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on accorda à l’Université le 28e du bail général des postes, qui alors se montait à 120,000 livres. — « Versailles, 27 octobre 1784. — Arrêt du conseil. Sa majesté étant informée que le sieur Ducessois, fermier général des messageries, en se conformant au plan adopté en 1775, a réuni à l’hôtel de Boulainvilliers, rue Notre-Dame-des-Victoires, la totalité des bureaux de messageries, situés précédemment dans différents quartiers de Paris ; qu’il résulte de cette réunion un avantage considérable pour cette exploitation, plus de commodité pour le public et beaucoup plus d’exactitude dans le service. Sa majesté désirant consolider cet établissement, et pour éviter à l’avenir des déplacements des bureaux des messageries, toujours gênants pour le public, a jugé convenable d’accepter l’offre que lui a faite le sieur de Boulainvilliers, de vendre le dit hôtel avec les terrains et bâtiments en dépendant pour rester affectés au service des messageries ; à quoi sa majesté voulant pourvoir, ouï le rapport du sieur de Calonne, conseiller ordinaire au conseil royal, contrôleur général des finances, le roi étant en son conseil a commis et commet les sieurs Gojart, premier commis des finances, et Gondouin, architecte du roi, auxquels sa majesté a donné pouvoir d’acquérir en son nom du sieur Bernard de Boulainvilliers, prévôt de Paris, les grand et petit hôtels de Boulainvilliers à lui appartenant, sis rue Notre-Dame-des-Victoires et rue Saint-Pierre, avec les circonstances et dépendances, etc…, ce moyennant le prix et somme de 600,000 livres, etc. Signé Hue de Miroménil, et de Calonne.» (Archives du royaume, section administ., reg. E, no 2603.) Depuis la révolution, l’ancien état de choses a été modifié. Des compagnies particulières autorisées par le gouvernement exploitent concurremment le service des messageries.

Messine (rue de).

Commence à la rue de Plaisance ; finit aux rues de Valois-du-Roule, et de Lisbonne. Pas de numéro. Sa longueur est de 196 m. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

Elle a été tracée en 1826, sur les terrains appartenant à MM. Hagerman et Mignon. Sa largeur est fixée à 12 m. L’ordonnance royale d’autorisation est à la date du 2 février 1826 (voyez rue d’Amsterdam). — Le nom assigné à cette voie publique est celui d’une des principales villes de la Sicile.

Métiers (rue des).

Située dans l’enclos de la Trinité. — 6e arrondissement, quartier de la Porte-Saint-Denis.

C’était, en 1790, la rue Saint-Louis. Depuis 1793, on la nomme des Métiers. (Voir l’article passages de la Trinité.)

Mézières (rue de).

Commence à la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice, nos 10 et 12 ; finit à la rue Cassette, nos 21 et 23. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 136 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Elle a pris son nom de l’hôtel de Mézières, dont les jardins régnaient le long de cette voie publique. — Une décision ministérielle du 26 thermidor an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 21 juillet 1843, cette largeur est portée à 12 m. Les propriétés du côté des numéros impairs sont alignées ; celles du côté opposé devront reculer de 6 m. 40 c. à 7 m. 60 c. — Égout entre les rues du Pot-de-Fer et Madame.

Michel (place du Pont-Saint-).

Commence aux quais Saint-Michel, no 25, et des Grands-Augustins, no 1 ; finit aux rues de la Huchette, no 42, et Saint-André-des-Arts, no 4. Le dernier impair est 45 ; le dernier pair, 52. Ces numéros suivent la série de ceux de la rue de la Barillerie. — 11e arrondissement : les numéros impairs sont du quartier de la Sorbonne ; les numéros pairs dépendent du quartier de l’École-de-Médecine

Elle doit son nom à la chapelle Saint-Michel, située dans la rue de la Barillerie. — Une décision ministérielle du 29 nivôse an VIII, signée L. Bonaparte, a fixé la largeur de cette voie publique à 32 m. En 1809 on a commencé à élargir cette place qui était alors étroite et bordée de misérables constructions. Une ordonnance royale du 22 août 1840, confirmant le plan de l’an VIII, maintint cette place dans son état actuel. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Les ventes par autorité de justice se faisaient autrefois sur la place du Pont-Saint-Michel. Dans le sol de cette voie publique se trouve confondue une petite ruelle qui descendait à la rivière. On la nommait ruelle du Cagnard.

Michel (place Saint-).

Située entre les rues de la Harpe, Saint-Hyacinthe et d’Enfer. Le dernier numéro est 16. — 11e arrondissement : de 2 à 6, quartier de l’École-de-Médecine ; de 8 à 16, quartier de la Sorbonne.

Elle doit son nom à la porte Saint-Michel dont nous avons parlé à l’article de la rue de la Harpe. Les alignements approuvés par le ministre Chaptal, le 23 frimaire an IX, ne font subir que de légers redressements aux propriétés riveraines. — Égout. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Michel (pont Saint-).

Situé entre les quais du Marché-Neuf et des Orfèvres, et les quais Saint-Michel et des Grands-Augustins.

« En 1378 (dit Sauval) on proposa de faire le pont Saint-Michel. L’Élu de Sens, et Ferry de Metz, conseillers de la cour, furent nommés commissaires par le roi, pour avoir l’avis là dessus, aussi bien du parlement, du chapitre Notre-Dame, que du prévôt de Paris et des bourgeois. On s’assembla au palais où se trouvèrent deux présidents, soixante-sept conseillers, le doyen, le chantre, le pénitencier, avec quatre chanoines, et de plus cinq bourgeois. » D’un commun accord il fut décidé qu’il était utile d’entreprendre ce pont, et sur-le-champ il fut ordonné au prévôt de Paris d’en commencer les travaux. On y employa les vagabonds, les joueurs et les escrocs. Ce pont, construit en pierre, ne fut terminé qu’en 1387, sous Charles VI. Il fut d’abord appelé Petit-Pont, ensuite Petit-Pont-Neuf, et simplement Pont-Neuf. Cet édifice, mal construit, fut le 31 janvier 1408 entraîné par les glaçons, qu’un hiver rigoureux avait amoncelés. Les registres du parlement mentionnent ainsi cet accident : « Iceux glaçons par leur impétuosité et heurt ont aujourd’hui rompu et abattu les deux petits ponts (le Petit-Pont et le pont Saint-Michel). L’un étoit de bois, joignant le petit Chastelet, l’autre de pierre appelé le Pont-Neuf, qui avoit été fait puis 27 ou 28 ans, et aussi toutes les maisons qui estoient dessus, qui estoient plusieurs et belles en lesquelles habitoient moult ménagiers de plusieurs états et mestiers, comme tainturiers, escrivains, barbiers, cousturiers, esperonniers, fourbisseurs, fripiers, tapissiers, chasubles, faiseurs de harpes, libraires, chaussetiers et autres. N’y a eu personnes de périllées, Dieu merci ! » — Ce pont fut rebâti en pierre cette même année. En 1424, il prit la dénomination de pont Saint-Michel, en raison de sa proximité de la chapelle de ce nom. En 1547 il fut emporté par les glaces et rebâti en bois ; détruit une troisième fois le 30 janvier 1616, une compagnie se présenta pour le reconstruire ; elle s’engageait à bâtir le pont en pierre, à faire élever de l’un et de l’autre côté trente-deux maisons, à condition qu’elle jouirait des revenus de ces propriétés pendant 60 années. Cette compagnie promettait en outre de payer un écu d’or de redevance annuelle. À l’expiration de cette concession, la propriété devait retourner au roi. En 1657, on modifia les termes de cette convention. En 1672, le roi abandonna la propriété de ce pont moyennant une somme de 200,000 livres 12 deniers de cens et 20 sous de rente par chacune des trente-deux maisons. Un édit du roi, de septembre 1786, rappelant un autre édit de 1769, porte : que les maisons élevées sur les ponts de Paris, seront abattues. — « Au camp de Tilsit, le 7 juillet 1807. Napoléon, empereur des Français et roi d’Italie. Sur le rapport de notre ministre de l’intérieur, nous avons décrété et décrétons : Article 1er. Les maisons domaniales et autres qui couvrent le pont Saint-Michel, celles qui obstruent les abords du petit cours de la Seine, sur les rues Saint-Louis, du Hurepoix et de la Huchette, ainsi qu’en retour sur le Marché-Neuf, seront démolies. — Art. 2e. Les démolitions commenceront par les maisons qui couvrent le pont Saint-Michel, le 1er septembre prochain, et pour les autres maisons désignées dans l’article ci-dessus, le 1er janvier 1808. Signé Napoléon » — Cette amélioration n’a été exécutée qu’en 1809. Ce pont se compose de quatre arches à plein cintre. Sa longueur entre les culées est de 57 m. 60 c. ; sa largeur entre les têtes est de 25 m. 10 c.

Michel (quai Saint-).

Commence à la place du Petit-Pont, no 2 ; finit à la place du Pont-Saint-Michel, no 43. Le dernier numéro est 25. Sa longueur est de 162 m. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

« Bureau de la ville, 4 août 1561. Aujourd’huy a esté imposé la première pierre du fondement du quai Sainct-Michel, en la présence de Monsieur le prévost des marchands, de Marie, Messieurs Godefroy et Sanguin, eschevins, et les entrepreneurs du bâtiment du d. quay, et ont mesdicts sieurs magnné lad. première pierre avec la truelle et la chaulz, et ont donné aus d. entrepreneurs 3 escus pour le vin et 1 petit escu pour les peauvres. » Il parait que la première pierre fut seule posée, car un arrêt du conseil en date du 25 avril 1767, ordonna la formation de ce quai. Le bureau de la ville, dans sa séance du 23 juillet suivant, approuva le devis estimatif de la dépense montant à la somme de 680,624 livres, et demanda que ce percement reçût le nom de quai Bignon. Des lettres-patentes furent rendues le 31 du même mois, en voici un extrait : « Article 1er. Il sera formé un quai de cinquante pieds de largeur entre le Petit-Pont et le pont Saint-Michel, le quel sera établi de ligne droite, à prendre depuis le milieu de l’arcade actuelle du petit châtelet au point marqué A, sur le plan à nous présenté, jusqu’au dehors de l’angle en saillie près la rue des Trois-Chandeliers au point marqué B sur le plan ; auquel lieu le mur du d. quai formera coude et retraite de 8 pieds, et il y sera établi un escalier pour descendre à la rivière, du quel point B le d. mur suivra la fondation actuelle des maisons qui bordent la rivière jusqu’au Cagnard de la Boucherie, etc… — Art. 3. La ruelle des Trois-Canettes sera supprimée, etc… » — Des lettres-patentes à la date du 22 avril 1769, portent ce qui suit : « Article 18. Le quai Bignon, parallèle à la rue de la Huchette, dont la formation a été ordonnée par lettres-patentes du 31 juillet 1767, sera exécuté, ainsi que l’égout qui doit être pratiqué sous la voie publique, et les autres ouvrages relatifs à la commodité de ce quartier. » — Ces lettres patentes ne furent pas encore exécutées.

« Au palais des Tuileries, le 25 mars 1811, Napoléon, etc… — Article 2. Il sera construit un quai en maçonnerie sur la rive gauche de la Seine, entre le pont Saint-Michel et le pont de la Tournelle. Ce quai portera le nom de Montebello. » Les travaux de construction furent commencés en 1812, dans la partie comprise entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. — Une décision ministérielle du 22 octobre 1813 fixa la largeur de ce quai à 15 m. Cette voie publique a été livrée à la circulation en 1816 (Moniteur du 20 août). Elle reçut alors le nom de quai Saint-Michel, en raison de sa proximité du pont ainsi appelé. Les propriétés riveraines sont alignées. — Conduite d’eau depuis la place du Petit-Pont jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Michel (rue du Grand-Saint-).

Commence à la rue du Faubourg-Saint-Martin, nos 178 et 180 ; finit au quai de Valmy. Le dernier impair est 9, le dernier pair, 12 bis. Sa longueur est de 253 m. — 5e arrondissement, quartier de la Porte-Saint-Martin.

C’était dans l’origine une impasse qui avait été formée au commencement du siècle dernier. Elle dut sa dénomination à une enseigne.

Partie comprise entre la rue Marqfoy et le quai de Valmy. — Une ordonnance royale du 22 mai 1825, dont nous avons cité un extrait à la rue Marqfoy, porte : « Article 3. Il sera ouvert aussi, conformément au plan ci-joint, une rue de douze mètres de large, depuis l’extrémité de l’impasse du Grand-Saint-Michel jusqu’au canal, sur le terrain appartenant au sieur Marqfoy, sauf toute réserve que de droit pour les décisions à intervenir, soit relativement aux obligations de ce dernier résultant de son contrat d’acquisition du d. terrain, soit relativement aux indemnités qu’il pourrait se croire fondé à réclamer, etc… » — Cette ordonnance fut immédiatement exécutée.

Partie autrefois occupée par l’impasse. — Une ordonnance royale du 16 décembre 1829, renferme les dispositions suivantes : « Article 1er. Les sieurs Lelogeais, Demière, Darsac, Clique, Mirault, Marqfoy, Saulnier, Marchand, Sanejouand et Bégé, tous propriétaires riverains ou voisins de l’impasse du Grand-Saint-Michel, faubourg Saint-Martin, à Paris, sont autorisés à convertir ce passage en une rue de dix mètres de largeur, faisant suite à la rue Marqfoy, conformément au plan ci-annexé. — Art. 2. Cette autorisation est accordée, à la charge par les impétrants, 1o d’exécuter sans délai et simultanément le nouvel alignement sur toute son étendue de chaque côté, excepté seulement en ce qui concerne la maison d’encoignure, appartenant au sieur Sanejouand et qui pourra subsister dans son état actuel jusqu’au 15 avril 1832 ; 2o de ne donner aux maisons à élever sur la nouvelle rue que quinze mètres de hauteur à partir du pavé jusqu’au-dessus de l’entablement, y compris attique ou mansarde ; 3o de supporter la moitié des frais de premier établissement du pavage et de l’éclairage, l’autre moitié, ainsi que l’établissement des trottoirs demeurant à la charge de la ville ; 4o de pourvoir l’écoulement des eaux pluviales et ménagères, etc… » — Cette ordonnance a reçu sa complète exécution, et les constructions riveraines sont toutes établies à l’alignement.

Michel (rue Saint-).

Commence à la rue d’Astorg, nos 49 et 51 ; finit à la rue Saint-Jean-Baptiste, nos 10 et 11. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 63 m. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

Cette rue, ouverte en 1788, doit son nom à une enseigne. — Une décision ministérielle du 3 thermidor an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Les constructions du côté des numéros pairs sont alignées. Celles du côté opposé sont soumises à un retranchement qui n’excède pas 50 c. — Conduite d’eau depuis la rue d’Astorg jusqu’à la borne-fontaine.

Michel-le-Comte (rue).

Commence aux rues Sainte-Avoie, no 73, et du Temple, no 1 ; finit aux rues Beaubourg, no 64, et Transnonnain, no 2. Le dernier impair est 39 ; le dernier pair, 38. Sa longueur est de 204 m. — 7e arrondissement, quartier Sainte-Avoie.

Des actes de 1250 indiquent que cette rue était bordée de constructions à cette époque, et qu’on l’appelait vicus Micaëlis comitis. Elle avait été alignée près des fossés de l’enceinte de Philippe-Auguste. De 1793 à 1808, on la nommait Michel-Lepelletier en l’honneur de Michel Lepelletier de Saint-Fargeau, assassiné, au commencement de la révolution, par un garde-du-corps appelé Pâris. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, avait fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 16 mai 1833, cette largeur a été portée à 12 m. Propriétés nos 1 et 3, retranch. réduit 50 c. ; de 5 à 13, alignées ; 15 et 17, ret. 2 m. 40 c. à 3 m. ; 19 et 21, ret. réduit 3 m. 60 c. ; de 23 à la fin, ret. 2 m. 80 c. à 3 m. 40 c. ; de 2 à 8, ret. 4 m. 40 c. à 5 m. 90 c. ; de 10 à 14, ret. 3 m. 30 c. à 4 m. 40 c. ; de 16 à 20, ret. 2 m. 30 c. à 3 m. 30 c. ; 22, ret. réduit 2 m. ; de 24 à 28, ret. 1 m. 60 c. à 2 m. 20 c. ; 30, ret. réduit 1 m. 60 c. ; de 34 à la fin, ret. 2 m. 50 c. à 2 m. 80 c. — Égout. — Conduite d’eau depuis la rue Transnonnain jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Midi (hôpital du).

Situé rue du Champ-des-Capucins. — 12e arrondissement, quartier de l’Observatoire.

Cet hôpital a été formé sur l’emplacement du couvent des Capucins, dont nous donnons ci-après l’historique. François Godefroi, sieur de la Tour, par son testament du 27 avril 1613, légua aux Capucins de la rue Saint-Honoré, une grande maison située au faubourg Saint-Jacques, afin d’y fonder un second établissement. Des lettres-patentes du mois d’octobre de la même année, autorisèrent ce nouveau couvent. La grange de la maison de Godefroi servit de chapelle jusqu’à ce que le cardinal de Gondi, évêque de Paris, eût fourni les sommes nécessaires à la construction d’un édifice plus convenable. La communauté des Capucins fut confirmée par lettres-patentes du 16 février 1688. Par acte du chapitre provincial tenu le 7 juillet 1779, ces religieux exprimèrent le désir de transférer leur établissement dans le quartier de la Chaussée-d’Antin. Le roi accueillit favorablement leur demande. Deux arrêts du conseil des 6 août 1779 et 18 février 1780, prescrivirent l’acquisition de terrains considérables situés dans ce nouveau quartier, afin d’y faire construire les bâtiments nécessaires, ainsi qu’une église et deux nouvelles rues. (Voyez rues Joubert et Sainte-Croix.) En 1782, les constructions étant terminées, des lettres-patentes du mois de novembre de la même année autorisèrent les Capucins à prendre possession de leur nouvel établissement, et prescrivirent la vente des bâtiments qu’ils abandonnaient. Pour faciliter cette aliénation, d’autres lettres-patentes du 7 décembre 1783, confirmées le 23 octobre 1785, ordonnèrent la formation de quatre rues sur cet emplacement. Toutefois, ce projet ne fut pas exécuté ; car un édit donné à Versailles au mois de janvier 1785, avait arrêté la disposition suivante : « Voulons qu’il soit incessamment formé dans un des faubourgs de notre bonne ville de Paris, un établissement gratuit et public, dans lequel seront traités gratuitement les pauvres de tout âge, de l’un et de l’autre sexes, attaqués du mal vénérien, et qui sont présentement admis et traités tant en la maison de Bicêtre qu’en l’hospice de Vaugirard et que le dit hospice soit réuni au dit établissement, nous réservant de donner tels règlements que nous estimerons convenables pour le régime et l’administration intérieure du dit hospice, lesquels réglements nous adresserons à notre parlement, etc… » — En 1785, on jeta les yeux sur l’ancien couvent des Capucins, dont les bâtiments furent convenablement disposés pour leur nouvelle destination. Diverses circonstances empêchèrent l’exécution immédiate de ce projet qui fut repris par l’Assemblée Nationale, et les vénériens furent transférés, le 12 mars 1792, dans l’emplacement autrefois occupé par les Capucins. L’hospice du Midi, dont les règlements primitifs ont subi d’importantes modifications, contient 650 lits, et reçoit annuellement près de 4,000 malades. Depuis 1836, il est spécialement affecté aux hommes. En 1812, la mortalité a été de 1 sur 65/38. La dépense s’est élevée à 167,597 fr. 22 c.

Nous ne terminerons pas cet article sans emprunter quelques détails à l’excellent ouvrage de Parent Duchâtelet (de la Prostitution, Paris, 1836). — L’existence de la maladie vénérienne fut constatée, à Paris, d’une manière officielle, le 6 mars 1497. On en trouve la preuve dans un arrêt du parlement qui ordonne à tous les étrangers atteints de la grosse v… de retourner dans leur pays, aux habitants aisés de ne pas sortir de leurs maisons et aux habitants pauvres de se retirer dans les bâtiments qu’on allait construire pour les recevoir. Ceux qui ne se conformèrent pas à cette prescription furent punis de la potence. Cet établissement, fondé dans le faubourg Saint-Germain, devint bientôt insuffisant. En 1498, le prévôt de Paris renouvela l’ordonnance du parlement dont il diminua la sévérité. Il se contenta de menacer les délinquants d’être jetés à la rivière ; toutefois on venait de se convaincre que cette maladie se communiquait par un contact immédiat, et non par l’intermédiaire de l’air. On ne commença à sentir la nécessité de soigner les malades que vers l’année 1505. Plusieurs arrêts du parlement rendus à ce sujet ne furent point exécutés. En 1535, on nomma des commissaires afin de trouver un local destiné au traitement des hommes attaqués du gros mal. Plusieurs emplacements furent proposés, on choisit un petit hôpital dépendant de la paroisse Saint-Eustache ; une gestion inhabile força les malades à quitter cet hôpital ; ils s’introduisirent furtivement à l’Hôtel-Dieu. Cet abus toléré pendant quelque temps, excita l’indignation du parlement qui fit assembler les prévôt des marchands et échevins, ainsi que les curés de Paris, afin d’aviser aux moyens de réprimer des inconvénients aussi graves. Il fut alors décidé que tous les malades se rendraient dans une maison de la rue de Lourcine. — Une mesure barbare qui fut en vigueur jusqu’en 1700, était employée à l’égard de ces malheureux ; avant et après leur traitement, ils étaient châtiés et fustigés très rigoureusement. À la fin du XVIIIe siècle, on relégua dans une partie de l’hôpital de la Salpétrière, les prostituées atteintes du mal vénérien, et peu de temps après elles furent transférées à Bicêtre. On y admit aussi les hommes. En 1730, on comptait à Bicêtre 400 malades attaqués de syphilis ; ils occupaient un local très étroit, peu aéré et sale. Les malades s’y trouvaient dans le plus triste état ; ceux qui attendaient leur tour étaient couverts d’ulcères. Maréchal, premier chirurgien de Louis XV, visita Bicêtre et en fit un rapport qui contenait des détails effrayants. Aucun remède ne fut apporté à cette situation. En 1784, M. de Breteuil, ministre de l’intérieur, visita également cet hospice. Il fut indigné de l’état affreux dans lequel se trouvaient les vénériens à Bicêtre. Laissons parler M. Cullerier. « Le nombre des malades, comparé à l’étendue des salles, est à peine croyable. On serait tenté de révoquer en doute la possibilité de vivre avec de l’air en aussi petite quantité et d’une qualité si préjudiciable à la santé, si le fait n’était pas aussi notoire. Dans les salles d’expectants, la moitié des malades se couchaient depuis huit heures du soir jusqu’à une heure après minuit, et les autres depuis ce moment jusqu’à sept heures du matin. Il n’y avait qu’un lit pour huit malades, etc. » — Ce rapport fit une vive impression sur le cœur de Louis XVI, qui s’empressa d’ordonner la fondation d’un hospice spécial. Cette disposition ne fut point immédiatement exécutée ; mais dès cette époque on introduisit de sensibles améliorations dans le traitement des malades ; aujourd’hui l’on trouve dans l’Hôpital du Midi tous les soulagements que réclame l’humanité souffrante.

Mignon (rue).

Commence à la rue du Battoir-Saint-André, nos 9 et 11 ; finit à la rue du Jardinet, nos 1 et 2. Le dernier impair est 7 ; le seul pair, 2. Sa longueur est de 52 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Ouverte en 1179, elle fut alors nommée rue des Petits-Champs. On la désigna ensuite sous le nom de la Semelle. Depuis le milieu du XIVe siècle, elle porte le nom de rue Mignon, en raison du collége Mignon qui y fut établi. — Une décision ministérielle du 14 thermidor an VIII, signée L. Bonaparte, avait fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 22 août 1840. Les maisons nos 1 et 3 ne sont soumises qu’à un léger redressement ; celles nos 5 et 7 sont alignées. Les constructions du côté opposé devront reculer de 6 m. environ. — Conduite d’eau.

Le collége Mignon fut fondé en 1343 par Jean Mignon, archidiacre de Blois et maître des comptes à Paris, pour douze écoliers de sa famille. La fondation, suspendue par la négligence des exécuteurs testamentaires, n’eut son effet qu’en 1353. Réformé en 1539 cet établissement fut donné, en 1584, sous Henri III, à l’abbé de Grandmont, en échange du prieuré que les religieux de Grandmont possédaient à Vincennes, et qui fut cédé dans la suite aux Minimes. Ce collége, rebâti vers 1747, devint propriété nationale en 1790, servit en 1820 de dépôt aux Archives du trésor royal, et fut vendu par l’État le 12 octobre 1824. C’est aujourd’hui une maison particulière portant le no 2.

Milan (rue de).

Commence à la rue de Clichy, nos 31 et 33 ; finit à la rue d’Amsterdam. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 179 m. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

Cette rue a été percée sans autorisation, en 1831, sur les terrains appartenant à M. Jonas Hagerman. Une ordonnance royale du 18 mars 1836 porte ce qui suit : — Article 1er. Le sieur Jonas Hagerman est autorisé à ouvrir sur les terrains dans le quartier d’Europe, à Paris, une rue de douze mètres de largeur, pour communiquer de la rue de Clichy à la rue d’Amsterdam ; les alignements de la nouvelle rue, dite de Milan sont arrêtés conformément au tracé des lignes noires sur le plan ci-annexé. — Art. 2. L’autorisation résultant de la disposition qui précède n’est accordée au sieur Hagerman qu’à la charge par lui ou ses ayant-cause, 1o de livrer gratuitement à la ville de Paris le sol occupé par la nouvelle voie publique ; 2o de supporter les premiers frais de pavage et d’éclairage de cette rue ; 3o d’y établir des trottoirs en pierre dure, de la largeur qui sera fixée par l’autorité municipale ; 4o de pourvoir à l’écoulement des eaux pluviales et ménagères ; le tout conformément à la délibération du conseil municipal de la ville de Paris, du 4 septembre 1835. » Ces conditions furent exécutées. La dénomination affectée à cette voie publique est celle de la capitale du royaume Lombardo-Vénitien. — Conduite d’eau.

Militaire (barrière de l’École-).

Située à l’extrémité de l’avenue de Lowendal.

Voisine de l’École-Militaire, cette barrière consiste en deux bâtiments ayant chacun deux pavillons. (Voir l’article Barrières.)

Militaire (chemin de ronde de la barrière de l’École-).

Commence à l’avenue de Lowendal et à la barrière de l’École-Militaire ; finit à la barrière de Grenelle et à la rue Dupleix. Pas de numéro. Sa longueur est de 809 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

(Voir l’article Chemins de ronde.)

Militaire (école).

Située entre les avenues de Lowendal, de La Bourdonnaye, de Suffren et le Champ-de-Mars. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

Dans les lettres-patentes, dans les édits, dans les arrêts du conseil, l’intervention de la royauté était pleine de noblesse et de dignité. Le préambule de l’édit du roi, de janvier 1751, portant création de l’École-Militaire est ainsi conçu : « Après l’expérience que nos prédécesseurs et nous avons faite de ce que peuvent sur la noblesse française les seuls principes de l’honneur, que ne devrions-nous pas attendre, si tous ceux qui la composent y joignoient les lumières acquises par une heureuse éducation ? Mais nous n’avons pu envisager sans attendrissement que plusieurs d’entre eux, après avoir consommé leurs biens à la défense de l’État, se trouvassent réduits à laisser sans éducation des enfants qui auroient pu servir d’appui à leurs familles, et qui éprouvassent le sort de périr et de vieillir dans nos armées, avec la douleur de prévoir l’avilissement de leur nom, dans une postérité hors d’état d’en soutenir le lustre, etc… Nous avons résolu de fonder une école militaire, et d’y faire élever sous nos yeux cinq cents gentilshommes, nés sans biens, dans le choix desquels nous préférerons ceux qui en perdant leurs pères à la guerre sont devenus les enfants de l’État. Nous espérons même que le plan qui sera suivi dans l’éducation des cinq cents gentilshommes que nous adoptons, servira de modèle aux pères qui sont en état de la procurer à leurs enfants ; en sorte que l’ancien préjugé qui a fait croire que la valeur seule fait l’homme de guerre, cède insensiblement au goût des études militaires que nous aurons introduit. Enfin nous avons considéré que si le feu roi a fait construire l’hôtel des Invalides pour être le terme honorable où viendroient finir paisiblement leurs jours ceux qui auroient vieilli dans la profession des armes, nous ne pouvons mieux seconder ses vues, qu’en fondant une école où la jeune noblesse, qui doit entrer dans cette carrière, puisse apprendre les principes de la guerre, etc… C’est sur des motifs si puissants que nous nous sommes déterminé à faire bâtir auprès de notre bonne ville de Paris et sous le titre d’École Royale Militaire, un hôtel assez grand, et assez spacieux pour recevoir non seulement les cinq cents gentilshommes nés sans biens pour lesquels nous le destinons, mais encore pour loger les officiers de nos troupes, auxquels nous en confierons le commandement ; les maîtres en tous genres qui seront préposés aux instructions et exercices, et tous ceux qui auront une part nécessaire à l’administration spirituelle et temporelle de cette maison. À ces causes, etc… Signé Louis. » — Les conditions déterminées par cet édit de création divisaient les aspirants en huit classes : 1o orphelins dont les pères avaient été tués au service, ou qui étaient morts de leurs blessures soit au service, soit après s’en être retirés ; 2o orphelins dont les pères étaient morts au service, d’une mort naturelle, ou qui ne s’en étaient retirés qu’après trente ans de commission ; 3o enfants qui étaient restés à la charge de leurs mères, leur pères ayant été tués au service, ou étant morts de leurs blessures, soit au service, soit après s’en être retirés pour cause de blessures ; 4o enfants qui étaient également à la charge de leurs mères, leur pères étant morts au service, d’une mort naturelle, ou après s’être retirés du service au bout de trente ans de commission ; 5o enfants dont les pères étaient morts au service ; 6o enfants dont les pères avaient quitté le service, à raison de leur âge, de leurs infirmités, ou pour quelque autre cause légitime ; 7o enfants dont les pères n’avaient pas été militaires, mais dont les ancêtres avaient servi ; 8o les enfants de tous le reste de la noblesse qui, par leur indigence, se trouvaient dans le cas d’avoir besoin des secours du roi.

Le produit des droits sur les cartes à jouer, le bénéfice d’une loterie et les revenus de l’abbaye de Saint-Jean-de-Laon, furent les seules ressources financières qui servirent aux frais de cet établissement. La construction de l’édifice fut commencée en 1752, sous la direction de Gabriel, architecte du roi. L’École-Militaire est sans contredit un des plus beaux monuments de la capitale. Elle a deux entrées : l’une, au midi, est fermée par une grille en fer ; l’autre, d’une architecture plus riche, a été ouverte sur le Champ-de-Mars. On traverse deux vastes cours avant d’arriver au principal corps de bâtiment ; le surplus consiste en cours de service, jardins et constructions d’un goût plus simple. On remarque sur les deux faces des bâtiments en ailes, qui s’avancent jusqu’à la première grille, deux frontons enrichis de peintures en grisaille à fresque exécutés par Gibelin. La peinture à droite représente deux athlètes, dont l’un cherche à dompter un cheval fougueux ; la peinture à gauche est une allégorie de l’étude accompagnée des sciences et des arts. Le principal corps de bâtiment est décoré d’un ordre de colonnes doriques, surmonté d’un ordre ionique ; au milieu s’élève avec majesté un avant-corps d’ordre corinthien dont les colonnes embrassent les deux étages : il est couronné d’un fronton et d’un attique, avec un dôme orné de sculptures exécutées par d’Huez. La façade du côté du Champ-de-Mars ne possède qu’un avant-corps de colonnes corinthiennes semblables au précédent. Au centre est un vestibule magnifique orné de quatre rangs de colonnes d’ordre toscan. On y voyait les statues de Turenne, par l’artiste Pajou ; du grand Condé, par Lecomte ; du maréchal de Luxembourg, par Mouchy ; et du maréchal de Saxe, par d’Huez. L’emplacement occupé par l’École-Militaire forme un parallélogramme de 429 m. de longueur sur 243 de largeur.

L’École-Militaire, dissoute en vertu de la déclaration du 1er février 1776, fut rétablie et réorganisée l’année suivante sur un plan plus vaste et mieux entendu. L’aliénation de l’hôtel et des biens provenant de cette école, fut ajournée ; mais en 1778 le gouvernement remplaça son revenu par une dotation de 15 millions. Enfin un arrêt du conseil du 9 octobre 1787 supprima définitivement cette école ; les élèves furent placés dans les régiments ou envoyés dans les douze colléges militaires établis dans les provinces, en vertu du règlement du 28 mars 1776. En 1788, l’École-Militaire était au nombre des quatre édifices qu’on destina à remplacer l’Hôtel-Dieu. L’architecte Brongniart fut chargé d’y exécuter les changements nécessaires. La révolution vint encore modifier ces nouvelles dispositions. La Convention nationale décréta, le 13 juin 1793, la vente de tous les biens formant la dotation de l’hôtel, que l’on transforma en quartier de cavalerie et en dépôt de farine. Bonaparte en fit son quartier-général, et pendant quelques années, on a lu sur la frise de la façade de l’École-Militaire, du côté du Champ-de-Mars, ces deux mots : quartier Napoléon. Devenu empereur, il y établit des régiments de sa garde, qui furent remplacés en 1814 par la garde royale. Aujourd’hui les vastes bâtiments de cet édifice servent de caserne à différents corps de la garnison de Paris. Il y a constamment un parc d’artillerie et une ou plusieurs batteries de cette arme. L’École-Militaire a été le théâtre de plusieurs événements qui presque tous se rattachent à l’histoire du Champ-de-Mars. Nous devons cependant rappeler ici, que ce fut dans cette caserne qu’eut lieu, en 1797, l’arrestation des conspirateurs royalistes, Duverne de Presle, Brottier et la Villeheurnois, au moment où ils développaient leur plan au chef d’escadron Malo.

Minimes (caserne des).

Située dans la rue de la Chaussée-des-Minimes, no 6. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

Cette caserne, affectée à la garde municipale, occupe les bâtiments de l’ancien couvent des Minimes dont nous traçons ici l’origine. L’ordre des Minimes fut fondé en 1436, dans la Calabre, par François de Paule. Le pieux fondateur voulut par humilité que ces religieux s’appelassent Minimes, c’est-à-dire les plus petits, les plus humbles des hommes. Les historiens ne sont pas d’accord sur l’origine de la fondation du couvent des Minimes de Paris. Le plus grand nombre présume qu’Ange de Joyeuse légua, vers 1589, son hôtel de la rue Saint-Honoré à ces religieux, sous la condition de faire bâtir un couvent de leur ordre dans le faubourg, et d’y entretenir un maître d’école pour l’instruction des enfants de ce quartier. Il survint des difficultés qui empêchèrent l’exécution de ce projet. Olivier Chaillou, chanoine de Notre-Dame, et descendant d’une sœur de saint François de Paule, faisait partie de l’ordre des Minimes, il voulut lui léguer tous ses biens. Ces religieux se trouvant en état de fonder un établissement, achetèrent, le 27 octobre 1609, une partie des jardins de l’ancien palais des Tournelles ; Henri IV approuva cette acquisition par lettres de janvier 1610. Les Minimes se contentèrent d’abord de quelques bâtiments élevés à la hâte et d’une petite chapelle où la messe fut célébrée pour la première fois le 25 mars 1610, jour de l’Annonciation, ce qui fit désigner quelquefois cette maison sous le nom de l’Annonciade. Marie de Médicis voulant se déclarer fondatrice de ce couvent, fit rembourser aux Minimes le montant de leur acquisition. Ses libéralités, jointes à celles de plusieurs autres personnes de distinction, leur permirent de faire construire un grand couvent. La première pierre de l’église fut posée au nom de Marie de Médicis par l’évêque de Grenoble. Les événements politiques qui agitèrent la France suspendirent les travaux. La première pierre du grand autel ne fut posée que le 4 mai 1630, et l’église dédiée seulement le 29 août 1670, sous l’invocation de saint François de Paule, par Bouthillier de Chavigny, évêque de Troyes. Cet édifice était remarquable, son portail avait été élevé par François Mansart. Il était composé de deux ordres d’architecture : le premier, dorique, consistait en huit colonnes ; le second était formé de quatre colonnes composites. Dans le tympan du fronton, on voyait un bas-relief représentant Sixte IV au milieu de ses cardinaux, ordonnant à François de Paule de se rendre auprès de Louis XI. Ce couvent, supprimé en 1790, devint propriété nationale et fut vendu les 16 pluviôse, 11 et 13 thermidor an VI. Les bâtiments furent rachetés par l’État qui résolut d’y établir le collége Charlemagne. Ce projet n’eut pas de suite ; plus tard ils furent affectés à une caserne acquise moyennant 241,700 fr. par la ville de Paris. Cette acquisition a été faite le 30 octobre 1823, en vertu d’une ordonnance royale du 11 décembre 1822. — L’église, qui resta propriété particulière, fut démolie. Sur son emplacement on prolongea, en 1805, la rue de la Chaussée-des-Minimes, dont nous nous occuperons à l’article suivant.

Minimes (rue de la Chaussée-des-).

Commence à la place Royale, nos 25 et 28 ; finit à la rue Neuve-Saint-Gilles, no 3. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 181 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

La partie de cette voie publique comprise entre la place Royale et la rue des Minimes, a été ouverte en 1607, sur des terrains appartenant aux seigneurs de Vitry, et qui faisaient autrefois partie du parc des Tournelles. Elle prit d’abord le nom du Parc-Royal, qui indiquait l’emplacement sur lequel elle avait été ouverte. On lui donna ensuite la dénomination de rue de la Chaussée-des-Mïnimes parce qu’elle conduisait au couvent des religieux de ce nom. — Une décision ministérielle du 3 thermidor an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette partie de rue à 13 m. 75 c.

Le surplus de la rue de la Chaussée-des-Minimes a été percé en 1805, sur l’emplacement de l’église de ces religieux. Après la suppression de la communauté, cet édifice avait été vendu comme propriété nationale (voyez l’article précédent). Cette partie de rue a été fixée aussi à 13 m. 75 c. de largeur par une décision ministérielle du 4 mai 1822. Plusieurs propriétés riveraines sont soumises à un léger redressement. Le surplus est aligné. — Égout entre les rues des Minimes et Neuve-Saint-Gilles. — Conduite d’eau depuis la rue du Foin jusqu’à celle des Minimes. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Minimes (rue des).

Commence à la rue des Tournelles, nos 37 et 43 ; finit à la rue Saint-Louis, nos 12 et 14. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 206 m. — 5e arrondissement, quartier du Marais.

Ouverte en 1607, cette rue tire son nom du couvent des Minimes qui y était situé. — Une décision ministérielle du 3 thermidor an IX, signée Chaptal, et une ordonnance du 8 juin 1834, ont fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Les propriétés nos 8 et 12 sont alignées. Un bâtiment dépendant de la caserne et une partie de la propriété no 10 devront reculer de 1 m. Les autres constructions ne sont soumises qu’à un très faible retranchement. — Portion d’égout du côté de la rue Saint-Louis. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Miracles (cour des).

Située entre l’impasse de l’Étoile, les rues de Damiette et des Forges. — 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle.

Cette cour existait déjà au XIIIe siècle. Son nom était commun à tous les endroits qui servaient de retraites aux mendiants et vagabonds qui encombraient les rues avant l’établissement des hôpitaux. Les gueux et gens sans aveu contrefaisaient les malades et les estropiés, pour attirer la commisération publique. Rentrés dans leurs repaires, ils opéraient le miracle d’une guérison parfaite. Il n’existe pas d’alignement pour cette cour qui n’est pas reconnue voie publique.

Miracles (passage de la cour des).

Commence à la rue des Tournelles, no 26 ; finit à l’impasse Jean-Beausire, no 21. — 8e arrondiss., quartier du Marais.

Une cour des miracles, peuplée comme celle du quartier Bonne-Nouvelle, existait en cet endroit dès la fin du XIVe siècle. Ce passage est également connu sous le nom de Jean-Beausire.

Miroménil (rue de).

Commence à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, no 94, et à la place Beauveau, no 92 ; finit à la rue de Valois. Le dernier impair est 79 ; le dernier pair, 68. Sa longueur est de 942 m. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

1re Partie comprise entre la rue du Faubourg-Saint-Honoré et la Grande rue Verte. — Elle fut percée en vertu des lettres-patentes du 18 juillet 1776, sur les terrains appartenant à M. Camus (Armand-Gaston), avocat en parlement. Ces lettres-patentes ordonnèrent que la nouvelle voie publique prendrait le nom de rue de Miroménil, et aurait une largeur de 30 pieds. Ce percement fut immédiatement effectué ; toutefois il n’existait, en 1778, qu’une seule maison dans cette rue, dont la direction dut être modifiée, ainsi qu’il sera expliqué ci-après.

2e Partie comprise entre la Grande-rue-Verte et celle Delaborde (autrefois des Grésillons). Les sieurs de Senneville, fermier-général, Aubert, garde des diamants de la couronne, et de Lettre, entrepreneur de bâtiments, étaient, en 1778, propriétaires de vastes terrains situés entre la rue Verte et le chemin de Monceau. Ces trois personnes exposèrent à sa majesté — « que les terrains dont il s’agit étant devenus, par l’extension successive de la ville, propres à former des habitations aussi commodes qu’agréables, et que la pureté de l’air, la promenade des Champs-Élysées et le nouveau percement de la rue de Miroménil faisant désirer à nombre de citoyens l’ouverture d’une nouvelle rue, en continuité de ladite rue, à, travers lesdits terrains, pour y construire de nouveaux hôtels et de nouvelles habitations, ils se seraient volontiers portés à proposer ladite nouvelle rue en face et en continuité de celle de Miroménil, mais que n’étant pas propriétaires d’un terrain et bâtiment qui se trouvent au débouché qui serait nécessaire sur la rue Verte, ils n’ont pu surmonter les difficultés qui leur sont opposées ; qu’ils se trouvent forcés de proposer que le débouché de la nouvelle rue soit établi à 35 pieds ou environ de celui de ladite rue de Miroménil, sur ladite rue Verte, du côté du Levant, sauf à rectifier par la suite, si le cas y échet, l’alignement de ladite rue de Miroménil, dans la disposition figurée au plan qu’ils ont fait présenter, ce qu’ils ne peuvent faire sans en avoir obtenu l’autorisation. » — Des lettres-patentes furent rendues à ce sujet. Elles sont datées de Versailles, le 7 novembre 1778, et portent : « Article 1er. Il sera ouvert aux frais des sieurs de Senneville, Aubert et de Lettre, une rue de trente pieds de large, nommée rue Guyot, à prendre de la rue Verte, et continuée à travers les terrains qui leur appartiennent jusqu’au chemin de Mousseaux, en l’étendue de 280 toises ou environ, dont le milieu du débouché sur la rue Verte sera placé à 35 pieds du milieu du débouché de la rue de Miroménil sur la même rue, et dont la direction sera prise de manière que la prolongeant jusqu’à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, elle arrive au milieu de l’ouverture de ladite rue de Miroménil. — Art. 2e. Autorisons lesdits sieurs de Senneville, Aubert et de Lettre, à traiter avec les propriétaires des terrains le long de la rue de Miroménil, dans laquelle une seule maison est bâtie, pour opérer le changement des alignements de la d. rue, de manière que la dirigeant en continuité de la dite nouvelle rue, elle débouche à la même ouverture sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, etc… » — Les sieurs de Senneville et autres s’entendirent avec les propriétaires de la rue de Miroménil, pour le changement de direction de la partie ouverte en 1776, et procès-verbal des nouveaux alignements fut dressé par le bureau de la ville le 21 juin 1779. Le nom de rue Guyot, affecté à cette deuxième partie, et dont l’inscription ne fut point posée, avait été donné en l’honneur de Michel-Pierre Guyot, avocat en parlement, conseiller du roi, commissaire au Châtelet, alors échevin de la ville de Paris. Guyot occupa cette fonction depuis le 16 août 1777 jusqu’au 16 août 1779. — Une décision ministérielle à la date du 15 messidor an XII, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 27 septembre 1836, ont maintenu la largeur de 30 pieds assignée à ces deux parties de la rue de Miroménil.

3e Partie comprise entre les rues Delaborde et de la Bienfaisance. Cette partie fut ouverte, en 1813, lors de la construction de l’abattoir du Roule, sur l’emplacement des terrains appartenant à la ville de Paris, et provenant de divers particuliers. La largeur assignée à ce percement est de 20 m. ; et il existe sur le côté droit une plantation de deux rangées d’arbres.

4e Partie comprise entre les rues de la Bienfaisance et de Valois. — Par une ordonnance royale en date du 2 février 1826, relative aux rues du nouveau quartier d’Europe, MM. Hagerman et Mignon furent autorisés à en ouvrir une de 12 m. de largeur, en prolongement de la rue de Miroménil jusqu’à celle de Valois (voyez rue d’Amsterdam). Dans le courant de la même année on a commencé à bâtir dans cette partie de rue.

Les propriétés riveraines de la rue de Miroménil sont alignées, à l’exception de celle no 2, qui devra subir un retranchement réduit de 70 c. — Égout et conduite d’eau dans toute l’étendue de la rue.

Armand-Thomas Hue de Miroménil naquit en 1723, fut nommé garde-des-sceaux de France le 24 août 1774, et mourut le 6 juillet 1796.

Missions-Étrangères (église des).

Située rue du Bac, no 134. — 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin.

Bernard de Sainte-Thérèse, évêque de Babylone, rempli les périlleuses fonctions de missionnaire dans la Perse, résolut d’établir un séminaire où l’on formerait des élèves pour aller porter au loin la foi chez les infidèles. Dans l’acte de donation du 16 mai 1663, il imposa pour conditions que la maison serait nommée séminaire des Missions-Étrangères, et que la chapelle prendrait le titre de la Sainte-Famille. L’emplacement appartenait à ce même évêque de Babylone, dont une rue voisine porte encore le nom. Cette fondation fut approuvée par lettres-patentes du mois de juillet suivant, enregistrées le 7 septembre de la même année. L’abbé de Saint-Germain-des-Prés y consentit également. Jusqu’en 1683, une salle de cette maison servit de chapelle. À cette époque, on commença la construction d’une église, et le 24 avril de cette même année, l’archevêque de Paris, au nom du roi, en posa la première pierre. Ce séminaire fut supprimé le 5 avril 1792 ; les bâtiments devinrent propriétés nationales et furent vendus le 25 vendémiaire an V, à la charge par l’acquéreur de livrer sans indemnité le terrain nécessaire au percement d’une rue projetée.

« Paris, le 2 germinal an XIII. — Napoléon, etc… Sur le rapport du ministre des cultes, décrète : — Article 1er. Les établissements des Missions, connues sous les dénominations des Missions-Étrangères et du Saint-Esprit, sont rétablis. — Art. 2. M. de Billière, supérieur du séminaire dit des Missions-Étrangères, rue du Bac, est autorisé à accepter des tiers acquéreurs, la donation de l’édifice, autrefois consacré à ce séminaire, et les revenus et biens qui y étaient attachés, etc… Signé Napoléon. » — Par suite du concordat du 9 avril 1802, l’église des Missions fut choisie pour être la seconde succursale de Saint-Thomas-d’Aquin.

Parmi les édifices consacrés au culte catholique, il y en a cinq dont la ville n’est pas propriétaire, et qu’elle tient à location, savoir : Saint-Vincent-de-Paul (bientôt remplacée par l’église en construction), les Missions-Étrangères, l’Abbaye-aux-Bois, Sainte-Valère et les Quinze-Vingts. La ville a payé en 1840, pour le loyer de ces cinq églises, la somme de 33,520 fr. 80 c.

Moine (rue du Petit-).

Commence à la rue Scipion, nos 2 et 4 ; finit à la rue Mouffetard, nos 201 et 203. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 202 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Elle est ainsi nommée dès 1540. Une enseigne du petit Moine lui a fait donner cette dénomination. — Une décision ministérielle du 18 fructidor an IX, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 24 avril 1837, cette largeur est portée à 10 m. — Conduite d’eau depuis la rue Mouffetard jusqu’à la borne-fontaine.

Moineaux (rue des).

Commence aux rues des Orties, no 3, et des Moulins, no 1 ; finit à la rue Neuve-Saint-Roch, nos 20 et 22. Le dernier impair est 33 ; le dernier pair, 28. Sa longueur est de 177 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Cette rue était presqu’entièrement bâtie en 1560, et portait déjà le nom de rue des Moineaux, en raison d’une propriété appelée la Maison-des-Moineaux. En 1635, on la trouve nommée rue de Monceau, probablement parce qu’elle conduit au Monceau, petit mont où l’on voyait des moulins à vent. Une voie publique de ce quartier a conservé ce nom des Moulins. — Une décision ministérielle du 18 fructidor an IX, signée Chaptal, fixa la largeur de la rue des Moineaux à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 4 octobre 1826, cette largeur est portée à 10 m. Propriétés nos 1 retranchement 2 m. 10 c. à 2 m. 60 c. ; 3, ret. réduit 1 m. 90 c. ; 5, ret. réduit 1 m. 70 c. ; 7, ret. 90 c. ; 9, ret. 1 m. ; 11, ret. réduit 60 c. ; 13, redress. ; 15, 17, 19, alignées ; 21, 23, 25, redr. ; 27, ret. 25 c. ; 29, ret. 40 c. ; 31, alignée ; second no 31, ret..60 c. ; 33, ret. 80 c. ; — de 2 à 6, ret. 2 m. 10 c. à 2 m. 80 c. 8, ret. réduit 3 m. ; 10, 12, ret. 3 m. 30 c. à 3 m. 80 c. ; 14, alignée ; de 16 à 20, ret. 2 m. 80 c. à 3 m. 50 c. ; 22, ret. réduit 2 m. 50 c. ; 24, ret. 2 m. ; 26, ret. 2 m. à 2 m. 70 c. ; 28, ret. 2 m. 70 c. à 3 m. 60 c. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Molay (rue).

Commence aux rues Portefoin, no 2, et des Enfants-Rouges, no 10 ; finit à la rue de la Corderie, nos 7 et 9. Le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 42 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

Cette rue a été ouverte sur une partie de l’ancien hôpital des Enfants-Rouges, dont nous rappelons l’origine. À la sollicitation de Marguerite de Valois, sa sœur, François Ier consentit à la fondation de cet établissement. Une somme de 3,600 livres fut remise, par ce monarque, à Jean Briçonnet, président de la chambre des comptes, qui chargea Robert de Beauvais d’acheter dans les environs du Temple, une maison avec cour et jardin. Cette acquisition, qui date du 24 juillet 1534, coûta 1,200 livres. Dans les lettres patentes de janvier 1536, François Ier se déclare fondateur de cet établissement, spécialement destiné aux orphelins originaires de Paris. Il est dit aussi : qu’on y recevra les pauvres petits enfants qui ont été et seront dores en avant trouvés dans l’Hôtel-Dieu, fors et excepté ceux qui sont orphelins natifs et baptisés à Paris et èz faubourgs, que l’hôpital du Saint-Esprit doit prendre selon l’institution et fondations d’icelui et les bâtards que les doyen, chanoines et chapitres de Paris ont à coutume de recevoir et faire nourrir pour l’honneur de Dieu. Il est ordonné, en outre, par ces mêmes lettres patentes, que ces pauvres petites créatures, perpétuellement appelées Enfants-Dieu, seront vêtues d’étoffe rouge, pour marquer qu’elles doivent leur subsistance à la charité. Cet hôpital fut supprimé par lettres-patentes du mois de mai 1772, enregistrées au parlement 5 juin suivant. Alors on plaça les jeunes pensionnaires à l’hospice dit des Enfants-Trouvés, auquel furent donnés tous les biens de l’ancien établissement. Les prêtres de la Doctrine Chrétienne, autorisés par lettres-patentes de mars 1777, achetèrent de l’hospice des Enfants-Trouvés les anciens bâtiments de l’hôpital des Enfants-Rouges et s’y installèrent aussitôt. Leur communauté, supprimée en 1790, devint propriété nationale ; la maison et ses dépendances furent vendues le 25 brumaire an V, avec la condition « de fournir le terrain nécessaire pour le prolongement de la rue du Grand-Chantier (aujourd’hui des Enfants-Rouges) jusqu’à celle de la Corderie. » — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, fixa la largeur de cette rue à 8 m. 30 c. Ce percement, commencé en vertu d’un arrêté du département du mois de brumaire de la même année, fut terminé en l’an IX, et reçut, en raison de sa proximité du Temple, le nom de Molay, en l’honneur de Jacques de Molay, dernier grand-maître de l’ordre des Templiers. — Une ordonnance royale, à la date du 31 mars 1835, a porté la largeur de cette voie publique à 11 m. Propriétés nos 1 et 3, retranch. 2 m. à 2 m. 60 c. ; 2 et 4, ret. réduit 80 c. ; 6, ret. réduit 50 c. ; 8, ret. réduit 30 c. ; 10, redress. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Molière (passage).

Commence à la rue Saint-Martin, no 107 ; finit à la rue Quincampoix, no 60. — 6e arrondissement, quartier des Lombards.

Ce passage doit son nom au théâtre Molière, dont l’ouverture eut lieu le 4 juin 1791, par la représentation du Misanthrope. La décoration de cette salle était d’un luxe inconnu jusqu’alors. Le fond des loges était orné de glaces. Ce théâtre changea souvent son répertoire et ses acteurs. En 1793, la salle Molière porta le nom de théâtre des Sans-Culottes. Cette dénomination fut également affectée au passage. Ce théâtre a été supprimé en vertu du décret du 8 août 1807. La salle Molière existe encore : on y donne des fêtes et des bals et l’on y joue la comédie bourgeoise.

Molière (rue).

Commence à la place de l’Odéon, no 6 ; finit à la rue de Vaugirard, no 22. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par le théâtre de l’Odéon ; le dernier pair est 6. Sa longueur est de 52 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Elle a été ouverte sur l’emplacement de l’hôtel de Condé, en vertu des lettres-patentes du 10 août 1779, registrées au parlement le 7 septembre suivant. Sa largeur était fixée à 30 pieds. Cependant elle ne fut exécutée que sur une largeur de 9 m. 70 c. Cette dimension a été maintenue par une décision ministérielle du 4 nivôse an IX, signée Chaptal, et par une ordonnance royale en date du 12 mai 1841. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Jean-Baptiste Poquelin de Molière naquit à Paris, le 15 janvier 1622, et y mourut le 18 février 1673. (Voyez l’article du théâtre de l’Odéon.)

Monceau (barrière de).

Située à l’extrémité de la rue du Rocher.

Celle barrière, ornée d’un bâtiment à deux péristyles avec colonnes à bossage, tire son nom du village de Monceau, bati sur une hauteur. (Voir l’article Barrières.).

Monceau (rue de).

Commence à la rue du Faubourg-du-Roule, nos 46 et 46 bis ; finit aux rues de Chartres, no 1, et de Courcelles, no 67. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 215 m. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

Ouverte en 1785, cette rue doit sa dénomination au parc de Monceau vers lequel elle se dirige. — Une décision ministérielle du 11 ventôse an XI, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Propriétés de 1 à 23, alignées ; 25, faible retranch. ; de 2 à 12, alignées ; les autres constructions sans numéro jusqu’à la rue de Courcelles, ret. 1 m. 90 c. à 3 m. 30 c.

Moncey (rue).

Commence à la rue Blanche, nos 35 et 39 ; finit à la rue de Clichy, nos 52 et 58. Pas de numéro impair ; le dernier pair est 8. Sa longueur est de 158 m. — 2e arrrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Une ordonnance royale du 15 novembre 1841 porte ce qui suit : « Article 1er. Est approuvé le projet présenté par la ville de Paris, pour l’ouverture d’une rue de 12 m. de large, devant communiquer de la rue Blanche à celle de Clichy. Les alignements de cette rue sont arrêtés conformément aux lignes rouges tracées sur le plan ci-joint, lesquelles déterminent un pan coupé de 15 m. de face au droit de la propriété située à l’angle de la rue Blanche. — Art. 2e. L’exécution immédiate des alignements arrêtés ci-dessus est déclarée d’utilité publique. En conséquence, le préfet de la Seine, agissant au nom de la ville de Paris, est autorisé : 1o à acquérir, soit à l’amiable, soit par voie d’expropriation, s’il y a lieu, les immeubles ou portions d’immeubles dont l’occupation sera nécessaire ; 2o à accepter les souscriptions offertes par divers propriétaires pour contribuer à la dépense du projet. — Art. 3e. Toutefois il sera procédé à l’égard de l’alignement formant le pan coupé précité, conformément aux lois et règlements en vigueur en tout ce qui pourra concerner, soit les réparations d’entretien, soit la démolition pour cause de vétusté, des bâtiments qui excèdent les alignements ainsi arrêtés, soit les terrains à occuper par la voie publique ou par les particuliers, soit enfin les indemnités qui seront dues de part et d’autre pour la cession de ces terrains. — Art. 4e. Le préfet de la Seine est en outre autorisé à affecter aux frais d’ouverture de la voie nouvelle, les 10,000 fr. qui, en exécution de notre ordonnance du 27 février 1839, ont été soumissionnés et versés par le sieur Boursault, dans le but de contribuer à la dépense devant résulter de l’exécution du d. pan coupé, lequel sera effectué aux frais seuls de la ville de Paris, etc… » — Ce percement fut immédiatement commencé. — L’article 2 d’une délibération du conseil municipal du 3 février 1843 est ainsi conçu : « La rue nouvelle portera le nom de rue Moncey, pour rappeler les services rendus par M. le maréchal duc de Conegliano, à la barrière de Clichy. »

Moncey (Rose-Adrien-Jeannot), duc de Congliano, grand’croix de la Légion-d’Honneur, pair et maréchal de France, gouverneur de l’hôtel royal des Invalides, naquit à Besançon, le 31 juillet 1754. Son père, avocat au parlement, le destinait à la magistrature ; mais à l’âge de quinze ans, Moncey quitta le collége et s’engagea dans le régiment de Conti (infanterie). En 1791, il était capitaine de dragons ; en 1794, général de brigade ; deux mois après, sa fermeté et ses talents lui valaient le grade de général de division. En 1800, Moncey fut chargé du commandement d’un corps de 20,000 hommes, franchit le Saint-Gothard, et s’empara de Plaisance. À Marengo, son nom fut mis à l’ordre du jour de l’armée, et à la paix de Lunéville, il reçut le commandement des départements de l’Oglio et de l’Adda. Le 19 mai 1804, Napoléon comprit ce général dans la première promotion des maréchaux de l’empire, et le 1er février suivant lui donna le grand cordon de la Légion-d’Honneur. En 1808, le maréchal Moncey fut envoyé en Espagne ; dans cette lutte meurtrière, il déploya les talents les plus distingués. Nommé en 1814 major-général, commandant en second la garde nationale de Paris, il fit preuve d’une grande fermeté pendant le combat livré sous les murs de cette ville. Le 1er avril, le maréchal Moncey fut nommé membre du conseil d’État provisoire, puis pair de France. En 1823, il commanda le quatrième corps de l’armée d’Espagne. Appelé après 1830 au gouvernement de l’hôtel royal des Invalides, le maréchal termina, le 21 avril 1842, au milieu des vieux soldats dont il avait toujours été le protecteur et l’ami, une vie glorieuse et honorée de tous.

Mondétour (rue de).

Commence à la rue des Prêcheurs, nos 30 et 32 ; finit à la rue Mauconseil, nos 5 et 7. Le dernier impair est 37 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 193 m. — Les numéros de 1 à 17 et de 2 à 6 sont du 4e arrondissement, quartier des Marchés ; le surplus dépend du 5e arrondissement, quartier Montorgueil.

La partie de cette voie publique comprise entre la rue des Prêcheurs et celle du Cygne, était complètement bâtie en 1250. Dans un acte de 1205, rapporté par Jaillot, il est dit : que Burchard d’Orsay délaisse à l’évêque de Paris les dîmes d’Orsay et de Mondétour. Il est fait mention également dans un acte de vente à la date du 2 juin 1540, d’une maison située rue Pyrouet (Pirouette), aboutissant des deux côtés aux héritiers de Claude Foucault, seigneur de Mondétour. Ce Claude Foucault, seigneur de Mondétour, était échevin de la ville de Paris en 1525, sous la prévôté de maître Jean Morin. — Une décision ministérielle du 13 vendémiaire an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m.

La partie de la rue de Mondétour qui s’étend de la rue du Cygne à la rue Mauconseil a été percée vers 1815, sur l’emplacement du cloître Saint-Jacques-l’Hôpital ; ce prolongement avait été autorisé par une décision ministérielle du 2 novembre 1814, signée l’abbé de Montesquiou, qui fixa la largeur de cette partie de rue à 7 m.

La propriété située sur le côté gauche à l’encoignure droite de la rue de Rambuteau, celles nos 33, 37 et 32 ne sont pas soumises à retranchement. — Conduite d’eau dans une partie. — Éclairage au gaz (compe Française).

Mondovi (rue de).

Commence à la rue de Rivoli, nos 52 et 54 ; finit à la rue du Mont-Thabor, nos 43 et 58. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 73 m. — 1er arrondissement, quartier des Tuileries.

Cette voie publique a été ouverte sur l’emplacement du couvent de l’Assomption, en vertu d’un arrêté des consuls du 1er floréal an X, dont nous citons ici un extrait. — « Les Consuls de la république arrêtent : Article 1er. Les terrains appartenant à la république, situés dans le cul-de-sac du Manège, longeant la terrasse des Feuillants, tous les terrains occupés par les Feuillants, les Capucins et l’Assomption, seront mis en vente. — Art. 2e. Le plan annexé au présent arrêté sera suivi et exécuté dans toutes ses parties et servira de base pour dresser le cahier des charges ; etc… Le premier consul, signé Bonaparte. » — D’après le plan dressé le 2 frimaire an XI, par MM. Percier et Fontaine, architectes du palais des Tuileries, la largeur de la rue projetée fut fixée à 10 m. Elle devait aboutir à la rue Saint-Honoré ; elle n’a été exécutée que jusqu’à la rue du Mont-Thabor, avec laquelle elle forme équerre. — Une ordonnance royale en date du 24 août 1833, a maintenu la largeur de 10 m. Les propriétés riveraines sont alignées. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Le nom assigné à cette voie publique consacre le souvenir du brillant fait d’armes de Mondovi, où les Autrichiens furent battus, le 22 avril 1796, par les Français commandés par Bonaparte.

Monnaie (rue de la).

Commence aux rues des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, no 2, et Saint-Germain-l’Auxerrois, no 90 ; finit aux rues des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, no 1, et Béthisy, no 21. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 146 m. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

En 1245, c’était la rue au Cerf. En 1387, on la nommait rue de la Monnaie, en raison de l’hôtel des Monnaies qui y était situé à l’endroit où fut ouverte la rue Boucher. Un arrêt du conseil de janvier 1689 ordonna l’élargissement de la rue de la Monnaie. Dans un autre arrêt du 24 février 1693, on voit que cet élargissement était alors presqu’entièrement effectué. — Une décision ministérielle du 20 mai 1817 fixa la largeur de cette voie publique à 11 m. En vertu d’une ordonnance royale du 15 janvier 1844, cette largeur est portée à 13 m. Propriétés de 1 à 5, ret. 2 m. 20 c. à 2 m. 30 c. ; 7, ret. 1 m. 80 c. ; 9, 11, ret. 2 m. 20 c. à 2 m. 32 c. ; 13, alignée ; pas de numéros 15 et 17 ; de 19 à 25, ret. 2 m. 40 c. ; de 2 à 8, ret. 70 c. à 95 c. ; 10, ret. réduit 55 c. ; 12, ret. réduit 30 c. ; 14, ret. réduit 70 c. ; de 16 à 32, alignées. — Égout entre les rues Boucher et Béthisy. Bassin d’égout dans le surplus. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Monnaie (rue de la Vieille-).

Commence aux rues de la Heaumerie, no 2, et des Écrivains, no 30 ; finit à la rue des Lombards, nos 27 et 29. Le dernier impair est 29 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 101 m. — 6e arrondissement, quartier des Lombards.

Des actes du XIIe siècle indiquent que l’on battait monnaie dans cette rue, qui dès le XIIIe siècle portait le nom de Vieille-Monnaie. En 1636, on l’appelait également rue Passementière. Elle a été élargie en vertu d’un arrêt du conseil du 2 juillet 1686. — Une décision ministérielle à la date du 18 vendémiaire an VI, signée Letourneux, avait fixé la moindre largeur de cette voie publique à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 9 décembre 1838, sa largeur a été portée à 10 m. Propriétés nos 1 et 3, ret. réduit 3 m. 60 c. ; 5, ret. réduit 1 m. 60 c. ; 7, ret. réduit 2 m. ; 9, ret. réduit 1 m. 20 c. ; 11, ret. réduit 70 c. ; 13, 15, ret. 50 c. ; 17, ret. réduit 90 c. ; de 19 à 23, ret. 1 m. 30 c. à 1 m. 50 c. ; 25, alignée ; 27, 29, ret. 1 m. 80 c. à 2 m. 40 c. ; 2, ret. réduit 2 m. 40 c. ; de 4 à 8, ret. 1 m. 70 c. à 2 m. 10 c. ; de 10 à 28, ret. 2 m. 30 c. à 2 m. 60 c. ; 30 ret. 1 m. 60 c. ; 32, ret. 2 m. — Portion d’égout du côté de la rue des Lombards. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Française).

Monnaies (hôtel des).

Situé sur le quai de Conti, no 11. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Dans un édit de Charles-le-Chauve de l’année 864, Paris se trouvait au nombre des villes ayant le droit de fabriquer des monnaies. Le bâtiment affecté à cette fabrication devait faire partie du palais de la Cité. Dès que le faubourg septentrional fut défendu par une enceinte, on y transféra la maison de la monnaie. Dans le quartier des Lombards, on voit encore aujourd’hui une rue nommée de la Vieille-Monnaie. Un acte de 1227 indique une de ses maisons sous le nom de Monetaria et de Veteri Moneta. Quelque temps après, cette fabrication fut transportée dans une maison où s’établirent plus tard les religieux de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Dans l’acte de fondation de ce couvent il est dit : « que saint Louis donna aux religieux une propriété appelée de la Monnaie. » Au commencement du XIVe siècle, un Hôtel des Monnaies était établi dans la rue qui en porte encore aujourd’hui le nom ; les bâtiments y subsistèrent jusqu’à l’entière construction de l’édifice du quai de Conti. L’ancien Hôtel des Monnaies, tombant en ruine, fut alors abattu. En vertu des lettres-patentes du mois d’août 1776, on ouvrit sur son emplacement les rues Boucher et Estienne. — « Louis, etc… Par nos lettres-patentes du 7 janvier 1765, nous aurions ordonné, attendu la vétusté de notre hôtel actuel des Monnaies à Paris, qu’il en serait construit un autre sur le terrain vague entre la rue Royale et celle des Champs-Élysées (ci-devant appelée de la Bonne-Morue), derrière les façades qui servent de décoration à la place où est posée notre statue équestre ; ils nous aurait été représenté par nos chers et amés les prévôt des marchands et échevins de notre bonne ville de Paris, que l’exécution de nos lettres-patentes pourrait ralentir l’activité du commerce de l’orfèvrerie, en ce que l’emplacement destiné pour ce nouvel hôtel des Monnaies se trouverait considérablement éloigné du centre de notre capitale, et que les orfèvres et autres correspondants aux monnaies seraient obligés de perdre un temps considérable pour y porter leurs ouvrages et matières, et comme nous n’avons en vue que le plus grand avantage des habitants de notre bonne ville de Paris, et la facilité et commodité du commerce, nous avons estimé convenable de déférer aux représentations qui nous ont été faites à cet égard, en assignant au nouvel hôtel des Monnaies, qu’il est nécessaire de construire, un autre emplacement plus à la portée des orfèvres et autres commerçants et trafiquants des matières d’or et d’argent, et en ordonnant tous les autres arrangements que ce changement exige ; nous y avons pourvu par arrêt rendu en notre conseil, le 18 septembre dernier, sur lequel nous avons jugé nécessaire de faire expédier nos lettres patentes ; à ces causes, etc. — Article 1er. Le nouvel Hôtel des Monnaies, qui devait être à la place où est notre statue équestre, sera établi et incessamment construit aux anciens grand et pelit hôtels de Conti, appartenant à notre d. ville de Paris, et qui sont actuellement occupés par notre garde-meuble, suivant le plan que nous avons agréé ; la construction duquel nouvel Hôtel des Monnaies fait partie des ouvrages que nous avons énoncés par notre édit du mois de juillet dernier, avoir ci-devant ordonné. — Art. 2. Ordonnons que l’acquisition des dits anciens grand et petit hôtels de Conti sera incessamment faite pour nous et en notre nom par les commissaires que nous nommerons à cet effet. — Art. 3. Ordonnons pareillement que les prévôt des marchands et échevins acquerront pour nous et en notre nom les maisons particulières, situées même quai de Conti, attenantes le petit hôtel de Conti, jusques et compris celle faisant l’encoignure de la rue Guénégaud, dont le terrain est nécessaire à la construction du dit nouvel Hôtel des Monnaies ; les propriétaires desquelles maisons ne pourront se dispenser de les vendre, etc… — Données à Versailles, le 16e avril l’an de grâce 1768, et de notre règne le 53e. Signé Louis. »

Ce monument remarquable par ses nobles proportions, a été construit sous la direction de Jacques-Denis Antoine, architecte. Le principal corps de l’édifice, dont la façade se développe sur le quai de Conti, renferme : un magnifique vestibule orné de vingt-quatre colonnes doriques ; un bel escalier que décorent également seize colonnes ioniques ; un vaste cabinet de minéralogie richement ordonné ; plusieurs pièces où sont placées des machines ; des salles pour l’administration, accompagnées de grands logements.

Au fond de la grande cour est située la salle du monnayage. Elle a 20 m. de longueur sur 13 m. environ de largeur. L’architecte a pris soin de l’isoler afin d’éviter aux autres bâtiments les effets de l’ébranlement produit par le jeu des balanciers. Au dessous on trouve la salle des ajusteurs ; le surplus des constructions est employé aux fonderies, aux laminoirs, etc…

La décoration de la façade principale, percée de vingt-sept fenêtres, consiste en un avant-corps de six colonnes ioniques, élevées sur un soubassement de cinq arcades, ornées de refends en bossages. Un grand entablement avec consoles et modillons, couronne l’édifice dans toute sa longueur. Au-dessus de l’avant-corps est un attique au-devant duquel ont été placées six statues : la Loi, la Prudence, la Force, le Commerce, l’Abondance et la Paix.

La seconde façade, sur la rue Guénégaud, a son soubassement enrichi de bossages. L’avant-corps du milieu est orné de quatre statues représentant les quatre éléments. La cour principale, entourée d’une galerie, a 36 m. de profondeur sur 30 de largeur. La salle des balanciers s’annonce par un péristyle de quatre colonnes doriques. La voûte intérieure s’appuie sur quatre colonnes dont le style se rapproche de l’ordre toscan. Au fond de celle-ci s’élève une statue de la Fortune.

Le cabinet de minéralogie qui occupe l’avant-corps du milieu, au premier étage, est décoré de vingt colonnes corinthiennes d’un grand module, qui supportent une tribune régnant au pourtour, dans la hauteur du deuxième étage. Ce cabinet est orné de bas-reliefs et d’arabesques. Les corniches, les chambranles des portes et des croisées sont enrichis d’ornements dorés dont les sculptures sont distribuées avec un goût dont la délicatesse est pleine d’harmonie et de pureté.

On a placé en 1839, sur le palier de l’escalier d’honneur de l’hôtel des Monnaies, le buste en bronze de l’architecte Antoine. C’est un juste hommage rendu à la mémoire d’un homme qui de simple maçon, est devenu l’égal des plus grands artistes du XVIIIe siècle.

Monsieur (rue).

Commence à la rue de Babylone, nos 39 et 41 ; finit à la rue Plumet, nos 12 et 14. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 204 m. — 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin.

« Notre très cher et très amé frère, Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, Monsieur, nous a fait exposer qu’ayant acquis un terrain considérable situé à Paris, faubourg Saint-Germain, entre les rues Plumet et de Babylone, il se proposait d’y faire construire les écuries nécessaires pour le service de sa personne et de sa maison, mais que ce projet qui l’intéresse essentiellement, ne pouvait avoir lieu qu’en formant sur ce terrain une nouvelle rue, qui communiquerait par un bout à la dite rue Plumet, et par l’autre à la d. rue de Babylone ; permettons et autorisons ce qui suit : Il sera formé et ouvert une nouvelle rue sous le nom de Monsieur, sur le terrain ci-devant en marais, situé au faubourg Saint-Germain à Paris, entre les rues Plumet et de Babylone, aboutissant au rempart, laquelle aura trente pieds de largeur. Donné à Versailles, le 7e jour du mois de novembre, l’an de grâce 1778, et de notre règne le 5e. Signé Louis. » — Ces lettres-patentes furent exécutées en août 1779. Pendant quelques années cette rue porta le nom de Fréjus, qui est celui d’un port du département du Var, où Napoléon débarqua le 9 octobre 1799, en revenant d’Égypte. — Une décision ministérielle du 7 août 1810, signée Montalivet, a maintenu la largeur primitive. En vertu d’un arrêté préfectoral du 27 avril 1814, cette voie publique a repris la dénomination de rue Monsieur. Les constructions riveraines sont alignées.

Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, Monsieur, naquit à Versailles le 17 novembre 1755, régna sous le nom de Louis XVIII, et mourut le 16 septembre 1824.

Monsieur-le-Prince (rue).

Commence au carrefour de l’Odéon, nos 15 et 17, et à la rue de l’Odéon ; finit aux rues des Francs-Bourgeois, no 1, et de Vaugirard, no 2. Le dernier impair est 55 ; le dernier pair, 36. Sa longueur est de 363 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

On commença vers 1315 à bâtir sur cette partie de l’ancien Clos-Bruneau. L’une des voies principales prit le nom des Fossés, parce qu’elle fut alignée sur les fossés qu’on venait de combler. On la nomma ensuite des Fossés-Monsieur-le-Prince, parce que l’hôtel du prince de Condé s’étendait jusqu’à cette voie publique. En 1793, elle reçut le nom de rue de la Liberté. Depuis 1806, on la désigne sous la dénomination de rue Monsieur-le-Prince. — Une décision ministérielle à la date du 4 nivôse an IX, signée Chaptal, fixa la largeur de cette rue à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 26 février 1844, cette largeur est portée à 12 m. Propriétés, de 1 à 7, retranch. 4 m. 50 c. à 5 m. 30 c. ; 9, ret. réduit 4 m. ; 11, ret. réduit 3 m. 50 c. ; 13, ret. réduit 2 m. 80 c. ; 15, ret. réduit 2 m. 20 c. ; 17, ret. réduit 1 m. 50 c. ; 19, ret. réduit 1 m. 10 c. ; 21, ret. réduit 1 m. ; de 23 à 27, ret. 2 m. ; 29 et 29 bis, ret. 50 c. ; de 31 à 45, ret. 2 m. 20 c. à 2 m. 40 c. ; 45 bis, ret. 1 m. 10 c. ; de 47 à la fin, ret. 2 m. 20 c. à 2 m. 50 c. ; 2 et 4, alignées ; 6, ret. réduit 1 m. 20 c. ; de 8 à 12, ret. 2 m. 20 c. à 2 m. 40 c. ; 14, ret. 1 m. 30 c. ; 16, 18, ret. 2 m. 10 c. ; 20, ret. 1 m. 10 c. ; de 22 à la fin, ret. 1 m. 80 c. — Conduite d’eau depuis le carrefour de l’Odéon jusqu’à la rue Racine. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Monsigny (rue).

Commence aux rues Marsollier, no 17, et Dalayrac, no 50 ; finit à la rue Neuve-Saint-Augustin, nos 19 et 21. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 72 m. — 2e arrondissement, quartier Feydeau.

Cette rue, ouverte conformément à une ordonnance royale du 8 octobre 1826, a été dénommée en 1829. Sa largeur est de 12 m. Les constructions riveraines sont alignées. — Éclairage au gaz (compe Anglaise). (Voyez rue Dalayrac.)

Pierre-Alexandre de Monsigny, célèbre compositeur de musique, membre de l’Institut, né à Fauquembert, dans l’Artois, le 17 octobre 1729, est mort à Paris le 14 janvier 1817. Il a laissé de nombreux ouvrages dont les principales qualités consistent dans la simplicité, l’expression et la mélodie.

Montaigne (rue de).

Commence au Rond-Point des Champs-Élysées, no 2 ; finit à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, nos 109 et 109 bis. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 34. Sa longueur est de 306 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Charles-Philippe d’Artois (depuis Charles X) était, en 1790, propriétaire d’un vaste terrain qui faisait partie de l’ancien Colisée. Ce terrain, devenu propriété nationale, fut vendu en dix lots le 6 thermidor an III. La rue qui nous occupe fut tracée sur une partie de son emplacement. Dès le 6 thermidor an XII, le ministre de l’intérieur en fixa la largeur à 14 m. 40 c., et lui assigna le nom de Montaigne. — En vertu d’une décision ministérielle du 18 ventôse an XIII, la largeur de cette voie publique a été réduite à 10 m. 80 c. Les constructions riveraines ne sont pas soumises à retranchement. — Égout entre les rues de Ponthieu et du Faubourg-Saint-Honoré. — Éclairage au gaz (compe de l’Ouest).

Michel de Montaigne, l’un des plus célèbres philosophes de son temps, naquit le 28 février 1533, au château de Montaigne, en Périgord. En 1572, il commença son livre des Essais, qui est à la fois l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française et de l’esprit philosophique. Cet ouvrage parut en 1580, portant pour épigraphe ces trois mots : Que sais-je ? Montaigne mourut le 13 septembre 1592.

Mont-de-Piété (le).

Situé dans les rues des Blancs-Manteaux, no 18, et de Paradis, no 7. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

« Versailles, le 9 décembre 1777. — Louis, etc… Les bons effets qu’ont produits et produisent encore les Monts-de-Piété chez différentes nations de l’Europe, et notamment ceux formés en Italie, ainsi que ceux érigés dans nos provinces de Flandres, Hainault, Cambrésis et Artois, ne nous permettent pas de douter des avantages qui résulteraient en faveur de nos peuples, de pareils établissements dans notre bonne ville de Paris, et même dans les principales villes de notre royaume. Ce moyen nous a paru le plus capable de faire cesser les désordres que l’usure a introduits, et qui n’ont que trop fréquemment entraîné la perte de plusieurs familles. Nous étant fait rendre compte du grand nombre de mémoires et de projets présentés à cet effet, nous avons cru devoir rejeter tous ceux qui n’offraient que des spéculations de finance, pour nous arrêter à un plan formé uniquement par des vues de bienfaisance, et digne de fixer la confiance publique, puisqu’il assure des secours d’argent peu onéreux aux emprunteurs dénués d’autres ressources, et que le bénéfice qui résultera de cet établissement sera entièrement appliqué au soulagement des pauvres et à l’amélioration des maisons de charité. À ces causes, etc… Ordonnons, voulons et nous plaît ce qui suit : — Article 1er. Il sera incessamment établi dans notre bonne ville de Paris un Mont-de-Piété ou bureau général d’emprunt sur nantissement, tenu sous l’inspection et administration du lieutenant-général de police ; qui en sera le chef, et de quatre administrateurs de l’Hôpital-Général nommés par le bureau d’administration du dit Hôpital-Général et dont les fonctions seront charitables et entièrement gratuites. — Article 2e. Toutes personnes connues et domiciliées ou assistées d’un répondant connu et domicilié, seront admises à emprunter les sommes qui seront déclarées pouvoir être fournies, d’après l’estimation qui sera faite des effets offerts pour nantissement, et ces sommes leur seront prêtées des deniers et fonds qui seront mis dans la caisse du dit bureau, savoir : pour la vaisselle et les bijoux d’or et d’argent, à raison des quatre cinquièmes du prix de la valeur au poids, et pour tous les autres effets à raison des deux tiers de l’évaluation faite par appréciateurs du dit bureau, etc… On percevra des emprunteurs à à l’instant du prêt, pour droit de prisée, un denier pour livre du montant de la somme prêtée. — Article 3e. Permettons aux administrateurs d’établir aussi, s’ils le jugent nécessaire, dans notre bonne ville de Paris, sous la dénomination de prêt auxiliaire, différents bureaux particuliers, etc… — Article 4e. Il ne pourra être perçu ou retenu pour frais de garde, frais de régie, et pour subvenir à toutes les dépenses et frais généralement quelconques relatifs au dit établissement, sous quelque prétexte ou dénomination que ce puisse être, autres que pour les frais de prisée, par nous ci-dessus réglés, et pour ceux de vente dont il sera parlé ci-après, au-delà de deux deniers pour livre par mois du montant des sommes prêtées, et le mois commencé sera payé en entier quoique non fini. — Art. 5e. Les effets mis en nantissement seront au plus tard, à l’expiration de l’année du prêt révolue, retirés par les emprunteurs ou par les porteurs de la reconnaissance qui aura été délivrée au d. Mont-de-Piété ; sinon, dans le mois qui courra, les dits effets seront vendus par ordonnance du lieutenant-général de police, et par le ministère d’un des huissiers commissaires-priseurs de notre Châtelet de Paris, etc… — Art. 6e. Les deniers qui proviendront de la vente des effets mis en nantissement seront remis aux propriétaires après le prélèvement fait de la somme empruntée, et des deux deniers par livre par chaque mois, échu depuis le jour du prêt jusqu’à celui de la vente, etc… Donné à Versailles, le 9 décembre, l’an de grâce 1777, et de notre règne le 4e. Signé Louis. » (Extrait des lettres-patentes.) — La construction des bâtiments du Mont-de-Piété a été achevée en 1786.

La loi du 16 vendémiaire an V avait conféré aux hospices de Paris la propriété du Mont-de-Piété. Le 8 ventôse de la même année, la commission administrative arrêta ainsi son organisation : 1o que le Mont-de-Piété serait administré par la commission des hospices ; 2o que cette commission s’adjoindrait cinq administrateurs faisant chacun cent mille francs de fonds, représentant dix actions ; 3o qu’il serait créé dix mille actions de 10,000 francs chacune, ou cinq mille de 20,000 francs ; 4o que les actions produiraient cinq pour 0/0 d’intérêt, et que les actionnaires jouiraient en outre de la moitié des bénéfices ; 5o que l’autre moitié appartiendrait aux hospices. Ces clauses, approuvées le 3 prairial an V, par le Directoire exécutif, furent converties en acte de société le 2 messidor an V. Il fut alloué à tous les administrateurs un droit de présence de 15 francs par jour. Cette rétribution forma le traitement des administrateurs jusqu’au 1er fructidor an XII.

Par délibération du 12 prairial an VII, il fut décidé que les arrérages de la dette du Mont-de-Piété seraient payés sur les produits de l’établissement, avant aucun partage de bénéfice. L’administration des hospices avait fait déposer à la caisse du Mont-de-Piété presque tous ses revenus, sous la condition d’un intérêt. Un décret du 8 thermidor an XIII ordonna la clôture des maisons de prêt à Paris, et réorganisa l’établissement, sur de nouvelles bases. Le règlement porte : 1o que les actions du Mont-de-Piété seront remboursées sans délai ; 2o que le Mont-de-Piété sera administré sous l’autorité du ministre de l’intérieur, et celle du préfet du département de la Seine, par le conseil d’administration établi par le décret du 25 messidor an XII, et conformément au règlement annexé au décret ; 3o que les délibérations du conseil seront soumises au ministre de l’intérieur par le préfet du département.

Il nous reste maintenant à donner quelques détails sur les opérations de cet établissement.

Dans ces dernières années les engagements ont présenté les chiffres ci-après :

Articles. Sommes.
1838 . . . . . . 1,124,411. 17,098,817 fr.
1839 . . . . . . 1,175,327. 18,254,666 fr.
1840 . . . . . . 1,220,692. 18,576,020 fr.
1841 . . . . . . 1,109,667. 17,587,279 fr.
1842 . . . . . . 1,183,224. 19,451,197 fr.

La moyenne des prêts effectifs, qui était en 1840 de 15 fr. 21 c. ; en 1841, de 15 fr. 85 c. ; s’est élevée en 1842 à 16 fr. 44 c.

Il est à remarquer que la classe ouvrière est généralement animée d’un esprit d’ordre et de conservation. Ainsi les jours ordinairement consacrés à la dissipation sont ceux où cette classe intéressante applique ses salaires et ses économies à retirer les effets dont le dépôt au Mont-de-Piété lui a procuré des secours dans ses moments de gène.

Les dégagements opérés les samedis et les dimanches sont de beaucoup supérieurs aux engagements ; l’excédant sur les autres jours de la semaine a été, en 1842, de 95,264 articles pour une somme de 722,642 fr.

La perception des droits s’est élevée pendant le cours de l’année 1842 :

Par les dégagements, à 1,717,790 fr. 90 c.
Par les renouvellements, à 1,593,148 fr. 40 c.
Par les ventes, à 1,145,445 fr. 45 c.

Total 1,456,384 fr. 75 c.

Les bénéfices versés dans la caisse des hospices ont produit, savoir :

1838 . . . . . . 198,712 fr. 32 c.
1839 . . . . . . 195,541 fr. 86 c.
1840 . . . . . . 334,215 fr. 58 c.
1841 . . . . . . 429,979 fr. 85 c.
1842 . . . . . . 334,452 fr. 41 c.

Montebello (quai de).

Commence à la rue des Grands-Degrés, no 16, et au pont de l’Archevêché ; finit à la place du Petit-Pont et au Petit-Pont. Le dernier numéro est 29. Sa longueur est de 278 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Un procès-verbal dressé par le conseil des bâtiments civils dans sa séance du 13 floréal an VII, porte ce qui suit : « Nouveau quai à établir depuis l’extrémité de celui de Miramiones jusqu’au Petit-Pont. » — Ce quai aura quinze mètres de largeur à compter du parement extérieur du parapet qui terminera le mur de revêtement ; il sera dirigé sur une seule ligne droite depuis la nouvelle place du Petit-Pont jusqu’en deçà de la rue Perdue, où il se terminera par un pan coupé de 6 m. 33 c. de face formant des angles égaux, etc… En conséquence, le bâtiment de l’hospice d’Humanité (Hôtel-Dieu) qui en occupe l’emplacement, et toutes les maisons qui se trouvent à la suite jusques et compris le bâtiment de la fontaine épuratoire, placée vers l’extrémité du quai des Miramiones, seront démolis tant pour augmenter le port aux tuiles, qui est insuffisant, que pour former le débouché du d. quai, dont la construction fait partie des travaux ordonnés par l’édit de 1786 (V. S.) non abrogé. Il sera formé une ouverture de 62 m. de large vis-à-vis la culée du pont Charles qui pourra être rendu public après la translation de l’hospice dans un autre local. Cette ouverture, qui est commandée par le peu d’espace qui resterait dans cette partie pour bâtir des maisons, entre le quai et la rue de la Bûcherie, formera d’ailleurs un débouché commode pour cette rue, et pourra concourir à l’assainissement de cette partie de la commune de Paris. » — Ces dispositions, approuvées par le ministre de l’intérieur Chaptal, le 20 fructidor an XI, ne furent pas alors exécutées. — « Au palais des Tuileries, le 25 mars 1811. — Napoléon, etc… Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 2e. Il sera construit un quai en maçonnerie sur la rive gauche de la Seine, entre le pont Saint-Michel et le pont de la Tournelle. Ce quai portera le nom de Montebello, etc… » — Ce décret ne reçut son exécution que pour la partie comprise entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. Cette partie a reçu le nom de quai Saint-Michel (voyez cet article). Un mur de parapet fut construit, en 1817, depuis la rue des Grands-Degrés jusqu’au Pont-au-Double. — Une décision ministérielle du 5 octobre 1818 modifia les dispositions de l’alignement approuvé en l’an XI, en maintenant toutefois la largeur de 15 m. ; et donna au quai dont il s’agit la dénomination de quai de la Bûcherie. — Une ordonnance royale du 29 avril 1839 est ainsi conçue : — « Article ler. Le prolongement du quai de la Bûcherie, sur l’emplacement occupé par les maisons portant les nos 2, 4, 6, 8, 10, 12 et 14 sur la rue des Grands-Degrés est déclaré d’utilité publique. » Cette amélioration a été réalisée en 1840. Dans le courant de l’année 1843, l’administration municipale a exécuté le décret de 1811, en restituant à cette voie publique le nom de Montebello.

La partie de ce quai, comprise entre le Pont-au-Double et le Petit-Pont, a été formée en vertu d’une ordonnance royale du 22 mai 1837, qui contient les dispositions suivantes : « Le projet d’un nouveau quai en prolongement du quai de la Bûcherie, sur l’emplacement des bâtiments de l’Hôtel-Dieu, est approuvé. L’exécution de ce projet est déclarée d’utilité publique. » Ce percement a été réalisé en 1840, au moyen du dédoublement du bâtiment Saint-Charles.

Les constructions riveraines du quai de Montebello sont alignées, à l’exception de celles nos 15 et 17. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Jean Lannes, duc de Montebello, né à Lectoure le 11 avril 1769, exerçait la profession de teinturier, lorsqu’en 1792 il partit pour l’armée des Pyrénées-Orientales en qualité de sergent-major. Quoique chef de brigade dès 1795, il se rendit comme simple volontaire à l’armée d’Italie, où sa valeur fixa l’attention de Bonaparte. Le grade de général avait récompensé ses faits d’armes quand il alla cueillir de nouveaux lauriers en Égypte. Nommé maréchal d’empire en 1804, Lannes se distingua par son intrépidité dans les campagnes d’Autriche, de Russie et d’Espagne. La bataille d’Essling fut son dernier succès. Blessé mortellement, il vécut jusqu’au 31 mai 1809, dans les douleurs produites par une double amputation. Napoléon fut vivement affecté de cette mort. Il disait en parlant de ce général : « Je l’ai pris pygmée, je l’ai perdu géant. »

Montesquieu (passage de).

Commence au cloître Saint-Honoré, no 5 ; finit à la rue de Montesquieu, no 5. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Il a été construit de 1810 à 1811.

Montesquieu (rue de).

Commence à la rue Croix-des-Petits-Champs, nos 13 et 15 ; finit à la rue des Bons-Enfants, nos 16 et 18. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 76 m. — 4e arrondissement, quartier de la Banque.

Le chapitre Saint-Honoré, supprimé en 1790, devint propriété nationale. Le 27 octobre de la même année, la section de la halle au Blé sollicita l’ouverture d’une rue qui, partant de la rue Croix-des-Petits-Champs, en face de celle du Pélican et traversant l’emplacement du cloître Saint-Honoré, irait aboutir vis-à-vis de l’entrée de la cour des Fontaines. Le département des travaux publics, auquel ce projet fut soumis, donna son assentiment à l’ouverture de cette rue, mais fut d’avis d’en modifier la direction. Le corps municipal, dans sa séance du 13 août 1793, approuva le plan présenté par le département des travaux publics. Les maisons et terrains qui dépendaient du chapitre Saint-Honoré, furent adjugés le 25 messidor an IV. Une clause ainsi conçue fut insérée dans l’acte de vente : « L’acquéreur sera tenu, dans le plus bref délai possible, d’ouvrir une rue depuis celle des Bons-Enfants, en face de la porte de la cour des Fontaines du Palais-Égalité (Royal), jusqu’au carrefour de la rue Croix-des-Petits-Champs, aboutissant à la rue du Bouloi, en se conformant au plan général annexé à la minute de la délibération des commissaires-artistes, pour la division, l’embellissement, l’assainissement de la commune de Paris ; desquels délibération et plan il lui a été donné copie, et qui au surplus resteront annexés à la présente minute, et encore, conformément à l’alignement qui lui sera donné par la commission exécutive des travaux publics, sur sa réquisition ; 2o de donner trente pieds de large au moins à cette rue, et de se conformer, pour l’élévation des nouveaux bâtiments, à la hauteur prescrite par les règlements ; 3o d’acquérir, d’après les formes prescrites par les lois existantes et pour son compte, sans aucun recours ni répétition envers le gouvernement, une maison appartenant au citoyen Amelin, sise rue des Bons-Enfants, vis-à-vis l’arcade de la cour des Fontaines du Palais-Égalité, dont partie de ladite maison se trouvera même comprise dans l’emplacement de la nouvelle rue. » — Le 7 prairial an X, le ministre Chaptal fixa définitivement la largeur de cette rue à 9 m. 74 c. et décida qu’elle porterait le nom de Montesquieu. Ce percement fut exécuté peu de temps après. Les constructions riveraines sont alignées. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, naquit au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689. En 1716, il était président à mortier au parlement de Bordeaux. Le célèbre auteur de l’Esprit des Lois et des Lettres Persanes mourut le 10 février 1755.

Montfaucon (rue).

Commence à la rue du Four, nos 1 et 3 ; finit à la rue Clément, nos 8 et 10. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 50 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Cette localité servait autrefois d’entrée à la foire Saint-Germain-des-Prés. C’est ainsi qu’elle est indiquée sur le plan de Verniquet. Elle a été convertie en rue en 1817. — Une décision ministérielle à la date du 12 novembre de cette année, fixa la largeur de cette voie publique à 12 m. 50 c. Cette dimension a été maintenue par une ordonnance royale du 12 mai 1841. Les maisons nos 1 et 3 devront reculer de 1 m. 30 c. ; celles nos 5 et 7 sont alignées. La propriété no 2 devra avancer sur ses vestiges actuels. Les maisons nos 4 et 6 sont soumises à un retranchement qui n’excède pas 1 m. 70 c. La maison no 8 est à l’alignement. — Portion d’égout du côté de la rue du Four. — Éclairage au gaz (compe Française).

Bernard de Montfaucon, prêtre et religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, naquit le 17 janvier 1655, au château de Soulange, en Languedoc. Il mourut à l’abbaye Saint-Germain-des-Prés le 21 décembre 1741, et fut enterré dans la chapelle Notre-Dame. Cette abbaye étant devenue propriété nationale, il fut exhumé le 3 vendémiaire an VIII et transporté au Musée des Monuments Français. Le 26 février 1819, ses cendres, ainsi que celles de Mabillon et de Descartes, furent recueillies et déposées en grande pompe dans l’église Saint-Germain-des-Prés. Ses principaux ouvrages sont : la Collection des Saints Pères et les Antiquités expliquées.

Montgallet (rue).

Commence à la rue de Charenton, no 141 ; finit à la grande rue de Reuilly, nos 68 et 70. Le dernier impair est 7. Le dernier pair, 26. Sa longueur est de 343 m. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

C’était autrefois la rue du Bas-Reuilly. Sa dénomination actuelle lui vient d’un propriétaire riverain. — Une décision ministérielle du 28 pluviôse an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont alignées sauf redressement. Celles de 2 à 14 ne sont pas soumises à retranchement. Le surplus de ce côté devra reculer de 1 m. 30 c. à 1 m. 70 c. Cette rue n’est pas encore pavée.

Montgolfier (rue).

Commence à la rue Conté et à la place de l’ancien Marché-Saint-Martin, no 12 ; finit à la rue du Vertbois, nos 5 et 9. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé en grande partie par le Marché-Saint-Martin. Le dernier pair est 22. Sa longueur est de 154 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

La partie de cette voie publique comprise entre les rues Conté et Ferdinand-Berthoud, a été ouverte au commencement de l’année 1817, en vertu d’une décision ministérielle du 9 octobre 1816, qui fixa sa largeur à 10 m. — Une ordonnance royale du 23 juillet 1817 prescrivit le prolongement de cette rue jusqu’à cette du Vertbois, et autorisa le préfet du département à traiter, soit de gré à gré, soit dans les formes prescrites par la loi du 8 mars 1810, de l’acquisition des bâtiments qui se trouvaient sur ce prolongement. Cette ordonnance reçut immédiatement son exécution. — Le ministre de l’intérieur décida, le 27 septembre suivant, que cette voie publique prendrait, dans toute son étendue, le nom de rue Montgolfier. — Une ordonnance royale du 14 janvier 1829 a maintenu la largeur de 10 m. ; les propriétés riveraines sont alignées. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière). (Voyez Marché-Saint-Martin).

Joseph-Michel Montgolfier, célèbre pour avoir accrédité en France, avec son frère Étienne, les ballons aérostatiques, naquit à Vidalon-lez-Annonay, le 26 août 1740. Il fut l’inventeur du Bélier hydraulique, du Calorimètre, d’une presse hydraulique et perfectionna la fabrication du papier. Nommé en 1807 membre de l’Institut et conservateur-administrateur de l’établissement des arts et métiers, Montgolfier mourut aux eaux de Balaruc, le 26 juin 1810.

Montholon (rue).

Commence à la rue du Faubourg-Poissonnière, nos 57 et 57 bis ; finit aux rues Cadet, no 35, et Rochechouart, no 40. Le dernier impair est 27 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 299 m. — 2e arrondissement, quartier du Faubourg-Montmartre.

« Louis, etc… Permettons, autorisons, voulons et nous plaît ce qui suit : — Article 1er. Il sera ouvert aux frais des sieurs Lenoir et compe, trois nouvelles rues de trente pieds de large chacune, sur le terrain qui leur appartient entre les rues Rochouard, d’Enfer, la barrière Sainte-Anne et la rue Bellefond, la principale desquelles rues traversera ledit terrain dans toute sa longueur débouchera d’un côté dans la rue Sainte-Anne, et de l’autre dans la rue Rochouard et sera nommée rue de Montholon. — Art. 2e. Au milieu de ladite rue de Montholon sera formé un carrefour par la réunion de deux autres rues, l’une nommée rue Papillon, qui débouchera au carrefour de ladite rue Sainte-Anne et de ladite rue d’Enfer, et l’autre nommée rue Riboutté, qui débouchera au milieu ou environ de ladite rue d’Enfer, etc. Donné à Versailles le 2e jour de septembre l’an de grâce 1780, et de notre règne le 7e. Signé Louis. » — Les alignements de ces trois rues furent tracés le 22 juin 1781. — La largeur de 30 pieds a été maintenue en vertu d’une décision ministérielle du 21 prairial an X, signée Chaptal, et d’une ordonnance royale du 23 août 1833. Les constructions riveraines sont alignées. — Portions d’égout du côté des rues du Faubourg-Poissonnière et Rochechouart. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

M. de Montholon qui a donné son nom à cette voie publique, était conseiller d’état en 1780. Son hôtel était situé sur le boulevart Poissonnière.

Montmartre (abattoir).

Situé avenue Trudaine, entre les rues Rochechouart et Bochart-de-Saron. — 2e arrondissement, quartier du Faubourg-Montmartre.

Cet abattoir, dont la première pierre a été posée le 2 décembre 1808, occupe un espace de 34,500 m. superficiels. Sa construction, confiée d’abord à M. Bellanger, puis à M. Poidevin, comme architectes, et à MM. Clochard et Guénepin comme inspecteurs, a été commencée dès 1809 ; c’est à cette circonstance, ainsi qu’à la forme particulière du terrain, qu’est due la différence qu’on remarque dans sa disposition générale et dans quelques-unes de ses dispositions de détail, avec les autres établissements de cette nature. (Voir l’article Abattoirs.)

Montmartre (barrière).

Située à l’extrémité de la rue Pigalle.

On la nommait autrefois barrière Royale. Cette barrière est décorée d’un bâtiment à quatre façades avec colonnes et massifs vermiculés. (Voir l’article Barrières.)

Montmartre (boulevart).

Commence aux rues Montmartre, no 181, et du Faubourg-Montmartre, no 1 ; finit aux rues de Richelieu, no 112, et Grange-Batelière, no 2. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 215 m. — 2e arrondissement. Les numéros impairs sont du quartier Feydeau ; les numéros pairs dépendent du quartier de la Chaussée-d’Antin.

Ce boulevart, formé en vertu des lettres-patentes du mois de juillet 1676, tire son nom de sa proximité de la porte Montmartre. La largeur de la chaussée est de 19 m. Une ordonnance royale en date du 1er mai 1826 a déterminé l’alignement de ce boulevart. Maison à l’encoignure de la rue Montmartre, retranchement réduit 70 c. Les autres constructions de ce côté sont alignées ; 2, alignée ; 4 et 6, redressement ; surplus, aligné. — Conduite d’eau dans une partie. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Montmartre (chemin de ronde de la barrière).

Commence à la rue Pigalle et à la barrière Montmartre ; finit à la rue Fontaine et à la barrière Blanche. Pas de numéro. Sa longueur est de 364 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Une ordonnance royale à la date du 28 février 1837, a maintenu la largeur de 11 m. 69 c., d’après laquelle ce chemin de ronde est presqu’entièrement exécuté. (Voyez l’article Chemins de ronde.)

Montmartre (place de la barrière).

Située au débouché des rues Pigalle et Frochot. Pas de numéro. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Cette place, dont la forme est demi-circulaire, a été construite en 1827, sur les terrains appartenant à M. Brack. L’ordonnance royale d’autorisation est à la date du 27 septembre 1826. (Voyez rue Frochot.) — Bassin d’égout.

Montmartre (rue).

Commence aux rues Traînée et Montorgueil, no 1 ; finit aux boulevarts Montmartre, no 1, et Poissonnière, no 31. Le dernier impair est 181 ; le dernier pair, 182. Sa longueur est de 939 m. — De 1 à 49 et de 2 à 72, 3e arrondissement, quartier Saint-Eustache ; de 51 à 141, 3e arrondissement, quartier du Mail ; de 143 à la fin, 2e arrondissement, quartier Feydeau ; de 74 à la fin, 3e arrondissement, quartier Montmartre.

Pour indiquer les agrandissements successifs de cette voie publique, nous dirons que la première porte Montmartre, que l’on nommait également porte Saint-Eustache, faisait partie de l’enceinte de Philippe-Auguste. Elle avait été construite vers l’an 1200, en face des maisons nos 15 et 32. Vers l’année 1380, Paris s’était alors considérablement agrandi, et le torrent commençait à déborder. L’ancienne porte fut alors démolie et reconstruite dans la même rue, aux coins méridionaux des rues des Fossés-Montmartre et Neuve-Saint-Eustache, en face des maisons nos 81 et 92. Le mur d’enceinte, ou le rempart, passait entre les rues des Fossés-Montmartre et l’impasse Saint-Claude, qui s’appelait alors rue du Rempart. Cette deuxième porte fut abattue en 1633, et vers la fin du règne de Louis XIII, une troisième fut construite entre la fontaine et la rue des Jeûneurs, presqu’en face de la rue Neuve-Saint-Marc. Cette dernière porte fut démolie vers l’année 1700. Au mois de mai 1812, on en découvrit les fondations en face des nos 153 et 162. — Une décision ministérielle, en date du 23 brumaire an VIII, signée Quinette, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Les maisons ci-après sont alignées : 1, 21, 23, 47, 51, 79, 109, 115, 125, 143, 145, 147, 149, 155, 157, 171, 181 ; 22, 38, 40, 74, 76, 80, 94, 96, 98, 100, 102, 104, 106, 108, 112, de 116 à 130, 144, 146, de 166 à la fin. Les propriétés de 31 à 45, 141 ; 72, 110, 114, de 132 à 142, de 148 à 158, ne devront subir qu’un léger redressement. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz depuis la rue Traînée jusqu’à celles du Mail et de Cléry (compe Française) ; le surplus (compe Anglaise).

Conformément à un projet publié en vertu d’arrêtés préfectoraux des 4 mai et 17 décembre 1842, la moindre largeur de la rue Montmartre doit être portée à 15 m.

Montmartre (rue des Fossés-).

Commence aux rues Vide-Gousset, no 2, et du Petit-Reposoir, no 6 ; finit à la rue Montmartre, nos 81 et 83. Le dernier impair est 31 ; le dernier pair, 21. Sa longueur est de 209 m. — 3e arrondissement, quartier du Mail.

On la désigna d’abord sous le nom de rue des Fossés, puis des Fossés-Montmartre, parce qu’elle fut alignée sur l’emplacement des fossés qui régnaient le long des murs de clôture construits sous Charles V et Charles VI. La porte Montmartre, démolie en 1633, était située dans la rue Montmartre, presqu’en face des coins méridionaux des rues Neuve-Saint-Eustache et des Fossés-Montmartre. — Une décision ministérielle du 23 brumaire an VIII, signée Quinette, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. Cette dimension est portée à 12 m. en vertu d’une ordonnance royale du 23 juillet 1828. Propriétés du côté des numéros impairs, retranchement, 1 m. 40 c. à 1 m. 65 c. ; maison no 2, retranchement, 1 m. 45 c. ; second no 2 et no 4, alignées ; surplus de ce côté, retranchement, 1 m. 45 c. à 1 m. 70 c. — Conduite d’eau depuis la rue Vide-Gousset jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Française).

Montmartre (rue du Faubourg-).

Commence aux boulevarts Montmartre, no 2, et Poissonnière, no 22 ; finit aux rues Fléchier, no 4, et Coquenard, no 43. Le dernier impair est 77 ; le dernier pair, 80. Sa longueur est de 635 m. — 2e arrondissement : les impairs sont du quartier de la Chaussée-d’Antin ; les pairs dépendent du quartier du Faubourg-Montmartre.

Elle est ainsi nommée parce qu’elle fait la continuation de la rue Montmartre. — Une décision ministérielle du 28 messidor an X, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 10 mai 1840, ont fixé la moindre largeur de cette voie publique à 15 m. Les maisons portant les numéros ci-après sont alignées 1, 5, 7, 9, 51 ; de 2 à 20 inclus, 28, 30, 32, 34, 36, 36 bis, et de 38 à 76 inclus. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Entre les nos 60 et 62 était située la chapelle Saint-Jean. Bâtie vers 1760, cette chapelle dépendait du cimetière de la paroisse Saint-Eustache. Elle fut supprimée en 1793, et vendue comme propriété nationale le 14 messidor an V. Rachetée par la ville de Paris, on y transféra, lors de la démolition de la chapelle des Porcherons, le culte de Notre-Dame-de-Lorette.

Montmorency (rue de).

Commence à la rue du Temple, nos 15 et 17 ; finit à la rue Saint-Martin, nos 142 et 144. Le dernier impair est 49 ; le dernier pair, 46. Sa longueur est de 363 m. — 7e arrondissement, quartier Sainte-Avoie.

Cette rue qui existait dès le commencement du XIIIe siècle, doit son nom à Mathieu de Montmorency qui y fit construire un hôtel en 1215. On la trouve aussi indiquée sous le nom de rue du Seigneur-de-Montmorency. De la rue du Temple à celle Transnonnain, elle s’est nommée Cour-au-Villain, dont on a fait par corruption Courtauvillain. En 1768, cette partie a pris également le nom de Montmorency. De 1793 à 1806, on l’appela rue de la Réunion, dénomination affectée à la section dont cette voie publique faisait partie. En 1806, elle reprit son ancien nom. — Une décision ministérielle du 18 vendémiaire an VI, signée Letourneux, et une ordonnance royale du 14 janvier 1829, ont fixé à 10 m. la largeur de la rue de Montmorency. Les maisons nos 4 bis, 6, 14, 18, 20, 32, 34, 36, 38 et 38 bis sont alignées. — Conduite d’eau depuis la rue Transnonnain jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Montmorency (Mathieu II, duc de), surnommé le Grand-Connétable, se distingua dans toutes les guerres de Philippe-Auguste, prit la plus grande part à la conquête de la Normandie sur Jean-sans-Terre (1203), et décida de la célèbre victoire de Bouvines (1214). L’année suivante, Montmorency fit la guerre aux Albigeois et fut nommé connétable en 1218. Sous le règne de Louis VIII, il eut le commandement en second de toutes les armées que le roi conduisait en personne ; à la mort de ce prince, Montmorency prit parti pour Blanche de Castille, lui assura la régence et mourut le 24 novembre 1230.

Montmorency (rue Neuve-de-).

Commence à la rue Feydeau, nos 12 et 14 ; finit à la rue Saint-Marc, nos 9 et 15. Le dernier impair est 3 ; le seul pair, 2. Sa longueur est de 29 m. — 2e arrondissement, quartier Feydeau.

« Louis, etc… Voulons et nous plait ce qui suit : — Article 1er. Il sera ouvert aux frais du sieur duc de Montmorency, et sur le terrein à lui appartenant, une rue de 24 pieds de large au moins, laquelle sera nommée rue Neuve-de-Montmorency, et communiquera de la rue Saint-Marc en face de l’hôtel dudit sieur duc de Montmorency à la rue Feydeau, etc. Donné à la Muette, le 13e jour du mois de septembre, l’an de grâce 1782, et de notre règne le 9e. Signé Louis. » — Ces lettres-patentes reçurent immédiatement leur exécution, mais la rue ne fut percée que sur une largeur de 23 pieds. — Une décision ministérielle du 5 germinal an VI, signée Letourneux, et une ordonnance royale du 4 mai 1826, ont maintenu cette largeur. — Conduite d’eau depuis la rue Saint-Marc jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Montorgueil (rue).

Commence à la rue Montmartre et à la place de la Pointe-Saint-Eustache ; finit aux rues du Cadran, no 1, et Saint-Sauveur, no 63. Le dernier impair est 77 ; le dernier pair, 112. Sa longueur est de 351 m. — De 1 à 59, 3e arrondissement, quartier Saint-Eustache ; de 61 à la fin, 3e arrondissement, quartier Montmartre. Tous les numéros pairs dépendent du 5e arrondissement, quartier Montorgueil.

La première partie de cette voie publique qui prend naissance à la Pointe-Saint-Eustache, et se termine à la rue Mauconseil et à l’impasse de la Bouteille, se nommait anciennement rue du Comte-d’Artois, de la Porte à la Comtesse-d’Artois ; en dernier lieu, simplement Comtesse-d’Artois. Elle tirait ces dénominations de Robert II, comte d’Artois, neveu de saint Louis, qui avait son hôtel entre les rues Pavée et Mauconseil. À la fin du XIIIe siècle fut ouverte une fausse porte qui prit le nom de Porte-au-Comte-d’Artois. On y voyait également une tour qui gênait le passage conduisant aux halles. Sur la requête des habitants de la rue Comtesse-d’Artois, et de Nicolas Janvier, marchand de poissons, la Ville ordonna, le 17 décembre 1498, de la démolir. En 1792 la rue Comtesse-d’Artois fut confondue avec la rue Montorgueil. — Une décision ministérielle du 3 ventôse an X, signée Chaptal, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. — Un arrêté préfectoral du 27 avril 1814 lui rendit son premier nom. Depuis 1830 elle fait partie de la rue Montorgueil, dont elle porte la dénomination. Quant à la seconde partie de la rue Montorgueil, qui finit aux rues du Cadran et Saint-Sauveur, elle se nommait au XIIIe siècle, Vicus Montis superbi (rue du Mont-Orgueilleux). Elle conduisait effectivement à un monticule ou butte dont la rue Beauregard occupe aujourd’hui le sommet. Cette voie publique s’étendait autrefois, sous le nom de Montorgueil, jusqu’au boulevart. (Voyez rues des Petits-Carreaux et Poissonnière.) Les maisons ci-après sont alignées de 1 à 7 inclus, 11, 13, 15, 67, 69, de 20 à 28 inclus, de 40 à 56 inclus, de 72 à 80 inclus, de 100 à 108 inclus. Les propriétés nos 9, 17, 19, 21, 31, 43, 45, de 60 à 70 inclus, de 82 à 98 inclus, 110 et 112 ne devront subir qu’un faible redressement. — Égout depuis la rue Mauconseil jusqu’à celle du Cadran. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Française).

Mont-Parnasse (barrière du).

Située à l’extrémité de la rue de ce nom.

Elle consiste en deux bâtiments ayant chacun deux péristyles avec colonnes. C’était sur un monticule voisin de cette barrière que les écoliers de l’Université s’assemblaient pour discuter sur la poésie, et pour lire leurs ouvrages. Cette butte, dont les échos ont sans doute répété plus de chansons grivoises que de discours latins, fut décorée par ces joyeux étudiants du titre pompeux de Mont-Parnasse. (Voir l’article Barrières.)

Mont-Parnasse (boulevart du).

Commence à la rue de Sèvres, nos 143 et 147 ; finit à la rue d’Enfer, no 60. Le dernier impair est 85 ; le dernier pair, 50. Sa longueur est de 1733 m. — De 1 à 13 et de 2 à 8, 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin ; de 15 à 85 et de 10 à 50, 11e arrondissement, quartier du Luxembourg ; second no 40, 12e arrondissement, quartier de l’Observatoire.

Il a été formé ainsi que tous les boulevarts du midi, en vertu des lettres-patentes du 9 août 1760. (Voyez boulevart d’Enfer.) D’après une décision ministérielle du 14 vendémiaire an IX, signée Chaptal, les constructions riveraines doivent être établies à 4 m. de distance du centre des arbres des contr’allées. Les propriétés ci-après ne sont pas soumises à retranchement : 9, 13, 15, 21, 23, 29, 33, 35, 37, 47, 51, 53, 55, 57, 59, 69, 71, 73 ; 2, partie du no 8, 12, 22, 24, 26, 26 bis, et de 34 à 50 inclus. — Égout entre la rue du Cherche-Midi et l’avenue du Maine. — Conduite d’eau depuis la rue de Sèvres jusqu’à celle de Vaugirard. — Éclairage au gaz (compe Française).

En 1839, on a exécuté dans cette voie publique d’importants travaux de pavage et de trottoirs qui ont occasionné une dépense de 150,000 fr.

Mont-Parnasse (chemin de ronde de la barrière du).

Commence aux rue et barrière du Mont-Parnasse ; finit aux avenue et barrière du Maine. Pas de numéro. Sa longueur est de 327 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

(Voyez l’article Chemins de Ronde.)

Mont-Parnasse (impasse du).

Située boulevart de ce nom, entre les nos 31 et 33. Pas de numéro. Sa longueur est de 87 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Elle a été formée au commencement de ce siècle. Sa largeur est fixée à 7 m. par une décision ministérielle du 3 décembre 1817. Les constructions riveraines devront reculer de 1 m. 20 c.

Mont-Parnasse (rue du).

Commence à la rue Notre-Dame-des-Champs, nos 18 et 20 ; finit aux chemins de ronde des barrières d’Enfer et du Mont-Parnasse. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 501 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.


1re Partie comprise entre la rue Notre-Dame-des-Champs et le boulevart du Mont-Parnasse.

« Louis, etc… Ordonnons, voulons et nous plaît ce qui suit : Article 1er. Nous avons autorisé et autorisons le sieur Roussel, curé de Vaugirard, à passer le traité avec le sieur Morel, conformément au projet ci-attaché sous le contre-scel de notre chancellerie, à faire avec l’Hôtel-Dieu, l’échange de 300 toises de terrains faisant partie du marais de la cure, situé au Mont-Parnasse, à prendre derrière le terrain que le sieur Morel tient à vie de l’Hôtel-Dieu, etc… — Art. 4e. Il sera ouvert aux frais du d. sieur Morel, une rue de trente pieds de largeur, conformément à notre déclaration du 16 mai 1769, sous la dénomination de rue du Mont-Parnasse, pour communiquer de la rue Notre-Dame-des-Champs aux nouveaux boulevarts, laquelle traversera le marais de la rue et les deux parties de terrain appartenant à l’Hôtel-Dieu ; l’ouverture de la d. rue et le pavé d’icelle, établi pour la première fois aux frais des propriétaires, conformément aux clauses du pavé de Paris et aux pentes qu’il conviendra, demeureront déchargés pour l’avenir de l’entretien et renouvellement du pavé de la d. rue, qui seront employés sur l’état du pavé de la ville, faubourgs et banlieues de Paris, etc. Donné à Fontainebleau au mois d’octobre 1773, et de notre règne le 5e. Signé Louis. » Ces lettres-patentes furent registrées au parlement le 5 septembre 1775, mais la rue ne fut ouverte que sur une largeur de 9 m. 58 c. Cette dimension a été maintenue par deux décisions ministérielles, la première du 2 thermidor an X ; la deuxième du 28 octobre 1817. Les propriétés riveraines-sont alignées.

2e Partie comprise entre le boulevart du Mont-Parnasse et les chemins de ronde.

Elle a été formée vers 1786, sur des terrains appartenant aux hospices civils de Paris. Le plan de Verniquet l’indique, mais sans dénomination. La décision ministérielle précitée du 28 octobre 1817, a fixé la largeur de cette voie publique à 12 m. On n’a commencé à bâtir des maisons dans cette partie de rue qu’en 1822. Les constructions riveraines ne sont pas soumises à retranchement.

Montpensier-Palais-Royal (rue de).

Commence à la rue de Richelieu, nos 6 et 8 ; finit à la rue de Beaujolais, nos 13 et 20. Le dernier impair est 41 ; le dernier pair, 38. Sa longueur est de 320 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Ouverte en 1784, sur une partie du jardin du Palais-Royal, elle fut exécutée d’après une moindre largeur de 8 m. ; on lui donna d’abord le nom de passage de Montpensier en l’honneur du duc de Montpensier, second fils du duc d’Orléans. Dans sa séance du 2 thermidor an VI, le conseil général du département de la Seine arrêta que cette communication s’appellerait rue Quiberon. Cette dénomination avait pour but d’éterniser le souvenir du combat de Quiberon, livré par les soldats républicains contre les émigrés, les Chouans et les Vendéens réunis, le 2 thermidor an III (20 juillet 1795). — En vertu d’un arrêté préfectoral du 27 avril 1814, cette rue a repris le nom de rue de Montpensier. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Montpensier-Saint-Honoré (rue de).

Commence à la rue de Valois, nos 1 et 2 ; finit à la rue de Rohan, nos 10 et 12. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 24 m. — 1er arrondissement, quartier des Tuileries.

Formée sur l’emplacement de l’Hôpital royal des Quinze-Vingts, en vertu des lettres-patentes du 16 décembre 1779, registrées au parlement le 31 du même mois, cette rue prit le nom de rue de Montpensier (voyez l’article précédent et la rue de Beaujolais-Saint-Honoré). — Elle fut exécutée sur une largeur de 7 m. qui a été maintenue par une décision ministérielle du 3 messidor an IX, signée Chaptal. Les constructions riveraines sont alignées. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Montreuil (barrière de).

Située à l’extrémité de la rue de Montreuil.

Elle est décorée d’un bâtiment ayant deux façades de six colonnes à bossages. Cette barrière tire son nom du village de Montreuil qui en est éloigné de 3,000 m. (Voyez l’article Barrières.)

Montreuil (chemin de ronde de la barrière de).

Commence aux rue et barrière de Montreuil ; finit à la rue de Charonne et à la barrière de Fontarabie. Pas de numéro. Sa longueur est de 636 m. — 8e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Antoine.

(Voir l’article Chemins de ronde.)

Montreuil (rue de).

Commence aux rues du Faubourg-Saint-Antoine, no 233, et Saint-Jules ; finit aux chemins de ronde des barrières de Montreuil et de Vincennes. Le dernier impair est 149 ; le dernier pair, 106. Sa longueur est de 1,064 m. — 8e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Antoine.

Il est fait mention du village de Montreuil dès le XIIe siècle. Le chemin qui de Paris conduisait à ce hameau, se couvrit d’habitations vers la fin du règne de Louis XIII. Il forma, en 1750, une rue qu’on indiqua sous le nom de Montreuil. — Une décision ministérielle du 27 fructidor an XI, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 6 mai 1827, ont fixé la moindre largeur de cette voie publique à 12 m. Les constructions ci-après ne sont pas soumises à retranchement : 1, 27, 41, 81 bis, 101, 107, de 111 à 121 inclus, de 129 à 135 inclus, et la maison à l’encoignure du chemin de ronde ; 12, 14, 28, 32, 40, de 44 à 52 inclus, de 66 à 72 inclus, 84, et de 90 à 98 inclus. Les propriétés nos 7, 9, 11, 85, 103, 109, 123, 125, 127, 137, 139 ; 34, 36, 74, 76, 78, 80, 86, 88, ne devront subir qu’un léger redressement. — Conduite d’eau depuis la rue des Boulets jusqu’aux deux bornes-fontaines.

Mont-Thabor (rue du).

Commence à la rue d’Alger, nos 5 et 9 ; finit à la rue de Mondovi, nos 5 et 6. Le dernier impair est 43 ; le dernier pair, 58. Sa longueur est de 415 m. — 1er arrondissement, quartier des Tuileries.

Cette rue a été ouverte sur l’emplacement des couvents de l’Assomption, des Feuillants et des Capucins. Nous avons parlé du couvent de l’Assomption à l’article de l’église qui en a retenu le nom. La rue de Rivoli ayant été ouverte sur la plus grande partie de l’emplacement autrefois occupé par la maison des Feuillants, nous rapporterons à l’article de cette voie publique tous les faits qui se rattachent à cette communauté religieuse. Nous n’avons plus qu’à tracer ici l’historique du couvent des Capucins. — Le cardinal de Lorraine, à son retour du concile de Trente, amena en France plusieurs religieux de l’ordre des Capucins et les établit dans son parc de Meudon. Après la mort du cardinal, ces moines retournèrent en Italie. En 1574, Pierre Deschamps, cordelier, qui s’était fait capucin, établit cette même année un petit couvent de capucins à Picpus. Quelque temps après le général de l’ordre envoya de Venise le frère Pacifique, commissaire-général, avec douze religieux et deux frères laïques ; ils descendirent au couvent de Picpus. Catherine de Médicis réunit tous ces religieux, et les établit dans la rue Saint-Honoré. Henri III, par lettres du mois de juillet 1576, les prit sous sa protection et sauvegarde spéciales. Ce couvent était situé dans l’origine sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la partie de la rue Saint-Honoré qui se trouve à l’ouest de la place Vendôme. La construction de l’église, commencée en 1601, fut achevée en 1610. Vers 1731, les Capucins firent rebâtir le portail et le mur du cloître du côté de la rue Saint-Honoré. En 1735, le chœur de l’église fut reconstruit. Dans la nef on voyait la tombe du père Ange ; ce singulier personnage, qui se nommait Henri de Joyeuse, porta le titre de marquis d’Arques, qu’il quitta pour prendre celui de comte Dubouchage. En 1587, le duc de Joyeuse perdit sa jeune épouse et se fit capucin. Ce fut lui qui dans la fameuse procession de Chartres, représentait le Sauveur montant au Calvaire. Il s’était laissé lier les bras et peindre sur le visage des gouttes de sang qui semblaient découler de sa tête couronnée d’épines ; il paraissait ne traîner qu’avec peine une longue croix de carton, et se laissait tomber par intervalles, poussant des gémissements lamentables. En voyant défiler devant la Cour, dans la cathédrale de Chartres, la pieuse mascarade, Crillon, brave guerrier, allié de Joyeuse, s’écria : « Frappez tout de bon ; fouettez, c’est un lâche qui a endossé le froc pour ne plus porter les armes. » Le père Ange ayant perdu successivement ses trois frères, quitta l’habit de capucin, sous prétexte qu’il pouvait rendre des services à la religion pendant la guerre de la Ligue. Redevenu duc de Joyeuse, il vendit sa soumission au roi Henri IV, qui le créa maréchal de France. Ce seigneur était souvent l’objet des plaisanteries du roi, d’humeur un peu caustique. Un jour que le duc de Joyeuse, placé près de Henri IV sur le balcon du Louvre, attirait les regards de plusieurs hommes du peuple, le roi lui dit : « Mon cousin, vous ignorez le motif de la surprise de ces bonnes gens : c’est de voir ensemble un renégat et un apostat. » Ces paroles firent une grande impression sur l’esprit du nouveau maréchal. Joyeuse se retira brusquement aux Capucins, en reprit l’habit, se soumit à leur règle et redevint le père Ange. Dans un accès de dévotion, il lui prit fantaisie de faire un voyage à Rome : il voulut y aller pieds nus ; cette folie lui coûta la vie. Il mourut à Rivoli, près de Turin, le 27 septembre 1608. Son corps fut rapporté en France et déposé dans l’église des Capucins. C’est sans doute le caractère inconstant de ce personnage que Boileau a voulu peindre dans ces deux vers :

« Il tourne au moindre vent, il tombe au moindre choc,
» Aujourd’hui dans un casque et demain dans un froc. »

C’est de Joyeuse que Voltaire a dit :

« Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire. »

Auprès de la tombe du père Ange était celle du terrible père Joseph. Il était fils aîné de Jean Leclerc du Tremblay, ambassadeur à Venise, chancelier du duc d’Alençon et président aux requêtes du parlement de Paris. Le génie de ce capucin, qu’on appelait l’éminence grise, maîtrisa souvent la politique du cardinal de Richelieu. Le père Joseph venait d’être promu au cardinalat lorsqu’il mourut à Ruel, le 18 décembre 1638. Le voisinage du tombeau du père Ange de celui du père Joseph inspira ce distique :

« Passant, n’est-ce pas chose étrange
» De voir un diable auprès d’un ange ? »

Le couvent des Capucins, supprimé en 1790, devint propriété nationale. Par un arrêté du 6 juillet de cette année, l’Assemblée Nationale chargea la municipalité de Paris de rendre libres les bâtiments des Capucins voisins de la salle des séances de cette assemblée ; et, par un autre arrêté du 30 du même mois, elle y établit ses bureaux. — « Paris, le 1er floréal, l’an X de la république, etc… Les Consuls de la république arrêtent : Article 1er. Les terrains appartenant à la république, situés dans le cul-de-sac du Manège, longeant la terrasse des Feuillants ; tous les terrains occupés par les Feuillants, les Capucins et l’Assomption seront mis en vente. — Art. 2. Le plan annexe au présent arrêté sera suivi et exécuté dans toutes ses parties, et servira de base pour dresser le cahier des charges. — Art. 7. Tous les fonds provenant des ventes ordonnées par le présent arrêté seront versés dans la caisse du trésorier du gouvernement, à la charge de pourvoir à toutes les dépenses que nécessiteront ces travaux. Le ministre des finances et le gouverneur du palais sont chargés de l’exécution du présent arrêté. Le premier consul, signé Bonaparte. » — Le plan dressé le 2 frimaire an XI, par MM. Percier et Fontaine, donnait à la rue projetée une largeur de 10 m. Son nom du Mont-Thabor consacre le souvenir de la glorieuse bataille gagnée en Syrie, le 16 avril 1799, par les Français sur les Turcs et les Mamelucks. — Jusqu’en 1832 le prolongement de la rue du Mont-Thabor formait impasse dans la rue de Castiglione. Cette impasse a été convertie en rue conformément à une ordonnance royale du 28 mai 1832 qui porte : « Article 1er. MM. Casimir-Pierre Périer, Louis Barthélemy et Valery Chéronnet, propriétaires des terrains de l’ancien hôtel de Noailles, à Paris, sont autorisés à prolonger sur leurs terrains l’impasse Mont-Thabor jusqu’à la rue d’Alger, sur une largeur de 10 mètres, conformément au plan ci-annexé, à la charge, tant par ces propriétaires que par les autres propriétaires riverains, de se conformer en tous points aux clauses et conditions énoncées dans la délibération du conseil municipal de la ville de Paris, du 14 mai 1830, relative à la rue d’Alger, établie sur le terrain de l’ancien hôtel de Noailles. » — Ce prolongement a été immédiatement exécuté. Les constructions de la rue du Mont-Thabor ne sont point soumises à retranchement. — Conduite d’eau dans une grande partie. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).


Montyon (rue de).

Commence aux boulevarts d’Enfer et du Mont-Parnasse ; finit à la barrière du Mont-Parnasse. Pas de numéro. Sa longueur est de 300 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Elle a été ouverte en 1839 sur les terrains appartenant aux Hospices civils de Paris. Sa largeur est de 13 m. Cette rue, qui n’est pas encore classée parmi les voies publiques de la capitale, a été dénommée en vertu d’une délibération du conseil municipal du 22 mai 1840.

Antoine-Jean-Baptiste-Robert Auget, baron de Montyon, naquit à Paris, le 23 décembre 1733. À vingt-deux ans, il était avocat du roi au Châtelet. Successivement maitre des requêtes, conseiller au grand conseil, intendant d’Auvergne, de Marseille, de la Rochelle ; chancelier du comte d’Artois, Montyon émigra en Suisse, puis en Angleterre. De retour à Paris, en 1814, il s’occupa de plusieurs fondations d’utilité publique. Mais de tous les bienfaits de cette âme charitable, le plus grand, sans contredit, est l’établissement qu’il créa en faveur des convalescents des hospices.

Le 29 décembre 1820, la mort vint enlever Montyon aux malheureux dont il était le père. Son testament porte à trois millions huit cent mille francs ses donations aux hospices, et à un million deux cent soixante-quinze mille francs celles qui doivent servir à tous les prix qu’il avait fondés et que distribuent, chaque année, l’Académie française et l’Académie des sciences.


Moreau (rue).

Commence à la rue de Bercy, nos 13 et 15 ; finit à la rue de Charenton, nos 46 et 48. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 66. Sa longueur est de 494 m. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

Elle doit sans doute cette dénomination à l’un des propriétaires riverains. On la trouve souvent indiquée sous le nom de rue des Filles-Anglaises, en raison du couvent ainsi appelé, dont les bâtiments bordaient une partie de cette voie publique. (Voir l’article de la rue de Charenton.) — Une décision ministérielle du 16 ventôse an XII, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 1e juin 1828 ont fixé la largeur de la rue Moreau à 12 m. Depuis 1831 cette voie publique a été considérablement élargie. Le numérotage des maisons situées sur le côté gauche est très irrégulier. Les propriétés ci-après sont alignées : nos 3, 7, 9, 23, 25, 27, partie du no 15, de 4 à 66. — Conduite d’eau depuis la rue des Terres-Fortes jusqu’à celle de Charenton.


Morgue (la).

Située quai du Marché-Neuf. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.
historique.

S’il faut en croire Vaugelas, cet écrivain d’un purisme si rigoureux, morgue serait un vieux mot français qui signifiait visage. À l’entrée des prisons, on trouvait autrefois un endroit portant le nom de Morgue, où l’on retenait quelquefois les prisonniers, au moment où on les écrouait, pour que les gardiens pussent bien voir leur morgue ou visage, afin de les reconnaitre en cas de tentative d’évasion. Plus tard, on exposa dans les Morgues, les cadavres dont la justice s’était saisie et qu’on voulait faire reconnaitre ; à cet effet, le public était admis à venir regarder par un guichet pratiqué dans la porte. À Paris, les corps inconnus furent exposés, jusqu’en 1804, dans la Basse-Geôle ou Morgue dépendant de la prison du grand Châtelet. À cette époque fut construit le bâtiment qu’on voit aujourd’hui à l’extrémité nord-est du pont Saint-Michel.

Ordonnance de Police du 9 floréal an VIII. — Cet acte intitulé : Ordonnance concernant la levée des cadavres, bien qu’il traite de beaucoup d’autres choses, entr’autres (art. 2 et 3) des secours à procurer aux cadavres qui donnent des signes de vie, et des primes à payer pour les noyés rappelés à la vie, règle le service intérieur de la Basse-Geôle à laquelle l’établissement de la Morgue a été substitué par l’ordonnance du 29 thermidor an XII. Plusieurs de ses dispositions sont tombées en désuétude ; voici les plus importantes de celles qui subsistent encore :

« Article 6. Aussitôt la réception du cadavre à la Basse-Geôle, il sera exposé nu aux regards du public, avec les précautions dues à la décence et aux mœurs ; ses vêtements seront suspendus à côté pour aider à la reconnaissance. Cette exposition durera trois jours.

» Art. 8. En cas de reconnaissance du cadavre à la Basse-Geôle, ceux qui le reconnaitront en feront leur déclaration devant le juge-de-paix ou le commissaire de police le plus voisin, qui leur en délivrera expédition. Sur le vu de cette déclaration, le préfet de police ordonnera la remise du cadavre et son inhumation en la manière accoutumée, sous les noms indiqués pour lui appartenir. Les réclamants paieront, s’ils en ont la faculté, les frais de repêchage et visite du cadavre, ceux de son transport à la Basse-Geôle et de son inhumation, sinon ils seront acquittés ainsi qu’il est dit en l’art. 13. Les vêtements et autres effets trouvés sur le cadavre leur seront remis.

» Art. 9. Tous les procès-verbaux relatifs aux cadavres envoyés à la Basse-Geôle, ainsi que les ordres d’inhumation, seront inscrits sur un registre tenu à cet effet à la préfecture de police.

» Art. 10. Il sera aussi tenu à la Basse-Geôle un registre où seront inscrits, jour par jour, la date de l’entrée des cadavres, leur signalement et les causes présumées de leur mort, ainsi que la date de leur sortie, soit pour être inhumés, soit pour être remis aux réclamants.

» Art. 12. Lorsqu’il sera repêché dans la rivière des portions de cadavre, celui qui les aura repêchées en donnera sur-le-champ avis au commissaire de police le plus voisin, et il sera procédé de la même manière que pour un cadavre entier.

» Art. 15. Il est expressément enjoint au greffier de la Basse-Geôle de vérifier, aussitôt l’arrivée d’un cadavre à la Basse-Geôle, si son signalement ne se trouverait pas conforme à l’un de ceux portés aux déclarations mentionnées en l’article précédent, auquel cas il en fera prévenir de suite la personne qui aura fait ladite déclaration, avec invitation de venir reconnaitre le cadavre pour être ensuite procédé ainsi qu’il est dit en l’art. 8. »

Ordonnance de police du 29 thermidor an XII. — Cette ordonnance portant affectation spéciale du nouveau bâtiment de la Morgue, renferme les dispositions suivantes :

» Article 1er. À compter du 1er fructidor prochain, la Basse-Geôle du ci-devant Châtelet de Paris sera et demeurera supprimée.

» Art. 2. À compter du même jour, les cadavres retirés de la rivière où trouvés ailleurs, dans le ressort de la préfecture de police, et qui n’auraient pas été réclamés, seront transportés et déposés dans la nouvelle Morgue, établie sur la place du Marché-Neuf (aujourd’hui quai du Marché-Neuf), quartier de la Cité. Ils y resteront déposés pendant trois jours, à moins qu’ils n’aient été reconnus et réclamés dans un moindre délai. Ils ne pourront être inhumés sans un ordre du préfet de police. »

Description du monument. — Détails sur le service intérieur.

Le monument de la Morgue, dont les dispositions intérieures ont reçu depuis peu d’années d’importantes améliorations, forme saillie, de toute sa profondeur, sur l’alignement du parapet qui borde le petit bras de la Seine. Une grande porte cochère donne accès à un immense vestibule. À gauche, en entrant, se trouve la Salle d’Exposition, que sépare du vestibule, dans toute sa longueur, un vitrage protégé par une barrière et derrière lequel s’étendent deux rangées de tables en marbre noir, inclinées vers les pieds et garnies chacune, vers l’endroit le plus élevé, d’une espèce d’oreiller ou pupitre, recouvert d’une feuille de cuivre qui maintient la tête dans une position convenable pour être bien vue. À droite, est le bureau du préposé de l’administration qui, sous le titre de greffier-concierge, et sous l’inspection d’un médecin, dirige l’établissement. À côté du bureau se trouve la salle d’autopsie, contenant deux tables de dissection, dont la plus neuve, la seule à peu près qui serve pour ces opérations, est garnie d’un appareil désinfectant, qui la met en communication avec un fourneau d’appel de près de 2 m. de haut, qui est placé dans la pièce voisine. Plus loin est la remise, qui renferme la voiture, en forme de caisson, dans laquelle on transporte au cimetière, sans pompe et roulés dans une serpillière, les corps qui ne sont pas reconnus ou qui ne sont pas réclamés. Dans une pièce voisine, que nous appellerons salle de lavage, et qui est dallée dans toute son étendue, se trouve une espèce de bassin long, en pierre dure et à large margelle, dans lequel on nettoie les effets apportés avec les cadavres. Près de ce bassin est placé un gros robinet, ordinairement garni d’un tuyau de pompe, et qui sert à laver les corps avant de les exposer. Dans une salle de dégagement, aussi dallée dans toute son étendue, et qui est située entre la précédente et la salle d’exposition, on dépose provisoirement sur des tables de pierre, et à l’abri des insectes, au moyen de demi-cylindres en toile métallique, les corps dont la reconnaissance a été opérée ou ceux qui sont dans un état de décomposition trop avancé pour être exposés, en un mot tous ceux qui attendent l’inhumation ; enfin, dans les combles se trouve un réduit dans lequel doit coucher celui des deux garçons de service qui passe la nuit dans l’établissement pour recevoir à toute heure les cadavres qui peuvent y être apportés.

But de l’institution. — Améliorations opérées.

L’établissement de la Morgue est spécialement destiné à l’exposition publique des individus sur l’état civil et le domicile desquels on n’a pu se procurer de renseignements suffisants pour faire dresser leurs actes de décès. — Le but que l’administration s’est proposé d’atteindre par l’institution de la Morgue est évidemment d’arriver à ce que le plus grand nombre possible des corps qu’on y transporte soit reconnu. Une exposition publique prolongée serait sans doute le meilleur moyen d’arriver à ce résultat, mais de puissantes considérations de salubrité ne permettent pas, dans l’état actuel de la science, de s’arrêter sérieusement à ce moyen, et il est aujourd’hui reconnu que les cadavres ne peuvent sans inconvénient séjourner plus de trois jours à la Morgue. C’est donc dans ce délai assez restreint qu’il s’agit d’obtenir les reconnaissances, puisqu’au-delà elles ne pourraient être opérées que sur le vu des effets seulement, et présenteraient dès lors plus de difficultés et surtout moins de certitude.

C’est dans ce sens qu’ont été dirigés jusqu’à présent les efforts de l’administration et, grâce à l’intelligente activité du greffier actuel de la Morgue, grâce à la promptitude des démarches officieuses faites pour faciliter et hâter les reconnaissances, le service de cet établissement a subi depuis quelques années d’importantes améliorations.

Ainsi, en 1830, quatre corps seulement étaient reconnus sur dix qu’on apportait à la Morgue, et aujourd’hui les reconnaissances s’élèvent à près des 9/10es ; autrefois les corps séjournaient en moyenne quatre à cinq jours à la Morgue avant d’être inhumés ou reconnus ; aujourd’hui la moyenne du séjour qu’ils y font n’est que de vingt-quatre heures environ.

Statistique sur la Morgue. — Développement sur les accidents et les suicides.

Nous allons terminer cette notice par une statistique détaillée qui donnera une idée de l’importance de l’établissement.

La Morgue de Paris reçoit en moyenne chaque année : 1o des quarante-huit quartiers de Paris ; 2o des soixante-dix-huit communes de la banlieue ; 3o des communes de Sèvres, Saint-Cloud et Meudon, comprises dans le ressort de la préfecture de police quoique faisant partie du département de Seine-et-Oise ; 4o de quelques autres communes environnantes, telles qu’Argenteuil, Saint-Germain, etc.

1o Portions de cadavres (10 à 12 chaque année) 11
2o Fœtus 38
3o Nouveau-nés à terme 26
4o Cadavres d’adultes (hommes 238, femmes 51) 289

Ce nombre de 289 adultes se divise en quatre catégories principales :

Hommes Femmes Total
Homicides 3 2 5
Morts subites ou par maladie 34 11 45
Blessures accidentelles suivies de mort 66 4 70
Suicides 134 35 169

Ces deux derniers articles méritent quelques développements que nous allons donner sous forme de tableaux synoptiques et qui, nous l’espérons, n’offriront pas moins d’intérêt au moraliste qu’au simple curieux. Nous devons toutefois faire observer que, malgré l’exactitude presque rigoureuse des documents que nous donnons, on n’aurait qu’une idée imparfaite du nombre des accidents et des suicides dont le département de la Seine est chaque année le théâtre, si nous n’y faisions figurer que le nombre des corps apportés à la Morgue. On le comprendra facilement si l’on veut bien remarquer que les individus blessés, tués ou suicidés dans leur domicile ou dans d’autres endroits où ils sont connus, ne sont presque jamais conduits à la Morgue, puisqu’on possède généralement sur leur état civil les renseignements nécessaires pour faire dresser leur acte de décès ; nous avons donc cru indispensable de compléter nos tableaux en y ajoutant le chiffre des victimes d’accidents et de suicides dont les corps ne sont pas transportés à la Morgue.

Lazare - Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844, p.469.png
Lazare - Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844, p.470.png

Les genres de mort suivant l’âge, sont à peu près dans la même proportion pour les corps qui ne sont pas transportés à la Morgue.

Morland (boulevart).

Commence au boulevart Bourdon ; finit à la rue de Sully et au quai des Célestins. Le côté gauche n’est pas encore bordé de constructions ; le seul pair est 2. Sa longueur est de 454 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Arsenal.

On le nommait autrefois quai du Mail, en raison d’un mail dont la construction avait été ordonnée par Henri IV, et qui fut supprimé au milieu du XVIIIe siècle. — « Au Palais des Tuileries, le 14 février 1806. Napoléon, etc… Nous avons décrété et décrétons ce qui suit… : Art. 3e. Le quai du Mail, qui sera appelé le quai du colonel Morland, en mémoire du colonel des chasseurs de la garde de ce nom, tué à Austerlitz, sera porté à une largeur de 17 m. 50 c. etc… »

Jusqu’en 1843, cette voie publique longeait le petit bras de la Seine, qui bordait l’île Louviers. Par suite du comblement du bras du Mail et de la construction d’un nouveau quai, celui qui nous occupe a été transformé en boulevart dont la largeur doit être de 20 m. Ce boulevart a été nivelé et planté en 1844 (Voyez l’article de l’île Louviers).

Mortagne (impasse).

Située dans la rue de Charonne, entre les nos 39 et 41. Pas de numéro. Sa longueur est de 47 m. — 8e arrondissement, quartier Popincourt.

Elle doit son nom à sa proximité de l’hôtel Mortagne, depuis hôtel Vaucanson. Cette impasse a porté aussi la dénomination d’impasse des Suisses. Une ordonnance royale à la date du 4 avril 1831, a fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Les constructions du côté gauche sont soumises à un retranchement qui varie de 1 m. 20 c. à 3 m. 10 c. ; celles du côté opposé devront reculer de 3 m. 20 c.

Moscou (rue de).

Commence aux rues de Berlin et d’Amsterdam ; finit au chemin de ronde de la barrière de Clichy. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 475 m. — 1er arrondissement, quartier du Roule.

Elle a été ouverte, en 1840, sur les terrains appartenant à MM. Riant, Mignon et Mallet frères. Sa largeur est de 12 m. Cette rue, qui n’est pas encore autorisée par l’administration, porte le nom de l’ancienne capitale de la Russie.

Motte-Picquet (avenue de la).

Commence à la rue de Grenelle, no 151 ; finit au chemin de ronde de la barrière de l’École-Militaire. Le dernier impair est 29 ; le dernier pair, 34. Sa longueur et de 1 358 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

La partie comprise entre la rue de Grenelle et les avenues de la Bourdonnaye et de Tourville, fut tracée vers 1680 ; le surplus n’a été formé qu’en 1775. Cette avenue appartient à la ville de Paris en vertu d’une loi du 19 mars 1838. — Conduite d’eau dans une partie. (Voyez avenue de La Bourdonnaye.)

Toussaint-Guillaume Picquet de la Motte, connu sous le nom de La Motte-Picquet, né à Rennes (Ille et Vilaine) vers 1720, entra au service à l’âge de quinze ans. Il avait déjà fait neuf campagnes, lorsqu’il s’embarqua, en 1745, sur la Renommée, commandée par le capitaine Kersaint. L’année suivante, cette frégate qui avait livré aux Anglais plusieurs combats glorieux, revenait pour la troisième fois du Canada en Europe, lorsqu’elle tomba pendant la huit au milieu de l’escadre de l’amiral Anson. Le commandant anglais détache aussitôt contre elle une frégate de 36 canons. La Renommée la démâte et l’oblige de se retirer. Une deuxième frégate entre aussitôt en lice, elle éprouve le même sort ; l’amiral Anson envoie alors un vaisseau de 70, qui couvre la Renommée de mitraille. Le capitaine Kersaint tombe grièvement blessé. Croyant avoir assez combattu pour l’honneur de son pavillon, il fait appeler ses officiers et leur propose de se rendre. « Est-ce pour cela que vous m’avez fait venir ? demande La Motte-Picquet ; en ce cas je retourne à mon poste. » Il prend le commandement de la frégate et l’action recommence plus terrible encore. La mitraille lui déchire la joue, un boulet de canon lui enlève son chapeau ; l’intrépide marin conserve son sang-froid au milieu de l’ouragan de fer, et manœuvre avec tant de précision et d’habileté qu’il parvient à gagner le Fort-Louis en tenant tête à l’ennemi.

Au commencement de la guerre d’Amérique, nous retrouvons La Motte-Picquet chef d’escadre. Au combat d’Ouessant, en 1778, il montait le Saint-Esprit, et combattit sans désavantage contre des forces supérieures. Ensuite il alla croiser sur les côtes d’Angleterre avec dix vaisseaux ; un mois après l’intrépide marin rentrait à Brest conduisant treize prises faites sur l’ennemi. En 1779, La Motte-Picquet rejoignit le comte d’Estaing et contribua par sa valeur à la prise de la Grenade, ainsi qu’à la victoire remportée à la fin de juin sur le vice-amiral Byron. L’Annibal serre-file de la ligne Française eut beaucoup à souffrir dans ce combat.

La Motte-Picquet fut ensuite chargé d’effectuer avec une escadre de sept vaisseaux le débarquement des troupes qui attaquèrent Savannah. Le siège ayant été levé, il fit voile avec trois vaisseaux seulement pour la Martinique. La Motte-Picquet y faisait réparer ses bâtiments, lorsque le 18 décembre les signaux de la côte annoncèrent qu’un convoi de vingt-six voiles françaises, escorté par une frégate, était poursuivi par une flotte anglaise de quinze vaisseaux. L’officier que La Motte avait envoyé au marquis de Bouillé, gouverneur de la Martinique, pour lui en donner avis, n’eut que le temps de revenir pour s’embarquer. Déjà les voiles de l’Annibal était enverguées, les câbles coupés ; La Motte se porta seul en avant pour attaquer la tête de l’escadre ennemie. Le Vengeur et le Réfléchi ayant embarqué avec une promptitude inespérée les munitions dont ils étaient dépourvus, vinrent joindre l’Annibal qui se défendait comme un lion. La lutte dura quatre heures ; enfin l’amiral anglais fit signe de ralliement à ses vaisseaux, et La Motte-Picquet rentra au Fort-Royal avec la plus grande partie du convoi. Le lendemain l’amiral anglais Parker écrivit à La Motte-Picquet pour le complimenter sur sa brillante valeur. La Motte-Picquet fut fait cordon rouge en 1780, à l’occasion de ce brillant combat du Fort-Royal, et lieutenant général en 1782. Nommé grand’croix en 1784, il mourut à Brest le 11 juin 1791.

Mouffetard (caserne).

Située dans la rue Mouffetard, no 61. — 12e arrondissement, quartier du Jardin-du-Roi.

Cette caserne a été construite en 1824, sur l’emplacement de l’ancienne communauté des religieuses hospitalières de la Miséricorde de Jésus, dites de Saint-Julien et de Sainte-Basilisse. Ce couvent fut fondé d’abord à Gentilly, en 1652, par Jacques le Prévost d’Herbelai, maître des requêtes, qui assura aux Hospitalières, chargées de donner des soins aux filles et femmes malades, une rente de 1 500 livres. Ces religieuses vinrent s’établir, en 1653, dans la rue Mouffetard. La maison qu’elles occupaient fut réparée en 1710. Cette communauté religieuse a été supprimée en 1790. Les bâtiments ont été en grande partie démolis, et de 1824 à 1830, on construisit sur leur emplacement une caserne de gendarmerie, qui fut vendue le 26 mars 1840, par l’administration des hospices à la ville de Paris, moyennant 154 366 francs. Cette caserne est aujourd’hui occupée par un détachement de la garde municipale.

Mouffetard (rue).

Commence aux rues des Fossés-Saint-Victor, no 41, et Fourcy, no 1 ; finit au boulevart de l’Hôpital et à la place de la barrière d’Italie. Le dernier impair est 329 ; le dernier pair, 304. Sa longueur est de 1 540 m. — 12e arrondissement, de 1 à 89, quartier du Jardin-du-Roi ; de 2 à 14, quartier Saint-Jacques ; de 16 à 154, quartier de l’Observatoire ; de 91 à la fin et de 156 à la fin, quartier Saint-Marcel.

Ce n’était au XIIIe siècle qu’un chemin qui traversait un territoire appelé dans les titres de cette époque, Mons Cetarius et Mons Cetardus. L’abbé Lebœuf en a conclu avec raison que le nom de Mont-Cétard a été changé en celui de Mouffetard. Elle a été aussi nommée au commencement du XVIIe siècle rue Saint-Marcel, Grande rue Saint-Marcel et Vieille rue Saint-Marcel. La partie comprise entre la rue Croulebarbe et la barrière, s’appelait au XVIIIe siècle rue Gautier-Renaud, du nom d’un propriétaire qui y demeurait. — Une décision ministérielle du 15 floréal an V, signée Benezech, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Cette moindre largeur a été portée à 12 m., en vertu d’une ordonnance royale du 8 juillet 1839. Les constructions ci-après ne sont pas soumises à retranchement : La caserne de la garde municipale, les nos 65, 177, 179, 255, 307, 309, 315, 321, 323, 325, 327 et 329 ; 62, 140, encoignure droite de la rue Pascal, 158, 166, 168, 178 ; 180, 266, 268, l’entrée des Gobelins, 272, 274, 278, 286, 288, 292, et les constructions situées entre la rue du Petit-Gentilly et la place de la barrière d’Italie. — Égout : 1o entre les rues de l’Arbalète et Censier ; 2o entre les rues du Fer-à-Moulin et du Petit-Moine. — Conduite d’eau depuis la rue de l’Arbalète jusqu’à celle des Gobelins. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Une ordonnance royale du 15 janvier 1844, a déclaré d’utilité publique la démolition de la maison no 156, formant l’encoignure de la rue de Lourcine.

Moulin-du-Temple (rue du Haut-).

Commence à la rue Delatour, no 11 ; finit à la rue du Faubourg-du-Temple, nos 12 et 14. Pas de numéro impair ; le dernier pair est 6 bis. Sa longueur est de 244 m. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Ce n’était qu’un chemin au commencement du XVIIIe siècle ; on le nommait alors des Marais, parce qu’il avait été tracé sur des terrains en marais. On le désigna ensuite sous la dénomination de Merderet, parce qu’on y déposait toutes sortes d’immondices. Son nom actuel lui vient des moulins construits sur une élévation qui se trouvait entre cette voie publique et le boulevart. — Une décision ministérielle à la date du 5 vendémiaire an IX, signée L. Bonaparte, a fixé la largeur de cette rue à 10 m. Les constructions voisines de la rue Delatour, et la propriété située sur le côté gauche vers le milieu de la rue sont alignées ; le surplus est soumis à un fort retranchement. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Moulin-en-la-Cité (rue du Haut-).

Commence à la rue Glatigny, no 6 ; finit à la rue de la Cité, no 1, et au quai Napoléon, no 33. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 72 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

En 1204, on la nommait rue Neuve-Saint-Denis. Guillot l’appelé, vers 1300, rue Saint-Denis de la Chartre, parce qu’un des côtés latéraux de l’église Saint-Denis de la Chartre bordait cette voie publique. Au XVIe siècle, une partie se nommait des Hauts-Moulins, en raison de quelques moulins construits sur la Seine qui coule près de cette rue ; l’autre partie était désignée sous la dénomination de Saint-Symphorien, parce que la chapelle Saint-Symphorien, dite plus tard chapelle Saint-Luc, y était située. — Une décision ministérielle à la date du 26 prairial an XI, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Les propriétés nos 5, 7, 9 et 10, sont alignées ; une partie de la maison no 11, et celle no 13, devront avancer sur leurs vestiges actuels. — Conduite d’eau depuis la rue de la Cité jusqu’à la borne-fontaine.

Au no 11 était située la chapelle Saint-Luc. À la place qu’elle occupait, existait autrefois un oratoire sous le titre de Sainte-Catherine. Son origine est inconnue. Elle tombait en ruine lorsque Mathieu de Montmorency résolut de faciliter sa reconstruction. Ce seigneur, qui n’avait pas accompli le vœu d’aller en Palestine, voulut expier sa faute en abandonnant à l’évêque Eudes de Sully les droits qu’il avait sur cet oratoire. L’acte relatif cet abandon est de 1206. Éliénor, comtesse de Vermandois, et plusieurs autres personnes d’une grande piété, ajoutèrent bientôt de nouvelles dotations qui permirent d’établir dans cette chapelle restaurée quatre chapelains desservants. Quelques années après elle quitta le nom de Saint-Denis qu’on lui avait donné d’abord pour prendre celui de Saint-Symphorien. Les chapelains obtinrent le titre de chanoines en 1422. Depuis on transféra dans cette église la paroisse Saint-Leu et Saint-Gilles. Cette réunion ne subsista que jusqu’en 1698 ; le chapitre et la paroisse passèrent alors à l’église de la Madeleine de la Cité. Cette chapelle, cédée en 1704, à la communauté des peintres, sculpteurs et graveurs, prit alors le nom de Saint-Luc, leur patron. Devenue propriété nationale en 1790, la chapelle Saint-Luc fut vendue le 4 brumaire an IV.

Moulin-Joli (impasse du).

Située dans la rue des Trois-Couronnes, no 35. Pas de numéro. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Le plan de Verniquet l’indique sous le nom de rue du Moulin-Joli. Elle aboutissait alors à un chemin qui conduisait au mur d’enceinte. La dénomination de Moulin-Joli lui vient d’un moulin à vent près duquel un sieur Joli avait établi un restaurant. Il n’existe point d’alignement pour cette impasse.

Moulins Barrière de Reuilly (rue des Deux-).

Commence au chemin de ronde de la barrière de Reuilly ; finit à la rue de Picpus, no 72. Pas de numéro impair ; le dernier pair est 4. Sa longueur est de 234 m. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

Cette rue, tracée à la fin du siècle dernier, tire sa dénomination de son voisinage de quelques moulins à vent. Il n’existe point d’alignement ministériel pour cette voie publique dont la largeur actuelle varie de 7 m. 80 c. à 8 m. 80 c.

Moulins-Saint-Marcel (rue des Deux-).

Commence au chemin de ronde de la barrière de la Gare ; finit à la Grande Rue d’Austerlitz, et au boulevart de l’Hôpital. Pas de numéro. Sa longueur est de 468 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Elle faisait autrefois partie du village d’Austerlitz et devait sa dénomination à deux moulins qui existaient encore il y a quelques années. Plusieurs constructions ont été élevées dans cette rue d’après un alignement qui lui donne 13 m. de largeur. (Voyez Grande Rue d’Austerlitz.)

Moulins-Saint-Roch (rue des).

Commence aux rues des Orties, no 7, et des Moineaux, no 2 ; finit à la rue Neuve-des-Petits-Champs, nos 49 et 51. Le dernier impair est 25 ; le dernier, pair, 32. Sa longueur est de 191 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Un grand nombre de constructions bordait cette voie publique en 1624. On l’a ainsi nommée parce qu’elle se dirige sur une hauteur où l’on voyait encore des moulins au milieu du XVIIe siècle. De la rue Neuve-des-Petits-Champs à la rue Thérèse on l’appela d’abord rue Neuve-de-Richelieu, ensuite rue Royale. En 1793 le nom des Moulins lui fut assigné dans toute sa longueur. — Une décision ministérielle à la date du 3 frimaire an X, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 4 octobre 1826, ont fixé la largeur de cette voie publique à 9 m. 74 c. Les propriétés du côté des numéros impairs et celles de 2 à 18 inclus sont alignées. Les autres constructions ne devront subir qu’un léger redressement. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

La maison qui porte le no 14 fut quelque temps habitée par le vénérable abbé de l’Épée.

En parcourant aujourd’hui nos rues nouvelles, on cherche en vain le nom de l’instituteur des sourds-muets. C’est un oubli fâcheux que l’administration municipale s’empressera sans doute de réparer.

Moussy (rue de).

Commence à la rue de la Verrerie, nos 8 et 10 ; finit à la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nos 21 et 23. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 137 m. — 7e arrondissement, quartier du Marché-Saint-Jean.

Sous le règne de Philippe-Auguste cette voie publique était presqu’entièrement bâtie. Au XIIIe siècle on la nommait rue du Franc-Mourier, Morier et Meurier. Le libraire Corrozet la désigne ainsi ruelle descendant à la Verrerie. Elle doit sa dénomination actuelle, qu’elle porte depuis le commencement du XVIe siècle, à Jean de Moussy, échevin en 1530, sous la prévôté de maître Jean Luillier. — Une décision ministérielle du 28 brumaire an VI, signée Letourneux, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. Par arrêté du préfet de police, du 17 juillet 1819, on a établi des grilles qui interceptent la circulation dans cette rue. En vertu d’une ordonnance royale du 6 décembre 1827, sa largeur est fixée à 10 m. La maison no 5 est alignée. Toutes les autres constructions devront subir un fort retranchement. — Conduite d’eau depuis la rue de la Verrerie jusqu’à la borne-fontaine.

Mouton (rue du).

Commence à la place de l’Hôtel-de-Ville, no 39 ; finit à la rue de la Tixéranderie, no 22. Le dernier impair est 13. Pas de numéro pair. Sa longueur est de 59 m. — 7e arrondissement, quartier des Arcis.

Dès 1263 une propriété de cette rue était indiquée sous le nom de la Maison du Mouton. Un arrêt du conseil du 24 mars 1679, ordonna l’élargissement de cette voie publique. Par décision ministérielle, en date du 20 septembre 1817, la largeur de cette rue devait être de 7 m. 50 c. En vertu d’une ordonnance royale du 6 mai 1836, cette largeur fut fixée à 10 m. Au mois de mai 1844, on a démoli les bâtiments qui bordaient le côté droit, en sorte que la rue du Mouton est confondue aujourd’hui avec la place de l’Hôtel-de-Ville. Les constructions du côté des numéros impairs devront reculer de 2 m. 60 c. environ. — Égout. — Éclairage au gaz, (compe Lacarrière).

Muette (rue de la).

Commence à la rue de Charonne, nos 133 et 135 ; finit à la rue de la Roquette, nos 104 et 106. Le dernier impair est 35 ; le dernier pair, 26. Sa longueur est de 443 m. — 8e arrondissement, quartier Popincourt.

Elle doit cette dénomination au territoire sur lequel elle fut construite. Le lieu dit la Muette est indiqué dans la déclaration des censitaires du grand chambrier de France, en 1540. Une ordonnance royale du 6 mai 1827 a fixé la largeur de cette voie publique à 13 m. Maison à l’encoignure de la rue de Charonne, retranch. réduit 50 c. ; 1, alignée ; 3, ret. réduit 1 m. 50 c. ; de 5 à 11, ret. 1 m. 90 c à 2 m. 30 c. ; 13, en partie alignée, surplus ret. 1 m. 80 c. ; de 17 à 27, ret. 2 m. 30 c. à 2 m. 60 c. ; 29, alignée ; 31, ret. réduit 2 m. ; encoignure gauche de la rue des murs de la Roquette, alignée ; 33, ret. réduit 50 c. ; 35, pas de ret. ; encoignure de la rue de la Roquette, ret. 1 m 10 c. à 2 m. 50 c. ; de 2 à 22, ret. 2 m. 80 c. à 4. m. ; 24, alignée ; 26, ret. 3 m. 70 c. à 5 m. 40 c. ; terrain à la suite, ret. 1 m. 60 c. — Conduite d’eau.

La communauté des Filles-de-Sainte-Marthe était située dans cette rue, au no 10. Elle fut instituée en 1713, par madame veuve Théodon, dans le but de procurer une instruction convenable aux jeunes filles du faubourg Saint-Antoine. Le siège de cet établissement fut d’abord placé dans la grande rue de ce faubourg. En 1719 il fut transféré dans la rue de la Muette. Cette communauté a été supprimée en 1790.

Mulets (rue des).

Commence à la rue d’Argenteuil, nos 32 et 34 ; finit à la rue des Moineaux, nos 23 et 25. Pas de numéro. Sa longueur est de 22 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Le premier acte qui la mentionne est de l’année 1663. Elle doit sa dénomination aux mulets qui transportaient les sacs de blé aux moulins situés dans le voisinage. — Une décision ministérielle, à la date du 18 fructidor, an IX, signée Chaptal fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 4 octobre 1826, cette dimension est portée à 8 m. La largeur actuelle est de 1 m. 10 c. à 1 m. 30. Cette voie publique est depuis longtemps fermée à ses deux extrémités. Les constructions du côté gauche, en entrant par la rue d’Argenteuil, sont alignées. Celles du côté opposé devront reculer de 6 m. 70 c. à 6 m. 90 c.

Mulhouse (rue de).

Commence à la rue de Cléry, nos 27 et 29 ; finit à la Petite-rue-Saint-Roch, nos 5 et 9. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 78 m. — 3e arrondissement, quartier Montmartre.

Une ordonnance royale du 24 janvier 1843, porte « Article 1er. Les sieurs Périer frères sont autorisés à ouvrir sur l’emplacement d’un hôtel qui leur appartient à Paris, rue de Cléry, no 27, et sur les jardins joignant la rue Saint-Roch qui en dépendent, une rue de 12 m. de largeur, destinée à établir une communication de l’une à l’autre de ces voies publiques, etc. — Art. 2e. L’autorisation résultant de l’article précédent est accordée à la charge par les sieurs Périer ou leurs ayant cause, de céder gratuitement à la ville de Paris le sol de la nouvelle voie publique et de se conformer aux charges, clauses et conditions exprimées dans la délibération du conseil municipal, en date du 8 avril 1842. Les conditions imposées par le conseil municipal sont celles ci-après : « De faire établir le premier pavage de ladite rue en chaussée bombée et en pavés durs d’échantillon ; de supporter les frais d’établissement des bornes nécessaires au lavage des ruisseaux, même dans le cas où le sommet des pentes exigerait qu’elles fussent posées dans les rues voisines ; de supporter pareillement les frais d’établissement depuis la conduite publique la plus voisine, des tuyaux nécessaires à l’alimentation de ces bornes-fontaines et à la distribution des eaux dans toute la longueur de la rue ; de faire établir dans la rue Saint-Roch l’embranchement et les bouches d’égout indispensables pour l’absorption des eaux de la nouvelle rue. Les divers travaux de pavage, de bornes-fontaines de tuyaux et d’égouts seront exécutés sous la direction des ingénieurs, conformément aux plans et dans les dimensions qui seront arrêtés par l’administration ; de supporter les frais d’établissement et de pose du matériel pour l’éclairage au gaz ; de faire établir de chaque côté de la nouvelle rue des trottoirs en granit, avec ruisseaux refouillés dans les bordures, suivant le plan qui en sera arrêté par l’administration ; d’assurer à toujours, par les soins d’un cantonnier, le balayage de la chaussée, des trottoirs et des ruisseaux aux frais des propriétaires riverains et conformément aux prescriptions de la police ; de se conformer à tous les règlements de voirie, de se soumettre à la surveillance des agents de l’administration pendant le cours des constructions, et d’acquitter les droits de voirie auxquels les nouvelles constructions donneront lieu ; de tenir la nouvelle rue close de barrières à ses points de jonction avec les rues anciennes, jusqu’au jour où elle aura été reçue par l’administration ; de livrer la rue entièrement nivelée, pavée et éclairée avant le 1er juillet 1844. » — Ce percement a été immédiatement exécuté. Les constructions riveraines sont alignées. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).

Mulhouse, l’une des principales villes du département du Haut-Rhin, est renommée par ses draperies, ses mousselines et ses toiles peintes. On a donné son nom à la voie publique dont nous nous occupons, parce qu’elle est située dans un quartier habité par des négociants qui vendent les produits manufacturés à Mulhouse.

Murier (rue du).

Commence à la rue Saint-Victor, nos 133 et 135 ; finit à la rue Traversine, nos 9 et 11. Le dernier impair est 13 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 83 m. — 12e arrondissement, quartier du Jardin-du-Roi.

Les cartulaire de Sainte-Geneviève, de 1243 à 1249, l’indiquent sous la dénomination de rue Pavée. Ce nom se trouve aussi dans tous les terriers postérieurs jusqu’au XVe siècle. Guillot l’avait appelée Pavée-Goire. Du temps du libraire Gilles Corrozet, c’était déjà la rue du Murier. — Une décision ministérielle, à la date du 28 pluviôse an IX, signée Chaptal, avait fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 6 juillet 1831. Les constructions du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement qui varie de 2 m. à 2 m. 60 c. Celles du côté opposé devront reculer de 2 m. 60 c. à 2 m. 90 c.

Musc (rue du Petit-).

Commence au quai des Célestins, no 10, et à la rue de Sully ; finit à la rue Saint-Antoine, nos 210 et 212. Le dernier impair est 21 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 333 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Arsenal.

Cette rue occupe une partie de l’emplacement d’une voirie et de l’ancien champ au plâtre ; située hors de l’enceinte de Philippe-Auguste, on la nomma rue Put-y-Musse. Ces mots Put-y-Musse signifiaient fille publique ou put… s’y cache. En effet, cette rue sale et étroite servit longtemps de repaire aux femmes de mauvaise vie. C’est à tort que Germain Brice avance que la rue du Petit-Musc était ainsi appelée du mot latin petimus, parce que, dit-il, Charles VI avait fait construire, sur l’emplacement qu’elle occupe, un logement pour le maître des requêtes dont les exploits commençaient toujours, suivant l’usage d’alors, par petimus, nous demandons, etc. Cette assertion est inexacte : l’hôtel des maîtres des requêtes était situé dans la rue Saint-Paul. On lui donna plus tard le nom de rue aux Célestins, en raison du couvent des ces religieux, qui bordait une partie de cette voie publique. — Une décision ministérielle du 8 nivôse an IX, signée Chaptal, avait fixé la largeur de cette rue à 9 m. Cette largeur a été portée à 12 m. en vertu d’une ordonnance royale du 5 décembre 1830. De 1 à 15, retranch. 3 m. 10 c. à 4 m. 50 c. ; 17 et 19, ret. 4 m. 50 c. à 5 m. 10 c. ; 21, ret. réduit 3 m. 80 c. ; la caserne, ret. réduit 3 m. 20 c. ; de 4 à 8, ret. 1 m. 40 c. à 1 m. 70 c. ; encoignure droite de la rue de la Cerisaie, ret. 25 c. ; 10 et 12, ret. réduit 40 c. ; 14 ret. réduit 1 m. 20 c. ; 16, ret. réduit 2 m. 50 c. — Égout depuis le quai des Célestins jusqu’à la rue Neuve-Saint-Paul. — Conduite d’eau depuis cette rue jusqu’à la borne-fontaine.

Musée (place du).

Située entre le Louvre, les rues du Carrousel et du Musée. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

Elle tire son nom du Musée, dont l’entrée est sur cette place. On lui a donné sous l’empire la dénomination d’Austerlitz. Il n’existe pas d’alignement arrêté pour cette place. — Égout.

Musée (rue du).

Commence à la place du Musée ; finit à la place du Palais-Royal, nos 231 et 233. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 32. Sa longueur est de 117 m. — Les numéros impairs sont du 1er arrondissement, quartier des Tuileries ; les numéros pairs dépendent du 4e arrondissement, quartier Saint-Honoré.

Elle est ainsi désignée en 1290 : Vicus de Fromentel et de Frigido-Mantello. En 1313 et depuis, elle est appelée indifféremment Froit-Mantel, Froid-Manteau, Froit-Mantyau, etc. Cette voie publique a été longtemps habitée par des filles de mauvaise vie. La rue Froidmanteau se prolongeait autrefois jusqu’à la galerie méridionale du Louvre, et débouchait sur le quai par un guichet qui existe encore. — En vertu d’une décision ministérielle du 16 février 1839, signée Montalivet, et rendue sur la demande des propriétaires riverains, cette voie publique a reçu le nom de rue du Musée. Il n’existe pas d’alignement arrêté pour cette rue dont la largeur actuelle est de 4 m. 90 c. — Égout. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Musées (les).

Parmi les établissements les plus curieux de la capitale, les musées doivent être placés au premier rang. Mais pour analyser les beautés qu’il renferment, un volume suffirait à peine. Nous nous bornerons à rappeler ici l’époque de leur fondation en indiquant seulement leurs principales richesses.

musée d’artillerie.
Situé place Saint-Thomas-d’Aquin. — 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin.

Cet établissement a été fondé par une loi du 24 floréal an II (14 mai 1794). On commença par rassembler les armes rares et curieuses qui avaient été recueillies dans les maisons provenant d’émigrés, et dans quelques dépôts établis pendant la révolution. Ces richesses furent placées jusqu’en 1796 dans le couvent des religieux Feuillants ; mais ce musée passa bientôt sous la direction de l’artillerie et les armes furent transportées dans les bâtiments des Jacobins réformés, appartenant au domaine national. Les conquêtes de la France en Italie, en Espagne et en Allemagne, augmentèrent successivement le musée d’artillerie.

Les diverses collections dont se compose ce magnifique établissement, sont distribuées dans cinq grandes galeries. Les anciennes armes défensives, telles que cottes de mailles, cuirasse, casques, boucliers et autres sont placées dans la pièce la plus vaste, qu’on nomme galerie des Armures. Les collections d’armes offensives, les modèles de tous les systèmes d’artillerie, une grande quantité d’autres modèles d’armes de toute espèce, de machines et d’instruments servant à l’artillerie, occupent les quatre autres galeries.

Dans chacune de ces quatre galeries, on a établi en face des croisées, un râtelier garni d’armes portatives tant anciennes que modernes, depuis l’arquebuse à mèche jusqu’au fusil à platine percutante.

Cette curieuse collection a éprouvé de grandes pertes dans deux circonstances politiques bien différentes, à l’époque de l’invasion étrangère, en 1814 et 1815, et dans les journées de juillet 1830.

Les ennemis nous enlevèrent plusieurs caisses énormes d’armes précieuses qui sont restées la proie du vainqueur. En 1830, le peuple prit pour sa défense la plus grande partie des anciennes armes du musée, mais après la lutte presque toutes furent rendues.

musée dupuytren.
Situé dans la rue de l’École-de-Médecine, en face de la rue Hautefeuille. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

En octobre 1834, M. Orfila, doyen de la faculté de médecine de Paris, fut consulté par Dupuytren sur une clause du testament olographe par lequel ce dernier léguait à la faculté une somme de 200 000 francs, pour fonder une chaire d’anatomie pathologique interne et externe. M. Orfila engagea le célèbre chirurgien à modifier cette clause du testament. « Votre legs, lui dit-il, sera plus utile à l’enseignement et plus honorable à votre famille, si vous déclarez que vous léguez à la faculté les 200 000 fr. pour l’établissement d’un Muséum d’anatomie pathologique, à la condition que le ministre et le conseil royal de l’Université, en acceptant ce legs, consentiront à créer une chaire pour l’enseignement de cette science. Ce Muséum portera votre nom, et la postérité la plus reculée ne pourra oublier votre bienfait. »

Dupuytren qui d’abord ne goûta pas cette idée, l’accueillit ensuite avec faveur. « Si je suis assez heureux pour guérir, avant un an vous aurez la chaire et le Musée ; si je ne me rétablis pas, je compte sur vous, dit-il à l’honorable doyen. » — Le double vœu de Dupuytren a été fidèlement rempli par son digne collègue. La clause n’ayant pas été modifiée, l’Université n’était tenue qu’à créer une chaire. Les 200 000 fr. légués pour cet objet furent versés le 20 juillet 1835, par les héritiers de Dupuytren, sa fille et son gendre (M. et Mme de Beaumont) qui eurent la générosité d’acquitter de leurs propres deniers les droits de mutation, afin que la somme restât complète. Mais en même temps, le ministre et le conseil royal de l’Université, sur la proposition de M. Ortila, donnaient la somme nécessaire pour la création du Muséum.

Le savant Cruveilhier, selon le vœu de son illustre ami, fut appelé à la chaire nouvelle, et le 2 novembre 1835, le docteur Broussais, en séance publique de la Faculté de Médecine, prononça le discours d’inauguration du Musée Dupuytren.

musées du louvre.

Par décret du 27 juillet 1793, la Convention ordonna l’établissement d’un Musée National, et fixa son ouverture au 10 août suivant ; 537 tableaux des plus grands maîtres furent exposés dans une des galeries du Louvre.

Sous le consulat et l’empire, cette collection précieuse s’augmenta d’un grand nombre d’ouvrages conquis sur l’ennemi et présentait, en 1814, un total de 1 224 tableaux.

Les désastres de 1815 nous obligèrent à restituer une partie de ces richesses. Néanmoins cette collection est encore unique dans le monde entier. Le Musée du Louvre ne renferme que les ouvrages des artistes morts.

Dans la grande galerie méridionale de ce palais a lieu tous les ans l’exposition des tableaux. En 1740, le directeur-général des bâtiments reçut du roi l’ordre de faire exposer les ouvrages exécutés dans le courant de l’année par les membres de l’académie de peinture et de sculpture. Ce monopole fut détruit par la révolution. Un décret du 21 août 1791 autorisa tous les artistes français et étrangers à prendre part aux expositions.

Le palais du Louvre contient plusieurs autres musées ; celui des Dessins, formé en 1797 ; le Musée des Antiques ou des Sculptures, ouvert le 9 novembre 1800 ; le Musée des Antiquités Égyptiennes et Romaines, fondé en 1827 ; le Musée Naval ; le Musée du Moyen-âge et de la Renaissance ; enfin le Musée Espagnol ; ces trois établissements formés depuis 1830, par sa majesté Louis-Philippe.

musée du luxembourg.

Marie de Médicis commença cette précieuse collection qui fut transférée au Louvre en 1780. Napoléon la fit replacer au Luxembourg en 1805, et l’augmenta d’un grand nombre de tableaux. Louis XVIII ordonna qu’on transportât au Louvre les productions de Lesueur, de Vernet et d’autres grands-maîtres, et les fit remplacer par des ouvrages d’artistes vivants.

Ce Musée, qui occupe une partie des deux ailes septentrionales du palais du Luxembourg, a été rendu public en 1818, et il est en général destiné à l’exposition des tableaux des peintres modernes, lorsque ces ouvrages ont été acquis par le gouvernement.

musée des thermes et de l’hôtel de cluny.
Situé dans la rue des Mathurins-Saint-Jacques. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

La dispersion des monuments rassemblés par Alexandre Lenoir dans l’ancien couvent des Petits-Augustins, excitait depuis longtemps de profonds regrets. Les amis de nos antiquités nationales souhaitaient que le gouvernement fit choix d’un local destiné à recueillir toutes les œuvres de sculpture, tous les débris historiques, tous les fragments du moyen-âge que d’heureux hasards pouvaient faire découvrir ou que de pieuses intentions pouvaient léguer aux générations futures.

Ce désir vient d’être exaucé. Le gouvernement a fait l’acquisition de l’hôtel de Cluny, et la ville de Paris abandonne à l’État la propriété du palais des Thermes. Ces deux monuments réunis viennent de recevoir un Musée archéologique, dont le noyau provient de la collection formée par feu Du Sommerard.

Avant de parler des objets curieux que renferme ce Musée, il n’est pas inutile de rappeler l’origine des deux édifices dont le gouvernement vient de faire l’acquisition.

Palais des Thermes.

Ce curieux débris d’un vaste monument élevé pendant la période romaine, conserve encore aujourd’hui le nom de Palais des Thermes.

À Rome on donnait cette dénomination à des établissements destinés à des bains chauds ; mais par la suite, ces édifices devinrent des palais où séjournaient les empereurs.

On attribue la fondation du palais des Thermes à Constance Chlore, qui durant quatorze années de règne paisible, de 292 à 306, gouverna les Gaules. Les bâtiments et les cours qui dépendaient de cet édifice, se prolongeaient du côté du sud jusqu’à la Sorbonne ; au-delà et du même côté, se trouvait la place d’Armes (campus), où Julien fut proclamé empereur. En cet endroit passait la voie romaine qui partait d’Orléans ; cette voie conduisait à deux points différents : au palais, par les arènes et les cours ; à l’île de la Cité en se dirigeant par une route qui existait anciennement entre les églises de la Sorbonne et de Saint-Benoît, et aboutissait au petit Pont ; au nord, les bâtiments de ce palais se prolongeaient jusqu’à la rive gauche du petit bras de la Seine.

De tout cet immense édifice il ne reste qu’une salle qui offre dans son plan deux parallélogrammes contigus formant une seule pièce. Le plus grand a 20 m. environ de longueur sur 14 de largeur ; le plus petit a 10 m. sur 6 m. Les voûtes sont à arêtes et à plein cintre et s’élèvent à 14 m. au-dessus du sol.

Ces voûtes ont été si bien construites, qu’elles ont résisté à l’action de quinze siècles. L’architecture de cette salle est simple et majestueuse. Les arêtes des murs en descendant se rapprochent et s’appuient sur une console qui représente la poupe d’un vaisseau. Cette poupe, symbole des eaux, servait à caractériser un édifice destiné à des bains.

La propriété du palais des Thermes appartenait en 1781 à l’ordre de Cluny. Par bail passé devant Mes Bro et Trutat, notaires au Châtelet de Paris, les 27 janvier et 6 mai de la même année, le cardinal de La Rochefoucauld, alors abbé de Cluny, loua pour 99 années à titre d’emphytéose au sieur Jean-Laurent Falaise, maître tonnelier, et à Marguerite Perrel son épouse, le palais des Thermes et ses dépendances, moyennant 1800 livres tournois de redevance emphytéotique, payables aux quatre termes ordinaires de l’année.

En 1790, cet édifice devint propriété nationale et fut cédé par l’État à la maison de Charenton, en vertu des décrets des 1er jour complémentaire de l’an XIII, et 9 septembre 1807, pour remplacer au profit de l’administration des hospices, ceux de ses biens qui avaient été aliénés pendant la révolution. Suivant acte administratif passé à la préfecture de la Seine, le 1er juillet 1819, en exécution, d’une ordonnance royale du 19 mai précédent, le sieur Jean-Laurent Falaise consentit la résiliation et la rétrocession du bail emphytéotique. Les renseignements suivants complètent la partie administrative consacrée à cet édifice.

« Paris, le 15 novembre 1837. — Louis-Philippe, etc… : Article 1er. Le directeur de la maison royale de Charenton est autorisé à vendre à la ville de Paris le palais des Thermes de Julien appartenant à cet hospice, moyennant une rente de 2 340 francs en 3 p.% sur l’État, et le paiement des frais de la vente. »

« Paris, le 27 avril 1844. Louis-Philippe, etc… : Vu la délibération du conseil municipal de la ville de Paris, en date du 27 janvier 1843. Vu la loi du 27 juillet 1843… qui ouvre un crédit pour l’acquisition de l’hôtel de Cluny et de la collection Du Sommerard, dans le but de fonder un Musée d’Antiquités Nationales, etc. — Article 1er. La ville de Paris est autorisée à céder gratuitement à l’État l’ancien palais des Thermes de Julien, contigu à l’hôtel de Cluny et destiné à l’établissement du Musée, aux clauses et conditions indiquées dans la délibération du conseil municipal sus-énoncée, etc. »

Hôtel de Cluny.

Vers le milieu du XIVe siècle, un abbé de l’ordre célèbre de Cluny, Pierre de Chaslus, fit l’acquisition d’une partie de l’ancien palais des Thermes et bâtit sur cet emplacement le premier hôtel de Cluny. Cette demeure était habitée par les abbés de cet ordre, lorsque leurs affaires les attiraient à Paris. Jean de Bourbon voulut entreprendre plus tard la reconstruction de cet hôtel ; la mort l’empêcha d’accomplir son dessein. En 1505, Jacques d’Amboise, l’un des neuf frères du vertueux ministre de Louis XII, mit ce projet à exécution. — Ce monument résume en lui trois âges d’architecture ; romain par la base élevé et décoré en partie par les dernières inspirations de l’art gothique, il a été terminé sous la gracieuse influence du style de la renaissance. L’édifice tout entier repose sur des fondements pétris de ce ciment qui a survécu au peuple-roi ; c’est sur ce rocher que l’artiste catholique a brodé et découpé tant de capricieuses fantaisies. Tous ceux qu’impressionnent les élégances de l’art architectonique admirent les bandeaux, les dentelures des fenêtres, la tourelle hardie et coquette avec son hélice de pierre.

La chapelle surtout est d’un style admirable quoique dépouillée de ses riches vitraux et des douze statues de saints qui remplissaient les niches de son pourtour si élégamment historié. Les armes de Jacques d’Amboise et les attributs de son patron indiqués par des coquilles et des bourdons de pèlerins, sont encore empreints sur les murs de ce charmant édifice qu’on ne saurait louer d’une manière plus exacte et plus poétique qu’en disant comme madame de Staël : c’est la prière fixée.

Dans une chambre qui existe encore, François Ier surprit Marie, veuve de Louis XII, en tête à tête avec le duc de Suffolck, et fit légitimer immédiatement leurs amours clandestins par un cardinal qu’il avait eu la précaution d’amener. — Sous le règne de Henri III, des comédiens s’établirent à l’hôtel de Cluny. Ils formaient une troupe récemment arrivée d’Italie. Leurs représentations attirèrent une telle affluence que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris, dit l’Estoile, n’en avoient tous ensemble autant quand ils préchoient. Un arrêt du parlement, à la date du 6 octobre 1584, suspendit ces représentations. Les nonces du pape habitèrent ensuite l’hôtel de Cluny. Cette demeure leur était très commode en raison de la proximité de la Sorbonne où se tenaient les assemblées de la faculté de théologie.

Les religieuses de Port-Royal, ces pieuses femmes qui eurent l’honneur d’avoir Racine pour historien, habitaient l’hôtel de Cluny en 1625 ; elles restèrent en cet endroit jusqu’à l’achèvement de la maison qu’on leur bâtissait dans la rue de la Bourbe.

La tourelle servit aux observations astronomiques de Delisle, de Lalande et de Meslier que Louis XV nommait le Furet des Comètes. Néanmoins l’hôtel de Cluny fut toujours possédé par les abbés de cet ordre.

En 1790, ce charmant édifice devint propriété nationale. L’État, peu soucieux alors de la conservation de nos monuments historiques, vendit l’hôtel de Cluny le 23 pluviôse an VIII, avec la clause suivante : « En cas de nouvelles constructions des faces sur la rue, ou si le gouvernement ordonnait le redressement de la dite rue, l’adjudicataire sera tenu de se conformer aux alignements qui en seront donnés, et de fournir sans indemnité le terrain nécessaire pour cet effet. » — Le gouvernement actuel, en rachetant cet édifice, l’a préservé sans aucun doute d’une ruine prochaine.

Les appartements du premier et du second étages ont été successivement occupés par les grands établissements typographiques de MM. Moutard, Vincent Fusch, Leprieur. Ainsi la politique, la religion, l’art dramatique, les sciences, l’imprimerie revendiquent une part dans les annales de l’hôtel de Cluny.

De tous les habitants de ce manoir vénérable, feu Du Sommerard est celui qui a fait le plus pour en assurer la conservation, en indiquant le parti que la science en pouvait tirer. Conseiller-maître à la cour des comptes, il employa durant trente années tous les loisirs que lui laissaient ses fonctions à recueillir des objet d’art. Après la mort de ce savant et laborieux archéologue, le gouvernement s’empressa d’acheter cette précieuse collection qui fut rendue publique le 17 mai 1844.

Indépendamment de la chapelle, ce musée occupe huit ou dix salles du rez-de-chaussée et du premier étage de l’hôtel de Cluny. On y entre par cette merveilleuse porte qui donne sur la rue des Mathurins. Il faudrait un volume, un gros in-folio pour énumérer les richesses que renferme cet établissement. — Nous parlerons d’abord des étriers que portait François Ier à la bataille de Pavie. Conservés comme un trophée par le comte de Lannoy, qui fit prisonnier le roi de France, ils ont été achetés à sa famille par M. Du Sommerard. Ils sont en cuivre doré, maintenus par des barres d’acier, et représentent sur la face les lettres F Rex et sur les tranches la couronne de France, avec les salamandres des Valois. Au bas dans un lambrequin, on lit cette devise : Nutrisco et extinguo.

Nous recommandons aux disciples de Philidor l’échiquier du roi saint Louis dont les cases et les pièces sont en cristal de roche et montées en argent doré. La bordure d’encadrement est creuse et renferme des figurines en bois sculpté représentant des tournois. Cet échiquier précieux a été apporté aux Tuileries sous la Restauration ; et Louis XVIII en fit don à son valet-de chambre le baron de Ville-d’Avray, qui le vendit 1 200 fr. à M. Du Sommerard.

On admire aussi dans ce musée les belles faïences de Flandre et d’Italie, et plusieurs magnifiques plats ronds représentant des sujets mythologiques, ou peuplés en relief d’écrevisses, de coquillages, de poissons et d’herbes marines. Ces poteries sont de Bernard Palizzi, de ce grand artiste dont le génie persévérant lutta contre la matière rebelle jusqu’au jour où, pour sa dernière expérience, il fut réduit à chauffer son four avec son dernier meuble.

Le gouvernement recueillera bientôt le fruit de son patriotique sacrifice. L’on adoptera sans doute les plans de M. Albert Lenoir, couronnés par l’Institut en 1833. Une galerie intermédiaire unira les Thermes à l’hôtel de Cluny. Alors ces deux édifices seront débarrassés des vieilles maisons qui leur disputent l’air et le soleil, et la collection Du Sommerard, convenablement classée, augmentée par de nouvelles acquisitions, deviendra le plus beau musée archéologique de l’Europe.

Musique (académie royale de).

Située rue Le Peletier. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Au commencement du XVIe siècle, deux Florentins, Ottavio Rinucci, poète, et Giacomo Corsi, gentilhomme et très bon musicien, firent représenter avec un immense succès, sur le théâtre de la cour du grand duc de Toscane, une pièce lyrique à grand spectacle, intitulée les Amours d’Apollon et de Circée.

En France, le poète Baïf forma, sous le règne de Charles IX, dans une maison de la rue des Fossés-Saint-Victor, une société de musiciens dont le roi se déclara le protecteur. Jacques Mauduit, greffier des requêtes et virtuose distingué, fut le successeur de Baïf. Son établissement reçut le nom de Société et Académie de Cécile. Ces artistes s’occupaient spécialement de Sainte-musique religieuse. L’opéra ne fut réellement introduit en France que sous le ministère du cardinal Mazarin, mais alors avec de la musique et des paroles italiennes. L’abbé Perrin hasarda le premier des vers d’opéra en français ; il débuta par une Pastorale, en cinq actes, qui fut représentée à Vincennes, puis l’hôtel de Nevers en 1659. La musique était de la composition de Gambert, organiste de Saint-Honoré et surintendant de la musique de la reine-mère. Le 26 juin 1669, l’abbé Perrin obtint des lettres-patentes qui lui permettaient « d’établir en la ville de Paris d’autres du royaume des académies de musique pour chanter en public, pendant douze années, des pièces de théâtre, comme il se pratique en Italie, en Allemagne et en Angleterre. » — Les premiers musiciens et les meilleurs chanteurs du grand Opéra français furent tirés principalement des églises de la Provence ; ainsi ce spectacle éminemment profane, qu’on a regardé depuis comme un lieu de perdition, fut inauguré par un abbé et par des chantres de lutrin. Au mois de mars 1671, l’abbé Perrin ouvrit une salle dans le jeu de paume de la rue Mazarine ; on y représenta l’opéra de Pomone ; mais la nouvelle entreprise se vit au bout de quelques mois, menacée d’une chute complète : un certain marquis de Sourdéac, mécanicien ou plutôt chevalier d’industrie, participait à la direction de ce théâtre. Sous le prétexte de se rembourser des avances qu’il avait faites, il mit la main sur la caisse et l’emporta. — Louis XIV ne pouvait rester indifférent à la ruine d’une entreprise qui, bien conduite, lui paraissait utile aux progrès de la musique. Au mois de mars 1682, le grand Roi donna des lettres-patentes qu’on peut regarder en quelque sorte comme l’état civil de l’Opéra. Ces lettres sont trop remarquables, elles portent à un trop haut point le cachet de splendeur qui marquait tous les actes de ce règne glorieux pour ne pas être reproduites.

« Louis, etc… Les sciences et les arts étant les ornements les plus considérables des États, nous n’avons point eu de plus agréables divertissements depuis que nous avons donné la paix à nos peuples, que de les faire revivre en appelant près de nous tous ceux qui se sont acquis la réputation d’y excèler, non seulement dans l’étendue de notre royaume, mais aussi dans les pays étrangers, et pour les y obliger davantage à s’y perfectionner, nous les avons honorés de notre bienveillance et de notre estime, et comme entre les arts libéraux la musique y tient un des premiers rangs, nous aurions dans le dessein de la faire réussir avec tous ses avantages, par nos lettres-patentes du 26 juin 1669, accordé au sieur Perrin une permission d’établir en notre bonne ville de Paris et autres de notre royaume, des académies de musique pour chanter en public des pièces de théâtre, comme il se pratique en Italie, en Allemagne et en Angleterre, pendant l’espace de douze années ; mais ayant été depuis informé que les peines et les soins que le sieur Perrin a pris pour ces établissements n’ont pu seconder pleinement notre intention et élever la musique au point que nous nous l’étions promis, nous avons cru, pour y mieux réussir, qu’il était à propos d’en donner la conduite à une personne dont l’expérience et la capacité nous fussent connues, et qui eût assez de suffisance pour former des élèves, tant pour bien chanter et actionner sur le théâtre qu’à dresser des bandes de violons, flûtes et autres instruments. À ces causes, bien informé de l’intelligence et grande connaissance que s’est acquis notre très cher et bien-amé Jean-Baptiste Lully, au fait de la musique dont il nous a donné et donne journellement de très agréables preuves depuis plusieurs années qu’il s’est attaché à notre service, qui nous ont convié de l’honorer de la charge de surintendant et compositeur de la musique de notre chambre, nous avons audit sieur Lully permis et accordé, permettons et accordons par ces présentes d’établir une Académie royale de musique dans notre bonne ville de Paris qui sera composée de tel nombre et qualité de personnes qu’il avisera bon être, que nous choisirons et arrêterons sur le rapport qui nous en sera fait, pour faire des représentations par-devant nous, quand il nous plaira, des pièces de musique qui seront composées tant en vers français qu’autres langues étrangères, pareille et semblable aux académies d’Italie, pour en jouir sa vie durant et après lui celui de ses enfants qui sera pourvu et reçu en survivance de ladite charge de surintendant de la musique de notre chambre, avec pouvoir d’associer avec lui qui bon lui semblera, pour l’établissement de ladite académie, et pour le dédommager des grands frais qu’il conviendra faire pour lesdites représentations, tant à cause des théâtres, machines, décorations, habits, qu’autres choses nécessaires, lui permettons de donner en public toutes les pièces qu’il aura composées, même celles qui auront été représentées devant nous, sans néanmoins qu’il puisse se servir pour l’exécution desdites pièces des musiciens qui sont à nos gages, comme aussi de prendre telles sommes qu’il jugera à propos, et d’établir des gardes et autres gens nécessaires aux portes des lieux où se feront lesdites représentations, faisant très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu’elles soient, même les officiers de notre maison, d’y entrer sans payer ; comme aussi de faire chanter aucune pièce entière en musique, soit en vers français ou autres langues étrangères, sans la permission par écrit dudit sieur Lully, à peine de 10 000 liv. d’amende et de confiscation des théâtres, machines, décorations, habits et autres choses, applicable un tiers à nous, un tiers à l’hôpital général et l’autre tiers audit sieur Lully, lequel pourra aussi établir des écoles particulières de musique en notre bonne ville de Paris, et partout où il jugera nécessaire pour le bien et l’avantage de ladite académie royale, et d’autant que nous l’érigeons sur le pied de celles des académies d’Italie, où les gentil hommes chantent publiquement en musique sans déroger, nous voulons et nous plait que tous gentil hommes et demoiselles puissent chanter auxdites pièces et représentations de notre dite académie royale de musique, sans que pour ce ils soyent censés déroger audit titre de noblesse, ni à leurs privilèges, charges, droits et indemnités. Révoquons cassons et annulons par ces présentes, toutes permissions et privilèges que nous pourrions avoir ci-devant donnés et accordés, même celui dudit sieur Perrin pour raison desdites pièces de théâtre, en musique, sous quelques noms, qualités conditions et prétexte que ce puisse être, etc. Donné à Versailles au mois de mars l’an de grâce 1672, et de notre règne le 29e, signé Louis. » — En possession de ce privilège Lulli transféra son théâtre au jeu de paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, près du palais du Luxembourg. L’ouverture eut lieu le 15 novembre 1672 par la première représentation des Fêtes de l’Amour et de Bacchus. La salle du Palais-Royal étant restée inoccupée par suite de la mort de Molière, Lulli vint y établir son théâtre. De nombreux succès récompensèrent le zèle et les talents de Lulli qui mourut en 1687.

Avant de rappeler les autres changements survenus dans cet établissement, nous allons donner une idée de la position financière des artistes de l’Opéra au commencement du XVIIIe siècle. Ce document règlementaire porte la date du 11 janvier 1713 ; il est intitulé :

ÉTAT

du nombre de personnes, tant hommes que femmes, dont le roi veut et entend que l’Académie royale de Musique soit toujours composée, sans qu’il puisse être augmenté ni diminué.

ACTEURS POUR LES ROLLES.
basse-tailles.
Premier acteur. 1 500 liv.
Second acteur. 1 200 liv.
Troisième acteur. 1 000 liv.
hautes-contres.
Premier acteur. 1 500 liv.
Second acteur. 1 200 liv.
Troisième acteur. 1 000 liv.
ACTRICES POUR LES ROLLES.
Première actrice. 1 500 liv.
Deuxième actrice. 1 200 liv.

(Suit une proportion décroissante jusqu’à la sixième actrice dont les appointements sont fixés à 700 liv.)

pour les chœurs.

Vingt-deux hommes à 400 livres et deux pages à 200 livres.

Douze femmes à 400 livres.
danseurs.

Deux premiers danseurs à 1 000 liv. chacun ; dix autres à 800, 600 et 400 livres.

Deux premières danseuses à 900 livres chacune ; huit autres à 500 et 400 livres.

orchestre.

Batteur de mesure (chef d’orchestre) à 1 000 livres.

(Suit la nomenclature de quarante-six instrumentistes dont les appointements varient de 600 à 400 liv.)

Deux machinistes à 600 livres.

De cet état officiel il résulte que le personnel de l’Opéra s’élevait, en 1713, à cent vingt-six artistes ou employés, le tout coûtant chaque année soixante-sept mille cinquante francs.

Francine, gendre et successeur de Lulli, avait hérité de son privilège ; mais, en 1712, ses créanciers s’en étant emparés, Guinet, syndic, administra ce théâtre jusqu’en 1724. L’Académie devait alors 300 000 liv. Le roi la fit gérer en son nom et appela Destouches à la direction. Un nouveau changement eut lieu en 1730 ; le privilège fut accordé à un nommé Gruer, qui en fut dépossédé l’année suivante. Son successeur, Lecomte, éprouva le même sort pour avoir refusé une double gratification à la demoiselle Mariette, danseuse singulièrement protégée par le prince de Carignan. Lecomte fut mis à la retraite par le ministre de la maison du roi le 1er avril 1733. Louis-Armand-Eugène de Thuret, ancien capitaine au régiment de Picardie, le remplaça ; onze ans après il obtint sa retraite avec une pension viagère de 10 000 livres. Son successeur, François Berger, ancien receveur général des finances, géra trois ans et greva l’Académie de Musique d’une dette de 450 000 livres.

Tout annonçait la ruine de l’Académie royale de musique ; dans cette extrémité, le gouvernement ne vit point d’autre parti à prendre que d’en confier l’administration à la prévôté des marchands. Un arrêt du conseil, à la date du 26 août 1749, en remit la direction à ces magistrats, sous la seule condition d’en rendre compte au ministre de la maison du roi. Ce mode d’administration dura jusqu’au mois d’avril 1757.

L’Académie fut alors affermée pour trente années à Francœur et Rebel. Le 6 avril 1763, un terrible incendie dévora la salle de l’Opéra et, le 24 janvier suivant, les acteurs prirent possession du théâtre des Machines qui faisait partie du palais des Tuileries. Aucun changement n’eut lieu jusqu’en 1769. Le 3 juillet de cette année fut rendu un nouveau règlement dont il est utile de reproduire les principales dispositions :

« Les sujets composant l’Académie royale de musique seront et demeureront fixés, savoir pour les hommes, de 16 basses-tailles, 8 tailles, 8 hautes-contres pour les femmes ; de 8 premières-dessus, 8 secondes-dessus et 4 surnuméraires. Les ballets, de 82 personnes toutes dansantes, tant hommes que femmes, savoir pour les hommes, de 10 danseurs seuls, et en double 24 figurants, 6 surnuméraires ; et pour les femmes, de 6 danseuses seules, et en double 24 figurantes et 12 surnuméraires. L’orchestre de 76 musiciens, savoir 2 maîtres de musique, 2 clavecinistes, 4 contrebasses, 12 violoncelles, 24 violons, 4 violons surnuméraires, 6 flûtes et hautbois, 6 bassons, 4 altos, 4 cors-de-chasse, 2 clarinettes, 2 trompettes, 2 cimballes, 1 tambour et 1 musette. »

Des lettres-patentes du 11 février 1764 avaient ordonné la reconstruction du théâtre du Palais-Royal, dont l’inauguration eut lieu le 26 janvier 1770, par la reprise de Zoroastre, opéra de Rameau.

Au commencement de l’année 1776, le bureau de la ville obtint d’être débarrassé de l’administration de l’Opéra, et le roi nomma bientôt une commission qui commença sa gestion à la nouvelle année théâtrale. Le Breton fut nommé directeur-général, et le corps de la ville resta propriétaire du privilège. Cette gestion ne dura pas longtemps ; un arrêt du conseil d’état du roi à la date du 18 octobre 1777, accorda la concession de l’entreprise pour douze années, au sieur de Vismes, à partir du 1er avril 1778, avec tous les droits conférés autrefois au bureau de la ville. De Vismes quitta l’administration de l’Opéra au commencement de l’année 1780, et par arrêt du conseil d’état du roi, du 17 mars, le privilégie que possédait le corps municipal dut cesser à compter du 1er avril, et les dettes de l’établissement contractées jusqu’à cette époque furent mises à la charge de la ville. Le Breton reprit la direction et mourut le 14 mai suivant ; il eut pour successeurs Dauvergne et le musicien Gossec. À cette époque, le prix des places du parterre fut porté de 40 à 48 sols, le caissier assujetti à un cautionnement, et la régie confiée à un comité nommé par le roi.

Ce théâtre commençait alors à jeter un vif éclat. Voltaire en fit ainsi l’éloge :

« Il faut se rendre à ce palais magique,
Où les beaux vers, la danse, la musique,
L’art de charmer les yeux par les couleurs,
L’art plus heureux de séduire les cœurs,
De cent plaisirs font un plaisir unique. »

C’était le temps où brillaient Vestris, Gardel, Dauberval, mademoiselle Guimard et Sophie Arnould. Malgré les talents de ces artistes, l’administration se trouvait obérée, et dans les années 1778 et 1779, la dépense avait dépassé la recette de 700 000 livres.

Le 8 juin 1781, un embrasement subit détruisit en quelques heures la salle de l’Opéra. — « Une corde de l’avant-scène dit Mercier, s’alluma dans un lampion, mit le feu à la toile, la toile embrasa les décorations et les décorations portèrent l’incendie dans le pourtour des loges. Tout le théâtre fut consumé… Des débats parmi les administrateurs avaient fait négliger les précautions les plus indispensables. Quatorze personnes ont été réduites en charbon. »

En soixante-quinze jours une salle provisoire était construite sur le boulevart Saint-Martin, sous la direction de Lenoir, architecte. Elle fut ouverte au public le 27 octobre de la même année, par une représentation gratuite, en réjouissance de la naissance du dauphin ; on y joua pour la première fois Adèle de Ponthieu, opéra en trois actes, paroles de Saint-Marc, musique de Piccini. Après le spectacle, on donna un bal, et les quadrilles furent exécutés par les dames de la halle, les forts et les charbonniers.

La révolution n’épargna pas l’Académie de Musique. Son nom lui fut enlevé, puis remplacé par celui d’Opéra. Presque toutes les anciennes actrices quittèrent le théâtre. Quelques unes tâchèrent de faire oublier leur ancienne intimité avec la noblesse, en allant vivre obscures et isolées dans un coin de la province, loin de leurs anciens amis de cour que l’ouragan révolutionnaire avait dispersés. Sophie Arnould avait fait l’acquisition du couvent de Saint-François, à Luzarches, et, malgré cette preuve de civisme, la célèbre danseuse avait été dénoncée comme suspecte. Les membres du comité de surveillance de l’endroit envahirent sa retraite pour procéder à une visite domiciliaire. Sophie Arnould les reçut en souriant : « Mes amis, leur dit-elle, je suis bonne citoyenne, j’ai fait partie de l’Opéra pendant quinze années, et je connais par cœur les droits de l’homme. »

En 1794, l’Opéra quitta le boulevart, et fut installé dans le théâtre que la demoiselle Montansier avait fait construire dans la rue de Richelieu, en face de la Bibliothèque Royale. L’inauguration eut lieu par une pièce mêlée de chants et de danses, intitulée la Réunion du 10 août. Ce fut à cette représentation qu’on vit pour la première fois le parterre garni de banquettes.

Un décret du 8 novembre 1807 détermina le règlement de l’Opéra qui prit le titre d’Académie impériale de Musique. L’établissement fut administré pour le compte du gouvernement. Le directeur était nommé par l’Empereur, sur la présentation de son premier chambellan.

La musique et la danse trônèrent dans la rue de Richelieu pendant vingt-quatre années. Après la mort du duc de Berri, assassiné le 13 février 1820, par Louvel, au moment où le prince, quittant le théâtre, reconduisait la duchesse à sa voiture, la salle fut immédiatement fermée, puis démolie. On s’occupa d’en reconstruire une autre sur l’emplacement de l’hôtel de Choiseul. Commencés au mois d’août, les travaux furent terminés en août 1821 sous la direction de M. Debret, architecte.

Ce théâtre est sans contredit le premier de l’Europe, tant par la splendeur du spectacle que par la réunion des grands talents qui concourent à son exécution. Depuis 1830, l’Opéra est conduit par un directeur auquel on accorde une subvention. Ce directeur gère à ses risques et périls, et fournit un cautionnement de 300 000 fr. Les actes de son administration sont soumis au contrôle d’une commission nommée par le roi, et qui ressort du ministère de l’intérieur.

L’Opéra contient 1 950 personnes ; le prix des places en 1844 est fixé ainsi qu’il suit : 1res loges de face et d’avant-scène, et baignoires d’avant-scène, 9 fr. ; orchestre, balcon des 1res, 2mes de face et d’avant-scène, galeries des 1res, amphithéâtre des 1res, 7 fr. 50 c. ; 1res loges de côté, baignoires de côté, 6 fr. ; 2mes loges de côté, 3mes loges de face, 5 fr. ; 3mes loges de côté et d’avant-scène, 4mes loges de face, 3 fr. 50 c. ; parterre, 4 fr. ; 4mes loges de côté, 5mes loges de face, amphithéâtre des 4mes, 2 fr. 50 c.

Myron (rue François-).

Commence à la rue de Lobau, nos 4 et 6 ; finit aux rues du Pourtour-Saint-Gervais, no 1, et Jacques-de-Brosse, no 13. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 67 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Hôtel-de-Ville.

C’était autrefois la rue du Monceau-Saint-Gervais, en raison de sa direction vers l’église Saint-Gervais, bâtie sur une petite éminence qu’on appelait anciennement Monceau. Ce monceau (moncellum) était un fief qualifié dont il est fait mention sous Louis-le-Jeune, en 1141. Au XIIIe siècle, c’était la rue entre Saint-Gervais et Saint-Jean. On l’appela ensuite rue du Cimetière (elle était alors confondue avec celle du Pourtour). En vertu d’un arrêt du conseil d’État du 31 mars 1674, la rue du Monceau fut élargie. — Une décision ministérielle du 13 thermidor an V, signée François de Neufchâteau, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Conformément à une ordonnance royale du 4 mars 1836, cette largeur est portée à 26 m. — « Paris, le 22 décembre 1838. — Monsieur le préfet, sa majesté a approuvé, ainsi que vous l’aviez proposé, que la rue du Monceau-Saint-Gervais portât le nom de François-Myron, célèbre prévôt des marchands sous Henri IV, etc. » (Extrait d’une lettre du ministre de l’intérieur). — Conformément à un arrêté préfectoral du 7 septembre 1843, une enquête a été ouverte sur le projet d’élargissement immédiat de cette rue. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Mai et Juin 1844.


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N.


Napoléon (quai).

Commence à la rue Bossuet et au pont de la Cité ; finit à la rue du Haut-Moulin, no 10, et au pont Notre-Dame. Le dernier numéro est 33. Sa longueur est de 428 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

« 22 avril 1769. — Il sera ouvert un nouveau quai appelé le quai des Ursins, depuis la descente du pont Notre-Dame, du côté de Saint-Denis de la Chartre, jusqu’au pont de pierre dont la construction a été ordonnée. La rue Saint-Pierre-aux-Bœufs sera alignée, élargie et prolongée depuis le parvis Notre-Dame jusqu’à son débouché sur le dit quai. » (Extrait des lettres-patentes). — Ces améliorations ne furent point alors exécutées.

« Saint-Cloud, le 29 vendémiaire an XII. — Le gouvernement de la république sur le rapport du ministre de l’intérieur, arrête : Il sera sans délai procédé aux travaux nécessaires pour l’ouverture d’un quai, entre le pont Notre-Dame et celui de la Cité, sur la rive gauche de la Seine, etc. Les dites maisons et celles nationales, situées sur le terrain destiné au nouveau quai, seront démolies, et les matériaux en provenant vendus pour acquitter les frais de démolition, et le surplus être employé aux dépenses de l’ouverture de ce quai ; néanmoins les pierres et moellons seront réservés pour les constructions et réparations du quai. Signé Bonaparte. » (Extrait de l’arrêté). — Le 4 ventôse an XII, le ministre de l’intérieur Chaptal approuva, pour ce quai, un alignement qu’on modifia le 10 prairial suivant. Sa largeur fut alors fixée à 14 m. 50 c. ; dès cette époque le quai devait prendre la dénomination de quai Napoléon. Cette voie publique fut immédiatement commencée, et l’on abattit les maisons des rues Basse-des-Ursins et d’Enfer, qui régnaient le long de la rivière. Les travaux suspendus quelque temps furent continués en vertu d’un décret du 11 mars 1808. En 1816, ce quai reçut le nom de quai de la Cité. Au mois de janvier 1834, il a repris la dénomination de quai Napoléon (Moniteur du 26 janvier). Une ordonnance royale du 4 mars 1834 a définitivement fixé la moindre largeur de cette voie publique à 14 m. Les propriétés riveraines sont alignées, à l’exception de celle qui forme l’encoignure de la rue Bossuet. — Égout entre les rues d’Arcole et Saint-Landry. — Conduite d’eau depuis la rue de la Colombe jusqu’à la borne-fontaine.

Commence à la rue des Martyrs, nos 43 et 45 ; finit à la rue Breda, nos 16 et 18. Le dernier impair est 31 ; le dernier pair, 18. Sa longueur est de 194 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Une ordonnance royale du 7 octobre 1830, porte : «. Article 1er. Le sieur Mènard est autorisé à ouvrir sur les terrains à lui appartenant, faubourg Montmartre, deux rues, l’une de 11 m. 69 c. de largeur, et l’autre de 12 m., etc. — Art. 2e. Cette autorisation est accordée à la charge par l’impétrant, 1o d’abandonner gratuitement à la ville la propriété du sol des deux rues ; 2o de supporter les frais du premier pavage et éclairage, et d’établir de chaque côté desdites rues, des trottoirs en pierre dure ; 3o et de pourvoir à l’écoulement souterrain ou à ciel ouvert des eaux pluviales et ménagères, etc. » — Le sieur Ménard n’ouvrit qu’une seule rue, celle de 11 m. 69 c. de largeur. Le nom assigné à cette voie publique rappelle le glorieux combat naval où les escadres française, anglaise et russe remportèrent une victoire signalée sur la flotte Turco-Égyptienne. Le vice-amiral comte Henri de Rigny, commandait pour la France.

Nazareth (impasse de).

Située dans la rue de Jérusalem. Pas de numéro. Sa longueur est de 50 m. — 11e arrondissement, quartier du Palais-de-Justice.

C’était autrefois la rue de Galilée. Au xvie siècle, on commença à l’appeler rue de Nazareth. Cette rue devait ces dénominations aux pèlerins qui venaient y loger avant leur départ pour Galilée, Nazareth et Jérusalem. Cette voie publique, réduite à l’état d’impasse en 1843, sera supprimée pour faciliter l’agrandissement du Palais-de-Justice.

Necker (hôpital).

Situé dans la rue de Sèvres, en face du no 112. — 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin.

Il a été formé sur l’emplacement du couvent des religieuses bénédictines de Notre-Dame-de-Liesse. Établies en 1631 à Réthel, dans le diocèse de Reims, ces religieuses furent obligées, pour éviter les malheurs de la guerre, de se réfugier à Paris, en 1636. Elles s’installèrent dans la rue du Vieux-Colombier. Le roi approuva cette communauté dont le but principal était l’éducation des jeunes filles. La comtesse de Soissons et la duchesse de Longueville se déclarèrent protectrices de cet établissement. En 1645, les religieuses prirent possession d’une propriété connue sous le nom de jardin d’Olivet, et située dans la rue de Sèvres. En 1663, elles firent construire une chapelle. Ce couvent était presque désert lorsqu’il fut supprimé en 1778 ; à cette époque, madame Necker, femme du contrôleur général, conçut et exécuta le projet de fonder sur cet emplacement un hospice qui reçut le nom d’hospice de Saint-Sulpice. Pendant la révolution cet établissement fut appelé hospice de l’Ouest. Enfin on lui donna le nom de sa fondatrice. En 1802 et 1803 de grandes améliorations furent introduites dans cette maison qui contient 133 lits savoir : 14 pour les blessés ; 12 pour les blessées ; 12 pour les convalescents ; 15 pour les convalescentes ; 36 pour les malades ordinaires (hommes) ; 44 pour les femmes. Il est desservi par les sœurs de charité. En 1835, la mortalité a été de 1 sur 8/50. Idem, la dépense de 87 293 fr. 59 c.

En 1842, la mortalité a été de 1 sur 9/15. Idem la dépense de 202 991 fr. 56 c.

Necker (rue).

Commence à la rue Dormesson, nos 2 et 4 ; finit à la rue Jarente, nos 3 et 5. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 46 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.


Autorisée par lettres-patentes du 15 février 1783, cette rue fut ouverte en 1784, sur l’emplacement du prieuré royal de la couture sainte Catherine (voyez marché Sainte-Catherine). Elle reçut la dénomination de rue Necker, en l’honneur du célèbre Necker, alors contrôleur général des finances. Cette voie, publique fut exécutée sur une largeur de 5 m. 70 c., qui à été maintenue par une décision ministérielle du 22 juillet 1823. Les constructions riveraines sont alignées. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Jacques Necker naquit à Genève en 1732, et mourut dans la même ville le 9 avril 1804.

Nemours (rue de).

Commence à la rue de Ménilmontant, nos 33 bis et 35 ; finit à la rue d’Angoulême, no 40. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 171 m. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Une ordonnance royale du 27 juin 1838, porte : « Article 1er. Le sieur Vimont (Charles René), propriétaire à Paris, est autorisé à ouvrir sur ses terrains une rue de dix mètres de large, pour communiquer de la rue d’Angoulème prolongée à la rue de Ménilmontant, etc. — Art. 2e. L’autorisation résultant pour le sieur Vimont de l’article précédent, ne lui est accordée qu’à la charge par lui, ses successeurs ou ses ayant-cause, 1o de céder gratuitement à la ville de Paris le sol de la nouvelle voie publique ; 2o de supporter les frais de premier établissement de pavage, de l’éclairage et des trottoirs, y compris les frais de relevé du pavé ; 3o de donner au nivellement de la rue une pente d’un centimètre au moins par mètre, d’exécuter les frais de pavage en chaussée bombée et ceux des trottoirs, suivant les plans et sous la surveillance des ingénieurs de la ville de Paris ; 4o de ne pas donner plus de seize mètres de hauteur aux maisons qui borderont la nouvelle rue, etc… » — Cette rue fut immédiatement ouverte, et reçut, en vertu d’une décision ministérielle du 3 octobre 1838, signée Montalivet, le nom de Nemours, en l’honneur de Louis-Charles-Raphaël, duc de Nemours, né à Paris, le 25 octobre 1814.

Nevers (impasse de).

Faisant suite à la rue du même nom. Sa longueur est de 14 m. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Elle doit son nom à la rue de Nevers en face de laquelle elle est située. — Une décision ministérielle à la date du 2 messidor an VIII, signée L. Bonaparte, a fixé à 8 m. la largeur de cette impasse qui est aujourd’hui fermée. Les constructions du côté gauche sont soumises à un retranchement de 1 m. 50 c. ; celles du côté opposé devront reculer de 3 m. 20 c.

Nevers (rue de).

Commence au quai de Conti, nos 3 et 5 ; finit à la rue d’Anjou, no 10, et à l’impasse de Nevers. Le dernier impair est 21 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 149 m. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.

Ce n’était encore au xiiie siècle qu’une ruelle, qui servait de passage aux eaux et immondices de la maison religieuse des frères Sachets et du jardin du collége Saint-Denis. Dans un acte de 1571, elle est simplement nommée ruelle par laquelle on entre et sort du quai et jardin de l’hôtel Saint-Denis. On la fermait alors à ses deux extrémités, circonstance qui la fit désigner plus tard sous le nom de rue des Deux-Portes. Un procès verbal de 1636 lui donne la dénomination de rue de Nevers, parce qu’elle longeait l’hôtel de Nesle, appelé alors de Nevers. — Une décision ministérielle du 2 messidor an VIII, signée L. Bonaparte, a fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Les propriétés nos 13, 15 et 15 bis, ne sont pas soumises à retranchement ; les autres constructions de ce côté devront reculer de 1 m. 30 c. à 1 m. 50 c. ; les propriétés du côté des numéros pairs sont assujetties à un retranchement de 3 m. 50 c. environ. — Conduite d’eau entre la rue d’Anjou et la borne-fontaine.

Newton (rue).

Commence à la rue du Chemin-de-Versailles ; finit au chemin de ronde de la barrière de l’Étoile. Pas de numéro. Sa longueur est de 196 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Elle a été ouverte sur les terrains de MM. Dumoustier, Laurent et Grassal, en vertu d’une ordonnance royale du 18 mars 1836. Sa largeur est de 12 m. Les constructions riveraines ne doivent pas excéder 12 m. de hauteur. (Voyez rue des Bassins.)

Isaac Newton, créateur de la philosophie naturelle, l’un des plus grands génies que l’Angleterre ait produits, naquit le 25 décembre 1642, à Wolstrop, dans la province de Lincoln, et mourut le 20 mars 1727.

Nicaise (rue Saint-).

Commence à la rue de Rivoli, no 2 ; finit à la rue Saint-Honoré, nos 259 et 261. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 45 m. — 1er arrondissement, quartier des Tuileries.

Alignée sur l’emplacement de l’enceinte de Paris, construite sous les rois Charles V et Charles VI, cette rue doit son nom à l’ancienne chapelle Saint-Nicaise, dont la fondation remonte au viie siècle, selon quelques écrivains, et seulement à l’année 1108, selon d’autres savants. Cette chapelle fut érigée en paroisse à la fin du xiie siècle ; elle servait aux aveugles infirmes, et communiquait à l’ancien hôpital des Quinze-Vingts. — Une partie de la rue Saint-Nicaise a été démolie pour la construction de la galerie septentrionale du Louvre. Elle aboutissait autrefois à l’ancienne galerie. Nous racontons ici l’évènement qui accéléra la suppression de cette partie de rue.

Le 24 décembre 1800, à huit heures et quelques minutes du soir, le premier consul sortait des Tuileries pour aller à l’Opéra assister à un oratorio d’Haydn. Les grenadiers à cheval, qui précédaient la voiture, trouvèrent l’entrée de la rue Saint-Nicaise obstruée d’un côté par une charrette, et de l’autre par une voiture de place, qu’un des grenadiers fit aussitôt avancer. Alors la voiture du premier consul franchit rapidement cet étroit passage, et continua sa route. À peine avait-elle atteint la rue de la Loi (aujourd’hui de Richelieu), qu’une détonnation terrible se fit entendre ; c’était l’explosion d’un tonneau de poudre et de mitraille, posé sur la fatale charrette. Des fragments de cheminées, de fenêtres, des éclats de vitres pleuvent aux alentours ; quarante-six maisons ébranlées deviennent inhabitables ; huit personnes sont tuées, et vingt-huit, blessées. La voiture du premier consul penche sur ses roues, les glaces sont brisées ; il se réveille en sursaut, en disant à Lannes et à Bessières : « Nous sommes minés !… » Ceux-ci veulent arrêter à toute force, mais Bonaparte ordonne de passer outre, et arrive à l’Opéra. Le premier consul fut sauvé par la dextérité de son cocher César, à qui cette circonstance valut une sorte de célébrité. Les républicains furent d’abord accusés d’avoir tramé ce complot ; mais on découvrit bientôt, que les royalistes étaient les vrais coupables. Saint-Réjant et Carbon, principaux acteurs dans ce drame, expièrent leur crime sur l’échafaud. Cependant le premier consul s’obstina à craindre les républicains plus que les chouans. « La chouannerie et l’émigration, disait Bonaparte, sont des maladies de peau ; le terrorisme est une maladie de l’intérieur. » — Une décision ministérielle en date du 3 germinal an X, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 4 octobre 1826, ont fixé la moindre largeur de la rue Saint-Nicaise à 10 m. Propriété no 1, retranch. réduit 2 m. ; 3, ret. réduit 2 m. 40 c. ; 5, alignée ; 7, ret. réduit 3 m. 70 c. ; les maisons du côté des numéros pairs ne sont pas soumises à retranchement. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Nicolas (chapelle Saint-).

Située dans la rue du Faubourg-du-Roule, entre les nos 57 et 59. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Ce charmant édifice a été construit en 1780, par l’architecte Girardin, au frais de Nicolas Beaujon, receveur général des finances de la généralité de Rouen. Ce petit monument est un chef-d’œuvre de goût ; son portail est remarquable par sa simplicité et l’heureuse harmonie de ses parties. La nef est ornée de deux rangs de colonnes doriques, isolées, formant galeries élevées sur le sol ; sur le mur du fond de ces galeries règne un stylobate au-dessus duquel sont diverses statues de saints dans des niches. La voûte est ornée de caissons, la lumière descend dans la nef par une lanterne carrée ; à l’extrémité de cette nef est une rotonde entourée de colonnes corinthiennes, isolées, et qui reçoit le jour d’en haut ; cette manière d’éclairer les monuments est très favorable aux effets de l’architecture. Cette chapelle, dédiée par le fondateur à saint Nicolas, son patron, fut cédée en 1785, par M. Beaujon, aux administrateurs de l’hospice qu’il faisait construire dans le faubourg du Roule. On voit encore dans cette chapelle le tombeau de Beaujon. Ce dernier refuge d’un ami de l’humanité fut indignement profané en 1793. Des terroristes employèrent le marbre tumulaire à construire des fosses d’aisance, le jour même où ils brûlèrent le portrait de ce financier. Le buste de Beaujon, sculpté, dit-on, par Pigalle, a été reconnu dernièrement chez un brocanteur qui l’a cédé, moyennant 500 francs, à l’administration des hospices.

Nicolas (impasse Saint-).

Située dans la rue Royale, no 13 et 15. Le seul numéro est 2. Sa longueur est de 14 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Elle a été formée, vers 1780, sur une partie de l’emplacement du prieuré de Saint-Martin-des-Champs (voyez place de l’ancien marché Saint-Martin). — Une décision ministérielle en date du 3 décembre 1814, signée l’abbé de Montesquiou, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. En vertu d’une ordonnance royale du 14 janvier 1829, l’impasse Saint-Nicolas sera confondue dans la rue Henri 1er, lors de la démolition de la maison portant sur la rue Royale le no 13. Les constructions du côté droit de cette impasse seront maintenues sur leurs vestiges actuels.

Nicolas (rue du Cimetière-Saint-).

Commence à la rue Transnonnain, nos 23 et 25 ; finit à la rue Saint-Martin, nos 160 et 162. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 30. Sa longueur est de 132 m. — Les numéros impairs sont du 7e arrondissement, quartier Sainte-Avoie ; les pairs du 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

La cour de Saint-Martin-des-Champs servit d’abord de cimetière à la paroisse Saint-Nicolas ; mais ce terrain se trouvant, dès le commencement du xiiie siècle, trop étroit pour servir de sépulture aux paroissiens, dont le nombre s’augmentait alors considérablement, les religieux de Saint-Martin donnèrent à l’église Saint-Nicolas un clos environné de murs pour en faire un nouveau cimetière. Le curé et les paroissiens s’engagèrent de leur côté à faire à leurs frais une rue pour y conduire. En 1220, l’évêque de Paris vint bénir le cimetière, et la rue qu’on ouvrit en prit la dénomination, qu’elle conserve encore aujourd’hui. — Une décision ministérielle du 12 fructidor an V, signée François de Neufchâteau, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. Cette largeur est portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 14 janvier 1829. Les maisons nos 1, 3, 5, 7, ne sont pas soumises à reculement ; 9 et 11, retranch. réduit 70 c. ; 13, ret. réduit 1 m. ; 15, ret. réduit 1 m. 20 c. ; 17, ret. réduit 1 m. 45 c. ; 19 et 21, ret. réduit 1 m. 90 c. ; 23, ret. 2 m. 10 c. à 2 m. 38 c. La maison no 26 est alignée les autres constructions de ce côté devront reculer de 3 m. à 3 m. 30 c. — Portion d’égout du côté de la rue Saint-Martin. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Nicolas (rue Neuve-Saint-).

Commence à la rue Sanson, no 1 ; finit à la rue du Faubourg-Saint-Martin, nos 76 et 78. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 40. Sa longueur est de 535 m. — 5e arrondissement, quartier de la Porte-Saint-Martin.

Le plan de Verniquet l’indique sous cette dénomination, qu’elle doit à une enseigne. C’était, à cette époque, une ruelle étroite et tortueuse. — Une décision ministérielle du 25 messidor an X, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. En vertu d’une ordonnance royale du 6 mars 1828, cette dimension a été portée à 13 m. Une autre ordonnance du 21 novembre 1837, porte : — « Article 1er. Est déclarée d’utilité publique, l’exécution immédiate de l’alignement du côté droit, numéros pairs, de la rue Neuve-Saint-Nicolas-Saint-Martin, tel qu’il a été arrêté par l’ordonnance royale du 6 mars 1828. En conséquence, la ville de Paris est autorisée à acquérir à l’amiable, au prix qui sera fixé par une expertise contradictoire, et s’il y a lieu, par l’application de la loi du 7 juillet 1833, les bâtiments et terrains qui excèdent l’alignement ci-dessus mentionné, etc. » — Cette importante amélioration a été complètement réalisée en 1841. — La propriété no 3, celle à l’encoignure gauche de la rue Lancry, la maison no 19, et celle à l’angle de la rue du Faubourg-Saint-Martin sont alignées ; les autres constructions de ce côté devront reculer de 3 m. 30 à 3 m. 90 c. Les propriétés du côté des numéros pairs sont alignées, à l’exception du petit bâtiment situé à l’encoignure droite de la rue Lancry. — L’égout de ceinture passe sous cette rue. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz : entre les rues Sanson et Lancry (compe Lacarrière) ; pour le surplus (compe de Belleville).

Nicolas-Chaussée-d’Antin (rue Saint-).

Commence à la rue de la Chaussée-d’Antin, nos 35 et 37 ; finit à la rue de l’Arcade, nos 26 et 28. Le dernier impair est 79 ; le dernier pair, 76. Sa longueur est de 580 m. — 1er arrondissement, quartier de la Place-Vendôme.

Elle a été formée, vers 1784, sur une partie du grand égout. Par cette raison, on la nomma d’abord rue de l’Égout ensuite rue de l’Égout-Saint-Nicolas ; enfin, rue Saint-Nicolas seulement. — « Séance du 19 septembre 1793. — Le corps municipal arrête que la rue Saint-Nicolas, section du Mont-Blanc, demeure fixée à 23 pieds, dans sa plus petite largeur. » (Registre 41, page 6 896.) — Une décision ministérielle du 6 fructidor an XIII, signée Champagny, a porté cette dimension à 7 m. 79 c. Les maisons riveraines sont alignées, à l’exception de celles nos 52, 56, 58 et 72. En vertu d’une ordonnance royale du 3 septembre 1843, l’exécution de l’alignement au droit de ces immeubles a été déclarée d’utilité publique. — Suivant un projet publié conformément à un arrêté préfectoral du 30 mars 1844, la largeur de la rue Saint-Nicolas serait portée à 11 m., et on prendrait tout le retranchement sur le côté des numéros impairs. — L’égout de ceinture passe sous cette rue. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Nicolas-des-Champs (cloître Saint-).

Situé dans la rue au Maire, entre les nos 48 et 50. Le dernier impair est 3 ; le seul pair, 2. Sa longueur est de 23 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Il doit son nom à l’église Saint-Nicolas-des-Champs, qui a une de ses entrées dans ce cloître. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, a fixé la largeur de cette voie publique à 18 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement réduit de 1 m. ; celles du côté opposé sont alignées.

Nicolas-des-Champs (église Saint-).

Située dans la rue Saint-Martin, entre les nos 200 et 202. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

C’était, dans l’origine, une chapelle sous le titre de Saint-Nicolas. Elle fut d’abord destinée aux domestiques du prieuré royal de Saint-Martin, et servit ensuite aux habitants qui vinrent s’établir dans ses environs. Elle est, pour la première fois, mentionnée en 1119, dans une bulle de Callixte II. Érigée en paroisse en 1176, elle fut rebâtie en 1420, et agrandie en 1575, au moyen d’un terrain que la fabrique acheta des religieux de Saint-Martin et sur lequel on construisit la suite de la nef, le chœur et les chapelles du chevet.

Aujourd’hui, ce monument qui se trouve étouffé par des constructions particulières, présente deux frontispices d’un style si différent, que, sans les inscriptions qu’on lit sur leurs pierres, il serait difficile de croire que tous deux servent d’entrée au même édifice. Le portail le plus ancien se développe sur la rue Saint-Martin ; l’autre frontispice, vers le midi, est situé dans la rue au Maire. Sa construction date de 1576, sous Henri III. L’architecture en est gracieuse et régulière.

Cet édifice a beaucoup souffert des injures du temps et des révolutions. Les architectes successivement chargés de sa restauration semblent tous avoir pris à tâche de le défigurer.

Parmi les tableaux qui ornent ce monument, on remarque l’Assomption de la Vierge, de Simon Vouët. L’architecte Boulan a construit la chapelle de la communion.

Guillaume Budé, philologue distingué, l’un des hommes les plus savants de son temps, mort en 1540, a été inhumé dans cette église. Budé avait ordonné par son testament « qu’on le portai en terre, de nuit et sans semonce, une torche ou deux seulement. Mellin de Saint-Gelais composa pour le défunt l’épitaphe suivante :

« Qui est le corps que si grand monde suit ?
— Las ! c’est Budé au cercueil estendu.
Que ne font donc les cloches plus grand bruit ?
Son bruit sans cloche est assez respandu.
Que n’a-t-on plus en torches despendu
Suivant la mode accoutumée et saincte ?
— Afin qu’il soit par l’obscur entendu
Que des François la lumière est esteincte. »

Dans cette église furent enterrés Henri et Adrien de Valois, célèbres historiographes, le premier en 1676, le second en 1682. La fameuse mademoiselle de Scudéry, morte en 1701, à l’âge de 94 ans, y fut également inhumée.

Sur les registres de la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, on lit ce qui suit : « Le samedi 15 janvier 1763, a été baptisé François-Joseph Talma, né le même jour, fils de Michel-Joseph Talma, et de dame Mignolet son épouse, demeurant rue des Ménétriers. »

Nicolas-du-Chardonnet (église Saint-).

Située dans la rue des Bernardins, à l’angle de la rue Saint-Victor. — 12e arrondissement, quartier du Jardin-du-Roi.

Cette église, première succursale de la paroisse Saint-Étienne-du-Mont, a pris son nom du fief du Chardonnet, sur lequel on la construisit. Guillaume d’Auvergne ayant obtenu de l’abbaye Saint-Victor cinq quartiers de terre, y fit bâtir, en 1230, une chapelle qui fut érigée en paroisse en 1243. En 1656, on entreprit sa reconstruction ; les travaux bientôt suspendus ne furent repris qu’en 1705 ; ils ont été achevés en 1709. Cette église, supprimée en 1792, devint propriété nationale et fut vendue le 3 vendémiaire an VIII. L’acquéreur ayant manqué à ses engagements, la vente fut résiliée, et cet édifice conservé a été remis, le 23 fructidor an X, à la disposition de l’archevêque de Paris. Le 16 février 1818, on transporta dans cette église le corps du poète Santeuil, mort à Dijon en 1697. Il avait suivi le duc de Bourbon dans son gouvernement de Bourgogne. Étant à table, le duc, pour s’amuser, versa furtivement dans le verre du poète une forte dose de tabac d’Espagne. Santeuil, sans se douter de cette gentillesse de prince, avala le vin et le tabac, et fut attaqué d’une violente colique dont on ne put le guérir.

Nicolas-du-Chardonnet (rue Saint-).

Commence à la rue Saint-Victor, nos 143 et 145 ; finit à la rue Traversine, nos 1 et 3. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 85 m. — 12e arrondissement, quartier du Jardin-du-Roi.

Elle doit son nom à l’église vis-à-vis de laquelle cette rue est située. Guillot l’appelle rue Saint-Nicolas-du-Chardonnay et du Chardonneret. Dans un cartulaire de Sainte-Geneviève de 1250, elle est simplement appelée vicus Sancti Nicolaï propè puteum. Ce nom du Chardonnet provient du territoire couvert anciennement de chardons, et c’est par erreur que plusieurs savants écrivent Chardonneret. — Une décision ministérielle du 8 nivôse an IX, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Les maisons nos 1, 3 et 7 ne sont pas soumises à retranchement.

Nicolas-du-Chardonnet (séminaire Saint-).

Situé rue Saint-Victor, no 102. — 12e arrondissement, quartier du Jardin-du-Roi.

Ce n’était, dans le principe, qu’une société composée de dix ecclésiastiques. L’un d’eux, Adrien Bourdoise, pour diriger l’instruction des jeunes gens qui se destinaient au sacerdoce, établit ces prêtres au collége du Mans, puis successivement aux colléges du cardinal Lemoine et de Montaigu ; enfin, en 1620, dans une maison voisine de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Les bâtiments se trouvant trop petits, ces prêtres songèrent à les quitter en 1624, pour aller habiter le collége des Bons-Enfants, situé dans la même rue. Georges Froger, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, ayant eu à se louer de ces religieux, résolut de se les attacher. Par ses conseils, ils revinrent loger près de son église, dans les bâtiments qu’ils avaient occupés autrefois. Georges Froger leur donna les moyens d’acheter quelques propriétés voisines. Le 20 avril 1644, l’archevêque de Paris érigea cet établissement en séminaire. En 1730, on y construisit un grand corps de logis où étaient reçus, comme pensionnaires, les étudiants qui embrassaient l’état ecclésiastique. Ce séminaire fut supprimé en 1792 et vendu le 14 prairial an III (2 juin 1795). Il a été rétabli depuis 1815.

Nicolas Faubourg-Saint-Antoine (rue Saint-).

Commence à la rue de Charenton, nos 69 et 71 ; finit à la rue du Faubourg-Saint-Antoine, nos 86 et 88. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 26. Sa longueur est de 172 m. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

Dès 1676, elle est indiquée sous cette dénomination, qu’elle doit à une enseigne. — Une décision ministérielle du 16 ventôse an XII, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 8 m. Les maisons nos 3, 6 et 16 ne sont pas soumises à retranchement ; toutes les autres constructions devront reculer de 25 c. à 60 c. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Nicolet (rue).

Commence au quai d’Orsay, nos 51 et 53 ; finit à la rue de l’Université, nos 140 et 142. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 121 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.


Le plan de Verniquet l’indique sous le nom de rue Saint-Nicolas. La dénomination actuelle n’est sans doute qu’une altération. — Une décision ministérielle du 29 nivôse an VIII, signée L. Bonaparte, a fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. Sur le côté des numéros impairs, la propriété à l’angle de la rue de l’Université est alignée ; sur le côté opposé, il y a deux maisons alignées qui ne portent pas de numéro. — Conduite d’eau entre la rue de l’Université et la borne-fontaine.

Noir (passage).

Commence à la rue Neuve-des-Bons-Enfants, no 9 ; finit à la rue de Valois-Palais-Royal. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Ce passage, qui est propriété particulière, a été construit en 1782. Il doit sans doute sa dénomination à l’obscurité qui y règne.

Nonnains-d’Hyères (rue des).

Commence au quai des Ormes, nos 24 et 26 ; finit aux rues de Jouy, no 1, et des Prêtres-Saint-Paul, nos 23. Le dernier impair est 37 ; le dernier pair, 26. Sa longueur est de 139 m. — 9e arrondissement : les numéros impairs sont du quartier de l’Hôtel-de-Ville ; les pairs du quartier de l’Arsenal.

En 1182, Ève, abbesse d’Hyères, acheta en cet endroit une maison dite de la Pie, à Richard Villain, moyennant 25 livres et 50 sous de cens annuel. Cette rue prit alors le nom de ces religieuses. Elle fut élargie en vertu d’un arrêt du conseil du 16 décembre 1684. — Une décision ministérielle du 13 thermidor an VI, signée François de Neufchâteau, fixa la largeur de cette voie publique à 10 m. Cette largeur a été portée à 12 m., en vertu d’une ordonnance royale du 6 mai 1827. Propriétés de 1 à 19, retranch. 2 m. 20 c. à 2 m. 70 c. ; 21, alignée ; de 23 à 35, ret. 2 m. 10 c. à 2 m. 32 c. ; 37, ret. 1 m. 40 c. ; — de 2 à 20, ret.1 m. 70 c. à 2 m. ; 22, ret. réduit 1 m. 60 c ; 24 et 26, ret. 2 m. à 2 m. 20 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne)

Nord (rue du).

Commence à la rue des Magasins ; finit à la rue de l’Abattoir. Le dernier impair est 15 bis ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 393 m. — 3e arrondissement, quartier du Faubourg-Poissonnière.

Elle a été ouverte, en 1827, sur les terrains appartenant à MM. André et Cottier. L’ordonnance royale qui a autorisé ce percement est à la date du 31 janvier 1827. (Voir rue de l’Abattoir.) — Sa largeur est fixée ainsi qu’il suit, savoir : depuis la rue des Magasins jusqu’à celle de La Fayette, à 12 m., et pour le surplus à 13 m. Cette voie publique porta, dans l’origine, le nom de rue de la Barrière-Poissonnière parce qu’elle se dirige vers cette barrière. En 1833, elle a reçu le nom de rue du Nord. Cette rue, qui est bordée de chaque côté par un rang d’arbres, se prolonge comme impasse dans la rue de l’Abattoir, sur une longueur de 193 m. — Les constructions riveraines sont alignées. — Égout entre les rues du Delta-La Fayette et du Chevet-de-l’Église.

Normale (école).

Située dans la rue Saint-Jacques, nos 115. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Cet établissement occupe aujourd’hui les bâtiments de l’ancien collége du Plessis-Sorbonne, dont nous allons rappeler l’origine. Il doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317, pour quarante étudiants, pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement des revenus et une maison située dans la rue Saint-Jacques. Il prit d’abord le nom de collége de Saint-Martin-du-Mont, en raison d’un oratoire, dédié à ce saint, qui se trouvait en cet endroit. On l’appela ensuite collége du Plessis, du nom de son fondateur. Ce pieux personnage créa également le collége de Marmoutiers, à côté de celui de Saint-Martin, et la chapelle qu’on bâtit alors servit aux deux établissements. Geoffroi s’étant fait religieux de l’abbaye de Saint-Martin-de-Tours, soumit les deux colléges qu’il avait fondés à l’abbé, son supérieur. La modicité des revenus du collége du Plessis diminua successivement le nombre de ses boursiers ; il ne parvint à se soutenir que par la réputation de ses professeurs. Ses bâtiments tombaient en ruine au commencement du xviie siècle, et l’établissement manquait de ressources pour les reconstruire. Des circonstances imprévues changèrent cette position malheureuse. Le cardinal de Richelieu avait eu besoin de l’emplacement du collége de Calvi pour la construction de l’église Sorbonne. Son éminence ordonna, dans son testament, qu’il serait bâti, pour le remplacer, un autre collége entre les rues Sorbonne, des Noyers et des Maçons. Les dépenses excessives que devait entraîner l’exécution de ce projet amenèrent des modifications. Les héritiers du cardinal résolurent d’unir un collége à la maison de Sorbonne. On choisit celui du Plessis. L’arrangement devint facile ; Amador de Vignerod, neveu de Richelieu, possédait alors l’abbaye de Marmoutiers. Depuis cette époque l’établissement, fondé par le secrétaire de Philippe-le-Long, porta la dénomination de collége dit Plessis-Sorbonne, et soutint jusqu’à la fin sa bonne renommée. Supprimé en 1790, il devint propriété nationale. En 1820, les Facultés de théologie des lettres et des sciences furent établies dans ce collége, qui servit ensuite de succursale à l’École de Droit. Il est enfin occupé aujourd’hui par l’École Normale. Cet établissement fut fondé en vertu de la loi du 9 brumaire an III (30 novembre 1795), dans l’amphithéâtre du Jardin-des-Plantes. Le but que la Convention Nationale se proposait d’atteindre, en créant cette école, était de former des professeurs. L’École Normale fut organisée par des représentants du peuple, et en vertu de leur arrêté du 2 nivôse suivant. Les savants Lagrange, Laplace, Monge, Haüy, Daubenton, Berthollet, Thouin, Volney, Sicard, Garat, Bernardin de Saint-Pierre, La Harpe, etc., y professaient et enseignaient. Leurs leçons n’étaient point écrites. Ils improvisaient. Des sténographes recueillaient leurs discours qu’ils faisaient imprimer et publier. Cette institution qui eut des commencements si brillants, fut supprimée après une existence de plusieurs mois. Une nouvelle École Normale fut créée par décret impérial du 17 mai 1808. Cet établissement était situé dans la rue des Postes, no 26. Réorganisé depuis, il a été transféré, comme nous l’avons dit, dans les bâtiments du collége du Plessis.

En vertu de la loi du 24 mars 1841, un crédit de 1 978 000 fr. a été ouvert au ministre des travaux publics, pour être appliqué aux dépenses que devait nécessiter la construction d’un édifice destiné à l’École Normale.

On a fait choix d’un terrain situé dans la rue d’Ulm ; des bâtiments ont été élevés avec une grande célérité, et bientôt ils seront occupés par l’École Normale.

Normandie (rue de).

Commence aux rues Vieille-du-Temple, no 147, et de Périgueux ; finit à la rue Charlot, nos 18 et 20. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 218 m. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

La partie de cette voie publique, située entre les rues Charlot et de Périgueux, fut ouverte en vertu d’un arrêt du conseil du 7 août 1696. Elle a été prolongée jusqu’à la rue Vieille-du-Temple, suivant un second arrêt du 21 février 1701. — Une décision ministérielle du 19 germinal an VIII, signée L. Bonaparte, avait fixé la largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 31 mars 1835, sa largeur est portée à 10 m. Elle tire son nom d’une de nos anciennes provinces de France. — Propriété no 1, redress. ; 3, alignée ; 5, retranch. 40 c.: 5 bis, alignée ; les deux maisons no 5 ; situées entre la rue de Périgueux et le no 7, ret. 2 m. à 2 m. 30 c. ; 7, et encoignure gauche de la rue de Saintonge, alignées ; surplus de ce côté, ret. 1 m. 70 c. à 1 m. 90 c. Maisons du côté des numéros pairs, ret. 1 m. 20 c. À 1 m. 50 c. — Portion d’égout. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Notre-Dame (église métropolitaine).

Située entre le quai de l’Archevêché, la rue du Cloître et le Parvis Notre-Dame. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

Un voile mystérieux, des traditions incomplètes, entourent le berceau de Notre-Dame. Il n’est pas croyable que cette église ait été placée, dans le principe, sous l’invocation de Notre-Dame. On sait que le culte de la Sainte-Vierge n’a été ni promptement répandu, ni généralement adopté dans les premiers temps. On ne trouve aucune trace des fêtes célébrées en son honneur, avant le concile d’Éphèse, tenu en 431. Plusieurs actes des années 690, 700, 829 et 861 nous apprennent que la cathédrale de Paris a d’abord porté le nom de Saint-Étienne, premier martyr. La cathédrale était sans doute composée de deux édifices, dont l’un était la basilique de Notre-Dame, et l’autre celle de Saint Vincent. Cet état de choses existait dans le VIe siècle. Grégoire de Tours, en parlant de l’incendie qui consuma toutes les maisons de l’île de Paris, vers l’année 586, dit que les seules églises furent exceptées. Ces églises, dans la Cité, ne peuvent être que celles qui formaient depuis peu la cathédrale. Saint-Étienne avait été le premier de ces édifices ; ensuite, d’après l’usage où l’on était de bâtir de petites églises autour des basiliques, il est à présumer qu’on en avait élevé une à côté sous l’invocation de la Vierge. Ce monument, devenu insuffisant par suite de l’accroissement de la population, on l’aura rebâti et agrandi sous le règne de Childebert Ier ; alors sans doute la nouvelle basilique est devenue la cathédrale, par une autre coutume de cette époque, de donner aux églises neuves un vocable différent du premier patron. Paris, devenu le siège de la monarchie, la cathédrale se trouva encore trop petite. Il fallut songer à sa reconstruction. Vers 1163, Maurice de Sully, que ses vertus et son intelligence avaient élevé à l’épiscopat, entreprit cette reconstruction. Le pape Alexandre III, réfugié en France, posa la première pierre, et, en 1182, le grand autel fut consacré par Henri, légat apostolique. En 1185, la construction de l’église était assez avancée pour qu’il fut possible d’y célébrer l’office divin. Héraclius, patriarche de Jérusalem, qui vint à Paris prêcher la Croisade, célébra, le 17 janvier, la messe dans cette église, en présence de Maurice de Sully et de son clergé. Les travaux de Notre-Dame avaient été entrepris sur une si grande échelle, qu’il fut impossible de les terminer en même temps. En 1257, Jean de Chelles, maître-maçon, commença le portail méridional. En 1312, le portail septentrional fut bâti avec une partie des biens enlevés aux Templiers. Les chapelles du chœur et la délicieuse porte du cloître furent ensuite construites enfin, en 1447, Charles VII donna des sommes considérables pour l’achèvement de Notre-Dame. La cathédrale une fois terminée, parut si belle à nos pères, et produisit sur eux tant d’effet, qu’ils regardaient ce monument comme le plus majestueux de la chrétienté. — Aux xiiie, xive et xve siècles, on était dans l’usage de jeter du haut des voûtes de Notre-Dame, des pigeons, des fleurs, des étoupes sous la forme de langues de feu, et des pâtisseries appelées oblayes (oublies). À l’instant où l’on entonnait l’hymne Veni Creator, un pigeon blanc s’échappait du haut des voûtes, pour figurer la descente du Saint-Esprit. Le peuple se plaisait à ces spectacles, qui flattaient son imagination par des images vives et frappantes. On pensait autrefois que l’église Notre-Dame, voisine de la rivière, avait été construite sur pilotis. En 1756, on reconnut que les fondations reposaient sur un gravier ferme ; ces fondations étaient formées de quatre assises de pierre de taille excessivement dure faisant retraite les unes sur les autres. Dessous étaient mêlés de gros moellons, du mortier, de la chaux et du sable, formant un corps continu et sans vide, plus solide que la pierre. Sur une plaque scellée dans le mur, à côté de la porte d’entrée, on lisait autrefois l’inscription suivante :

« Si tu veux savoir comme est ample
De Notre-Dame le grand temple,
Il y a dans œuvre pour le seur
Dix-et-sept toises de hauteur ;
Sur la largeur de vingt-quatre
Et soixante-cinq sans rabattre
A de long ; aux tours haut montées
Trente-quatre sont bien comptées ;
Le tout fondé sans pilotis
Aussi vray que je te le dis. »

Majestueusement assise, l’église Notre-Dame a longtemps bravé les siècles et les hommes, qui n’ont pu que noircir ses murailles et dégrader ses sculptures. Autrefois il fallait monter treize marches pour arriver à cette aïeule de nos églises. Le degré, le temps l’a fait disparaître, en élevant d’un progrès irrésistible et lent le sol de la Cité ; mais, tout en faisant dévorer une à une, par cette marée montante du pavé de Paris, les marches qui ajoutaient à la hauteur majestueuse de l’édifice, le temps a rendu à l’Église plus peut-être qu’il ne lui a ôté, car c’est lui qui a répandu sur ces pierres cette sombre couleur des siècles. Les grands monuments ne sont en pleine beauté qu’à l’instant où leur vieillesse commence. L’aspect de la façade est imposant et sévère ; les trois portiques, de formes irrégulières, mais enrichis d’une foule de petites statues et d’ornements admirablement travaillés, ont été en partie mutilés pendant la révolution. Le portail du nord est remarquable par son zodiaque ; au 12e signe, à la place de Cérès, a été exécutée la Vierge-Marie. Les ferrures des portes ouvrages de Biscornet, parurent si extraordinaires, que le peuple voulut absolument reconnaître dans ce merveilleux travail la coopération du diable. Trois galeries se déploient sur la façade. La galerie des Rois, celle de la Vierge et celle des Colonnes. La galerie des Rois contenait vingt-huit statues hautes de 4 m. 50 c. ; elles représentaient les rois de France, depuis Childebert jusqu’à Philippe-Auguste. La seconde galerie devait son nom à une statue de la Vierge. Entre la galerie des Rois et celle de la Vierge, se trouve une des trois grandes fenêtres ou roses formées de vitraux éclatants. Le péristyle de la troisième galerie est enrichi de trente-quatre colonnes, remarquables par leur hauteur et leur gracieuse légèreté. Une grande quantité d’arcs-boutants partent des bas-côtés de l’église et viennent aboutir à la voûte. Des gargouilles nombreuses et admirablement travaillées en forme d’animaux fantastiques, s’échappent de tous les côtés de l’édifice. L’intérieur de Notre-Dame a la forme d’une croix latine. La voûte est supportée par cent-vingt colonnes dans le style roman. Ces colonnes devaient être surmontées d’arcs à plein-cintre mais la construction de l’édifice, souvent interrompue, il en résulta, suivant l’expression de M. Victor-Hugo : « que l’architecte achevait de dresser les premiers piliers de la nef, quand l’ogive, arrivant de la Croisade, vint se poser en conquérante sur les larges chapiteaux romans qui ne devaient porter que des pleins-cintres ; maîtresse dès lors, l’ogive a construit le reste de l’édifice » — Au-dessus des bas-côtés se déploie une fort belle galerie ornée de cent-huit colonnes d’une seule pièce. Cette galerie s’arrête à la croisée. On y monte par trois escaliers : deux qui sont à l’entrée de la nef, et l’autre à droite du chœur, du côté de la chapelle de la Vierge. À ces tribunes ou galeries on attachait, en temps de guerre, les drapeaux enlevés à l’ennemi. — En 1693, un Te Deum fut chanté dans Notre-Dame, en actions de grâces de la bataille de la Marsaille. Le prince de Conti entrant dans l’église, décorée des drapeaux de Fleurus, de Steinkerque et de Nerwinde, prit le maréchal de Luxembourg par la main, et dit en écartant la foule : « Place, messieurs, laissez passer le tapissier de Notre-Dame. » — La première pierre du grand autel fut posée, en 1699, par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris. À cette même époque, le chœur fut commencé sur les dessins d’Hardouin Mansart ; il ne fut terminé qu’en 1714, par de Cotte. La sculpture qui embellit Notre-Dame est le plus magnifique travail que le moyen-âge ait produit. Chacune des figures qui décorent cette église est un chef-d’œuvre. Il est à regretter que Soufflot, en restaurant ces figures, en ait abymé plusieurs. Il faut monter 389 marches pour arriver au sommet des tours. La vue embrasse alors un des plus merveilleux panoramas. La charpente des voûtes, appelée la forêt est entièrement construite en bois de chêne. Sa hardiesse et sa solidité sont admirables. Le bourdon, la plus grosse cloche de France, se trouve dans la tour méridionale. Cette énorme cloche fut fondue en 1685, et baptisée en présence de Louis XIV et de la reine. Sa voix puissante domine tous les bruits de la ville, et se répand en sons majestueux dans les campagnes environnantes.

L’église Notre-Dame ne fut pas épargnée pendant la révolution.

Séance du 2e jour du second mois de l’an II de la république Française une et indivisible (23 octobre 1793). — « Le conseil général, informé qu’au mépris de la loi il existe encore dans plusieurs rues de Paris des monuments du fanatisme et de la royauté ; considérant que tout acte extérieur d’un culte quelconque, est interdit par la loi ; considérant qu’il est de son devoir de faire disparaître tous les monuments qui alimenteraient les préjugés religieux, et ceux qui rappellent la mémoire exécrable des rois, arrête que dans huit jours les gothiques simulacres des rois de France, qui sont placés au portail de l’église, seront renversés et détruits et que l’administration des travaux publics sera chargée sous sa responsabilité de lui rendre compte de l’exécution du présent arrêté, etc… Arrête de plus, que toutes les autres effigies religieuses qui existent dans les différents quartiers de Paris, seront enlevées ; que tous les marbres, bronzes, etc… sur lesquels sont gravés les arrêts des parlements contre les victimes du despotisme et de de la férocité des prêtres, seront également anéantis. » (Reg. de la commune, t. 21, p. 13 145).

Extrait des registres du Comité du salut public de la Convention Nationale du 23 floréal, l’an II de la république une et indivisible (12 mai 1794). — « Le Comité du salut public, arrête qu’au frontispice des édifices ci-devant consacrés au culte, on substituera l’inscription Temple de la Raison, ces mots de l’article 1er du décret de la Convention nationale du 18 floréal : Le peuple Français reconnaît l’Être suprême et l’immortalité de l’âme. Le Comité arrête pareillement que le rapport et le décret du 18 floréal seront lus publiquement les jours de décade, pendant un mois dans ces édifices, etc. Signé au registre Robespierre, Billaud-Varennes, Couthon, Carnot, C.-A. Prieur, B. Barrère, Robert-Lindet et d’Herbois. »

L’empereur Napoléon fit restaurer l’église Notre-Dame pour la cérémonie de son sacre. Le nouveau grand autel a été construit en 1803. La grille qui sépare le chœur de la nef a été exécutée en 1809, sur les dessins de MM. Percier et Fontaine. C’est un travail du plus-grand mérite.

Plusieurs chapelles entouraient la basilique de Notre-Dame ; celles de Saint-Étienne, de Saint-Jean-Baptiste surnommé le Rond, de Saint-Denis-du-Pas, ainsi nommée parce qu’elle était séparée de la cathédrale par un étroit sentier. Saint-Jean-le-Rond et Saint-Denis-du-Pas traversèrent presque toute notre histoire. Le premier de ces oratoires fut démoli en 1748, le second en 1813.

Notre-Dame (parvis).

Situé au-devant de l’église Notre-Dame, et circonscrit par les maisons des rues Saint-Christophe et du cloître Notre-Dame, et par les bâtiments de l’Hôtel-Dieu et de l’administration des hospices. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

Le nom de Parvis dérive sans doute du mot Paradisus (Paradis), expression autrefois en usage pour indiquer l’aire ou place qu’on voyait devant les basiliques. Dans une grande maison du Parvis Notre-Dame se tenaient les écoles publiques avant l’établissement des colléges et de l’université. L’évêque avait également sur cette place une échelle patibulaire. Ce fut au Parvis Notre-Dame, que Bérenger et Étienne, cardinaux et légats du pape Urbain V, firent dresser le 11 mars 1314, un échafaud sur lequel montèrent Jacques Molay, grand-maître des Templiers, le maître de Normandie et deux autres frères. Lecture faite des crimes qu’on imputait à leur ordre, l’on prononça la sentence qui condamnait les accusés à une prison perpétuelle. Sommé par le légat de confirmer les aveux qu’il avait faits à Poitiers, Jacques de Molay s’avança sur le bord de l’échafaud et fit à haute voix une rétractation à laquelle adhéra le grand-maître de Normandie. Ils furent conduits le soir même à l’île aux Bureaux (aujourd’hui place Dauphine), et le bûcher consuma ces illustres victimes.

Le Parvis Notre-Dame a été successivement agrandi, principalement en 1748, époque de la suppression de la rue de la Huchette en la Cité, et de la démolition de l’église Saint-Christophe. — « 22 avril 1769. La place étant au-devant de l’église métropolitaine sera achevée et élargie du côté de l’Hôtel-Dieu, comme elle l’est du côté opposé ; en conséquence, la chapelle et les portions de bâtiments du dit Hôtel-Dieu, qui occupent l’emplacement à ce nécessaire, seront démolies, et sera construit un nouveau bâtiment dans une disposition symétrique avec l’hôpital des Enfants-Trouvés, pour donner en même temps à la rue Notre-Dame la largeur convenable. » (Extrait des lettres-patentes). — Cette amélioration ne fut pas alors exécutée. — Dans sa séance du primidi 21 brumaire an II, le conseil général de la commune arrêta que le Parvis Notre-Dame se nommerait désormais Parvis de la Raison. — Une décision ministérielle du 11 vendémiaire an XII, signée Chaptal, a déterminé l’alignement du Parvis Notre-Dame. — D’après les dispositions alors arrêtées, les bâtiments de l’Hôtel-Dieu auraient dû subir un retranchement plus considérable que celui qu’ils ont éprouvé quelques années après. Les constructions dépendant de l’administration des hospices sont alignées. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Notre-Dame (pont).

Situé entre les quais Le Peletier, de Gesvres, Napoléon et Desaix.

Avant 1313, on voyait à peu près en cet endroit un pont de bois qui servait de communication à des moulins construits sur la Seine. On le nommait anciennement pont de la Planche-Mibray. Il devait cette dénomination à une rue qui existe encore et qui commence à l’extrémité septentrionale du pont Notre-Dame. Un historien du xive siècle, Réné Macé, moine de Vendôme, dans son poème manuscrit portant pour titre le Bon Prince, parle de l’entrée de l’empereur Charles IV à Paris, et donne au mot Mibray une étymologie qui parait très vraisemblable

« L’empereur vint par la Coutellerie
Jusqu’au carfour nommé la Vannerie,

Où fut jadis la Planche de Mibray,
Tel nom portoit pour la vague et le bray
Getté de Seine en une creuse tranche
Entre ce pont que l’on passoit à planche,
Et on l’ôtoit pour être en seureté. »

Pour faire comprendre ces vers, il est nécessaire de rappeler qu’à cette époque les eaux de la Seine, surtout pendant l’hiver, venaient battre les murailles des premières maisons de la rue de la Planche-Mibray ; le fleuve en se retirant laissait, pendant l’été, sur cette partie de sa rive, une espèce de mare profonde remplie de boue, qui s’étendait jusqu’au carrefour formé par la jonction des rues de la Coutellerie et de la Vannerie. Le nom de Vannerie qui signifiait pêcherie, celui de Bray qui indiquait un marécage, une mare, coïncident avec l’explication donnée dans les vers que nous avons cités, pour prouver l’existence et l’étendue de ce vaste bourbier ou creuse tranche, comme dit le poète. Dans les temps de guerre civile, pour empêcher l’abord du pont, on retirait les planches placées sur cette mare. La syllable mi qui sert à composer le mot mibray, signifie parmi, au milieu ; ainsi la planche ou plutôt les Planches-Mibray consistaient en un plancher qu’on enlevait au besoin et qui s’étendait depuis le carrefour de la Vannerie jusqu’à l’entrée du pont. En 1413, ce pont fut bâti en bois. Plusieurs historiens pensent que sa construction date de 1412 mais nous croyons devoir plutôt nous en rapporter à l’auteur du Journal de Paris, sous le roi Charles VI, qui s’explique ainsi « Ce dit jour (31 mai 1413), le pont de Planches-de-Mibray fut nommé le pont Notre-Dame, et le nomma le roi de France Charles et frappa de la trie sur le premier pieu, et le duc de Guyenne son fils, après et le duc de Berry et de Bourgogne, et le sire de la Trémoille ; et c’étoit de dix heures au matin. » — Les prévôt des marchands et échevins obtinrent au mois de juillet 1414, des lettres du roi qui les autorisèrent à faire exécuter ce pont. Il ne fut achevé qu’en 1421 ; il était chargé de soixante maisons, trente de chaque côté de la route. Ces habitations se faisaient remarquer par leur élévation et l’uniformité de leur construction.

Le 25 octobre 1499, le pont Notre-Dame s’entrouvrit et les maisons s’écroulèrent avec un fracas horrible. Ce malheur arriva par suite de la négligence des magistrats de la ville.

Le parlement manda bientôt à la barre le prévôt des marchands, les échevins, et les fit emprisonner. Par arrêt du 5 janvier 1500, il destitua Jacques Piédefer, prévôt des marchands, Antoine Malingre, Louis du Harlay, Pierre Turquant et Bernard Ripault, échevins, les déclara incapables d’exercer à l’avenir aucune fonction, et les condamna à de fortes amendes. Ils moururent tous en prison. — Le roi accorda, pour les frais de la reconstruction du pont, six deniers pour livre à prendre pendant six ans aux entrées de Paris sur tout le bétail à pied fourché. En attendant son achèvement, un bac fut établi malgré les obstacles que suscita l’abbé de Saint-Germain-des-Prés. Jean Joconde, cordelier, qui avait déjà présidé à la construction du Petit-Pont, fut chargé de diriger les travaux de celui-ci qui fut achevé en 1512 et bâti en pierre. Sur une des arches était gravé ce distique en l’honneur du savant architecte :

Jocundus geminos posuit tibi. Sequana pontes,
Nunc tu jure potes dicere pontifleem.

Soixante-dix maisons furent d’abord construites de l’un et de l’autre côtés de la route de ce pont. Dans la suite, lorsqu’on eut établi des quais à son extrémité, on abattit les propriétés qui s’opposaient à la circulation de ces quais, de sorte qu’il ne resta plus que soixante-et-une maisons, trente d’un côté et trente-et-une de l’autre. — Ce fut sur le pont Notre-Dame que l’infanterie ecclésiastique de la ligue fut passée en revue par le légat le 3 juin 1590. Capucins, moines, cordeliers, jacobins, carmes, feuillants, etc., tous la robe retroussée, le capuchon bas, le casque en tête, la cuirasse sur le dos, l’épée au côté et le mousquet sur l’épaule, marchaient quatre à quatre ; le révérend évêque de Senlis à leur tête avec un esponton ; les curés de Saint-Jacques-de-la-Boucherie et de Saint-Côme faisaient les fonctions de sergents-majors. Quelques uns de ces miliciens d’un nouveau genre, sans penser que leurs fusils étaient chargés à balle, voulurent saluer le légat, et tuèrent à côté de lui un de ses aumôniers. Son éminence épouvantée, s’écria : « Mes amis, le soleil de juin est trop chaud, il m’incommode » puis il leur donna sa bénédiction et s’en alla : — Le pont Notre-Dame, réparé à diverses époques, notamment en 1659, est le plus ancien des ponts qui existent à Paris. — « 22 avril 1769. — Art. 14e. Les maisons construites sur le pont Notre-Dame seront démolies et supprimées, et lors de cette suppression, il sera pratiqué des parapets et trottoirs de largeur convenable, des deux côtés. » (Extrait des lettres-patentes). — Cette amélioration ne fut exécutée qu’en 1786. On adoucit la montée, la route beaucoup plus vaste, fut bordée ensuite de larges trottoirs. Ce pont est composé de six arches en plein cintre de 9 m. 50 c. à 17 m. 30 c. d’ouverture ; les piles ont 3 m. 90 c. d’épaisseur. La plinthe qui couronne le pont est soutenue par des modillons, et quoique la pierre de Paris ne soit pas généralement bonne, il faut qu’elle ait été bien choisie dans cette occasion, car on y remarque très peu de dégradations. La largeur d’une tête à l’autre est de 23 m. 60 c. En 1793, on l’appelait le pont de la Raison. Sur ce pont on voit la pompe dite de Notre-Dame, bâtie en 1670 et reconstruite en 1708.

Notre-Dame (rue du cloître).

Commence à la rue Chanoinesse, no 1 ; finit au Parvis Notre-Dame et à la rue d’Arcole, no 19. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par la cathédrale ; le dernier pair, 30. Sa longueur est de 188 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

Cette rue a été formée sur la plus grande partie de l’ancien cloître Notre-Dame, dont elle a retenu le nom. — Une décision ministérielle du 4e jour complémentaire de l’an XI, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 14 m. 50 c. Propriété no 2, pas de retranch. ; no 4, doit avancer sur ses vestiges actuels ; 6, ret. 50 c. à 1 m. 20 c. ; 8, ret. t m. 20 c. à 2 m. 20 c. ; 10, 12, 14 et 16 avanceront sur leur vestiges actuels 18 et 20, ret. réduit 1 m. ; 22 et 24, ret. réduit 4 m. 50 c ; 26 et 28, ret. réduit 2 m. 80 c. ; 30, alignée. — Conduite d’eau entre les rues Massillon et d’Arcole.

L’église Saint-Jean-le-Rond était située dans le cloître Notre-Dame ; nous en traçons ici l’origine. Les fonts baptismaux de l’église de Paris étaient anciennement à Saint-Germain-le-Vieux, qui portait alors la dénomination de Saint-Jean-Baptiste ; dans la suite ils furent transférés près de la cathédrale, dans une chapelle bâtie pour cet usage. Cette chapelle, abattue en même temps que les anciennes églises de Notre-Dame et de Saint-Étienne, fut rebâtie au pied de la tour septentrionale de la nouvelle basilique. Le style d’architecture de Saint-Jean-le-Rond paraissait dater du xiiie siècle ; le portail était beaucoup plus nouveau. Lebœuf remarque qu’autrefois dans cette église, et peut-être même à l’entrée de la cathédrale, se terminaient juridiquement certaines affaires ecclésiastiques. C’était un reste de coutume qui rappelle ce qui se pratiquait plus anciennement aux portiques des grandes églises. Le cartulaire de Saint-Magloire renferme un acte qui finit par ces mots : Fait dans l’église de Paris auprès des cuves. On lit aussi dans l’ouvrage intitulé : Recherches sur la Chirurgie, que les médecins s’assemblaient autrefois à la cuve Notre-Dame. Saint-Jean-le-Rond servait dans les anciens temps de paroisse aux laïques qui habitaient le cloître Notre-Dame. On démolit cette église en 1748 ; les fonts baptismaux, les fondations et le service divin furent transférés à Saint-Denis-du-Pas, qui depuis cette époque s’appela Saint-Denis et Saint-Jean-Baptiste. Le savant Ménage, Henri Boileau, avocat général, et le théologien Jean-Baptiste Duhamel, furent inhumés dans l’église Saint-Jean-le-Rond.

Notre-Dame (rue Neuve-).

Commence au Parvis Notre-Dame ; finit à la rue de la Cité. Pas de numéro impair ; un seul numéro pair qui est 2. Sa longueur est de 76 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

Maurice de Sully, évêque de Paris, fit bâtir cette rue en 1163, pour servir de communication directe à l’église Notre-Dame. Cette voie publique ne porta d’abord que le nom de rue Neuve. On commença à la désigner au xiiie siècle sous la dénomination de rue Neuve-Notre-Dame.

« Séance du primidi, 21 brumaire an II. — La section de la Cité annonce que le théâtre qui portait le nom de Palais-Variété, a déclaré vouloir se nommer théâtre de la Cité ; elle ajoute qu’elle désirerait que le Pont, le Parvis et la Rue ci-devant Notre-Dame, s’appelassent Pont, Parvis et Rue de la Raison. Une discussion s’élève à ce sujet : plusieurs membres demandent l’ordre du jour ; le conseil général adopte l’ordre du jour sur la première proposition, et, sur la motion d’un membre et la demande de la section, le conseil général arrête que la section de la Cité, le Parvis, le pont Notre-Dame, la rue Notre-Dame se nommeront désormais, Section, Parvis, Pont et rue de la Raison. » (Registre de la commune, tom. 22, pag. 13 303). — Une décision ministérielle à la date du 13 brumaire an VII, signée François de Neufchâteau, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 16 m. Le 22 mai 1837, une ordonnance royale déclara d’utilité publique, l’exécution immédiate de l’alignement du côté gauche de cette rue. Cette disposition a été aussitôt effectuée. Les constructions riveraines ne sont pas soumises à retranchement. — Conduite d’eau entre la rue de la Cité et la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

L’église Sainte-Geneviève-des-Ardents était située dans cette rue. Nous en traçons ici l’origine. Plusieurs maladies cruelles ravagèrent la France au xiie siècle. Vers 1130, le mal des ardents ou le feu sacré décima surtout la population parisienne ; les symptômes en étaient effrayants, les progrès rapides et les suites mortelles. Une soif brûlante dévorait les malades, leurs yeux étaient enflammés et tachés de sang, la poitrine oppressée et les entrailles déchirées. Les secours de l’art devinrent impuissants ; on implora l’assistance divine. La châsse de sainte Geneviève fut descendue de l’autel et portée en procession à la cathédrale. La nef et le Parvis étaient remplis de malades qui en passant sous ces saintes reliques, furent guéris à l’instant, à la réserve de trois incrédules, dont l’exception servit encore à rehausser la gloire de cette sainte patronne de Paris. Innocent II, qui vint dans cette ville en 1131, ordonna en commémoration de ce miracle qu’on célébrerait une fête le 26 novembre de chaque année, sous le titre d’Excellence de la Bienheureuse Vierge-Marie. Ce nom fut changé plus tard par la dévotion des fidèles, en celui de Fête du Miracle des Ardents. Vers 1202, l’église située précisément en face de la cathédrale quitta son nom de Notre-Dame-la-Petite, pour prendre celui de Sainte-Geneviève-des-Ardents. Tel est le récit d’un grand nombre d’écrivains sur la dénomination de cette église. Son origine est plus obscure ; on sait seulement que ce fut d’abord une chapelle appartenant à l’abbaye de Sainte-Geneviève. Les religieux la cédèrent, en 1202, à Eudes de Sully, évêque de Paris ; ce fut probablement alors qu’on l’érigea en paroisse. Le portail fut magnifiquement reconstruit en 1402. On voyait au milieu la statue de sainte Geneviève ; à droite était saint Jean-Baptiste, à gauche saint Jacques-le-Majeur. En 1747, Sainte-Geneviève-des-Ardents fut abattue, et, sur son emplacement, on éleva un bâtiment destiné à agrandir l’hôpital des Enfants-Trouvés. Ce bâtiment a été remplacé par un hôtel occupé par les bureaux de l’administration des hôpitaux et hospices civils de Paris.

Notre-Dame (rue Vieille-).

Commence à la rue d’Orléans-Saint-Marcel, nos 17 et 19 ; finit à la rue Censier. Le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 77 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Elle était autrefois confondue avec la rue de la Clef. Sa dénomination lui vient de l’ancien hôpital Notre-Dame de la Miséricorde, dit les Cent-Filles, situé dans la rue Censier (voyez cet article). — Une décision ministérielle du 7 fructidor an X, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 24 avril 1837, cette largeur a été portée à 10 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement qui varie de 2 m. 20 c. à 2 m. 50 c. ; celles du côté opposé devront reculer de 1 m. 60 c. à 2 m. — Conduite d’eau.

Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (église).

Située dans les rues Beauregard et Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. — 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle.

Cette église est bâtie dans un quartier qui était autrefois nommé la Ville-Neuve. Vers le milieu du XVIe siècle, la population se portait en foule de ce côté. La paroisse Saint-Laurent ne pouvant contenir tous les fidèles, les habitants de la Ville-Neuve obtinrent de l’évêque la permission de construire une chapelle, à la condition de ne donner à l’édifice que 26 m. de longueur sur 8 de largeur. Le 20 août 1551, les marguilliers de Saint-Laurent posèrent, à l’endroit appelé la Montagne du Moulin, les quatre premières pierres de cette chapelle qui fut dédiée sous l’invocation de Saint-Louis et de Sainte-Barbe. Pendant la guerre de la ligue, vers 1593, on rasa tout ce quartier pour élever des fortifications, et la chapelle fut également enveloppée dans la destruction. Henri IV étant monté sur le trône, la tranquillité se rétablit et les habitants construisirent de nouvelles maisons. En 1624, la chapelle fut relevée sous l’invocation de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, qu’elle reçut en mémoire de l’annonciation de la Vierge. Une sentence de l’archevêque de Paris l’érigea en cure le 22 juillet 1673. Supprimée en 1790, cette église devint propriété nationale, fut vendue le 21 floréal an V, et démolie peu de temps après. La ville de Paris racheta plus tard l’emplacement qu’elle occupait, et de 1823 à 1828, une nouvelle église fut construite sous la direction de M. Godde, architecte. Le portail d’ordre dorique est décoré de pilastres et de deux colonnes ; l’intérieur est divisé en trois nefs non voûtées, mais séparées par des colonnes ioniques. L’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle est la seconde succursale de la paroisse Saint-Eustache.

Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (rue).

Commence à la rue Beauregard, nos 19 et 21 ; finit au boulevart Bonne-Nouvelle, nos 21 et 25. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 91 m. — 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle.

Cette rue était construite en 1630, ainsi qu’une grande partie des voies publiques du quartier dit la Ville-Neuve. — Une décision ministérielle du 3 vendémiaire an X, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 21 juin 1826, cette largeur est portée à 10 m. Les propriétés du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement qui varie de 2 m. 10 c. à 2 m. 40 c. Sur le côté opposé l’église est alignée ; les autres constructions devront reculer de 60 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).

Cette voie publique débouche sur le boulevart par un escalier de plusieurs marches.

Notre-Dame-de-Grâce (rue).

Commence à la rue de la Madeleine, nos 53 et 55 ; finit à la rue d’Anjou, nos 42 et 44. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 81 m. — 1e arrondissement, quartier du Roule.

Cette rue a été ouverte sur les terrains appartenant à M. de Montessuy. La plus grande partie de ces terrains provenait du prieuré des religieuses Bénédictines de la Ville-l’Évêque. Ce percement, autorisé par une délibération du corps municipal en date du 16 février 1792, fut exécuté peu de temps après sur une largeur de 30 pieds. — Une décision ministérielle à la date du 17 juillet 1808, signée Cretet, maintint cette largeur. Cette voie publique resta sans dénomination jusqu’en 1820. Le 9 mai de la même année, elle reçut, par décision du ministre, le nom de rue Notre-Dame-de-Grâce, qui rappelle l’emplacement sur lequel elle a été ouverte. Le prieuré des religieuses bénédictines de la Ville-l’Évêque était connu originairement sous le titre de Prieuré de Notre-Dame-de-Grâce. Enfin une ordonnance royale du 25 novembre 1836 a maintenu la largeur primitive. Les propriétés riveraines sont alignées. — Conduite d’eau entre la rue d’Anjou et la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Notre-Dame-de-Lorette (église).

Située rue Ollivier, à l’extrémité de la rue Laffitte. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Une ordonnance royale du 3 janvier 1822 prescrivit la construction de cette église. En 1823, un concours fut ouvert entre dix architectes. Le projet qui obtint la préférence fut celui dont l’épigraphe avait reproduit ces deux vers :

« Que de l’or le plus pur son autel soit paré,
Et que du sein des monts le marbre soit tiré. »

L’auteur de ce projet, M. Hippolyte Lebas, fut chargé de l’exécution de ce monument. M. Dommey eut l’inspection des travaux. Le 25 août 1823, le préfet, accompagné du corps municipal, vint poser la première pierre de l’édifice qui fut terminé en 1836, et consacré le 15 décembre de la même année par l’archevêque de Paris, sous le vocable de Notre-Dame-de-Lorette. Cette église, qui a coûté 2 050 000 fr., a dans sa plus grande longueur 68 m. 90 c., sa plus grande largeur est de 31 m. 85 c. et sa hauteur, prise de la coupole, a 18 m. 20 c.

Par sa construction, par ses ornements, cet édifice rappelle les églises de l’Italie. C’est la même coquetterie, la même parure mondaine ; on y cherche en vain la grandeur sévère qui inspire le recueillement. Point d’arceaux élancés, point d’ogives gracieuses de souplesse, point de clochetons dentelés, de vitraux aux dessins naïfs ; mais des dorures partout, des statues et des tableaux comme dans un musée.

Il semble que l’architecte ait voulut abaisser la religion à tous les caprices de la mode, en construisant cette église, élégante, fleurie, drapée comme le boudoir des petites maîtresses et des actrices qui viennent y prier des lèvres. Dans les compositions qui ornent les autels de palissandre, les saints ont l’air efféminé des dandys de la Chaussée-d’Antin, et les saintes lancent des regards provocateurs qui excitent une volupté toute terrestre. On y chante des cantiques, mais sur des airs de la Favorite ou de la Sirène. Le suisse a jeté aux orties son classique habit rouge et son large baudrier pour endosser l’uniforme du général Jacqueminot.

En regardant cet édifice tout couvert d’oripeaux, l’impuissance de notre époque se révèle, on sent qu’elle n’a plus la foi qui a remué les pierres de nos vieilles basiliques, et que l’art architectonique doit se borner à construire aujourd’hui des bourses, des magasins, des manufactures, des salles de concert, des cafés et des guinguettes.

Notre-Dame-de-Lorette (rue).

Commence aux rues Saint-Lazare, no 2, et des Martyrs, no 1 ; finit à la rue Pigalle. Le dernier impair est 47 ; le dernier pair, 60. Sa longueur est de 471 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Une ordonnance royale du 21 avril 1824 autorisa la compagnie Dosne, Loignon, Censier et Constantin, à ouvrir plusieurs rues, entr’autres une de 13 m. de largeur qui aboutirait d’un côté à la rue de La Rochefoucauld, et se dirigerait vers la rue du Faubourg-Montmartre, à la jonction de celle-ci avec les rues Saint-Lazare et des Martyrs (voyez place Saint-Georges). Ce percement fut immédiatement exécuté, mais ne déboucha point dans la rue Saint-Lazare, attendu que la compagnie n’était pas propriétaire des terrains donnant sur cette rue. Il dut s’arrêter à 75 m. environ de distance de cette voie publique. Le 24 janvier 1834, une ordonnance royale déclara d’utilité publique l’exécution de ce débouché, et approuva le traité fait entre la ville de Paris et le sieur Pène. Au commencement de l’année 1835, la rue dont il s’agit était livrée dans toute son étendue à la circulation ; elle porta d’abord le nom de rue du Faubourg-Montmartre-Prolongée, puis celui de Monsieur Vatry, propriétaire d’une maison située à l’angle de la place Saint-Georges. Enfin une décision ministérielle du 10 avril 1835, signée Thiers, lui a définitivement assigné la dénomination de rue Notre-Dame-de-Lorette. Cette voie publique débouche près du chevet de l’église ainsi appelée. — Les propriétés riveraines sont alignées. — Égout entre les rues Saint-Lazare et Breda. — Conduite d’eau depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la rue La Bruyère. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Notre-Dame-de-Nazareth (rue).

Commence à la rue du Temple, nos 123 et 125 ; finit à la rue du Pont-aux-Biches, no 4, et à l’impasse de ce nom. Le dernier impair est 31 ; le dernier pair, 38. Sa longueur est de 262 m. — 6e arrondissement, quartier Saint-Martin-des-Champs.

Jusqu’en 1630 elle porta le nom de rue Neuve-Saint-Martin dont elle fait le prolongement. À cette époque, les pères de Nazareth ayant établi leur couvent dans la rue du Temple, elle prit la dénomination de rue Notre-Dame-de-Nazareth. — Une décision ministérielle du 4 floréal an VIII, signée L. Bonaparte, et une ordonnance royale du 14 janvier 1829, ont fixé la largeur de cette voie publique à 11 m. 50 c. La maison no 1 devra reculer de 40 c. Les autres propriétés sont alignées sauf redressement dans plusieurs parties. — Conduite d’eau depuis la rue du Temple jusqu’aux deux bornes-fontaines. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Notre-Dame-de-Recouvrance (rue).

Commence à la rue Beauregard, nos 1 et 3 ; finit au boulevart Bonne-Nouvelle, no 37. Le dernier impair est 23 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 135 m. — 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle.

Elle a été bâtie en 1630. On la nomma d’abord Petite-Rue-Poissonnière en raison de sa proximité de la rue ainsi désignée. Sa dénomination actuelle lui vient de l’église Bonne-Nouvelle dont elle fait partie, et qu’on a appelée quelque temps Notre-Dame-de-Recouvrance. Une décision ministérielle du 3 vendémiaire an X, signée Chaptal, fixa la largeur de cette voie publique à 7 m. En vertu d’une ordonnance royale du 21 juin 1826, cette dimension est portée à 8 m. Les maisons nos 21 et 23 sont alignées. Le surplus de ce côté devra reculer de 2 m. 30 c. Les maisons nos 2 et 16 sont alignées ; le surplus des numéros pairs est soumis à un retranchement de 1 m. 50 c. — Conduite d’eau entre le boulevart et la rue de la Lune. — Éclairage au gaz (compe Française).

Notre-Dame-des-Champs (rue).

Commence à la rue de Vaugirard, nos 61 et 63 ; finit au carrefour de l’Observatoire, no 32. Le dernier impair est 59 ; le dernier pair, 51. Sa longueur est de 960 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Aux XIVe et XVe siècles c’était le chemin Herbu, puis la rue du Barcq ou Barc. On lui donna le nom qu’elle porte aujourd’hui parce qu’elle se dirigeait sur l’antique prieuré de Notre-Dame-des-Champs, occupé depuis par les carmélites. — Une décision ministérielle du 28 floréal an IX, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de cette voie-publique à 11 m. 70 c. Les propriétés riveraines sont alignées, à l’exception de celles nos 35, 49, 51, 28, du bâtiment situé entre les nos 34 et 36, et de la maison entre les nos 36 et 38. — Conduite d’eau entre les rues de Vaugirard et Stanislas.

Notre-Dame-des-Victoires, dite des Petits-Pères (église).

Située sur la place des Petits-Pères, à l’encoignure de la rue Notre-Dame-des-Victoires. — 3e arrondissement, quartier du Mail.

En parlant du couvent des Petits-Augustins à l’article de l’École des Beaux-Arts, nous avons dit que Marguerite de Valois, première femme du roi Henri IV, avait établi en 1607, dans l’enclos de son palais, vingt augustins déchaussés. Quelque temps après cette princesse les renvoya sous les plus légers prétextes, et les remplaça par des augustins de la réforme de Bourges. Les religieux expulsés se retirèrent dans leur couvent de Villars-Benoît, en Dauphiné. Au mois de juillet 1619, ils revinrent à Paris et obtinrent, le 19 juin suivant, de M. de Gondi, la permission de bâtir un couvent de leur réforme. D’abord ils s’établirent hors de la porte Montmartre, près de la chapelle Saint-Joseph (aujourd’hui marché du même nom) mais s’y trouvant peu commodément, ils achetèrent, en 1628, un grand terrain dans un endroit appelé les Burelles, près du Mail. Le 9 décembre 1629, le roi posa la première pierre de leur église, et voulut qu’elle portât le titre de Notre-Dame-des-Victoires. C’était une marque de la reconnaissance de Louis XIII envers la Sainte-Vierge qui, disait-il, l’avait aidé à triompher des Protestants. Cette église devint bientôt trop petite pour la population de ce quartier, qui s’augmentait chaque jour ; on commença vers 1656 à en bâtir une nouvelle qui fut bénite le 20 décembre de l’année suivante. On ne put l’achever faute d’argent, et les travaux n’en furent repris qu’en 1737 et terminés en 1740. Pierre Lemuet, Libéral Bruant et Gabriel Leduc travaillèrent successivement à cet édifice, dont le portail fut élevé sur les dessins de Cartaud. L’église Notre-Dame-des-Victoires est bâtie avec assez de goût. Le portail est composé des ordres ionique et corinthien ; ce dernier se trouve au-dessus de l’avant-corps que couronnent les extrémités du premier ordre. L’église n’a point de bas-côtés, mais la nef est accompagnée de six chapelles. Dans la croisée de droite, on distingue celle de Notre-Dame-de-Sarone, toute revêtue de marbre de Languedoc et décorée d’après les dessins de Claude Perrault. Quant au nom de Petits-Pères qui servait à distinguer ces religieux, nous n’avons rien trouvé d’authentique sur son étymologie. Plusieurs historiens pensent que ce nom leur fut donné en raison de la petitesse, de la pauvreté de leur premier établissement. D’autres racontent que le roi Henri IV, ayant aperçu dans son antichambre les pères Mathieu de Sainte-Françoise et François Anet qui étaient fort petits, demanda à plusieurs seigneurs ce que désiraient ces petits pères, et que dès lors on continua à les désigner ainsi. Supprimé en 1790, ce couvent devint propriété nationale. L’église servit quelque temps de local à la bourse de Paris. Rouverte le 9 novembre 1809, elle devint la première succursale de la paroisse Saint-Eustache. Une grande partie des bâtiments fut affectée à la mairie du 3e arrondissement, ainsi qu’à une caserne d’infanterie dont l’entrée est dans la rue Notre-Dame-des-Victoires.

Suivant un projet adopté par l’administration, on doit reconstruire les bâtiments de la mairie ainsi que ceux de la caserne qui serait affectée à deux compagnies de la garde municipale.

D’après une enquête faite en vertu d’un arrêté préfectoral du 13 juin 1844, on ouvrirait sur l’emplacement des terrains des Petits-Pères et de la propriété des messageries royales : 1o une rue de 12 m. de largeur pour communiquer du passage des Petits-Pères à la rue des Filles-Saint-Thomas ; 2o une rue de 10 m. de largeur, en prolongement de la rue Saint-Pierre jusqu’au percement qui vient d’être indiqué. L’exécution de ce projet doit être déclarée d’utilité publique.

Notre-Dame-des-Victoires (rue).

Commence à la place des Petits-Pères no 9 ; finit à la rue Montmartre, nos 149 et 153. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 50. Sa longueur est de 441 m. Les numéros impairs de 1 à 15 bis, et les numéros pairs sont du 3e arrondissement, quartier du Mail ; le surplus dépend du 2e arrondissement, quartier Feydeau.

Au commencement du xviie siècle, c’était le chemin Herbu. Il fut converti en rue conformément à un arrêt du conseil du 23 novembre 1633, registré au parlement le 5 juillet suivant. Le côté droit de cette voie publique était presqu’entièrement construit en 1636. Elle doit sa dénomination actuelle à l’église des Petits-Pères, consacrée sous le vocable de Notre-Dame-des-Victoires. — Une décision ministérielle du 3 vendémiaire an X, signée Chaptal, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 9 m. Cette moindre largeur est portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 23 juillet 1828. Dès le 16 juin 1824, une ordonnance royale relative aux abords de la Bourse avait approuvé la disposition suivante « Prolonger en ligne droite la rue Notre-Dame-des-Victoires, sur une largeur de 12 m., jusqu’à sa rencontre avec la rue Montmartre. » L’exécution de ce projet fut déclarée d’utilité publique par une autre ordonnance du 17 janvier 1830. Ce prolongement a été commencé en 1837 et terminé en 1841. — Toutes les constructions du côté des numéros impairs, et les maisons nos 28, 30, 32, 34, 36, 40, 42, 48 et 50 sont alignées. Les maisons bordant le retour d’équerre sur la rue Montmartre ne sont pas soumises à reculement. — Égout entre les rues Joquelet et Montmartre. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Nouvelle (boulevart Bonne-).

Commence aux rues Saint-Denis, no 391 et du Faubourg-Saint-Denis, no 1 ; finit aux rues Poissonnière, no 46, et du Faubourg-Poissonnière, no 2. Le dernier impair est 37 le dernier pair, 42. Sa longueur est de 347 m. Les numéros impairs sont du 5e arrondissement, quartier Bonne-Nouvelle ; les numéros pairs dépendent du 3e arrondissement, quartier du Faubourg-Poissonnière.

Ce boulevart a été formé en vertu des lettres-patentes du mois de juillet 1676. Il doit sa dénomination à sa proximité de l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. — Une ordonnance royale du 15 mai 1832, porte : « Article 1er. — Les dispositions indiquées sur les plans ci-annexés pour l’abaissement transversal du boulevart Bonne-Nouvelle, le nouvel alignement de ce boulevart au moyen de la suppression de la rue Basse-Porte-Saint-Denis et de l’impasse des Babillards, le prolongement de la rue Hauteville jusqu’au boulevart, et l’élargissement des impasses des Filles-Dieu et de Saint-Laurent, sont approuvées. L’exécution du d. plan est déclarée d’utilité publique. — Art. 2. Le préfet, au nom de la ville de Paris, est autorisé ; 1o à traiter à cet effet avec les sieurs Labbé et Bègue aux conditions stipulées dans l’acte passé entre ces propriétaires et le préfet de la Seine, le 31 décembre 1831 ; 2o à concéder, conformément au traité et aux conditions énoncées dans les engagements souscrits par les propriétaires riverains de la rue Basse-Porte-Saint-Denis, le sol de cette rue et du talus du boulevart, situé au droit de leurs propriétés, dans la proportion de l’étendue de leurs façades jusqu’à l’alignement du boulevart ; 3o à concéder également aux propriétaires de l’impasse des Babillards, le sol de cette impasse et de la partie de la rue Basse-Porte-Saint-Denis et du talus du boulevart qui se trouve au droit de cette impasse, etc. » — Conformément à cette ordonnance la rue Basse-Porte-Saint-Denis fut supprimée, et l’on procéda immédiatement à l’abaissement du sol du boulevart. En 1842 et 1843, l’administration a fait exécuter de grands travaux de nivellement, pavage, trottoirs, égouts, escaliers, etc., qui ont occasionné une dépense de 220 000 francs. Les indemnités accordées aux propriétaires et locataires se sont élevées à 270 000 fr. — Les constructions du côté des numéros impairs sont alignées, à l’exception de celles qui portent les nos 5 bis, 7, 9 et 37, dont le retranchement sera de 40 c. au plus. Les maisons de 10 à 38 inclus sont à l’alignement. — Portions d’égout et de conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).

Noyers (rue des).

Commence à la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève et à la place Maubert, no 46 ; finit à la rue Saint-Jacques, nos 45 et 51. Le dernier impair est 51 ; le dernier pair, 56. Sa longueur est de 258 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Jacques.

Cette rue a été bâtie, vers 1215, sur l’emplacement d’une allée de noyers, qui séparait le clos Bruneau de celui de Garlande. En 1348, cette voie publique se nommait rue Saint-Yves, en raison de la chapelle Saint-Yves, située au coin de la rue Saint-Jacques. La rue des Noyers a été élargie en vertu d’un arrêt du conseil du 7 décembre 1680. — Une décision ministérielle du 13 fructidor an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de cette voie publique à 9 m. En vertu d’une ordonnance royale du 23 septembre 1825, sa moindre largeur est portée à 10 m. Les constructions nos 21, 23, 49, 51, 52, 54 et 56 sont alignées ; celles nos 47 et 46 ne devront subir qu’un léger redressement. — Égout entre la rue des Anglais et la place Maubert. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Juin 1844.


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O.

Oblin (rue).

Commence à la rue de Viarme, nos 22 et 37 ; finit à la rue Coquillière, nos 1 et 3. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 46 m. — 4e arrondissement, quartier de la Banque.

Deux contrats, l’un du 11 octobre 1635, l’autre du 26 octobre 1636, la désignent sous le nom de rue Bouchée, ou cul-de-sac de la rue de l’Hôtel-de-Soissons. On la trouve aussi dénommée cul-de-sac de Carignan. En avril 1765, elle fut prolongée sur l’emplacement de l’hôtel de Soissons, dont les prévôt des marchands et échevins avaient fait l’acquisition en vertu des lettres-patentes du mois d’août 1755. (Voyez halle au Blé.) Elle reçut alors le nom de rue Oblin, parce que François-Bernard Oblin et Charles Oblin, intéressés dans les affaires du roi, s’étaient rendus acquéreurs de plusieurs terrains provenant de l’hôtel de Soissons, sur lesquels ils firent construire des bâtiments. La largeur de cette voie publique, fixée alors à 24 pieds, a été maintenue par une décision ministérielle du 9 germinal an XIII, signée Champagny. Propriétés de 1 à 5, redressement ; de 7 à 11, retranch. 75 c. ; 2, 4, alignées ; surplus, ret. 1 m. 20 c. à 1 m. 60 c. — Égout. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Observance (rue de l’).

Commence à la place de l’École-de-Médecine, no 3 ; finit à la rue Monsieur-le-Prince, nos 21 et 23. Le seul impair est 1 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 51 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

« 19 août 1672. — Arrêt du conseil. — Le roy estant en son conseil, s’estant faict représenter le plan arresté entre les prévost des marchands et eschevins de sa bonne ville de Paris, et le sieur président de Alesmes, scindicq apostolique et protecteur général des Cordeliers de France, et en particulier, du grand couvent de la d. ville, pour la construction d’une place de 9 thoises de large, au-devant du grand portail de leur église, sur 18 thoises de long, et d’une rue de 6 thoises de large, qui traversera la d. place jusques à la rue des Fossés, vis-à-vis l’hostel de Condé, etc… Sa majesté estant en son conseil a ordonné et ordonne que le d. plan sera exécuté selon sa forme et teneur, etc… » — La rue qui nous occupé fut ouverte peu de temps après sur une largeur de 11 m. 80 c., et la dénomination qu’elle reçut alors rappelle la maison religieuse des Cordeliers, dite le grand couvent de l’Observance. Un arrêté de la Commune, du 25 juillet 1793, donna à cette voie publique le nom de place de l’Ami-du-Peuple. En l’an IV, elle fut appelée place de l’École-de-Santé, et quelque temps après, elle reprit sa dénomination primitive. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an IX, signée Chaptal, a maintenu la largeur de 11 m. 80 c. Les constructions riveraines ne sont pas soumises à retranchement. — Égout.

Observatoire (l’).

Situé à l’extrémité de l’avenue du même nom. — 12e arrondissement, quartier de l’Observatoire.

Lorsqu’il plait à Dieu de donner à un souverain la puissance et le génie, il dépose abondamment autour du prince les germes de tous les genres de supériorité, et lui transmet le pouvoir de leur fécondation. Aucune époque de notre histoire n’est comparable au siècle de Louis XIV. Nous avons analysé un à un, dans le cours de cet ouvrage, tous les établissements créés sous ce règne, pour favoriser le développement des sciences et des arts. On sentit également, à cette époque, la nécessité de construire un Observatoire pour l’astronomie. Le ministre Colbert chargea Claude Perrault de fournir les dessins de cet édifice qui, commencé en 1667, fut terminé en 1672. Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome que Colbert avait mandé d’Italie pour diriger les travaux, ne put arriver à Paris qu’au moment où les constructions de cet édifice étaient presqu’achevées. Cassini trouva les dispositions peu convenables aux observations astronomiques, et demanda plusieurs changements. Les modifications réclamées par Cassini ne furent pas du goût de Claude Perrault, qui persista dans ses idées. L’édifice terminé, Cassini fut obligé de faire construire sur la terrasse supérieure une petite tourelle qui servit longtemps aux observations.

L’Observatoire a la forme d’un rectangle dont les quatre façades correspondent aux points cardinaux du monde. Aux deux angles de la façade méridionale sont deux tours ou pavillons octogones. Une troisième tour carrée occupe le milieu de la façade du nord où se trouve l’entrée. La ligne de sa face méridionale se confond avec la latitude de Paris. La méridienne est tracée dans la grande salle du second étage. Elle divise cet édifice en deux parties ; et, se prolongeant au sud et au nord, s’étend d’un côté jusqu’à Collioure, et de l’autre jusqu’à Dunkerque. Ces deux lignes, qui se coupent au centre de la façade, ont servi de bases aux nombreux triangles d’après lesquels on a levé la carte générale de France, appelée Carte de Cassini ou de l’Observatoire. Les planchers et les escaliers sont voûtés. La hauteur de la plate-forme, au-dessus du pavé, est de 27 m. Malgré tout le luxe extérieur de cet édifice, il ne s’y trouvait pas un seul endroit convenable où l’on pût faire, avec exactitude, une série d’observations. Cet état de dénûment a cessé, l’intérieur de l’Observatoire est devenu habitable. Sur la plate forme ont été construits des cabinets qui servent aux observations et à conserver les instruments. Au second étage se trouve la grande salle qui contient des globes, des instruments de physique, et la statue en marbre du célèbre Cassini, mort en 1712. La ligne méridienne est tracée sur le pavé de cette salle. Sur le comble de l’édifice, recouvert d’épaisses dalles en pierre, a été élevée, vers 1810, un bâtiment carré flanqué de deux tourelles. Dans une de ces tourelles, on a établi une lunette achromatique, dont le pivot est incliné comme l’axe de la terre. Cette lunette sert à observer et à décrire la marche des comètes. Un aéromètre sert à constater la puissance des vents, sur un cadran placé sous la voûte de la salle du nord. Une cave de jauge indique la mesure d’eau pluviale dans un temps déterminé. Le bâtiment contigu, construit à l’est de l’édifice principal, est sans contredit le plus utile ; on y fait presque toutes les observations astronomiques et météorologiques. On y voit, entre autres instruments, la lunette méridienne de Gambey et le cercle mural de Frontin. La construction de ce bâtiment date de 1834. L’Observatoire possède une bibliothèque précieuse en livres d’astronomie. Pendant les années 1811 et 1813, on a démoli les constructions et les clôtures qui masquaient une partie de l’édifice. L’Observatoire et le palais du Luxembourg correspondent aujourd’hui par une magnifique avenue, qui donne à cette partie de la capitale un caractère grandiose. — Le bureau des longitudes tient ses séances dans le bâtiment de l’Observatoire, qui est ouvert au public tous les jours non fériés, de neuf à quatre heures.

Observatoire (avenue de l’).

Commence au boulevart du Mont-Parnasse ; finit à la grille de l’Observatoire. Pas de numéro. Sa longueur est de 272 m. — 12e arrondissement, quartier de l’Observatoire.

Une loi du 27 germinal an VI, relative à l’emploi des terrains formant l’enclos des ci-devant Chartreux, et que nous avons citée à la rue de l’Est, porte :

« Art. 2e. L’avenue du palais Directorial, du côté du jardin sera prolongée jusqu’à la place de l’Observatoire, et passera à travers les boulevarts dits du Mont-Parnasse. — Art. 3°. En deçà des boulevarts il sera établi une place triangulaire. »

« Au camp impérial de Tilsit, le 20 juin 1807. — Napoléon, etc… Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Article 1er. La place ordonnée par l’art. 3 de la loi du 27 germinal an VI, relative aux embellissements des abords du palais du Luxembourg, maintenant celui du Sénat, ne s’étendra pas au-delà du boulevart, à partir de la grille de la Pépinière. — Art. 2e. La forme et l’étendue de cette place seront déterminées par notre ministre de l’intérieur, de la manière qui sera jugée la plus convenable à la réunion des diverses rues qui doivent y aboutir. (Voyez l’article suivant.) — Art. 3e. Il sera établi une avenue à côtés parallèles, qui se prolongera depuis la place indiquée en l’art. 1er jusqu’à la place circulaire qui doit être formée au pourtour de l’Observatoire impérial. Signé Napoléon. ». — Une décision ministérielle du 4 octobre 1817, et une ordonnance royale du 9 décembre 1838, ont fixé à 40 m. la moindre largeur de l’avenue de l’Observatoire. Les constructions riveraines sont alignées, à l’exception de celles situées sur le côté droit, entre la rue Cassini et l’Observatoire. — En 1844, l’administration a fait exécuter dans cette avenue des travaux de pavage, bordures de trottoirs, plantations, sablage des contr’allées, etc., qui ont occasionné une dépense de 46 000 fr.

Observatoire (carrefour de l’).

Situé au débouché des rues de l’Est, de l’Ouest et Notre-Dame-des-Champs. Pas de numéro impair ; les numéros pairs sont 32, 34 et 36. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Ce carrefour a été formé en vertu d’une loi du 27 germinal an VI, et d’un décret du 20 juin 1807. (Voyez l’article précédent.) — Une décision ministérielle en date du 4 octobre 1817, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 95 m. — En vertu d’une autre décision du 17 août 1824, signée Corbière, elle a reçu le nom de carrefour de l’Observatoire. Une ordonnance royale du 9 décembre 1838 a maintenu la largeur de 95 m. Les constructions riveraines sont alignées, à l’exception de la propriété située sur le côté droit, entre la rue Notre-Dame-des-Champs et le boulevart du Mont-Parnasse, qui devra reculer de 24 m.

Le carrefour de l’Observatoire rappelle de tristes souvenirs.

Le 7 décembre 1815, par un temps froid et sombre, un groupe de soldats, au milieu duquel on apercevait une voiture, traversait la grande avenue du Luxembourg. Arrivé au carrefour de l’Observatoire, devant le mur sur lequel on voit écrit aujourd’hui : Jardin de la Grande-Chartreuse, le groupe s’élargit, le fiacre s’arrêta ! Un capitaine de gendarmerie courut à la portière, abattit lui-même le marche-pied, et prévint la personne qui était dans la voiture qu’on était arrivé ! En ce moment, les cris le voilà ! le voilà ! se firent entendre. Il y eut un moment de trouble parmi les spectateurs. — « Retirez-vous, dirent alors quelques officiers, c’est à la plaine de Grenelle que l’exécution doit avoir lieu. — Serrez vos rangs, et empêchez qu’on approche, cria un officier-général aux soldats. » La personne descendit alors de la voiture ! C’était Michel Ney, prince de la Moskowa ! L’expression du visage du maréchal était d’un calme admirable. Il regarda autour de lui, et, apercevant le peloton qui devait faire feu : « Ah ! dit-il, c’est là ! » Au même moment, on entendit le galop précipité d’un cheval. « C’est sa grâce ! crièrent les uns ; c’est un sursis, dirent les autres. » C’était l’ordre expédié du château de hâter l’exécution !… Alors le maréchal fit ses adieux au vénérable ecclésiastique, M. de Pierre, curé de Saint-Sulpice, qui l’avait accompagné. Le guerrier lui donna une boîte d’or en le priant de la remettre à la maréchale, puis il tira de sa poche une poignée d’argent pour être distribué aux pauvres de la paroisse Saint-Sulpice ; alors s’avançant d’un pas assuré, Michel Ney se plaça devant le peloton. Le commandant vint, un mouchoir à la main, pour lui bander les yeux. Le guerrier le repoussa doucement : « Ignorez-vous, monsieur, que depuis vingt-cinq ans j’ai l’habitude de regarder la mort en face ! » Il posa la main droite sur son cœur, et de la gauche, élevant son chapeau au-dessus de sa tête, il reprit d’une voix calme et solennelle : « Je proteste devant Dieu et devant les hommes contre le jugement qui me condamne ; j’en appelle à la patrie et à la postérité !… Vive la France ! » Il continuait lorsque la voix de l’officier-général couvrit la sienne par ce brusque commandement adressé aux soldats : « Apprêtez armes !… » — « Camarades, reprit alors le maréchal d’une voix plus éclatante faites votre devoir et tirez-là !… là ajouta-t-il, en montrant son cœur ! — Joue ! Feu ! » dit le même officier-général, et le maréchal Ney tomba !… Vive le roi ! vive le roi ! hurlèrent les officiers en brandissant leurs épées ; comme si le roi avait besoin du sang d’un maréchal de France pour vivre ! Aucune voix du peuple ne répondit au moins à ces acclamations sacrilèges ! Dès que le petit nuage de fumée fut éparpillé dans l’air, on vit les traces de ce noble sang, qui glissait sur le mur devant lequel s’était adossé le maréchal. Alors une femme, une sœur de l’hospice de la Maternité, qui priait, solitaire, depuis l’arrivée du maréchal, perça le triple rang de soldats pour recueillir quelques traces de ce sang. Cette femme était la sœur Sainte-Thérèse, dont le frère, qui servait en 1814 dans le corps d’armée du maréchal, avait été tué sous ses yeux. Le cadavre du prince de la Moskowa resta vingt minutes, gisant au pied de ce mur. Des hommes de peine, attachés à l’hospice de la Maternité, vinrent l’envelopper dans une couverture, et le transportèrent sur un brancard, dans une salle basse de leur hospice. Agenouillée devant les restes du héros, la sœur Thérèse pria Dieu toute la nuit ; et le lendemain, la famille du maréchal les fit pieusement inhumer au cimetière du Père-Lachaise.

Odéon (carrefour de l’).

Commence aux rues de l’École-de-Médecine, no 43, et des Boucheries, no 1 ; finit aux rues Monsieur-le-Prince, no 1, et des Quatre-Vents, no 2. Le dernier impair est 15 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 55 m. — 11e arrondissement : les numéros impairs sont du quartier de l’École-de-Médecine ; les numéros pairs, du quartier du Luxembourg.

Il faisait autrefois partie de la rue de Condé, ainsi que l’indique le plan de Jaillot. Le plan de Verniquet ne lui donne pas de dénomination. En 1801, il a reçu le nom de carrefour de l’Odéon. — Une décision ministérielle du 4 nivôse an IX, signée Chaptal, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 18 m. En vertu d’une ordonnance royale du 21 juillet 1843, cette moindre largeur est portée à 22 m. Propriétés nos 1, 3, 5, retranch. 9 m. 40 c. ; de 7 à 15, ret. 4 m. 70 c. ; de 2 à 8, ret. 3 m. 40 c. à 4 m. ; 10 et 12, ret. réduit 2 m. 80 c. ; 14, ret. 3 m. 50 c. ; 16, ret. 3 m. 10 c. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Odéon (place de l’).

Située devant le théâtre. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 6. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Cette place a été construite sur l’emplacement de l’hôtel de Condé, en vertu des lettres-patentes du 10 août 1779, registrées au parlement le 7 septembre suivant. Sa forme est demi-circulaire. Elle a 37 m. 40 c. de rayon. — Cette dimension a été maintenue par une décision ministérielle en date du 4 nivôse an IX, signée Chaptal, et par une ordonnance royale du 12 mai 1841. Sa dénomination primitive fut celle de place du Théâtre-Français. (Voyez théâtre de l’Odéon.) — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Odéon (rue de l’).

Commence aux rues Monsieur-le-Prince, no 2, et de Condé, no 1 ; finit à la place de l’Odéon, nos 1 et 2. Le dernier impair est 35 ; le dernier pair, 38. (Les numéros continuent ceux du carrefour de l’Odéon.) Sa longueur est de 176 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

L’ouverture de cette rue, sur l’emplacement de l’hôtel de Condé, fut autorisée par lettres-patentes du 10 août 1779, registrées au parlement le 7 septembre suivant, et sa largeur fixée à 40 pieds. Elle ne fut exécutée que sur une largeur de 12 m. 90 c. — Cette dimension a été maintenue par une décision ministérielle du 4 nivôse an IX, signée Chaptal, et par une ordonnance royale du 12 mai 1841. Elle porta d’abord le nom de rue du Théâtre-Français (voyez théâtre de l’Odéon). Les constructions riveraines sont alignées. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Fabre-d’Églantine et Camille Desmoulins demeuraient tous deux dans une maison de cette rue, à l’angle de la place. Ils furent condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire, le 16 germinal an II (5 avril 1794). On les accusait d’avoir conspiré pour le rétablissement de la royauté.

Odéon (théâtre royal de l’).

Situé sur la place de ce nom. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Des lettres-patentes données à Compiègne, le 30 juillet 1773, et registrées au parlement le 19 août suivant, contiennent l’exposé ci-après : « Louis, etc… L’hôtel dans lequel nos comédiens français donnaient leurs représentations, était devenu dans un tel état de caducité, qu’il n’était plus possible de les y continuer. Pour ne point laisser interrompre un spectacle devenu célèbre par les acteurs encore plus par les drames qu’ils représentent, et dont le but est de contribuer autant à la correction des mœurs et à la conservation des lettres, qu’à l’amusement de nos sujets, nous avons bien voulu permettre aux comédiens français l’usage de notre théâtre du palais des Tuileries ; mais nous reconnûmes dès lors l’impossibilité d’y laisser subsister un spectacle public, s’il nous plaisait de séjourner dans la capitale de notre royaume ; d’ailleurs, l’étendue et la disposition primitive de ce théâtre, pour un autre genre de spectacle, ont fait connaître qu’il était incommode aux acteurs de la comédie, par la nécessité de forcer continuellement leur voix pour se faire entendre, inconvénient qui, en rendant la déclamation pénible et désavantageuse, préjudicie également à la santé des acteurs et à la satisfaction des spectateurs, etc… » — Ces considérations déterminèrent le roi à faire construire une nouvelle salle, et l’emplacement de l’hôtel de Condé fut choisi comme le plus convenable à cette destination. Sa majesté ordonna qu’une nouvelle salle de la comédie française serait établie sur les terrains de l’hôtel de Condé, au moyen de l’acquisition faite en son nom, et que de nouvelles rues seraient ouvertes pour faciliter la circulation aux abords de ce théâtre. Moreau, maître-général des bâtiments de la ville, fut chargé de l’exécution de ce projet qui consistait, entr’autres dispositions, à édifier la nouvelle salle à l’endroit où viennent aboutir aujourd’hui, dans le carrefour de l’Odéon, les rues de Condé et Monsieur-le-Prince. Le 1er novembre suivant, l’hôtel de Condé fut vendu au roi moyennant la somme de 3 000 000 livres. Les travaux, commencés à cette époque, furent exécutés avec lenteur. Ils étaient très peu avancés en 1779, lorsque Louis XVI, par lettres-patentes du 10 août, crut devoir les arrêter : « parce qu’en même temps, dit sa majesté, qu’il nous aurait paru plus convenable qu’un monument de ce genre, et dont la propriété devait nous demeurer, fut exécuté sous les ordres du directeur-général de nos bâtiments, arts et manufactures, nous aurions jugé devoir adopter différents changements, tant relatifs à la construction, décoration et embellissement de cette salle, qu’à sa situation. Nous aurions pensé aussi qu’au lieu de faire construire cette salle dans le bas de l’hôtel de Condé, il était plus convenable de la placer dans la partie la plus voisine du Luxembourg, afin que plus rapprochée du palais que nous avons donné à notre très cher et amé frère, Monsieur, pour son habitation et celle de notre très chère et amée soeur, Madame, elle soit un nouvel agrément pour leur habitation, en mêmes temps que pour nos sujets qui, avant d’entrer ou en sortant du spectacle de la Comédie-Française, auront à proximité une promenade dans les jardins du Luxembourg ; mais pour que cet établissement ne soit pas dans les circonstances actuelles, à charge à nos finances, nous avons cru devoir écouter les propositions qui nous ont été faites de la part du sieur Pierre-Charles Machet de Velye, de faire faire à ses frais la construction de la d. salle et hôtel de la Comédie Française, sous les ordres du sieur comte d’Angiviller, directeur et ordonnateur de nos bâtiments, et sous la conduite et d’après les plans et devis des sieurs de Wailly et Peyre (Marie-Joseph), et par nous approuvés, et de faire tous les frais nécessaires à ce sujet, etc… » — Ces lettres-patentes qui ordonnèrent, en conséquence, la construction de la salle et l’ouverture de plusieurs rues, aux frais dudit sieur Machet de Velye, officier du point d’honneur, furent registrées au parlement le 7 septembre suivant. Les devis des travaux à exécuter fixaient la dépense à 1 600 000 fr. MM. de Wailly et Peyre dirigèrent les constructions avec activité. En 1782, la salle, entièrement achevée, fut ouverte sous le titre de Théâtre Français. En 1790, on le nomma Théâtre de la Nation. — Les voies publiques formées aux abords de cet édifice sur l’emplacement de l’hôtel de Condé, sont celles ci-après désignées : rues Corneille, de Crébillon, Molière, de l’Odéon, Racine (partie comprise entre la rue Monsieur-le-Prince et la place), Regnard, de Voltaire et place de l’Odéon.

En 1797, le théâtre prit la dénomination d’Odéon. Le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), le conseil des Cinq-Cents, par ordre du Directoire Exécutif, se réunit dans cette salle et y rendit un décret de déportation contre Carnot, Barthélemy et cinquante-trois députés. — Le 18 mars 1799, un violent incendie dévora ce théâtre. Les comédiens français s’installèrent au Palais-Royal où ils sont encore. En 1807, l’Odéon fut reconstruit, et reçut le titre de théâtre de l’Impératrice, qu’il quitta, en 1814, pour prendre celui de Second Théâtre Français. Incendié de nouveau, le 20 mars 1818, il fut restauré sous la direction de MM. Chalgrin et Baraguei, et rouvert le 1er octobre suivant. Il occupe une superficie de 2 000 m. environ. On y joua la tragédie, la comédie et le drame ; plus tard, on y ajouta l’opéra ; celui de Robin-des-Bois obtint un brillant succès. Cependant ce théâtre éprouva des revers. Les acteurs du Théâtre-Français et ceux de l’Opéra-Comique vinrent alternativement y donner des représentations. Les artistes italiens, après l’incendie de leur salle, se réfugièrent à l’Odéon. Enfin, le jeudi 28 octobre 1841, les acteurs du Second-Théâtre-Français se sont définitivement installés dans cette salle qui contient 1 650 personnes. — Prix des places en 1844 : Avant-scène des 1res et des baignoires, 5 fr. ; balcon 4 fr. ; 1res loges fermées et avant-scène des 2mes, 3 fr. 50 c. ; 1res loges découvertes, 3 fr. ; 2mes loges fermées et avant-scène des 3mes, 2 fr. 50 c. ; stalles d’orchestre, baignoires et 2mes loges découvertes, 2 fr. ; 3mes loges découvertes, 1 fr. 50 c. ; 3mes loges fermées et parterre, 1 fr. 25 c. ; loges du cintre, 1 fr.

Ogniard (rue).

Commence à la rue Saint-Martin, nos 35 et 37 ; finit à la rue des Cinq-Diamants, nos 22 et 24. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 50 m. — 6e arrondissement, quartier des Lombards.

En 1260, c’était la rue Amauri-de-Roissi. En 1493, on la nommait Hoignard. Sa dénomination actuelle n’est qu’une altération. — Une décision ministérielle du 18 vendémiaire an VI, signée Letourneux, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 13 m. en vertu d’une ordonnance royale du 19 juillet 1840. La rue Ogniard n’a encore aujourd’hui que 2 m. 50 c. de largeur. Les constructions riveraines sont soumises à un fort retranchement. — Conduite d’eau depuis la rue des Cinq-Diamants jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Française).

Oiseaux (rue des).

Commence au marché des Enfants-Rouges, nos 5 et 7 ; finit à la rue de Beauce, nos 8 et 10. Pas de numéro impair ; le dernier pair est 4. Sa longueur est de 32 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

Ouverte en 1626, elle doit son nom à une enseigne. La Caille et Valleyre l’indiquent sous le nom de Petite rue Charlot. — Une décision ministérielle du 26 thermidor an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 31 mars 1835. Les constructions riveraines sont soumises à un retranchement de 3 m. 40 c.

Olivet (rue d’).

Commence à la rue des Brodeurs, nos 12 et 14 ; finit à la rue Traverse, nos 5 et 7. Un seul impair qui est 1 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 69 m. — 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin.

Elle a été percée, vers 1646, sur le territoire dit d’Olivet, dont elle a retenu le nom. Plusieurs plans l’indiquent sous la dénomination de Petite rue Traverse. — Une décision ministérielle à la date du 2 thermidor an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Les constructions riveraines sont soumises à un retranchement qui varie de 1 m. 50 c. à 1 m. 80 c. La rue d’Olivet est fermée à ses deux extrémités.

Ollivier (rue).

Commence à la rue du Faubourg-Montmartre, nos 63 et 65 ; finit à la rue Saint-Georges, nos 32 et 34. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 221 m. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Cette rue a été ouverte en vertu d’une ordonnance royale du 21 juillet 1824, relative aux abords de l’église Notre-Dame-de-Lorette. Elle a 10 m. de largeur. Le nom qu’elle porte lui a été donné en vertu d’une décision ministérielle du 31 décembre 1825, signée Corbière. C’est celui de M. Ollivier, qui fut membre du conseil-général du département de la Seine, du conseil supérieur du commerce et de la Chambre des Députés. — Les constructions riveraines sont alignées. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise)

Opéra (passages de l’).

Commencent au boulevart des Italiens, no 2, et à la rue Grange-Batelière ; finissent aux rues Le Peletier, no 8, et Pinon. — 2e arrondissement, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Le passage qui communique de la rue Le Peletier à la rue Pinon a été formé lors de la construction du théâtre. Les deux autres passages, connus sous les noms de galeries de l’Horloge et du Baromètre, ont été ouverts sur la propriété de M. le vicomte Morel de Vindé, pair de France. Les ordonnances royales d’autorisation portent les dates des 31 juillet 1822, et 16 avril 1823. La largeur de chacune de ces galeries est de 3 m. 74 c.

Opéra (théâtre de l’), voyez Académie royale de Musique.

Opéra-Comique (théâtre de l’).

Situé place des Italiens. — 2e arrondissement, quartier Feydeau.

« Versailles, le 31 mars 1780. — Louis, etc… La nécessité des spectacles dans les grandes villes de notre royaume, et principalement dans notre bonne ville de Paris, est un objet qui a de tous temps attiré l’attention des rois nos prédécesseurs, parce qu’ils ont regardé le théâtre comme l’occupation la plus tranquille pour les gens oisifs et le délassement le plus honnête pour les personnes occupées ; c’est dans cette vue qu’indépendamment de ses comédiens ordinaires, le feu roi notre très honoré seigneur et ayeul, avait permis, en 1716, l’établissement d’une troupe de comédiens Italiens ; mais malgré les talents et le zèle des acteurs qui la composaient, ils n’eurent qu’une faible réussite, et ce spectacle ne s’est jamais soutenu que par des moyens étrangers, et toujours insuffisans jusqu’au moment où, en 1762, on y a réuni l’Opéra-Comique. Si depuis cette époque, ce théâtre a été fréquenté toutes les fois qu’on y donnait des opéras bouffons et autres pièces de chant, d’un autre côté le public montrait si peu d’empressement pour voir les comédies en langue Italienne, que quand on les représentait, le produit de la recette ne suffisait pas même pour payer la moitié des frais journaliers ; d’ailleurs comme les tentatives réitérées qu’on a faites pour faire venir à grands frais des acteurs d’Italie, n’ont produit aucun effet, et qu’il ne reste plus aucun espoir de remplacer les bons acteurs morts et ceux que leurs longs services mettent dans le cas de se retirer, nous nous sommes vus forcés de supprimer entièrement le genre italien, et nous avons pourvu au traitement des acteurs et actrices qui le représentaient en leur accordant des pensions de retraite et des gratifications convenables ; mais désirant conserver dans notre bonne ville de Paris un spectacle qui puisse contribuer à l’amusement du public, nous avons établi une nouvelle troupe qui, sous le titre ancien de Comédiens Italiens, représentera des comédies françaises, des opéras bouffons, pièces de chant, soit à vaudevilles, soit à ariettes et parodies, et en conséquence nous avons permis aux administrateurs de notre Académie de Musique de faire à la dite nouvelle troupe un bail pour trente années de privilège de l’Opéra-Comique ; nous nous sommes déterminés à cet arrangement d’autant plus volontiers que, par le compte que nous nous sommes fait rendre de l’état de ce spectacle depuis 1762, nous avons remarqué que le genre des pièces de chant y avait fait des progrès aussi rapides qu’étonnans. La musique française qui jadis était l’objet du mépris ou de l’indifférence des étrangers, est répandue aujourd’hui dans toute l’Europe, puisqu’on exécute les opéras bouffons et français dans toutes les Cours du nord et même en Italie, où les plus grands musiciens de Rome et de Naples applaudissent aux talens de nos compositeurs français. Ce sont les ouvrages de ce genre qui ont formé le goût en France, qui ont accoutumé les oreilles à une musique plus savante et plus expressive, et qui ont enfin préparé la révolution arrivée sur le théâtre même de notre Académie de Musique, où l’on voit applaudir aujourd’hui des chefs-d’œuvres dont on n’aurait ni connu ni goûté le mérite si on les y avait joués vingt ans plus tôt ; on ne peut donc pas douter que cette révolution ne soit le fruit des opéras bouffons composés pour la Comédie Italienne, et des efforts continuels des acteurs qui les ont exécutés ; parce que consultant sans cesse le goût du public et cherchant à le perfectionner comme à le satisfaire, ils sont parvenus à rendre leur spectacle infiniment agréable à la nation et même aux étrangers ; dans ce genre, on doit les attendre des mêmes compositeurs et des mêmes acteurs qui, encouragés par de premiers succès, mettront leur gloire et leur intérêt à porter cet art aussi loin qu’il peut aller ; d’après cela nous avons pensé que nous ne pouvions mieux témoigner à ces même acteurs la satisfaction que nous avons de leur service qu’en leur donnant une consistance solide et légale à l’instar de celle de nos comédiens français ordinaires ; par là nous contribuerons à augmenter le goût et les progrès de la musique, à entretenir l’émulation parmi les auteurs et les gens de lettres, et à assurer par la même voie non seulement l’état et les fonds des acteurs et actrices, mais aussi les pensions de retraite ; mais en accordant ces faveurs à nos comédiens italiens, nous sommes bien éloignés de vouloir donner la moindre atteinte aux privilèges que nos augustes prédécesseurs ont daigné accorder à nos comédiens ordinaires, et singulièrement aux droits de pouvoir seuls représenter des tragédies ; nous espérons même que ces deux théâtres, loin de se nuire, pourront se prêter un mutuel secours et qu’ils ne disputeront entre eux que d’efforts et de zèle pour mériter de plus en plus nos bontés et contribuer à l’amusement du public. À ces causes et autres, nous avons dit, déclaré et ordonné, disons, déclarons et ordonnons ce qui suit : Article 1er. Nous avons créé et établi, créons et établissons une troupe de comédiens qui demeureront attachés à notre service sous le titre de nos Comédiens Italiens ordinaires, avec faculté de se qualifier nos pensionnaires. — Art. 2e. Permettons à nos d. comédiens italiens, à compter du 3 avril de la présente année, de représenter à Paris, sur le théâtre de l’hôtel de Bourgogne, sis rue Française, ou sur tel autre théâtre qui sera par nous construit par la suite, toutes les comédies françaises, pièces de chant, soit à ariettes, soit à vaudevilles, composant le fonds de la comédie italienne et de l’opéra comique, ainsi que toutes les pièces du même genre qui pourraient leur être présentées par la suite. — Art. 3e. Et désirant maintenir et augmenter la gloire du Théâtre Français, que nous regardons comme le premier spectacle de la capitale et le théâtre de la Nation, proprement dit, nous avons interdit et interdisons expressément à nos d. comédiens italiens la faculté de jouer aucunes tragédies, maintenons et gardons nos d. comédiens français dans le droit et privilège de jouer seuls ces pièces de théâtre etc… — Art. 11e. Voulons et entendons que les d. comédiens italiens soient tenus de représenter chaque jour sans que, sous aucun prétexte, ils puissent s’en dispenser. — Art. 12e. Et renouvellant en tant que de besoin les dispositions de la déclaration donnée par Louis XIII, notre honoré seigneur et trisayeul, en faveur des comédiens, le 16 avril 1641, nous enjoignons très expressément à nos d. comédiens italiens, de régler tellement les représentations théâtrales, que la religion, les bonnes mœurs et l’honnêteté publique n’en puissent souffrir la moindre atteinte, et, en ce faisant, nous voulons et entendons que l’exercice de leur profession ne puisse leur être imputé à blâme, ni préjudicier à leur réputation dans le commerce public, etc. » — On songea bientôt à faire construire une nouvelle salle.

« Marly, le 14e octobre 1780. — Louis, etc… Ordonnons ce qui suit : Article 1er. Nous agréons et approuvons le plan de la nouvelle salle que les sieurs Reboul de Villeneuve et compagnie se proposent de construire pour y placer le spectacle dit de la Comédie Italienne ; en conséquence leur permettons de faire faire la d. construction sur l’emplacement désigné au dit plan, faisant partie des terrains dépendants de l’hôtel de Choiseul, duquel emplacement désigné pour la d. salle de comédie, ainsi que de celui de la place qui sera au-devant de la d. salle, et des rues dites de Marivaux, Favart et de Grétry, qui seront ouvertes sur le d. terrain, les d. sieur et dame de Choiseul entendent faire l’abandon en faveur du d. établissement. — Art. 2e. La d. salle sera construite aux frais du d. sieur Reboul de Villeneuve, lequel sera tenu de se conformer en tout pour l’élévation de l’édifice et de ses accessoires aux plans, coupes et élévations qui seront donnés par le sieur Heurtier, notre architecte, après toutefois que les dits plans auront été par nous approuvés. Sera également tenu le d. sieur Reboul de Villeneuve, de rendre la d. salle achevée pour ce qui le concerne dans l’espace de deux ans, à compter du 1er avril 1781, etc. » — La construction de cette salle fut terminée en 1783, et l’inauguration eut lieu le 28 avril de la même année. Les acteurs de la Comédie Italienne, ou plutôt de l’Opéra-Comique y jouèrent jusqu’en 1797, époque à laquelle ils s’installèrent dans la salle Feydeau. De nombreux succès dus au talent des compositeurs et des chanteurs rendirent ce spectacle l’un des plus florissants de la capitale. La salle Feydeau, construite avec peu de solidité, sur un emplacement étouffé par des constructions particulières, faisait naître des craintes qui déterminèrent à choisir une autre localité. — Une ordonnance royale du 8 octobre 1826 prescrivit la construction d’une nouvelle salle vis-à-vis de la rue Ventadour. Les travaux ayant été terminés, les acteurs de l’Opéra-Comique abandonnèrent la salle Feydeau. La fortune ne les suivit pas dans le nouveau théâtre qui fut fermé en 1832 (voyez théâtre des Italiens). Au mois de septembre de la même année les artistes de l’Opéra-Comique vinrent s’installer dans la salle de la place de la Bourse (voyez théâtre du Vaudeville), qu’ils quittèrent en 1840. À cette époque ils inaugurèrent la salle de la place des Italiens, où ils paraissent être fixés d’une manière définitive. — Cette ancienne salle avait été, comme nous l’avons dit plus haut, abandonnée en 1797 par les acteurs de l’Opéra-Comique. Des troupes nomades y donnèrent alternativement des représentations. Elle était occupée au mois de janvier 1838, par les chanteurs italiens, lorsqu’un effroyable incendie la détruisit presqu’entièrement.

« Loi du 7 août 1839. — Article 1er. Le ministre de l’intérieur est autorisé à mettre en adjudication, avec publicité et concurrence, la reconstruction de la salle Favart pour y établir l’Opéra-Comique, sous les conditions et clauses du cahier des charges, annexé à la présente loi. Le rabais portera sur la durée de la jouissance à concéder à l’adjudicataire. — Art. 2e. À l’expiration du terme fixé par l’adjudicataire, la salle reconstruite et ses dépendances feront retour à l’État, etc. » — Au mois de septembre suivant, M. Charpentier, architecte, commença les travaux de reconstruction. Cette salle contient 1500 places, dont les prix sont ainsi fixés en 1844. Loges de la galerie avec salon, 1res loges de face avec salon, avant-scène de la galerie et des loges de la galerie, 7 fr. 50 c. ; fauteuils et stalles de balcon, loges de la galerie sans salon, 1res loges de face sans salon, 6 fr. ; fauteuils de la galerie, fauteuils d’orchestre, stalles de baignoires, avant-scène des 1res loges, baignoires de face et de côté, 5 fr ; 1res loges de côté, avant-scène des loges de la 2me galerie, 4 fr. ; 2me galerie, 3 fr. ; parterre, loges de la 2me galerie de face, avant-scène des 3mes loges, 2 fr. 50 c. ; loges de la 2me galerie de côté, 3mes loges, 2 fr. ; amphithéâtre, 1 fr.

Opportune (impasse Sainte-).

Située dans la rue Grange-aux-Belles, entre les nos 13 et 15. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 93 m. — 5e arrondissement, quartier de la Porte-Saint-Martin.

Formée vers 1820, sur les terrains appartenant à M. Huet, cette impasse n’est pas reconnue voie publique. Sa largeur varie de 4 m. à 8 m.

Opportune (place Sainte-).

Située entre les rues de la Tabletterie, Courtalon, Sainte-Opportune et des Fourreurs. Le dernier impair est 3 ; le dernier pair, 8. — 4e arrondissement, quartier des Marchés.

Cette place était encore désignée, en 1790, sous le nom de cloître Sainte-Opportune, qu’elle devait à l’église Sainte-Opportune dont nous parlerons à l’article suivant. — Une décision ministérielle du 21 prairial an X, signée Chaptal, a déterminé l’alignement de cette voie publique. En 1837, elle a été considérablement élargie. Les propriétés nos 1, 3, 2 et 4, sont alignées. — Égout. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Opportune (rue Sainte-).

Commence à la place Sainte-Opportune, nos 3 et 8 ; finit à la rue de la Ferronnerie. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 45 m. — 4e arrondissement, quartier des Marchés.

Une ordonnance royale du 30 mai 1836, porte :

« Article 1er. Le projet d’ouverture d’une rue à Paris, pour communiquer de la rue de la Ferronnerie à la rue des Fourreurs, dans l’axe de la fontaine des Innocents, est approuvé. Les alignements de cette rue, dont la largeur est fixée à 12 m., sont arrêtés suivant le tracé des lignes rouges sur le plan ci-annexé. L’exécution du d. projet est déclarée d’utilité publique, etc… — Art. 3e. Le préfet de la Seine, agissant au nom de la ville de Paris, est autorisé à acquérir, soit de gré à gré, soit par voie d’expropriation pour cause d’utilité publique, les immeubles ou portions d’immeubles dont l’occupation sera nécessaire pour effectuer le percement de la rue nouvelle. » — Cette rue fut immédiatement exécutée et reçut le nom de rue Sainte-Opportune, parce qu’elle passe devant l’emplacement de l’ancienne église, dont nous parlerons ci-après. La maison no 2 est seule soumise à retranchement. — Égout. — Conduite d’eau dans une partie. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

L’église royale et paroissiale Sainte-Opportune avait sa principale entrée dans la rue de l’Aiguillerie, à l’endroit où se trouve aujourd’hui la propriété portant le no 2, sur la rue Sainte-Opportune. L’origine de cette église a fait naître de grands débats parmi les historiens de Paris. Nous ne rapporterons pas ici toutes ces discussions. Ce qui paraît certain, c’est que la chapelle Sainte-Opportune, comme celles Saint-Leufroy et Saint-Magloire, fut fondée ou reconstruite lorsque la tranquillité se rétablit après le départ des Normands. Hildebrant, évêque de Séez, pour préserver de la fureur de ces barbares la châsse qui renfermait le corps de sainte Opportune, fille du comte d’Hième, et morte abbesse d’Almenêche, se réfugia avec son clergé à Moussi-le-Neuf, puis à Paris dans la Cité. Il laissa une partie des reliques de sainte Opportune à l’évêque de Paris, qui les déposa dans une chapelle du faubourg septentrional de la ville. Cet oratoire, d’abord appelé Notre-Dame-des-Bois, parce qu’il était situé à l’entrée d’une forêt, prit alors le nom de Sainte-Opportune. Dotée par nos rois, cette chapelle fut reconstruite dans des proportions plus étendues, devint paroissiale à la fin du XIIe siècle, et reçut un chapitre ou collège de Chanoines. Vers l’an 1154, le chœur fut rebâti ; quelque temps après on en prescrivit la démolition. L’église Sainte-Opportune, telle qu’on la voyait encore en 1790, ne datait que du XIIIe siècle. La tour était remarquable par les ornements qui la décoraient. On y avait sculpté des fleurs de lis, des festons, des cornes d’abondance, des trophées, qui indiquaient qu’elle avait été construite par la munificence des rois. En 1311, Guillaume d’Aurillac, évêque de Paris, établit à Sainte-Opportune deux marguilliers laïques, auxquels il donna l’administration de la fabrique. Cette église possédait plusieurs reliques qui attiraient un grand concours de fidèles. On y admirait un candélabre à dix branches, d’un fort beau travail : c’était un présent de l’empereur Charles-Quint, qui visita l’église Sainte-Opportune pendant son séjour à Paris. Cette église, supprimée en 1790, devint propriété nationale, et fut vendue le 24 novembre 1792. Démolie quelque temps après, on a construit sur son emplacement la maison no 8, place Sainte-Opportune, celle no 2, rue Sainte-Opportune, et les bâtiments qui bordent le côté droit de la rue Courtalon.

Orangerie (rue de l’).

Commence à la rue d’Orléans, nos 27 et 29 ; finit à la rue Censier, nos 4 bis et 6. Pas de numéro. Sa longueur est de 47 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Cette voie publique doit sa dénomination aux Orangers du jardin du Luxembourg, qui furent longtemps déposés dans une propriété de cette rue. — Une décision ministérielle à la date du 28 pluviôse an IX, signée Chaptal, a fixé sa largeur à 7 m. La maison située sur le côté droit à l’encoignure de la rue Censier est alignée ; les autres constructions riveraines sont soumises à un retranchement qui n’excède pas 50 c.

Oratoire (place de l’).

Commence à la place du Louvre et à la rue d’Angiviller ; finit à la rue de la Bibliothèque. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par le Louvre ; le dernier pair est 6. Sa longueur est de 201 m. — 4e arrondissement, côté gauche, quartier du Louvre ; côté droit, quartier Saint-Honoré.

« Louis, etc… Ayant ordonné la confection du Louvre, et voulant en faciliter les abords par une place depuis le péristyle jusqu’au portail de Saint-Germain-l’Auxerrois, dans une étendue parallèle au d. péristyle, à prendre depuis le quai jusqu’à la distance de 10 toises au-delà du pavillon du côté des prêtres de l’Oratoire, isoler la face du côté des prêtres de l’Oratoire, dans la longueur depuis la rencontre de celle dite ci-dessus, passant devant le portail de Saint-Germain-l’Auxerrois jusqu’à l’angle de la rue Froidmanteau, etc… Et attendant que nous fassions procéder à la visite, prisée et estimation de toutes les maisons qui se trouveront comprises dans la d. étendue pour en faire l’acquisition en deniers ou par échange avec les propriétaires, soit particuliers, soit gens de main-morte, et voulant prévenir les dépenses et empêcher qu’il n’y soit construit aucuns nouveaux bâtiments, et que les maisons qui tomberaient en ruine soient réédifiées, etc. ; faisons inhibitions et défenses à toutes personnes de faire construire de nouveaux bâtiments dans toute l’étendue du terrain, depuis le péristyle du Louvre jusqu’au portail de Saint-Germain-l’Auxerrois dans la longueur depuis le quai, jusqu’à la rencontre de l’alignement en retour d’équerre formant une rue parallèle à la façade du côté des prêtres de l’Oratoire, distante de 10 toises du pavillon de l’angle, etc… Donné à Versailles, le 26e jour de décembre, l’an de grâce 1758, et de notre règne le 44e. Signé Louis. » — La place ne fut formée qu’entre les rues de l’Oratoire et du Coq. En 1793, on l’appela place de la Liberté. — Une décision ministérielle du 17 brumaire an XI, signée Chaptal, fixa l’alignement de cette voie publique nommée alors place latérale du Palais des Sciences et des Arts.

« Au palais des Tuileries, le 26 février 1806. Napoléon, etc… Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Article 1er. L’alignement arrêté par les plans généraux des embellissements de Paris, vis-à-vis la façade du Louvre, sera exécuté vis-à-vis l’hôtel d’Angivilliers, en abattant les cours et jardins, sans toucher à l’hôtel, etc… Signé Napoléon. » — Ce décret fut exécuté. Dans le courant de la même année, la voie publique dont nous nous occupons reçut la dénomination de place de Marengo. En 1814, on l’appela place de l’Oratoire. Vers cette époque, elle fut prolongée jusqu’à la rue de la Bibliothèque. Les constructions riveraines sont alignées. — Égout dans une partie. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Oratoire (temple de l’).

Situé dans la rue Saint-Honoré, no 157. — 4e arrondissement, quartier Saint-Honoré.

Témoin des abus qui s’étaient introduits dans le clergé de France, M. de Bérulle résolut d’y porter remède. Il pensa que le moyen le plus efficace serait de former de jeunes ecclésiastiques instruits, qui, sous la direction des évêques, rempliraient dignement les fonctions du sacerdoce et enseigneraient la parole de Dieu, dans les collèges et dans les séminaires. Les membres de cette congrégation ne devaient être astreints à aucun vœu. Henri de Gondi, évêque de Paris, approuva cet utile projet. Le 11 novembre 1611, M. de Bérulle, accompagné de cinq prêtres aussi vertueux que savants, s’installa au faubourg Saint-Jacques, dans l’hôtel du Petit-Bourbon, où fut construit plus tard le Val-de-Grâce. Marie de Médicis protégea cette institution qui fut autorisée par le pape, le 10 mai 1613, sous le titre de Congrégation de l’Oratoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. M. de Bérulle ayant fait de nombreux prosélytes, résolut de transférer cette Congrégation dans l’intérieur de la ville. En 1616, il acheta de la duchesse de Guise, l’hôtel du Bouchage, bâti par le duc de Joyeuse, et qui avait appartenu à Gabrielle d’Estrées. D’autres acquisitions augmentèrent cet emplacement. La première pierre de l’église des Oratoriens fut posée le 22 septembre 1621. Les travaux successivement dirigés par trois architectes, Métezeau, Jacques le Mercier et Caquier, furent terminés en 1630. Le portail, élevé en 1745, dut être reconstruit en 1774. Tous les ans, le jour de la fête de saint Louis, l’Académie des Sciences et celle des Inscriptions et belles-lettres faisaient célébrer, dans cette église, une grand’messe en musique, suivie du panégyrique du saint roi. — La congrégation des Oratoriens a produit un grand nombre d’hommes célèbres, parmi lesquels nous devons citer : Dumarsais, le président Hénault, Mallebranche, Mascaron et Massillon. L’avocat-général Talon a dit de cette institution : « C’est un corps où tout le monde obéit et où personne ne commande. » Les Oratoriens furent supprimés en 1792 ; leur église servit pendant la révolution aux assemblées du district et de la section du quartier. — Une décision consulaire du 12 frimaire an XI, ordonna l’établissement à Paris d’une église consistoriale, et de deux églises de secours. Par la même décision, l’édifice de Saint-Louis-du-Louvre fut affecté au Consistoire, et ceux de Pentemont et Sainte-Marie-Saint-Antoine, aux deux églises de secours. — Plus tard, en 1811, les travaux de déblaiement de la place du Carrousel ayant nécessité la démolition de l’église Saint-Louis, une décision impériale du 3 février de la même année a désigné l’église de l’Oratoire, pour recevoir le consistoire protestant, mais provisoirement seulement, en attendant qu’il ait été pris un parti sur le temple qui leur sera accordé. — Les bâtiments du couvent ont été successivement occupés par la conservation générale des hypothèques, le conseil impérial des prises maritimes, et par plusieurs sociétés littéraires. On y a établi depuis les bureaux de la caisse d’amortissement et de la caisse des dépôts et consignations.

Oratoire des Champs-Élysées (rue de l’).

Commence à l’avenue des Champs-Élysées, nos 110 et 112 ; finit à la rue du Faubourg-du-Roule, nos 45 et 47. Le dernier impair est 67 ; le dernier pair, 68. Sa longueur est de 425 m. — 1er arrondissement, quartier des Champs-Élysées.

Elle a été tracée vers 1787. On ne commença à élever des constructions dans cette voie publique, que vers 1812. Cette rue bordant un terrain qui appartenait aux pères de l’Oratoire, fut d’abord nommée rue Neuve-de-l’Oratoire. Depuis 1806, on l’appelle simplement rue de l’Oratoire. — Une décision ministérielle du 6 nivôse an XII, signée Chaptal, a fixé sa largeur à 10 m. 55 c. Les constructions riveraines ne sont pas soumises à retranchement. — Conduite d’eau depuis l’avenue jusqu’à la borne-fontaine.

Oratoire-du-Louvre (rue de l’).

Commence à la place de l’Oratoire, no 2 ; finit à la rue Saint-Honoré, nos 155 et 157. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 90 m. — 4e arrondissement, quartier Saint-Honoré.

Au XIIIe siècle, c’était la rue d’Osteriche. Le poète Guillot en parle ainsi :

« Droitement parmi Osteriche,
» Ving en la rue Saint-Honouré.

Cette rue se prolongeait alors jusqu’à la rivière. En 1630, elle est indiquée sous le nom de rue du Louvre. Peu de temps après elle fut appelée cul-de-sac de l’Oratoire. Elle devait cette dénomination aux prêtres de l’Oratoire, qui y avaient établi leur couvent. Lors de la formation de la place de l’Oratoire, elle fut convertie en rue. Une ordonnance royale, en date du 23 juillet 1828, a fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. 20 c. Les constructions du côté des numéros impairs ne sont assujetties qu’à un faible redressement ; celles du côté opposé devront reculer de 3 m. 20 c. à 6 m. — Égout. — Conduite d’eau depuis la place jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Orfèvres (quai des).

Commence au pont Saint-Michel et à la rue de la Barillerie, no 32 ; finit au Pont-Neuf, et à la place du Pont-Neuf, no 15. Le dernier numéro est 76. Sa longueur est de 366 m. — 11e arrondissement, quartier du Palais-de-Justice.

C’était encore au milieu du XVIe siècle un terrain en pente qui régnait le long de la rivière. Il aboutissait aux murs qui entouraient le Palais-de-Justice et son jardin. Le quai ne fut commencé qu’en 1580. Sauval nous apprend qu’en 1603 deux maçons entreprirent les travaux de ce quai pour 54 livres la toise. Il fut achevé en 1643. Son nom lui vient de la grande quantité d’orfèvres qui y construisirent des boutiques. — De la rue de la Barillerie à celle de Jérusalem, on voyait encore à la fin du XVIIIe siècle une rue qui, construite en 1623, prit d’abord le nom de rue Neuve, puis celui de Saint-Louis, enfin en 1793, le nom de rue Révolutionnaire. Des lettres-patentes à la date du 22 avril 1769 avaient ordonné ce qui suit : « Art. 21e. Les maisons qui sont rue Saint-Louis, du côté de la rivière jusqu’au quai des Orfèvres, seront démolies et supprimées, et lors de cette suppression, le quai des Orfèvres sera prolongé jusqu’au pont Saint-Michel, et garni de parapets et trottoirs. » — Ces dispositions ne furent point alors exécutées. — « Au camp de Tilsit, le 7 juillet 1807. — Napoléon, etc… Nous avons décrété et décrétons : Article 1er. Les maisons domaniales et autres qui couvrent le pont Saint-Michel, celles qui obstruent les abords du petit cours de la Seine, sur les rues Saint-Louis, du Hurepoix et de la Huchette, ainsi qu’en retour sur le Marché-Neuf, seront démolies. Art. 2e. Les démolitions commenceront par les maisons qui couvrent le pont Saint-Michel, le 1er septembre prochain, et pour les autres maisons désignées dans l’article ci-dessus, le 1er janvier 1808. Signé Napoléon.» — Une décision ministérielle du 31 août 1819, a fixé la moindre largeur du quai des Orfèvres à 13 m. 50 c. Les maisons nos 2, de 6 à 24, et de 30 à la fin, sont alignées. — Égout entre les rues de Jérusalem et Harlay. — Conduite d’eau depuis le Pont-Neuf jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Française).

Les propriétés de 20 à 30, et une partie de celle no 32, devront être démolies pour faciliter l’agrandissement du Palais-de-Justice.

Orfèvres (rue des).

Commence à la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, nos 42 et 44 ; finit à la rue Jean-Lantier, nos 1 et 3. Le dernier impair est 15 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 60 m. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

Au XIIe siècle, elle se nommait rue aux Moines de Joienval, dont on fit par corruption Jenvau. L’hôtel et l’abbaye de ces religieux étaient alors situés dans cette rue. Guillot l’appelle rue à Moignes de Jenvau. Peu de temps après, et jusqu’au XVe siècle, on la désigna sous le nom de rue des Deux-Portes, parce qu’elle était fermée par une porte à chaque extrémité. Un procès-verbal de 1636 la nomme rue de la Chapelle-aux-Orfèvres, en raison de la chapelle Saint-Éloi ou des Orfèvres que ces marchands y avaient fait bâtir. — Une décision ministérielle à la date du 12 fructidor an V, signée François de Neufchâteau, avait fixé la largeur de cette voie publique à 6 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 29 avril 1839. Constructions du côté des numéros impairs, retranch. 2 m. 40 c. à 3 m. 30 c. ; maisons du côté opposé, ret. 2 m. 90 c. à 3 m. 60 c. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Les Orfèvres formaient un des six premiers corps des marchands de Paris. Leur communauté date de 1330, sous Philippe-de-Valois. Leurs statuts sont de 1343. Les orfèvres achetèrent, en 1399, de Roger de la Poterne, un de leurs confrères, et de Jeanne sa femme, une maison située dans la rue des Deux-Portes (aujourd’hui des Orfèvres). Cette propriété, connue sous le nom d’hôtel des Trois-Degrés, fut considérablement agrandie. Ils firent construire une vaste salle dans laquelle ils disposèrent un assez grand nombre de lits. Une petite chapelle fut également bâtie dans le fond. Cet hôpital était destiné à recevoir les pauvres orfèvres âgés ou infirmes ; leurs veuves pouvaient même y être admises. Le 12 novembre 1403, Pierre d’Orgemont, évêque de Paris, permit d’y faire célébrer l’office divin. Sous le règne de Henri II, les bâtiments de cet hôpital menaçant ruine, on prit la résolution de les reconstruire, ainsi que la chapelle. La communauté se trouvait alors propriétaire de huit maisons dans cette rue ou dans ses environs et ses revenus étaient considérables ; un hôpital plus vaste, une chapelle plus commode, prirent la place des vieilles masures. En 1566, les nouvelles constructions furent achevées, La chapelle fut bâtie sur les dessins de Philibert de Lorme. On y voyait aussi quelques figures très estimées dues au ciseau de Germain Pilon. Cet hôpital fut supprimé en 1790, et devint propriété nationale. Une partie de ses bâtiments et la chapelle furent vendues le 11 brumaire an VI.

La chapelle est représentée aujourd’hui par la maison portant, sur la rue des Orfèvres, les nos 4 et 6. Ce qui restait de l’ancien hôpital servit quelque temps de Grenier à sel, puis fut vendu comme propriété de l’État, le 6 janvier 1818.

Orillon (rue de l’).

Commence à la rue Saint-Maur-Popincourt, nos 98 et 200 ; finit aux chemins de ronde des barrières Ramponeau et des Trois-Couronnes. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 20. Sa longueur est de 328 m. — 6e arrondissement, quartier du Temple.

Ce n’était anciennement qu’un chemin qui fut tracé à la fin du XVIIe siècle. Cette rue doit son nom à une propriété appelée l’Orillon, que l’on voit tracée sur le plan de Roussel, gravé en 1730. Verniquet la nomme rue de Riom, parce qu’elle conduisait à la barrière de Riom, aujourd’hui Ramponeau. Sa première dénomination a prévalu. — Une décision ministérielle du 28 vendémiaire an XI, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 16 août 1836, ont fixé la largeur de cette voie publique à 9 m. 74 c. Les propriétés ci-après ne sont pas soumises à retranchement : de 9 à la fin ; maison à l’encoignure de la rue Saint-Maur ; 4, 4 bis, 6, 6 bis et de 8 bis à 18 inclusivement. — Conduite d’eau depuis la rue Saint-Maur jusqu’à la borne-fontaine.

Orléans (cité d’).

Située sur le boulevart Saint-Denis, no 18. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 8. — 5e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Denis.

Elle a été bâtie, en 1827, par M. Marais.

Orléans (quai d’).

Commence au pont de la Tournelle et à la rue des Deux-Ponts, no 1 ; finit au pont de la Cité et à la rue Saint-Louis, no 76. Le dernier numéro est 32. Sa longueur est de 295 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Île-Saint-Louis.

Construit de 1614 à 1646, il porta jusqu’en 1792 le nom d’Orléans ; à cette époque on lui donna celui d’Égalité. — Une décision ministérielle à la date du 24 frimaire an XIII, signée Champagny, fixa la moindre largeur de ce quai à 12 m. En 1806, il reprit sa première dénomination. — Une décision ministérielle du 9 mai 1818, et une ordonnance royale du 9 décembre 1838, ont réduit la moindre largeur de ce quai à 7 m. 60 c. Les maisons nos 6, 8, 10, 12, 14, 16 bis et 18, sont soumises à un faible retranchement. Les autres propriétés sont alignées. — Conduite d’eau entre les rues Guillaume et des Deux-Ponts.

Orléans-au-Marais (rue d’).

Commence à la rue des Quatre-Fils, nos 12 et 14 ; finit aux rues d’Anjou, no 1, et de Poitou, no 33. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 177 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

Cette rue, qui porte le nom d’une de nos anciennes provinces de France, a été bâtie en 1626 sur la culture du Temple. — Une décision ministérielle du 14 thermidor an VIII, signée L. Bonaparte, fixa la largeur de cette voie publique à 8 m. Cette largeur a été portée à 10 m. en vertu d’une ordonnance royale du 6 février 1828. La maison no 1 est alignée. Les autres propriétés de ce côté devront reculer de 1 m. 15 c. à 1 m. 50 c. Le mur de clôture de l’église Saint-François-d’Assise est aligné. Les autres constructions de ce côté sont soumises à un retranchement de 1 m. à 1 m. 20 c. — Conduite d’eau depuis la rue d’Anjou jusqu’à la borne-fontaine. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Orléans-Saint-Honoré (rue d’).

Commence à la rue Saint-Honoré, nos 116 et 118 ; finit à la rue des Deux-Écus, nos 23 et 25. Le dernier impair est 21 ; le dernier pair, 16. Sa longueur est de 79 m. — 4e arrondissement, quartier de la Banque.

Cette voie publique, construite en partie à la fin du XIIIe siècle, portait le nom de rue de Nesle, parce qu’elle longeait l’hôtel que Jean II, seigneur de Nesle, avait fait bâtir près de Saint-Eustache. En 1328, cette voie publique se nommait rue de Bohème ; l’hôtel de Nesle appartenait alors à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, qui resta fidèle à la France, et mourut pour elle à la bataille de Crécy. Le trépas glorieux de ce héros est si noblement raconté par M. de Chateaubriand, que nous croyons devoir reproduire ici la magnifique page qu’il a consacrée à la louange de l’intrépide vieillard.

« Le roi de Bohème étoit à l’arrière-garde avec le duc de Savoie. On lui rendit compte des événements (l’avant-garde et le corps de bataille venoient d’être presque entièrement détruits). Et où est monseigneur Charles, mon fils ? dit-il. On lui répondit qu’il combattoit vaillamment, en criant : Je suis le roi de Bohême ! qu’il avoit déjà reçu trois blessures.

» Le vieux roi, transporté de paternité et de courage, presse le duc de Savoie de marcher au secours de leurs amis ; le duc part avec l’arrière-garde. On n’alloit pas assez vite au gré du monarque aveugle, qui disoit à ses chevaliers : « Compagnons, nous sommes nés en une même terre, sous un même soleil, élevés et nourris à même destinée, aussi vous proteste de ne vous laisser aujourd’hui tant que la vie me durera. » Quand on fut prêt à joindre l’ennemi, il dit à sa suite : « Seigneurs, vous êtes mes amis, je vous requiers que vous me meniez si avant que je puisse férir un coup d’épée. » Les chevaliers répondirent que volontiers ils le feroient. Et adonc, afin qu’ils ne le perdissent dans la presse, ils lièrent son cheval aux freins de leurs chevaux, et mirent le roi tout devant pour mieux accomplir son désir, et ainsi s’en allèrent ensemble sur leurs ennemis.

» Le roi de Bohème, conduit par ses chevaliers, pénétra jusqu’au prince de Galles. Ces deux héros, dont l’un commençoit et dont l’autre finissoit sa carrière, essayèrent plusieurs passades de lance pour illustrer à jamais leurs premiers et leurs derniers coups. La foule sépara ces deux champions si différents et d’avenir, si ressemblants de noblesse, de générosité, et de vaillance. Le roi de Bohême alla si avant qu’il férit un coup de son épée, voire plus de quatre, et recombattit moult vigoureusement, et aussi firent ceux de sa compagnie, et sy avant s’y boutirent contre les Anglois, que tous y demeurèrent et furent le lendemain trouvés sur la place autour de leur seigneur, et tous leurs chevaux liés ensemble, vrai miracle de fidélité et d’honneur. Les muses qui sortoient alors du long sommeil de la barbarie, s’empressèrent à leur réveil d’immortaliser le vieux roi aveugle. Pétrarque le chanta, et le jeune Édouard prit sa devise qui devint celle des princes de Galles ; c’étoit trois plumes d’autruche avec ces mots tudesques écrits à l’entour : in riech, je sers. Il n’appartenoit qu’à la France d’avoir de pareils serviteurs. »

À la mort du roi de Bohême et de son fils Charles, la propriété de l’hôtel de Bohème revint à la couronne et fut donnée plus tard par Charles VI à Louis de France, duc d’Orléans ; alors la voie publique dont nous rappelons l’origine prit le nom de rue d’Orléans. Dans plusieurs titres du XVIe siècle, on la trouve quelquefois indiquée sous la dénomination de rue des Filles-Pénitentes, parce que ces religieuses occupaient en 1499 l’hôtel d’Orléans. Jusqu’en 1572, la rue d’Orléans commençait à la rue Saint-Honoré et se terminait à la rue Coquillière, en face de l’église Saint-Eustache. À cette époque, Catherine de Médicis s’étant rendue propriétaire du couvent des Filles-Pénitentes, fit de nombreuses acquisitions pour agrandir cet emplacement sur lequel elle voulait bâtir un palais. En 1577, elle supprima presqu’en entier la partie de la rue d’Orléans comprise entre celles des Deux-Écus et Coquillière, et ne laissa subsister du côté de cette dernière qu’une impasse qui, en 1763, est devenue la rue Oblin (voir cet article). — Une décision ministérielle du 17 frimaire an XI, signée Chaptal, a fixé la largeur de la rue d’Orléans à 8 m. Les maisons de 3 à 17 inclus sont alignées. Les autres constructions ne devront subir qu’un faible retranchement. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Orléans-Saint-Marcel (rue d’).

Commence à la rue du Jardin-du-Roi, no 27 ; finit à la rue Mouffetard, nos 127 et 129. Le dernier impair est 45 ; le dernier pair, 44. Sa longueur est de 477 m. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

Cette rue, percée au commencement du XIIIe siècle, reçut d’abord les noms de rue des Bouliers, aux Bouliers, puis de Richebourg. Cette dernière dénomination lui venait d’un bourg d’une rare beauté, qu’elle traversait alors. Elle changea ce nom pour celui d’Orléans lorsque Louis de France, duc d’Orléans, fils du roi Charles V, vint prendre possession d’une maison de plaisance qui lui avait été donnée par Isabeau de Bavière, sa belle-sœur, en échange de la propriété dite le Val-de-la-Reine. — Une décision ministérielle à la date du 8 nivôse an IX, signée Chaptal, a fixé la moindre largeur de cette voie publique à 7 m. Les propriétés nos 1, 1 bis, 3, 11, partie du no 27, 29, 31, 33, 35, partie du no 37, 41, 43 ; une partie des dépendances de la Pitié, 18 et 42, ne sont pas soumises à retranchement. — Conduite d’eau dans une grande partie.

La Communauté des Filles-de-la-Croix était située dans cette rue au no 11. Elle fut fondée en 1656 sur une partie du petit séjour d’Orléans. Ces religieuses s’occupaient de l’instruction des jeunes personnes de leur sexe. Supprimée en 1790, cette maison devint propriété nationale, et fut vendue le 28 thermidor an V.

Orme (rue de l’).

Commence à la rue de Sully, no 14 ; finit à la rue Saint-Antoine, nos 232 et 234. Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 14. Sa longueur est de 460 m. — 9e arrondissement, quartier de l’Arsenal.

1re Partie comprise entre la rue de Sully et la cour du Salpêtre. C’était dans le principe une avenue plantée d’ormes, qui servait de communication au petit arsenal : on l’avait nommée chaussée de l’Arsenal. Le côté droit de cette avenue longeait le jardin de l’Arsenal ; celui des Célestins limitait le côté opposé. Jusqu’en 1841, le sol de cette partie de rue appartint au domaine de l’État qui l’a cédé à la ville de Paris. En vertu d’une ordonnance royale du 21 septembre de la même année, cette partie de rue est devenue voie publique, et sa largeur est fixée à 12 m.

2e Partie comprise entre la cour du Salpêtre et la rue Saint-Antoine. — L’emplacement traversé par cette rue était composé d’une cour dite des Ormes, et d’un passage appelé des Fontaines de la Bastille. — Une ordonnance royale du 25 février 1829 porte : « Article 1er. Il sera ouvert sur le terrain appartenant à l’État, cour des Ormes, à l’Arsenal, dans la ville de Paris, une nouvelle rue, conformément au plan ci-annexé, et sous les conditions relatées dans la délibération du conseil municipal du 27 juin 1828, etc… » — La largeur de cette partie de rue est de 12 m. — Un arrêté préfectoral en date du 19 juin 1837, a prescrit la régularisation du numérotage.

Les constructions riveraines de la rue de l’Orme sont alignées, à l’exception des bâtiments situés sur le côté droit et dépendant de l’administration des salpêtres, dont le retranchement sera de 3 m. — Conduite d’eau entre la fontaine-marchande et les deux bornes fontaines.

Ormeaux (avenue des).

Commence à la place du Trône, finit à la rue de Montreuil, nos 88 et 88 bis. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 6 bis. Sa longueur est de 152 m. — 8e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Antoine.

Elle a été formée vers 1780 et doit sa dénomination à la nature des arbres dont elle est bordée. — Une décision ministérielle du 23 ventôse an X, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 37 m. — Les constructions riveraines ne sont pas soumises à retranchement, à l’exception du bâtiment situé sur le côté des numéros pairs, à l’angle de la rue de Montreuil, qui devra reculer de 1 m. à 4 m. 50 c.

Ormeaux (rue des).

Commence à la place du Trône, finit à la rue de Montreuil, nos 78 et 80. Le dernier impair est 5 ; le dernier pair, 4. Sa longueur est de 134 m. — 8e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Antoine.

Elle est indiquée sur le plan de Jaillot, mais sans dénomination. Verniquet la désigne sous le nom de ruelle des Ormeaux (voir l’article précédent). Une décision ministérielle en date du 26 juin 1809, signée Cretet, et une ordonnance royale du 6 mai 1827, ont fixé la largeur de cette rue à 8 m. — Les constructions du côté des numéros impairs, depuis la place du Trône jusque vis-à-vis de la rue du chemin de Lagny, devront reculer de 40 c. environ. Le surplus est soumis à un retranchement qui varie de 2 m. à 2 m. 30 c. ; les constructions du côté opposé devront reculer de 1 m. 20 c. à 2 m.

Ormes (quai des).

Commence au quai Saint-Paul et à la rue de l’Étoile, no 1, finit à la rue Geoffroy-l’Asnier, no 2, et au quai de la Grève. Le dernier numéro est 78. Sa longueur est de 265 m. — 9e arrondissement, de 2 à 21, quartier de l’Arsenal ; le surplus dépend du quartier de l’Hôtel-de-Ville.

Sous le règne du roi Jean, un grand nombre d’habitations avaient été construites près de la Seine, à partir de l’hôtel de Sens (renfermé depuis dans le palais de Charles V) jusqu’à la rue Geoffroy-l’Asnier. Cet emplacement se nommait alors quai ou port des Barrés. Charles V voulant embellir le chemin qui conduisait à son hôtel de Saint-Paul, le fit planter d’arbres. Cet embellissement fit changer la dénomination de ce quai, qu’on nomma, à partir de cette époque, quai des Ormetaux, puis des Ormes. En 1430, la première partie de ce quai avait pris le nom des Célestins ; la seconde, depuis la rue Saint-Paul jusqu’à celle de l’Étoile, fut nommée quai Saint-Paul ; la troisième, dont nous nous occupons ici, conserva sa dénomination primitive jusqu’au XVIe siècle, alors on la désigna sous le nom de Mofils et Monfils, par corruption du nom de la rue de l’Arche-Beaufils, maintenant de l’Étoile. En 1551, dit Sauval, la ville fit refaire le quai de l’Arche-Beaufils jusqu’à la rue Geoffroy-l’Asnier ; le tout revint à plus de 5,525 livres. Les prévôt des marchands et échevins demandèrent, en 1586, que ce quai servit au débâclage des bateaux. La place aux Veaux y fut transférée en 1646 ; elle y resta jusqu’en 1774. La partie du quai des Ormes, comprise entre les rues de l’Étoile et des Nonnains-d’Hyères, a été élargie en vertu des lettres-patentes du 22 avril 1769. — Une décision ministérielle du 5 vendémiaire an IX, signée L. Bonaparte, et une ordonnance royale du 12 juillet 1837, ont fixé la moindre largeur de ce quai à 22 m. — De 1838 à 1842, l’administration a fait exécuter les travaux de raccordement du quai des Ormes avec celui de la Grève. On a établi aussi un nouveau bas-port. Cette opération importante a nécessité une dépense de 423,042 fr.

Les maisons de 2 à 24 inclusivement, de 30 à 44 inclusivement et de 62 à la fin, ne sont pas soumises à retranch. Nos 26, 28, 46, 48, 50, 52, 54, redress. ; de 56 à 60, ret. 30 c. à 40 c. — Portion d’égout du côté de la rue Geoffroy-l’Asnier. — Conduite d’eau du côté du Pont-Marie. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Ormesson (rue d’), voyez Dormesson.

Orphelins (hospice des).

Situé dans la rue du Faubourg-Saint-Antoine, nos 124 et 126. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

C’était autrefois l’hôpital des Enfants-Trouvés (voir cet article). L’édifice fut construit en 1669, et la première pierre de son église posée en 1676. On ne reçoit dans cet établissement que des orphelins de deux à douze ans. En 1835, il est entré dans cet hospice 612 enfants, dont 345 garçons et 267 filles. Ce nombre s’est élevé à 963 en 1842.

Orsay (quai d’).

Commence à la rue du Bac, no 2, et au Pont-Royal ; finit au chemin de ronde de la Barrière de Grenelle. Le dernier numéro est 109. Sa longueur est de 3,423 m. — 10e arrondissement : de 1 à 25, quartier du Faubourg-Saint-Germain ; le surplus dépend du quartier des Invalides.

C’était, au XVIe siècle, le quai de la Grenouillère. Un arrêt du conseil d’état du roi, daté de Fontainebleau, le 18 octobre 1704, porte, entre autres dispositions, ce qui suit : « Et Sa Majesté voulant que le quai de la Grenouillère qui fait un très désagréable objet à l’aspect du Louvre et des Thuilleries, soit continué de ligne droite de 10 toises de largeur en toute son estendue, depuis le Pont-Royal et l’encoignure de la rue du Bacq jusqu’à la rencontre du rempart, qui sera planté d’arbres et revêtu de pierres de taille dans toute cette estendue, avec un trottoir de 9 pieds de largeur, le long du parapet, pour le passage des gens de pied avec des rampes en glacis descendant au bord de la rivière, ce qui sera non seulement un ornement, mais encore sera d’une grande utilité pour les rues de Poitiers et de Belle-Chasse et de celle qui doit estre formée près les Filles-de-Saint-Joseph, pour leurs issues sur le d. quai, et pour les abreuvoirs et l’enlèvement des marchandises déchargées sur le port, de même qu’il a été observé au quay Malaquais, de l’autre costé du Pont-Royal, entre les rues des Saints-Pères et des Petits-Augustins, et Sa Majesté s’estant fait représenter le plan de ce dessein que les prevost des marchands et eschevins en ont fait dresser par le maître des œuvres de la d. ville, et voulant qu’il soit suivy et exécutté, etc… » Les travaux furent commencés immédiatement, mais avec lenteur. — Un autre arrêt du conseil en date du 23 août 1707, contient un dispositif ainsi conçu : « Sa Majesté étant en son conseil a ordonné et ordonne que le nouveau plan fait par ses ordres, des ouvrages à faire pour la perfection du quartier Saint-Germain-des-Prés, attaché à la minute du présent arrêt, sera exécuté ; et en conséquence, que conformément à l’arrêt du 18 octobre 1704, il sera construit un nouveau quai en face de celui des Tuileries, de ligne droite, de 10 toises de largeur, depuis le Pont-Royal, à l’encoignure de la rue du Bacq, en descendant, sur la longueur de 400 toises, ou environ, lequel sera nommé le quai d’Orsay, et sera revêtu, dans toute son étendue, de pierres de taille, avec un trottoir de 8 pieds de largeur le long du parapet pour le passage des gens de pied, et des rampes en glacis descendant au bord de la rivière pour les abreuvoirs et l’enlèvement des marchandises déchargées sur le port, ainsi qu’il a été observé au quai Malaquais, etc… Et à cet effet ordonne Sa Majesté, que les maisons qui sont actuellement sur le dit quai et se trouveront anticiper sur les 10 toises de largeur qu’il doit avoir, seront retranchées jusqu’à la distance de ces 10 toises, et que les maisons qui seront ci-après construites sur le dit quai seront bâties suivant les alignements qui seront donnés par le maître-général des bâtiments de la ville, etc. » La première pierre fut posée le 6 juin 1705. La dénomination affectée à ce quai avait pour but d’honorer Charles Boucher, seigneur d’Orsay, conseiller au parlement, alors prévôt des marchands. Nommé à cette importante fonction le 16 août 1700, Boucher d’Orsay la remplit jusqu’au 16 août 1708. — Les travaux de construction s’effectuèrent bien lentement, car nous lisons dans les lettres-patentes du 22 avril 1769 : — Article 24e. Le quai d’Orsay qui a été ordonné dès l’année 1704 et qui est commencé à la descente du Pont-Royal, sera continué sous la même dénomination jusqu’à la rue de Bourgogne, et celui qui sera prolongé jusqu’à la barrière des Invalides, sera appelé le quai de Condé, et il y sera construit des murs ou établi des ports, suivant que le besoin du commerce et la commodité des citoyens pourront l’exiger. » Ces lettres-patentes n’eurent pas beaucoup plus d’effet que les deux arrêts précités.

« Actes du gouvernement. — Arrêté du 13 messidor an X. Les Consuls de la république arrêtent : — Article 1er. Le quai d’Orsay, situé à Paris, sur la rive gauche de la Seine, entre le pont National et celui de la Révolution, sera incessamment construit. — Art. 2e. Le ministre de l’intérieur posera la première pierre de ce quai le 24 de ce mois (13 juillet, vieux style), etc. Le premier consul, signé : Bonaparte. »

« Cologne, le 29 fructidor an XII. — Napoléon, empereur des Français, etc. Sur le rapport du ministre de l’intérieur, nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 1er. L’alignement des maisons qui bordent le quai Bonaparte, situé à Paris, entre le pont des Tuileries et le pont de la Concorde, est fixé sur une ligne droite parallèle au mur du quai, actuellement en construction. — Art. 2e. La largeur du quai entre les maisons et le parapet, sera uniformément de 20 m. 13 c. Signé Napoléon. » — Cette largeur a été maintenue par une décision ministérielle du 19 février 1820.

« Au palais des Tuileries, le 11 mars 1808, Napoléon, etc…, nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 1er. Il sera construit un quai depuis le pont de la Concorde jusqu’à celui de l’École-Militaire. Les travaux commenceront cette campagne et seront dirigés de manière à ce que ce quai soit achevé en six ans. Signé Napoléon » (Extrait).

« Au palais des Tuileries, le 10 février 1812, Napoléon, etc., nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 1er. Il sera établi le long du nouveau quai entre les ponts de la Concorde et d’Iéna, du côté des Invalides, un cours planté d’arbres. — Art. 2. La largeur de ce cours, y compris celle du quai, sera de 55 mètres, mesurés entre le parement intérieur du parapet et la face des maisons à construire, conformément au plan général annexé au présent décret. Signé Napoléon, etc. » (Extrait). — Cette seconde partie reçut alors le nom de quai des Invalides. Peu de temps après, elle prit ainsi que la partie qui se termine à la barrière, le nom de quai d’Orsay.

Les constructions ci-après ne sont pas soumises à retranchement : la caserne, le Palais du Conseil-d’État, la Chambre des Députés, nos 41, 43, 55, celles qui s’étendent de la rue de la Boucherie à celle de la Vierge, mur de clôture du dépôt des marbres, no 109, et mur de clôture entre la rue Kléber et le chemin de ronde. Les propriétés de 45 à 53 inclus devront avancer sur leurs vestiges actuels. — Portions d’égout et de conduite d’eau. — Éclairage au gaz depuis la rue du Bac jusqu’à celle d’Iéna (compe Française).

On voyait autrefois en face de l’École-Militaire une île de 2,700 m. de superficie qui s’appelait, en 1494, l’Île Maquerelle. Le massacre de la Saint-Barthélemy lui donna une triste célébrité. Nous lisons dans un compte de l’Hôtel-de-Ville : « Des charrettes chargées de corps morts, de damoisels, femmes, filles, hommes et enfants, furent menées et déchargées à la rivière. Ces cadavres s’arrêtèrent, partie à la petite île du Louvre, partie à celle Maquerelle, ce qui mit dans la nécessité de les tirer de l’eau et de les enterrer, pour éviter l’infection.» — Extrait du même compte : « Aux fossoyeurs des Saints-Innocents, 20 livres à eux ordonnées par les prévôt des marchands et échevins, par leur mandement du 13 septembre 1572, pour avoir enterré depuis huit jours onze cents corps morts, èz-environs de Saint-Cloud, Auteuil et Chailliau (Chaillot). — Nota. Il y a un pareil mandement du 9 septembre, pour 15 livres, données à compte aux mêmes fossoyeurs.» — En 1780, cette île, connue alors sous le nom d’île des Cygnes, fut réunie à remplacement sur lequel fut bâtie la seconde partie du quai d’Orsay.

Sur ce quai, près de la rivière, fut guillotiné le vertueux Bailly. La proclamation de la loi martiale et la fusillade qui en fut la suite, servirent de thème à l’accusation. Il fut condamné à être exécuté au Champ-de-Mars, pour purifier par son sang la place où son prétendu crime avait été commis. Le 11 novembre 1793, le temps était froid et pluvieux ; Bailly est conduit à pied, escorté par une populace assez lâche pour insulter un vieillard qui l’avait nourrie !… Pendant le long trajet de la Conciergerie au Champ-de-Mars, on lui agite sous le visage un drapeau rouge. Arrivé au pied de l’échafaud, il croit enfin toucher au terme de ses souffrances ; mais un de ces forcenés, irrité de son sang-froid, s’écrie : « Le Champ de la Fédération ne doit pas être souillé d’un sang aussi impur. » Soudain la guillotine est démontée, on court l’élever sur le bord de la rivière, sur un tas d’ordures, et vis-à-vis du quartier de Chaillot, où Bailly avait passé la partie la plus heureuse de sa vie, à composer ses ouvrages. Cette opération devait durer quelques heures. Pour utiliser le temps à leur manière, ces brigands lui font parcourir plusieurs fois le Champ-de-Mars. On lui ôte son chapeau, on lui attache les mains derrière le dos ; les uns lui jettent des ordures, lui crachent au nez, les autres lui donnent des coups de bâton, lorsque la lassitude le force à se reposer un instant. Accablé ainsi torturé, il tombe ! On le relève. La pluie, le froid, la vieillesse lui causent un tremblement involontaire. — « Tu trembles, lui dit un soldat, en riant. — Mon ami, je tremble de froid, répond l’auguste vieillard. » On lui brûle alors le drapeau rouge sous le nez, et le bourreau, le seul homme parmi ces tigres, se hâte de mettre fin à ses souffrances.

Orties (rue des).

Commence à la rue d’Argenteuil, nos 28 et 30 ; finit à la rue Sainte-Anne, nos 19 et 21. Le dernier impair est 13 ; le denier pair, 10. Sa longueur est de 28 m. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Le censier de l’archevêché de 1623 nous fait voir que cette rue était presqu’entièrement construite à cette époque. Des orties qui croissaient dans cette voie publique, avant qu’elle ne fût pavée, lui ont sans doute fait donner leur nom. — Une décision ministérielle du 18 fructidor an IX, signée Chaptal, fixa la largeur de cette rue à 8 m. Cette dimension est portée à 9 m., en vertu d’une ordonnance royale du 4 octobre 1826. Propriété no 1, alignée ; 3, retranchement réduit, 1 m. 10 c. ; de 5 à la fin, ret. 70 à 80 c. ; 2, ret. réduit 1 m. 30 c. ; 4, ret. réduit 1 m. 80 c. ; de 6 à la fin, ret. 60 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Oseille (rue de l’).

Commence à la rue Saint-Louis, nos 81 et 83 ; finit à la rue Vieille-du-Temple, nos 136 et 138. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 58 m. — 8e arrondissement, quartier du Marais.


Ouverte en 1626, cette rue doit son nom aux jardins potagers sur lesquels elle a été bâtie. — Une décision ministérielle du 19 germinal an VIII, signée L. Bonaparte, avait fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Cette largeur a été portée à 12 m. en vertu d’une ordonnance royale du 31 mars 1835. Les maisons nos 1, 3, 5, 7 et 9 sont alignées ; celle no 11 devra reculer de 30 c. seulement. Les constructions du côté opposé sont soumises à un retranchement qui varie de 2 m. 20 c. à 2 m. 50 c. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Ouest (rue de l’).

Commence à la rue de Vaugirard, no 45 et 47 ; finit au carrefour de l’Observatoire. Le dernier impair est 13 ; ce côté est, en grande partie, bordé par le jardin du Luxembourg ; le dernier pair est 62. Sa longueur est de 894 m. — 11e arrondissement, quartier du Luxembourg.

Une loi du 27 germinal an VI, relative à l’emploi des terrains de l’enclos des ci-devant chartreux, prescrivit l’ouverture de cette rue (voyez l’article de la rue de l’Est). En 1803, elle n’aboutissait point encore à la rue de Vaugirard et s’arrêtait à la rue Madame. Peu de temps après, ce débouché fut effectué au moyen de l’acquisition de plusieurs propriétés particulières. La dénomination de rue de l’Ouest lui fut donnée en raison de sa situation par rapport au jardin du Luxembourg. Cette voie publique a été exécutée sur une largeur de 14 m. — Une décision ministérielle du 3 décembre 1817 a maintenu cette dimension. Les propriétés riveraines sont alignées. — Bassin d’égout entre les rues de Vaugirard et Madame. — Conduite d’eau depuis la rue Madame jusqu’à la rue Vavin. — Éclairage au gaz (compe Française).

Ours (rue aux).

Commence à la rue Saint-Martin, no 135 et 137 ; finit à la rue Saint-Denis, nos 202 et 204. Le dernier impair est 55 ; le dernier pair, 60. Sa longueur est de 177 m. — 6e arrondissement : les numéros impairs sont du quartier des Lombards ; et les numéros pairs du quartier de la Porte-Saint-Denis.

Cette rue, construite au XIIIe siècle, portait le nom de rue aux Oues. Les rôtisseurs qui l’habitaient étaient connus dans tout Paris par l’excellence de leurs oues (oies). Sauval, au milieu de ses savantes discussions historiques, nous rapporte complaisamment un ancien proverbe qu’on répétait lorsqu’il s’agissait de railler un gourmand : « Vous avez le nez tourné à la friandise, comme Saint-Jacques-l’Hôpital. » Effectivement, le portail de cette église était en face de la rue aux Oues, qu’on a nommée, par corruption, rue aux Ours. — Une décision ministérielle du 28 brumaire an VI, signée Letourneux, avait fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Cette largeur a été portée à 11 m. en vertu d’une ordonnance royale du 21 juin 1826. Propriété no 1, retranch. 20 c. ; 3, ret. 40 c. ; 5, ret. 50 c. à 60 c. ; 7, alignée ; 9 et 11, ret. 72 c. à 1 m. ; de 13 à 17, ret. 1 m. à 1 m. 50 c. ; de 19 à 37, ret. 2 m. à 3 m. ; de 39 à 43, ret. 1 m. 30 à 2 m. ; 45, ret. 1 m. 30 c. ; 47, ret. 1 m. ; 49, ret. 80 c. ; de 51 à 55, ret. 50 c. au plus. De 2 à 8, ret. 3 m. 30 c. à 3 m. 90 c. ; de 10 à 18, ret. 2 m. 50 c. à 3 m. 30 c. ; de 20 à 24, ret. 1 m. 90 c. à 2 m. 50 c. ; de 26 à 34, ret. 1 m. 40 c. à 1 m. 90 c. ; 36, 38, ret. 1 m. 50 c. ; 40, 42, ret. 1 m. 70 c. à 2 m. 10 c. ; de 44 à 48, ret. 2 m. 10 c. à 2 m. 70 c. ; de 50 à 54, ret. 2 m. 70 c. à 3 m. 40 c. ; de 56 à la fin, ret. 3 m. 40 c. à 4 m. 20 c. — Portion d’égout du côté de la rue Saint-Denis. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Française).

Au milieu de cette voie publique, à l’angle de la rue Salle-au-Comte, on voyait autrefois une statue de la Vierge, enfermée dans une grille de fer, et connue vulgairement sous le nom de Notre-Dame de la Carole. Quelques historiens ont rappelé le sacrilège commis sur cette figure, par un soldat suisse, le 3 juillet 1418. Ce malheureux sortant d’un cabaret où il avait laissé son argent et sa raison, frappa cette figure de plusieurs coups de sabre ; le sang jaillit aussitôt de la statue ! Ce soldat fut arrêté, puis conduit devant le chancelier de Marle. On lui fit son procès, il fut condamné au dernier supplice. Toutes ces circonstances étaient représentées dans un tableau qu’on voyait à Saint-Martin-des-Champs dans la chapelle de la Vierge, derrière le chœur.

L’histoire a fait justice de ce prétendu sacrilège : 1o le journal de Charles VI, la vie de ce prince, par Jean Juvénal des Ursins, la continuation de celle de Le Laboureur, par Jean Lefèvre, ne parlent point de ce fait ; 2o le coupable n’a pu être traduit devant le chancelier de Marle, attendu que ce magistrat, victime de la faction de Bourgogne, avait été massacré le 12 juin précédent. Néanmoins, le 3 juillet de chaque année, on voyait un grand concours de peuple dans cette rue ; le soir on y allumait un grand feu d’artifice et l’on brûlait ensuite une figure d’osier revêtue de l’habit du soldat suisse. Cette nation réclama contre un usage injurieux pour elle ; sa réclamation était d’autant plus juste, qu’à l’époque du prétendu sacrilège les soldats suisses ne faisaient point encore partie de l’armée Française. Louis XV fit cesser ces justes plaintes. « On ôta, dit Mercier, l’habit suisse qu’on remplaça par une mauvaise souquenille. Ne dirait-on pas qu’on ajoute foi à ce miracle, d’après ce bûcher qui se renouvelle chaque année ? Tout le monde rit en voyant passer ce colosse d’osier qu’un homme porte sur ses épaules, et auquel il fait faire des révérences et des courbettes devant toutes les vierges de plâtre qu’il rencontre. Le tambour l’annonce ; et dès qu’on met le nez à la fenêtre, ce colosse se trouve de niveau à l’œil des curieux. Il a de grandes manchettes, une longue perruque à bourse, un poignard de bois teint en rouge dans sa dextre, et les soubresauts qu’on imprime au mannequin, sont tout-à-fait plaisants si l’on considère que c’est un sacrilège qu’on fait danser ainsi. » La révolution supprima cette cérémonie burlesque.

Juin 1844.


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P.


Pagevin (rue).

Commence aux rues Coq-Héron, no 11, et de la Jussienne, no 1 ; finit à la rue des Vieux-Augustins, nos 26 et 28. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 24. Sa longueur est de 77 m. — 3e arrondissement, quartier du Mail.

Cette rue existait dès 1293 : on ne la connaissait alors que sous la dénomination de ruelle. Plus tard on la nomma rue Breneuse, vieux mot qui désignait une ruelle étroite et malpropre. Elle doit son nom actuel à Jean Pagevin, huissier du parlement. — Une décision ministérielle du 20 fructidor an XI, signée Chaptal, a fixé la largeur de cette voie publique à 9 m. Les constructions du côté des numéros impairs sont soumises à un retranchement qui n’excède pas 80 c. ; celles du côté opposé devront reculer de 2 m. à 3 m. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Française).

Paillassons (barrière des).

Située à l’extrémité de l’avenue de Ségur.

Cette barrière, qui tire sa dénomination de son ancien voisinage d’une fabrique de paillassons, consiste en un bâtiment à deux façades, à deux arcades et colonnes. Cette barrière est aujourd’hui fermée. (Voyez l’article Barrières).

Paillassons (chemin de ronde de la barrière des).

Commence à la barrière des Paillassons ; finit à la barrière de l’École-Militaire et à l’avenue de Lowendal. Pas de numéro. Sa longueur est de 337 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

(Voir l’article Chemins de ronde).

Paillassons (rue des).

Commence à la rue Bellart ; finit au chemin de ronde de la barrière de Sèvres. Le dernier impair est 11 ; le dernier pair, 10. Sa longueur est de 165 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides.

Elle est indiquée sur le plan de Verniquet, mais sans dénomination. Le nom qu’elle porte aujourd’hui lui vient de sa proximité de la barrière des Paillassons. Il n’existe pas d’alignement arrêté pour cette voie publique, dont la largeur actuelle varie de 4 à 6 m.

Pain-Mollet (rue Jean).

Commence aux rues de la Tixéranderie, no 1, et de la Coutellerie, no 2 ; finit à la rue des Arcis, nos 28 et 30. Le dernier impair est 33 ; le dernier pair, 26. Sa longueur est de 122 m. — 7e arrondissement, quartier des Arcis.

Sauval prétend qu’elle s’est nommée rue du Croc. Elle était connue des 1261, sous la dénomination de Jean-Pain-Mollet, qu’elle devait à un bourgeois de Paris, qui y demeurait alors. — Une décision ministérielle à la date du 15 floréal an V, signée Benezech, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 6 m. Cette moindre largeur a été portée à 10 m., en vertu d’une ordonnance royale du 21 mars 1832. Encoignure de la rue de la Coutellerie, alignée ; 5, retranch. 2 m. 35 c. à 2 m. 95 c. ; 7, alignée ; de 9 à 13, ret. 2 m. 30 c. à 2 m. 74 c. ; de 15 à 19, ret. 1 m. 70 c. à 2 m. 30 c. ; 21, ret. 1 m. 30 c. ; encoignure droite de la rue de la Tacherie, ret. 90 c. ; de 27 à la fin, ret. 2 m. 30 c. à 3 m. 80 c. ; de 2 à 6, ret. 2 m. 80 c. à 3 m. 20 c. ; 8 et 10, ret. 2 m. à 2 m. 90 c. ; de 12 à 18, ret. 2 m. 30 c. à 2 m. 60 c. ; 20, ret. réduit 1 m. 70 c. ; de 22 à la fin, ret. 2 m. 30 c. à 2 m. 70 c. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).

Pairs (palais des), voyez Luxembourg.

Paix (rue de la).

Commence à la rue Neuve-des-Capucines, no 2, et à la rue Neuve-des-Petits-Champs, no 84 ; finit au boulevart des Capucines, nos 13 et 15. Le dernier impair est 21 ; le dernier pair, 30. Sa longueur est de 280 m. — 1er arrondissement, quartier de la place Vendôme.

Cette rue ayant été ouverte sur l’emplacement du couvent des Capucines, nous nous occuperons d’abord de cette communauté religieuse. Louise de Lorraine, veuve de Henri III, légua par son testament du 28 janvier 1601, une somme de 60,000 livres pour la fondation d’un couvent de religieuses Capucines. Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur, fut chargée d’accomplir ce pieux dessein. À cet effet, elle acheta dans la rue Saint-Honoré l’hôtel du Perron qu’elle fit démolir. Sur cet emplacement, la première pierre du couvent fut posée le 29 juin 1604, au nom de madame Élisabeth, fille aînée du roi. Pendant les travaux de construction, la duchesse de Mercœur fut obligée de se retirer à l’endroit dit la Roquette, avec douze religieuses qui embrassèrent la règle des Capucines. Le 9 août 1606, elles prirent possession de leur couvent de la rue Saint-Honoré. La règle de cette communauté était d’une rigueur excessive : les religieuses marchaient toujours nu-pieds, ne mangeaient jamais de viande, etc. ; aux processions publiques elles portaient une couronne d’épines sur la tête. — Cependant, Louis XIV avait conçu le projet de former une place sur les terrains de l’hôtel de Vendôme. Pour donner à cette voie publique un débouché dans la rue Saint-Honoré, il fallait démolir le couvent des Capucines. Louis XIV résolut de dédommager amplement ces religieuses en leur faisant construire un nouveau monastère, en point de vue et dans l’axe de la place. Les bâtiments, élevés sur les dessins de François d’Orbay, architecte, furent terminés en 1688, et les religieuses s’y installèrent le 26 juillet de la même année. Le 27 août 1689, leur église fut dédiée sous le titre de Saint-Louis. La suppression de cette communauté eut lieu en 1790. Les bâtiments, devenus propriétés nationales, furent affectés à la fabrication des assignats. Les jardins, qui étaient d’une grande étendue, servirent de promenade publique, et l’on y établit successivement un théâtre, un cirque et un panorama. — Un décret rendu au palais des Tuileries le 19 février 1806, porte ce qui suit : « § 4. L’ancien terrain des Capucines et ses bâtiments seront divisés en 32 lots, conformément au plan général no 1, et il sera procédé, le plus tôt possible, à l’adjudication de ces lots, dans la forme usitée pour la vente des biens nationaux, excepté cependant du 8e et de la portion du 9e indiqués au plan particulier no 2, occupés par les bureaux du timbre, lesquels continueront de rester à la disposition de l’administration générale de l’enregistrement et des domaines. En conséquence, l’adjudicataire du 7e lot ne pourra élever aucun bâtiment au-delà de ceux qui sont déjà construits, etc. 6o Les fonds provenant de la vente des terrains et bâtiments des Capucines seront versés, jusqu’à concurrence de 2,000,000, au trésor général de la couronne, en remboursement de ses avances pour le paiement des travaux relatifs à l’achèvement du Louvre, en exécution de notre décret du 11 germinal an XIII. »

Le plan joint au décret indiquait le percement de deux rues, l’une dans l’axe de la place Vendôme, et devant aboutir au boulevart, l’autre en prolongement de la rue Neuve-Saint-Augustin, depuis celle Louis-le-Grand jusqu’au boulevart. — Par une décision ministérielle en date du 30 juin 1806, signée Champagny, la largeur de la première de ces deux nouvelles voies publiques fut fixée à 22 m. 40 c. ; la largeur de la deuxième, à 10 m. (voyez rue Neuve-Saint-Augustin). En transmettant cette décision, le ministre fit observer au préfet que la rue à ouvrir dans l’axe de la place Vendôme devait prendre le nom de rue Napoléon. Les terrains des Capucines furent vendus les 10, 17 mai, 25 octobre 1806 ; 11 avril, 6, 20 juin, 26 septembre 1807 ; 30 janvier, 11 mars, 6 mai, 3 juin, 26 août, 23 septembre, 25 octobre, 2 décembre 1808 ; 14 avril et 14 juillet 1809. Ils contenaient une superficie de 23,849 m. 98 c., non compris les portions nécessaires à la formation des deux rues. Dès 1807, on commença à bâtir dans la rue Napoléon. Cette dénomination lui fut enlevée en 1814 ; alors on lui substitua celle de rue de la Paix. Une ordonnance royale du 4 octobre 1826 a maintenu la largeur fixée par le plan de 1806. Les propriétés riveraines sont alignées. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Palais-Royal (le).

Entrée principale rue Saint-Honoré, no 204. — 2e arrondissement.

Cet édifice, qui compte un peu plus de deux siècles, a vu s’accomplir dans son enceinte des faits nombreux et importants. Là, se sont heurtées toutes les prodigalités et toutes les misères. L’histoire de ce palais, qui tour à tour abrita le génie, la débauche, la piété, le talent, est pleine de contrastes piquants et bizarres.

Sur l’emplacement des hôtels d’Armagnac et de Rambouillet, le cardinal de Richelieu fit bâtir, en 1629, par son architecte Jacques Lemercier, un hôtel qui porta son nom. L’habitation du ministre se trouvait entièrement renfermée dans l’enceinte de Paris, construite sous Charles V ; mais Richelieu, dont la fortune et la puissance s’affermissaient de jour en jour, se sentit bientôt à l’étroit dans cette simple demeure de gentilhomme. Le mur d’enceinte fut abattu, le fossé comblé, et grâce à de nouvelles acquisitions, l’hôtel de Richelieu devint, en 1636, le Palais-Cardinal.

D’après un relevé dressé aux archives du Palais-Royal, les acquisitions faites par Richelieu pour bâtir son palais s’élevèrent à 666,618 livres. Il faut ajouter à cette somme 150,000 liv., prix de l’hôtel de Sillery, dont le cardinal fit également l’acquisition afin d’établir une habitation devant son palais ; cette place ne fut terminée que sous la régence d’Anne d’Autriche.

La principale entrée du Palais-Cardinal était sur la rue Saint-Honoré. Dans l’ailé droite avait été construit un théâtre qui pouvait contenir environ trois mille spectateurs. Indépendamment de cette salle, le cardinal avait fait décorer un salon où l’on jouait les pièces que les comédiens représentaient ordinairement sur le théâtre du Marais-du-Temple. Ce fut dans ce salon, devant un parterre choisi et peuplé de flatteurs, que le ministre, qui ambitionnait toutes les gloires, faisait représenter son Eutrope et sa Mirame.

L’aile gauche du Palais-Cardinal était occupée par une galerie dont la voûte avait été décorée par Philippe de Champagne. Des tableaux, des statues ornaient cette galerie peinte en mosaïque sur un fond d’or, et çà et là étaient dessinées des branches de lauriers et de chêne, qui, enlacées les unes dans les autres, renfermaient les chiffres du cardinal.

Dans l’aile gauche de la seconde cour était la Galerie des Hommes Illustres, que la chambre du ministre séparait de l’autre galerie. Richelieu, en choisissant les personnages qui devaient faire partie de ce musée, n’avait pas dédaigné de conserver une place à sa grande illustration.

Voici les noms des personnages dont les portraits servaient à l’ornement de ce séjour : Suger, abbé de Saint-Denis ; — Simon, comte de Montfort ; — Gaucher de Châtillon ; — Bertrand Du Guesclin ; — Olivier de Clisson ; — Boucicaut ; — Dunois ; — Jeanne-d’Arc ; — Georges d’Amboise ; — Louis de la Trémouille ; — Gaston de Foix ; — Bayard ; — Charles de Cossé, duc de Brissac ; — Anne de Montmorency ; — François de Lorraine, duc de Guise ; — le cardinal Charles de Lorraine ; — Blaise de Montluc ; — Armand de Gontaut-Biron ; — Lesdiguières ; — Henri IV ; — Marie de Médicis ; — Louis XIII ; — Anne d’Autriche ; — Gaston duc d’Orléans ; — le cardinal de Richelieu. — Ces tableaux peints par Champagne, Vouet, Juste d’Egmont et Paerson, étaient séparés par des bustes en marbre. Des distiques latins composés par Bourdon, le Santeuil de l’époque, accompagnaient les devises faites en l’honneur des Hommes Illustres, par Guisse, interprète royal ; en un mot, tout ce que l’opulence et les arts pouvaient alors fournir de ressources, fut prodigué par le cardinal pour la décoration de son Palais, et le public, étonné de tant de magnificence, répétait ces vers du grand Corneille :

« Non, l’univers entier ne peut rien voir d’égal
» Aux superbes dehors du Palais-Cardinal ;
» Toute une ville entière, avec pompe bâtie,
» Semble d’un vieux fossé par miracle sortie,
» Et nous fait présumer, à ses superbes toits,
» Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois. »

Mais les richesses de Richelieu devaient exciter autant d’envieux intéressés à la perte du cardinal, que la haute fonction qu’il remplissait avait fait d’ennemis au premier ministre ; aussi le rusé prélat crut ne pouvoir mieux faire que de céder au roi Louis XIII la propriété de son palais, ainsi que plusieurs meubles et bijoux d’un grand prix. Le 6 juin 1636, il en fit une donation entre-vifs ce monarque, qui expédia à Claude Bouthillier, surintendant des finances, un pouvoir pour accepter ladite donation ; ce pouvoir est conçu en ces termes : « Sa majesté ayant très agréable la très humble supplication qui lui a été faite par M. le cardinal de Richelieu, d’accepter la donation de la propriété de l’hôtel de Richelieu, au profit de sa majesté et de ses successeurs rois de France sans pouvoir être aliéné de la couronne pour quelque cause et occasion que ce soit, ensemble la chapelle de diamants, son grand buffet d’argent ciselé et son grand diamant, à la réserve de l’usufruit de ces choses, la vie durant du sieur cardinal, et à la réserve de la capitainerie et conciergerie du dit hôtel pour ses successeurs ducs de Richelieu, même la propriété des rentes de bail d’héritages constituées sur les places et maisons qui seront construites au-dehors et autour du jardin du dit hôtel. Sa dite majesté a commandé au sieur Bouthillier, conseiller en son conseil d’état et surintendant de ses finances, d’accepter au nom de sa dite majesté, la donation aux dites clauses et conditions ; d’en passer tous les actes nécessaires : même de faire insinuer, si besoin est, la dite donation ; promet sa dite majesté d’avoir pour agréable tout ce que par le dit sieur Bouthillier sera fait en conséquence de la présente instruction. — Fait à Fontainebleau, le 1er jour de juin 1639. Signé Louis ; et plus bas Sublet. »

Le cardinal de Richelieu, après avoir rappelé et confirmé cette donation dans son testament fait à Narbonne, au mois de mai de l’année 1642, mourut tranquille dans son palais le 4 décembre suivant ; et Louis XIII, dont l’existence semblait obéir à la destinée de son ministre, s’éteignit lentement au milieu de sa cour le 14 mai 1643, en murmurant ces paroles qui peignent la lassitude et le dégoût : « Fi de l’existence, qu’on ne m’en parle plus !… »

Anne d’Autriche, devenue régente, abandonna le Louvre, pour venir, le 7 octobre 1643, avec ses deux fils, occuper le Palais-Cardinal, qu’on décora bientôt du nom de Palais-Royal.

Le jeune Louis XIV habita la chambre du cardinal. Son appartement, peu étendu, était situé entre la Galerie des Hommes Illustres, qui occupait l’aile de la seconde cour, et la galerie qui régnait le long de l’aile de l’avant-cour où Champagne avait reproduit les principales actions de la vie du grand ministre.

L’appartement d’Anne d’Autriche était plus vaste et plus élégant ; la régente fit construire une salle de bain, un oratoire et une galerie. La salle de bain était ornée de fleurs, de chiffres, etc., dessinés sur un fond d’or. Louis avait peint les fleurs et Belin les paysages. L’oratoire était orné de tableaux où Champagne Vouet, Bourdon, Stella, Labire, Corneille, Dorigny et Paerson avaient retracé la vie et les attributs de la Vierge.

La galerie était placée à l’endroit le plus retiré ; Vouet l’avait couronnée d’un plafond doré ; le parquet était une marqueterie travaillée par Macé. Ce fut dans cette galerie, où le grand conseil tenait ses séances, que la régente fit arrêter les princes de Condé, de Conti et le duc de Longueville.

Le jardin contenait alors un mail, un manège et deux bassins, dont le plus grand, appelé le rond d’eau, était ombragé d’un petit bois.

Mais il fallut bientôt ajouter au palais un appartement pour le duc d’Anjou, depuis duc d’Orléans, frère du roi. Pour le construire, on détruisit, à l’aile gauche du palais, dans la cour qui donne sur la place, la vaste galerie que Champagne avait consacrée à la gloire du cardinal.

Nous ne retracerons pas ici toutes les scènes de la Fronde. Les événements qui se rattachent à cette guerre civile ont pu naître dans ce palais, mais c’est toujours ailleurs qu’ils se sont terminés par la victoire où par la défaite.

Ce fut le 21 octobre 1652 que Louis XIV revint de Saint-Germain à Paris. Le même jour il abandonna la résidence de Saint-Germain pour aller habiter le Louvre. On assigna le Palais-Royal à Henriette Marie, reine d’Angleterre, qui l’occupa jusqu’en 1661.

À cette époque, Monsieur, frère de Louis XIV, vint habiter ce palais, mais ce ne jusqu’après le mariage de son fils, le duc de Chartres, avec Marie-Françoise de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV, qu’il en devint propriétaire.

Février 1692. — Lettres-patentes du roy, portant don par sa majesté, à Monsieur, son frère unique, et à ses enfants mâles, du Palais-Royal, par augmentation d’apanage.

« L’affection singulière que nous avons pour notre cher et très aimé frère unique Philippe, fils de France, duc d’Orléans, de Chartres, de Valois et de Nemours, nous portant à lui en donner des marques continuelles, nous avons résolu de lui accorder et délaisser, sous le titre et nature d’apanage, la maison et hôtel du Palais-Cardinal et ses dépendances, situés en notre bonne ville de Paris, rue Saint-Honoré, donnés au feu roy notre très honoré seigneur et père par feu notre cousin le cardinal duc de Richelieu, afin que notre dit frère et sa postérité masculine puissent y avoir un logement qui réponde à la grandeur de leur naissance, etc… Signé Louis ; et sur le repli : par le roy, Phélypeaux, visa. — Signé Boucherat, et scellé du grand sceau de cire verte, en lacs de soie rouge et verte. »

« Registrées, ouï le procureur-général du roy, pour jouir par Monsieur, ses enfants mâles et descendants de lui en loyal mariage, de leur effet et contenu, et être exécutées selon leur forme et teneur, suivant l’arrêt de ce jour. — À Paris, en parlement, le treize mars mil six cent quatre vingt-treize. Signé du Tillet. »

Quelque temps après le mariage de Monsieur avec Henriette-Anne d’Angleterre, le Palais-Royal fut agrandi. Les augmentations peuvent être facilement reconnues, en comparant le plan de 1648 avec celui de 1679. Louis XIV avait acheté divers terrains sur la rue de Richelieu, ainsi que l’hôtel de Brion, et ce fut sur leur emplacement que Jules Hardouin Mansart éleva la galerie décorée par Coypel, et représentant, en quatorze tableaux, les principaux épisodes de l’Énéïde.

Le frère de Louis XIV étant mort en 1701, le duc de Chartres, son fils, prit le titre de duc d’Orléans. Le Palais-Royal changea bientôt de physionomie. Philippe, nommé régent le 2 septembre 1715, s’entoura d’hommes et de femmes qui flattaient son penchant à la débauche. Les ducs, les comtes, qu’il appelait ses roués, et dont plusieurs méritaient de figurer sur la roue ; les duchesses, les actrices, les danseuses, les dames d’honneur, etc., tous à l’envi participaient à ses débordements, et se faisaient gloire de remplir auprès du nouveau sultan un emploi diffamé, même dans les lieux de prostitution.

Le duc d’Orléans, doué dans sa jeunesse d’une figure agréable, d’un caractère doux et affable, d’une grande bravoure, promettait un prince distingué ; mais il fut bientôt corrompu par l’abbé Dubois, son sous-précepteur, qui parvint aux dignités d’archevêque de Cambrai, de cardinal du Saint-Siège, de premier ministre de France et de membre de l’Académie Française. L’élévation de cet homme odieux n’inspira pourtant que des plaisanteries. Le couplet suivant courut dans tout Paris :

« Je ne trouve pas étonnant
» Que l’on fasse un ministre,
» Et même un prélat important,
» D’un maq…, d’un cuistre ;
» Rien ne me surprend en cela :
» Ne sait-on pas bien comme
» De son cheval Caligula
» Fit un consul à Rome ? »

Peu de temps après que le pape eut nommé Dubois archevêque de Cambrai, en remplacement de Fénélon, une prostituée, nommée la Fillon, qui avait ses entrées libres au Palais-Royal, vint demander une grâce au régent : « Que veux-tu ; » lui dit le prince ? — « L’abbaye de Montmartre, » répondit-elle. À ces mots, Philippe et Dubois haussent les épaules. « Pourquoi ris-tu de ma demande, dit-elle à l’abbé, tu es bien archevêque, toi maq… » — Philippe convint qu’elle avait raison.

Dubois sacrifiait ouvertement les intérêts de sa patrie. Pour cette trahison il recevait de l’Angleterre près d’un million chaque année. Le régent en avait connaissance et se contentait d’appeler son ministre coquin et scélérat.

Le cardinal présidait aux débauches de son maître. En 1722, on célébra au palais des orgies nommées Fêtes d’Adam. Le duc de Richelieu qui y assistait, en parle ainsi :

« Là, se trouvoient des femmes publiques, conduites de nuit les yeux bandés, pour qu’elles ignorassent le nom du lieu où elles étoient. Le régent, ses femmes et ses roués qui ne vouloient pas être connus, se couvroient de masques ; et je dois dire à ce sujet qu’on dit un jour en face de ce prince, qu’il n’y avoit que le régent et le cardinal Dubois capables d’imaginer de pareils divertissements. »

« D’autres fois, on choisissoit les plus beaux jeunes gens de l’un et de l’autre sexes qui dansoient à l’Opéra, pour répéter des ballets que le ton aisé de la société, pendant la régence, avoit rendus si lascifs, et que ces gens exécutoient dans cet état primitif, où étoient les hommes avant qu’ils connussent les voiles et les vêtements. Ces orgies, que le régent, Dubois et ses roués appeloient fêtes d’Adam, ne furent répétées qu’une douzaine de fois, car le prince parut s’en dégoûter. »

De nouveaux scandales succédèrent bientôt ; l’invention des nouvelles scènes appartenait à la dame Tencin, maîtresse du cardinal Dubois, et de beaucoup d’autres. Son éminence en arrêtait l’exécution. Un jour le cardinal proposa au régent une nouvelle orgie sous le nom de fête des Flagellants. Le prince répondit « Je le veux bien, à conditions que tu seras de la partie et que nous t’écorcherons. » Toute la cour des roués se flagella dans une nuit profonde !…

Dubois pria bientôt madame de Tencin de composer la chronique scandaleuse du genre humain. Cette noble dame se mit à la recherche des plaisirs des Grecs et des Romains, et raconta ce que les empereurs et les plus fameuses courtisanes avaient imaginé ou pratiqué de piquant et de voluptueux ; en un mot, l’infamie de cet intérieur était poussée si loin, que la comtesse de Sabran, maîtresse du régent, disait un soir en plein souper, devant le duc d’Orléans lui-même : « Que Dieu après avoir créé l’homme, prit un reste de boue dont il forma l’âme des laquais et des princes. »

Ne nous arrêtons pas plus longtemps à de telles turpitudes, et revenons aux constructions du Palais-Royal.

Le régent porta dans les embellissements intérieurs du Palais-Royal la passion qu’il avait pour les arts. Il confia à son architecte Oppenort, la construction d’un salon qui servait d’entrée à la vaste galerie élevée par Mansart. Ces bâtiments, qui s’étendaient jusqu’à la rue de Richelieu, ont été détruits lors de la construction du théâtre Français.

Louis, fils de Philippe duc d’Orléans, régent, fit planter sur un dessin nouveau le jardin du Palais-Royal, sauf la grande allée du cardinal qu’il conserva. On y voyait deux belles pelouses, bordées d’ormes en boules, qui entouraient un grand bassin placé dans une demi-lune ornée de treillages et de statues en stuc, la plupart de la main de Laremberg. Au-dessus de cette demi-lune régnait un quinconce de tilleuls, se rattachant à la grande allée qui formait un berceau délicieux et impénétrable au soleil.

La salle de l’Opéra qui occupait l’aile droite du palais, fut incendiée en 1763 ; Louis-Philippe duc d’Orléans, en exigea la reconstruction aux frais de la ville. La direction des travaux fut confiée par le prévôt des marchands à l’architecte Moreau. Le prince, de son côté, fit bâtir par Contant d’Ivry, les parties du corps principal de l’édifice qui avaient été endommagées, ainsi que les vestibules, le grand escalier et presque tous les appartements. La rivalité qui régnait entre les deux artistes fut très nuisible à l’harmonie de l’édifice. Devenu propriétaire du Palais-Royal, le duc de Chartres, fils du précédent, forma le projet d’agrandir sa demeure. Il s’adressa bientôt à sa majesté qui s’empressa de lui accorder l’autorisation d’élever de nouvelles constructions.

13 août 1784. Lettres-patentes qui permettent à M. le duc de Chartres d’accenser les terrains et bâtiments du Palais-Royal, parallèles aux rues des Bons-Enfants, Neuve-des-Petits-Champs et de Richelieu.

« Louis, par la grâce de Dieu, etc… À nos amez et féaux conseillers les gens tenant notre cour de parlement et chambre des comptes à Paris, salut. Notre très cher et bien amé cousin, Louis-Philippe-Joseph d’Orléans, duc de Chartres, prince de notre sang, nous aurait représenté qu’aux droits de notre très cher et bien amé cousin Louis-Philippe duc d’Orléans son père, premier prince de notre sang, il possède à titre d’apanage le Palais-Royal et le jardin qui en fait partie ; qu’il a pensé que ce jardin serait plus agréable et plus commode s’il était environné, le long des trois côtés parallèles aux rues des Bons-Enfants, Neuve-des-Petits-Champs et de Richelieu, de galeries couvertes pratiquées dans des maisons uniformes ornées de pilastres et autres décorations d’architecture, analogues à la façade qu’il a commencé d’élever sur le même jardin, parallèlement à la rue Saint-Honoré, pour perfectionner, agrandir et améliorer le dit palais, suivant les plans géométriques et d’élévation de Louis, architecte, qu’il nous aurait représentés ; qu’il l’aurait déjà exécuté en grande partie au moyen des avances qu’il s’est procurées ; que le seul moyen d’achever ce projet serait de pouvoir se rembourser de ces avances en accensant le sol des dites maisons sur les trois côtés ci-dessus et celui des passages nécessaires à leur service, à raison de vingt sols par chaque toise, de redevance annuelle dans la directe du d. apanage, etc… À ces causes, etc… nous avons par ces présentes signées de notre main, permis et permettons à notre dit cousin le duc de Chartres d’encenser les d. terrains et bâtiments parallèles aux trois rues des Bons-Enfants, Neuve-des-Petits-Champs et de Richelieu, comme aussi le sol des passages nécessaires au service d’icelles, contenant le tout 3,500 toises, etc… Donné à Versailles le 13e  jour du mois d’août, l’an de grâce 1784, et de notre règne le 11e. Signé Louis. » (Archives du royaume).

Trois grandes galeries destinées à former un superbe bazar, s’élevaient autour du jardin du Palais-Royal. Une opposition très vive se manifesta lorsque la cognée abattit les beaux marronniers plantés par le cardinal de Richelieu. Parmi les opposants on comptait bien, il est vrai, un grand nombre de désœuvrés qui étaient scandalisés que le prince les empêchât d’aller faire plus longtemps la sieste sous ces ombrages ou de discuter gravement les grands intérêts de l’État. Cette opposition, on la rencontre partout ; il y a toujours des frelons pour nuire aux abeilles ; mais parmi les opposants il y avait des hommes calmes et froids qui disaient au pourvoir : — « Sur dix rues que vous ouvrez, il y en a neuf sur la rive droite. Tous les établissements publics qui ont une influence sur l’industrie sur le commerce, c’est la rive droite qui les possède. À la rive droite les spectacles, les bazars, la bourse, le palais des rois, tout ce qui attire les marchands, les courtisans et les riches ; à la rive gauche les hôpitaux, les couvents, l’Université, tout ce qui étouffe l’industrie et le commerce. La rive gauche avait un établissement, un seul établissement, la foire Saint-Germain-des-Prés ; ce bazar, dans ses jours de splendeur, attirait trente mille étrangers à Paris, et maintenait une espèce d’équilibre commercial entre les deux parties de la capitale, que sépare le fleuve ; faute de protection, par l’incurie de nos administrateurs, il est détruit maintenant. Cette industrie, cette activité que vous répandez à profusion sur une partie de la capitale, déjà si généreusement dotée, c’est l’activité de tous, c’est l’industrie de tous que vous prélevez injustement. »

Ces plaintes, dont on apprécie maintenant toute la justesse, ne furent point écoutées ; et les trois galeries s’élevèrent sous la direction de Louis, architecte avantageusement connu par la construction du magnifique théâtre de Bordeaux. Les nouveaux bâtiments n’étaient pas complètement achevés, lorsque la révolution, qui grondait sourdement, éclata tout-à-coup. Le jardin du Palais-Royal devint le rendez-vous des agitateurs les plus exaltés ; là, se réunissaient des hommes ardents qui ne pouvaient supporter les formes imposées dans les districts. Des orateurs montaient sur des chaises, prenaient la parole, étaient sifflés ou portés en triomphe. Camille Desmoulins se faisait remarquer par la verve et l’originalité de son esprit. La Fayette avait de la peine à contenir ces rassemblements par des patrouilles continuelles, et déjà la garde nationale était accusée d’aristocratie. — « Il n’y avait pas, disait Desmoulins, de patrouille au Céramique. »

Dans la journée du 12 juillet 1789, ce jeune tribun exerça une grande influence sur la multitude en proposant de prendre les armes et d’arborer une nouvelle cocarde comme signe de ralliement. Camille nous raconte lui-même cette scène remarquable : « Il était deux heures et demie ; je venais sonder le peuple. Ma colère était tournée en désespoir. Je ne voyais pas les groupes, quoique vivement émus et consternés, assez disposés au soulèvement. Trois jeunes gens me parurent agités d’un plus véhément courage ; ils se tenaient par la main : je vis qu’ils étaient venus au Palais-Royal dans le même dessein que moi ; quelques citoyens passifs les suivaient : — « Messieurs, leur dis-je, voici un commencement d’attroupement civique, il faut qu’un de nous se dévoue et monte sur une table pour haranguer le peuple. » — « Montez-y ! » — « J’y consens. Aussitôt je fus plutôt porté sur la table que je n’y montai. À peine y étais-je, que je me vis entouré d’une foule immense. Voici ma courte harangue que je n’oublierai jamais :

» Citoyens, il n’y a pas un moment à perdre. J’arrive de Versailles ; M. Necker est renvoyé ; ce renvoi est le tocsin d’une Saint-Barthélemy de patriotes : ce soir tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger ; il ne nous reste qu’une ressource, c’est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître.

» J’avais les larmes aux yeux, et je parlais avec une action que je ne pourrais ni retrouver ni peindre. Ma motion fut reçue avec des applaudissements infinis. Je continuai : Quelle couleur voulez-vous ? — Quelqu’un s’écria : « Choisissez. » — « Voulez-vous le vert, couleur de l’espérance, ou le bleu Cincinnatus, couleur de la liberté d’Amérique et de la démocratie ! — Des voix s’élevèrent : « Le vert, couleur de l’espérance ! » — Alors je m’écriai : « Amis ! le signal est donné. Voici les espions et les satellites de la police qui me regardent en face. Je ne tomberai pas du moins vivant entre leurs mains. — Puis, tirant deux pistolets de ma poche, je dis : « Que tous les citoyens m’imitent ! » Je descendis étouffé d’embrassements ; les uns me serraient contre leur cœur, d’autres me baignaient de leurs larmes : un citoyen de Toulouse, craignant pour mes jours, ne voulut jamais m’abandonner. Cependant, on m’avait apporté un ruban vert ; j’en mis le premier à mon chapeau, et j’en distribuai à ceux qui m’environnaient. Mais un préjugé populaire s’étant élevé contre la couleur verte, on lui substitua les trois couleurs qui furent alors proclamées comme les couleurs nationales. »

Le surlendemain de cette scène, la Bastille s’écroulait sous les coups du peuple.

Mais il nous faut rentrer dans le Palais-Royal pour enregistrer d’autres faits.

Le 9 janvier 1792, Louis-Philippe-Joseph d’Orléans, pressé par ses créanciers, signait un concordat par lequel il s’engageait à faire vendre à leur profit, ceux de ses biens dont l’aliénation serait jugée nécessaire pour effectuer le remboursement intégral de leurs créances.

Nous ne suivrons pas le prince au milieu du tourbillon dans lequel son ambition l’avait jeté. Il siégeait dans cette terrible Assemblée qui n’accordait ni trêve ni merci. La noblesse de son nom d’Orléans pouvant nuire au tribun qui allait juger son roi, Louis-Philippe-Joseph en demanda le changement.

« Séance du 15 septembre 1792. — Sur la demande de Louis-Philippe-Joseph, prince français ; le procureur de la commune entendu ; le conseil-général arrête : 1o Louis-Philippe-Joseph et sa postérité porteront désormais pour nom de famille Égalité ; 2o le jardin connu jusqu’à présent sous le nom de Palais-Royal s’appellera désormais Jardin de la Révolution ; 3o Louis-Philippe-Joseph Égalité est autorisé à faire faire, soit sur les registres publics, suit dans les actes notariés, mention du présent arrêté ; 4o le présent arrêté sera imprimé et affiché. » (Extrait des registres de la Commune.)

Le 16 janvier 1793, la Convention s’était réunie pour décider du sort de Louis XVI. Il était sept heures et demie du soir. Chaque député, dont le nom sortait de l’urne, montait à la tribune et proclamait à haute voix son vote, que les spectateurs accueillaient avec des applaudissements ou des imprécations. À l’appel du nom de Louis-Philippe-Joseph Égalité, un profond silence règne aussitôt dans la salle. L’ancien duc d’Orléans se lève, traverse la salle, monte à la tribune et laisse tomber lentement ces deux mots : la mort !

Le 6 novembre suivant, une charrette conduisait un condamné au supplice. Arrivée devant la façade du Palais-Royal, la charrette s’arrêta et le patient promena ses regards sur l’édifice ; quelques minutes après, la voiture continua sa route jusqu’à la place de la l’évolution. L’échafaud venait d’être dressé ; le duc d’Orléans y monta d’un pas ferme et reçut le coup mortel.

Le Palais-Royal fut alors réuni au domaine national, puis envahi par une race de Bohémiens qui coupèrent les murailles pour élargir les fenêtres ou pour percer des portes.

Napoléon donna le Palais-Royal au Tribunat pour en faire le lieu de ses séances. À cet effet, M. Beaumont construisit une salle qui plus tard servit de chapelle. Après la dissolution du Tribunat, le Palais-Royal fut réuni au domaine extraordinaire de la Couronne.

« En 1814, dit M. Vatout, qui a fait un travail remarquable sur les Résidences Royales, un auguste exilé revient dans sa patrie ; il se présente seul et sans se faire connaître au Palais-Royal. Le suisse, qui portait encore la livrée impériale, ne voulait pas le laisser entrer il insiste, il passe, il s’incline, il baise avec respect les marches du grand escalier… C’était l’héritier des ducs d’Orléans qui rentrait dans le palais de ses pères ! »

Pendant les Cent-Jours, cette habitation fut occupée par le prince Lucien Bonaparte, qui ne changea rien aux dispositions que son prédécesseur avait prises.

Depuis le commencement de la révolution, le Palais-Royal était devenu le grand bazar parisien. Cet édifice, regardé comme le temple du goût et de la mode, attirait à lui tous les provinciaux qui venaient visiter la capitale. C’était un harem toujours peuplé, toujours ouvert.

Les Galeries de Bois, bordées de nombreuses boutiques de marchandes de modes, devenaient le lieu de prédilection des promeneurs du soir, qui s’entassaient dans cet espace étroit et malsain.

« Les Athéniens, dit Mercier, élevaient des temples à leurs phrynées ; les nôtres trouvent le leur dans cette enceinte… Les agioteurs, faisant le pendant des jolies prostituées, vont trois fois par jour au Palais-Royal, et toutes ces bouches n’y parlent que d’argent et de prostitution politique. Tel joueur à la hausse et à la baisse peut dire, en parlant de la Bourse : Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis. La Banque se tient dans les cafés ; c’est-à-dire, qu’il faut voir et étudier les visages subitement décomposés par la perte ou par le gain ; celui-ci se désole, celui-là triomphe. Ce lieu est donc une jolie boite de Pandore ; elle est ciselée, travaillée, mais tout le monde sait ce que renfermait la boîte de cette statue animée par Vulcain. Tous les Sardanapales, tous les petits Lucullus logent au Palais-Royal, dans des appartements que le roi d’Assyrie et le consul romain eussent enviés…

» Quoique tout augmente, triple et quadruple de prix dans ce lieu, il semble y régner une attraction qui attire l’argent de toutes les poches ; surtout de celles des étrangers qui raffolent de cet assemblage de jouissances variées et qui sont sous la main ; c’est que l’endroit privilégié est un point de réunion pour trouver dans le moment tout ce que votre situation exige dans tous les genres. Il dessèche aussi les autres quartiers de la ville, qui déjà figurent comme des provinces tristes et inhabitées. La cherté des locations, que fait monter l’avide concurrence, ruine les marchands. Les banqueroutes y sont fréquentes ; on les compte par douzaines. C’est là que l’effronterie de ces boutiquiers est sans exemple dans le reste de la France ; ils vous vendent intrépidement du cuivre pour de l’or, du stras pour du diamant ; les étoffes ne sont que des imitations brillantes d’autres étoffes vraiment solides ; il semble que le loyer excessif de leurs arcades les autorise à friponner sans le plus léger remords. Les yeux sont fascinés par toutes ces décorations extérieures qui trompent le curieux séduit, et qui ne s’aperçoit de la tromperie qu’on lui a faite que lorsqu’il n’est plus temps d’y remédier… Il est triste en marchant de voir un tas de jeunes débauchés, au teint pâle, à la mine suffisante, au maintien impertinent, et qui s’annoncent par le bruit des breloques de leurs deux montres, circuler dans ce labyrinthe de rubans, de gazes, de pompons, de fleurs, de robes, de masques, de boites de rouge, de paquets d’épingles longues de plus d’un demi pied ; ils battent le camp des Tartares dans cette oisiveté profonde qui nourrit tous les vices, et l’arrogance qu’ils affectent ne peut dissimuler leur profonde nullité. On appelle Camp des Tartares, les deux galeries en bois qui, je l’espère, seront bientôt remplacées par une galerie magnifique qui complétera la beauté de l’édifice. »

Le vœu du spirituel écrivain a été exaucé ; le duc d’Orléans arrêta un projet définitif pour l’achèvement du Palais-Royal. Près de trois millions ont été employés par lui au rachat d’un grand nombre de propriétés. Un million fut également payé, par suite de transaction, pour rentrer dans la propriété du Théâtre-Français qui a été restauré, ainsi que les autres parties de l’édifice. Toutes les dépenses peuvent être évaluées à onze millions de francs. Les principaux changements au projet de l’architecte Louis, sont la substitution d’une terrasse aux grands appartements qu’il voulait établir au-dessus des galeries marchandes sur le devant du jardin, et la création de la cour de Nemours et de la belle galerie historique qui règne en cet endroit, au premier étage. En 1829, les travaux ont été achevés et les ignobles constructions en bois remplacées par cette galerie d’Orléans, monument de marbre et de cristal, dont il est impossible de ne pas louer la grandeur et la magnificence.

Au mois de juin 1830, Louis-Philippe, duc d’Orléans, donna dans son palais une fête à l’occasion de la présence du roi de Naples à Paris ; Charles X y assistait. Des scènes de désordre eurent lieu dans le jardin, et une certaine agitation, signe précurseur de graves événements, régnait dans les esprits. « C’est une fête magnifique et tout-à-fait napolitaine, dit M. de Salvandy, nous dansons sur un volcan. » — Un mois après, la révolution éclatait. Le 26 juillet, des groupes nombreux se formèrent au Palais-Royal ; enfin, le 1er août, la commission municipale, présidée par le général La Fayette, vint offrir au duc d’Orléans le titre de lieutenant-général, qu’il échangea bientôt contre la couronne de France. Peu de temps après son élévation, le nouveau roi quittait le Palais-Royal pour aller habiter les Tuileries. — L’ancienne demeure des ducs d’Orléans est aujourd’hui méconnaissable. Elle peut montrer encore avec fierté ses constructions monumentales et ses vastes galeries, mais la vie, la gaité ne sont plus là. C’était une libertine qui menait joyeuse vie, dont les regards attiraient les passants. On a voulu la convertir, la rendre honnête ; elle s’est laissée faire, mais hélas ! la pauvre repentie se sèche et meurt d’ennui. La richesse, le commerce, tous les plaisirs l’ont abandonnée pour aller sur les boulevarts briller et sourire plus à l’aise.

Palais-Royal (place du).

Située en face du Palais-Royal. Les numéros continuent ceux de la rue Saint-Honoré. — De 223 à 231, 4e arrondissement, quartier Saint-Honoré ; de 233 à 243, 1er arrondissement, quartier des Tuileries.

La construction de cette place a été terminée en 1648, sur l’emplacement de l’hôtel de Sillery.

« Lettres-patentes du 22 avril 1769. — Louis, etc… La place du Palais-Royal sera élargie par la suppression de plusieurs maisons du côté des Quinze-Vingts, et il sera formé un pan-coupé tant à cet angle qu’à celui de la rue Froidmanteau, sur la rue Saint-Honoré. Le château d’eau qui est devant le Palais-Royal sera aussi supprimé pour l’agrandissement de la dite place, au lieu duquel il sera simplement construit une fontaine publique en face de la principale entrée du Palais-Royal, et le château d’eau sera remplacé par un nouvel établissement qui remplisse cet objet, par les moyens que nous nous réservons d’employer, etc. Signé Louis. » — De nouvelles lettres-patentes, rendues le 7 août suivant, furent registrées eu parlement le 29 du même mois.

« Nous étant fait représenter en notre conseil notre arrêt du 6 de ce mois, par lequel nous avons fixé et déterminé la décoration uniforme, à laquelle les maisons de la place du Palais-Royal doivent être assujetties, et ordonné que toutes les lettres-patentes seront expédiées. À ces causes, de l’avis de notre conseil qui a vu le dit arrêt et les dessins par nous approuvés, annexés à la minute d’icelui, expédition en parchemin duquel arrêt et copies des dits dessins sont y attachés sous le contre-scel de notre chancellerie, et conformément au dit arrêt ; nous avons ordonné et par ces présentes signées de notre main, ordonnons que les cottes et mesures qui sont marquées et figurées aux dits dessins soient exactement suivies, tant pour ce qui sera construit incessamment à l’encoignure de la rue Froidmanteau que pour les autres parties de la dite place. Voulons et ordonnons que les façades de la dite place, soient exécutées en pierre et non en moëllons ou meulières, aux dépens des propriétaires, et que toutes les saillies, corps et décorations qui sont figurés aux dits dessins soient entièrement et exactement suivis ; ordonnons que les particuliers propriétaires des maisons ayant face sur la dite place, le long de la dite rue Froidmanteau et tous autres, soient obligés de s’y conformer quand leur reconstruction aura lieu. Voulons et ordonnons que les dits propriétaires, tant ceux qui se refuseraient à l’exécution de ce qui est dit ci-dessus que ceux auxquels appartiendraient des maisons dont les prévôt des marchands et échevins nommeraient avoir besoin, pour l’exécution entière et parfaite de l’agrandissement de la dite place, soient obligés d’en consentir la vente à la demande qui leur en sera faite par les dits prévôt des marchands et échevins, et que les dites acquisitions ainsi que toutes reventes et échanges que les dits prévôt des marchands et échevins pourraient être dans le cas de faire, soient exemptés de tous droits d’amortissement, insinuation, centième denier et autres droits généralement quelconques à nous appartenant, sauf les droits des seigneurs particuliers, s’il y a lieu ; le tout ainsi et de la manière portée en nos lettres-patentes du 7 août 1769, concernant l’agrandissement de la dite place du Palais-Royal ; lesquelles, au surplus, seront exécutées dans tout leur contenu, etc… Donné à Versailles, le 8 mai l’an de grâce 1770, et de notre règne le 55e. Signé Louis. » — Les constructions ordonnées par ces lettres-patentes furent terminées en 1776. Il n’existe pas d’alignement arrêté pour cette place. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Palais-Royal (théâtre du).

Situé dans le Palais-Royal. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

En 1784, un sieur de Beaujolais fit construire au Palais-Royal une salle de spectacle à laquelle il donna