couper les oreilles, cette exécution avait lieu sur la place du Trahoir, à l’endroit où la rue de l’Arbre-Sec se confond avec la rue Saint-Honoré. Le For-l’Évêque fut en partie reconstruit en 1652 ; on le destina alors aux prisonniers pour dettes, aux comédiens réfractaires ou indociles. — La célèbre tragédienne Clairon y fut enfermée en 1765 ; voici à quelle occasion : un nommé Dubois, comédien d’un talent médiocre, avait refusé de solder un salaire légitimement dû. Excité par la demoiselle Clairon, tout l’aréopage comique en parut violemment indigné. Au mois d’avril, on jouait la tragédie du siége de Calais, par Dubelloi ; cette pièce, qui obtint une grande faveur, était annoncée sur l’affiche. Les principaux acteurs arrivent au théâtre ; bientôt on leur apprend que, par ordre du roi, Dubois devait remplir le rôle de Mauni ; tous refusent alors de jouer avec lui et font connaître leur résolution aux spectateurs qui déjà remplissaient la salle. Un tumulte effroyable éclate aussitôt ; au milieu des cris de Calais !… Calais !… on distingue ceux de : Frétillon à l’hôpital !… la Clairon au For-l’Évêque !… Il n’y eut point de spectacle, et l’argent fut rendu à la porte. Tout Paris fut ému de cette affaire, plus ému que si l’ennemi eût été à vingt lieues seulement de la capitale. Plusieurs gentilshommes se formèrent en comité chez le lieutenant de police. Après une discussion assez longue dans laquelle la reine tragique trouva de chaleureux défenseurs, il fut décidé néanmoins que les acteurs seraient conduits en prison. Le 7 avril 1765, Brisard, Dauberval, Molé, Lekain, et plusieurs autres furent arrêtés et conduits au For-l’Évêque. Un exempt se présenta au domicile de la demoiselle Clairon et la pria fort poliment de le suivre. Après quelques difficultés l’actrice se soumit en disant : « Mon honneur reste intact, le roi lui-même n’y peut rien. — Vous avez raison, répartit l’exempt, où il n’y a rien, le roi perd ses droits. » La demoiselle Clairon monta dans la voiture de madame de Sauvigny, épouse de l’intendant de Paris. Pour marquer tout l’intérêt qu’elle prenait au sort de cette pauvre actrice, cette vertueuse dame tint la demoiselle Clairon constamment sur ses genoux et chercha durant le trajet à la consoler par de douces paroles. La reine tragique fut visitée par la cour et la ville. On faisait sortir les prisonniers pour aller jouer leurs rôles ; le spectacle terminé, on les reconduisait au For-l’Évêque. Le dénoûment de cette comédie fut joué par l’auteur lui-même. Le poète Dubelloi, pour plaire à mademoiselle Clairon, retira humblement sa tragédie du siége de Calais. Le comédien Dubois demanda sa retraite, et les acteurs furent mis en liberté. Bellecour, au nom de tous ses camarades, fit à la Comédie Française un discours rempli d’excuses humiliantes et déplora le malheur d’avoir manqué au public.

En 1780, le ministre Necker engagea Louis XVI à supprimer les prisons du For-l’Évêque et du petit Châtelet. Une ordonnance du roi, du 30 août de la même année, porte que les prisonniers seront transférés dans l’hôtel de la Force, dont le vaste emplacement promettait plus de salubrité aux détenus et facilitait les moyens d’établir entr’eux des séparations et distinctions nécessaires.


Gervais (église Saint-).

Située rue Jacques-de-Brosse. — 9e arrondissement, quartier de l’Hôtel-de-Ville.

Dès le VIe siècle, une église existait en cet endroit. Fortunat, qui a écrit la vie de saint Germain, nous apprend que le pieux évêque venait quelquefois faire sa prière dans cette église, appelée Basilica sanctorum Gervasii et Protasii.

On ignore à quelle époque elle fut érigée en paroisse. Après cette érection, elle obtint sans doute le droit d’avoir une chapelle située dans l’enceinte de Paris.

Au XIe siècle, l’église Saint-Gervais appartenait aux comtes de Meulan, qui en firent don au prieuré de Saint-Nicaise. La charte de donation énonce les églises de Saint-Gervais et de Saint-Jean situées in vico qui dicitur Greva.

Les revenus de l’autel appartenaient à plusieurs personnes, et nous lisons que l’archidiacre Guillaume en donna la troisième partie qu’il possédait au chapitre Notre-Dame. Le pouillé parisien du XIIIe siècle nous apprend que la cure de Saint-Gervais était à la nomination du prieur de Saint-Nicaise de Meulan. Cette basilique, qui avait été sans doute dévastée par les Normands, fut réparée et dura jusqu’au temps du roi Robert. L’édifice qui la remplaça fut commencé vers 1212 et terminé en 1420. L’inscription suivante, gravée sur une pierre scellée dans le mur à gauche, rappelle la date de la dédicace.

« Bonnes gens, plaise vous sçavoir que cette présente église de messeigneurs saint Gervais et saint Protais, fut dédiée le dimanche devant la fête de saint Simon saint Jude, l’an 1420, par le révérend père en Dieu, maître Gombault, évêque d’Agrence, et sera à toujours la fête de l’annualité de dédicace, le dimanche devant la dite fête saint Simon saint Jude, s’il vous plaît y venir y recommander vos maux, et prier pour les bienfaiteurs de cette église, et aussi pour les trépassés. Pater Noster, Ave Maria. »

L’ensemble des constructions de l’église Saint-Gervais a toute la délicatesse qui caractérise l’architecture du XVe siècle ; cependant quelques parties semblent appartenir à une époque postérieure.

Le portail de Saint-Gervais, ouvrage de Jacques de Brosse, est remarquable par sa belle ordonnance. La première pierre en fut posée par Louis XIII, le 24 juillet 1616. Il est composé de trois ordres, disposés suivant l’usage observé par les anciens architectes, c’est-à-dire l’ordre ionique sur le dorique, et le corinthien sur l’ionique. Les deux premiers ordres sont de huit colonnes chacun et le dernier de quatre. Les colonnes de l’ordre dorique sont engagées d’un tiers dans le vif du bâtiment et unies jusqu’à la troisième partie de leur fût, mais le reste est cannelé à côtes. Les colonnes des autres ordres sont isolées. — Le tableau du maître-autel représente les noces de Cana ; on ignore le nom du peintre. Les statues de saint Gervais et de saint Protais, placées à droite et à gauche, sont de Bourdin, et les anges, de Guérin. Le crucifix qu’on voit sur la porte du chœur, et au pied duquel sont agenouillés la Vierge et saint Jean, est une œuvre pleine de mérite. Le Christ est de Sarrazin et les deux autres figures de Buiret. Jean Cousin a peint les vitraux du chœur. Ils représentent le martyre de saint Laurent, la samaritaine, le paralytique. Ces vitraux ont été détruits en partie.

Aux deux extrémités de la balustrade qui sépare le chœur de la nef, on voit deux petits tableaux représentant, l’un saint Louis de Gonzague en prières, l’autre saint Gervais et saint Protais apparaissant à saint Ambroise.

Plusieurs chapelles règnent au pourtour des bas-côtés ; celle de Saint-Michel se distingue par ses vitraux qui représentent des danses de bergers. Ces peintures, dues à Pinaigrier, sont aussi remarquables par la composition que par la vivacité du coloris.

La chapelle de la Vierge placée au fond de l’édifice est sans contredit le morceau d’architecture du style le plus gracieux. La voûte est ornée d’une couronne de pierre en clef pendante. Cet ouvrage, d’une hardiesse surprenante, passe pour le chef-d’œuvre des frères Jacquets. Cette chapelle est maintenant en réparation ; les travaux, exécutés par M. Baltard, seront terminés vers la fin de l’année 1844.

La chapelle de Sainte-Barbe est décorée de vitraux qui représentent une procession, dans laquelle on remarque François Ier, dont la figure est très ressemblante.

Dans une chapelle à gauche est un tableau d’Albert Durer, peint en 1500. Il représente les principales scènes de la Passion de Jésus-Christ. En face de la nef de droite, et dans la chapelle du Saint-Esprit, est un concert d’anges par le Pérugin.

Dans la chapelle Saint-Eutrope est le mausolée du cardinal Le Tellier qui expira, disait l’inscription, à l’âge de 83 ans, le 30 octobre 1685, huit jours après qu’il eût scellé la révocation de l’édit de Nantes, content d’avoir vu consommer ce grand ouvrage. Le chancelier est représenté à demi-couché ; un Génie en pleurs est à ses pieds ; les figures de la Prudence et de la Justice sont sur l’archivolte ; la Religion et la Force sur les bases des pilastres. Mazeline et Hutelle ont élevé ce monument d’après les dessins de Philippe de Champagne.

En face de ce mausolée est une descente de croix exécutée en plâtre par Cortot.

Saint-Gervais possédait encore d’autres richesses qui lui furent enlevées pendant la révolution. En 1793, cette église portait le nom de Temple de la Jeunesse. Depuis 1802, Saint-Gervais est la seconde succursale de la paroisse Notre-Dame.

Cette église est un des plus beaux monuments de Paris ; mais étouffé par les constructions qui l’environnent, l’édifice perd de sa grandeur et de sa beauté. Voltaire disait, en parlant du portail : « C’est un chef-d’œuvre auquel il ne manque qu’une place pour contenir ses admirateurs. »

L’administration municipale, jalouse d’honorer toutes les gloires de la France, a décoré une rue voisine du nom de l’illustre architecte du portail de Saint-Gervais. Bientôt la rue François-Myron, qui conduit de cet édifice à l’Hôtel-de-Ville, sera complètement alignée sur une largeur de 26 m. Alors l’œuvre de Jacques de Brosse pourra déployer toute sa magnificence.


Gervais (passage Saint-).

Commence à la rue des Barres, no 9 ; finit à la rue Jacques-de-Brosse, no 8. — 9e arrondissement, quartier de l’Hôtel-de-Ville.

C’était avant 1790 le passage du presbytère Saint-Gervais. Ce presbytère, situé dans la rue de Long-Pont, no 8 (aujourd’hui Jacques-de-Brosse), devint propriété nationale et fut vendu le 26 fructidor an IV.


Gervais (rue des Coutures-Saint-).

Commence aux rues Thorigny, no 7, et Saint-Gervais, no 1 ; finit à la rue Vieille-du-Temple, nos 106 et 110. Le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 24. Sa longueur est de 101 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

Elle fut ouverte, en 1620, sur les coutures Saint-Gervais, qui faisaient autrefois partie du clos de Saint-Ladre et de la courtille Barbette. — Une décision ministérielle, du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, avait fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 31 mars 1835. Les constructions du côté des numéros impairs sont alignées ; celles du côté opposé devront reculer de 3 m. 60 c. environ. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Gervais (rue des Hospitalières-Saint-).

Commence à la rue des Rosiers, nos 38 et 42 ; finit à la rue des Francs-Bourgeois, nos 23 et 25. Pas de numéro. Sa longueur est de 92 m. — 7e arrondissement, quartier du Marché-Saint-Jean.

Une décision ministérielle, du 23 juillet 1817, prescrivit l’ouverture de cette rue, dont la largeur fut fixée à 10 m. Ce percement fut exécuté dans le courant de la même année. Sa dénomination rappelle le couvent des religieuses hospitalières de Saint-Gervais, sur l’emplacement duquel cette rue a été ouverte. (Voir pour l’historique de ce couvent l’article du Marché-des-Blancs-Manteaux.) — Égout du côté de la rue des Francs-Bourgeois. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Gervais (rue Saint-).

Commence à la rue des Coutures-Saint-Gervais, no 2 ; finit à la rue Neuve-Saint-François, nos 3 et 5. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 99 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

Ouverte en 1620, sur les coutures Saint-Gervais, cette rue en a retenu le nom. Quelques plans la désignent sous la dénomination des Morins parce qu’elle conduisait à des chantiers qui appartenaient à la famille de ce nom. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 31 mars 1835, cette dimension est portée à 10 m. La propriété no 1 devra subir un fort retranchement pour exécuter un pan coupé de 12 m. à l’encoignure de la rue des Coutures. Les autres constructions de ce côté sont soumises à un retranchement qui varie de 1 m. 70 c. à 2 m. Le mur de clôture de la propriété no 6 devra reculer de 1 m. ; les autres constructions sont assujetties à un retranchement de 1 m. 80 c. à 2 m. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Gervais-Laurent (rue).

Commence à la rue de la Cité, nos 6 et 8 ; finit à la rue du Marché-aux-Fleurs, nos 1 et 3. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 70 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

En 1248 et 1250, c’était la rue Gervais-Loorant et Leorens, depuis Gervais-Laurent. — Une décision ministérielle, du 13 brumaire an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. La propriété située sur le côté des numéros impairs, à l’encoignure de la rue du Marché-aux-Fleurs, n’est soumise qu’à un léger redressement. Les maisons qui portent sur la rue de la Pelleterie les nos 9, 11 et 13, sont alignées.


Gesvres (quai de).

Commence à la rue de la Planche-Mibray, no 1, et au pont Notre-Dame ; finit au Pont-au-Change et à la place du Châtelet, no 2. Le dernier numéro est 30. Sa longueur est de 106 m. — 7e arrondissement, quartier des Arcis.

« Louis, etc… Sçavoir faisons que nous, ayant mis en considération les signalez et recommandables services que le marquis de Gesvres nous a rendus dès sa tendre jeunesse, tant en nos armées qui ont tenu la campaigne qu’ez sièges les plus importants dans l’Allemaigne, Flandre et Espaigne, ou en divers combats et entreprises il a donné telle preuve de son couraige et valleurs, qu’au pris de son sang plusieurs blessures qui l’a reteneu en une prison de neuf mois, il a mérité de nous et du public l’estime et les gratifications qui sont deubes à ceulz qui nous servent avec tant de cœur et fidellitez. A quoy ayant esgard aux grandes et excessives despences qu’il a faictes jusques à présent dans nos armées et qu’il est encore obligé de continuer à l’advenir, à iceluy ; pour ces causes et autres à ce nous mouvans de nostre grâce spécialle, plaine puissance et authorité royalle, avons, suivant et conformément à l’arrest de nostre conseil du 15e du présent mois de febvrier, et à l’advis des trésoriers de France à Paris, du 3e décembre 1641, cy attaché, accordé, donné, octroyé, ceddé, quitté, transporté et délaissé du tout à toujours les places qui sont entre les ponts Nostre-Dame et aux Eschangeurs, du costé de l’Escorcherie, sur la largeur qui se rencontrera depuis la culée du d. pont Nostre-Dame jusques à la poincte de la première pille d’iceluy ; pour en quelle place y faire construire à ses frais et despens un quai porté sur arcades et pilliers posés d’alignement, despuis le poinct de la dicte première pille du d. pont Nostre-Dame jusques à celle du Pont-aux-Changeurs, de présent construit de neuf ; et quatre rues, l’une de 20 pieds de large avec maisons, qui prendera son emboucheure sur le d. pont Nostre-Dame et se conduira en droicte ligne, tant d’un costé que d’aultre, en la longueur de 75 thoises, passant sur le d. Pont-aux-Changeurs, etc… ; à la charge de payer par le d. sieur marquis de Gesvres, ou ses ayant-cause par chacun an, à la recepte du domaine de Paris, cinq sols de cens et un escu d’or pour chacune des maisons qui sera bastie sur les d. rues, etc… Donné à Lyon, au mois de febvrier l’an de grâce 1642, et de nostre règne le 32e. Signé Louis. »

Ces lettres-patentes furent registrées au parlement le 28 mars 1643. Le marquis de Gesvres profita immédiatement de cette autorisation. Il fit construire le quai et une rue parallèle qui prirent la dénomination de quai et rue de Gesvres. Deux autres rues servaient de communication entre les deux premières voies publiques. Des lettres-patentes du 22 avril 1769 portent : — « Art. 16. Les maisons du quai et de la rue de Gesvres, du côté de la rivière, les piles et les arcades qui portent les d. maisons, les quelles anticipent sur le lit de la rivière, seront démolies et supprimées et le d. quai sera retiré à l’alignement du quai Pelletier et du quai de la Mégisserie. » — Renouvelée par un édit du mois de septembre 1786, cette disposition fut exécutée peu de temps après, et la rue de Gesvres, dont on démolit un des côtés, fut confondue avec le quai. Toutefois, on plaça des bornes qui séparaient le quai en deux parties. Ces bornes furent supprimées en 1832, lors de l’élargissement du quai Le Peletier. En 1835, l’administration a fait paver le quai de Gesvres, dont la pente a été considérablement adoucie. Ces travaux ont occasionné une dépense de 28,000 fr. — Une décision ministérielle du 24 frimaire an XI, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 29 avril 1839, ont déterminé l’alignement de ce quai dont la moindre largeur est fixée à 25 m. Les maisons de 22 à 30 inclus sont alignées ; les autres constructions ne sont soumises qu’à un léger redressement. — Éclairage au gaz (compe Française).


Gilles (rue Neuve-Saint-).

Commence au boulevart de Beaumarchais, nos 49 et 51 ; finit à la rue Saint-Louis, nos 26 et 28. Le dernier impair est 15 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 242 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

Cette rue, percée en 1640, sur l’emplacement du palais des Tournelles, doit son nom à une statue de saint Gilles placée à l’une de ses extrémités. — Une décision ministérielle du 18 vendémiaire an VI, signée Letourneux, fixa la largeur de cette voie publique à 8 m. 75 c. Cette largeur a été portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 8 juin 1834. Les constructions du côté des numéros impairs, entre le boulevart et la rue des Tournelles, sont soumises à un retranchement qui varie de 2 m. 10 c. à 3 m. Les autres constructions sont alignées. La maison no 4 est à l’alignement ; les autres propriétés devront reculer de 1 m. 20 c. à 1 m. 40 c. environ. — Égout. — Conduite d’eau entre la rue des Tournelles et le boulevart. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Gindre (rue du).

Commence à la rue du Vieux-Colombier, nos 9 et 11 ; finit à la rue Mézières, nos 6 et 8. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 117 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Elle a été formée au commencement du XVIe siècle. D’après l’abbé Lebœuf, gindre signifie le maître-valet ou plutôt le maître-garçon d’un boulanger. — Une décision ministérielle à la date du 26 thermidor an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 3 février 1836, cette dimension est portée à 12 m. Sa largeur actuelle varie de 3 à 4 m. Les constructions du côté des numéros impairs devront reculer de 4 m. à 5 m. 10 c. La propriété no 4 est soumise à un retranchement de 2 m. 10 c. ; les autres maisons du côté des numéros pairs subiront un retranchement de 3 m. 60 c. à 4 m. 30 c. — Conduite d’eau depuis la rue Mézières jusqu’à la borne-fontaine.


Gît-le-Cœur (rue).

Commence au quai des Grands-Augustins, nos 23 et 25 ; finit à la rue Saint-André-des-Arts, nos 36 et 38. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 112 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Des titres de Saint-Germain-des-Prés, du XIVe siècle, l’appellent rue Gilles-Queux, Gui-le-Queux. Le nom de queux signifiait en vieux langage cuisinier ; la charge de grand-queux était chez le roi une des premières de la couronne. Les Châtillon se sont fait honneur de la posséder. Un acte de 1397, cité par Sauval, lui donne le nom de Gui-le-Comte. Piganiol prétend que sa dénomination actuelle lui vient d’un descendant du fameux Jacques-Cœur. Cette assertion, qu’il n’appuie sur aucun acte, est réfutée par Jaillot. La dénomination actuelle n’est qu’une altération de Gilles-Queux. — Une décision ministérielle à la date du 23 frimaire an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Les propriétés nos 6 et 8 ne sont pas soumises à retranchement. — Portion d’égout du côté du quai.

« Au bout de la rue Gilles-Cœur (dit Saint-Foix), dans l’angle qu’elle forme aujourd’hui avec la rue du Hurepoix (cette dernière n’existe plus), François Ier fit bâtir un petit palais (le palais d’Amour), qui communiquait à un hôtel habité par la duchesse d’Estampes, dans la rue de l’Hirondelle. Les peintures à fresque, les tableaux, les tapisseries, les salamandres (c’était le corps de la devise de François Ier) accompagnés d’emblèmes et de tendres et ingénieuses devises ; tout annonçait dans ce petit palais et cet hôtel le dieu et les plaisirs aux quels ils étaient consacrés. » — « De toutes ces devises (dit Sauval) que j’ai vues, il n’y a pas encore longtemps, je n’ai pu me ressouvenir que de celle-ci ; c’était un cœur enflammé, placé entre un alpha et un oméga, pour dire apparemment : Il brûlera toujours ! » — « Le cabinet de la duchesse d’Estampes (continue Saint-Foix) sert à présent d’écurie à une auberge qui a retenu le nom de la Salamandre. Un chapelier fait sa cuisine dans la chambre du lever de François Ier, et la femme d’un libraire était en couche dans son petit salon des délices, lorsque j’allai pour examiner les restes de ce palais. »


Glacière (rue de la).

Commence à la rue de Lourcine, nos 105 et 107 ; finit aux boulevarts des Gobelins et Saint-Jacques. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 325 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Elle était autrefois comprise dans la rue Payen et en portait le nom. En 1636, c’était la rue de la Barrière. Sa dénomination actuelle lui a été donnée parce qu’elle se dirige vers le village de la Glacière. — Une décision ministérielle du 3 ventôse an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont alignées, à l’exception du bâtiment qui porte le no 7. Sur le côté opposé les propriétés nos 6 et 8 sont seules soumises à retranchement. — Conduite d’eau depuis la rue du Petit-Champ jusqu’à la borne-fontaine.


Glatigny (rue).

Commence au quai Napoléon, no 27 ; finit à la rue des Marmousets, nos 26 et 28. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 73 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

On donnait le nom de Glatigny à cette rue et aux environs de Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu’à l’hôtel des Ursins. On lit dans plusieurs titres qu’il y avait une maison de Glatigny qui, en 1241, appartenait à Robert et à Guillaume de Glatigny. Dès le XIVe siècle, cette rue était habitée par des filles publiques et se nommait le Val d’Amour. En 1380, on l’appelait rue au Chevet de Saint-Denis-de-la-Chartre, quoiqu’elle fût connue aussi sous le nom de Glatigny. — Une décision ministérielle du 26 prairial an XI, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Les maisons nos 1 et 3 sont alignées.


Gobelins (boulevart des).

Commence à la place de la barrière d’Italie ; finit à la rue de la Glacière, no 9. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par le mur d’enceinte ; le dernier pair est 16. Sa longueur est de 856 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Il a été formé en vertu d’un arrêt du conseil du 9 août 1760. Sa dénomination lui vient du voisinage de la manufacture royale des Gobelins. Dans la partie comprise entre les rues du Champ-de-l’Alouette et de la Glacière, le plan de Verniquet l’indique sous le nom de boulevart de la Glacière. L’alignement de cette voie publique est déterminé par une ligne parallèle au centre des arbres de la contre-allée et à 4 m. de distance. La propriété no 2 et le mur de clôture situé près de la rue de la Glacière ne sont pas soumis à retranchement. (Voyez Enfer, boulevart d’.)


Gobelins (manufacture royale des).

Située dans la rue Mouffetard, no 270. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

On voyait dès le XIVe siècle, dans le faubourg Saint-Marcel, près de la rivière de Bièvre, une petite colonie composée de drapiers et de teinturiers en laine. Leur industrie ne tarda pas à s’agrandir. En 1450, parmi ces ouvriers, on remarquait Jean Gobelin. Son habileté lui fit acquérir en peu de temps une fortune considérable qu’il employa à faire de grandes acquisitions sur les bords de la Bièvre, dont les eaux étaient très favorables à la teinture. Philibert, son fils, et Denise Lebret, son épouse, continuèrent les travaux de leur père et augmentèrent même la fortune qu’il leur avait laissée. Après leur mort, le partage de leurs richesses, qui consistaient en dix maisons, jardins, prés, terres, etc., fut fait en 1510. Leurs successeurs, travaillant avec le même zèle et la même probité, obtinrent aussi de grands résultats. Le peuple voulut honorer les Gobelin à sa manière. Il donna leur nom au quartier où se trouvait le siège de leur établissement, et même à la rivière de Bièvre qui avait contribué à leur prospérité. Cette famille voulut renoncer plus tard à la teinture pour occuper divers emplois dans la magistrature, dans les finances et dans l’armée. Ce changement de profession ne leur porta pas bonheur. Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, épousa, en 1651, Marie-Marguerite d’Aubray, fille du lieutenant-civil de Paris. Cette femme devint fameuse par ses débauches et ses empoisonnements, et fut condamnée le 16 juillet 1676 à être brûlée vive. Le pauvre marquis, le malheureux Gobelin, dut sans doute à son lit de mort regretter de n’avoir pas suivi l’honorable profession de ses pères. Aux Gobelin, qui voulaient devenir marquis, succédèrent les sieurs Canaye qui, ne se bornant pas à teindre les laines en écarlate, commencèrent à fabriquer des tapisseries. Les Canaye furent remplacés, en 1655, par un Hollandais nomme Gluck, et par un ouvrier appelé Jean Liansen ; tous deux excellèrent dans cette profession. La beauté des ouvrages qui sortaient de leurs ateliers frappa le grand Colbert, qui les mit sous les yeux du roi. L’hôtel des Gobelins fut acheté, ainsi que plusieurs maisons qui lui étaient contiguës. — Un édit de novembre 1667 établit la manufacture des Gobelins sur des bases solides. Cet acte porte entre autres dispositions : « Que le surintendant des bâtiments et le directeur sous ses ordres tiendront la manufacture remplie de bons peintres, maîtres-tapissiers, orfèvres, fondeurs, sculpteurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébène, teinturiers et autres ouvriers en toutes sortes d’arts et métiers, et que les jeunes gens, sous ces maîtres, entretenus pendant cinq années, pourront après six ans d’apprentissage et quatre années de service, lever et tenir boutique de marchandises, arts et métiers auxquels ils auront été instruits, tant à Paris que dans les autres villes du royaume. »

La manufacture des Gobelins est sans rivale dans le monde. La France est redevable à cet établissement des progrès extraordinaires que les arts et les manufactures ont faits dans l’espace d’un siècle. On ne saurait calculer le nombre d’ouvrages parfaits qui sont sortis de cette grande et magnifique école.


Gobelins (rue de la barrière des).

Commence au boulevart de l’Hôpital ; finit au chemin de ronde de la barrière d’Ivry. Pas de numéro. Sa longueur est de 131 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Cette rue, qui longe un des côtés de l’abattoir de Villejuif, a été percée vers 1820 sur une partie de l’ancien village d’Austerlitz. (Voyez Austerlitz, grande rue d’.) — Deux décisions ministérielles, la première en date du 7 octobre 1816, signée Lainé, la seconde du 18 octobre 1822, ont fixé la largeur de cette voie publique à 20 m. Nous ne pouvons nous rendre compte de la dénomination assignée à cette rue. Aucune barrière de Paris n’a porté le nom de barrière des Gobelins.


Gobelins (rue des).

Commence à la rue Mouffetard, nos 262 et 264 ; finit à la petite rivière de Bièvre. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 185 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

On la nommait anciennement rue de Bièvre, parce qu’elle conduit à cette rivière. Depuis 1636 c’est la rue des Gobelins, dénomination qui indique son voisinage de cette célèbre manufacture. — Une décision ministérielle du 8 ventôse an IX, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 8 m. Les maisons nos 1, 4 et 16 sont alignées. — Conduite d’eau du côté de la rue Mouffetard.


Gobelins (ruelle des).

Commence à la rue des Gobelins ; finit à la rue du Champ-de-l’Alouette. Pas de numéro. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Cette ruelle, qui a la même étymologie que celle de l’article qui précède, suit le cours de la petite rivière de Bièvre. Elle débouchait autrefois dans la rue Saint-Hippolyte. La ruelle des Gobelins n’est pas reconnue voie publique.


Godefroy (rue).

Commence à la rue de la barrière des Gobelins ; finit à la place de la barrière d’Italie, no 19. Le dernier impair est 7 ; le seul pair, 2. Sa longueur est de 146 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Une ordonnance royale du 19 juillet 1826 autorisa MM. Geffroy et Godefroy à ouvrir sur leurs terrains une rue de 13 m. de largeur, pour communiquer du rond-point de la barrière d’Italie à la rue de la barrière des Gobelins. Cette autorisation fut accordée à la charge par les impétrants : — d’établir de chaque côté de la rue des trottoirs en pierre dure, dont les dimensions leur seraient données par l’administration ; de supporter les frais de premier établissement du pavage et de l’éclairage, ainsi que ceux des travaux à faire pour l’écoulement souterrain et à ciel ouvert des eaux pluviales et ménagères ; de se soumettre aux lois et règlements sur la voirie de Paris, etc. La rue fut immédiatement percée et reçut le nom de rue Godefroy.


Godot-de-Mauroy (rue).

Commence au boulevart de la Madeleine, nos 70 et 72 ; finit à la rue Neuve-des-Mathurins, nos 59 et 61. Le dernier impair est 47 bis ; le dernier pair, 46. Sa longueur est de 356 m. — 1er arrondissement, quartier de la place Vendôme.

Une ordonnance royale du 18 novembre 1818 porte : — Article 1er. Les sieurs Godot de Mauroy frères sont autorisés à ouvrir une rue sur le terrain dont ils sont propriétaires rue Basse-du-Rempart, dans notre bonne ville de Paris ; laquelle formera le prolongement du cul-de-sac de la Grille et communiquera de la rue Basse-du-Rempart à la rue Neuve-des-Mathurins. Cette autorisation est accordée à la charge par les impétrants de fournir gratuitement le terrain de la rue nouvelle, de se charger des frais de premier établissement de pavage et d’éclairage, de se conformer aux lois et règlements sur la grande voirie de Paris. Ce percement fut immédiatement exécuté. L’ancienne impasse de la Grille, que nous voyons indiquée sur le plan de Verniquet (1789), mais qui n’avait point alors de dénomination, occupait en 1818 une longueur de 105 m., et sa largeur était de 9 m. 74 c. Son prolongement a été effectué sur la même dimension. — Conduite d’eau depuis le boulevart jusqu’à la borne-fontaine placée après la rue Desèze. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Goujon (rue Jean-).

Commence à l’allée d’Antin, nos 7 et 7 bis ; finit à l’allée des Veuves et au quai de la Conférence. Le dernier impair est 39 ; le dernier pair, 38. Sa longueur est de 522 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Cette rue, dont la largeur est de 14 m. 60 c., a été percée en vertu d’une ordonnance royale du 23 juillet 1823, sur les terrains appartenant à la compagnie Constantin. (Voyez l’article de la rue de Bayard-Champs-Élysées).

Jean Goujon, célèbre sculpteur et architecte, fut tué d’un coup d’arquebuse le jour de la Saint-Barthélemi (1572), tandis qu’il travaillait sur un échafaud aux décorations du Louvre.


Gracieuse (rue).

Commence à la rue d’Orléans-Saint-Marcel, nos 32 et 34 ; finit à la rue Copeau, nos 29 et 31. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 26. Sa longueur est de 370 m. — 12e arrondissement de 1 à 7, et de 2 à 12 quartier Saint-Marcel ; le surplus est du quartier du Jardin-du-Roi.

Cette communication, qui dans toute son étendue porte aujourd’hui le nom de rue Gracieuse, avait autrefois deux dénominations. La partie comprise entre les rues d’Orléans et de l’Épée-de-Bois s’appelait rue du Noir. Une maison appartenant à Jacques Pays, avocat, et ayant pour enseigne une tête noire, lui avait fait donner cette dénomination qu’elle conservait encore en 1801. Ce n’est que depuis cette époque qu’elle a pris le nom de rue Gracieuse, à laquelle elle fait suite. La deuxième partie, qui s’étend de la rue de l’Épée-de-Dois à la rue Copeau, devait sa dénomination à Jean Gracieuse qui y possédait une maison en 1243. En 1589 plusieurs titres la désignent sous le nom de rue Saint-Médard. — Une décision ministérielle à la date du 28 pluviôse an IX, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de la rue Gracieuse à 7 m. Les constructions nos 7 et 11 ne sont pas soumises à retranchement.


Graine (passage de la Bonne-).

Commence à la rue du Faubourg-Saint-Antoine, entre les nos 123 et 125 ; finit au passage Josset. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 20. — 8e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Antoine.

C’était autrefois une impasse dans laquelle on faisait le commerce des grains avant l’établissement du marché Beauveau. En 1825, M. Josset, marchand de bois, prolongea cette impasse sur les terrains qui lui appartenaient, et en 1835 il la transforma en passage.


Grammont (rue).

Commence à la rue Neuve-Saint-Augustin, nos 12 et 14 ; finit au boulevart des Italiens, nos 15 et 17. Le dernier impair est 27 ; le dernier pair, 28. Sa longueur est de 264 m. — 2e arrondissement, quartier Feydeau.

En 1726, madame la maréchale, duchesse de Grammont, et le duc de Noailles, agissant comme exécuteurs testamentaires du maréchal de Grammont, exposèrent à sa majesté, qu’étant obligés de vendre les biens provenant de cette succession, dans lesquels se trouvait compris l’hôtel de Grammont, situé rue Neuve-Saint-Augustin, il leur serait facile de trouver des acquéreurs si sa majesté voulait bien leur permettre d’ouvrir deux rues sur l’emplacement dudit hôtel. Des lettres-patentes données à Marly, le 19 février de la même année, autorisèrent : 1o l’ouverture d’une rue de 4 toises de largeur qui serait nommée rue de Grammont et dont le tracé serait fait en deux lignes parallèles depuis la rue Neuve-Saint-Augustin jusqu’au nouveau rempart planté d’arbres ; 2e l’ouverture d’une autre rue de 4 toises de largeur, depuis la d. nouvelle rue de Grammont jusqu’à celle de Richelieu, en passant dans un cul-de-sac déjà formé sur le terrain de l’hôtel de Ménars, laquelle prendrait la dénomination de rue de Ménars. II ne fut point alors donné suite à cette autorisation, et les lettres-patentes ne furent registrées au parlement que le 21 août 1763. Le sieur abbé Clément se rendit adjudicataire de l’hôtel et sollicita en 1765 le renouvellement des lettres-patentes de 1726, en demandant toutefois à introduire une légère modification au tracé de la rue projetée sous le nom de rue de Grammont. Un arrêt du conseil d’état du roi, à la date du 26 février 1765, accorda cette autorisation, qui fut confirmée par lettres-patentes du 1er juillet suivant, registrées au parlement le 19 du même mois. Procès-verbal d’alignement fut dressé par le bureau de la Ville le 30 septembre de la même année. — Une décision ministérielle à la date du 18 pluviôse an X, signée Chaptal, maintint la largeur primitive de la rue Grammont. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 16 avril 1831. Les constructions des numéros pairs sont alignées. Celles du côté opposé devront reculer de 2 m. 20 c. — Égout entre les rues Neuve-Saint-Augustin et Grétry. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Grange-aux-Belles (rue).

Commence à la rue des Marais, nos 44 bis et 46 ; finit aux chemins de ronde des barrières du Combat et de la Chopinette. Le dernier impair est 71 ; le dernier pair, 56. Sa longueur est de 1,017 m. — 5e arrondissement, quartier de la porte Saint-Martin.


1re partie comprise entre la rue des Marais ci les rues des Récollets et Bichat.

« Louis, etc… Nos bien amés les sieurs Cantini, Prevot, Castel, de la Noue, Gosset et plusieurs autres propriétaires de maisons et terrains situés à Paris, rue ou chemin dit de la Grange-aux-Belles, faubourg Saint-Martin, nous ont fait exposer que ce chemin aboutit d’un côté à la rue des Marais, en face de la rue de Lancry, et de l’autre dans la rue des Récollets, en face de celle de l’hôpital Saint-Louis ; qu’une nouvelle rue est naturellement indiquée par ce chemin étroit et sinueux, relevé de six pieds au-dessus du sol des Marais et au milieu duquel est une rigole dont les eaux stagnantes et bourbeuses exhalent et portent dans le voisinage et même au loin, une vapeur infecte qui incommode les habitans et se répandant dans les marais voisins, y cause des dégâts considérables, etc., et que s’il était formé au lieu du dit chemin une rue alignée, etc., les dites eaux prendraient leur écoulement par la rue de Lancry, dans l’égout qui y est établi, etc… Ordonnons, voulons et nous plaît ce qui suit : — Article 1er. Il sera formé au lieu du chemin dit de la Grange-aux-Belles, une nouvelle rue de même nom, etc. L’exécution et formation de la d. nouvelle rue sera procurée sans délai, dans l’espace entre la d. rue des Marais et le chemin dit des Vinaigriers, au-devant des emplacemens, bâtimens et marais appartenant aux sieurs Cantini, Prevot, Castel, de la Noue, Gosset et autres, en retranchant ce qui sera nécessaire sur les terrains non bâtis, et quand il y aura lieu sur les bâtimens et maisons déjà construits, et le surplus sur les marais de l’autre côté, pour donner à la d. rue un alignement droit dans toute sa longueur, et trente pieds de largeur, etc. — Art. 2e. Le surplus de la d. rue depuis la d. rue ou chemin des Vinaigriers jusqu’à celle des Récollets, sera et demeurera marqué et indiqué pour être exécuté quand il y aura lieu, en supprimant le petit bureau du commis de la ferme générale, auquel il sera suppléé suivant le besoin et en retranchant ce qui sera nécessaire sur les marais appartenant aux sieurs Jugier et Roussel et sur ceux de l’autre côté, de manière à procurer à la d. partie de rue la même largeur ; qu’au surplus les d. propriétaires s’arrangeront entr’eux pour s’indemniser respectivement de la valeur seulement des terrains, de manière que chacun des deux côtés ait à supporter la perte de la moitié du terrain qui serait nécessaire, pour ajouter à la largeur actuelle du chemin celle prescrite pour la d. rue, etc… Donné à Versailles, le 21e jour du mois de juin 1782, et de notre règne le 9e. Signé Louis. » Procès-verbal d’alignement fut dressé par le bureau de la Ville le 28 mai 1783. — Une décision ministérielle du 23 floréal an X, signée Chaptal, a porté la largeur de cette voie publique à 10 m. Toutes les constructions du côté des numéros impairs sont alignées ; sur le côté opposé les propriétés nos 2, 6, 10, 12, 14 et 20 bis sont seules soumises à un faible retranchement.

2e partie comprise entre les rues des Récollets et Bichat et les chemins de ronde.

C’était autrefois la rue de l’Hôpital-Saint-Louis, dénomination qu’elle devait à l’hôpital qui y est situé. — Une décision ministérielle en date du 3 pluviôse an IX, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 12 m. 67 c. ; presque toutes les constructions riveraines sont alignées.

En vertu d’une décision du ministre de l’intérieur, en date du 14 mars 1836, ces deux parties ont été réunies sous la seule et même dénomination de rue Grange-aux-Belles.

Par suite de cette décision, l’administration a fait procéder à la régularisation du numérotage de cette voie publique. — Égout entre les rues des Marais et des Recollets. — Conduite d’eau : 1o depuis la rue Lacasse jusqu’au quai de Valmy ; 2o depuis la rue Saint-Maur jusqu’à la barrière. — Éclairage au gaz entre la rue des Marais et le quai de Valmy (compe de Belleville).


Grange-Batelière (rue).

Commence aux boulevarts des Italiens, no 2, et Montmartre, no 18 ; finit à la rue du Faubourg-Montmartre, nos 19 et 21. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 34. Sa longueur est de 307 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

La partie comprise entre la rue du Faubourg-Montmartre et l’hôtel de la Grange-Batelière existait dès la fin du XVIIe siècle et s’appelait rue Batelier.

« Le roy étant en son conseil a ordonne et ordonne que la rue de Richelieu sera continuée depuis le cours, de la même largeur de 6 toises jusqu’à la rencontre d’un pan coupé qui sera formé de 8 toises de face jusqu’à la distance de 3 toises de la maison de la Grange-Batelière, et qu’il sera formé une rue en retour de 3 toises de largeur depuis le d. pan coupé, le long du mur de la d. maison jusqu’à la rencontre du chemin des Marais, etc., etc. (Voyez rue Pinon.) Fait au conseil d’état du roi, sa majesté y étant, tenu à Fontainebleau le 18e jour d’octobre 1704. Signé Louis. » — Deux décisions ministérielles, l’une du 7 fructidor an X, signée Chaptal ; l’autre du 20 octobre 1821, et enfin une ordonnance royale du 16 avril 1831, ont fixé la largeur de cette voie publique à 11 m. 69 c. Les propriétés riveraines ne sont pas soumises à retranchement. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

La Grange-Batelière est indiquée, en 1243, sous le nom de Granchia Batilliaca. Elle est appelée, en 1260, Granchia Batalleria. L’abbé Lebœuf pense que cette dernière dénomination provenait des joûtes ou exercices militaires qui se faisaient près de cet emplacement. Dans une déclaration rendue en 1522, les religieuses de l’abbaye Saint-Antoine reconnaissent que le 10 avril 1204 on leur donna un muid de grains à prendre sur la Grange-Batelière. Ce fief était possédé la fin du XIVe siècle par Guy, comte de Laval. Suivant acte du 11 février 1421, Jean de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier de Bretagne, donna l’hôtel, cour, colombier, jardins, etc., de la Grange-Batelière aux prieur et religieux des Blancs-Manteaux. On voit dans ce titre que cette propriété relevait de l’évêque de Paris et qu’elle contenait 120 arpents.

En 1473, elle était possédée par Jean de Bourbon, comte de Vendôme.

L’hôtel de la Grange-Batelière, où sont établis les bureaux de la mairie du 2e arrondissement, appartient à la ville de Paris.


Gravilliers (passage des).

Commence à la rue Chapon, no 6 bis ; finit à la rue des Gravilliers, no 19. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Construit en 1828, il doit son nom à la rue des Gravilliers dans laquelle il débouche.


Gravilliers (rue des).

Commence à la rue du Temple, nos 37 et 39 ; finit à la rue Transnonnain, nos 26 et 28. Le dernier impair est 51 ; le dernier pair, 66. Sa longueur est de 249 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Cette rue, presqu’entièrement bâtie en 1250, portait le nom de Gravelier. Un rôle de taxe de 1312 indique une maison appartenant à un nommé Gravelier, boucher. Il est possible qu’un des ancêtres de ce marchand ait donné son nom à cette voie publique, qu’on appelle aujourd’hui par altération rue des Gravilliers. Quoiqu’il en soit, elle s’étendait anciennement jusqu’à la rue Saint-Martin. Ce ne fut qu’à la fin du XVIIe siècle, que le nom de Jean-Robert fut assigné à la partie de cette voie publique comprise entre les rues Transnonnain et Saint-Martin. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, fixa la largeur de la rue des Gravilliers à 10 m. Cette dimension est portée à 12 m. en vertu d’une ordonnance royale du 16 mai 1833. Les constructions du côté des numéros impairs devront reculer de 2 m. 60 c. à 4 m. ; de 2 à 16 inclus, retranchement 2 m. 50 c. à 3 m. ; 18, retranchement 1 m. 10 c. ; de 20 à 32 inclus, retranchement 1 m. 20 c. à 2 m. 20 c. ; de 34 à 38 inclus, retranchement 1 m. 80 c. à 2 m. 30 c. ; de 40 à la fin, retranchement 2 m. 30 c. à 3 m. 20 c. — Conduite d’eau depuis la rue Transnonnain jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Greffulhe (rue).

Commence à la rue Castellane, nos 8 et 10 ; finit à la rue Neuve-des-Mathurins, nos 75 et 75 bis. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 93 m. — 1er arrondissement, quartier de la place Vendôme.

Une ordonnance royale du 2 février 1839 a autorisé MM. les comtes de Ségur et Greffulhe à ouvrir sur leurs terrains une rue de 12 m. de large, pour communiquer de la rue Castellane à la rue Neuve-des-Mathurins. Cette autorisation a été accordée à la charge par les impétrants : de livrer gratuitement à la ville le sol de la nouvelle voie publique ; de n’élever qu’à une hauteur de 17 m. les bâtiments qui seront construits sur cette rue, sauf une exception pour les maisons qui sont en construction aux deux encoignures de la rue Castellane, lesquelles dans toute la partie en retour sur la rue nouvelle, pourront avoir la hauteur autorisée sur la rue Castellane ; de supporter les frais de premier établissement de pavage en pavés durs d’échantillon, y compris ceux de relevé à bout ; les frais de premier établissement de trottoirs en granit de la largeur qui sera déterminée par l’administration, ceux de l’éclairage au gaz, de bornes-fontaines et de tuyaux destinés à y amener les eaux de la conduite principale ; enfin, les frais d’une galerie d’égout et, s’il y a lieu, des conduites d’eau et de branchements d’égout nécessaires pour recevoir et conduire les eaux des maisons dans ladite galerie, de manière à ce que les eaux ménagères n’aient point d’écoulement sur la voie publique, etc. ; de verser dans la caisse municipale le montant des devis estimatifs des divers travaux ci-dessus indiqués, ou de fournir cautionnement équivalent en rentes sur l’État, et généralement de se conformer aux clauses et conditions exprimées dans la délibération du conseil municipal du 3 août 1838.

Ce percement fut immédiatement exécuté et reçut, en vertu d’une décision ministérielle du 14 novembre 1839, la dénomination de rue Greffulhe. — Une ordonnance royale du 2 mars 1841 porte : — « Article 1er. Notre ordonnance du 2 février 1839 est modifiée en ce sens, que MM. de Ségur et Greffulhe sont autorisés à élever jusqu’à la hauteur de 17 m. 55 c. les constructions sur la rue ouverte par eux à Paris, en vertu de la d. ordonnance qui demeure maintenue dans ses autres dispositions. » — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Grenelle (abattoir de).

Situé place de Breteuil. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

Cet abattoir, qui occupe un espace irrégulier d’environ 33,000 m. de superficie, a été construit sur les dessins de M. Gisors, architecte. (Voir l’article Abattoirs.)

C’est au milieu de l’abattoir de Grenelle que l’administration municipale de Paris a fait creuser un puits artésien de grande dimension, qui fournit constamment un volume considérable d’eau.

Plusieurs puits artésiens creusés avec succès dans le voisinage de la capitale, à Épinay, à Saint-Ouen, à Saint-Denis, à Villetaneuse, avaient fait concevoir l’espérance que de semblables tentatives pourraient réussir à Paris. Dans cette pensée, l’administration, en 1832, ordonna des sondages au carrefour de Reuilly, près de la barrière de Saint-Mandé, au boulevart extérieur du Combat et à celui de la Cunette. Sur ces trois derniers points le but de la Ville était, à défaut d’eau jaillissante, d’essayer d’absorber dans ces puits les eaux du sol. L’eau ne monta nulle part jusqu’à la surface.

Ces tentatives achevèrent de démontrer par le fait les indications des géologues, qui établissent que les nappes d’eau des bancs de sable supérieur à la craie, étant coupées par la Seine au-dessous de Paris, n’ont plus assez de pression pour jaillir au-dessus du sol dans le voisinage de ce point.

Ce fut dans ces circonstances que l’administration, persuadée par les prévisions de la science qu’il n’y avait à Paris de chance de succès pour les puits artésiens qu’en perçant l’énorme banc de craie sur lequel repose cette ville, conçut le projet d’en faire l’expérience.

Ce banc occupe une grande partie de la France, des Pays-Bas et même de l’Angleterre. Sur les points où son peu de profondeur permet de le percer facilement, en Artois, dans la Touraine, on a toujours trouvé par-dessous des bancs de sables verts contenant des eaux jaillissantes. Sa profondeur et son épaisseur, à Paris, étant considérables, on ne l’avait jamais percé. C’était donc une tentative des plus intéressantes que de vérifier, en perçant ce banc, les formations géologiques qui composent le terrain de Paris, indépendamment de l’intérêt spécial d’obtenir de l’eau.

Dans cette double pensée, l’administration municipale, à la fin de 1833, approuva le projet qui lui fut présente par M. l’ingénieur en chef Emmery pour le forage d’un puits artésien d’une dimension qui permît le percement de la craie. Ce puits devait être tenté sur la place de la Madeleine. Un semblable travail exigeait des moyens et des appareils extraordinaires ; il présentait de grandes difficultés : aussi un seul entrepreneur, M. Mulot, se présenta-t-il à l’adjudication.

Au moment de commencer l’entreprise, on renonça à l’emplacement que l’on avait d’abord désigné, pour choisir l’abattoir de Grenelle. M. Mulot se mit à l’œuvre au commencement de 1834. Après sept ans d’un travail opiniâtre où l’habileté du sondeur a souvent été mise à l’épreuve par des difficultés et des accidents qui auraient pu décourager d’autres entrepreneurs, il a obtenu le prix de ses efforts. Le 26 février 1841 la sonde atteignit les sables verts, où elle pénétra par son seul poids de plusieurs mètres de profondeur. Aussitôt les eaux montèrent et se répandirent sur le sol de l’abattoir avec une telle abondance, qu’il en résulta une véritable inondation.

La population parisienne gardera longtemps le souvenir de l’intérêt qu’elle prit à ce succès, que plus de trois cent mille personnes vinrent dans les jours qui suivirent constater sur place.

M. Mulot reçut la décoration de la Légion-d’Honneur et la ville de Paris lui constitua une pension viagère de 3,000 francs, reversible par moitié sur la tête de sa femme. Une indemnité honorable fut en outre accordée à M. Louis Mulot fils, qui n’a cessé de diriger le travail sous l’inspiration de son père.

Le tubage du puits à partir des sables était nécessaire pour assurer sa conservation. Ce travail a donné lieu à des difficultés d’un nouveau genre. Tenté d’abord en tubes de cuivre qui n’ont pas présenté une résistance suffisante, on l’a définitivement effectué en tubes de fer forgé de 5 millim. d’épaisseur. Ces tubes ont été élevés à une hauteur de 33 m. 50 c. au-dessus du sol, afin que les eaux pussent de là être conduites sur les quartiers élevés du faubourg Saint-Jacques, sur le plateau de l’Estrapade, où la Ville a fait construire des bassins pour les recevoir et les distribuer.

La profondeur du puits de Grenelle est de 547 m. 60 c. ; commencé sur 40 c. de diamètre, il n’en a plus au fond que 16. Le volume des eaux qu’il fournissait la hauteur du sol de l’abattoir était d’environ 3,000,000 de litres en vingt-quatre heures. Il en fournit aujourd’hui à 33 m. 50 c. de hauteur environ le tiers, ce qui revient à 50 pouces de fontainier.

La dépense de ce travail n’a pas été moindre de 300,000 francs.


Grenelle (barrière de).

Située à l’extrémité de la rue Dupleix.

Cette barrière, qui doit son nom au territoire de Grenelle sur lequel elle est située, consiste en deux bâtiments avec péristyle à pilastres carrés. Elle se nommait anciennement barrière des Ministres. (Voyez l’article Barrières.)


Grenelle (chemin de ronde de la barrière de).

Commence à la barrière de Grenelle et à la rue Dupleix ; finit à la barrière de la Cunette et au quai d’Orsay. Pas de numéro. Sa longueur est de 505 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

Les propriétés situées près du quai d’Orsay sont à l’alignement. (Voyez l’article Chemins de ronde.)


Grenelle (impasse de).

Située dans la rue de Grenelle, entre les nos 156 et 158. Le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 98 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

Cette impasse, tracée sur le plan de Verniquet, tire sa dénomination de la rue où elle est située. — Une décision ministérielle en date du 18 fructidor an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette impasse à 7 m. Les propriétés riveraines devront reculer de 1 m. 70 c, à 2 m. 30 c.

Grenelle (rue de la Ferme-de-).

Commence à l’avenue de Suffren ; finit à l’avenue de La Motte-Picquet, no 23. Pas de numéro. Sa longueur est de 210 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

Cette rue forme un retour d’équerre. Elle est indiquée sur le plan de Verniquet, mais sans dénomination. Le nom qu’elle porte aujourd’hui lui vient de sa proximité de la ferme du château de Grenelle qui bordait la place Dupleix. Il n’existe pas d’alignement arrêté pour cette rue, dont la largeur actuelle varie de 5 m à 9 m.


Grenelle-Saint-Germain (rue de).

Commence au carrefour de la Croix-Rouge et à la rue du Dragon, no 44 ; finit à l’avenue de La Bourdonnaye, no 19. Le dernier impair est 203 ; le dernier pair, 206. Sa longueur est de 2,251 m. — 10e arrondissement ; les impairs de 1 à 111 dépendent du quartier Saint-Thomas-d’Aquin ; de 2 à 10, quartier de la Monnaie ; de 12 à 132, quartier du Faubourg-Saint-Germain ; de 113 à la fin et de 134 à la fin, quartier des Invalides.

Ce nom lui vient d’une garenne que possédait anciennement l’abbaye Sainte-Geneviève, et qui était située près de l’emplacement sur lequel on construisit l’École-Militaire. Jusqu’en 1838, la communication qui nous occupe était divisée en deux parties séparées par l’esplanade des Invalides : la première, appelée rue de Grenelle-Saint-Germain ; la deuxième, nommée rue de Grenelle-au-Gros-Caillou. Chacune avait un numérotage particulier. En vertu d’un arrêté préfectoral du 31 août de cette même année, ces deux parties ont été réunies sous la seule et même dénomination de rue de Grenelle-Saint-Germain, et leur numérotage a été régularisé. — Une décision ministérielle du 5 vendémiaire an IX, signée L. Bonaparte, et une ordonnance royale du 7 mars 1827, ont fixé à 10 m. la moindre largeur de la partie de cette voie publique comprise entre le carrefour de la Croix-Rouge et la rue d’Austerlitz. — Une décision ministérielle du 3 germinal an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de la deuxième partie à 12 m. Les constructions ci-après ne sont pas soumises à retranchement : partie de la propriété no 7 ; nos 11, 13, 39, 41, 43, 45, 57, 59, 63, 67, 69, 71, 89, 91, 95, les bâtiments du ministère de l’intérieur, de 167 à la fin ; de 12 à 32 inclusivement, 74, de 78 à 130 inclusivement, 134, 136, 138, 156 et de 170 à la fin. — Égout et conduite d’eau dans presque toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Française).

Aux nos 57 et 59 est située la fontaine dite de Grenelle. Construite aux frais de la ville, sous la prévôté de Michel-Étienne Turgot, cette fontaine remarquable par la richesse de sa décoration fut achevée en 1739. Son plan, demi-circulaire, a 29 m. de largeur et 11 m. 60 c. de hauteur. Sur un socle de glaçons, que soutient l’avant-corps, sont trois statues ; celle du centre représente la Ville de Paris ; les deux autres, couchées au milieu des roseaux et appuyées sur des urnes, figurent la Seine et la Marne. Cette fontaine a été construite par Bouchardon.


Grenelle-Saint-Honoré (rue de).

Commence à la rue Saint-Honoré, no 158 ; finit à la rue Coquillière, nos 17 et 19. Le dernier impair est 63 ; le dernier pair, 50. Sa longueur est de 271 m. — 4e arrondissement, quartier de la Banque.

Après l’achèvement du mur d’enceinte de Paris, sous Philippe-Auguste, le quartier où se trouve aujourd’hui cette rue fut construit rapidement. Un chemin hors de Paris longeait le mur de cette enceinte et portait le nom de Guernelles, en raison d’un propriétaire qui y demeurait. À la fin du XIIIe siècle, une rue bordée de constructions avait remplacé l’ancien chemin. Des titres la nomment tantôt rue de Guarnelle, Guarnales, et enfin de Grenelle. — Une décision ministérielle à la date du 25 ventôse an XIII, signée Champagny, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 2 février 1843, cette largeur est portée à 12 m. La propriété située sur le côté gauche à l’encoignure de la rue Saint-Honoré est à l’alignement ; nos 5 et 7, retranchement 77 c à 1 m. 10 ; 9, alignée ; 11, retranchement 70 c ; 13, fort retranchement sur la rue du Pélican ; de 15 à 21 inclus, retranchement 40 à 50 c. ; 29, alignée ; de 31 à 37 inclus, retranchement 80 c. à 1 m. 10 c. ; de 39 à 49 inclus, retranchement 1 m. 10 c. à 1 m. 70 c. ; 51, 55, 57 et 59, alignées ; 63, retranchement 2 m. 80 c. ; de 2 à 16 inclus, retranchement 3 m. 40 c. à 4 m. ; 18, retranchement 1 m. 10 c. ; de 20 à 30 inclus, retranchement 2 m. 80 c. à 3 m. 40 c. ; de 32 à la fin, retranchement 2 m. à 2 m. 80. — Égout dans toute l’étendue. — Conduite d’eau entre les rues du Pélican et Mercier. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Sur l’emplacement occupé par la maison qui porte aujourd’hui le no 49 était un hôtel qui fut habité par Jeanne d’Albret, mère de Henri IV. Cette princesse y mourut le 9 juin 1572. Elle n’avait que 44 ans, et ne fut malade que cinq jours ; le bruit courut alors qu’elle avait été empoisonnée par l’odeur d’une paire de gants que lui avait vendue Réné, parfumeur de la cour de Catherine de Médicis. Le corps de Jeanne d’Albret fut ouvert, et les chirurgiens, dit Cayet, rapportèrent qu’ils n’avaient trouvé aucune trace de poison.


Greneta (impasse).

Située dans la rue du Commerce, no 4. — 6e arrondissement, quartier de la porte Saint-Denis.

Son voisinage de la rue Greneta lui a fait donner sa dénomination (voir l’article suivant). Il n’existe pas d’alignement pour cette impasse.


Greneta (rue).

Commence à la rue Saint-Martin, nos 219 et 221 ; finit à la rue Saint-Denis, nos 262 et 264. Le dernier impair est 61 ; le dernier pair, 52. Sa longueur est de 239 m. — 6e arrondissement, quartier de la porte Saint-Denis


Cette rue était presqu’entièrement bordée de constructions en 1230. Dans un acte de donation faite en 1236, par Amauri de Meudon, à l’abbé de Notre-Dame-de-la-Roche, on voit que cette rue s’appelait de la Trinité, en raison de la principale entrée de l’hôpital de la Trinité qu’on voyait dans cette voie publique. Dès 1262, cette rue portait le nom d’Arnetal, qu’elle devait vraisemblablement à un particulier qui l’habitait ; ce nom s’altéra dans les siècles suivants et se changea en ceux de Guernetal, Garnetal, et enfin de Greneta. — Une décision ministérielle à la date du 8 prairial an VII, signée François de Neufchâteau, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 21 juin 1826, sa moindre largeur est portée à 11 m. Les maisons nos 29 et 31 sont alignées ; celles nos 19, 21, 23, 25, 27 et 33 ne sont soumises qu’à un faible retranchement. — Portion d’égout du côté de la rue Saint-Denis. — Conduite d’eau entre cette rue et les deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Française).


Greniers de réserve.

Situés boulevart Bourdon. — 9e arrondissement, quartier de l’Arsenal.

Un décret impérial, du 12 août 1807, affecta une somme de 400,000 fr. pour commencer les constructions des greniers de réserve, dont le ministre de l’intérieur, Cretet, posa la première pierre le 26 décembre de la même année. Ces greniers sont composés de cinq pavillons formant avant-corps et de quatre arrière-corps ; ils ont 350 m. de longueur totale. Suivant le projet primitif, ils devaient être élevés de six étages, y compris les combles, au-dessus du rez-de-chaussée, et contenir environ 25,000 m. cubes de blé ; approvisionnement qui, réuni à celui des farines à placer au rez-de-chaussée, était considéré comme pouvant suffire à la consommation de Paris pendant deux à trois mois. Des caves ont été pratiquées dans toute l’étendue de l’édifice ; elles sont couvertes par des voûtes d’arêtes supportées par quatre rangs de piliers ; le rez-de-chaussée devait être voûté de la même manière et avoir 6 m. 50 c. de hauteur. Le sol sur lequel on éleva les constructions avait formé autrefois le lit de la Seine, et présentait une résistance inégale. Cet état de choses commandait de grandes précautions, et faute de les avoir prises, l’édifice a éprouvé du côté du quai un mouvement très sensible. On a employé 5 millions pour élever l’édifice au point où on le voit, et la dépense aurait doublé si le projet primitif eût pu recevoir son exécution, puisque la dernière estimation était de 9,600,000 fr. — En 1816, époque de la suspension des travaux, les constructions faites consistaient dans les fondations, les voûtes des caves et une partie des murs du rez-de-chaussée. Les voûtes étaient depuis longtemps exposées aux pluies qui les pénétraient et auraient fini par les détruire ; on sentit alors la nécessité d’établir promptement une couverture pour les abriter ; on arrêta l’édifice à la hauteur actuelle et, les fonds n’étant pas suffisants pour achever assez promptement les murs intérieurs, on établit la couverture sur des points d’appui provisoires, en se réservant les moyens de construire les murs un peu plus tard. M. Delannois, architecte, a dirigé les travaux de construction des greniers de réserve. Cet édifice peut contenir 45,000 sacs de farine, ce qui équivaut à la consommation de cette ville pendant un mois. Dès l’année 1831, il fut question d’abandonner à la ville de Paris les greniers de réserve, dont elle jouissait depuis plusieurs années. En 1832, époque du choléra, les bâtiments furent affectés à un hôpital temporaire. D’après une ordonnance de police du mois de juillet 1836, l’approvisionnement obligé dans les greniers de réserve a été porté, pour les 601 boulangers de Paris, à 77,190 sacs. — Le 24 juillet 1840, le conseil municipal délibéra qu’il y avait lieu, 1o de consentir, de la part de la ville, à l’affectation par ordonnance royale des greniers de réserve et des terrains compris dans leur périmètre au service du département de l’intérieur, à la condition expresse d’en faire la remise à la ville de Paris ; 2o de régler les alignements des rues à ouvrir aux abords de cet établissement ; 3o d’accepter l’offre du domaine d’en livrer gratuitement les terrains, etc. Cette délibération a été homologuée par une ordonnance royale du 21 septembre 1841. Une autre ordonnance rendue le 11 octobre suivant, porte : « Les bâtiments domaniaux, dits greniers de réserve, sont mis à la disposition du ministre de l’intérieur pour être exclusivement affectés à l’approvisionnement de la capitale. » Le 25 février 1842, le domaine a fait la remise des greniers de réserve au ministre de l’intérieur qui les a cédés à la ville de Paris, ainsi que le constate un procès-verbal dressé les 1er et 4 mars suivant. Enfin, le 21 avril de la même année, le domaine a fait la remise gratuite de tous les terrains nécessaires à la formation de cinq rues nouvelles, aux abords des greniers de réserve. Ces voies publiques ne sont pas encore dénommées.


Grenier-Saint-Lazare (rue).

Commence aux rues Beaubourg, no 65, et Transnonnain, no 1 ; finit à la rue Saint-Martin, nos 126 et 130. Le dernier impair est 37 ; le dernier pair, 34. Sa longueur est de 137 m. — 7e arrondissement, quartier Sainte-Avoie.

Cette rue était en partie construite en 1250 et portait à cette époque le nom de Garnier-Saint-Lazare. Depuis elle s’est appelée rue Grenier-Saint-Ladre, et enfin Grenier-Saint-Lazare. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 16 mai 1833, cette dimension est portée à 12 m. Les constructions du côté des nos impairs sont soumises à un retranchement qui varie de 1 m. 90 c. à 3 m. 30 c. celles du côté opposé devront reculer de 2 m. à 4 m. — Égout. — Conduite d’eau entre les rues Transnonnain et les deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Grenier-sur-l’Eau (rue).

Commence à la rue Geoffroy-l’Asnier, nos 21 et 23 ; finit à la rue des Barres, nos 14 et 16. Pas de numéro. Sa longueur est de 100 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Hôtel-de-Ville.

Elle doit son nom à un propriétaire appelé Garnier ou Guernier qui, en 1241, donna aux Templiers quelques maisons près de l’église Saint-Gervais, à l’endroit même où cette rue est située. En 1257, selon Sauval, c’était la rue André-sur-l’Eau. Guillot et le rôle de taxe de 1313 lui donnent la dénomination de rue Garnier-sur-l’Yaüe. — Une décision ministérielle du 13 thermidor an VI, signée François de Neufchâteau, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 4 mars 1836. Les maisons du côté gauche, entre les rues Geoffroy-l’Asnier et du pont Louis-Philippe, sont soumises à un retranchement qui varie de 7 m. 30 c. à 8 m. 20 c., les autres propriétés de ce côté sont alignées ; les constructions du côté des numéros pairs, entre les rues Geoffroy-l’Asnier et du pont Louis-Philippe, et la maison située à l’encoignure gauche de cette voie publique, sont à l’alignement ; le surplus devra reculer de 6 m. à 7 m. 30 c.


Grés (rue des).

Commence à la rue Saint-Jacques, nos 154 et 156 ; finit à la rue de la Harpe, nos 119 et 121. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 22. Sa longueur est de 196 m. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

C’était anciennement le passage des Jacobins. Cette communauté religieuse, dont nous parlerons dans le cours du présent article, avait son entrée dans ce passage. Un procès-verbal dressé par le conseil des bâtiments civils, dans sa séance du 24 thermidor an VII, porte ce qui suit : « Les domaines nationaux qui bordent le passage des Jacobins, ayant été vendus à la charge de fournir le terrain nécessaire pour la formation d’une rue à ouvrir sur ce passage, cette rue, qui aux termes de la déclaration du mois d’avril 1783 ne pouvait avoir moins de 10 m., a été fixée à cette largeur, etc. » — Cette disposition fut sanctionnée le 8 frimaire an VIII par le ministre de l’intérieur Laplace, qui décida, le 13 du même mois, que le passage des Jacobins prendrait la dénomination de rue des Grés. Cette voie publique tirait ce nom de sa proximité de l’église Saint-Étienne-des-Grés. Les propriétés nos 1, 3, 5, 7, 9, 16, 18, 20 et 22 ne sont pas soumises à retranchement. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Couvent des Jacobins. — Au commencement du XIIe siècle, l’hérésie des Manichéens s’était propagée dans le Languedoc. Les plus fervents apôtres de cette doctrine furent appelés Albigeois, parce qu’ils habitaient en grand nombre le diocèse d’Albi. En 1212, une croisade fut prêchée contre ces hérétiques. Les armes temporelles ne suffisant pas pour les soumettre, saint Dominique essaya de les convertir par la parole. Ses efforts furent couronnés d’un si grand succès, qu’il conçut le dessein de former un ordre religieux destiné à la propagation de la foi. Cette fondation fut approuvée en 1216 sous le titre de communauté des Frères-Prêcheurs. Les disciples de saint Dominique vinrent à Paris l’année suivante, et s’établirent dans une maison voisine de l’église Notre-Dame ; mais en 1218, Jean Barastre, doyen de Saint-Quentin, leur donna une propriété située près des murs de la ville, ainsi qu’une petite chapelle dédiée à saint Jacques et destinée aux pèlerins. Les religieux en ayant pris possession reçurent le nom de Jacobins. Ce ne fut qu’en 1220 qu’ils obtinrent du chapitre de Notre-Dame l’autorisation d’avoir une église et un cimetière. Saint Louis les combla de bienfaits, fit terminer leur église et construire un dortoir et des écoles. Ce roi leur donna aussi plusieurs terrains pour agrandir leur établissement et choisit pour confesseur un de ces religieux nommé Geoffroy de Beaulieu. Les Jacobins ne dédaignaient pas de recourir à l’aumône. Tous les matins ils parcouraient les rues en criant :

Aux frères Saint-Jacques, pain,
Pain, por Dieu aux frères menors.

Le poète Rutebœuf, écrivain du XIIIe siècle, nous apprend que cette communauté était alors puissante. Leurs richesses amenèrent bientôt le relâchement de la discipline. En 1502, le désordre était à son comble. Le cardinal d’Amboise résolut de mettre un terme à ce scandale, au moyen d’une réforme qu’il avait projetée et dont le pape avait approuvé les dispositions. Les évêques d’Autun et de Castellamare furent envoyés auprès des Jacobins pour leur faire lecture des lettres du saint père, avec ordre d’obéir sous peine d’excommunication. Les religieux refusèrent de se soumettre. Le lendemain, les deux prélats revinrent à la charge ; mais cette fois ils jugèrent convenable de se faire escorter par un certain nombre de gens armés ; de leur côté, les religieux appelèrent à leur secours plusieurs écoliers de l’Université. La lutte s’engagea, mais les Jacobins eurent le dessous et prirent la fuite. Aidés par douze cents écoliers dont les excès scandaleux causèrent un grand tumulte, ils rentrèrent bientôt dans leur couvent. Enfin, après avoir soutenu un siège en règle, ils furent contraints d’abandonner leur maison et de se disperser dans les provinces. Le 25 février 1505, le cardinal d’Amboise introduisit dans la capitale les Jacobins de la nouvelle réforme de Hollande. Louis XII fit à ces religieux la cession de l’ancien parloir aux bourgeois et d’une ruelle longeant le mur de la ville. Leur couvent fut alors considérablement augmenté. Par les libéralités d’un riche particulier nommé Hennequin, les religieux firent reconstruire leur cloître en 1558 et, sept années après, les bâtiments des écoles qui tombaient en ruine. Ces divers bâtiments n’offraient rien de remarquable. En 1780 l’église, qui renfermait les tombeaux de plusieurs rois, tombait de vétusté ; on célébra l’office divin dans la salle des écoles Saint-Thomas. Vers 1790, l’ordre des Jacobins fut supprimé. Les bâtiments et terrains devenus propriétés nationales furent vendus le 7 vendémiaire an VII, à la charge par les acquéreurs, avant d’entrer en jouissance, de se faire donner les alignements des rues nouvelles et de s’y conformer, et ce sans indemnité, ainsi qu’à toutes les obligations imposées par les lois des bâtiments. Cette clause avait pour objet de faciliter le percement de trois rues : la première en prolongement de la rue Soufflot ; la deuxième tracée dans la direction de la rue Neuve-des-Poirées, et devant aboutir de la rue des Grés à celle Soufflot prolongée ; enfin la troisième devait continuer la rue de Cluny jusqu’à la rue Soufflot prolongée. — Une ordonnance royale du 9 août 1826 porte ce qui suit : — Article 1er. Il sera ouvert dans notre bonne ville de Paris trois rues conformément au plan ci-joint, savoir : 1o une rue de 14 m. de largeur en prolongement de la rue Soufflot, dans l’axe de l’église Sainte-Geneviève, depuis la rue Saint-Jacques jusqu’au jardin du Luxembourg. La portion de cette rue, comprise entre la rue d’Enfer et le Luxembourg, sera plantée d’arbres et fermée la nuit par une grille ; 2o une rue de 10 m. de largeur parallèle à la rue Saint-Jacques et qui conduira de la rue Soufflot prolongée à la rue des Jacobins (des Grés) ; 3o une autre rue de 10 m. de largeur et qui se dirigera aussi du prolongement de la rue Soufllot à la rue des Jacobins en face celle de Cluny. Depuis cette ordonnance on n’a ouvert qu’une partie de la rue tracée dans la direction de la rue Neuve-des-Poirées. Ce nouveau percement n’est encore aujourd’hui qu’une impasse. (Voyez l’article de la rue Neuve-des-Poirées.) — Un décret du 13 août 1813 porte : — Art. 4. Les bâtiments de l’ancien couvent des Jacobins, rue Saint-Jacques, seront achetés moyennant 133,350 fr. pour le casernement des sapeurs-pompiers, etc… » L’acquisition a été faite par la Ville le 22 septembre 1814. Ces bâtiments servirent de maison de refuge aux jeunes détenus jusqu’à l’époque où ils furent transférés dans l’établissement-modèle situé rue de la Roquette. Maintenant ces anciennes constructions provenant des Jacobins sont affectées à des écoles communales et au casernement d’une partie de la garde municipale.


Grétry (rue).

Commence à la rue Favart, nos 1 et 2 ; finit à la rue Grammont, nos 18 et 20. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 58 m. — 2e arrondissement, quartier Feydeau.

Cette rue a été ouverte en 1781 sur l’emplacement des dépendances de l’hôtel appartenant à M. le duc de Choiseul-Amboise. Les lettres-patentes qui autorisent et dénomment ce percement sont à la date du 14 octobre 1780. Elles fixent la largeur de la rue à 27 pieds. — Égout entre les rues Grammont et de Marivaux. — Conduite d’eau entre la rue Favart et les deux bornes fontaines. Éclairage au gaz (compe Anglaise).

André-Ernest-Modeste Grétry, compositeur de musique, naquit à Liège le 11 février 1741, mourut à Montmorency le 25 septembre 1813. Grétry composa pour l’Opéra-Comique ou pour l’Académie Royale de Musique quarante-quatre pièces parmi lesquelles trente au moins eurent un brillant succès.


Grève (quai de la).

Commence à la rue Geoffroy-l’Asnier, no 1, et au quai des Ormes ; finit à la place de l’Hôtel-de-Ville. Le dernier numéro est 68. Sa longueur est de 252 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Hôtel-de-Ville.

En 1254, c’était un chemin qui bordait la Seine. Il s’appelait vieus Merrenarum, le chemin aux Merrains, aux marchands de bois de charpente. À partir du XVe siècle, des actes l’indiquent sous le nom de quai de la Grève. — Une décision ministérielle du 5 vendémiaire an IX, signée Chaptal, détermina un alignement pour cette voie publique. Avant 1836, ce quai, confondu avec le port au blé, allait en pente jusqu’à la rivière. Une ordonnance royale du 4 mars 1836 fixa l’alignement de la partie comprise entre les rues Geoffroy-l’Asnier et du Pont-Louis-Philippe. Pour le surplus l’alignement a été déterminé par une ordonnance du 27 septembre suivant. La moindre largeur de ce quai est portée à 24 m. 30 c. En 1837, 38 et 39, l’administration a fait construire le mur de parapet et exécuter des travaux de plantations, d’égout, de nivellement, etc. Ces diverses opérations, en y comprenant les indemnités accordées aux propriétaires riverains, ont occasionné une dépense de 833,600 fr. Les propriétés de 2 à 14 devront reculer de 6 m. 30 c. à 11 m. ; celle no 24 est assujettie à un léger redressement. Toutes les autres constructions ne subiront pas de retranchement. — Égout. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).


Gril (rue du).

Commence à la rue Censier, nos 4 et 6 ; finit à la rue d’Orléans, nos 3 et 5. Pas de numéro. Sa longueur est de 52 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Quelques nomenclateurs la confondent avec la rue du Battoir, dont elle faisait la continuation. Sur le plan de Boisseau, gravé en 1642, elle porte le nom de rue du Gril-Fleuri, qui parait avoir été celui d’une enseigne. — Une décision ministérielle du 28 pluviôse an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Les constructions riveraines sont soumises à un retranchement de 60 c. environ. — Égout.


Guéménée (impasse).

Située dans la rue Saint-Antoine, entre les nos 183 et 185. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 78 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.


Elle faisait autrefois partie de l’hôtel des Tournelles ; on y montrait encore du temps de Sauval la salle où mourut Henri II, d’un coup de lance que lui porta le comte de Montgommery. Cette impasse fut d’abord indiquée sous le nom du Ha ! — Ha ! exclamation qui échappe à celui qui, entrant dans une impasse, se voit forcé de rebrousser chemin. Elle doit son nom actuel à la famille des Rohan-Guéménée, qui fit l’acquisition de l’hôtel de Lavardin touchant à cette voie publique. Des lettres-patentes du 2 août 1782 prescrivirent la formation d’une rue, en débouchant l’impasse Guéménée et retournant en équerre jusque dans la rue des Tournelles. Le terrain devait être fourni gratuitement par le prince Jules-Hercule de Rohan, alors propriétaire. Ce projet ne fut pas exécuté. — Le conseil municipal, dans sa séance du 6 janvier 1832, a délibéré que cette impasse resterait dans son état actuel, c’est-à-dire qu’elle ne serait point sujette à alignement. Sa moindre largeur est de 8 m. 70 c.

Au no 4 était situé le couvent des Filles-de-la-Croix. Il fut fondé, en 1640, à Brie-Comte-Robert, par Marie l’Huillier, veuve de Claude Marcel. La fondatrice, avec une partie de ses religieuses, vint à Paris et acheta, en 1643, une portion de l’hôtel des Tournelles où elle s’établit. Ces religieuses s’occupaient de l’instruction des jeunes filles. Leur couvent fut supprimé en 1790. Devenu propriété nationale, il a été vendu le 14 pluviôse an V.


Guénégaud (rue).

Commence au quai de Conti, nos 9 et 11 ; finit à la rue Mazarine, nos 15 et 17. Le dernier impair est 35 ; le dernier pair, 24. Sa longueur est de 194 m. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Le duc de Nevers ayant fait bâtir un hôtel sur une partie de l’emplacement de celui de Nesle, la princesse Marie de Gonzague de Clèves, sa veuve, obtint, en 1641, des lettres-patentes portant permission de vendre le terrain et les matériaux de cet hôtel à l’effet d’y bâtir des maisons et d’y ouvrir des rues. Henri de Guénégaud, ministre et secrétaire d’état, fut un des acquéreurs et fit construire, sur la partie dont il était devenu propriétaire, l’hôtel qui porta son nom et qui le donna ensuite à la rue pratiquée le long de son jardin. L’emplacement de cette voie publique, vers la rue Mazarine, était traversé anciennement par le mur de l’enceinte de Philippe-Auguste. — Une décision ministérielle en date du 23 frimaire an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de la rue Guénégaud à 10 m. Les propriétés du côté des numéros impairs devront reculer de 50 c. à 80 c. Les maisons du côté opposé sont soumises à un retranchement de 1 m. — Conduite d’eau depuis le quai jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Française).


Guépine (impasse).

Située dans la rue de Jouy, entre les nos 23 et 25. Les numéros commencent au fond de l’impasse : le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 32 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Hôtel-de-Ville.

Un acte du mois de mai 1266 et le rôle de taxe de 1313 la désignent sous le nom de rue à la Guépine. En 1423, c’était la rue d’Aguespine. — Une décision ministérielle à la date du 30 juin 1810, signée Montalivet, a fixé la largeur de cette impasse à 7 m. La maison no 2 est alignée.


Guerre (ministère de la).

Situé dans la rue Saint-Dominique, no 86. — 10e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Germain.

Les bureaux de ce ministère occupent une partie des bâtiments du couvent des Filles de Saint-Joseph, dont nous avons parlé à l’article de la rue Saint-Dominique. — « Arrêté du 17 ventôse an X. Les consuls de la république, sur le rapport du ministre de la guerre, le conseil d’état entendu, arrêtent : à dater du 1er germinal prochain, les attributions du ministre de la guerre sont : 1o la conscription, le recrutement, l’organisation, la discipline et la police de l’armée ; 2o les mouvements militaires, les revues, le paiement de la solde, des récompenses pour actions d’éclat, des gratifications de campagnes et pertes d’équipages ; 3o la nomination aux emplois et l’admission aux Invalides, le solde et les masses de la gendarmerie ; 4o le personnel et le matériel des armes de l’artillerie et du génie ; 5o les pensions et soldes de retraite et traitements de réforme ; 6o les frais de bureaux et frais extraordinaires des officiers-généraux et états majors des divisions et des places ; 7o le dépôt et les archives de la guerre ; 8o la comptabilité de toutes les parties qui forment ses attributions ; 9o les dépenses extraordinaires et secrètes, etc. » Depuis cette époque, les attributions du ministère de la guerre n’ont subi que de légères modifications.


Guillaume (rue).

Commence au quai d’Orléans, nos 8 et 10 ; finit à la rue Saint-Louis, nos 39 et 41. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 84 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Île-Saint-Louis.

Elle a été construite vers 1630 et doit son nom à Guillaume père, l’un des derniers entrepreneurs de l’île Notre-Dame. — Une décision ministérielle à la date du 24 frimaire an XIII, signée Champagny, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. Par une autre décision ministérielle du 9 mai 1818, cette dimension fut réduite à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 9 décembre 1838, cette rue est maintenue dans son état actuel. Sa largeur est de 5 m. 80 c. — Conduite d’eau depuis le quai jusqu’à la borne-fontaine.

Guillaume (cour Saint-).

Située dans la rue Neuve-Coquenard, no 11. Le dernier numéro est 9. — 2e arrondissement, quartier du Faubourg-Montmartre.

Cette cour fut bâtie, en 1820, par M. Guillaume Périer, architecte.


Guillaume (passage Saint-).

Commence à la rue de Richelieu, no 19 ; finit à la rue de la Fontaine-Molière, no 16. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 16. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Construit vers l’année 1780, par M. Bellanger, ce passage, qui est propriété particulière, doit son nom à une enseigne.


Guillaume (rue Saint-).

Commence à la rue des Saints-Pères, nos 30 et 32 ; finit à la rue de Grenelle-Saint-Germain, nos 32 et 34. Le dernier impair est 29 ; le dernier pair, 40. Sa longueur est de 316 m. — 10e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Germain.

Cette rue, qui forme retour d’équerre, se nommait anciennement de la Butte, en raison d’un monticule ou butte qu’elle tournait. Sur un plan gravé d’après une ancienne tapisserie, plan qui porte la date de 1540 et qui représente Paris en 1400, on voit cette butte sur laquelle est figuré un moulin à vent. La partie de cette voie publique qui, de la rue Saint-Dominique s’étend à la rue de Grenelle, portait le nom de rue Neuve-des-Rosiers, en raison d’une plantation de rosiers sur laquelle elle fut alignée. Le nom actuel donné à cette voie publique dans toute son étendue lui vient d’une enseigne. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de la rue Saint-Guillaume à 8 m. Les maisons nos 17, 21 et 23 sont alignées. Toutes les autres constructions de ce côté ne sont soumises qu’à un faible redressement. Les maisons no 24, 32, 34, 36, 38 et 40 sont alignées ; de 2 à 14, le retranchement est de 1 m. 10 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).


Guillemin (rue Neuve-).

Commence à la rue du Four-Saint-Germain, nos 57 et 59 ; finit à la rue du Vieux-Colombier, nos 16 et 18. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 28. Sa longueur est de 110 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

En 1546, c’était la rue de Cassel, parce qu’elle conduisait à l’hôtel de ce nom. Elle prit ensuite la dénomination de rue de la Corne, en raison d’une enseigne de corne de cerf qu’on voyait au coin de la rue du Four. Son dernier nom de Guillemin lui vient d’une famille qui possédait un grand jardin bordant un côté de cette rue. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Les maisons no 1, 3, 9 ; 2 et 22 sont alignées ; celles nos 5, 7 et 28 ne sont soumises qu’à un faible retranchement. — Portion d’égout du côté de la rue du Four.


Guillemites (rue des).

Commence à la rue des Blancs-Manteaux, nos 10 et 12 ; finit à la rue de Paradis, nos 5 et 7. Un seul impair qui est 1 ; le seul pair, 2. Sa longueur est de 55 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

Le couvent des Blancs-Manteaux ayant été supprimé en 1790, devint propriété nationale et fut vendu les 12 vendémiaire et 8 prairial an V. La clause suivante fut insérée dans le deuxième contrat qui comprenait le cloître et autres bâtiments : « L’adjudicataire sera tenu de fournir, et ce sans indemnité, le terrain nécessaire pour l’ouverture d’une nouvelle rue. » — Une décision ministérielle en date du 28 pluviôse an X, signée Chaptal, autorisa l’ouverture de cette rue et fixa sa largeur à 10 m. Peu de temps après, ce percement fut effectué. Une ordonnance royale du 12 juillet 1837 a maintenu sa largeur primitive. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Cette rue a pris son nom des ermites de Saint-Guillaume, appelés également Guillemites, qui, en 1297, vinrent habiter ce couvent.


Guisarde (rue).

Commence à la rue Mabillon, nos 8 et 10 ; finit à la rue des Canettes, nos 21 et 23. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 105 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Cette rue a été ouverte en 1630, sur une partie de l’emplacement occupé par l’hôtel de Roussillon. « On lui donna le nom de Guisarde, dit un historien contemporain, pour rappeler l’hôtel du Petit-Bourbon, qui du temps de la ligue était habité par la fameuse duchesse de Montpensier, et qui servait alors de quartier général aux partisans de la faction des Guise. » De 1793 à 1806, cette voie publique porta le nom de rue des Sans-Culottes. — Une décision ministérielle du 14 thermidor an VIII, signée L. Bonaparte, avait fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 26 novembre 1830, cette largeur a été portée à 10 m. Les maisons nos 1 et 19 sont alignées, le surplus de ce côté devra reculer de 2 m. environ ; la maison no 2 est à l’alignement ; les autres constructions sont soumises à un retranchement de 2 m. 10 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).


Gymnase dramatique (théâtre du).

Situé boulevart Bonne-Nouvelle, entre les nos 30 et 38. — 3e arrondissement, quartier du Faubourg-Poissonnière.

Ce théâtre a été construit en 1820 sur les dessins de MM. Rougevin et Guerchy, architectes, sur l’emplacement occupé autrefois par le cimetière de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Il a porté de 1824 à 1830 le nom de théâtre de Madame, en l’honneur de Madame la duchesse de Berri, qui se déclara protectrice de cet établissement. Grâce à ce haut patronage et aux agréables compositions de M. Scribe, ce théâtre eut longtemps la vogue. Depuis 1830 il a pris le nom de Gymnase-Dramatique. On y représente des comédies et des drames-vaudevilles. Prix des places en 1844 : avant-scène, stalles de balcon, loges d’entresol, 1res loges fermées et stalles d’orchestre 5 fr. ; baignoires et orchestre 4 fr. ; 1res galeries 2 fr. 75 c. ; 1res loges de côté et de face 2 fr. 25 c. ; 2mes loges 1 fr. 75 c. ; parterre, 3mes loges et 2mes galeries 1 fr. 25 c.


Mars 1844.


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H.


Halles (les).

Circonscrites par les rues Saint-Denis, de la Cordonnerie et de la Tonnellerie. — 4e arrondissement, quartier des Marchés.
1re partie.

À l’époque où l’île de la Cité était encore tout Paris, on voyait près de Saint-Germain-le-Viel un établissement nommé le marché Palu. Aussitôt que les Parisiens eurent franchi le fleuve, la ville se développa rapidement du côté septentrional et, bientôt, sur la place de Grève s’éleva un second marché qui subsista jusqu’au règne de Louis VI, dit le Gros. Cette halle d’approvisionnement ne suffisant plus alors à la population parisienne, Louis VI résolut de créer à côté du chemin qui conduisait à l’abbaye de Saint-Denis un établissement beaucoup plus vaste que celui qu’on était forcé d’abandonner. L’emplacement que choisit ce prince faisait partie du territoire nommé les Champeaux (les petits champs) ; ce territoire était la propriété du roi, de l’évêque de Paris, du chapitre Sainte-Opportune, du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Denis de la Chartre et de l’évêque de Thérouenne. Dès son avènement à la couronne, Philippe-Auguste s’occupa d’embellir Paris. « Les malades de la prieuré Saint-Ladre, dit Gilles Corrozet, avoient dans ce temps et d’ancienneté acquis le droict de marché et foire publique pour distribuer toutes marchandises, lequel marché se tenoit près de leur maison. Mais le roy ayant faict fermer sa ville de Paris, achepta le droict d’iceux et ordonna qu’il seroit tenu dedans la ville en une grande place vague nommée Champeaux, auquel lieu furent édifiées maisons, habitations, ouvroirs, boutiques et places publiques, pour y vendre toutes sortes de marchandises, et les tenir et serrer en seureté, et fut appelé ce marché les halles, ou alles de Paris, pour ce que chacun y allait. »

Un accord fut passé entre Philippe-Auguste et Guillaume, évêque de Paris, par lequel l’entière propriété des halles fut acquise par le roi, moyennant une redevance annuelle. Les halles reçurent de nouveaux accroissements sous le règne de Saint-Louis. On y compta trois marchés ; deux étaient affectés aux drapiers ; le troisième, placé au milieu, servait aux merciers et aux corroyeurs, qui étaient tenus d’acquitter un loyer de 75 livres. En 1263, le roi leur vendit ce marché pour le prix de 13 deniers parisis de rente et de 12 deniers d’investiture. Les acquéreurs s’obligèrent en même temps à faire toutes les réparations et laissèrent au roi et à ses successeurs la faculté de former à l’endroit qu’ils choisiraient un nouvel établissement pour les corroyeurs et les merciers. Saint-Louis traita aussi favorablement les marchands de friperies et leur reconnut le droit de s’établir aux halles. Dans cette concession respire un véritable esprit de charité. En 1302, la libéralité de Saint-Louis fut confirmée par une ordonnance du prévôt de Paris, qui règle ainsi la manière dont seraient établies aux halles les vendeuses de lingeries, de friperies, de petits souliers et autres menues marchandises. « Come jadiz il eust une place vuide à Paris, tenant aux murs du cimetière des Innocents, et en ycelle place povres fames lingières, vendeurs de petis sollers, et povres pitéables persones vendeurs de menuls ferperies, avons desclairci et desclaircissons que les dites persones vendront leurs denrées d’ores en avant souz la halle en la fourme qui s’ensuit ; c’est assavoir que il i aura iij estauz de petis sollers de la quantité des estauz des lingières et povres pitéables persones par devers champiaus, et non plus, et seront les estauz des baseniers et autres petis sollers par derrière, ateignant du devant dit mur, et les estauz des lingières et povres pitéables persones au devant des estauz des baseniers et des vendeurs de petis sollers. » Dès la fin du XIIIe siècle, les halles avaient pris un immense développement ; elles contenaient à cette époque un marché aux tisserands, deux étaux aux foulons, une halle du lin et des chanvres, une pour les toiles, une pour le blé, une des merciers, une halle des chaudronniers, des étaux aux gantiers, aux pelletiers, aux fripiers, aux chaussetiers, aux drapiers, aux tapissiers, aux cordonniers, aux tanneurs. C’était à cette époque un bazar d’une grande étendue et qui renfermait tout ce que la nature et l’industrie pouvaient alors produire. Non seulement il servait à la vente des marchandises de tous genres, mais encore il était fréquenté par les habitants de la banlieue. Des marchands venus même de très loin y formèrent des établissements fixes ; nous mentionnons les halles de Saint-Denis, de Lagny, de Pontoise, de Chaumont, de Corbie, d’Aumale, d’Amiens, de Douai, d’Avesnes, de Beauvais, de Bruxelles, de Malines et de Louvain. Enfin, le chiffre exact du produit du loyer des halles de Paris se montait à la fin du XIIIe siècle à 908 livres 10 sous 4 deniers parisis ; ce revenu annuel était considérable pour l’époque où il était perçu. Au milieu du XVIe siècle, cet établissement n’était plus en rapport avec la population parisienne, et l’industrie et le commerce y étouffaient faute d’air. « En 1551, dit Gilles Corrozet qui vivait à cette époque, les halles de Paris furent entièrement baillées et rebasties de neuf, et furent dressez, bastis et continuez excellens édifices, hostels et maisons somptueuses par les bourgeois preneurs des vieilles places et ruynes. » En 1553, on élargit les anciennes voies publiques qui se trouvaient aux abords de cet établissement, et l’on perça de nouvelles communications. Chaque corps de métiers eut, pour ainsi dire, sa rue spécialement affectée à son commerce. Telles furent les rues de la Cordonnerie, des Petite et Grande Friperies, de la Cossonnerie, des Fourreurs, de la Heaumerie, de la Lingerie, de la Chanverrie, de la Tonnellerie, des Potiers-d’Étain, etc. Les halles furent presqu’entièrement entourées d’une galerie couverte dont une partie subsiste encore aujourd’hui sous le nom de Piliers des Halles. Les sages règlements des prévôts de Paris contribuèrent aussi à la prospérité de cet établissement. On connaît deux ordonnances, la première de 1368, la seconde de 1371, suivant lesquelles les marchands étaient tenus de venir vendre aux halles, le mercredi, le vendredi et le samedi, sous peine de 40 sous d’amende, et de plus, de ne rien vendre ni étaler ailleurs, sous peine de payer 10 livres parisis. Ces ordonnances furent sévèrement exécutées ; en effet, nous voyons en 1410 un drapier condamné à 20 sous parisis d’amende pour avoir manqué de venir à la halle un samedi ; quelques années après, deux ballots de toiles qui avaient été vendus hors de la halle, furent confisqués et l’acheteur forcé de payer une amende de 40 sous parisis.

Avant 1789, les halles appartenaient généralement aux seigneurs qui jouissaient de ce qu’on appelait alors les droits de hallage.

Lors de l’abolition du régime féodal, la loi du 15-28 mars 1790 décida, art. 19 : « Les droits connus sous le nom de coutume, hallage… et généralement tous ceux qui étaient perçus en nature ou en argent, à raison de l’apport ou du dépôt des grains, viandes, bestiaux, poissons et autres denrées et marchandises dans les foires, marchés, places ou halles,… sont supprimés sans indemnité ; mais les bâtiments et halles continueront d’appartenir à leurs propriétaires, sauf à eux à s’arranger à l’amiable, soit pour le loyer, soit pour l’aliénation, avec les municipalités des lieux ; et les difficultés qui pourront s’élever à ce sujet seront mises à l’arbitrage des assemblées administratives. »

Un décret du 26 mars 1806, porte : « Article 1er. Les halles dont la régie des domaines est en possession seront abandonnées aux communes d’après estimation contradictoire, etc. »

En vertu des ces dispositions, tous les marchés de Paris, sauf quelques rares exceptions, sont la propriété de la ville au profit de laquelle se fait la perception des droits de place.

L’insuffisance de l’emplacement affecté aux halles avait depuis un demi-siècle, provoqué la sollicitude des gouvernements.

Napoléon voulut surtout porter remède à cet état de choses. Il rendit le 24 février 1811 le décret suivant : « Art. 36. Il sera construit une grande halle qui occupera tout le terrain de la halle actuelle depuis le marché des Innocents jusqu’à la halle aux farines. — Art. 37. Afin de ne pas gêner les ventes, les démolitions et les travaux commenceront par l’extrémité vers la halle aux farines. — Art. 38. Les plans et les devis de la grande halle, ainsi que l’estimation des terrains et maisons à acquérir, nous seront soumis avant le 1er juin 1811, et les constructions seront terminées à la fin de 1814. »

« Au palais de Rambouillet le 19 mai 1811. — Article 1er. Le projet de l’emplacement destiné à la grande halle de Paris est approuvé pour être exécuté conformément au plan ci-joint. — Art. 2. L’îlot des maisons situées entre les rues du Four et des Prouvaires, faisant partie du projet ci-dessus approuvé et comprenant les maisons, rue des Prouvaires, depuis le no 21 jusqu’au no 43 ; rue des Deux-Écus, depuis le no 2 jusqu’au no 10, et rue du Four, depuis le no 20 jusqu’au no 44, sera acquis dans la présente année par la ville de Paris. »

Cette 2e partie du décret a seule été exécutée, et sur l’emplacement de ces maisons on a construit le marché des Prouvaires.

Depuis quelques années surtout l’insuffisance des halles a fixé l’attention des administrateurs et le projet d’agrandir et d’améliorer ces établissements paraît devoir se réaliser prochainement. Aujourd’hui les approvisionnements occupent aux halles du centre une superficie de 36,225 m. ; encore convient-il d’en déduire 18,680 m. qui sont pris sur les voies publiques, au grand détriment du service d’approvisionnement, de la circulation et des propriétés riveraines ; ce qui réduit la superficie réellement affectée aux halles à 17,545 m. seulement. Un espace de 50,000 m. serait nécessaire pour procurer à cet utile établissement toutes les facilités désirables. Cette opération occasionnerait une dépense de 10,000,000 fr.

Les chiffres suivants donneront une idée de l’importance des ventes qui se font aux grands marchés de Paris.

La vente a produit :

En 1840. En 1841.
Marée 
5,098,872 5,205,254
Poisson d’eau douce 
621,039 592,874
Beurre 
11,307,598 12,285,131
Œufs 
5,316,398 5,705,219

Les légumes et fruits occupent environ 800 revendeuses au marché des Innocents. En 1841 ils ont produit 15,190,000 francs.

2me partie.

La ville de Paris comptait au moyen-âge un grand nombre de monuments patibulaires. L’abbé de Saint-Germain-des-Prés, l’abbé de Sainte-Geneviève, le prieur du Temple, avaient chacun leur pilori. Aux halles se trouvait celui du roi, c’était le plus célèbre ; ce pilori était situé sur la place où l’on voit aujourd’hui le marché à la marée. Il se composait d’une tour octogone, surmontée d’une construction en bois très-mobile et tournant sur un pivot ; cette machine était percée d’ouvertures circulaires, assez larges pour que le condamné y passât la tête et les mains ; il restait dans cette position pendant un temps plus ou moins long, selon la gravité du délit et, par intervalles on tournait le pivot afin que le peuple pût jouir de la vue du patient. Sous le règne de Louis XI, le 4 août 1477, Jacques d’Armagnac eut la tête tranchée aux halles. « Cet infortuné seigneur (dit Sauval) fut conduit de la Bastille aux halles, monté sur un cheval caparaçonné de noir. Étant arrivé, il fut mené aux chambres de la halle aux poissons, lesquelles on avait exprès tendues en noir ; on les avait aussi arrosées de vinaigre et parfumées avec deux sommes de cheval de bourrée de genièvre, pour ôter l’odeur de la marée, que les dites chambres et greniers sentaient. Ce fut là que le duc de Nemours se confessa, et pendant cet acte de religion, on servit une collation composée de douze pintes de vin, de pain blanc, et des poires, pour messieurs du parlement et officiers du roi. Pour cette collation on donna douze sous parisis à celui qui l’avait fournie. Le duc de Nemours, s’étant confessé, fut conduit à l’échafaud par une galerie de charpente qu’on avait pratiquée depuis les d. chambres et greniers jusqu’à l’échafaud du Pilori, où il fut exécuté. Cent cinquante cordeliers, tenant une torche à la main, recueillirent les restes sanglants du duc de Nemours et s’en retournèrent en chantant des De Profundis. » — Le 17 octobre 1409, Jean de Montaigu, grand-maître de la maison du roi et surintendant des finances, fut conduit du Petit-Châtelet aux halles « haut assis dans une charette, vêtu de sa livrée, à sçavoir, d’une houppelande mi-partie de rouge et de blanc, le chaperon de même, une chausse rouge et l’autre blanche, des éperons dorés, les mains liées, deux trompettes devant lui, et qu’après qu’on lui eût coupé la tête, son corps fut porté au gibet de Paris, et y fut pendu au plus haut, en chemise, avec ses chausses et ses éperons dorés. » — En 1515, un autre seigneur, condamné à la peine capitale, fut exécuté au pilori des halles ; mais la maladresse du bourreau le fit si longtemps souffrir que la populace, révoltée de ce spectacle, voulut mettre l’exécuteur en pièces. Ne pouvant briser la porte du pilori elle l’incendia, et le bourreau, qui s’était blotti dans le souterrain de l’édifice, périt étouffé. — Les corps des suppliciés exécutés en place de Grève étaient déposés au pilori des halles, avant d’être transportés aux fourches de Montfaucon. Les halles possédaient encore du temps de Sauvai plusieurs curiosités qui charmaient les connaisseurs. « On admire, dit Sauval, un bas-relief, que Pierre et François Lheureux ont fait aux piliers, sous l’appui de la croisée d’une maison, où ils ont représenté des petits enfants dansant au son de la flûte ; un bas-relief que Martin le Favre a sculpté dans la rue de la Poterie, où il a figuré cinq ou six hommes vigoureux déployant leurs forces à ébranler une large colonne, et qui semblent tirés du jugement dernier de Michel-Ange ; un escalier de charpente construit dans une petite maison de la rue de la Grande-Friperie, et de telle sorte que les deux personnes qui sont logées dans cette maison et qui se servent de ce seul escalier, le montent et le descendent sans jamais pouvoir se rencontrer, se voir, ni se parler ; enfin, sur une maison du marché aux Poirées, se trouve une petite sculpture en pierre, représentant une truie qui file, fameuse par les folies aux quelles les garçons de boutique des environs, les apprentis, les servantes et les porte-faix des halles se livrent devant elle le jour de la mi-carême, sans doute par un reste du paganisme. » — À côté du pilori des halles, on voyait une croix en pierre au pied de laquelle les débiteurs insolvables venaient faire publiquement leur cession de biens et recevoir le bonnet vert des mains du bourreau. Cet usage s’est conservé fort longtemps on le modifia à la fin du XVIIe siècle ; les pauvres seuls durent s’y rendre en personne. Le bourreau avait affermé sa charge pour cette prérogative à un porte-faix de la halle ; mais bientôt les insolvables de noble origine envoyaient demander un acte écrit de leur cession, dont souvent même ils préféraient se passer. Au XVIIe siècle, le pilori des halles n’était plus employé aux exécutions ; mais le bourreau tirait toujours un bon revenu des boutiques, dont le pilori était environné ; le pilori des halles et la croix des insolvables ont disparu en 1786. — Autrefois les halles, immense rendez-vous de marchands, d’artisans de toute espèce, prenaient quelquefois une formidable attitude politique ; en tous temps elles étaient envahies par des écoliers débauchés qui volaient tout ce qu’ils trouvaient à leur convenance. Ces pillards sortaient toujours armés et transformaient ce quartier en un champ de bataille ; ils faisaient souvent cause commune avec de jeunes nobles, et rançonnaient effrontément les pauvres marchands. Sous la fronde, les habitants des halles exercèrent toute l’influence d’un parti puissant ; ils étaient fiers d’avoir à leur tête un petit-fils de Henri IV. La popularité du duc de Beaufort lui avait valu le surnom de Roi des halles ; l’attachement qu’il s’était concilié parmi les gens du peuple était porté à un si haut point, qu’il avait l’habitude de dire à son adversaire avant de tirer l’épée : « Allons hors de Paris, car si j’étais tué vous seriez assommé par mes dames de la halle. » — Jamais les dames de la halle n’ont pu se soumettre à l’ordonnance du 22 août 1738, qui défend à tous particuliers, hommes ou femmes vendant, étalant dans les halles et marchés, d’injurier ni de maltraiter les personnes qui viendraient acheter leurs marchandises ni de causer aucun scandale, sous peine de cent livres d’amende et la prison. « Sous les piliers des halles (dit Mercier, l’auteur du Tableau de Paris) règne une longue file de boutiques de fripiers qui vendent de vieux habits dans des magasins mal éclairés, et où les taches et les couleurs disparaissent ; quand vous êtes au grand jour, vous croyez avoir acheté un habit noir, il est vert ou violet, et votre habillement est marqueté comme la peau d’un léopard, etc… Les environs des marchés sont impraticables, les emplacements sont petits, resserrés et les voitures menacent de vous écraser. Tandis que vous faites votre prix avec les paysans, les ruisseaux qui s’enflent, entraînent quelquefois les fruits qu’ils ont apportés de la campagne, et l’on voit les poissons de mer qui nagent dans une eau sale et bourbeuse. Le bruit, le tumulte est si considérable, qu’il faut une voix plus d’humaine pour se faire entendre. La tour de Babel n’offrait pas une plus étrange confusion. Les poissonneries infectent. Les républiques de Grèce, défendirent aux marchands de poissons de s’asseoir en vendant leurs marchandises. La Grèce avait le dessein de faire manger le poisson frais et à bon marché. Les poissonnières de Paris ne vendent le poisson que quand il va se gâter ; elles tiennent le marché tant qu’elles veulent, il n’y a que le Parisien au monde pour manger ce qui révolte l’odorat ; quand on lui en fait le reproche il dit : — Qu’on ne sait que manger, et qu’il faut qu’il soupe ; il soupe et avec ce poisson à moitié pourri, il se rend malade. » Les abus que signalait Mercier ont en partie disparu, mais il reste encore aujourd’hui aux marchandes des halles plusieurs défauts que le temps ne détruira peut-être jamais.


Hambourg (rue de).

Commence à la rue d’Amsterdam ; finit à la rue de Valois-du-Roule. Pas de numéro. Sa longueur est de 1043 m. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

La plus grande partie de cette voie publique a été tracée en 1826, sur les terrains appartenant à MM. Hagerman et Mignon, conformément à une ordonnance royale du 2 février de la même année. (Voyez rue d’Amsterdam). La largeur de cette voie publique est fixée a 12 m. Vers 1835, la partie voisine de la rue d’Amsterdam a été ouverte sur les terrains dépendant des propriétés Mallet et Mouthier. La dénomination assignée à la rue qui nous occupe est celle de la capitale de la république de Hambourg. En 1810, la ville de Hambourg avait été réunie à l’empire français et était devenue le chef-lieu du département des Bouches-de-l’Elbe.


Hanovre (rue de).

Commence à la rue de Choiseul, nos 17 et 19 ; finit aux rues de Port-Mahon, no 16, et Louis-le-Grand, no 26. Le dernier impair est 21 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 142 m. — 2e arrondissement, quartier Feydeau.

La partie comprise entre les rues de Choiseul et Delamichodière a été formée vers l’année 1780. Elle est indiquée sur le plan de Verniquet, mais sans dénomination. En 1795, on la désignait sous le titre de rue projetée Choiseul.

« Le citoyen Chéradame est autorisé à ouvrir à ses frais, sur le terrain dépendant de la maison dite de Richelieu, deux rues nouvelles. La première, qui formera le prolongement de la rue projetée Choiseul, n’aura, comme cette dernière, que 24 pieds de largeur, et elle communiquera de la rue Delamichodière à celle des Piques (Louis-le-Grand). La deuxième, qui prendra naissance à l’angle de la fontaine dite de Richelieu, aboutira dans la rue des Piques à l’extrémité de la rue projetée Choiseul, sera ouverte sur 30 pieds de largeur, et il sera formé aux frais du citoyen Chéradame, de chaque côté de cette rue, un trottoir de 5 pieds de large dont l’entretien sera à sa charge. (Voyez rue de Port-Mahon.) À Paris ce 7 vendémiaire an III de la république française une et indivisible. Les membres de la commission des travaux publics, signé Rondelet, Le Camus. » — Les conditions imposées furent immédiatement exécutées. Quant à la rue qui fait l’objet du présent article, elle reçut, ainsi que la partie qui s’étend de la rue de Choiseul à celle Delamichodière, la dénomination de rue de Hanovre. Ce nom lui vient du pavillon dit de Hanovre, que le maréchal de Richelieu fit construire sur le boulevart, avec le produit des contributions qu’il avait fait lever sur le pays de Hanovre, lors de la guerre de 1756 à 1757. — Une décision ministérielle du 29 janvier 1822 a maintenu la largeur de 24 pieds. — Égout et conduite d’eau entre les rues Delamichodière et Louis-le-Grand. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Harengerie (rue de la Vieille-).

Commence aux rues du Chevalier-du-Guet, no 2 et Perrin-Gasselin, no 12 ; finit à la rue de la Tabletterie, no 15 et 17. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 99 m. — 4e arrondissement, quartier des Marchés.

En 1300, le poète Guillot la nomme la Hérengerie. Depuis le XVe siècle, elle est toujours appelée rue de la Vieille-Harengerie. Cette dénomination lui vient sans doute du commerce de harengs qui s’y faisait autrefois. — Une décision ministérielle du 12 fructidor an V, signée François de Neufchâteau, a fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Les propriétés no 1 et 7 ne sont pas soumises à retranchement. Cette rue tortueuse n’a encore aujourd’hui que 2 m. à 4 m. de largeur. — Conduite d’eau depuis la rue du Chevalier-du-Guet jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Harlay (cour).

Située dans la rue du même nom, no 15. Une seule série de numéros dont le dernier est 22. — 11e arrondissement, quartier du Palais-de-Justice.

Elle a été construite sur l’emplacement de l’ancien hôtel du bailliage. (Voir l’article de la rue de Basville). En 1672 on démolit une maison de la rue Harlay, pour donner une nouvelle entrée à cette cour. Elle n’est point reconnue voie publique et doit être supprimée pour faciliter la formation d’une place au devant de l’une des entrées du Palais-de-Justice. (Voyez pour l’étymologie, l’article Harlay-au-Palais, rue).


Harlay-au-Marais (rue).

Commence au boulevart de Beaumarchais, nos 63 et 65 ; finit à la rue Saint-Claude, nos 1 et 3. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 153 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

« Louis, etc … Nostre chère et bien amée Anne-Françoise-Marie-Louise Boucherat, veuve de Nicolas-Auguste de Harlay, chevalier, comte de Céty et de Compans, seigneur de Bonneuil et autres lieux, nostre conseiller d’état ordinaire ; nous a fait remontrer que le jardin de son hostel Boucherat étant très spacieux, elle a cru devoir en retrancher une partie et écouter les offres qui lui ont esté faites par quelques particuliers d’en achepter une portion du costé des ramparts ; pour rendre le quartier plus pratiquable aux acquéreurs du terrain, elle se seroit engagée d’abandonner gratuitement au public plus de 220 toises de places qui lui appartenoient pour faire une rue de la même largeur, et en continuation du cul-de-sac de la rue Saint-Claude, pour aboutir par un retour sur le rampart, cette rue ainsi ouverte faisant un débouchement pour tous ceux qui ont des maisons dans le d. quartier, de mesme pour le public, etc … À ces causes voulant favorablement traiter l’exposante, et procurer au public l’avantage qu’il retireroit de l’ouverture de la d. rue ; de l’avis de nostre conseil, nous avons autorisé, approuvé et confirmé par ces présentes, les ordonnances et procès-verbaux attachez sous le contr’scel des présentes, ensemble les plans du d. terrain qu’ils ont fait dresser ; en conséquence avons permis et permettons à l’exposante, de faire ouvrir la nouvelle rue en continuation du cul-de-sac de la rue Saint-Claude, laquelle sera dénommée la rue de Harlay, etc. Donné à Paris le 8e jour du mois de may, l’an de grâce 1721 et de nostre règne le 6e. Signé Louis. » — Ces lettres-patentes furent registrées au parlement le 19 du même mois. Elles subirent une modification sous le rapport de la direction de la rue nouvelle du côté de la rue Saint-Claude. — Une décision ministérielle du 7 fructidor an X, signée Chaptal, fixa la largeur de la rue Harlay à 8 m. Cette largeur est portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 8 juin 1834. Les constructions nos 1, 3, 5, 7 et une partie de la propriété no 9 sont alignées. Le surplus de ce côté ne devra subir qu’un faible redressement. La maison située sur le côté droit à l’encoignure du boulevart est alignée. Les constructions à la suite jusqu’au retour d’équerre sont soumises à un retranchement de 3 m. 40 c. Les propriétés du no 2 à la fin devront reculer de 2 m. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Harlay-au-Palais (rue).

Commence au quai de l’Horloge, nos 57 et 59 ; finit au quai des Orfèvres, nos 40 et 42. Le dernier impair est 29 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 117 m. — 11e arrondissement, quartier du Palais-de-Justice.

Elle a été formée vers 1607 sur les terrains concédés à messire Achille de Harlay, en vertu des lettres-patentes du 28 mai de la même année. Sa largeur fut fixée à 8 m. 80 c. Cette dimension a été maintenue par une décision ministérielle du 26 juin 1809, signée Cretet. En vertu de l’ordonnance royale du 26 mai 1840 qui a déterminé le nouveau périmètre du Palais-de-Justice, une partie du côté gauche de la rue Harlay doit être démolie pour faciliter la formation d’une place au devant de l’une des façades de ce palais. Les autres constructions ne seront pas soumises à retranchement. — Égout dans toute l’étendue. — Conduite d’eau depuis le quai de l’Horloge jusqu’à la place Dauphine. — Éclairage au gaz (compe Française).

Harlay naquit à Paris en 1536, fut conseiller au parlement à 22 ans, président à 36 ans, et premier président après la mort de Christophe de Thou, son beau-père.

Pendant les troubles de la Ligue, Achille de Harlay montra une fermeté, une grandeur d’âme qu’on ne saurait trop exalter. L’ambitieux duc de Guise avait ameuté les Parisiens contre Henri III. Pour se soustraire à la fureur de ses ennemis, le roi fut contraint de quitter sa capitale. Henri de Valois et le duc de Guise avaient été au-dessous de leur position, l’un avait failli de cœur, l’autre de crime. Après le départ du roi, le balafré assembla le peuple, fit nommer de nouveaux officiers de ville et confia à ses affidés les postes les plus importants. Mais pour affermir sa puissance, le duc avait besoin d’un arrêt du parlement. Guise se rendit à l’hôtel du premier président. Achille de Harlay se promenait dans son jardin ; le duc va l’y chercher : au détour d’une allée ; le magistrat et l’ambitieux se rencontrent : « Monsieur le premier président, dit le duc de Guise, nous vous prions d’assembler le parlement à l’effet de prendre des mesures convenables aux circonstances. — Je ne puis le faire, Monseigneur, répond de Harlay, en regardant le duc d’un air sévère, quand la majesté du prince est violée, le magistrat n’a plus d’autorité. » Le duc irrité fait un pas vers Achille de Harlay : « Vous avez jusqu’à demain, mais songez-y bien, Monsieur le président, il y va de votre existence. — C’est une honte, Monsieur, répliqua de Harlay, c’est une honte, que le valet mette le maître hors de la maison. D’ailleurs mon âme est à Dieu, mon cœur est au roi, et à l’égard de mon corps je l’abandonne aux méchants qui désolent ce royaume. »

Le duc de Guise se retira. Le lendemain il s’adressa au président Brisson qu’il trouva plus complaisant. Henri IV récompensa plus tard la noble fermeté du premier président Achille de Harlay, et le vertueux magistrat profita de la paix pour rétablir la justice et faire respecter les lois. La mort vint le surprendre ; il avait 80 ans, et travaillait encore.


Harpe (rue de la).

Commence aux rues Saint-Séverin, no 17, et Mâcon, no 18 ; finit à la rue Saint-Hyacinthe, no 1, et à la place Saint-Michel, no 2. Le dernier impair est 127 ; le dernier pair, 112. Sa longueur est de 554 m. — 11e arrondissement : les numéros impairs sont du quartier de la Sorbonne ; les numéros pairs dépendent du quartier de l’École-de-Médecine.

Cette rue, en partie construite en 1247, doit son nom à une enseigne. De la rue de l’École-de-Médecine à la place Saint-Michel, elle a porté les noms de Saint-Côme, en raison de l’église ainsi dénommée, et aux Hoirs d’Harcourt, parce que le collége d’Harcourt y était situé. En 1650, elle prit dans toute sa longueur le nom de rue de la Harpe. — Une décision ministérielle du 3 germinal an X, signée Chaptal, avait fixé la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Cette moindre largeur a été portée à 13 m. en vertu d’une ordonnance royale du 25 novembre 1836. Une autre ordonnance royale du 12 mai 1841 a déclaré d’utilité publique l’exécution immédiate de l’alignement de la rue de la Harpe, au droit des maisons portant les no 74, 76, 78 et 80. Cette importante amélioration a été effectuée à la fin de l’année 1842. — Voici la situation des propriétés par rapport à l’alignement : de 1 à 25, retranchement de 2 m. 70 c. à 3 m. 90 c. ; de 27 à 33, retranchement de 3 m. à 4 m. ; de 35 à 45, retranchement de 4 m. à 4 m. 50 c. ; de 47 à 57, retranchement de 4 m. à 6 m. ; 59 et 61, retranchement de 5 m. 60 c. à 7 m. ; entrée des Thermes, pas de retranchement ; de 65 à 75, retranchement de 3 m. 80 à 6 m. 50 c. ; de 77 à 113, retranchement de 4 m. 20 c. à 6 m. ; 115, 117 et 119, retranchement réduit 2 m. 60 c. ; de 121 à la fin, redressement ; 2 et 4, retranchement réduit 5 m. ; de 6 à 40, retranchement de 3 m. 40 c. à 3 m. 80 c. ; 42, aligné ; de 44 à 50, retranchement de 1 m. 50 c. à 3 m. 70 c. ; 52, 54 et 56, alignés ; 58 et 60, retranchement réduit 1 m. 10 c. ; 62 et 64, alignés ; 66, retranchement 1 m. 20 c. ; 68, aligné ; 70 et 72, retranchement de 1 m. 80 c. à 2 m. 70 c. ; 74, 76, encoignure gauche de la rue Racine, alignés ; 82, retranchement 80 c. ; 84, aligné ; 86, retranchement 60 c. ; 88, aligné ; 90, retranchement réduit 70 c. ; collége Saint-Louis et dépendances, alignés ; 100, retranchement réduit 2 m. 10 c. ; de 102 à la fin, retranchement 2 m. 60 c. à 4 m. 50 c. — Égout dans toute l’étendue. — Conduite d’eau depuis la rue Mâcon jusqu’à la rue de l’École-de-Médecine. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Au no 85 était situé le collége de Seez. Il fut fondé en 1427, par Grégoire Langlois, évêque de Séez, en faveur de huit écoliers dont quatre devaient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. On en reconstruisit les bâtiments en 1730 et, en 1763, ce collége fut réuni à l’Université.

Au no 89 était situe le collége de Narbonne. Il fut fondé en 1316, par Bernard de Farges, évêque de Narbonne, pour neuf écoliers boursiers de son diocèse. Pierre Roger, natif de Limoges et devenu pape sous le nom de Clément VI, augmenta les revenus de ce collége dans lequel il avait étudié. En 1599, l’exercice public des basses classes y fut introduit. En 1760, on reconstruisit ce collége dont on réunit les biens à l’Université trois ans après.

Au no 93 était situé le collége de Bayeux. Il fut fondé en 1308, par Guillaume Bonnet, évêque de Bayeux, qui donna sa maison située rue de la Harpe, d’autres propriétés voisines et des biens qu’il possédait à Gentilly. En 1763, ce collége fut réuni à l’Université.

Entre les no 110 et 123, on voyait encore au milieu du XVIIe siècle, la porte Saint-Michel. Elle avait été bâtie vers l’an 1200 et faisait partie de l’enceinte de Philippe-Auguste. Jusqu’au XIVe siècle, elle fut désignée sous le nom de porte Gibart, c’est ainsi qu’on appelait alors le territoire sur une partie duquel se trouve la place Saint-Michel ; néanmoins en 1246 on la nommait Hostium Terri ; en 1300, porta Inferni, et en 1379, porta Ferri. (Voir pour l’étymologie, l’article Enfer, rue d’.) À la fin du XIVe siècle, elle prit le nom de porte Saint-Michel, parce qu’elle fut réparée en 1394, époque de la naissance de Michelle, fille de Charles VI. Cette porte fut abattue en 1684, pour faire place à une fontaine construite sur les dessins de Bullet et décorée, selon l’usage du temps, d’un distique de Santeuil.


Hasard (rue du).

Commence à la rue de la Fontaine-Molière, no 43 et 45 ; finit à la rue Sainte-Anne, no 26 et 28. Le dernier impair est 15 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 101 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Le censier de l’archevêché de l’année 1622 l’indique sous le nom de rue du Hasard. — Une décision ministérielle du 3 frimaire an X, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 4 octobre 1826, cette dimension est portée à 10 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement de 3 m. 40 c. ; celles du côté opposé devront reculer de 40 c. à 50 c. — Conduite d’eau depuis la rue Sainte-Anne jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Haudriettes (rue des Vieilles-).

Commence aux rues du Chaume, no 25, et du Grand-Chantier, no 1 ; finit aux rues Sainte-Avoie, no 66, et du Temple, no 2. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 113 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

En 1290, c’était la rue Jehan-l’Huillier, en raison d’un particulier de ce nom qui y demeurait. Depuis on la nomma des Haudriettes, des Vieilles-Haudriettes. Les religieuses Hospitalières, qui avaient pour fondateur Étienne Haudri, possédaient alors plusieurs maisons en cet endroit. On lui donna ensuite le nom de rue de l’Échelle-du-Temple, en raison d’une échelle patibulaire que le grand-prieur de France y avait fait élever. Des fragments de cette échelle se voyaient encore, en 1789, au coin de cette rue et de celle du Temple. Ces instruments étaient des espèces de piloris ou carcans qui servaient de marques de haute-justice. Pendant les premières années du règne de Louis XIV, ou plutôt à l’époque de la toute-puissance de Mazarin, quelques jeunes seigneurs, excités par de fréquentes libations, se mirent à brider, en chantant, l’échelle de la justice du Temple. Le cardinal la rétablit sur-le-champ et leur fit ainsi connaître son mécontentement : « Messieurs, si pareil scandale se renouvelle, vous payerez d’abord les frais de la reconstruction de l’échelle, et vous l’étrennerez ensuite. » – L’archevêque de Paris avait deux échelles, l’une dans le parvis Notre-Dame, l’autre au port Saint-Landry. – En 1636, la rue de l’Échelle-du-Temple portait le nom de la Fontaine en raison d’une fontaine que la ville de Paris y avait fait construire. Enfin, vers 1650, elle reprit la dénomination de rue des Vieilles-Haudriettes. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. — Une ordonnance royale du 21 novembre 1837 a porté sa largeur à 12 m. Propriétés no 1, retranchement 2 m. ; 3 et 5, retranchement 3 m. 80 c. à 4 m. 20 c. ; 7 et 9, retranchement 3 m. 10 c. à 3 m. 80. Maisons no 2, 4 et 6, alignées ; 8 et 10, redressement ; 12, retranchement réduit 1 m. 50 c. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Hautefeuille (rue).

Commence à la rue Poupée, no 13, et à la place Saint-André-des-Arts, no 9 ; finit à la rue de l’École-de-Médecine, no 8 et 10. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 30. Sa longueur est de 253 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Elle portait ce nom dès l’année 1252 et se prolongeait alors jusqu’au mur de l’enceinte de Philippe-Auguste. Jaillot pense qu’elle a pris son nom des arbres hauts et touffus qui bordaient cette voie publique ; il appuie son opinion sur un article des premiers statuts faits pour les cordeliers, dans lesquels on défend le jeu de paume aux religieux sous la haute-feuillée. De la rue Saint-André-des-Arts à celle des Poitevins, on la nommait rue du Chevet-Saint-André, parce qu’elle passait derrière l’église de ce nom. Quelques actes tirés des archives de Saint-Germain-des-Prés lui donnent le nom de rue de la Barre, qu’elle devait sans doute à Jean de La Barre, avocat, qui demeurait dans le voisinage. La rue Hautefeuille a été élargie en vertu d’un arrêt du conseil du 1er juillet 1679. — Une décision ministérielle du 4 floréal an VIII, signée L. Bonaparte, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 8 m. Les maisons no 5, 11, 16, 18, 20 et 26 ne sont pas soumises à retranchement. — Égout depuis la rue Poupée jusqu’à la rue des Deux-Portes. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Les collége et prieuré des Prémontrés étaient situés dans cette rue à l’endroit où nous voyons aujourd’hui la propriété no 30. Les Prémontrés furent institués par saint Norbert, archevêque de Magdebourg, en 1120, à Prémontré, abbaye située entre Laon et Soissons. Ces religieux étaient des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Désirant avoir à Paris un collége pour l’instruction des jeunes religieux de leur ordre, ils achetèrent en 1252 une propriété dite la maison Pierre-Sarrazin, située dans la rue Hautefeuille. Leur collége s’agrandit successivement par diverses acquisitions. L’église fut bâtie en 1618. Ces collége et prieuré devinrent propriétés nationales en 1790 et furent vendus le 20 février 1792.


Hautefort (impasse d’).

Située dans la rue des Bourguignons, entre les no 14 et 16. Pas de numéro. Sa longueur est de 28 m. — 12e arrondissement, quartier de l’Observatoire.

Cette impasse, qui a pris son nom d’un terrain voisin appartenant à la famille d’Hautefort, fut formée vers la fin du XVIIe siècle. On avait projeté de la convertir en une rue qui devait aboutir à la rue des Lyonnais. Ce percement avait été approuvé par une déclaration du roi, à la date du 18 juillet 1724, registrée le 4 août suivant. D’autres projets plus utiles en suspendirent alors l’exécution et cette voie publique est demeurée jusqu’à à ce jour dans son état d’impasse. Il n’existe point d’alignement pour cette voie publique dont la largeur actuelle est de 5 m. 50 c.


Hauteville (rue d’).

Commence au boulevart Bonne-Nouvelle, no 30 et 32 ; finit à la place de La Fayette, no 1 et 3. Le dernier impair est 91 ; le dernier pair, 98. Sa longueur est de 774 m. — 3e arrondissement, quartier du Faubourg-Poissonnière.

1ère partie comprise entre la rue Basse-Porte-Saint-Denis (confondue aujourd’hui dans le boulevart Bonne-Nouvelle) et la rue de Paradis. — Des lettres-patentes du 14 octobre 1772 autorisèrent les religieuses Filles-Dieu à exécuter sur leurs terrains ce percement, dont la geur était fixée à 30 pieds et qui devait prendre la dénomination de rue Delamichodière. Cette rue n’était pas encore ouverte en 1783. Des lettres-patentes du 8 août de cette année lui assignèrent le nom de rue d’Hauteville. (Voyez Échiquier, rue de l’.) En 1791, elle ne débouchait pas encore dans la rue Basse-Porte-Saint-Denis ; nous en trouvons la preuve dans un arrêté du Bureau de féodalité du 9 septembre de la même année. Elle était complètement exécutée en 1792. La largeur primitive a été maintenue par une décision ministérielle du 13 mars 1821 et par une ordonnance royale du 27 septembre 1826. Une autre ordonnance du 15 mai 1832 a sanctionné les dispositions projetées pour l’abaissement transversal du boulevart Bonne-Nouvelle, au moyen de la suppression de la rue Basse-Porte-Saint-Denis, et pour le prolongement de la rue d’Hauteville jusqu’à ce boulevart. Cette opération a été exécutée peu de temps après. Les constructions riveraines sont alignées.

2e partie comprise entre la rue de Paradis et celle des Messageries. — Avant 1792, il existait un passage formant retour d’équerre et connu sous le nom de passage des Messageries. Il prenait naissance à la rue de Paradis, en face de celle d’Hauteville, et se terminait à la rue du Faubourg-Poissonnière. Par délibération du corps municipal du 18 juin de la même année, les propriétaires riverains furent autorisés à convertir ce passage en une rue de 30 pieds de largeur : — à la charge par eux de livrer gratuitement et en cas de reconstruction, le terrain nécessaire à cet élargissement. (Voyez Messageries, rue des.) — En vertu d’une ordonnance royale du 27 septembre 1826, la largeur de cette partie a été fixée à 10 m. Elle a pris le nom de rue d’Hauteville, dont elle formait le prolongement. Les propriétaires riverains devront subir sans indemnité l’élargissement prescrit par le corps municipal. Ces immeubles sont soumis aujourd’hui à un retranchement de 1 m. 60 c.

3e partie comprise entre la rue des Messageries et la place de La Fayette. — L’ordonnance du 27 septembre 1826 a autorisé ce percement, dont la largeur est fixée à 12 m. Il a été exécuté dans une longueur de 64 m. sur les terrains appartenant à l’administration des messageries. La dépense qu’il a occasionnée à la ville de Paris s’est élevée à la somme de 80,000 fr. Le surplus, jusqu’à la place de La Fayette, a été ouvert sur les terrains que la compagnie André et Cottier était tenue de livrer gratuitement, aux termes d’une ordonnance royale du 27 novembre 1822, relative au percement de la rue Charles X (aujourd’hui rue de La Fayette). — Les propriétés riveraines sont alignées.

4e partie comprise entre la rue du Chevet-de-l’Église et le mur séparant les terrains de la compagnie André et Cottier de ceux appartenant à la ville de Paris. — Une ordonnance royale du 31 janvier 1827, dont nous avons donné un extrait à l’article concernant la rue de l’Abattoir, porte. — « Article 3e. Il sera ouvert une rue de 12 m. de large dans l’axe de l’église (Saint-Vincent-de-Paul), et qui continuera le prolongement de la rue Hauteville, etc. » — La longueur de cette partie est de 172 m.

Un arrêté préfectoral du 17 juin 1840 a prescrit la régularisation du numérotage de la rue d’Hauteville. — Égout et conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).

Messire Jean-Baptiste Delamichodière, chevalier, comte d’Hauteville, conseiller-d’état, fut prévôt des marchands depuis le 17 mars 1772 jusqu’au 17 août 1778.


Havre (rue du).

Doit commencer à la rue Saint-Nicolas-d’Antin, en face de la rue de la Ferme-des-Mathurins, et finir à la rue Saint-Lazare. Sa longueur sera de 134 m. — 1er arrondissement, quartier de la Place-Vendôme.

Une ordonnance royale du 3 septembre 1843 porte : « Article 1er. Est déclarée d’utilité publique l’exécution immédiate des travaux ci-après, destinés à faciliter la circulation aux abords de l’embarcadère des chemins de fer de Saint-Germain, Versailles et Rouen, savoir : 1o L’ouverture d’une rue de 20 m. de largeur, entre les rues Saint-Nicolas-d’Antin, dans l’axe dud. embarcadère, avec quatre pans coupés, dont deux de cinq mètres aux angles de la rue Saint-Nicolas-d’Antin et deux de trente mètres au débouché sur la rue Saint-Lazare. — ٠٠٠٠٠ 3o L’élargissement à 20 m. de la rue Saint-Lazare, au droit des propriétés nos 115, 117, 119 et 121. — 4o L’élargissement suivant l’alignement ministériel approuvé le 6 fructidor an XIII, de la rue Saint-Nicolas-d’Antin, au droit des propriétés nos 52, 56, 58 et 72. »

Cette ordonnance recevra prochainement son exécution, et la nouvelle voie publique prendra le nom de rue du Havre, parcequ’elle débouchera vis-à-vis de l’embarcadère du chemin de fer qui doit conduire à cette ville.


Heaumerie (impasse de la).

Située dans la rue de la Heaumerie, entre les nos 4 et 6. Sa longueur est de 12 m. — 6e arrondissement, quartier des Lombards.

Le poète Guillot la nomme en 1300 la Lormerie. On appelait lormiers les ouvriers qui fabriquaient de petits ouvrages en fer ou en cuivre. Ils avaient leur confrérie et s’étaient placés près de ceux qui faisaient les heaumes ou casques, les hauberts ou cottes de mailles, auxquels ils fournissaient les treillis, les chaînes et les anneaux qui entraient dans la composition de ces armures. Sa dénomination actuelle lui vient de la rue dans laquelle elle est située. — Une décision ministérielle du 4 ventôse an XI, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette impasse à 6 m. Les constructions riveraines devront reculer de 2 m.

Heaumerie (rue de la).

Commence aux rues de la Savonnerie, no 21, et de la Vieille-Monnaie, no 1 ; finit à la rue Saint-Denis, nos 36 et 38. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 73 m. — 6e arrondissement, quartier des Lombards.

Désignée en 1300, sous le nom de rue de la Heaumerie, elle avait pris cette dénomination des ouvriers qui y fabriquaient des heaumes ou casques. En effet, les registres de Saint-Jacques-la-Boucherie l’ont nommée quelque temps rue des Armuriers. — Une décision ministérielle du 18 vendémiaire an VI, signée Letourneux, avait fixe la moindre largeur de cette voie publique à 6 m. — Une ordonnance royale à la date du 19 juillet 1840 a porté cette largeur à 10 m. ; de 1 à 5, retranchement 3 m. à 4 m. 30 c. ; de 7 à 15, retranchement 2 m. 30 c. à 3 m. 10 c. ; 17, retranchement 1 m. 40 c. environ ; 2, redressement ; 4, retranchement 1 m. ; de 6 à 14, retranchement 1 m. 30 c. à 2 m. 30 c. ; de 16 à la fin, retranchement 2 m. 30 c. à 4 m. 80 c. — Éclairage au gaz (compe Française).


Helder (rue du).

Commence au boulevart des Italiens, nos 26 et 28 ; finit à la rue Taitbout, nos 13 et 15. Le dernier impair est 27 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 188 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Une partie de cette rue a été ouverte, en 1775, sur les terrains appartenant à M. Bouret de Vezelais. (Voyez rue Taitbout.) En 1792, elle formait encore une impasse connue sous le nom d’impasse Taitbout. — « Séance du 17 mai 1792. Le Directoire a approuvé une délibération du corps municipal de Paris qui, sur la demande des propriétaires des maisons sises cul-de-sac Taitbout, ordonne que ce cul-de-sac sera converti en rue, et sera en conséquence prolongé jusqu’au boulevart, et moyennant une juste et préalable indemnité réglée pour les terrains nécessaires à ce prolongement. » (Administration centrale du département, registre 2, p. 17.) « Séance du 4 mars 1793. Sur le rapport des administrateurs des travaux publics, et vu le nouveau plan par eux présenté pour le percement du cul-de-sac Taitbout, pour être converti en une rue à laquelle il serait donné une nouvelle dénomination. Le bureau municipal autorise les dits administrateurs à se retirer au Directoire du département pour y soumettre le plan dont il s’agit, et au cas qu’il soit adopté, à le faire exécuter en ce qui concerne l’administration, par les propriétaires riverains. » (Bureau municipal, registre 51, page 31.) — « Séance du 12 brumaire an VIII. — Considérant que la partie de rue formant autrefois le cul-de-sac Taitbout est impraticable dans son état actuel, et que plusieurs voitures y ont déjà versé. Ouï le commissaire du Directoire Exécutif ; arrête : 1o le pavage de la rue ; arrête en outre qu’en mémoire de l’expulsion des Anglais du territoire batave, la d. rue nouvelle sera appelée la rue du Helder, et l’inscription de cette dénomination sera faite aux frais des propriétaires des quatre encoignures, ainsi qu’ils y sont obligés par l’arrêté du 5 mai 1792. » (Administration centrale, registre 39, p. 111.) — Une décision ministérielle du 10 prairial an XII, signée Chaptal, et une ordonnance royale en date du 16 avril 1831 ont maintenu la largeur primitive qui est de 9 m. 74 c. — Conduite d’eau depuis le boulevart jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Henri-Premier (rue).

Commence à la rue Bailly, nos 9 et 10 ; finit à la rue Royale, nos 11 et 13. Le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 30 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Cette rue, formée vers 1780 sur une partie du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, doit son nom à Henri Ier, roi de France en 1031, mort le 4 août 1060 à l’âge de 55 ans. Vers l’année 1059, ce monarque avait donné un diplôme pour la reconstruction de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs. (Voyez l’article de la place de l’ancien marché Saint-Martin). — Une décision ministérielle du 3 décembre 1814, signée l’abbé de Montesquiou, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 14 janvier 1829, la moindre largeur de la rue Henri Ier est portée à 7 m. Le côté des numéros pairs n’est pas soumis à retranchement. Suivant l’alignement arrêté, l’impasse Saint-Nicolas sera confondue dans la rue Henri Ier, lors de la démolition de la maison portant sur la rue Royale le no 13. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Henri-Quatre (collége royal).

Situé rue Clovis. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Ce collége occupant une partie de l’emplacement de l’abbaye royale Sainte-Geneviève, nous nous occuperons d’abord de cette abbaye célèbre. — Sur le sommet de la montagne, où s’élèvent aujourd’hui Saint-Étienne-du-Mont et le Panthéon, existait sous la domination romaine un cimetière que bordaient deux grandes routes qui, partant de Lutèce, conduisaient l’une à Orléans et l’autre à Sens. Ce cimetière servait aux Parisiens et sans doute aux habitants des villages voisins. Clovis, converti à la foi de l’Évangile, fit élever sur cet emplacement, à la prière de Clotilde, une basilique en l’honneur de saint Pierre et des saints apôtres. Grégoire de Tours ne nous fait pas connaître l’année de cette fondation ; il est probable qu’elle eut lieu en 508 ou 509 ; on sait que ce fut en l’année 507 que Clovis, avant de combattre Alaric, fit vœu d’élever une église. L’édifice n’était pas achevé en 511, à la mort de Clovis. Il fut terminé par Clotilde. Le nom de basilique dont se sert Grégoire de Tours, en parlant de cette église, a fait penser que dès le principe, elle avait été desservie par une communauté religieuse, mais ces desservants n’étaient dans l’origine que des chanoines séculiers. Clovis, comme fondateur, fut enterré dans la basilique des saints apôtres. Sainte-Geneviève, qui mourut quelques années après, y fut également inhumée avec sainte Alde, une de ses compagnes. En 857, les Normands incendièrent la basilique de Saint-Pierre et des Saints-Apôtres avec toutes les autres églises de la contrée, à l’exception de Saint-Vincent et de l’abbaye de Saint-Denis qui se rachetèrent à prix d’argent. En 1190, l’église Saint-Pierre n’était pas encore rebâtie, mais depuis la fin du 9e siècle elle portait le nom de la douce et miraculeuse patronne de Paris. Les rois de France honorèrent de leur protection les chanoines de Saint-Pierre, nommés depuis de Sainte-Geneviève. Un diplôme du roi Robert, de l’an 997, confirmant les donations qui leur avaient été faites, en ajoute encore de nouvelles, leur donne le droit de nommer leur doyen et de disposer de leurs prébendes. Par une charte donnée en 1035, Henri Ier se déclare le protecteur de la vénérable congrégation des chanoines de Sainte-Geneviève. La châsse de la sainte était en grande vénération. Sous le règne de Louis VI, vers l’an 1131, une maladie nommée le feu sacré, décimait la population parisienne. Les habitants demandèrent que cette châsse fut solennellement apportée à l’église Notre-Dame. « Pendant la procession, dit Jaillot, tous les malades qu’on nommait les Ardents furent guéris, à la réserve de trois qui manquèrent de foi. L’épidémie ayant disparu, la châsse fut rapportée à Sainte-Geneviève et placée derrière l’autel. » En 1148 un changement notable fut opéré dans l’administration de l’église de Sainte-Geneviève. Le pape Eugène, informé des désordres qui s’étaient manifestés dans cette communauté, résolut d’y introduire la réforme. Le souverain-pontife ne put réaliser son projet. Louis-le-Jeune, obligé de partir pour la Terre-Sainte, confia cette mission à l’abbé Suger qui, après de grandes difficultés, parvint à faire entrer dans cette maison douze chanoines de Saint-Victor. Il n’est pas certain que la basilique élevée par Clovis ait subsisté jusqu’au temps des Normands. D’après l’auteur de Sainte-Geneviève, l’ancienne église était ornée d’un triple portique, sur lequel on avait peint l’histoire des patriarches, des prophètes, des martyrs et des confesseurs. Après le départ des Normands, les chanoines de Sainte-Geneviève ne firent à leur église que les réparations urgentes. Ce fut Étienne de Tournai, élu abbé en 1171, qui résolut de restaurer entièrement l’église. Les travaux durèrent quinze années. À la fin du siècle dernier on distinguait les parties réparées au dehors de l’église, au midi et du côté de la nef. On voyait encore au commencement du XVIIIe siècle, vers le haut du pignon de l’église, un anneau de fer d’une grande dimension. Il était scellé dans une pierre qui représentait une tête d’animal. Anciennement, et surtout vers le IXe siècle, lorsque les criminels venaient réclamer le droit d’asile, la justice s’arrêtait au moment où le condamné saisissait l’anneau de la grande porte afin d’y passer le bras. « Comme on ne peut douter, dit un historien, que la basilique de Sainte-Geneviève n’ait eu à Paris la préférence sur beaucoup d’autres, je pense que ce gros anneau a été attaché à la grande porte ou portique jusqu’à l’époque où les asiles furent supprimés ; mais pour en conserver le souvenir, on éleva ce même anneau à une hauteur à laquelle personne ne put plus atteindre. »

La réforme se soutint parmi les religieux de Sainte-Geneviève jusqu’aux règnes de Charles VI et Charles VII ; les guerres qui désolaient la France à cette époque, jetèrent bientôt le désordre jusque dans les monastères. Ce ne fut que sous Louis XIII qu’on songea à rétablir l’ancienne discipline. En 1624, le cardinal de La Rochefoucauld, pour se conformer aux intentions du roi, fit entrer dans cette abbaye le père Faure avec douze religieux, tirés de la maison de Saint-Vincent-de-Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en 1625, confirmée par lettres-patentes de 1626 et par une bulle d’Urbain VIII, donnée en 1634, fut entièrement consolidée cette même année par l’élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette abbaye et supérieur général de la congrégation. On doit fixer à cette époque la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la prématie de cette abbaye, chef de l’ordre, et le titre de chanoines réguliers de la congrégation de France, donné aux membres de cette communauté. La congrégation de Sainte-Geneviève se composait de 900 maisons en France et nommait à plus de 500 cures ; l’abbé était électif avec le titre de général et jouissait du droit de crosse, de mitre et d’anneau. Le cardinal de La Rochefoucauld arrêta dans son règlement, qu’à l’avenir les chanoines auraient le droit de choisir leur abbé dans leur communauté. Ce même prélat fit reconstruire le grand autel, le jubé, le réfectoire, l’hôtel abbatial et la crypte souterraine où l’on conservait le corps de Sainte-Geneviève ; il rétablit encore le tombeau de Clovis élevé au milieu du chœur. En reconnaissance des services signalés que le cardinal rendit à la communauté, on lui éleva, lorsqu’il mourut, un tombeau de marbre noir, qu’on voyait près du grand autel. L’ancien cloître de Sainte-Geneviève qui tombait en ruine, fut reconstruit en 1744. Louis d’Orléans posa la première pierre du nouvel édifice. L’ancienneté de l’église inspirait des craintes pour la sécurité des fidèles ; sa reconstruction fut jugée indispensable (voir l’article Panthéon Français). On voyait dans l’abbaye de Sainte-Geneviève une riche bibliothèque ; les bâtiments, qui ont été conservés, ont leur entrée par la rue Clotilde. Cette bibliothèque était remarquable autant par sa construction que par le choix des livres qu’elle renfermait ; le monument a la forme d’une croix ; au milieu est un dôme, dont la coupole a été peinte par Restout père, qui a représenté l’apothéose de saint Augustin. Le nombre des volumes s’élevait à cent douze mille ; on y comptait près de trois mille manuscrits. La collection d’antiquités et de médailles a été réunie en 1791 au cabinet de la Bibliothèque du roi. Les planchers de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, séparant cet établissement des dortoirs du collége Henri IV, ayant besoin d’être refaits, les livres furent transférés provisoirement dans l’ancien collége de Montaigu. Sur cet emplacement on construit aujourd’hui de vastes bâtiments destinés à cette bibliothèque. — L’abbaye Sainte-Geneviève supprimée en 1790 devint propriété nationale. — En vertu d’un décret du 1er mai 1802, concernant le rétablissement des colléges sous le titre de Lycées, celui qui portait le nom de Napoléon fut placé dans les bâtiments de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève, en ne conservant que la bibliothèque qui en occupait la partie supérieure. Sous la Restauration, cet établissement prit le nom de collége royal Henri IV. Alors des constructions importantes ont été projetées par M. Lahure, architecte, et notamment le grand bâtiment donnant sur la rue Clovis, dont l’exécution n’eut lieu qu’en 1824 et 1825. Ce vaste bâtiment, qu’on a été obligé de construire avec une très grande économie, offre cependant une masse assez imposante ; le fronton de la porte principale devait être orné d’une couronne contenant le buste de Henri IV. Le modèle en a été fait par M. Gérard, statuaire, et des pierres ont été placées afin d’y sculpter cet ornement. Elles donnent aujourd’hui à cette porte un caractère de lourdeur qu’on devrait faire disparaître. — Le nombre des élèves qui suivent en 1844 les cours de ce collége est de 800 environ. L’église dépendant de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève a été démolie vers 1808. La rue Clovis passe sur l’emplacement de cet ancien monument qui était parallèle à l’église Saint-Étienne-du-Mont. La tour à été conservée ; elle fait partie des constructions affectées au collége royal Henri IV.


Henri-Quatre (passage).

Commence à la rue des Bons-Enfants, no 7 ; finit à la cour des Fontaines, no 4. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Il a été bâti en 1822.


Hilaire (rue Saint-).

Commence aux rues des Sept-Voies, no 2, et des Carmes, no 38 ; finit aux rues Chartière, no 1, et Saint-Jean-de-Beauvais, no 31. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 66 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Percée vers 1185, sur le clos Bruneau, elle prit d’abord le nom de Saint-Hilaire. Les plans de Gomboust, de Bullet, la désignent sous le nom de rue Fromentel, dont elle est le prolongement. En 1558, c’était la rue du Puits-Certain, en raison d’un puits public construit aux frais de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire, qui dirigea avec tant d’habileté la communauté de Sainte Barbe. Elle a repris sa première dénomination qu’elle doit à l’église Saint-Hilaire. — Une décision ministérielle du 13 fructidor an VIII, signée L. Bonaparte, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Les maisons nos 1 et 3 devront reculer de 60 c ; celles de 5 à la fin ne sont soumises qu’à un faible redressement ; les constructions du côté opposé sont assujetties à un retranchement de 2 m. environ. — Éclairage au gaz (compe Parisienne). Connue vers le XIIe siècle sous le titre d’Oratoire, l’église Saint-Hilaire devint paroisse vers l’année 1200. Supprimée en 1790, elle fut vendue comme propriété nationale le 14 vendémiaire an IV. La maison no 2 de la rue des Sept-Voies a été bâtie sur son emplacement.


Hillerin-Bertin (rue).

Commence à la rue de Grenelle-Saint-Germain, nos 93 et 95 ; finit à la rue de Varennes, 20 et 22. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 179 m. — 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin.

Un propriétaire nommé Hillerin possédait en cet endroit plusieurs pièces de terre ; il en vendit une partie à sa majesté, lors de la construction de l’hôtel royal des Invalides. Quelque temps après, une rue de 5 m. 30 c. environ de largeur fut ouverte sur l’emplacement de ce terrain. — Une décision ministérielle du 19 pluviôse an VIII, signée L. Bonaparte, et une ordonnance royale du 7 mars 1827, ont fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement qui varie de 2 m. à 2 m. 60 c. ; les maisons nos 4, 6 et 8, devront reculer de 2 m. 30 c. ; toutes les autres constructions de ce côté sont à l’alignement. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).


Hippolyte (rue Saint-).

Commence aux rues Pierre-Assis, no 5, et des Trois-Couronnes, no 8 ; finit à la rue de Lourcine, nos 75 et 77. Le dernier impair est 15 bis ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 320 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Elle a pris son nom de l’église Saint-Hippolyte. La partie qui avoisine la rue de Lourcine s’est appelée rue des Teinturiers, en raison des teintures qui se faisaient sur la Bièvre. Dans sa partie supérieure elle conservait l’ancien nom de Saint-Hippolyte. Une décision ministérielle du 8 ventôse an IX, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 26 mars 1843, sa moindre largeur est portée à 11 m. 70 c. Les propriétés de 5 à 13 inclus et les constructions situées sur le côté opposé depuis la Bièvre jusqu’au no 18 inclus sont alignées. — Conduite d’eau depuis la rue des Marmousets jusqu’à la rue de Lourcine.

L’église Saint-Hippolyte était située dans cette rue au no 5. Elle est mentionnée pour la première fois en 1178 sous le titre de chapelle. Au commencement du XIIIe siècle elle fut érigée en paroisse. Supprimée en 1790, elle devint propriété nationale, fut vendue le 3 août 1793 et démolie en 1807.


Hirondelle (rue de l’).

Commence à la place du Pont-Saint-Michel, nos 50 et 52 ; finit à la rue Gît-le-Cœur, nos 11 et 13. Le dernier impair est 33, le dernier pair, 26. Sa longueur est de 170 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Cette rue fut ouverte en 1179 sur le territoire de Laas. Au XIIIe siècle on la nommait rue de l’Arondale en Laas. Elle doit sans doute son nom à une enseigne de l’hirondelle qu’on appelait en vieux langage Arondale. — Une décision ministérielle à la date du 15 vendémiaire an IX, signée L. Bonaparte, avait fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 22 août 1840. Maisons nos 1, 3, alignées ; 5, retranchement 70 c. ; de 7 à 11 inclus, redressement ; de 13 à 21, retranchement qui n’excède pas 80 c. ; 23 et 25, alignées ; 27, retranchement 1 m. 10 c. ; de 29 à la fin, retranchement 1 m. 30 c. à 1 m. 80 c. ; 4, retranchement 4 m. ; de 6 à 20 inclus, retranchement 5 m. à 6 m. 80 c. ; de 22 à la fin, retranchement 4 m. 10 c. à 5 m. 30 c. — Conduite d’eau depuis la place Saint-Michel jusqu’à la borne fontaine.


Homme-Armé (rue de l’).

Commence à la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nos 30 et 32 ; finit à la rue des Blancs-Manteaux, nos 17 et 19. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 109 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

Cette rue était bordée de constructions sous le règne de Louis-le-Jeune. Elle doit son nom à une enseigne. — Une décision ministérielle à la date du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, avait fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 12 juillet 1837, cette largeur a été portée à 11 m. Les constructions du côté des numéros impairs, entre les rues Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et du Plâtre, sont soumises à un retranchement de 3 m. à 5 m. ; le surplus de ce côté devra reculer de 2 m. à 2 m. 60 c. Les propriétés du côté des numéros pairs subiront un retranchement de 3 m. à 4 m. 80 c. Depuis 1827, on a placé dans la rue de l’Homme-Armé un poteau qui intercepte la circulation des voitures, dans la partie comprise entre la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et celle du Plâtre. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).


Honoré (cloître Saint-).

Limité par les rues des Bons-Enfants, Croix-des-Petits-Champs, de Montesquieu et Saint-Honoré. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 16. — 4e arrondissement, quartier de la Banque.

Ce cloître doit son nom à l’église Saint-Honoré. Vers l’an 1204, Renold Chéreins et sa femme donnèrent neuf arpents de terre, qu’ils possédaient hors des murs de Paris, pour l’entretien d’un prêtre destiné à desservir une petite chapelle qu’ils avaient l’intention de bâtir. Le prieur de Saint-Martin leur céda un arpent de terre sur lequel cette chapelle fut élevée. Les fondateurs y établirent ensuite des chanoines. Cette église voisine de la place aux Pourceaux en porta le nom.

« Et Saint-Honoré aux Porciaux,
Et Saint-Huistace de Champiaux. »

Elle ne fut comprise dans l’enceinte de Paris que sous le règne de Charles VI. L’église paroissiale Saint-Honoré fut agrandie et réparée en 1579. Dans une chapelle à droite était placé le tombeau du fameux cardinal Dubois. Ce mausolée avait été sculpté par Coustou le jeune. Ce tombeau, qui devait être placé à gauche de l’église, fut mis à droite, de sorte que le cardinal représenté à genoux, au lieu de regarder l’église lui tournait le dos. La situation inconvenante de ce mausolée fut considérée comme le symbole de la conduite peu édifiante du défunt. L’église Saint-Honoré, supprimée en 1700, devint propriété nationale et fut vendue le 8 février 1792. Sur les dépendances du cloître Saint-Honoré a été ouverte la rue de Montesquieu. (Voir cet article).

Il n’existe pas d’alignement arrêté pour le cloître Saint-Honoré. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Honoré (marché Saint-).

Situé dans la rue du Marché-Saint-Honoré. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Ce marché a été formé sur l’emplacement du couvent des religieux Jacobins dont nous donnons ci-après l’historique.

À l’article concernant la rue des Grés, nous avons parlé de l’établissement de ces religieux à Paris. Nous avons dit que le désordre s’étant glissé dans cette communauté, on sentit la nécessité d’introduire une réforme qui, n’ayant pas été acceptée par les religieux, donna lieu à leur expulsion de la capitale. Remplacés en 1505 par des Jacobins réformés de Hollande, ceux qui abandonnaient Paris se disséminèrent dans les provinces de France où ils portèrent leurs dérèglements. Sébastien Michaëlis, général des Jacobins, conçut le dessein de faire revivre la ferveur primitive. Dans un chapitre de l’ordre de Saint-Dominique qui se réunit à Paris en 1611, ce révérend père proposa l’établissement d’un second couvent de Jacobins dans cette ville. Après quelques difficultés, la permission en fut accordée par lettres-patentes du mois de septembre de la même année, qui furent registrées au parlement en 1613. Henri de Gondi, évêque de Paris, donna pour cette fondation une somme de 50,000 livres. Avec ce secours et les libéralités de plusieurs particuliers, les religieux achetèrent un enclos de dix arpents et firent construire un couvent et une église. Cette communauté, ayant été supprimée en 1790, devint propriété nationale. L’église fut louée moyennant 1,200 fr. par an, le 1er avril 1791, à la société des amis de la constitution, plus connue dans l’histoire de la république sous le nom de Jacobins. Cette société célèbre y tint ses séances jusqu’au 21 brumaire an III (11 novembre 1794). Cependant les bâtiments qui composaient l’ancienne communauté des Jacobins avaient été vendus par le domaine de l’état le 5 mai 1792 moyennant 4,715,000 fr. Parmi les clauses insérées dans le contrat, figurait l’obligation de livrer le terrain nécessaire à l’ouverture d’une rue de 30 pieds de largeur, pour communiquer de la rue Saint-Honoré à la rue Neuve-des-Petits-Champs. L’acquéreur ne s’étant pas libéré fut déchu de son acquisition.

« Loi du 28 floréal an III. La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de sûreté générale ; décrète : — Article 1er. L’emplacement des ci-devant Jacobins, rue Honoré, est consacré à l’établissement d’un marché public ; ce marché portera le nom de Neuf-Thermidor. Il sera établi conformément au plan annexé au présent décret. — Art. 2e. Les terrains nécessaires aux constructions indiquées par ce plan seront vendus en la même forme que les autres domaines nationaux. L’administration des domaines est chargée de faire cette adjudication dans le plus bref délai ; les bâtiments seront vendus séparément. — Art. 3e. La maison du notaire Rouen, étant un objet indispensable d’intérêt public pour effectuer la communication de la rue Honoré à celle des Petits-Champs, l’administration des domaines est autorisée à en faire l’acquisition, sous l’indemnité et d’après le mode prescrit par la loi, etc. Visé par le représentant du peuple, inspecteur aux procès-verbaux, signé S.-E. Mounet. Collationné à l’original par nous, président et secrétaires de la Convention Nationale ; à Paris le 29 floréal an III de la République Française ; signé Boissy, président, Mollevaut et Peyre, secrétaires. » — Une décision ministérielle du 18 prairial an VIII, porte : — « Article 1er. Le marché public auquel l’emplacement des ci-devant Jacobins, rue Honoré, est consacré, sera construit d’après les plans du citoyen Louis, architecte, qui demeurent approuvés à cet effet. — Art. 2e. Les maisons qui seront bâties sur cet emplacement ne pourront avoir plus de quinze mètres de hauteur, y compris le comble, et les rues moins de 10 m. de largeur. — Art. 3e. La salubrité exigeant qu’il soit pris des précautions, il sera établi une fontaine au milieu du marché, etc. Signé L. Bonaparte.» — Les bâtiments et terrains dépendant de ce couvent furent définitivement adjugés le 29 messidor suivant au citoyen Bodin, pour 300,100 fr. Les principales conditions imposées à l’adjudicataire étaient ainsi conçues : « Conformément à la décision du ministre de l’intérieur du 18 prairial an VIII ; 1o il sera établi, sur l’emplacement du ci-devant couvent des Jacobins, un marché public ; 2o les maisons qui y seront construites, ne pourront avoir plus de 15 m. de hauteur, y compris le comble, et les rues moins de 10 m. de largeur ; 3o il sera établi une fontaine au milieu du susdit marché ; 4o sur la superficie totale de l’emplacement, il sera pris une superficie de 9,822 m. qui sera employée en maisons, lesquelles seront composées d’un rez-de-chaussée, etc… le tout conformément aux plans, coupes, élévations et profils, dressés par le citoyen Louis, architecte et sous la conduite et direction de l’architecte qui sera nommé par le ministre de l’intérieur. Toutes les constructions des bâtiments à faire sur ce terrain, s’élèveront à la somme de 2,500,000 francs, non compris dans cette somme le pavement des places et des rues, lequel néanmoins restera à la charge de l’adjudicataire, etc… 7o L’adjudicataire ne pourra exiger des marchands et marchandes qui apporteront des denrées au marché aucune rétribution pour raison des emplacements qu’ils occuperont sur le carreau forain du d. marché, place ou rues adjacentes, etc. » — Nous lisons dans un décret impérial du 31 janvier 1806. « 1o Les adjudicataires des terrains des Jacobins, ou leurs ayant-cause, sont déchus de l’adjudication à eux faite, et la commune de Paris subrogée aux lieu et place desd. adjudicataires… 5o Les terrains environnant le marché des Jacobins seront vendus par la ville de Paris, et à son compte par lots, ainsi qu’il sera réglé par un cahier de charges, soumis à l’approbation du ministre de l’intérieur. » Ce cahier des charges imposant des conditions onéreuses relativement au mode des constructions, les ventes ne s’effectuèrent qu’avec lenteur. Enfin le 27 avril 1809, le ministre décida que les acquéreurs auraient la faculté de construire à leur gré en se conformant toutefois aux règlements de voirie. L’aliénation complète des terrains s’opéra facilement par suite de cette décision. — Sur l’emplacement du couvent des Jacobins, on a formé les rues et place du marché Saint-Honoré. L’impasse Saint-Hyacinthe a été prolongée et convertie en rue. Le marché construit sur les mêmes terrains et d’après les plans de M. Molinos, architecte, a été inauguré en vertu d’une ordonnance de police du 14 novembre 1810. Il se compose de quatre halles très étendues qui servent d’abri, avec plusieurs étaux de bouchers. Deux bornes-fontaines fournissent les eaux nécessaires. Ce marché occupe une superficie de 6,557 m.


Honoré (place du marché Saint-).

Bordant le marché Saint-Honoré. Les numéros continuent la série de la rue du marché Saint-Honoré. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Elle a été formée en 1807 sur l’emplacement du couvent des Jacobins (voir l’article qui précède). Une décision ministérielle du 31 janvier de la même année, signée Champagny, avait fixé la largeur de cette voie publique à 77 m. Cette disposition a été confirmée par une ordonnance royale du 4 octobre 1826. Toutes les propriétés riveraines sont alignées. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Honoré (rue du Faubourg-Saint-).

Commence à la rue Royale, nos 15 et 17 ; finit aux rues d’Angoulême, no 28, et de la Pépinière, no 105. Le dernier impair est 127 ; le dernier pair, 136. Sa longueur est de 1,015 m. — 1er arrondissement, tous les numéros impairs sont du quartier des Champs-Élysées ; les pairs, depuis la rue Royale jusqu’au no 22 inclus, quartier de la place Vendôme ; de 24 à la fin, quartier du Roule.

En 1635, c’était la chaussée du Roule. Elle doit sa dénomination actuelle à la rue Saint-Honoré dont elle forme le prolongement. Plusieurs déclarations du roi en date des 18 juillet 1724, 29 janvier 1726, 23 mars et 14 septembre 1728, avaient déterminé les limites de Paris. Dérogeant à ces prescriptions, le roi, par une nouvelle déclaration du 31 juillet 1740, autorisa les propriétaires riverains de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à construire sur leurs terrains, depuis la rue Royale jusqu’à l’hôtel d’Evreux (aujourd’hui palais de l’Élysée) d’un côté, et jusqu’à la rue des Saussaies de l’autre. Cette autorisation fut étendue à toute la rue du Faubourg-Saint-Honoré en vertu d’une autre déclaration du 10 février 1765. La moindre largeur de cette voie publique a été fixée à 14 m. 50 c. par une décision ministérielle du 28 messidor an V, signée Benezech, et par une ordonnance royale en date du 27 septembre 1836. Les maisons ci-après ne sont pas soumises à retranchement. De 1 à 17 inclusivement, 39, le grand hôtel à la suite, 55, 57, 67, 69, 71, 73, 79, 87, 89, 91, de 97 à 127 ; de 2 à 22 inclusivement, 34, 36, 46, 50, 56 bis, et de 60 à 128 inclusivement. — Égout dans toute l’étendue, — Conduite d’eau entre les rues Daguesseau et de Duras. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Honoré (rue du Marché-Saint-).

Commence à la rue Saint-Honoré, nos 326 et 330 ; finit à la rue Neuve-des-Petits-Champs, nos 83 et 87. Le dernier impair est 35 ; le dernier pair, 42. Sa longueur est de 268 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Une décision ministérielle du 31 janvier 1807, signée Champagny, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. Cette rue fut percée dans le courant de la même année sur l’emplacement du couvent des Jacobins. (Voyez pour l’historique de cette communauté religieuse l’article du Marché-Saint-Honoré.) Une ordonnance royale du 4 octobre 1826 a maintenu la largeur de 10 m. Les constructions riveraines sont alignées à l’exception de celles qui sont situées sur le côté des numéros pairs à l’encoignure de la rue Neuve-des-Petits-Champs. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Honoré (rue Saint-).

Commence aux rues des Déchargeurs, no 19, et de la Lingerie, no 1 ; finit à la rue Royale, nos 12 et 14. Le dernier impair est 389 ; le dernier pair, 422. Sa longueur est de 2,120 m. — Les numéros de 1 à 231, sont du 4e arrondissement, quartier Saint-Honoré ; de 233 à 389, 1er arrondissement, quartier des Tuileries. Les pairs de 2 à 34, 4e arrondissement, quartier des Marchés ; de 36 à 74, 3e arrondissement, quartier Saint-Eustache ; de 76 à 192, 4e arrondissement, quartier de la Banque ; de 194 à 354, 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal ; de 356 à la fin, 1er arrondissement, quartier de la place Vendôme.

Les portes bâties à différentes époques dans cette voie publique indiquent ses agrandissements successifs. La porte Saint-Honoré de l’enceinte de Philippe-Auguste était située à l’endroit où nous voyons aujourd’hui le temple de l’Oratoire. Sous le règne de Charles V, elle était reculée jusqu’à la rue du Rempart et, vers 1631, on la voyait en face de la rue Royale. Cette troisième porte fut démolie en vertu des lettres-patentes du 22 avril 1732.

Cette rue, construite par petites portions à la fois, porta plusieurs noms : vers 1300 et 1313, de la rue Tirechape à celle de l’Arbre-Sec, c’était la rue du Chastiau-Festu. La partie comprise entre la rue de la Lingerie et celle de la Tonnellerie porta jusqu’au XVIIe siècle le nom de la Chausseterie. De la rue de l’Arbre-Sec à celle du Rempart, elle était désignée aux XIIIe et XIVe siècles sous la dénomination de rue de la Croix-du-Trahoir. En 1450, elle prit le nom de rue de la Chaussée-Saint-Honoré, puis celui de rue Saint-Honoré, en raison de l’église dont nous avons parlé à l’article du cloître Saint-Honoré ; enfin de la rue du Rempart jusqu’à l’endroit où finit la rue Royale, elle était désignée vers 1407, sous la dénomination de rue Neuve-Saint-Louis, hors la porte Saint-Honoré, et Grand’rue Saint-Louis, en raison de l’hôpital des Quinze-Vingts fondé par Louis IX.

La partie de la rue Saint-Honoré, comprise entre la rue des Bourdonnais et celle des Prouvaires, a été élargie en vertu d’un arrêt du conseil du 24 mars 1679. — Une décision ministérielle du 28 messidor an V, signée Benezech, fixa la moindre largeur de la rue Saint-Honoré à 12 m. ; cette moindre largeur est portée à 14 m. en vertu d’une ordonnance royale du 25 septembre 1834.

Les maisons ci-après sont alignées, nos 81, 83, 91, les deux encoignures de la rue du Coq, de 173 à 191, 287, 293, 295, 297, 301, 303, 307, de 313 à 327, de 333 à 359, 365, 367, 369, 371 et de 379 à la fin ; 12, 14, 20, 22, 24, 36, 40, 42, 110, 112, 128, 130, la propriété à l’encoignure gauche de la rue de Grenelle, 202, 210, 212, 214, 216, 218, 222, 244, de 348 bis à 356, et de 408 à la fin. — Égout et conduite d’eau dans plusieurs parties. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

La rue Saint-Honoré possède un vieux droit de bourgeoisie qui remonte aux premiers agrandissements de la ville. Lorsque la population parisienne étouffant dans la cité envahit la rive droite du fleuve, la rue Saint-Honoré, grâce à son voisinage des halles, devint bientôt la grande artère qui répandit la richesse et la fertilité dans la ville. Les marchands de la cité abandonnaient leurs maisons tristes et malsaines pour venir loger près du premier bazar parisien. Les drapiers, les fourreurs, les merciers, les bonnetiers et les orfèvres se bâtirent de vastes habitations derrière les hôtels et les palais des nobles dont ils entretenaient le luxe.

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, la rue Saint-Honoré semblait fière de ses hautes maisons à pignons historiés, aux façades couvertes de gracieuses figurines qui souriaient aux passants ; elle comptait avec satisfaction ses riches et gros marchands posés sous leurs porches comme les obélisques chez les Égyptiens.

Au coin de la rue des Déchargeurs, les bonnetiers étalaient leurs marchandises. Sur la frise de leurs lambris, on voyait des bonnets de différentes formes et sur les verrières étaient peints des ciseaux ouverts avec quatre chardons au-dessus.

Un peu plus loin étaient réunis les marchands drapiers orgueilleux de leurs richesses. Au-dessus de leurs magasins se balançait un navire d’argent, à la bannière de France, en champ d’azur, un œil en chef, avec cette légende : Ut cœteros dirigat. — En face de la Croix-du-Trahoir se prélassaient les riches merciers-grossiers. Ils comptaient parmi les membres de leur communauté plusieurs échevins. Le chef des merciers avait fait peindre sur son enseigne les armoiries de sa corporation. On voyait un champ d’argent chargé de trois vaisseaux dont deux en chef et un en pointe ; ces vaisseaux étaient construits et mâtés d’or sur une mer de sinople, le tout surmonté d’un soleil d’or avec cette devise : Te toto orbe sequemur.

Après la rue du Coq scintillaient plusieurs boutiques d’orfèvres, devant lesquelles s’arrêtaient extasiés de nouveaux débarqués. On voyait aussi de joyeux étudiants qui regardaient plus volontiers les jeunes femmes que les bijoux. Les armoiries de la corporation qui reconnaissait Saint-Éloi pour patron étaient composées de gueules à croix d’or dentelée, accompagnées aux premier et quatrième quartiers d’une coupe d’or, et aux deuxième et troisième d’une couronne de même métal semé de fleurs de lis sans nombre, avec cette légende : IN SACRA INQUE CORONAS, pour faire entendre que l’orfèvrerie était principalement consacrée à la pompe du culte divin et à l’ornement de la majesté royale. Cette armoirie donnée par Étienne Boileau était une glorieuse récompense de la probité des orfèvres à garder tes meubles et les joyaux de la couronne que Philippe de Valois leur confiait.

Un peu plus loin sur le même côté de la rue, on distinguait les pelletiers-fourreurs, aux têtes d’animaux qui tapissaient les devantures des boutiques. Les pelletiers jalousaient les merciers et les drapiers qui leur avaient enlevé leur antique prééminence. Ils se rappelaient l’honneur dont ils jouissaient lorsqu’ils avaient le privilège de faire la robe du roi. Leurs armoiries étaient un agneau pascal d’argent, avec champ d’azur, à la bannière de France ornée d’une croix d’or ; pour supports leurs hermines, et sur leur écu la couronne ducale.

La rue Saint-Honoré dans ses sinueuses profondeurs a vu souvent se dérouler des drames sanglants. Ce fut au coin de cette rue et de celle du Louvre (aujourd’hui de l’Oratoire), que Paul Stuart de Caussade, comte de Saint-Mégrin, sortant du Louvre vers onze heures du soir, fut attaqué le lundi 21 juillet 1578 par une bande d’assassins ; il tomba percé de trente-trois coups dont il mourut le lendemain. Henri III le fit enterrer à côté de Quélus et de Maugiron dans l’église Saint-Paul, qui reçut alors le nom de Sérail des Mignons. « De ce meurtre, dit l’Étoile, n’en fut faite aucune poursuite, sa majesté étant bien avertie que le duc de Guise l’avait fait faire, parce que le bruit courait que ce mignon était l’amant chéri de sa femme, et que celui qui avait fait le coup avait la barbe et la contenance du duc de Mayenne. Saint-Mégrin détestait la maison de Guise ; un jour dans la chambre du roi, devant plusieurs seigneurs, il tira son épée, et bravant de paroles, il en trancha son gant par le mitan, disant qu’ainsi il taillerait les petits princes lorrains. » Une pareille imprudence était seule capable de le perdre.

À l’époque de la régence du duc d’Orléans, la rue Saint-Honoré prenait une physionomie plus agitée. La banque de Law avait abandonné la rue Quincampoix pour venir occuper un hôtel de la place Vendôme. Alors tout le numéraire était sorti de France ; les finances de l’État avaient disparu. Presque toutes les familles, autrefois dans l’aisance se virent tout-à-coup plongées dans la misère. Une émeute éclata dans la rue Saint-Honoré le 15 juillet 1720. Law effrayé se réfugia au Palais-Royal où résidait le régent. Le peuple remplissait les cours et demandait à grands cris la mort de l’imposteur qui avait causé sa ruine. Plusieurs personnes périrent étouffées par la foule et trois cadavres furent retirés des cours du Palais-Royal. Des ouvriers voyant passer le carrosse du banquier, croyant que ce financier s’y trouvait, assaillirent la voiture et la mirent en pièces. Le premier président du parlement pour annoncer cette nouvelle à la cour employa cet impromptu :

Messieurs, messieurs, bonne nouvelle,
Le carrosse de Law est réduit en canelle.

Mais comme le caractère des Français est de rire de leur propre malheur, les Parisiens ruinés se consolèrent bientôt en composant des chansons. Nous citons un couplet sur la conversion du célèbre banquier. Pour réussir à la cour, Law n’avait rien trouvé de mieux que d’abjurer sa religion.

Ce parpaillot, pour attirer
Tout l’argent de la France,
Songea d’abord à s’assurer
De notre confiance.
Il fit son abjuration,
La faridondaine, la faridondon ;
Mais le fourbe s’est converti
À la façon de barbari, mon ami.

Entre les nos 382 et 384, on voyait encore au commencement de notre siècle une maison qui fut longtemps habitée par Robespierre. Cette propriété a été démolie en 1807, pour livrer passage à la rue Duphot.

La révolution en mêlant les castes, en abolissant les privilèges des corporations marchandes, a fait perdre à la rue Saint-Honoré son ancienne physionomie ; aujourd’hui rien ne la distingue des autres voies publiques de la capitale.

Honoré-Chevalier (rue).

Commence à la rue du Pot-de-Fer, nos 18 et 20 ; finit à la rue Cassette, nos 33 et 35. Le dernier impair est 15 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 122 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Ouverte à la fin du XVIe siècle, cette rue doit son nom à un propriétaire. — Une décision ministérielle du 26 thermidor an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 12 mai 1841, cette largeur est portée à 10 m. Les maisons situées sur le côté droit entre les rues du Pot-de-Fer et Madame sont alignées. Les autres constructions devront reculer de 3 m. environ. — Égout entre les rues du Pot-de-Fer et Madame — Conduite d’eau depuis la rue Madame jusqu’à la rue Cassette. — Éclairage au gaz (compe Française).

Hôpital (boulevart de l’).

Commence à la place Valhubert ; finit à la place de la barrière d’Italie, no 19, et à la rue Mouffetard. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 52. Sa longueur est de 1,435 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Il a été formé en vertu d’un arrêt du conseil du 9 août 1760. (Voyez l’article du boulevart d’Enfer.) Cette voie publique doit son nom à l’hôpital général, dit la Salpétrière. — Une ordonnance royale du 27 janvier 1837 a déterminé l’alignement de ce boulevart par une parallèle à une ligne droite passant par le centre des arbres des contre-allées et à 4 m. de distance. En 1842 et 1843, la chaussée a été encaissée dans des bordures en granit ; on a comblé les cuvettes, les contre-allées ont été nivelées, agrandies et sablées. — Les propriétés ci-après ne sont pas soumises à retranchement : dépendances du chemin de fer, nos 11, 13, 15, 17 ; 2, 4, 4 bis, 10, 12, 18, 20, 22, 22 bis, 22 ter, 28, les deux encoignures du Marche-aux-Chevaux et no 30 bis. — Égout et conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Hôpital (place de l’).

Située boulevart de ce nom, au-devant de l’entrée de l’hôpital de la Salpétrière. Pas de numéro. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Un arrêt du conseil du 19 mai 1767 porte ce qui suit : — « Il sera fait aux dépens de la ville, la plantation de deux rangs d’arbres en forme de demi-lune, de 36 toises de diamètre ou environ, pour servir d’entrée à l’Hôpital général. » — Une décision ministérielle du 9 septembre 1819 a maintenu les constructions riveraines dans leur état actuel.

Hôpital-Général (rue de l’).

Commence au chemin de ronde de la barrière d’Ivry et à la Petite-rue d’Austerlitz ; finit au boulevart de l’Hôpital, no 9. Un seul numéro impair qui est 1 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 222 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Cette voie publique a été tracée vers 1820, sur une partie du village d’Austerlitz. (Voyez Austerlitz, grande rue d’.) — Deux décisions ministérielles, la première du 7 octobre 1816, signée Lainé, la deuxième du 18 octobre 1822, ont fixé à 20 m. la largeur de cette rue, qui doit son nom à sa proximité de l’Hôpital Général dit la Salpétrière. Une partie du côté gauche de cette voie publique longe l’abattoir de Villejuif. — Portion d’égout.

Horloge (cour de l’).

Située dans la rue du Rocher, no 40. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

Cette cour a été construite en 1825. Elle tire son nom d’une horloge que le propriétaire y a fait placer.

Horloge (quai de l’).

Commence à la rue de la Barillerie, no 2, et au pont au Change ; finit à la place du Pont-Neuf, no 13, et au Pont-Neuf. Le dernier numéro est 81. Sa longueur est de 352 m. — 11e arrondissement, quartier du Palais-de-Justice.

Ce quai fut commencé en 1580. Les travaux souvent interrompus furent achevés en 1611. Les boutiques qui sont sur ce quai étaient autrefois occupées par des perruquiers. En 1738, Turgot, alors prévôt des marchands en fit élargir les deux extrémités en vertu d’un arrêt du conseil du 26 mars 1737. En 1816, on augmenta encore sa largeur près du Pont-au-Change, par suite de la démolition des échoppes adossées au Palais-de-Justice. Son nom lui vient de l’horloge du Palais, qui était placée sur la tour qui fait face au Pont-au Change. Cette tour fut probablement bâtie sous Philippe-le-Bel, vers l’année 1310. L’horloge, la première que l’on vit en France, fut construite par Henri de Vie qui vint à Paris en 1370, sous le règne de Charles V. Ce mécanicien allemand fut logé dans cette tour, par ordre du roi, pour avoir soin de l’horloge. Son traitement était de six sols parisis par jour. Ce quai a porté également le nom des Morfondus, en raison de sa situation exposée au vent du nord qui glace, qui morfond les pauvres piétons qui le traversent pendant l’hiver. On le nomme aussi vulgairement quai des Lunettes, en raison d’un grand nombre d’opticiens, de lunetiers qui l’habitent. Il n’existe pas d’alignement arrêté pour cette voie publique dont la moindre largeur est de 8 m. 50 c. Portions d’égout et de conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).

Hospitalières (impasse des).

Située dans la rue de la Chaussée-des-Minimes entre les nos 2 et 4. Le seul impair est 1 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 39 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

Cette impasse, qui faisait autrefois partie de la rue du Foin au Marais, doit son nom aux religieuses Hospitalières de la Charité Notre-Dame dont nous tracerons ci-après l’origine. La largeur de cette voie publique est de 7 m. Dans sa séance du 6 juin 1832 le conseil municipal a délibéré que cette impasse resterait dans son état actuel. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Françoise de la Croix avait conçu en 1623 le projet de fonder un hôpital pour les femmes ou filles malades qui, nées dans une condition honnête, ne pouvaient se procurer, faute d’argent, les secours nécessaires à leur guérison. Madame Dorsay voulant être de moitié dans l’accomplissement de cette belle œuvre, loua en conséquence une vaste maison. M. Faure, maître d’hôtel ordinaire du roi, y plaça douze lits, et soutint par ses libéralités cette communauté dont il est regardé à juste titre comme le véritable fondateur. L’établissement de ces religieuses fut autorisé par lettres-patentes de Louis XIII, du mois de janvier 1625, registrées au parlement le 15 mai 1627. La maison des Hospitalières servit de retraite à Madame de Maintenon avant qu’elle parût à la cour de Louis XIV. Le nombre des lits de cet hôpital s’élevait à 23 au commencement de l’année 1775. Cette maison, supprimée en 1792, fut remplacée par une filature de coton, établie en faveur des indigents.

Hôtel de Ville.

1ere Partie. — Nautes Parisiens. — Hanse Parisienne. — Corps municipal.

Quand une époque est finie, le moule est brisé et ne se refait plus ; mais des débris restés à terre, il en est quelquefois de magnifiques à contempler ! Parmi les institutions auxquelles se rattachent de glorieux souvenirs, la prévôté des marchands est sans contredit une des plus grandes et des plus belles. Avant d’analyser les services qu’elle a rendus, il est nécessaire de parler des Nautes Parisiens, de cette puissante corporation de négociants par eau, qui a produit la Hanse Parisienne et le corps municipal de Paris. — L’empire romain comptait un grand nombre de ces compagnies de commerçants par eau. Les dénominations de Nautes, de Naviculaires, de Scaphaires, etc., démontrent que leur profession n’avait rien de servile. C’étaient de riches négociants parmi lesquels on comptait des Décurions, des Duumvirs, des Chevaliers romains, des Questeurs et même des Sénateurs. Constantin et Julien honorèrent de la dignité de chevaliers ceux qui exerçaient ce commerce. Les seuls officiers du palais de l’empereur ne pouvaient faire partie de cette association. Les Nautes obéissaient à des chefs ou patrons, qui étaient en même temps les curateurs et les directeurs de la compagnie. Ces magistrats n’étaient point inamovibles. Pendant leur administration ils exerçaient le commerce qu’ils dirigeaient. Un chevalier romain, Sentius Regulianus, patron des Nautes de la Seine, était Naute lui-même et marchand de vins et d’huiles. Le patron des Nautes de la Durance, Fronto, était naviculaire. Becius, chevalier romain, se faisait gloire d’être courtier des Gaules. Les Nautes, les Naviculaires, les Scaphaires, les Lenunculaires étaient également nommés marchands, négociants, mercatores, negociatores. Ils jouissaient d’un grand nombre de privilèges qui les exemptaient des charges publiques les plus onéreuses et percevaient certains droits sur les marchandises qu’ils transportaient. En matière civile ils ne pouvaient être traduits que devant leurs propres juges. Ils possédaient en commun des biens-fonds inaliénables, dont les revenus servaient aux dépenses communes, donnaient de l’activité au commerce, et de la force à la discipline ; enfin les dénominations les plus magnifiques étaient données à ces compagnies. Le corps des Nautes du Rhône et de la Saône était ainsi désigné : splendissimum corpus Nautarum. La corporation des Nautes, celle des marchands de l’eau, le corps municipal, sont autant d’anneaux que l’histoire rattache à la même chaîne. La situation de Paris, excellente pour le commerce fluvial, n’offrait pas, surtout au premier âge de cette ville, les mêmes avantages au transport des marchandises par terre ; en effet, Paris, qui se trouvait dans un fond marécageux, était environné de bois très épais et de montagnes très fatigantes à gravir. Arrêtés par ces obstacles, les Parisiens durent préférer le commerce par eau, qui, n’offrant aucune difficulté, se faisait avec plus de promptitude.

Après la chute de l’empire romain, les plus riches habitants qui se livraient au commerce fluvial changèrent leur nom de Nautes contre celui de marchands de l’eau ; mais l’institution resta toujours la même. Comme par le passé, ils se réunirent pour conserver, pour augmenter leurs privilèges, et leur association fut nommée Hanse Parisienne. En 1170, le roi Louis-le-Jeune confirma les privilèges de la Hanse de Paris. Cette charte dit expressément que ces privilèges sont anciens : consuetudines autem eorum tales sunt ab antiquo. On trouve dans cet acte les détails suivants : « Tout bateau chargé de denrées et marchandises était tenu de s’arrêter au pont de Mantes. Il ne pouvait passer outre ni être déchargé, à moins que l’expéditeur ne fût bourgeois hansé de Paris. S’il était établi ailleurs, il fallait aussitôt son arrivée aux limites du ressort de la marchandise, qu’il fit sa déclaration. Alors le chef des marchands de l’eau lui désignait un compagnon, un marchand de Paris ; à ce compagnon imposé par le prévôt, le marchand du dehors devait déclarer le prix réel de la cargaison, et partager le bénéfice avec lui. Si les marchandises ne convenaient pas au compagnon, il donnait son désistement en bonne forme, et le marchand étranger débitait en toute sécurité sa marchandise. Malheur à celui qui cherchait à enfreindre les privilèges de la Hanse ; sa cargaison était saisie, puis confisquée au profit du roi et de la marchandise de l’eau. » — Un de ces arrêts de confiscation mérite d’être rapporté. « En l’an de l’Incarnation nostre Seigneur milce IXViij, la vigile de Pâque flories, orent li marcheant Hansé de l’Iaue de Paris, sentence contre Jehan Marcel de Compiègne, d’une navée de bûche qui vingt d’Oyse en Seyne contre le pont de Paris et de Maante, sans compaignon hansé, bourjois de Paris devant lou Roy de France, pardroit jugement de l’usage et de la Chartre aux diz marchants. » — Cette obligation, imposée aux marchands du dehors, d’associer ceux de Paris aux profits des expéditions des marchandises par eau, était un précieux avantage pour les Parisiens. Elle leur permettait de retenir les marchandises qui se trouvaient à leur convenance et qui leur produisaient des bénéfices sans nécessiter aucune avance de fonds. La Hanse-Parisienne chercha à compléter son système de monopole ; elle voulut y soumettre également la navigation de la Haute-Seine. Le commerce des vins de Bourgogne était d’autant plus important pour elle que cette province était, pour ainsi dire, la seule qui exportât alors au loin le produit de ses vignobles. La Hanse-Parisienne décida que le marchand qui amènerait du vin à Paris ne pourrait le débarquer s’il n’était bourgeois hansé de Paris. Il pouvait vendre sa cargaison à qui bon lui semblait, mais il fallait qu’il la débitât sur son bateau ; aux acquéreurs bourgeois de Paris appartenait seul le droit de la débarquer en grève. Il était permis à un étranger d’acheter du vin dans le port, mais son achat terminé, il fallait que son vin passât du bateau dans une voiture qui le conduisait hors de la banlieue de Paris. Maîtresse de la grande navigation de la Seine, forçant la Bourgogne et la Normandie à devenir ses tributaires, la Hanse-Parisienne dominait toutes les autres villes baignées par la Seine et nivelait toutes les prétentions des seigneurs ayant donjon sur le fleuve. Défense aux Normands d’envoyer directement le sel et la marée dans la Haute-Seine ; défense aux Bourguignons d’expédier sans intermédiaire leurs vins et leurs bois dans la Basse-Seine et à la mer ; quand les clameurs s’élevaient contre cet utile envahissement, lorsque les réclamants, au nom de l’intérêt général, demandaient l’abolition de ces privilèges, les Parisiens, à leur tour, alléguaient la position toute particulière de Paris ; ils disaient : « La capitale du royaume a besoin d’approvisionnements considérables, si vous rendez la liberté au commerce sur la Seine, les meilleures denrées passeront par Paris sans s’y arrêter ; elles seront transportées jusque chez les ennemis de la France. » La royauté donnait gain de cause à la Hanse-Parisienne qui se fortifiait, se développait, et les bourgeois enrichis par ces privilèges payaient largement la taille et les autres impôts. Le monopole de la Hanse était maintenu avec une sévérité excessive ; tout individu qui débarquait des marchandises dans le ressort de la Hanse, sans compagnon hansé, était pris, jugé, condamné. La protection d’un noble, d’un prince même était impuissante pour faire obtenir au coupable la remise de sa peine. Par le fait d’un monopole aussi complet, une contrebande active dut s’organiser. Des contrebandiers trouvaient parfois, dans le corps des marchands de l’eau, des hommes assez complaisants pour être les compagnons légaux des spéculateurs étrangers. La fraude découverte, le prévôt de Paris mettait les coupables « hors de la marchandise de l’iaue de Paris à touz jors por ce qu’ils avoient faict fausse avoerie. » Ils tombaient alors dans la classe des manants et ne pouvaient plus participer aux honneurs et avantages attachés à la marchandise. Ces privilèges de la Hanse-Parisienne peuvent paraître aujourd’hui des abus monstrueux ; mais, si l’on considère attentivement ta situation politique de la France, harcelée sans cesse par les rois d’Angleterre, par les ducs de Bourgogne et de Bretagne, entourée de voisins, de rivaux puissants toujours prêts à la démembrer, on conçoit alors toute l’utilité d’un centre d’approvisionnement, de résistance même ; on comprend que la capitale, qui fournissait plus largement qu’aucune autre ville de France de l’or et des défenseurs à la royauté, dut chercher à maintenir, à étendre même des privilèges, qui, dans des moments de crise, devenaient les gages de la sécurité du pays tout entier. Pour être reçu bourgeois hansé de Paris, il fallait prêter serment devant les magistrats chargés des affaires de la ville. Le récipiendaire s’avançait à la barre et disait : « Je jure de me soumettre à tous les règlements de police et de bonne discipline de la Hanse. Je jure d’exercer loyalement et avec droiture le fait de la marchandise, d’instruire les magistrats de toutes les fraudes qui pourraient porter préjudice à la Hanse et aux autres privilèges de la ville. En cas de contestation, je jure de me soumettre et sans appel aux décisions prises par les chefs de la Hanse. » Le commerce fluvial ayant été d’abord la branche la plus importante de tout commerce parisien, par une conséquence toute naturelle, le corps de la marchandise de l’eau absorba petit-à-petit tout ce qui avait rapport à l’administration de la ville, et l’on considéra les chefs de cette marchandise de l’eau comme les prévôts de tout commerce parisien. Ce fut en 1268, pour la première fois, que le directeur de la Hanse-Parisienne, Jehan Augier, fut officiellement nommé prévôt des marchands. Les nombreux privilèges dont jouissait le corps des marchands de l’eau passèrent, avec le temps, au prévôt des marchands, qui acquit successivement l’administration des rentes constituées sur l’Hôtel-de-Ville, l’ordonnance des cérémonies publiques, l’entretien, la construction des rues, ponts, quais et de tous les monuments de la ville ; enfin il commandait la garde bourgeoise avec le prévôt de Paris, présidait le bureau de la ville, composé des quatre échevins, des procureurs du roi, greffier et receveur de Paris, auxquels étaient adjoints vingt-six conseillers qui exécutaient leurs arrêtés. — Au milieu du XIVe siècle le roi Jean, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, confia l’administration du royaume au Dauphin, qui fut depuis Charles V. La prévôté des marchands devint un pouvoir formidable entre les mains de l’ambitieux Marcel. Charles V enleva quelques privilèges à cette magistrature populaire. Après la sédition des maillotins, Charles VI la supprima entièrement. Nous citons ici un extrait des lettres en forme d’édit, par lesquelles « le Roi met en sa main la prévôté des marchands et l’eschevinage, les privilèges et les revenus de la ville de Paris, à cause de la sédition des maillotins. »

« Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, sçavoir faisons à tous présents et à venir, que comme assès tost après le trépassement de nostre très cher seigneur et père que Dieu absoille, les aydes qui à son temps avoient cours en nostre dit royaume pour la deffense d’icelui et mesmement en nostre ville de Paris, eussent été abbatues de fait et mises au néant par certaine commotion de peuple, faite à Paris par plusieurs gens de malvoulenté et désordonnée ; et les boistes de nos fermiers abattues et despéciées ; et depuis ce en l’année dernièrement passée, les bourgeois, manants et habitants de notre dite ville où la plus grant et saine partie eussent accordé avoir cours en notre dite ville pour la deffense de notre royaume, certaines aydes communes, c’est à savoir, l’imposition, la gabelle et autres aydes, par la forme et la manière plus à plein déclarée en certaines instructions sur ce faites à commencer le premier jour de mars dernièrement passé, au quel jour plusieurs a des manants et habitants de notre dite ville, et autres gens de malvoulenté qui estoient le dit jour en icelle ville, en persévérant de mal en pis, et pour empescher le cours des dites aydes, rompu les boistes ordonnées pour mettre les deniers d’iceulz, et d’illecques alez en l’église Saint-Jacques-de-l’Hospital où ils trouvèrent ung des fermiers des dites aydes, le quel ils boutèrent et menèrent par force hors d’icelle église et le tuèrent et meurtrirent. Et après se feussent transportez en la maison de la ville, et d’icelle rompu les portes, huis et coffres et prins grande quantité de maillets qui y estoient, les quels Hugues Aubriot, jadis prévost de Paris, avait fait faire du commandement de nostre très cher seigneur et père que Dieu absoille, et aussi eussent tué et meurtri aucuns de nos officiers et autres qui avoient reçeu les impositions et autres aydes, etc… Pourquoy nous voulant pourvoir à ce et tenir nos subjectz en bonne paix et tranquillité, et les garder de renchoir en telles et semblables rebellions, maléfices et désobéissance par grand et mûre délibération, de nostre grand conseil au quel estoient nos très chiers et amez oncles les ducs de Béri, de Bourgongne et de Bourbon ; et le sire d’Alebret, le contestable, l’admiral et les maréchaux de France et plusieurs autres, tant de nostre sang et lignage comme prélats et autres, avons ordonné et ordonnons par ces présentes les choses qui s’ensuivent : 1o nous avons prins et mis, prenons et mettons en nostre main, la prévosté des marchands, eschevinage et clergie de notre dite ville de Paris avecques toute la juridiction, coertion et congnaissance et autres droits quelconques que avoient et souloient avoir les prévost des marchands, eschevins et clergie d’icelle ville en quelleque manière que ce soit, et aussi toutes les rentes et revenus appartenant à iceulx prévost, eschevins. Item voulons et ordonnons que nostre prévost de Paris, ait toute la juridiction, connaissance et coertion que les dits prévost, eschevins et clercs avoient et pouvoient avoir en quelleque manière que ce soit, excepté le fait de la recette des rentes et revenus de notre dite ville, tant seulement la quelle nous voulons être faite par notre receveur ordinaire de Paris, etc…

Donné à Paris, le 27e jour de janvier, l’an de grâce 1382, ainsi signez par le Roy en son conseil au quel estoient MM. les ducs de Béri, de Bourgongne et de Bourbon, et le sire d’Alebret, le conestable, l’admiral et les maréchaux de France, et plusieurs autres tant du sang et lignage du Roy, comme prélats et autres. Signé Louis Blanchet. » (Tiré du livre rouge de l’Hôtel-de-Ville, folio 233 recto, case C, secq.)

L’administration municipale confiée au prévôt de Paris, tout s’arrêta. Les rues remplies d’immondices devinrent de véritables cloaques ; les ponts, les quais n’étaient plus entretenus ; les édifices inachevés se détérioraient. La bourgeoisie humiliée suscitait au gouvernement des embarras en refusant de payer les nouveaux impôts. Le désordre devint si grand que le roi fut obligé de rétablir cette importante magistrature.

27 JANVIER 1411.

Lettres en forme d’édit par lesquelles Charles VI rend à la ville de Paris la prévôté des marchandes, l’échevinage, etc.

« Chartes, par la grâce de Dieu, etc… Que, comme nostre bonne ville de Paris, et qui est la principale ville capitale de nostre royaume, ait esté de toute ancienneté décorée de plusieurs grands et notables droits, noblesse, prérogatives, privilèges, libertez, franchises, possessions, rentes et revenus, et pour le bon gouvernement d’icelle y ait eu de tout temps prévost des marchands et eschevins, clergie, maison apelée la Maison de Ville, Parlouer aux Bourgeois et plusieurs autres officiers pertinents au fait de la ditte prévosté et eschevinage par lesquels nostre ditte bonne ville et les manants et habitants d’icelle ont été anciennement bien gardez et maintenuz en bonne paix et seuretez, et le fait de la marchandise d’icelle estre grandement et noblement soustenu. Depuis aucun temps, en ça pour aucunes causes à ce nous mouvants, nous eussions et ayions pris en nostre main les dittes prévosté, eschevinage, Maison de la Ville et clergie d’icelle prévosté des marchands, ensemble la juridiction, coertion, congnaissance, rentes, revenus et autres droits quelconques appartenant à icélle prévosté, etc…

Nous, les choses dessus considérées pour le bien, prouffit et seuretez de nostre ditte ville et pour autres causes et considérations à ce nous mouvants, eu sur ce, grand et meure délibération de conseil avec plusieurs de nostre sang et lignage et aultres de nostre grand conseil ; l’empeschement et main mise ainsi que dit est par nous ès dittes prévosté des marchands, eschevinage, clergie, Maison de la Ville, Parlouer aux Bourgeois, jurisdiction, coertion, prévillèges, rentes, revenus et droits appartenans d’ancienneté à icelle prévosté des marchands, eschevinage et clergie de nostre ditte bonne ville de Paris, avons levé et osté, levons et ostons à plein de notre certaine science et propre mouvement, et voulons que nos dits bourgeois, manants et habitants en icelle nostre ditte ville des prévosté des dits marchands et eschevinage, clergie, Maison de la ville, Parlouer aux Bourgeois, jurisdiction, coertion, congnaissance, rentes, revenus, possessions quelconques, droits, honneurs, noblesses, prérogatives, franchises, libertez et prévillèges, joyssent entièrement et paisiblement perpétuellement à tous jours pareillement qu’ils faisoient paravant, etc… Donné à Paris, le 27e jour de janvier, l’an de grâce 1411, et de nostre règne le 32e. Ainsi signé par le roy en son conseil, auquel le Roy de Sicile, le duc de Bourgogne et plusieurs autres estoient. »

L’élection du prévôt des marchands et des échevins se faisait ordinairement le 16 août, le lendemain de l’Assomption. Les émoluments attachés à la place de prévôt des marchands étaient considérables, mais presque tous les citoyens appelés à l’honneur de remplir cette belle fonction ont consacré, dans l’espace de cinq cents ans, une partie des revenus de leur charge aux améliorations, aux embellissements de la ville.

Il fallait être né à Paris pour être revêtu de la dignité de prévôt des marchands. La même condition était imposée à ceux qui prétendaient à l’honneur de l’échevinage ; c’était encore là un trait d’une haute sagesse ; en général, les hommes transplantés n’apportent aucun soin aux monuments qui n’ont pas ombragé leur berceau. — Dans les cérémonies extraordinaires, le corps de ville de Paris jouissait des plus honorables prérogatives. Nous donnons ici le programme de la marche du corps de la ville, le jour où il alla au-devant du jeune Louis XIV qui venait de se marier sur la frontière d’Espagne :

« Le colonel des archers de la ville, guidons et lieutenants lestement habillés ; les trois cents archers de la ville avec casaques bleues, galons d’argent et les armes de la ville devant et derrière ;

Le maître-d’hôtel en robe fourrée ;

L’imprimeur vêtu de noir ;

Le capitaine d’artillerie,

Le maître de maçonnerie,

Le maître de charpenterie,

tous trois en habits noirs ;

Les huissiers en robes de drap mi-partie, la nef d’argent sur l’épaule ;

Le greffier venait ensuite revêtu d’une robe mi-partie à manches de velours rouge et tanné et doublé de velours noir ;

Le prévôt des marchands en robe de palais mi-partie de velours rouge et tanné, par dessus une soutane de satin rouge cramoisi avec boutons, ceinture et cordons d’or ;

Les échevins en robes de velours mi-partie, à longues manches pendantes ; le chapeau à cordons d’or ;

Le procureur du roi en robe de palais de velours rouge ;

Le receveur de la ville en manteau à manches de velours tanné ;

Les conseillers de ville en robes ou manteaux à manches de satin ;

Les quartiniers en manteaux à manches de velours ciselé ;

Les gardes de la draperie en robes de velours noir et toques ornées de cordons d’or ;

Les gardes de l’épicerie en robes de velours tanné ;

Les gardes de la mercerie en robes de velours violet ;

Les gardes de la pelleterie en robes de velours bleu fourrées de loup-cervier ;

Les gardes de la bonneterie en robes de velours tanné ;

Les gardes de l’orfèvrerie en robes de velours rouge cramoisi ;

Les gardes de la marchandise de vins en robe de velours bleu, toques pareilles et galons d’argent ;

Les cinquanteniers, dixainiers et autres notables bourgeois en habits ordinaires noirs. »

L’élection du prévôt des marchands était entourée d’une pompe vraiment imposante. Les citoyens, appelés à l’honneur de donner leurs suffrages, appréciaient dignement la haute mission qu’ils avaient à remplir, et le magistrat, nommé pour diriger les importantes affaires de la ville, recherchait les moyens de créer de nouvelles améliorations.

Trois causes ont fait de Paris le plus magnifique bazar du monde : son heureuse situation d’abord, ensuite les privilèges de la Hanse, puis l’admirable institution de la Prévôté des Marchands. La royauté, si chatouilleuse pourtant en fait de pouvoir, avait compris qu’il fallait laisser toute liberté à cette magistrature qui en faisait un si noble usage ; aussi, chose étonnante, le corps municipal était-il plus libre, plus à l’aise sous la monarchie absolue que sous l’empire et la restauration.

Toutes les améliorations utiles, tous les embellissements proposés par le bureau de la Ville, étaient approuvés, encouragés par nos rois ; de là ces admirables monuments qu’on rencontre à chaque pas en visitant cette Rome moderne.

Il fallait avoir un grand fonds d’honneur et de probité pour être jugé digne de l’échevinage. Ce n’était qu’après avoir donné des preuves souvent répétées d’un grand talent, qu’on parvenait à la prévôté ; aussi cette institution, qui avait traversé cinq siècles, était toujours vigoureuse, même à ses derniers moments ; sa vieillesse était encore l’âge de sa beauté.

En parcourant la liste chronologique des prévôts et échevins, on ne rencontre qu’un seul homme accusé d’avoir manqué à ses devoirs. Deshayes, notaire, échevin en 1763, sous la prévôté de Pontcarré, seigneur de Viarme, ayant fait des opérations étrangères à sa profession, tomba par suite dans de mauvaises affaires. Un arrêt du bureau de la Ville du 17 janvier 1764 ordonna sa destitution. Il fut déclaré déchu de noblesse, et son nom, effacé comme indigne de figurer sur les monuments publics.

Quarante prévôts des marchands ont mérité par leurs talents et leurs vertus, l’honneur de la réélection. Parmi ces prévôts réélus, on compte

10 Conseillers d’état.
8 Conseillers du roi.
4 Conseillers au parlement.
4 Présidents aux enquêtes.
2 Présidents en la cour des aydes.
2 Maîtres des requêtes.
1 Audiencier de France.
1 Grand écuyer et panetier de France.
1 Notaire et secrétaire du roi.
1 Procureur général de la cour des aydes.
1 Président de la chambre des requêtes.
3 Seigneurs étrangers jusqu’alors aux fonctions publiques.
2 Dont les professions sont inconnues.

Total. 40

Par édit du Roi du 6 novembre 1706, les échevins furent comptés dans la noblesse : à partir de cette époque, ils eurent le droit d’ajouter à leurs noms le titre d’écuyer.

Tous les documents qui peuvent faire apprécier la belle institution de la prévôté des marchands méritent d’être mentionnés. Pour ce motif, nous transcrivons ici une partie du procès-verbal de l’élection de Claude Le Peletier, nommé prévôt des marchands le 16 août 1668.

« En l’assemblée générale du 16e jour d’aoust 1668, tenue en la grande salle de l’Hostel-de-Ville de Paris, suivant les mandements envoyez pour procéder à l’élection d’un prévôt des marchands et de deux eschevins nouveaux au lieu de ceux qui ont faict leur temps, sont comparus : messire Daniel Voisin, chevalier, seigneur de Cerisay, conseiller du roy, maître des requêtes de son hostel, prévost des marchands ; M. Lusson, conseiller du roy au siège présidial du Châtelet, MM. de Faverolles et Gaillard, tous trois eschevins, ainsi que Messieurs les conseillers et quartiniers d’ycelle.

Sur les sept heures du matin, Messieurs les prévost des marchands et eschevins, procureur du roy et greffier vestus de leurs robbes my party, accompagnés d’aucuns de Messieurs les conseillers de ville et quartiniers, sont allez entendre la messe solemnelle du Saint-Esprit dans l’église qui lui est dédiez, à l’issue de laquelle estant retournez en l’Hostel-de-Ville et pris leurs places au grand bureau, l’on a proceddé à l’ouverture des procès-verbaux des assemblées particulières tenues dans chacun quartier pour l’élection des quatre personnes notables ; dont deux doibvent demeurer pour porter leurs suffrages en cette assemblée générale ; et les noms de ces quatre notables ayant été escrits dans quatre billets différents et mis dans le chapeau my party, ceux dont les noms se sont escrits dans les deux premiers billets, et qui ont été tirez du dit chapeau, ont été retenus pour l’élection.

Sur les neuf heures du matin, les quartiniers ayant faict sçavoir à Monsieur le prévost des marchands que tous les mandez s’estoient rendus en l’Hostel-de-Ville, et Messieurs les prévost des marchands et eschevins, conseillers et quartiniers ayant pris leurs places ordinaires, et les mandez s’estant placez sur les bancs qui leur sont destinez, Monsieur le prévost des marchands a dit à la compagnie que cette assemblée avait été convocquée pour procéder à l’élection d’un prévost des marchands et de deux eschevins, que le Roy ayant envoyé une lettre de cachet au sujet de cette élection, il avoit esté arrêté dans l’assemblée du conseil de ville qu’elle seroit déposée au greffe pour estre lue en ce jour, après les ordonnances faites sur la forme de procéder à l’élection des prévost des marchands et eschevins.

Lesdittes ordonnances, lettres de cachet et le résultat de la ditte assemblée, ayant esté lus par le greffier, Monsieur le procureur du roy ayant pris la parole, auroit remercié au nom de toute la ville, Monsieur le prévost des marchands des soins, qu’il avoit pris pendant sa magistrature, et s’estant fort estendu sur les avantages que la Ville auroit reçus par son application et sa fermeté dans les occasions qui s’estoient présentées, auroit conclud à ce qu’il fust proceddé à une nouvelle élection d’un prévost des marchands et de deux eschevins en la manière accoutumée.

M. Voisin ayant expliqué les raisons de la conduite qu’il avoit tenue pendant sa prévosté, et faict le récit des affaires principales qui s’estoient passées durant sa magistrature, finit son discours par un remerciement à la compagnie en des termes très obligeants.

L’on procedda ensuite à l’élection des quatre scrutateurs ; Monsieur le prévost des marchands ayant pris à cette effect le serment de tous les assistants, et par la pluralité des voix qui furent M. Hiérosme Bignon pour les officiers du roy, M. Le Vieux pour les conseillers de ville, le sieur Picquet pour les quartiniers et le sieur Le Brun pour les bourgeois.

Les quatre scrutateurs ayant faict ensemble le serment entre les mains de Monsieur le prévost des marchands, de procéder en leur conscience au scrutin de l’élection, MM. les prévost des marchands et eschevins seroient sortis de leurs places et passez en un banc au-dessus, et MM. les scrutateurs s’estant assis sur le banc que MM. de la Ville avoient quitté, M. Bignon tenant le tableau sur lequel on fait le serment, M. le Vieux, le chappeau my party pour recevoir les bulletins, le greffier de la Ville auroit appelé. Les élections ayant commencé par MM. les prévost des marchands et eschevins, continué par les conseillers de ville suivant l’ordre du tableau, et finy par les quartiniers et les bourgeois mandez.

Après que les suffrages ont esté portez par les électeurs, MM. les scrutateurs sont passez dans le petit bureau et ont dressé le scrutin de l’élection, lequel est demeuré entre les mains de M. Bignon, premier scrutateur, pour le présenter à sa majesté. M. le prévost des marchands ayant faict sçavoir cette élection à M. de Guénégaud, secrétaire d’estat, et l’ayant prié de luy mander le jour auquel le Roy auroit agréable de recevoir le serment des nouveaux eslus, ayant sceu par sa réponse que le Roy auroit donné jour pour le lundy 20 aoust à l’issue de son disné, M. le prévost des marchands en auroit faict advertir les nouveaux eslus, les quatre scrutateurs, les officiers de la Ville et toute la compagnie s’estant assemblée en l’Hostel-de-Ville le dit jour, en seroit party en carrosse pour aller prendre M. le duc d’Aumont, gouverneur de Paris, en son hostel.

L’on arriva à Saint-Germain sur les neuf heures, M. le gouverneur fut au levé du Roy, et M. le prévost des marchands mena cependant MM. les scrutateurs et les nouveaux eslus chez M. le chancelier et MM. les ministres. Sur le midy, M. le gouverneur, MM. les prévost des marchands et eschevins, conseillers et officiers de la Ville, les scrutateurs s’estant rendus en la maison que M. le prévost des marchands avoit fait retenir pour recevoir la Ville, on y servit le disné à l’issue du quel, comme l’heure de l’audience approchoit, on alla au palais dans l’ordre qui suit : 1o Marchoient quatre archers de la Ville ayant à leur teste le colonel. Ils estoient suivys de quatre huissiers de la Ville ayant leur robbe de livrée. Le greffier de la Ville seul vestu de sa robbe my party d’escarlatte et de noir, M. le gouverneur, et M. le prévost des marchands vestu de sa robbe de sattin rouge et tanné, MM. les eschevins avecque le procureur du roy, M. le receveur avecque le doyen des conseillers de la Ville, enfin les quatre scrutateurs suivys des nouveaux eslus ; les conseillers et quartiniers qui assistent à cette cérémonie marchoient ensuitte deux à deux. Les archers de la ville estant restez à la porte du chasteau, le reste de la compagnie se rendit à l’appartement de M. de Gesvres, qui leur auroit été marqué pour leur audience, à la quelle ils furent conduits peu de temps après par M. de Sainctot, et présentés à sa majesté par M. Du Plessis, secrétaire d’estat.

Le Roy estoit assis dans son fauteuil placé au milieu de sa chambre, et après les révérences accoutumées tous ceux qui composoient le corps de ville s’estant mis à genoux, M. Voisin, prévost des marchands dit à sa majesté que l’on avoit proceddé à l’élection d’un prévost des marchands et de deux eschevins nouveaux, que M. Bignon estoit chargé du scrutin de la nouvelle élection, et l’apportait à sa majesté pour luy en demander la confirmation, après quoy M. Bignon s’estant incliné, auroit faict au roy un discours des plus éloquents, et luy ayant présenté le scrutin de la ditte élection, le roy l’auroit donné à M. Du Plessis pour en faire la lecture, après laquelle le greffier de la ville ayant présenté au roy le tableau sur lequel on a coustume de faire le serment, M. Le Peletier élu prévost des marchands et MM. Belin et Picques élus eschevins s’estant approchés et mis la main sur le dit tableau, mon dit sieur Du Plessis fit la lecture du serment qu’ils prêtèrent ; ensuite de quoy le Roy tesmoigna par un discours des plus obligeants son approbation sur la conduitte de MM. les prévost des marchands et eschevins qui sortoient de charge, et dit qu’il espéroit les mêmes services des nouveaux eslus dont les personnes lui estoient très agréables. Le Roy estant passé dans son cabinet, la compagnie alla saluer la reyne, M. le dauphin, Madame et Monsieur le duc d’Anjou, et après les visittes, l’on retourna à Paris et les nouveaux eslus furent installez et mis en possession de leurs charges par M. le premier scrutateur en la manière accoutumée. » (Arch. du royaume, section administrative, reg. H, no 1821).

Dans un autre mémoire relatif à l’élection du 16 août 1674, on lit ce qui suit : « M. Bezons fit la harangue et présenta le scrutin à sa majesté, qui l’ayant remis entre les mains du secrétaire d’état, lui ordonna d’en faire la lecture. Après la lecture faite du dit scrutin, le greffier de la ville donna le serment au dit secrétaire d’état, et le crucifix ayant été remis entre les mains de sa majesté, les d. prévost des marchands et eschevins à genoux jurèrent dessus, le serment étant lu à haute voix par le secrétaire d’état. »

Il serait impossible de rappeler dans cet article tous les services rendus à la ville par la prévôté des marchands. Les accroissements successifs de la capitale,