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SÉANCE DU LUNDI 3 AOÛT 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. Tréviranus, nommé dernièrement correspondant de la section de Botanique, remercie l’Académie.

M. Demonville demande que des Commissaires soient chargés d’examiner les travaux qu’il vient de terminer concernant Jupiter, ses satellites et la Lune. Ces nouveaux mémoires n’étant que des paraphrases d’une théorie sur laquelle il a déjà été fait deux rapports, on ne donne aucune suite à la demande de M. Demonville.

Le conseil municipal de Montbéliard écrit qu’une statue représentant George Cuvier, sera érigée sur une des places de cette ville le 23 Août prochain, jour anniversaire de la naissance de l’illustre naturaliste. Il témoigne le vœu qu’une députation de l’Académie puisse assister à cette cérémonie.

Météorologie.Diminution des sources dans l’ancien Poitou et dans la Charente-Inférieure.

M. Fleuriau de Bellevue, correspondant de l’Académie, lui a transmis les résultats des recherches auxquelles il s’est livré, dans la vue de répondre à cette question posée par le congrès scientifique de Poitiers en septembre 1834 : Quelle est la cause de la diminution que l’on remarque depuis vingt ans dans le nombre et le volume des sources ?

Suivant M. Fleuriau, c’est seulement depuis dix ans et non pas, comme on le dit, depuis environ vingt ans, que les sources ont diminué dans la contrée qu’il habite. Ce phénomène, il l’attribue exclusivement à une diminution dans la quantité d’eau qui est tombée sous forme de pluie. M. Fleuriau ne croit pas qu’il soit nécessaire d’en chercher la cause, ainsi que divers météorologistes l’ont fait, dans les travaux de dessèchement, d’irrigations, de canalisation ; dans les tranchées pratiquées tant pour les routes nouvelles, les mines et les carrières, que pour la grande division des propriétés, et qui ne permettent pas aux eaux souterraines voisines de la surface, de parcourir d’aussi longs trajets qu’autrefois. Quoique l’appauvrissement et la disparition des sources aient été, dans ces dix dernières années, pour le Poitou et la Charente-Inférieure une véritable calamité, les récoltes ne paraissent pas en avoir souffert. Ce fait curieux, notre auteur l’explique en remarquant que la diminution annuelle de la pluie n’a pas porté également sur tous les mois. Voici, au surplus, et presque dans les propres termes de M. Fleuriau, le résumé des observations météorologiques sur lesquelles il se fonde. Elles ont été faites à La Rochelle, de 1777 à 1793, et dans le canton de Courçon, de 1810 à 1833 inclusivement[1].

La diminution sensible des pluies ne date que de l’année 1825.

Les huit mois de février à septembre inclusivement ne reçoivent, à La Rochelle, en général, que des pluies médiocres, qui, étant bientôt absorbées par l’action du soleil, des vents et de la végétation, ne peuvent pénétrer assez profondément pour alimenter suffisamment les sources.

On voit, en effet, que la moyenne de ces huit mois n’a été que de 20 lignes 3 dixièmes par mois, dans les trente-deux années qui précèdent 1825, et que de 19 lignes 9 dixièmes dans les neuf dernières années, y compris 1833.

Les quatre mois d’octobre, novembre, décembre et janvier sont, en quelque sorte, les seuls qui puissent approvisionner les sources pour un certain temps, à raison du grand volume et de la longue durée de leurs pluies, ainsi que de la faible évaporation qui règne dans cette période de l’année. On a recueilli, en effet, mensuellement, pendant ces quatre mois des trente-deux années précitées, 32 lignes 8 dixièmes, ce qui donne près d’un pouce d’eau de plus par mois que les huit mois précédens de la même période ; or il n’est tombé que 23 lignes 5 dixièmes d’eau dans les quatre pareils mois des neuf dernières années ; il y a donc une diminution, dans la cause alimentaire des sources, de 28 pour cent entre ces deux périodes, différence suffisante pour expliquer le phénomène que les environs de La Rochelle ont présenté.

L’égalité presque complète qui existe entre les quantités totales de pluie des huit mois de février à septembre de l’une et de l’autre période (la différence n’est, en effet, que de 4 dixièmes de ligne par mois, ou d’environ 2 pour cent), mérite d’autant plus d’être signalée, que ces huit mois sont ceux pendant lesquels la plupart des végétaux prennent leur accroissement et parviennent à la maturité.

D’après cette remarque, on ne doit pas s’étonner si la forte diminution de pluie des neuf dernières années, ne paraît avoir eu aucune influence sur les récoltes de cette même période, qui, en général, a été tout aussi productive que la précédente.

L’année 1834 a présenté le plus grand de tous les déficits. On n’y compte que quatre-vingt-quatorze jours de pluie et 17 pouces 4 lignes 8 dixièmes d’eau, tandis que les moyennes des trente-deux années précitées, ont été de cent quarante-huit jours et de 24 pouces 5 lignes 4 dixièmes, ce qui donne une diminution de 29 pour cent sur l’année entière, et spécialement de 55 pour cent sur les quatre mois de janvier, octobre, novembre et décembre.

Géographie physique.Statistique des forages artésiens du département des Pyrénées-Orientales.

Il n’existait naguère, dans le département des Pyrénées-Orientales, aucune source artésienne artificielle. Aujourd’hui les forages s’y multiplient si rapidement, que M. Farines, auteur de la note communiquée à l’Académie et qui fait le sujet de cet article, a déjà pu, sans trop de prétention, l’intituler Statistique des puits forés de l’ancien Roussillon.

Le tableau suivant fera connaître la situation des principaux de ces puits, leur profondeur, la hauteur du jet au-dessus du sol, et enfin, les quantités d’eau qu’ils fournissent par minute, exprimées en litres.

DATE
du forage.
LOCALITÉS ;
leur orientation par rapport à Perpignan.
PROFONDEUR
du sondage.
HAUTEUR
du jet au-dessus du sol.
QUANTITÉ
d’eau en une minute.
1829
Puigsec, O 
42m 0,50
20l
1833
Bages, S 
46 1,50
1140
1833
Rivesaltes, NO 
56 0,60
450
1834
Rivesaltes, NO 
55 0,55
630
1834
Bages, S 
53 1,60
1000
1834
Belrig, SE 
53 0,60
20
1835
Toulouges, OSO 
70 0,45
940

Le nombre des puits non terminés, mais en cours d’exécution, et dont on peut espérer tout succès, est en ce moment de cinq ou six dans le seul voisinage de Perpignan.

L’eau de tous ces puits est de bonne qualité. Celle du plus profond, je veux dire du puits de Toulouges, jaillit, d’après les observations de M. Farines, à +18°5 centigrades, ce qui, en prenant 15°,5 pour la température moyenne de Perpignan, donnerait un degré centigrade d’augmentation pour 23 mètres d’enfoncement. Ce nombre est probablement un peu trop petit.

Les propriétaires de puits artésiens vivent dans la continuelle appréhension que les percemens exécutés dans leur voisinage, ne viennent les priver de la totalité ou d’une grande partie des eaux dont ils jouissent. Ces craintes ne sont pas sans quelque fondement. Lorsque l’eau commença à jaillir du second trou de sonde de Bages, le volume de liquide fourni par le premier qui, à la vérité, n’en est éloigné que de 33 mètres, diminua subitement de moitié. M. Farines cite, d’autre part, et par voie de compensation, la seconde source de Rivesaltes, dont le produit s’est élevé, aussi tout d’un coup et avec une grande émission de sable et de gravier, de 350 litres par minute à 630 litres.

« Les terrains des Pyrénées-Orientales traversés par la sonde, ont tous offert, dit M. Farines, des couches d’argile marneuse ou sableuse, alternant avec des sables plus ou moins fins. Dans quelques cas il a été rencontré des marnes et des grès coquillers. » L’eau jaillissante s’est toujours trouvée dans une couche de sable grossier. Moins cette couche offrait de résistance à l’action de la sonde, plus elle était désagrégée, et plus le courant de liquide ascendant avait de volume. Dans aucun des forages des Pyrénées-Orientales, on n’a traversé en totalité les terrains de sédiment tertiaires.

AstronomieNouvelle Éphéméride de la Comète de Halley.

Parmi les articles de correspondance de la séance d’aujourd’hui, nous avons remarqué au no 287 des Astronomische Nachrichten de M. Schumacher, une nouvelle éphéméride de la comète de Halley, due à M. Lehmann, pasteur à Derwitz près de Potzdam. M. Lehmann a calculé avec un soin minutieux les perturbations que la comète a éprouvées pendant ses deux dernières révolutions. Les élémens elliptiques, pour l’époque actuelle, qui sont sortis de cette laborieuse discussion, ont ensuite servi à déterminer les positions consignées dans le tableau suivant, où la distance moyenne du soleil à la terre est censée l’unité.

DATE. ASCENSION
droite
de la comète.
DÉCLINAISON. DISTANCE
de la comète
au soleil.
DISTANCE
de la comète
à la terre.
18 Août 1835 85°54′
22°25′ Bor.
1,87 2,19
30 88.8
23.30
1,71 1,81
3 Septemb. 88.44
23.54
1,66 1,68
15 90.30
25.47
1,51 1,28
27 92.14
29.35
1,32 0,84
5 Octobre 93.55
35.17
1,20 0,55
13 98.46
53.10
1,08 0,27
14 100.44
58.13
1,07 0,24
15 104.6
64.34
1,05 0,21
16 112.14
72.35
1,04 0,18
17 141.39
81.12
1,02 0,17
18 227.13
79.38
1,01 0,16
19 252.36
66.54
0,99 0,15
20 259.59
53.13
0,98 0,16
21 263.10
41.3
0,96 0,17
22 265.1
31.9
0,95 0,20
23 266.12
23.22
0,93 0,22
24 267.2
17.19
0,92 0,25
25 267.38
12.34
0,90 0,28
29 268.48
1.3 Bor.
0,84 0,42
2 Novemb. 269.2
4.47 Aust.
0,78 0,57
10 268.40
10.37
0,68 0,86
18 267.17
13.51
0,61 1,12
26 264.41
16.16
0,59 1,36

Ces résultats diffèrent, à plusieurs égards, de ceux qui ont été déjà publiés. Ainsi, par exemple, M. Lehmann fait remarquer que d’après l’éphéméride calculée par M. Boguslawski sur les élémens elliptiques de M. de Pontécoulant, la comète serait à sa moindre distance de la terre, le 6 octobre, tandis que, suivant lui, le passage de l’astre par le point de cette moindre distance n’aura lieu que le 19 du même mois[2]. Cette différence est importante ; car le 19 et le 6 octobre correspondent, le premier de ces jours à une nouvelle, et le second à une pleine lune. Si l’éphéméride de M. Lehmann est exacte, la comète se verra bien plus éclatante qu’on ne devait l’espérer.

Astronomie.Élémens paraboliques de la Comète découverte au commencement de cette année par M. Boguslawski.
Passage au périhélie 
1835. avril, 3,4476 temps moyen de Greenwich.
Longitude du périhélie 
204°.19′.33″
Comptés de l’équin. moyen de 1835.
Nœud 
59°.4′.12″
Inclinaison 
9°.1′.56″
Log. de la distance 
0,3140222
Sens du mouvement 
rétrograde.

Ces élémens ont été calculés par M. C. Rumker.

Antiquités égyptiennes. — M. Richard, capitaine de corvette en retraite, écrit qu’il a trouvé, dans les phénomènes d’équidistances lunaires, les moyens d’expliquer naturellement ce que les monumens égyptiens renferment de plus extraordinaire. « Tout le ridicule qu’on voudra, dit-il, si je me trompe ; un peu de justice si je dis vrai. Voilà ce que je demande. »

M. Richard sera invité à envoyer son mémoire.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Mécanique appliquée.Machine pour faire artificiellement de la glace. Soufflerie continue, par M. J.-B. Cellier-Blumenthal.
(Commissaires, chargés d’examiner ce mémoire, MM. Girard, Navier, Poncelet.)

Le moyen dont M. Cellier veut faire usage pour engendrer artificiellement de la glace, est celui de Leslie. La nouvelle machine présente seulement une beaucoup plus grande étendue de surface absorbante et est destinée à fonctionner d’une manière continue. Suivant M. Cellier, sa glace ne reviendrait qu’à 1 fr. 50 c. les 100 kilogrammes.

On se fera une idée suffisante de la seconde machine de M. Cellier, de sa soufflerie continue, si l’on imagine que six soufflets ordinaires soient attachés longitudinalement, chacun par une de ses joues, aux six rayons d’une roue verticale, tandis que l’autre joue de chaque soufflet conserve toute sa mobilité, mais est chargée d’un gros poids. Ces poids, pendant la rotation de la roue, se trouvent tantôt au-dessous et tantôt au-dessus de chaque soufflet. Dans le premier cas, ils écartent leurs deux joues ; dans l’autre ils les rapprochent, produisant ainsi alternativement, par la seule action de la pesanteur, le double mouvement ordinaire de ce genre d’appareil. Supposez maintenant toutes les tuyères dirigées vers le centre de la roue, et vous y engendrerez non-seulement un vent continu, mais qui plus est, un vent à peu près constant.

Chimie.Nouvelles Recherches pour servir à l’histoire de l’Opium et de ses principes, par M. J. M. J. Pelletier.
(Commissaires, MM. Thénard, Dumas, Robiquet.)

Ce nouveau travail de M. Pelletier a été fait, pour la majeure partie, non sur l’opium en nature, mais sur une masse considérable d’eaux-mères accumulées, provenant d’une manufacture de produits chimiques. Les recherches de l’auteur ont d’abord porté sur les eaux-mères ammoniacales de morphine, qu’on avait jusqu’ici perdues, et qui semblent, cependant, pouvoir fournir des quantités notables de morphine, de narcéïne et de codéïne. M. Pelletier prouve ensuite que les eaux-mères alcooliques elles-mêmes méritent quelque attention. Un chapitre est consacré à la matière trouvée dans l’opium, en 1826, par M. Dublanc. Cette matière, suivant M. Pelletier, serait un mélange de méconine et de codéïne.

En essayant d’extraire la morphine à l’aide de la chaux, l’auteur du mémoire retrouve la substance qu’il appelle para-morphine, parce que sa composition chimique est précisément celle de la morphine, dont elle diffère, au reste, en ce qu’elle ne rougit pas par l’acide nitrique concentré ; en ce qu’elle ne forme pas de sels cristallisables avec les acides ; en ce qu’elle ne devient pas bleue par les sels de fer.

M. Pelletier a fait l’analyse d’un opium que le général Lamarque avait recueilli dans sa terre d’Eyrès, département des Landes. Il y a trouvé la morphine en plus grande proportion que dans l’opium d’Orient, tandis que la narcotine n’y existe pas. Cette disparition complète d’un principe immédiat, est de nature à intéresser les physiologistes ; mais elle ne pourra nuire à la valeur commerciale de l’opium du midi de la France, car, en Pharmacie, on cherche, tant qu’on peut, à dépouiller l’extrait d’opium de narcotine.

La narcéïne sur laquelle l’auteur promet de plus amples recherches, a comme l’amidon, la propriété de colorer l’iode en bleu.

Le dernier chapitre du mémoire de M. Pelletier, est relatif à une substance que ce chimiste appelle pseudo-morphine à cause qu’elle jouit des deux propriétés les plus caractéristiques de la morphine, savoir, celle de rougir par l’acide nitrique, et la propriété de devenir bleue par les sels de fer. La pseudo-morphine n’est pas vénéneuse. L’analyse chimique y a fait trouver : 52,7 de carbone ; 5,8 d’hydrogène ; 4,1 d’azote et 37,4 d’oxigène. Il y a ici, environ un quart de moins de carbone que dans la morphine et le double d’oxigène.

Chimie pharmaceutique. — Mémoire sur la préparation de tous les extraits pharmaceutiques par la méthode de déplacement, au moyen d’un appareil approuvé par l’École de Pharmacie ; suivi d’un tableau donnant exactement les quantités d’extraits fournies par chaque plante ; par M. Dausse.
(L’auteur présente ce mémoire pour le concours Montyon.)

M. Dausse ne décrit pas dans son mémoire le procédé qu’il emploie ; il le fera fonctionner sous les yeux des commissaires de l’Académie. L’auteur voudrait que les médecins ordonnassent seulement des extraits secs, attendu, dit-il, qu’ils se prêtent mieux aux mélanges, et qu’ils permettent un dosage plus exact. Deux grands tableaux font connaître le rapport trouvé par M. Dausse, entre le poids de chaque nature de substance et celui de l’extrait sec qu’elle fournit.

Mécanique.Mémoire sur la Pénétration des projectiles dans divers milieux résistans, et sur la Rupture des corps par le choc ; par MM. Piobert et Morin, capitaines d’artillerie.
(Commissaires, MM. Dupin, Navier, Poncelet.)

Les résultats consignés dans le mémoire dont on vient de lire le titre, sont extraits d’un travail exécuté à Metz par une commission que le ministre de la guerre a chargée de faire des expériences principalement relatives au service de l’artillerie. On y trouve des recherches sur les lois de la pénétration des projectiles dans divers milieux, et notamment dans les pierres, les maçonneries, les terres, les bois et les métaux ; des observations sur le mode de rupture des boulets ; sur le mouvement d’un corps sphérique dans un milieu mou, sous l’action d’un effort de traction constant ; etc.

En attendant que les commissaires de l’Académie aient apprécié le mérite du mémoire de MM. les capitaines Piobert et Morin, et qu’il nous soit possible d’insérer dans ces feuilles une analyse de leur Rapport, nous signalerons en peu de mots plusieurs des conséquences auxquelles ces officiers sont arrivés.

Lorsque des corps sphériques vont choquer des roches calcaires, des maçonneries, des moellons, du bois, de la fonte, du plomb, le volume de l’impression faite dans le milieu choqué, est proportionnel à la force vive du projectile, c’est-à-dire à sa masse multipliée par le carré de la vitesse.

Cette loi, déjà indiquée par don George Juan, n’avait jamais été vérifiée pour de grandes vitesses. Les auteurs du Mémoire ont ordinairement employé des boulets de 24, de 16, de 12, lancés sur le but à des distances de 20 à 25 mètres, avec des charges qui allaient quelquefois jusqu’à la moitié du poids du boulet ; avec des vitesses qui, au moment du choc, s’élevaient jusqu’à 575 mètres. Dans plusieurs expériences, ils se sont même servis de boulets de 39 kilogrammes, tirés à l’aide de l’obusier de 8 pouces.

Si l’on appelle K le rapport, constant pour un même milieu, de la force vive du projectile au volume de l’impression, on déduit des expériences les valeurs suivantes :

Bois de sapin. 
K = 3 940 000.
Maçonnerie de moellons avec la chaux de Metz. 
K = 4 620 000.
Bois de chêne. 
K = 6 020 000.
Calcaire oolithique de Metz. 
K = 8 350 000.
Plomb. 
K = 22 150 000.
Fonte. 
K = 164 600 000.

« Jusqu’à une certaine limite de dureté et de vitesse, le projectile se rompt en se divisant suivant des secteurs sphériques dont l’arête commune de séparation est le diamètre normal du point qui a, le premier, touché le but. Quand le métal du boulet est très dur et cassant, comme la fonte blanche ou mêlée, le projectile ne se déforme pas avant de se rompre. S’il est un peu malléable, comme la fonte grise, le projectile s’aplatit à la partie choquante, s’élargit vers le milieu, et c’est ensuite qu’il se partage en secteurs.

» Quand le corps choqué est très dur, comme la fonte, et que la vitesse d’arrivée dépasse 70 mètres par seconde, le mode de rupture est différent. Alors la partie antérieure du boulet se déforme et devient la base d’un, ou, plus généralement, de plusieurs noyaux coniques, qui s’enveloppent les uns les autres, et dans lesquels les angles des bases et des génératrices diminuent graduellement à mesure que la vitesse augmente. En outre, le reste du projectile se partage autour de l’axe de ces noyaux, suivant des plans méridiens. »

Le travail de MM. Piobert et Morin renverse de fond en comble les espérances que divers officiers avaient conçues sur l’emploi de la fonte comme armature des revêtemens à l’emplacement des brèches, comme massifs d’embrasures, et comme base principale de la construction du matériel d’artillerie destiné à la défense des places. Pour le prouver, il nous suffirait sans doute de dire, qu’en deux coups de boulet de 24 animés de la faible vitesse de 265 mètres par seconde, ces officiers fendirent, sur un mètre de profondeur, un bloc de fonte qui avait 0m,30 de large et un mètre de hauteur. Ajoutons, toutefois, que dans ces expériences, des éclats métalliques volumineux étaient quelquefois lancés à des distances de 30 à 40 mètres.

La chaleur développée au moment de la pénétration d’un projectile dans des pierres calcaires ou dans du mortier, n’a pu être appréciée avec exactitude. Il suffit, cependant, de remarquer que la poussière contenue entre la roche et le boulet, n’est plus à l’état de carbonate, qu’elle a complétement la saveur caustique de la chaux vive, que son acide s’est dégagé, pour qu’on soit autorisé à affirmer que cette chaleur est très intense.

Quant à la température qu’engendre le choc d’un boulet sur un corps métallique, MM. Piobert et Morin essaient de la déduire de la teinte bleue que prennent les bords tranchans des diverses lignes de rupture. Des expériences de Karsten les conduisent à supposer que cette chaleur est d’environ 600° centigrades.

Chimie appliquée.Mémoire sur la fabrication et plus particulièrement sur le séchage de la poudre de guerre, par le lieutenant-général Bazaine au service de la Russie.
(Commissaires, MM. Gay-Lussac, Rogniat, Séguier.)

Le mémoire de M. Bazaine renferme un examen détaillé des méthodes de séchage employées dans les diverses manufactures de France, d’Angleterre et de Russie, et surtout la description d’un procédé à l’aide duquel, en mettant simultanément en jeu la chaleur et la vitesse de l’air, cet officier-général pense avoir obtenu toute la promptitude d’action et la sûreté désirables.

Médecine.Mémoire concernant l’action des plantes contenant du Tannin et l’action du Tannin lui-même, sur la propriété vomitive du Tartrite antimonié de potasse, et sur diverses conséquences thérapeutiques nouvelles ; par M. A. Toulmouche, médecin à Rennes.

Dans ce mémoire, destiné au concours Montyon, l’auteur se propose d’établir :

1o.Que le tannin n’empêche nullement l’action vomitive du tartre stibié et que, par conséquent, il ne doit pas être employé comme antidote ;

2o.Qu’il en est de même des décoctions de plantes qui contiennent du tannin, telles que celles de quinquina, de noix de galle, des racines de ratanhia, de gentiane, de rhubarbe, de gomme kino, quoiqu’elles soient préconisées comme décomposant le tartrite antimonié de potasse et susceptibles d’arrêter ses effets ;

3o.Que la poudre de quinquina et surtout celle de noix de galle, empêchent l’action de l’émétique, alors seulement qu’elles arrivent dans l’estomac préalablement mélangées avec ce sel ;

4o.Enfin, que le quinquina n’exerce aucune influence sur l’action vomitive du kermès et de l’ipécacuanha.

Physique.Recherches sur les Variations que les sels dissous en diverses proportions produisent dans le point d’ébullition de l’eau ; par M. J.-N. Legrand.
(Commissaires, MM. Gay-Lussac, Dulong, Dumas.)

M. Legrand s’est proposé, ainsi que le titre de son mémoire l’indique, d’évaluer la variation qu’éprouve le point d’ébullition de l’eau, suivant les proportions de divers sels que cette eau peut tenir en dissolution. Pour chaque nature de sel, l’expérience a été poussée depuis l’eau pure jusqu’à l’eau entièrement saturée. Voici les principaux résultats :

Noms des sels. Proportion de sel
pour 100 d’eau,
au point de saturation.
Retard du terme d’ébullition
de l’eau saturée, en prenant
pour point de départ le degré d’ébullition de l’eau pure.
Chlorate de potasse 
61,5 
4°,2 centigrades.
Chlorure de barium 
60,1 
4,4
Carbonate de soude 
48,5 
4,6
Chlorure de potassium 
59,4 
8,3
Chlorure de sodium (sel marin) 
41,2 
8,4
Hydrochlorate d’ammoniaque sublimé 
88,9 
14,2
Tartrate neutre de potasse 
296,2 
14,6
Nitrate de potasse 
335,1 
15,9
Chlorure de strontium 
117,5 
17,8
Nitrate de soude 
224,8 
21,0
Carbonate de potasse 
205,0 
35,0
Nitrate de chaux 
362,2 
51,0
Chlorure de calcium 
325,0 
79,5

M. Legrand a remarqué, pendant l’ébullition de ces diverses dissolutions salines, les soubresauts, si bien connus des physiciens, auxquels l’eau pure est sujette. Quelques sels, même en petites proportions, les préviennent presque complètement ; d’autres, et en première ligne le tartrate neutre de potasse, les favorisent à un haut degré. On croit généralement que pour empêcher ces soubresauts, il suffit de jeter dans le liquide des parcelles d’un métal quelconque ; M. Legrand regarde cette opinion comme une erreur : suivant lui, la nature du métal est le point essentiel, et les métaux les plus oxidables, tels que le zinc et le fer, sont ceux qui agissent avec le plus d’efficacité.

Botanique.Harmonie des organes végétaux étudiés principalement dans l’ensemble d’une même plante, par le comte de Tristan.
(Commissaires, MM. Mirbel, Adrien de Jussieu, Richard.)

Le mémoire de M. de Tristan se compose de plus de 300 pages in-4o. Pressés par le temps, nous sommes forcés de renvoyer la publication de l’analyse de ce travail, à l’époque où les commissaires de l’Académie feront leur rapport.

LECTURES.
Physique.Des propriétés électriques particulières que les substances minérales conductrices acquièrent quand elles sont en contact avec l’eau ; par M. Becquerel.

M. Becquerel avait déjà fait voir que deux lames, l’une d’or et l’autre de platine, ne donnent naissance à aucun effet électrique de tension par leur contact mutuel. Il résultait, de plus, de ses expériences, que si après avoir attaché ces deux lames aux deux extrémités du fil d’un multiplicateur, on les plonge dans un liquide qui ne réagit pas chimiquement sur l’or et sur le platine, il n’en résulte aucun courant. D’autre part, le simple contact de ces mêmes métaux avec le peroxide de manganèse, l’anthracite, la plombagine, etc., engendre de l’électricité de tension. Il était donc naturel d’étudier les courans dans des circuits fermés dont ces mêmes substances feraient partie. Tel est le principal objet des recherches que M. Becquerel a soumises aujourd’hui à l’Académie.

Supposons qu’une lame de platine et un cristal de peroxide de manganèse soient plongés en partie dans une même couche d’eau distillée, c’est-à-dire dans un liquide qui n’agit chimiquement ni sur le premier, ni sur le second de ces corps ; que les deux extrémités du fil d’un multiplicateur, puissent être amenées, ensemble ou séparément, à toucher, l’une la lame, la seconde le cristal, en sorte que le circuit soit ouvert ou fermé à la volonté de l’expérimentateur. Eh bien ! il y aura deux cas distincts à considérer : Quand on ouvre et ferme le circuit à de courts intervalles, l’aiguille magnétique de l’appareil reste en repos ; dans le cas, au contraire, où la solution de continuité a existé pendant plus de cinq minutes, l’aiguille se dévie au moment de la fermeture du circuit ; l’angle qu’elle parcourt croît avec la durée de l’interruption, mais la déviation ne subsiste que quelques instans. Cette augmentation d’effet a probablement une limite, déterminée par la force avec laquelle les électricités tendent à s’échapper des corps à la surface desquels elles se sont accumulées. M. Becquerel annonce, au surplus, des expériences qui montreront à tous les yeux, jusqu’à quel point il est permis d’assimiler les surfaces de la lame de platine et du cristal de peroxide de manganèse, à la couche isolante du condensateur.

L’instantanéité de la décharge, dans les expériences dont nous venons de rendre compte, n’a plus lieu quand la portion immergée du cristal a une grande étendue, c’est-à-dire, plusieurs centimètres carrés, par exemple. Suivant M. Becquerel, le peu de conductibilité du minéral ne permet pas alors à toute l’électricité intermoléculaire de s’écouler subitement.

M. Becquerel ayant plongé dans l’eau, mais seulement à moitié, un morceau de peroxide de manganèse composé de cristaux groupés irrégulièrement, a pu reconnaître, à l’aide des deux fils du condensateur promenés successivement sur toutes les parties de ce groupe cristallin, comment l’électricité s’y trouve distribuée. Peu de temps après l’immersion, les points non mouillés, mais les plus rapprochés de la portion immergée, possèdent l’électricité négative ; les points les plus éloignés du liquide, l’électricité positive. Il existe, comme de raison, des points neutres ou privés de toute trace d’électricité, entre les points négatifs et les points positifs. Un cristal de peroxide de manganèse à moitié plongé dans l’eau, devient donc, quant à ses propriétés électriques, une sorte de tourmaline[3].

La place que le peroxide de manganèse, l’anthracite, la plombagine, occupent sur notre globe, permet de croire que M. Becquerel vient de toucher à des considérations dont il ne sera plus guère permis aux géologues de faire abstraction.

Cristallographie.Sur les moyens de produire à l’aide de forces électriques très faibles, de la Malachite semblable à celle que l’on trouve dans la nature ; par M. Becquerel.

Il y a un an, M. Becquerel avait formé de la Malachite par des actions chimiques faibles et long-temps prolongées. Un morceau de calcaire grossier ayant été plongé entièrement dans une dissolution de nitrate de cuivre, se recouvrit à sa surface de petits cristaux de sous-nitrate de cuivre. Ce composé, mis en contact avec une dissolution de bicarbonate de soude, fut changé en double carbonate de cuivre et de soude, lequel, traité par le sulfate de cuivre, donna naissance à un sous-sulfate de cuivre et à du carbonate de cuivre hydraté. Voici maintenant de quelle manière, avec des forces électriques très faibles, il est possible d’arriver au même résultat :

On recouvre une lame de cuivre, de cristaux de double carbonate de cuivre et de soude, et l’on dispose l’appareil de telle sorte que cette même lame, plongeant dans de l’eau, en soit le pôle positif ; on fait arriver ensuite lentement sur ce pôle, de l’oxigène et de l’acide sulfurique destinés d’une part, à oxider le cuivre, et de l’autre à décomposer le double carbonate. Il se forme alors du sulfate de soude, lequel reste dissous, et du carbonate de cuivre, qui cristallise en petites aiguilles.

Magnétisme animal.Mémoire sur le Magnétisme animal ; par M. Dupotet.

M. Dupotet demande à l’Académie la permission de la rendre témoin d’expériences qui, suivant lui, « semblent, par leur nature, ne devoir être sujettes à aucune contradiction… Ces expériences, ajoute-t-il plus loin, ne pourront être confondues avec aucune de celles qui ont été tentées ou proposées pour arriver à prouver l’existence du magnétisme animal : elles sont entièrement différentes, et m’appartiennent en propre. »

L’Académie, d’après ses usages, ne refuse de commissaires qu’aux prétendus inventeurs du mouvement perpétuel, de la quadrature du cercle et de la trisection de l’angle. Elle a donc chargé une commission composée de MM. Gay-Lussac, Dulong, Magendie, Becquerel, Serres, Double et Roux, d’examiner les expériences annoncées. Toutefois, et en exécution du Réglement, les commissaires, avant de se livrer à aucun travail, exigeront de M. Dupotet un mémoire, dans lequel toutes les expériences qui devront être l’objet de leurs investigations, seront décrites et analysées avec des détails suffisans.

NOMINATIONS.
Nomination d’un correspondant.

Les candidats, dans l’ordre présenté par la section de physique générale, étaient : MM. Melloni, à Parme ; Marianini, à Venise ; Amici, à Florence ; Erman, à Berlin ; Rudberg, à Stockholm ; Bellani, à Monza. Quarante-deux membres prennent part au scrutin.

M. Melloni réunit 33 voix ; M. Marianini 4 ; MM. Amici, Erman et Bellani chacun une. Il y avait deux billets blancs. M. Melloni est proclamé correspondant de l’Académie.

Nomination de la commission de Mécanique du concours Montyon.

La commission, nommée au scrutin, qui devra statuer sur les pièces envoyées au concours pour le prix de Mécanique de la fondation Montyon, est composée de MM. Poncelet, Navier, Dupin, Prohy et Girard.


Il est donné lecture d’une lettre par laquelle M. le ministre de l’Instruction publique informe l’Institut qu’une députation de douze de ses membres fera partie mercredi prochain du cortége funèbre des victimes de l’attentat du 28 juillet.

M. le Président est invité à désigner lui-même les membres de l’Académie des Sciences qui se joindront aux députations des quatre autres Académies de l’Institut.

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Mémoires minéralogiques concernant le Wurtemberg et la Forêt Noire, par M. Henri de Struve ; 1807, un vol. in-8o (en allemand).

Bibliothèque universelle de Genève, avril 1835.

Traité élémentaire d’Histoire naturelle, par MM. Martin Saint-Ange et Guérin, 19e livraison, in-8o.

Bulletin général de thérapeutique médicale et chirurgicale, par M. Miquel, tom. 9, 5e livraison, in-8o.

Nouvelles astronomiques de M. Schumacher, nos 382 et 227 ; Altona, in-4o (en allemand).

Bulletin de la Société industrielle d’Angers, nos 3 et 4, 6e année, et Compte rendu de la séance générale et annuelle des Sociétés d’Agriculture, industrielle et de Médecine de la même ville.

Tableau statistique de l’École pratique de Metz, et résultat des opérations de cet établissement en 1834.

Journal des Connaissances médicales-pratiques, par MM. Tavernier et Baude, tom. 2, avril 1835.

Gazette médicale de Paris, no 31.

Gazette des Hôpitaux, no 89 à 92.

Journal de Santé, no 101.

Écho du Monde savant, no 69.



Observations météorologiques. — Juillet 1835


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SÉANCE DU LUNDI 10 AOÛT 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. Melloni, nouvellement élu correspondant de la section de Physique générale, remercie l’Académie.

M. Baudelocque (neveu) annonce qu’il vient de mettre en usage, dans deux nouveaux cas, et avec un nouveau succès, l’instrument qu’il nomme Céphalotribe, pour terminer des accouchemens qui n’avaient pu l’être par le forceps.

M. Laignel écrit qu’il désire soumettre à l’Académie un instrument de son invention, destiné à mesurer toute valeur de traction dans le charriage. Cet instrument, qu’il nomme tractiomètre, devient, par une légère addition, propre à mesurer le poids juste de chaque voiture. MM. Poncelet et Séguier sont nommés commissaires.

Anatomie. — M. Thomson communique les résultats de quelques recherches anatomiques sur les systèmes ligamenteux, musculaire, nerveux et artériel. Nous en extrayons et reproduisons, d’une manière sommaire, les propositions suivantes :

1o.Le muscle droit de l’abdomen n’est pas un muscle indépendant ; il est composé d’un certain nombre de fibres des tendons aponévrotiques des muscles grands et petits obliques, et du muscle transverse. Ces fibres tendineuses, après s’être entrelacées vis-à-vis les intersections aponévrotiques, se détournent un peu de leur trajet ordinaire pour prendre une direction plus verticale, devenir charnues et former les fibres ascendantes et descendantes qui constituent le muscle appelé droit de l’abdomen.

2o.Chaque muscle pyramidal est formé par un certain nombre de fibres des tendons aponévrotiques des muscles grands et petits obliques, et par des fibres tendineuses situées au bord interne du muscle droit de l’abdomen. Toutes ces fibres s’entrelacent vers la ligne médiane, et deviennent charnues pour constituer le muscle pyramidal.

3o.Les aponévroses qui couvrent les parties charnues des muscles abdominaux, et celles qui se trouvent situées entre les parties charnues de ces muscles, de même que le fascia transversalis, sont formées par des extensions fibrillaires des tendons aponévrotiques des muscles correspondans.

4o.Enfin, toutes les aponévroses d’enveloppe des membres sont également formées par des tendons aponévrotiques des muscles des extrémités.

À ces propositions sur la formation des muscles abdominaux et des aponévroses, nous en ajouterons deux autres : la première sur le système nerveux, la seconde sur le système artériel.

1o.Le nerf obturateur fournit à l’articulation coxo-fémorale et à l’articulation du genou, des branches qui se distribuent très finement sur les membranes synoviales.

2o.Les artères et les veines mésentériques, ont leur tunique moyenne formée de deux séries de fibres, dont une circulaire et interne, l’autre longitudinale et externe.

Voyage à la recherche de la Lilloise. — M. de Freycinet communique une lettre qu’il a reçue de M. Gaimard, chirurgien-naturaliste de la Recherche, datée d’Olafsvik (Islande), le 4 juillet 1835, et dont nous transcrivons l’extrait suivant :

« Me voici maintenant dans le golfe de Breedebugt, où l’on avait dit que s’était perdue la Lilloise ; je puis vous affirmer qu’il est absolument impossible qu’un navire se perde en ce lieu sans que les habitans en aient connaissance. Je pense donc que le bâtiment de M. Jules de Blosseville se sera perdu en se rendant sur les côtes du Groënland, et peut-être même près du cap Nord de l’Islande, en cherchant à se rendre à cette destination. Pour vérifier cette présomption, M. le capitaine Tréhouart, à bord de la Recherche, et moi par terre, nous allons nous rapprocher de ce dernier point ; mais les glaces solides empêchent en ce moment toute espèce de navigation sur la côte septentrionale de l’Islande.

» L’Histoire Naturelle n’a point été négligée, malgré les contrariétés de toute espèce que nous avons éprouvées, M. Robert, mon compagnon de voyage, et moi. Nos collections en Zoologie, Minéralogie, Botanique, etc., sont nombreuses, et contiennent des faits qui seront précieux pour la science. Au nombre des animaux se trouve le squalus glacialis, nommé par les Islandais Hâkall, qui n’a pas moins de 15 pieds de long.

» À bord de la Recherche, mon second, M. Le Guillou, recueille, décrit et dessine, avec beaucoup de zèle et de talent, tout ce qui lui tombe sous la main. Notre expédition étant ainsi moitié terrestre et moitié nautique, n’en sera que plus utile aux savans. Je m’occupe aussi, avec soin, de tout ce qui est relatif à l’étude de l’homme.

» Le baromètre que je portais avec moi à terre s’est brisé de bonne heure ; mais je multiplie les observations thermométriques aux heures les plus convenables. Je prends la température de l’air, celle des sources, des rivières, de la mer et des cabanes islandaises (sous le point de vue médical). Dans notre ascension au sommet du Snœfiells Jôkul, l’un des glaciers les plus célèbres de l’Islande, le thermomètre centigrade, qui était à +14°,3 à Olafsvik, s’est abaissé au sommet jusqu’à +3°,3.

» Après un grain violent du N.-O., le baromètre a varié de 18 millimètres en quelques heures, le 15 juin.

» Je vais continuer ma course vers le cap Nord ; de là je traverserai l’intérieur de l’Islande, et visiterai Thingvalla, le Geyser, et l’Hékla, et me rendrai enfin à Reykiavik, où le capitaine Tréhouart viendra me reprendre vers le 20 du mois d’août, à moins d’accidens. »

M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, qui a reçu aussi, de son côté, deux lettres de M. Gaimard, datées également d’Olafsvik, en Islande, mais des 6 et 7 juillet, ajoute que ce naturaliste, n’imitant point en cela la plupart des voyageurs, qui ont beaucoup trop négligé ce genre d’observations, étudie et recueille les animaux domestiques du pays. Déjà même il compte pouvoir ramener en France le cheval, le mouton et le chien d’Islande, races fort intéressantes, et qui toutes, à l’exception du mouton, sont encore inconnues.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Économie rurale.Des feuilles du Maclura aurantiaca (Nuttal), comme succédanées de celles du mûrier ; par M. Bonafous, de Turin, correspondant de l’Académie.

Déjà de nombreuses recherches ont été faites pour trouver une plante propre tout-à-la-fois, et à remplacer la feuille du mûrier comme nourriture du ver à soie, et à résister aux gelées tardives du printemps ; gelées qui si souvent suspendent la végétation de cet arbre, et la suspendent au moment même où le ver à soie est sur le point d’éclore. L’auteur de ce Mémoire étant à Montpellier au mois d’avril 1834, remarqua que le maclura aurantiaca, arbre qui, d’ailleurs, a tant de rapports avec le mûrier, résistait à un abaissement de température que ne pouvaient supporter ni le mûrier blanc, ni le mûrier noir, ni le mûrier des Philippines, ni celui de Constantinople ; et il songea aussitôt à s’assurer s’il pouvait être employé à la nourriture du ver à soie.

À cet effet, « il fit éclore des vers à soie d’une variété de Syrie, qu’il venait de recevoir, et, à peine les vers nés, il en forma deux divisions, qu’il nourrit, dans le même local, l’une avec des feuilles du maclura, et l’autre avec des feuilles du mûrier blanc. » Le résultat de cette expérience comparative fut, que les vers nourris avec le maclura eurent d’abord un accroissement plus rapide pendant les deux premiers âges ; mais qu’ensuite ceux nourris avec le mûrier blanc prirent, à leur tour, le dessus, et le conservèrent jusqu’à la montée. Néanmoins, et ceci est le point important de l’expérience, quoique en retard de sept à huit jours, les premiers, les vers nourris avec le maclura, ont formé des cocons d’une structure régulière et d’un tissu aussi ferme que ceux des vers nourris avec les feuilles du mûrier.

M. Bonafous en conclut que le maclura aurantiaca, sans offrir au même degré les qualités qui rendent le mûrier si propre à l’éducation des vers à soie, a toutefois sur lui le précieux avantage de pouvoir résister à des degrés de froid que celui-ci ne peut supporter. Dans les cas où le mûrier se trouve atteint par la gelée, il pourrait donc, du moins pour un certain temps, et jusqu’à ce qu’il eût poussé ses secondes feuilles, être remplacé par le maclura. C’est un point qui ne peut manquer d’appeler l’attention des agriculteurs qui s’occupent de la production de la soie. Un maclura de 12 à 15 pieds suffit pour nourrir, pendant les deux premiers âges, une quantité de vers provenant de 2 ou 3 onces de graine.

Cet arbre, récemment introduit en Europe, est originaire, comme on sait, de l’Amérique du Nord ; il est de la famille des Urticées ; il se reproduit aisément par semis, par greffe sur le mûrier à papier (Broussonetia papyrifera), et mieux encore par boutures des jeunes branches et des racines.

LECTURES.
Embryologie.Recherches sur la structure du cordon ombilical, et sur sa continuité avec le fœtus ; par M. Flourens.

L’auteur a fait voir, par un premier mémoire (séance du 20 Juillet 1835), que le cordon ombilical des pachydermes, des ruminans et des rongeurs, se compose, outre ses élémens vasculaires, de cinq lames ou membranes enveloppantes, savoir, deux feuillets de l’amnios et trois feuillets celluleux sous-amniotiques ; et que chacun de ces feuillets se continue avec un tissu distinct du fœtus : le feuillet extérieur de l’amnios avec l’épiderme du fœtus ; le feuillet intérieur avec le derme ; le premier feuillet sous-amniotique avec le tissu cellulaire sous-cutané abdominal ; le second avec l’aponévrose des muscles abdominaux ; et le troisième, ou le plus profond, avec le péritoine.

Dans ce second mémoire, il montre que les carnassiers rentrent entièrement sous les mêmes lois que les animaux qui viennent d’être indiqués, et par la nature, par le nombre des lames ou membranes enveloppantes du cordon, et par les rapports de ces membranes avec les tissus divers du fœtus.

Quant au cordon ombilical du fœtus humain, il offre bien encore cinq membranes, comme celui des quadrupèdes ; mais deux de ces membranes, savoir, deux des membranes celluleuses sous-amniotiques, y sont remplacées par deux lames du chorion. En effet, ce chorion a deux lames comme l’amnios ; ce chorion et cet amnios fournissent chacun une double gaîne au cordon ; à quoi il faut ajouter une cinquième lame, placée dans l’homme sous le chorion, et pareille aux trois lames celluleuses placées sous l’amnios dans les quadrupèdes ; et voici les rapports de chacune de ces cinq membranes du cordon avec chacun des tissus donnés du fœtus. Le feuillet extérieur de l’amnios se continue avec l’épiderme ; le feuillet intérieur avec le derme ; le premier feuillet du chorion avec le tissu cellulaire sous-cutané abdominal ; le second avec l’aponévrose des muscles abdominaux ; et le feuillet celluleux sous-chorial avec le péritoine.

Le caractère particulier du cordon ombilical humain consiste donc en ce que le chorion l’accompagne et lui fournit une double gaîne, tandis qu’il reste tout-à-fait extérieur par rapport à l’œuf, et par-là entièrement étranger au cordon, dans les quadrupèdes. Mais, soit que l’on considère l’homme ou les quadrupèdes, on voit partout les preuves de ce grand fait, que l’œuf et le fœtus sont essentiellement continus l’un à l’autre par le cordon ombilical, et non-seulement par ce cordon pris en masse, mais par ce cordon pris dans chacun des élémens distincts qui le constituent.

Physiologie animale. (Second Mémoire sur la chaleur animale.) Expériences sur différens cas pathologiques ; par MM. Becquerel et Breschet.

La première partie de ce mémoire est consacrée à décrire l’appareil à température constante, à laquelle les auteurs rapportent celle de la partie explorée. La construction de cet appareil, imaginé par M. Sorel, et accommodé par M. Becquerel au besoin de ses nouvelles expériences, repose sur la dilatation de l’air renfermé sous une cloche entièrement plongée dans un liquide dont on élève la température au degré fixe qu’exige l’expérience. La cloche communique avec un registre qui agit, au besoin, sur un courant d’air, pour diminuer ou augmenter la combustion nécessaire à l’entretien d’une lampe placée au-dessous de l’appareil qu’elle échauffe, en même temps qu’il intercepte ou établit la communication du foyer avec l’espace qui doit être maintenu à une température constante.

Cet appareil, une fois réglé, ne varie plus, de temps à autre, que d’un dixième de degré en plus ou en moins. Souvent même, dans l’espace de plusieurs heures, il ne varie plus d’une quantité appréciable.

La seconde partie du mémoire de MM. Becquerel et Breschet a pour objet l’exposition des résultats qu’ils ont obtenus. Nous reproduisons ici les moyennes de ces résultats dans les termes mêmes des auteurs.

« 1o.Un homme, âgé de 32 ans, atteint d’une fièvre typhoïde compliquée de bronchyte :

Le pouls donnait 116 pulsations à la minute.
Température centigrade du muscle biceps brachial 
38°,80
Température de la bouche 
39,65

» 2o.Un homme, âgé de 24 ans ; entérite compliquée de bronchyte :

116 pulsations à la minute.
Température du biceps brachial droit 
39°,50

» 3o.Jeune fille scrofuleuse dans un état fébrile bien marqué :

Température de la bouche 
37°,50
Idemd’une tumeur scrofuleuse enflammée à la partie inférieure du cou 
40,00
Idemd’une tumeur fongueuse dans le tissu cellulaire 
40,00
Idemdu biceps brachial 
37,25

» 4o.Demoiselle, de 30 ans, tumeur du même genre :

Température de la bouche 
36°,75
Idemd’une tumeur au col 
37,50
Idemdu biceps brachial 
37,00
Idemdu tissu cellulaire adjacent 
35,00

» 5o.Femme atteinte d’un cancer au sein :

Température de la bouche 
36°,60
Idemdu cancer 
36,60
Idemdes fongosités exubérantes 
36,60
Idemdu muscle biceps brachial 
36,60

» 6o.Jeune homme dans un état fébrile très prononcé :

Température du muscle biceps brachial 
38°,90

» 7o.Jeune homme atteint d’une carie scrofuleuse des os du pied :

Température de la bouche 
36°,50
Idemdu biceps brachial 
37,50
Idemde la plaie 
32,00

L’aiguille traversait le tissu cellulaire et l’aponévrose plantaire.

» 8o.Un homme, âgé de 45 ans, atteint d’une hémiplégie du côté gauche, avec commencement de gangrène sénile aux membres inférieurs :

Température du muscle biceps brachial, côté sain 
36°,40
Idemcôté malade 
36,60
Idemde la bouche 
36,40
Idemdu muscle du mollet, côté paralysé 
36,60
Idemcôté sain 
36,60

» 9o.Une femme, âgée de 49 ans ; engourdissemens et douleurs vives dans les membres inférieurs, à la suite d’une paraplégie :

Son pouls donnait 84 pulsations à la minute.

Température du muscle biceps brachial 
37°,14
Idemdes adducteurs de la cuisse 
37,55

» 10o.Un homme, âgé de 60 ans, atteint d’un tremblement mercuriel :

Température du biceps brachial droit, côté qui tremble le plus fort 
37°,04
Idemdu biceps brachial gauche, côté qui tremble le moins 
37,15

» 11o.Hydropisie du ventre, avec affection du cœur :

Température du muscle biceps brachial 
37°,05
Idemdu liquide se trouvant dans l’abdomen 
37,65

» 12o.Homme, âgé de 66 ans, atteint d’une hémiplégie :

Température du muscle biceps brachial, côté paralysé 
36°,85
Idemcôté sain 
36,85

» 13o.Il était intéressant d’étudier la diminution de la température dans un moribond, peu d’instans avant qu’il rendît le dernier soupir ; nous avons en conséquence expérimenté sur un homme ayant une variole confluente, arrivée au dernier degré. Le pouls battait 144 pulsations très faibles à la minute :

Température du muscle biceps brachial 
35°,85
Idemde la main sur l’éminence thénar 
32,00
L’individu est mort quelques minutes après.

» En résumé, nous voyons, en nous rappelant que la température des muscles est ordinairement d’environ 36°,87 :

»1o.Que l’état fébrile donne un accroissement de température dans ces organes, qui peut aller jusqu’à 3° centigrades ;

»2o.Que les tumeurs scrofuleuses fortement enflammées n’ont pas donné un accroissement plus considérable de température. Nous ferons remarquer que les parties purulentes ne participent pas à cet accroissement ;

»3o.Que le cancer n’a rien offert de particulier, si ce n’est un léger abaissement de température dans toutes les parties explorées ;

»4o.Que la paralysie n’a présenté non plus aucune différence bien sensible entre la température du membre malade et celle du membre paralysé

»5o.Qu’à l’instant de mourir, la température du biceps brachial était déjà abaissée d’un degré  et celle de la main, dans l’intérieur de l’éminence thénar, d’environ cinq degrés. »

Physique mathématique.Note sur les inégalités diurnes et annuelles de la Terre, correspondantes à celles de la chaleur solaire ; par M. Poisson.

« En considérant les inégalités de la chaleur de la Terre près de sa surface, Fourier a supposé donnée la température de la surface même, et s’est borné à déterminer, d’après ses variations, celles de la température à une profondeur quelconque. Cette solution laissait inconnus les rapports qui doivent exister entre les températures extérieure et intérieure ; pour les déterminer, Laplace a pris, pour la température extérieure, celle que marque un thermomètre suspendu dans l’air et exposé à l’ombre, que l’on appelle la température climatérique, et qui dépend, d’une manière inconnue, de la chaleur atmosphérique et de la chaleur rayonnante de la Terre. Je n’ai pas connaissance que l’on ait déterminé les inégalités diurnes et annuelles de la température de la Terre, produites par la chaleur du Soleil qui tombe sur sa superficie, autre part que dans l’ouvrage auquel j’ai donné le titre de Théorie mathématique de la Chaleur. Les savans qui jetteront les yeux sur la thèse soutenue, il y a un an, devant la Faculté des Sciences de Paris, et dont il a été question dans une des dernières séances de l’Académie, s’assureront sans peine qu’elle ne contient réellement rien qui soit relatif à cette partie du problème de la chaleur du globe. Mon premier mémoire sur la Distribution de la Chaleur dans les corps solides, renfermait l’expression de la température près de la surface, quand celle du dehors est représentée par une somme d’un nombre quelconque de termes périodiques, et j’avais montré comment cette formule pouvait s’étendre au cas où la température extérieure serait une fonction du temps tout-à-fait arbitraire, continue ou discontinue. Mais cette extension n’était pas nécessaire pour déterminer les inégalités de température de la Terre, correspondantes à celles de la chaleur solaire. Pour y parvenir, j’ai considéré l’expression de la chaleur du Soleil, incidente en un point de la Terre et à un instant donnés, comme une fonction discontinue, dont la valeur est zéro pendant tout le temps que le Soleil se trouve au-dessous de l’horizon, et qui change aussi plusieurs fois de forme, dans les régions polaires, par rapport à la longitude de cet astre. Il a suffi ensuite de développer cette fonction en une série convergente de sinus ou de cosinus des multiples de l’angle horaire et de la longitude moyenne du Soleil, considérés comme des angles indépendans l’un de l’autre ; c’était là toute la solution du problème ; mais la simple indication d’un développement suivant les multiples de l’un de ces deux angles, et en regardant l’autre comme une fraction ou un multiple de celui-là, aurait été illusoire et n’eût conduit à aucun résultat. La partie indépendante des inégalités diurnes et annuelles dans l’expression de la température de la Terre que j’ai obtenue de cette manière, est sa température moyenne près de la surface et en un lieu quelconque, résultante de l’action du Soleil. Sa valeur dépend des fonctions elliptiques ; et j’ai pu la calculer à l’équateur et à la latitude de Paris, au moyen des tables de Legendre. On peut transformer ces fonctions de bien des manières différentes, et découvrir beaucoup de propriétés intéressantes dont elles jouissent ; mais ce qui importait pour leurs usages, c’était de les réduire à leur moindre nombre, de les exprimer sous forme périodique, comme Lagrange l’avait seulement indiqué, et surtout de former des tables de leurs valeurs numériques. Tel est, en effet, le service durable que l’illustre auteur du Traité des Fonctions elliptiques a rendu aux sciences, et l’immense travail auquel il a consacré la plus grande partie de sa longue carrière. Le coefficient de la partie principale de l’inégalité annuelle de température s’exprime plus simplement, et ne dépend pas des fonctions elliptiques. Il est nul à l’équateur ; ce qui rend cette inégalité très petite en ce lieu de la Terre, conformément aux observations de M. Boussingault. On a calculé, pour la latitude de Paris, les grandeurs et les époques du maximum et du minimum de la température annuelle, en tenant compte des deux premiers termes de son expression en série, telle qu’elle est donnée dans mon ouvrage. Après avoir déterminé les deux constantes qu’elle renferme, et qui dépendent de la nature du terrain, au moyen d’une partie des observations qui m’ont été communiquées par M. Arago, j’ai ensuite comparé les résultats du calcul à la totalité de ces observations ; cette comparaison a présenté un accord remarquable entre la théorie et l’expérience, propre à vérifier également l’une et l’autre : relativement à l’excès du maximum sur le minimum des températures annuelles, la différence entre le calcul et l’observation est moindre qu’un trentième de sa grandeur, et par rapport aux époques de ces températures extrêmes, elle s’élève tout au plus à un jour ou deux.

» D’après des observations que notre confrère m’a aussi communiquées, il arrive souvent que la température de la surface de la Terre excède de beaucoup celle que marque un thermomètre suspendu dans l’air et exposé à l’ombre ou au Soleil. Cependant la moyenne des températures de la surface pendant l’année entière est à peu près égale à celle des températures indiquées par le thermomètre abrité, autant qu’il est possible, des rayons du Soleil. J’ai vérifié cette égalité à notre latitude et à l’équateur ; toutefois, il sera difficile d’en assigner la cause ; et il se peut qu’elle n’ait pas lieu aux pôles et à de hautes latitudes. Mais la différence entre la température de la surface et celle du thermomètre extérieur se retrouve dans leurs valeurs extrêmes. Ainsi, il résulte des formules de mon ouvrage, qu’à Paris l’excès de la plus grande sur la plus petite température de la surface pendant l’année s’élève à près de 24 degrés ; tandis que la différence des températures moyennes, marquées par le thermomètre de l’Observatoire en juillet et en janvier, où elles atteignent leur maximum et leur minimum, est à peine de 18 degrés.

» J’ai expliqué, dans cet ouvrage, ce qu’il faudrait faire pour calculer le degré de chaleur de l’espace au lieu où la Terre se trouve actuellement par suite du mouvement de translation commun au Soleil et aux planètes, et comment nous manquons des données de l’observation que ce calcul exige. Néanmoins, pour fixer les idées sur la grandeur de cette température, qu’il serait si intéressant de connaître, j’ai supposé que la chaleur qui vient des étoiles soit la même en tous les points de la Terre. À Paris, j’ai déterminé avec beaucoup de précision la température moyenne de la surface et la partie dépendante de la chaleur solaire absorbée par la Terre. On conclut de cette hypothèse et de ces données, que la température de l’espace serait d’à peu près 13 degrés. À la vérité, dans cette évaluation, on n’a point eu égard à l’effet produit par l’atmosphère ; mais on a fait remarquer que cet effet inconnu ne pourrait qu’augmenter la température extérieure qu’on voulait estimer ; en sorte qu’elle est sans doute peu différente de zéro, et non pas, comme on l’avait dit, au-dessous des températures les plus basses de la surface du globe, et, par exemple, au-dessous de la température où le mercure se solidifie. L’expérience seule peut d’ailleurs décider, d’une manière péremptoire, si la quantité de chaleur stellaire qui parvient à la Terre, est ou n’est pas la même dans toutes les régions du globe, et, pour un même lieu, dans toutes les directions. C’est un des points les plus importans de la Physique céleste, sur lequel il était bon d’appeler l’attention des observateurs. »

NOMINATIONS.

M. Becquerel est adjoint à la commission qui doit rendre compte des mémoires de M. Leymerie, sur la fièvre jaune et sur le choléra-morbus.

M. Breschet est appelé à remplacer M. Dupuytren dans la commission qui est chargée de l’examen des pièces relatives à la question de l’emploi de la gélatine, considérée comme aliment.


L’Académie désigne, au scrutin, trois commissaires, qui devront assister, en son nom, à la cérémonie de l’inauguration de la statue de G. Cuvier, sur une des places de la ville de Montbéliard, inauguration qui doit avoir lieu le 23 août, jour anniversaire de la naissance de ce grand homme.

Ces commissaires sont MM. Duméril, Mirbel et Flourens.

La séance est levée à 5 heures.

F.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, no 1, in-4o.

Expédition scientifique de Morée, sous la direction de M. Bory de Saint-Vincent ; 34me livraison, in-folio.

Mémoires de l’Académie royale des Sciences de Berlin, année 1833, Berlin, 1835 ; un vol. in-4o (en allemand).

Syllabus of lectures on the diseases of the nervous system ; by Marshall Hall ; London 1835, in-8o.

Le Mont-d’Or et ses environs ; par M. H. Lecoq ; un vol. in-8o, Paris, 1835.

Traité théorique et pratique des Machines locomotives, etc., suivi d’un appendice ; par M. Guyonneau de Pambour ; Paris, 1835, in-8o.

Histoire et Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, années 1828–1833, tome 3, 1re et 2e partie, Toulouse, in-8o.

Œuvres chirurgicales complètes de Sir Astley Cooper, traduites de l’anglais, par MM. Chassaignac et Richelot ; 1re et 2e livraison, Paris, in-8o.

Archives générales de Médecine, par une société de médecins ; 2e série ; tome 8, Paris, in-8o.

Philosophie anti-newtonienne, ou Essai sur une nouvelle physique de l’Univers ; par M. Dauter ; 1re livraison, Lille 1835, in-8o.

Énumération des mousses et des hépatiques recueillies par M. Leprieur, dans la Guyane centrale ; par M. C. Montagne, in-8o.

Journal de Chimie médicale, de Pharmacie et de Toxicologie ; no 8, tome I, 2e série, in-8o.

Journal de Pharmacie et des sciences accessoires, no 8, 21e année, in-8o.

Bulletin clinique, no 4, 1er août, in-8o.

Gazette médicale de Paris, no 32.

Gazette des hôpitaux, nos 92 et 94.

Écho du monde savant, no 71.



SÉANCE DU LUNDI 17 AOÛT 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. le ministre de l’instruction publique invite les membres de l’Académie des Sciences à honorer de leur présence la cérémonie de la distribution des prix du concours général des colléges royaux de l’Académie de Paris.

M. John Parkins adresse les résultats des recherches qu’il a entreprises sur les causes éloignées des maladies épidémiques (en anglais).

M. Parkins a cru trouver la cause, si vainement cherchée jusqu’ici, des maladies épidémiques, dans des émanations terrestres liées aux actions volcaniques. Il voit une preuve à l’appui de sa théorie, dans la manière dont, suivant lui, ces maladies épidémiques se propagent.

M. le docteur Barrey de Besançon, se met sur les rangs pour le concours Montyon, en rappelant d’anciens travaux qu’il avait faits sur la vaccine.

M. Nicod adresse douze observations destinées à compléter celles qui se trouvent contenues dans un mémoire relatif aux maladies de l’urètre, qu’il avait déjà présenté pour le concours Montyon.

M. Faure demande que des commissaires soient chargés d’examiner le mémoire dont il est l’auteur, concernant les époques de l’année les plus favorables aux opérations chirurgicales.

M. Fert jeune, découpeur en bois, envoie une prétendue solution de la quadrature du cercle.

M. Emmery annonce que conformément à une décision rendue par le directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines, l’Académie recevra régulièrement, au fur et à mesure de leur publication, les divers numéros du journal intitulé : Annales des Ponts et Chaussées.

Chimie.Composition de l’Atmosphère.

M. Boussingault, professeur de chimie à la Faculté des Sciences de Lyon, a reconnu, dès l’année 1834, qu’un principe hydrogéné est mêlé à l’air atmosphérique ; mais toutes les expériences de ce chimiste ayant été faites à Paris, rue du Parc-Royal, on pouvait, à la rigueur, ne voir dans le résultat qu’on en déduisait, qu’un phénomène local. M. Boussingault écrit, de Lyon, à M. Arago, que là aussi, son appareil lui donne de l’hydrogène ; que là aussi, du jour au lendemain, les proportions de ce gaz contenues dans l’air, varient quelquefois dans le rapport de 2 à 3. M. Matteucci annonce à notre compatriote, qu’en suivant ses procédés de point en point, il a également constaté que l’air de l’Italie renferme un principe hydrogéné. Il ajoute même cette circonstance importante, que, près des marais, la proportion d’hydrogène est souvent trois fois aussi considérable qu’au milieu des grandes villes.

L’air de Lyon, d’après des expériences toutes récentes de M. Boussingault, renferme 6,  7 et même 8 parties d’acide carbonique sur 10000. C’est beaucoup plus que n’en trouve M. de Saussure dans l’air de la campagne des environs de Genève.

Météorologie.Description d’une trombe, par M. Pellis, professeur de Mathématiques au collége de Sainte-Foy (Gironde) (tirée d’une lettre à M. Arago).

« Le 28 juillet 1835, le ciel était orageux, le tonnerre grondait avec force, mais il ne tombait pas de pluie. Vers midi, on vit au-dessus de Flaujagues (hameau situé à une lieue de Sainte-Foy, en suivant le cours de la Dordogne) un gros nuage noir vers lequel les autres se précipitaient en tourbillonnant ; ceux-ci s’engloutissaient tous dans le premier, qui peu à peu prit une forme allongée vers la terre et se transforma enfin en une colonne inclinée, très noire et très nette, qui communiquait avec le sol. Cette colonne fit une excavation à l’endroit même où elle joignit la terre. Poussés par le vent, le nuage et la colonne cheminèrent d’abord dans la direction du sud-ouest au nord-est ; le bas de la colonne passa sur le hameau de Flaujagues, traversa la Dordogne, atteignit l’extrémité de Lamothe ; de là se dirigeant du sud au nord, il traversa la commune de Saint-Seurin de Prast et enfin repassa de nouveau sur la Dordogne qui fait un détour. Arrivée au milieu de la rivière, la colonne, dont le diamètre avait été toujours en diminuant, se rompit dans son milieu ; la partie inférieure se répandit sur l’eau et la terre en fumée très noire, et la partie supérieure remonta dans les nuages.

» Cette colonne parcourut une lieue, et cela dans l’espace de vingt minutes ; elle ne produisit pas d’eau, mais l’on voyait distinctement dans son intérieur deux courans tournans, l’un ascendant et l’autre descendant. Elle renversa tout sur son passage. À Flaujagues elle enleva vingt-quatre gerbes de blé amoncelées : on ne put rien en retrouver. Sur la rivière elle saisit le moulin retenu par des chaînes contre l’action du courant, et le retourna bout par bout. Dans la commune de Saint-Seurin, la plaine est ravagée sur une longueur de 50 à 60 mètres ; mais dans le milieu de cet espace et sur une largeur de 8 à 10 mètres, tout a été enlevé. J’ai vu des arbres de la grosseur d’un homme dont il ne reste absolument rien, là où ils végétaient ; plusieurs d’entre eux, que leur force empêcha d’être brisés, furent tordus et tellement qu’un point de la partie supérieure du tronc avait décrit une circonférence presque entière. Dans sa route, la colonne passa sur une petite maison attenante à une plus grande. Sur cette dernière, quelques tuiles furent enlevées ; mais la plus petite eut sa toiture entière emportée à plus de cent pas au-delà d’un ravin et totalement dispersée. Plus loin encore, elle enleva une partie de la toiture d’une autre maison ; puis, en aspirant, elle souleva le plancher de 5 à 6 pouces.

» La colonne s’élargissait à la surface de la terre et laissait échapper une fumée très noire qui couvrit toute la plaine et l’obscurcit tellement que les habitans des collines environnantes annoncèrent que la commune de Saint-Seurin était engloutie et avait tout-à-fait disparu.

» Les habitans des collines assurent que le bas de la colonne était lumineux ; les habitans de la plaine disent au contraire n’avoir vu dans toute son étendue qu’une obscurité profonde.

» Le tonnerre, qui se faisait entendre avec violence depuis onze heures du matin, cessa complétement dès que la colonne atteignit la terre ; il ne recommença qu’après la disparition du météore.

» Il ne plut pas jusqu’au soir. La trombe ne laissa aucune trace d’eau, et la fumée qu’elle répandait n’était pas même humide, d’après ce que disent les habitans du lieu ; aucune odeur sensible ne s’en dégageait. »

Physique terrestre.Puits artésien en Hollande.

M. Moll, directeur de l’observatoire d’Utrecht, écrit à M. Arago, qu’on vient de faire en Hollande, dans la province dont la ville d’Utrecht est la capitale, un essai de forage artésien qui jusqu’ici n’a point donné de résultats favorables. L’opération, néanmoins, envisagée sous le rapport géologique, n’est pas dépourvue d’intérêt et semble devoir modifier notablement les opinions les plus répandues sur la constitution du sol des Pays-Bas, je veux dire sur l’hypothèse qui fait dériver ce sol des alluvions du Rhin.

Le point où le forage a été opéré, fait partie de cette grande bruyère, qui, de la Hollande, s’étend presque sans interruption jusqu’en Prusse et en Pologne. Les nivellemens de M. Moll le placent par 16 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer du Nord. À la fin de juin 1834, la sonde s’était enfoncée de 132 mètres ; elle se trouvait donc à 116 mètres plus bas que le niveau de la mer. Suivant les idées communes, après le sable dont ces plaines sont couvertes, on devait s’attendre à rencontrer le terrain d’alluvion, c’est-à-dire des argiles et surtout différentes espèces de tourbe. On pouvait aussi imaginer que des coquilles se présenteraient de bonne heure ; rien de tout cela ne s’est vérifié. « Jusqu’à la profondeur de 132 mètres, on n’a trouvé, dit M. Moll, que du sable et des cailloux roulés, et ceux que la sonde a rapportés de la plus grande profondeur ne diffèrent en rien des sables qu’on ramasse à la surface. Ce sable est tantôt plus fin, tantôt plus gros ; sa couleur change de temps à autre ; assez fréquemment il contient de l’oxide de fer : mais tout cela se trouve également à la surface. Par-ci, par-là on a rencontré quelques bancs argileux, mais d’une petite épaisseur. D’autres fois la sonde a rapporté cet oxide de fer qu’on nomme géodes, ensuite du fer oxidé hydraté, etc., rarement du silex entouré de craie. Enfin, à une profondeur de 83m,5, on a eu un fragment de coquille bivalve, brisé en trois morceaux : il paraît que le fragment est trop petit pour qu’on puisse reconnaître s’il appartient à une espèce d’eau douce. À 129 mètres, on a trouvé des fragmens d’un bois très dur et très pesant (la pesanteur spécifique est à peu près 2). Examinées au microscope, des sections très minces de ce bois ressemblent assez au bois d’ébène ; quelques personnes ont cru y voir le caractère des lignites ; pour moi, je trouve qu’ils ont précisément la couleur et la dureté de ce bois des pilotis de l’ancien pont de Londres, dont on a fait naguère des couteaux et des rasoirs fort recherchés des curieux.

» Après avoir traversé un banc de sable parfaitement semblable à celui que l’on trouve près de la superficie, la sonde a encore rapporté, d’une profondeur de 135 mètres, des fragmens de coquilles très menus, dont jusqu’ici on n’a pas réussi à déterminer l’espèce ; ensuite on a rencontré de nouveau du sable, et l’on continue encore d’avancer, quoique avec des espérances de succès bien médiocres. »

Depuis la profondeur de 11 mètres comptés à partir du sol, le trou de sonde est rempli d’eau. M. Moll ne dit pas si cette eau est douce ou saumâtre. Sa température déterminée avec des appareils convenables, a paru être partout la même, « ce qui ne semblera guère étonnant, dit l’astronome d’Utrecht, si l’on fait attention que la sonde montant et descendant sans cesse, doit mêler continuellement l’eau contenue dans ce tube étroit. »

Une difficulté toutefois, se présente : M. Moll s’est assuré que l’eau du puits foré, était à +10°,0 centigrades tout aussi bien par une température extérieure de −0°,6, que par +23°,3 de chaleur. Or la température moyenne d’Utrecht se trouve être de +9°,2. Elle n’est donc pas d’un degré tout entier au-dessous de la température de l’eau du puits. Que devient donc ici la chaleur croissante de la terre ?

À 132 mètres, le fond du trou semblerait devoir être à 14 ou 15 degrés. En remontant, on se serait attendu à trouver jusqu’à 10 ou 12 mètres de la surface, des parois ou des veines d’eau à des températures comprises entre 14°,5 et 9°,5, et conséquemment un état moyen du liquide supérieur à +10°. Si l’eau de la mer arrivait jusqu’au trou de sonde par voie d’infiltration à travers le sable, on expliquerait peut-être assez facilement pourquoi sa température ne surpasse pas 10°. Espérons que M. Moll s’empressera d’éclaircir ce qu’il y a de louche en ce moment dans le résultat qu’il a obtenu.

Chimie.Nouvelle substance, la Benzimide. Moyen d’extraire le radical benzoyle.

En examinant une matière résineuse qui avait été obtenue par M. Laugier fils en rectifiant de l’essence d’amandes amères, M. Auguste Laurent a trouvé qu’elle renferme de la benzoïne et une nouvelle substance qu’il nomme benzimide. Cette substance est cristallisée, neutre, insoluble dans l’eau et peu soluble dans l’alcool et l’éther. Si on la traite par l’acide sulfurique, on obtient de l’acide benzoïque et du sulfate d’ammoniaque ; avec la potasse, la benzimide donne du benzoate de cette base, et il se dégage de l’ammoniaque ; avec l’acide nitrique et l’alcool elle forme de l’éther benzoïque et du nitrate d’ammoniaque. Sa composition, qui peut être représentée par la formule suivante, rend très bien compte de ces réactions :

.

Il suffit, en effet, dit M. Laurent, qu’elle puisse décomposer 2 at. d’eau, pour régénérer de l’acide benzoïque et de l’ammoniaque dans les proportions nécessaires pour former du bibenzoate d’ammoniaque.

MM. Wœhler et Liebig, ajoute l’auteur, ont fait voir que toutes les combinaisons benzoïques renferment un radical commun, auquel ils ont donné le nom de benzoyle ; mais jusqu’à présent on n’est pas parvenu à l’extraire.

En traitant, par le chlore, la benzoïne qui est isomère avec l’essence d’amandes amères, il se dégage, dit M. Laurent, de l’acide hydro-chlorique, et l’on obtient le radical benzoyle.

C’est un corps neutre, très bien cristallisé, insoluble dans l’eau et très soluble dans l’alcool et l’éther. Il renferme

.

Si l’on représente la benzoïne par et l’essence d’amandes amères par , on doit avoir, conformément à la théorie des substitutions, les réactions suivantes avec le chlore :

, qui se dégage.
Benzoyle.
, qui se dégage.
Chlorure de benzoyle.
Astronomie.Retour de la comète de Halley.

M. Dumouchel, directeur de l’observatoire du collége romain, écrit à M. Bouvard, à la date du 6 août 1835, que la veille, c’est-à-dire le 5 août, à 0 heures 20 minutes sidérales, lui et M. Vico, son collaborateur, ayant dirigé leur grand télescope vers le point du ciel où les éphémérides plaçaient la comète de Halley, l’aperçurent dans le champ de l’instrument. Sa lumière était extrêmement faible. Le crépuscule, déjà assez vif, et des nuages « nous donnèrent à peine, dit M. Dumouchel, le temps de déterminer la position de l’astre avec quelque exactitude ; l’ascension droite nous sembla être de 5h 26′, et la déclinaison boréale de 22° 17′.

» Le 6 août la comète parut s’être avancée sensiblement vers l’orient, mais sa position n’a pas encore été calculée. »

La position que donne M. Dumouchel, pour le 5, diffère à peine d’un tiers de degré de l’éphéméride insérée dans la Connaissance des Tems : une telle discordance, quelque légère qu’elle soit, n’est pas probable. Au reste, la lumière crépusculaire ne sera plus maintenant un obstacle à l’observation de la comète dans nos climats, et le doute que la discordance dont je viens de rendre compte peut soulever, sera bientôt éclairci.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Mécanique appliquée.Pyraéromoteur, ou Machine ayant pour but d’appliquer à l’industrie la force motrice du calorique développée par l’intermédiaire de gaz permanens, et particulièrement par l’air atmosphérique ; par M. Boucherot, employé dans les Ponts et Chaussées.
(Commissaires, MM. Séguier et Rogniat.)

L’auteur de ce projet de machine comprime l’air atmosphérique avant de le laisser entrer dans le lieu où doit s’opérer sa dilatation par la chaleur. Le lieu en question n’est, au reste, qu’une combinaison de sphères concentriques.

RAPPORTS.
Rapport sur un lit de mine inventé par M. Valat, docteur-médecin.
(Commissaires, MM. Cordier, Breschet, Séguier.)

Nous insérons ici en totalité le rapport de M. Cordier, dans l’espérance que les propriétaires de mines s’empresseront, par humanité, d’adopter les moyens de sauvetage qui s’y trouvent décrits et appréciés.

« L’Académie, dans sa séance du 13 juillet dernier, nous a chargés, MM. Séguier, Breschet et moi, de lui rendre compte d’un modèle de lit de mine, ou appareil de sauvetage, pour les ouvriers mineurs blessés ou asphyxiés, qui lui a été présenté par M. Valat, docteur-médecin, qui a été successivement employé en cette qualité dans plusieurs exploitations importantes.

» M. Valat, dans le mémoire qui accompagne son modèle, expose en détail l’imperfection des moyens qui sont communément employés dans l’intérieur des mines pour transporter, jusqu’aux puits de service, les ouvriers blessés ou asphyxiés, et surtout pour les élever au jour à partir du fond de ces puits.

» Ces moyens, en effet, n’ont rien de fixe ; dans chaque exploitation, on a coutume de les improviser suivant les ressources dont on peut disposer au moment des accidens, et souvent ces ressources sont si incomplètes qu’il résulte de leur emploi, non-seulement des douleurs intolérables pour les malheureux mineurs qui ont des membres fracturés, mais encore une aggravation des fractures et de nouvelles lésions dans les parties musculaires qui en sont voisines. Par exemple, lorsque les accidens ont eu lieu au fond des galeries souterraines, tantôt on manque de moyens pour composer un brancard convenable, ou bien les conduits sont tellement sinueux, tellement étroits, ou tellement encombrés, qu’on ne peut se servir de brancard ordinaire, et dans les deux cas, il faut que les blessés soient portés à bras d’hommes ; tantôt la distance à parcourir est très grande, et l’on est obligé de faire usage des chariots ou des traînaux qui servent aux roulages des matières : or cette circulation souterraine est un vrai supplice pour le blessé, à cause des cahots continuels et à raison de la forme et des trop petites dimensions des traînaux et des chariots. Mais ces inconvéniens ne sont rien, pour ainsi dire, en comparaison de ce que les blessés ont ensuite à souffrir, tant pour être établis sur la tonne ou dans la tonne qui doit les élever au jour, que pour supporter, dans la position la plus pénible, les premières secousses de l’enlèvement de la tonne, les angoisses occasionnées par la durée de la remonte et les nouveaux tiraillemens qu’il faut subir, à l’arrivée au jour, pour passer de la tonne sur le brancard qui doit opérer le transport à domicile. Les camarades des blessés, les employés supérieurs des exploitations, sont sans contredit très ingénieux et très empressés à diminuer ces inconvéniens fâcheux, mais leurs efforts quelquefois admirables, et leur touchante sollicitude, sont souvent bien impuissans. » C’est donc avec raison que M. Valat s’est proposé le problème qu’il énonce en ces termes :

« Un mineur étant blessé ou asphyxié dans une galerie ou dans un puits, quelque étroits qu’on les pratique, trouver une méthode, un procédé pour l’enlever et le transporter sur-le-champ, du lieu souterrain de son accident, jusque chez lui, dans son lit, sans danger, ni douleurs, ni autres inconvéniens, et sans le déranger non plus, dès qu’il aura été pansé et placé dans la machine de transport. »

L’appareil que M. Valat a imaginé dans ce but, consiste en une caisse en forme de cercueil, avec cette différence qu’elle est pentagonale et légèrement infléchie dans le sens de sa longueur ; son couvercle est mobile : elle contient un matelas traversé par une petite sellette et en outre des sangles qui sont convenablement placées pour soutenir le blessé lorsque la caisse doit remonter au jour, et prendre à cet effet une position presque verticale. La caisse reçoit aisément cette position au moyen de chaînons en forme d’anses qui se trouvent fixés à l’une de ses extrémités. Cette même extrémité sert de plate-forme pour le mineur qui doit présider à la remonte. Le déploiement de quatre bras à charnières change la caisse en brancard, lorsqu’on doit s’en servir horizontalement. L’appareil présente en outre plusieurs dispositions de détail bien entendues qui le complètent d’une manière satisfaisante. Les membres de l’Académie pourront aisément s’en convaincre en examinant le modèle qui passe en ce moment sous leurs yeux ; modèle qui a d’ailleurs été décrit avec le plus grand soin dans le mémoire de M. Valat.

L’essai en grand de cet appareil a eu lieu aux mines de houille de Blanzy, département de Saône-et-Loire, le 9 mai dernier, en présence des employés supérieurs de l’établissement. Ainsi qu’on devait s’y attendre, cet essai, dont le procès-verbal est joint au mémoire de l’auteur, a été satisfaisant.

L’appareil de M. Valat nous paraît éminemment utile et susceptible des plus heureuses applications. Il n’est pas à notre connaissance qu’aucun moyen de sauvetage analogue ait été mis en pratique dans les mines d’aucun pays, à l’exception cependant des mines de houille de Littry, dans le département du Calvados. Depuis plusieurs années on se sert dans ces mines d’un chariot de sauvetage qui est convenablement disposé pour qu’on puisse non-seulement y étendre complétement les blessés et les rouler doucement, mais encore les maintenir dans une position verticale lorsque le chariot est enlevé par le puits de service. Le dessin de ce chariot nous a été communiqué par notre confrère M. Héricart de Thury, et nous nous faisons un devoir de le soumettre à l’Académie. La comparaison qu’on pourra en faire avec le modèle de M. Valat, suffira pour démontrer que ce modèle satisfait à un plus grand nombre des conditions auxquelles il fallait avoir égard pour résoudre d’une manière générale le problème dont il s’agit. Il n’y a d’ailleurs aucune probabilité que M. Valat ait eu connaissance du chariot de Littry, en sorte qu’il est autorisé à réclamer tout le mérite qui peut être attribué à son invention.

Conclusions.

Nous pensons définitivement que l’Académie doit approuver l’appareil de M. Valat, et décider que le dessin de cet appareil sera inséré dans le recueil des Savans étrangers, avec une notice explicative propre à en faire connaître l’usage et apprécier l’utilité. L’Académie adopte les conclusions du rapport.

Rapport sur un mémoire de M. Bardel, concernant la soustraction des fractions.

(Commissaires, MM. Poisson, Libri rapporteur.)

Le mémoire de M. Bardel a pour objet des points du calcul arithmétique fort élémentaires. Les simplifications qui s’y trouvent indiquées se présentent d’elles-mêmes à toute personne médiocrement versée dans l’algèbre ; quelques-unes de ces simplifications, néanmoins, pourraient avec avantage prendre place dans les élémens ; telle serait, par exemple, la suivante :

Étant proposé de soustraire une fraction d’une autre fraction, pour trouver le numérateur du reste, on multipliera le numérateur de la première fraction par la différence des deux termes de la seconde ; le numérateur de la seconde, par la différence des deux termes de la première, et la différence de ces deux produits sera le numérateur cherché. On comprendra aisément que cette méthode doit abréger considérablement les calculs, lorsque dans chacune des fractions données, les deux termes diffèrent peu l’un de l’autre.

M. Bardel, ancien bénédictin, déjà parvenu à un grand âge, cherche dans des travaux scientifiques un soulagement aux maux de plus d’un genre dont il est accablé. MM. Poisson et Libri ont proposé à l’Académie d’approuver son travail. Cette conclusion du rapport a été adoptée.

Rapport sur un Pied romain, fait à l’Académie des Inscriptions, et communiqué à l’Académie des Sciences ; par MM. Walckenaer et Jomard.

En faisant des fouilles vers le mois de septembre dernier dans la forêt de Maulevrier, à 7 lieues de Rouen, on découvrit une règle de métal bien conservée. Cette règle est en deux parties jointes par une charnière et porte des divisions. Les auteurs du rapport ne doutent pas qu’elle ne soit une mesure antique, un pied romain, mais d’une exécution imparfaite et d’une dimension trop courte. Sa longueur n’est, en effet, que de 292mm,5 ; or, en s’appuyant sur une foule d’objets découverts dans les fouilles d’Herculanum et de Pompeii, et particulièrement sur six mesures en bronze ou en ivoire conservées au Musée de Naples, M. Samuel Cagnazzi a trouvé pour la valeur du pied romain, 296mm,24.

Un pied romain déposé au Musée du Louvre, dans un état de conservation parfait, a une longueur de 296mm,30, d’après les mesures de MM. les commissaires de l’Académie des Inscriptions.

LECTURES.
Géologie. — Note sur des empreintes de pieds d’un quadrupède, dans la formation de grès bigarré de Hildburghausen, en Allemagne ; par M. A. de Humboldt.

« J’ose, après une longue absence, fixer l’attention de l’Académie pour quelques instans, sur un phénomène géologique d’autant plus curieux, qu’il se lie à la grande question de l’époque de la première apparition des mammifères à la surface de notre planète. Il y a déjà plus d’un an que, dans un terrain de grès bigarré (bunte sandstein), entre le village de Hesberg et la ville de Hildburghausen, sur le revers du Thuringer Wald, on a reconnu des empreintes de pieds de grands animaux plantigrades, qui ont traversé la surface encore molle de la roche en différentes directions. Un savant distingué, M. Sickler, a eu le mérite de faire connaître le premier ces traces, dans une lettre adressée à M. Blumenbach. Cette lettre n’est sans doute pas restée inconnue en France : elle offrait le dessin des empreintes de pieds du quadrupède antédiluvien. Ce dessin a été gravé une seconde fois dans les Archives zoologiques de M. Wiegmann (No I, p. 127), auteur de la belle Description des Sauriens du Mexique. La petite dimension et l’imperfection de la gravure de M. Sickler, faisaient d’abord naître des doutes : plusieurs géologues pensaient que des formes de concrétions accidentelles, comme le muschelkalk et le bunte sandstein en offrent souvent, pouvaient avoir été prises pour des traces en relief, moulées pour ainsi dire dans le creux de l’empreinte. Ces doutes ont disparu dans l’esprit des géologues qui ont vu la grande pierre de 10 à 12 pieds de long sur 3 ou 4 de large, que vient d’acquérir le cabinet de Minéralogie de Berlin, et dont je vous offre un dessin exécuté avec beaucoup de soin, sous la direction de M. Weiss, directeur du cabinet. Pour présenter le phénomène avec plus de clarté, je n’ai fait dessiner que la trace qu’a laissée un seul individu, du grand nombre de ceux qui ont traversé le fragment de roche. M. Weiss a distingué, parmi ces animaux, ceux à petite taille, au nombre de trois ou quatre espèces différentes. La route qu’ont suivie ces petites espèces, croise presque à angle droit celle du grand mammifère. Ce dernier est remarquable surtout par l’inégalité de dimensions qu’offrent les extrémités antérieures et postérieures. Toutes ont cinq doigts ; l’animal appartient très probablement à l’ordre des Marsupiaux ou animaux à bourse. M. Wiegmann l’a comparé au Didelphes, mais la conformation des doigts de l’extrémité postérieure, diffère considérablement des genres Didelphes, Kangourou et Wombat à pouce presque rudimentaire. Nous possédons à Berlin la roche du toit ; les empreintes se présentent par conséquent en relief. Celles des pieds de derrière offrent un pied extrêmement charnu. L’animal y semble avoir appuyé de tout son poids : sa marche ressemble à celle de l’ours ; elle est à l’amble ; la petite extrémité antérieure droite est donc placée très régulièrement tout près du pied droit postérieur ; même aux pieds de devant, le pouce est séparé des quatre autres doigts, presque comme dans un quadrumane. L’animal rappelle assez la forme des Phalangers dont le Musée de Leyde possède des espèces de très grandes dimensions. C’est aux zoologistes à prononcer si l’animal est un Phalanger ou s’il est voisin des Loris : mon opinion ne peut avoir aucune importance. M. Sickler a trouvé des empreintes du pied postérieur de 12 à 13 pouces de long. Dans un autre fragment de roche que possède le cabinet de Berlin, les doigts paraissent plus grêles. J’ai fait dessiner cette empreinte séparément. Il sera peut-être intéressant de conserver les deux dessins au Muséum du Jardin des Plantes.

» Dans le grand dessin des empreintes de pieds de Hildburghausen, on trouve indiquées çà et là des concrétions sinueuses, serpuliformes. Toute la roche de grès bigarré en est couverte comme d’un réseau ; on a cru que ce sont des vestiges de plantes sur lesquelles l’animal a marché. La répétition des formes laisse des doutes ; peut-être ces bandes aplaties et sinueuses ne sont-elles que des concrétions accidentelles, effet du dessèchement, de la contraction des parties molles de la roche. Quant aux empreintes mêmes qu’a laissées l’animal dans sa marche, l’aspect seul du dessin, le pouce détaché, dirigé trois fois alternativement vers la droite et vers la gauche, la juxta-position des grandes et petites extrémités, et l’alignement, je veux dire la direction des empreintes, paraissent éloigner toute incertitude. Jusqu’ici ce phénomène d’empreintes des pieds d’un animal dans la roche encore molle, ne s’était présenté qu’une seule fois aux géologues. Je ne parle pas des empreintes des pieds d’Adam, ou de Bouddha, à l’île de Ceylan, et de quelques apôtres voyageurs qu’on a voulu me faire voir dans les Cordillières du Nouveau-Monde. Je rappelle ce qui n’appartient pas aux mythes de la Géologie, mais à des faits bien observés, les empreintes de pieds de tortues, dont la connaissance est due à la sagacité de M. Buckland. (Edimb. Tr., vol. II, p. 194.) Ce qui donne une grande importance au phénomène que j’ose soumettre au jugement des géologues, est la place qu’occupe la formation du grès bigarré dans la série chronométrique des roches secondaires.

» On se souvient encore de l’étonnement que causait au plus grand et au plus illustre des scrutateurs modernes de la nature, l’existence d’un Didelphes dans les schistes de Stonesfield de la formation jurassique ou oolithique. Les formations du keuper, du muschelkalk et du grès bigarré sont placées sous les oolithes, et le mammifère de Hessberg, qui est l’objet de cette Note, appartient au grès bigarré. Je sais que quelques géologues ont été tentés d’attribuer ces empreintes à des Sauriens de l’ancien monde, mais la forme charnue de la plante des pieds, la nature de la marche des crocodiles, que j’ai observée si souvent sur les plages de l’Orénoque, s’y opposent. Déjà à l’époque des Monocotylédonées du terrain houiller, de grandes îles ont été à sec, et peuvent avoir été propres à nourrir des Mammifères.

Chimie.Réflexions sur les eaux thermales de Néris ; par M. Robiquet.

Quoique l’objet principal de cet extrait doive être l’indication des conséquences que M. Robiquet a déduites de l’examen des eaux de Néris envisagées chimiquement, on me saura gré d’avoir consigné ici le préambule du mémoire de notre confrère, puisqu’on y trouvera un cas parfaitement authentique de guérison opéré par des eaux minérales.

« Il en est des eaux minérales comme de la plupart des médicamens qui sont ou trop préconisés ou trop discrédités. Ne voulant être ni prôneur ni détracteur, je me bornerai à citer ce que j’ai vu et ce que j’ai éprouvé. Tourmenté successivement par diverses affections nerveuses ; par une gastrite chronique et en dernier lieu par une colite des plus opiniâtres, je me trouvais à la fin de 1832, après cinq à six ans de souffrances continuelles, dans un tel état de dépérissement et de prostration, que je regardais comme tout-à-fait inutile de tenter aucun nouveau moyen de guérison. Cependant le médecin, ou plutôt l’ami qui me soignait, le Dr Aussandou, me pressait vivement d’aller aux eaux. Je m’y refusai d’abord, non-seulement parce que je n’en espérais rien, mais parce que je ne concevais pas la possibilité, dans la position où je me trouvais, d’entreprendre un pareil voyage. Sur ces entrefaites, je rencontrai un de mes collègues qui me raconta merveille des eaux de Néris et qui, sans doute pour m’encourager, m’affirma qu’on y brûlait chaque année des monceaux de béquilles. Sa conviction me parut telle que je conçus quelque espoir. Néanmoins, toujours incrédule et ne voulant rien entreprendre qu’à bon escient, j’en référai à l’avis du docteur Double, qui me conseilla également d’en essayer. J’en ai vu souvent, me dit-il, de bons effets, et vous êtes du nombre de ceux auxquels elles doivent réussir. Je partis donc, en prenant toutes les précautions que nécessitait ma fâcheuse position, et cependant arrivé près du terme, je faillis succomber et fus obligé de séjourner dans une chétive auberge de village. Toutefois j’arrivai, mais accablé de fatigue, et je reçus immédiatement la visite du docteur Monluc, homme bon par excellence, et qui me prodigua tous ses soins. Je le priai de m’accorder quelques jours de repos, il ne le jugea pas nécessaire et me fit commencer le traitement dès le lendemain ; je pris un bain et je continuai pendant vingt jours sans interruption. Je me reposai trois jours et recommençai une saison de vingt autres bains. Ils étaient de deux heures chaque, comme les précédens. Je ne bus point de l’eau de la source. De temps à autre j’éprouvais quelque réminiscence de la colite dont j’avais été affecté en dernier lieu, et je demandais à interrompre le traitement ; mais le docteur demeurait inexorable, et force était de continuer. Je ne m’aperçus d’abord d’aucun changement bien sensible ; mais on m’affirma que je n’éprouverais les bons effets des eaux que plus tard. Fort de cette flatteuse prophétie, je partis après deux mois de séjour et de traitemens. À mon retour, on me trouva le teint meilleur, l’œil plus vif et un air de vitalité que j’étais loin d’avoir avant mon départ. Pour la première fois depuis six ans je passai un bon hiver. Heureux de cette amélioration, je retournai aux eaux l’année suivante pour y puiser de nouvelles forces, et je n’ai eu qu’à me féliciter de cette récidive. Je laisse maintenant aux médecins à expliquer comme ils l’entendront, et chacun d’après leur opinion personnelle, quelles ont été les véritables causes de mon rétablissement ; quant à moi, je ne puis m’empêcher de l’attribuer aux eaux elles-mêmes. Je connais tous les grands avantages qu’on peut retirer, pour certaines affections, de la promenade, de la distraction et des charmes de la vie sociale ; mais qu’on le remarque, je n’étais point en position de profiter de ces précieuses ressources. Je dois dire, cependant, que dans les premiers jours de mon arrivée j’éprouvai un grand bonheur à jouir d’une entière liberté et surtout d’un repos absolu de corps et d’esprit ; mais j’ajouterai que la monotonie de cette existence ne tarda point à m’être à charge, et que bientôt je regrettai mes occupations et jusqu’à mes tracas eux-mêmes. Le pays n’offre que des promenades escarpées et beaucoup trop pénibles pour un malade déjà très affaibli, qui prenait des bains de deux heures et qui n’avait qu’une jambe valide à son service. Ce n’était pas non plus à la bonne chère qu’il eut été possible d’attribuer mon rétablissement, car j’étais là beaucoup plus mal nourri que chez moi : je ne prenais qu’une tasse de lait le matin et un peu de volaille à mon dîner, et Dieu sait quelle volaille on avait à Néris à l’époque où je m’y trouvais. Enfin, je n’avais pour toute distraction que de m’entretenir, avec quelque autre invalide comme moi, de nos misères communes, et nous vivions d’espérance ; c’était là tout notre bien-être. Ainsi, il faut bien le reconnaître, du moins c’est là ma conviction tout entière, les eaux m’ont été d’un grand secours, et je voudrais, par une sorte de reconnaissance, leur être utile à mon tour en les faisant apprécier ce qu’elles valent. »

M. Robiquet regarde comme très probable :

1o.Que l’azote presque pur qui se dégage des sources thermales de Néris, n’a pas été préalablement dissous et qu’il est simplement charrié par l’eau.

2o.Que ces sources n’étant point sulfureuses, on ne saurait attribuer l’azote qu’on y rencontre à de l’air atmosphérique dépouillé de son oxigène par des sulfures ; d’où il est permis d’inférer que l’azote qui se dégage des eaux sulfureuses elles-mêmes, n’a pas cette cause pour origine principale.

3o.Que l’azote qui se dégage spontanément des eaux de Néris, a appartenu à de l’air atmosphérique dont l’oxigène se retrouve en entier dissous dans l’eau où il est accompagné d’environ parties égales d’azote. C’est ce dernier gaz, d’après les observations de Marty, qui retient l’oxygène en dissolution. Lorsque l’eau est sulfureuse, cette portion d’oxigène doit nécessairement servir à transformer les sulfures en sulfates.

4o.Que la surabondance d’oxigène contenue dans les eaux de Néris, pourrait bien être une des causes principales de leur action sur l’économie animale.

5o.Que les sources de Néris n’éprouvant aucune modification soit de niveau soit de température dans les diverses saisons, ne sont point alimentées par les eaux pluviales, et que leur chaleur ne peut être attribuée qu’au feu central.

6o.Que la matière glaireuse produite par les eaux thermales et à laquelle M. Longchamp a donné le nom de Barégine, n’existe point en dissolution dans l’eau à l’état où elle se manifeste à nos sens ; mais qu’elle résulte d’une réaction pendant laquelle l’oxigène et l’azote contenus dans l’eau thermale sont mis en liberté et dont la plus grande partie reste comme emprisonnée dans les cellules de cette barégine.

7o.Que nous ne connaissons point encore l’état primitif de la substance azotée contenue dans les eaux thermales.

8o.Que la température élevée des eaux de Néris n’est point due, comme on l’a prétendu, à un amas de radicaux en combustion, car s’il en était ainsi elles contiendraient en solution une plus grande proportion des diverses combinaisons qui peuvent résulter de l’union de ces radicaux ou de leurs oxides, puisque la plupart de ces combinaisons sont très solubles.

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 2, in-4o.

Les Instrumens aratoires, collection complète de tous les instrumens d’agriculture et de jardinage, français et étrangers, anciens et nouvellement inventés ou perfectionnés ; par M. Boitard ; 1  vol. in-8o, Paris, 1834.

Manuel du Naturaliste préparateur, ou l’Art d’empailler les animaux et de conserver les végétaux et les minéraux ; par le même ; 1 vol. in-12, Paris, 1834.

Manuel complet de Botanique, 1re partie ; par le même ; 3e édition, 1 vol. in-12, Paris, 1834.

De la Vaccine et de ses effets ; par M. Barrey ; 1 vol. in-8o, Besançon, 1808.

Rapport sur la petite vérole et la vaccine, dans le département du Doubs, pendant l’année 1810 ; brochure in-8o, Besançon.

How to observe-Geology ; par M. de la Bêche ; Londres, 1835, in-8o.

Administration des hôpitaux, hospices civils et secours de la ville de Paris ; Comptes des recettes et dépenses de 1833 ; Paris, 1835, in-8o.

Annales des Ponts et Chaussées, années 1832 à 1834 ; 12 vol. in-8o, et 2 nos de 1835.

Cours de Magnétisme animal ; par M. Dupotet de Sennevoy ; leçons 1 à 7, Paris, in-8o.

De l’Affection calcaire, vulgairement Morve ; par M. Galy ; 1 vol. in-8o ; Paris, 1835.

Discours sur les différences des Dates données par les monumens et les traditions historiques ; par M. Marcel de Serres ; in-8o, Toulouse, 1835.

Observations sur les grandes espèces d’ours des cavernes ; par le même, in-8o.

Espèces générales et iconographie des Coquilles vivantes ; par M. L.-C. Kiener, 11me livraison, in-4o.

Gazette médicale de Paris, no 33.

Journal des Connaissances médico-chirurgicales, publié par MM. Gourraud, Trousseau et Lebaudy ; août 1835.

Gazette des hôpitaux, nos 96 et 97.

Gazette de santé, no 103.

Écho du monde savant, no 72.

Programme des questions soumises à l’examen du troisième congrès général de France ; in-4o.

Bulletin général de Thérapeutique médicale et chirurgicale ; par M.Miquel ; no 9, 3me livraison, in-8o.



SÉANCE DU LUNDI 24 AOÛT 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. Lucien Piette, pharmacien de Toulouse, soupçonne qu’un agent impondérable acide est le principe du choléra. Il recommande donc, comme un préservatif assuré contre la maladie, de boire le matin, à jeun, et le soir avant de se coucher, deux cuillerées d’eau de chaux étendues dans un verre d’eau sucrée. Il veut encore qu’on se lave toutes les 24 heures les mains et la figure avec cette même eau de chaux et que chaque semaine on prenne un bain général dans lequel on jettera deux onces de sous-carbonate de soude. M. Piette a découvert ce mode de traitement à priori : aucune expérience, jusqu’ici, ne lui en a démontré l’efficacité.

M. Carde, avocat, écrit de Miellan (Gers), que le choléra est une véritable peste ; qu’il en a tous les caractères ; qu’on doit en chercher les causes dans des miasmes qui s’infiltrent, qui pénètrent partout. Les anciens, dit-il, détruisaient ces miasmes meurtriers, en allumant autour des villes des feux de bois odoriférans. Les modernes arriveront bien plus sûrement au même résultat en recourant à l’art de la Pyrotechnie. Le moyen préservatif de M. Carde serait donc de lancer des milliers de fusées, de serpenteaux, en tous sens, au sein des villes, dans les habitations, au milieu des campagnes.

M. Foucart, officier de santé à Haubourdin (département du Nord), réclame, contre M. le docteur Gendrin, la priorité d’invention concernant l’emploi de l’acide sulfurique dans le traitement de la colique de plomb. M. Foucart dit qu’il se sert avec avantage de l’éther sulfurique depuis 1831, et cite à l’appui de son assertion plusieurs cas de guérison dont l’un remonte, en effet, au mois de juillet 1831.

M. Barbier adresse pour le concours Montyon, 1o. une Notice sur les salles d’asile, l’instruction familière des enfans du premier âge, des aveugles de naissance et des sourds-muets ; 2o. un Tableau de l’instruction familière des sourds-muets.

Statistique.Caisse d’épargne de Paris.

Nous trouvons dans un rapport présenté aujourd’hui à l’Académie, quelques chiffres relatifs aux opérations de la Caisse d’épargne de Paris, qui nous semblent propres à piquer la curiosité publique.

En 1832, les versemens n’avaient été que de 
3 643 000 francs,
En 1833, ils s’élevèrent à 
8 733 000,
En 1834, la caisse a reçu 
17 239 000.
Le total des dépôts depuis la fondation de la caisse en 1818,
a été de 
80 420 000 francs.

Voici les valeurs de quelques remboursemens annuels :

En 1832 
2 200 000 francs,
En 1833 
3 066 000,
En 1834 
6 497 000.

Les sommes totales dues aux déposans étaient :

À la fin de 1832, de 
6 548 000 francs,
À la fin de 1833, de 
12 581 000,
À la fin de 1834, de 
24 039 000.

Le nombre total des livrets en circulation ou des personnes intéressées dans la Caisse d’épargne de Paris, était de 49 488 à la fin de l’année dernière, ce qui donne un peu moins de 500 fr. pour la valeur moyenne de chaque livret.

Pendant le mois de janvier 1835, sur 2952 déposans, on a trouvé :

945 ouvriers
809 domestiques
204 employés,
42 mineurs avec profession.
Total 
2000

Le mois de février donne un résultat presque identique. Ainsi les deux tiers des déposans appartiennent à la classe pour laquelle la Caisse d’épargne a été instituée.

Physique.Dilatabilité de différentes natures de pierres et de matériaux de construction.

Les physiciens ont fait peu d’expériences sur la dilatabilité des roches et des matériaux de construction. Ils accueilleront donc avec intérêt les résultats suivans, dus à M. Adie d’Édimbourg, que j’emprunte à l’un des articles de la correspondance de l’Académie. Au moment où les architectes mêlent si abondamment dans leurs bâtisses la fonte aux matériaux ordinaires, il importe à tout le monde de rechercher si des dilatabilités très inégales de ces élémens, ne seraient pas une cause sans cesse agissante de destruction.

Dilatations linéaires de diverses substances, pour une variation de température comprise entre
0° et 100° centigrades.
Ciment romain 
0,0014349
Marbre blanc de Sicile 
0,0011041
Marbre de Carrare 
0,0006539
Grès de la carrière de Craigleith 
0,0011743
Baguette de fer fondu tirée d’une barre fondue avec 2 pouces carrés
de section 
0,0011467
Baguette de fer fondu tirée d’une barre fondue sur ½ pouce carré 
0,0011022
Ardoise de la carrière de Penrhyn (pays de Galles) 
0,0010876
Granite rouge de Peterhead 
0,0008968
Pavés de Arbroath 
0,0008985
Granite vert d’Aberdeen 
0,0007894
Briques de la meilleure espèce 
0,0005502
La tige d’une pipe hollandaise 
0,0004573
Poterie de Wedgewood 
0,0004529
Marbre noir de Galway (Irlande) 
0,0004452
Chimie.Réclamation de M. Longchamp, à l’occasion de quelques opinions que M. Robiquet lui a attribuées dans son dernier mémoire sur les Eaux de Néris.

« M. Robiquet avance que tantôt je fais former la barégine par l’action, sur la matière végétale, de l’azote renfermé dans l’eau, tantôt par la décomposition de l’eau, dont les élémens se portent sur cette matière végétale. Je n’ai jamais dit que les élémens de l’eau entrassent pour rien dans la formation de la barégine. Lorsque j’ai eu recours à la décomposition de l’eau, cela a été pour faire porter son hydrogène sur l’azote et former de l’ammoniaque ; son oxigène sur le silicium, pour former de la silice.

» M. Robiquet déclare qu’il ne peut admettre, ainsi qu’on l’a prétendu, que la chaleur des eaux thermales soit due à la décomposition de l’eau par une masse de combustibles métalliques. Jamais je n’ai dit ni laissé entendre quelque chose qui ressemble à l’hypothèse que M. Robiquet repousse.

» M. Robiquet aperçoit une grande dissemblance entre la barégine que j’ai décrite dans un récent mémoire et celle qu’il a observée à Néris, et qu’il montre se développant sous l’influence de l’air et de la lumière. On trouve dans mon Analyse des Eaux de Vichy (pages 25 et 82) des observations qui sont absolument conformes à celles que rapporte M. Robiquet, et dont certainement il n’a pas eu connaissance. »

Médecine.Structure intime du Périnée.

M. Alex. Thomson, D.-M. de l’Université de Cambridge, transmet à l’Académie la série ci-après de conclusions auxquelles il est arrivé dans un travail récent :

1o.Toutes les aponévroses périnéales sont formées par les extrémités tendineuses des muscles de cette région. Il n’est point d’aponévrose dans le sens donné par MM. Velpeau, Gerdy, Blandin ;

2o.Tous les muscles de cette région s’entrecroisent et s’entrelacent vers la ligne médiane, et après avoir traversé cette ligne, se fixent sur les os du côté opposé ;

3o.Quand les faisceaux charnus de ces muscles deviennent tendineux avant d’arriver à la ligne médiane, leur entrelacement vers cette ligne constitue un raphé fibreux. Quand ces faisceaux restent charnus en partie ou en totalité au-delà de la ligne médiane, le raphé fibreux manque en partie ou en totalité ;

4o.Les tubes ou les cavités qui s’abouchent au périnée, tels que le rectum, le vagin, l’urètre, se fixent aux rebords du petit bassin par les terminaisons tendineuses de leurs fibres musculaires longitudinales ;

5o.L’aponévrose superficielle de M. Blandin, est constituée, en avant et en arrière, par des éventails formés par l’expansion des fibres du sphincter anal, après leur entrecroisement à la ligne médiane ; au milieu, par les extrémités tendineuses de quelques-unes des fibres longitudinales du rectum, tournées en dehors et en bas du sphincter et fixées sur les lèvres internes des tubérosités ischiatiques ;

6o.L’aponévrose pelvienne est constituée, en avant, par les fibres tendineuses de la portion pubio-rectale du releveur de l’anus, entremêlées et entrelacées avec les terminaisons tendineuses des fibres obliques du côté opposé de la vessie, qui se fixent, après avoir passé en dehors de l’arcade aponévrotique de M. Velpeau, sur le bord supérieur du petit bassin ;

7o.L’aponévrose moyenne est constituée, en arrière, par les terminaisons fibreuses des faisceaux charnus longitudinaux du rectum ; en avant et dans ce qu’on a nommé à tort le feuillet supérieur de cette aponévrose, par quelques fibres de la vessie qui descendent entre le muscle de Wilson et la partie pubio-rectale du releveur de l’anus, se recourbent en dehors et en bas de cette partie du releveur anal, pour se fixer sur les branches descendantes du pubis et ascendantes de l’ischion ;

8o.Le feuillet inférieur de l’aponévrose moyenne de M. Blandin se compose en avant de l’urètre, de deux ligamens qui s’entrecroisent, et présente un bord angulaire et ouvert. (J’appelle ces deux ligamens ischio-pubiens.) En arrière, le feuillet est formé de deux muscles aplatis de haut en bas qui prennent naissance le long de la lèvre interne de la branche ascendante de l’ischion, et se perdent en arrière sur l’autre côté du rectum, après s’être enlacés sur la ligne médiane entre l’urètre et le rectum. Il y a plus de cent ans que Riolan a décrit ce muscle sous le nom de releveur anal externe. Santonin l’a encore décrit et figuré, mais les anatomistes modernes, ou l’ont passé sous silence, ou bien ont dédaigné les maîtres de l’art ;

9o.Cette partie du muscle bulbo-caverneux qu’on dit se perdre sur le corps caverneux de la verge ou du clitoris, ne s’y perd nullement, mais se fixe par un tendon aponévrotique sur le bord symphyséal de l’os pubis du côté opposé, et constitue une partie de ce que l’on appelle à tort ligament suspenseur de la verge ;

10o.La partie moyenne du bulbo-caverneux qu’on dit se terminer dans la rainure inférieure des corps caverneux, ne s’y termine nullement, mais constitue, en traversant l’espace entre les racines de ces deux corps de bas en haut, la cloison médiane de ce qu’on appelle à tort le ligament suspenseur de la verge ;

11o.Le muscle de Wilson est bien séparé de la partie antérieure du releveur de l’anus, s’entrecroise avec celui du côté opposé en avant et en arrière de la partie membraneuse de l’urètre, et se fixe en arrière sur le rectum, à un pouce et demi au-dessus de la marge anale ;

12o.Il existe un muscle semblable, en forme et en disposition, à celui de Wilson, au-dessous de la prétendue aponévrose moyenne. Il naît de la symphyse pubienne, descend entre la fourche des racines des corps caverneux, entoure la partie sus-bulbeuse de la portion membraneuse de l’urètre, et après un entrecroisement sur la ligne médiane, en arrière et en avant de l’urètre, se termine sur la face antérieure du rectum ;

13o.Il existe un muscle large d’un travers de doigt, qui descend du bord symphyséal du pubis, s’entrelace et s’entrecroise avec le muscle correspondant du côté opposé, passe de haut en bas entre les racines des corps caverneux après avoir contribué à former une partie de la cloison médiane du ligament dit suspenseur de la verge ; il se dirige en travers de la racine du corps caverneux, du côté opposé, entre les muscles ischio-caverneux et cette partie du muscle bulbo-caverneux qu’on dit se perdre sur le corps caverneux, pour se fixer définitivement en dehors de la racine du corps caverneux sur la lèvre externe de la branche descendante du pubis. Ce muscle embrasse la racine du corps caverneux immédiatement en avant de la partie d’où partent en arrière les veines de ce corps : sa fonction est donc d’empêcher le retour du sang, afin de faire gonfler le corps caverneux ;

14o.Les gaînes fibreuses des corps caverneux de la verge, sont formées en entier par les tendons des muscles ischio-caverneux. Ces tendons engaînans s’entrecroisent et s’entrelacent en avant, laissant passer entre les intervalles qui séparent leurs fibres, les fibres des tendons aponévrotiques des muscles qui prennent naissance sur le bord symphyséal des os pubiens ;

15o.L’aponévrose que l’on décrit comme jetée par la lame inférieure de l’aponévrose moyenne du périnée sur la bulbe et le corps spongieux de l’urètre, est constituée des fibres tendineuses et terminales des différentes parties de la masse musculaire connues sous le nom de bulbo-caverneux ;

16o.Les muscles transverses du périnée s’entrecroisent et s’entrelacent en arrière de la bulbe urétrale ; là elles s’entrelacent aussi avec les fibres d’une portion du bulbo-caverneux, et vont se terminer en avant par des tendons aponévrotiques, qui se fixent en haut du muscle releveur de l’anus externe de Riolan, sur la lèvre interne de la branche descendante du pubis, et de la partie antérieure de la branche ascendante de l’ischion ;

17o.La tunique albuginée du testicule se compose des tendons aponévrotiques des muscles crémasters qui forment également la gaîne fibreuse de l’épididyme. Ceci se voit très distinctement sur le cheval ;

18o.Il n’est pas vrai que dans les premiers temps de la vie fœtale le sexe soit douteux ;

19o.Déjà à deux semaines, d’après la détermination des âges de M. Velpeau, laquelle probablement est erronée, le périnée présente chez la femme trois dépressions transparentes, couvertes par l’épiderme qui, en se rompant, donnent naissance à la vulve, à l’orifice de l’urètre et à l’anus. Or il n’est pas vrai que le périnée soit ouvert dans le commencement. Dans le mâle non plus, le périnée n’est jamais ouvert sur la ligne médiane ; le canal de l’urètre et le scrotum ne sont point séparés en deux parties ;

20o.Les organes génitaux intérieurs sont aussi nettement tranchés dans leurs caractères depuis la première période fœtale.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS
Chimie. — Action des acides étendus sur le sucre ; par M. J. Malaguti.
(Commissaires, MM. Thénard, Dumas, Robiquet.)

L’objet de l’auteur est de prouver que sous l’influence d’une température qui peut ne pas dépasser le 95e degré centigrade, tous les acides étendus agissent d’une manière identique sur le sucre de canne ; que le résultat de cette action est, 1o. de l’acide ulmique et de l’acide formique, quand il y a présence d’air atmosphérique ; 2o. de l’acide ulmique seulement, lorsque le phénomène se passe sans l’intervention de l’air. M. Malaguti a cru qu’après avoir essayé successivement les acides nitrique, sulfurique, hydrochlorique, phosphorique, phosphoreux, arsénique, arsénieux, oxalique, tartrique, racémique, citrique, il devait lui être permis de généraliser le résultat et d’affirmer que dans le phénomène qu’il étudiait, tous les acides agissent à raison de leur présence matérielle et nullement par leurs principes constituans.

Avant de donner naissance à de l’acide ulmique, le sucre de canne se transforme en sucre de raisin. Quand cette transformation s’est opérée, l’action ultérieure des acides a lieu, même à la température ordinaire.

L’acide ulmique, d’après une analyse de M.  Malaguti, est ainsi composé :

Hydrogène 
4,76
Carbone 
57,48
Oxigène 
37,76
100,00
Ce qui correspond à peu près à la formule… .
Mécanique.Mémoire sur les Machines à colonne d’eau de la mine d’Huelgoat, concession de Poullaouen ; par M. Juncker, ingénieur des mines.
(Commissaires, MM. Arago, Navier, Poncelet.)

Le rapport sur ce travail de M. Juncker, devant être fait très prochainement à l’Académie, nous nous contenterons aujourd’hui de la transcription du titre qu’on vient de lire.

RAPPORTS.
Rapport sur un Mémoire ayant pour titre : De la Condensation et de la Raréfaction de l’air, opérées sur toute l’habitude du corps ou sur les membres seulement, considérées sous leurs rapports thérapeutiques ; par M. Th. Junod, D.-M.
(Commissaires, MM. Savart, Double, et Magendie rapporteur.)

À l’aide du vide produit sous une petite cloche appliquée sur la peau, les anciens médecins déterminaient l’afflux rapide du sang vers certains points de la surface cutanée. Que se passe-t-il dans cette opération encore usitée de nos jours ? On l’a ignoré pendant une longue suite de siècles ; il n’a rien moins fallu que les admirables découvertes de la Physique moderne sur la pesanteur de l’air, et celles de la Chimie pneumatique sur la combustion, pour en donner la véritable théorie.

On aurait pu croire que l’énorme pression atmosphérique que supporte le corps de l’homme, et la grande influence de cette pression sur le jeu de nos organes étant connue, les médecins se seraient efforcés depuis long-temps d’y trouver un énergique agent thérapeutique, qui fît en grand ce que la ventouse fait en petit ; il n’en est point ainsi, soit que la Physique entre pour trop peu dans nos études médicales, soit que les esprits aient été détournés de cette direction par les stériles doctrines que chaque année voit naître et mourir. La ventouse est presque le seul appareil dans lequel la pression de l’atmosphère soit employée comme moyen curatif, et on la retrouve à peu près telle qu’elle est décrite dans Celse, livre De re medica, si ce n’est que le verre a remplacé le métal ou l’argile dont se servaient déjà les Égyptiens.

Cependant, et sans doute grâce à l’heureuse diffusion des connaissances physiques, deux médecins anglais, le docteur Clanny, de Sunderland, et le docteur Murray, de Belfast en Irlande, ont récemment essayé, chacun séparément, et à peu près à la même époque, de construire des appareils avec lesquels on pût soustraire un membre ou le corps tout entier à une partie de la pression atmosphérique.

Ces instrumens paraissent avoir été de quelque utilité à l’époque où le choléra sévissait en Angleterre, mais peut-être ne sont-ils pas encore assez perfectionnés et d’une application assez facile pour entrer dans la pratique journalière. Leurs inventeurs eux-mêmes ne semblent en avoir fait usage que dans un petit nombre de cas, et il n’est pas à notre connaissance que d’autres s’en soient servis.

Né dans les Alpes, ayant visité et étudié les principales montagnes de l’Europe, M. le docteur Junod s’est livré jeune encore à une étude sérieuse des effets des variations barométriques sur l’économie animale, et il a conçu le projet de doter la Médecine d’un agent thérapeutique au moins aussi puissant qu’aucun de ceux qu’elle a employés jusqu’ici.

Dans la vue de varier, soit en plus, soit en moins, la pression que le corps de l’homme supporte en raison de l’étendue de ses surfaces cutanées et pulmonaires, M. Junod a fait construire un appareil en cuivre, sorte de boîte sphérique, où une personne assise, peut, dès qu’elle y est hermétiquement renfermée, se trouver en partie soustraite à la pression qu’elle supportait avant d’y entrer, et un instant après y être soumise à une pression beaucoup plus forte. Est-il besoin de dire que dans le premier cas on raréfie au moyen d’une pompe aspirante l’air de l’appareil, et que dans le second on le condense à l’aide d’une pompe à compression ?

Voici ce que l’auteur dit dans son Mémoire des effets de la condensation de l’air sur l’homme bien portant.

« Lorsqu’on augmente de moitié la pression naturelle de l’atmosphère sur le corps de l’homme placé à l’intérieur du récipient, on remarque les phénomènes suivans :

» La membrane du tympan refoulée vers l’oreille interne, devient le siége d’une pression incommode qui toutefois se dissipe peu à peu à mesure que l’équilibre se rétablit, probablement par l’introduction de l’air condensé dans la caisse du tympan à travers la trompe gutturale.

» Le jeu de la respiration se fait avec une facilité nouvelle, la capacité du poumon pour l’air semble augmenter, les inspirations sont grandes et moins fréquentes que dans l’état ordinaire ; au bout de 15 minutes une chaleur agréable se fait sentir à l’intérieur du thorax.

» La circulation du sang paraît modifiée. Le pouls est fréquent, plein et se déprime difficilement ; le calibre des vaisseaux veineux superficiels diminue, et peut même s’effacer complètement, de sorte que le sang, dans son retour vers le cœur, suit la direction des veines profondes. Les fonctions intellectuelles sont excitées, l’imagination est vive, les pensées s’accompagnent d’un charme particulier, et chez quelques personnes il se manifeste une sorte de délire, d’ivresse. Le système musculaire partage cet accroissement d’activité, les mouvemens sont faciles, énergiques, et semblent plus assurés.

» Les actes digestifs, toutes les sécrétions, et particulièrement celles de la salive et de l’urine, s’exercent avec facilité. On dirait que le poids du corps est diminué d’une manière sensible, du moins telle est la sensation qu’éprouve la personne renfermée dans l’appareil. »

Voici maintenant les phénomènes que l’auteur a observés dans le cas de raréfaction de l’air.

Lorsqu’on diminue d’un quart d’atmosphère la pression de l’air dans le récipient, voici ce qui s’observe :

La membrane du tympan se trouve distendue, ce qui cause une sensation passagère analogue à celle qui est causée par la compression.

La respiration est gênée, les inspirations sont courtes et fréquentes au bout de 15 ou 20 minutes ; à cette gêne de respiration succède une véritable dyspnée.

Le pouls est plein, dépressible et fréquent ; tous les ordres des vaisseaux superficiels sont dans un état de turgescence manifeste. Les paupières et les lèvres sont distendues et boursouflées ; assez fréquemment il survient des hémorrhagies avec tendance à la syncope ; la peau est le siège d’une chaleur incommode, la perspiration est abondante. On éprouve un sentiment de faiblesse générale et d’apathie complète ; les sécrétions glandulaires semblent suspendues.

Si l’on fait alterner à diverses reprises la compression avec la raréfaction de l’air sur le même individu, tous les phénomènes produits par ces deux opérations contraires deviennent de plus en plus manifestes.

Vos commissaires ont été témoins des expériences dont parle l’auteur. Il les a répétées à diverses reprises devant eux ; ils ont ainsi pu vérifier la plupart des faits qui viennent d’être énoncés.

Ils ont en outre remarqué avec intérêt les modifications que la voix de la personne soumise à l’expérience dans le récipient subit, soit par la condensation, soit par la raréfaction de l’air. À mesure que la pompe joue pour raréfier l’air, la voix perd de son intensité, et acquiert sous l’influence de la paroi vibrante qu’elle traverse, un caractère étrange. Dans le cas de condensation, elle prend au contraire un éclat, un timbre métallique très prononcé, et non moins extraordinaires.

On voit que ces résultats coïncident avec ceux qui ont été recueillis soit sur le sommet des hautes montagnes ou dans les ascensions aérostatiques, soit dans les mines profondes, ou sous la cloche à plongeur. Nul doute que renfermé dans l’appareil de M. Junod, où l’air condensé ou raréfié se renouvelle sans cesse par un mécanisme très simple, on ne puisse avoir la plupart des sensations qu’éprouvent les aéronautes quand ils s’élèvent à une certaine hauteur, et un instant après une partie de celles qui naissent sous la cloche à plongeur.

Tel est l’appareil avec lequel M. Junod augmente ou diminue sur le corps entier, et par conséquent sur les surfaces cutanées et pulmonaires, la pression de l’atmosphère. C’est en agissant à la fois sur les deux surfaces que son appareil diffère de ceux qui ont été imaginés en Angleterre par MM. Murray et Clanny ; ces derniers portent exclusivement leur action sur la peau, le poumon restant en libre communication avec l’air extérieur par un tuyau séparé.

Toutefois, sous le point de vue médical, cet appareil ne paraît jusqu’ici susceptible d’aucune application, mais placé dans un cabinet de physique, il pourrait fournir l’occasion d’expériences curieuses et d’observations utiles.

Il n’en est pas de même des instrumens que M. Junod propose pour opérer le vide autour des membres ou pour y condenser l’air. Ces instrumens sont entre nos mains depuis près d’un an, et l’un de vos commissaires en a fait un fréquent usage à l’Hôtel-Dieu de Paris dans le traitement de plusieurs maladies graves.

Ces instrumens consistent en des cylindres creux fermés d’un bout par un robinet ; ils sont assez spacieux pour admettre soit le bras, soit la cuisse tout entière ; ils s’adaptent par des ajutages de diamètres divers à la partie la plus volumineuse du membre, de manière à tenir le vide. Ces cylindres appliqués tantôt aux quatre membres simultanément, tantôt à deux ou même à un seul, communiquent par de longs tubes imperméables à une pompe qui peut alternativement et à volonté enlever l’air ou en apporter. À ces instrumens s’adapte un petit manomètre qui permet de juger du degré de condensation ou de raréfaction de l’air intérieur des cylindres.

Lorsqu’ils sont employés à faire le vide, ces cylindres ne sont à vrai dire que des ventouses, mais de dimension centuple des ventouses ordinaires, et agissant sur une surface cutanée infiniment plus étendue que nos petites cloches ; ils produisent par conséquent des effets beaucoup plus considérables. À l’Hôtel-Dieu, les élèves les qualifient de ventouses monstres : il serait sans doute mieux de leur laisser le nom de leur inventeur.

Les effets en sont prompts, énergiques et dignes de tout l’intérêt des médecins. Pour le prouver, il suffira de dire que souvent la pâleur du visage et la syncope en suivent immédiatement l’application. L’explication de leur manière d’agir est toute mécanique et très simple, c’est l’effet des ventouses en grand. En soustrayant par ce moyen sur une large étendue de la peau une partie de la pression atmosphérique, les liquides et surtout le sang se déplacent ; ils abondent là où ils sont moins pressés, et abandonnent par conséquent les points où ils supportaient une pression plus forte. On comprend dès lors la décoloration du visage dont je viens de parler, ainsi que la syncope. Il arrive là ce qui a lieu dans le cas d’une hémorrhagie considérable, avec cette importante différence, que le sang est bien soustrait à la circulation par l’action de l’instrument, mais cette soustraction n’est pas définitive, ce n’est qu’un emprunt. En effet, dès qu’on permet à la pression atmosphérique de reprendre son équilibre, le sang détourné et resté stationnaire pendant quelques instans, rentre dans le cours de la circulation, et l’ordre se rétablit dans cette fonction si judicieusement nommée vitale.

Appliquées sur un seul membre, les ventouses de M. Junod ont un effet dérivatif des plus prononcés ; mais quand elles sont placées simultanément sur les deux bras et les deux cuisses, et que le vide y est soutenu à sept ou huit centimètres, les effets sont d’une énergie effrayante ; la circulation du sang est permise ou suspendue à la volonté de celui qui fait jouer la pompe ; de là la syncope qui suit presque immédiatement et presque toujours cette quadruple application.

Il n’est certes pas nécessaire d’indiquer ici dans quelles circonstances on devra mettre en usage les cylindres de M. Junod ; tout praticien ne regardera-t-il pas comme une nouveauté bienfaisante un moyen mécanique et certain d’attirer à l’instant vers les membres le sang dont la congestion ou l’épanchement peut causer de si prompts et de si grands ravages dans les organes de la tête, de la poitrine ou de l’abdomen, sans avoir ensuite à redouter les conséquences trop souvent funestes de la perte d’une grande quantité de ce liquide.

M. Junod, avons-nous dit, fait aussi servir ses cylindres à comprimer l’air autour du membre, avec l’intention d’en refouler le sang vers les organes intérieurs ; il assure avoir remédié à des accidens qui, tels que la syncope, les hémorrhagies considérables, les pertes utérines, ont pour cause la privation du sang. Il affirme que la compression par l’air s’oppose aux engorgemens locaux et sanguins qui suivent les contusions, les entorses. Nous n’élevons aucun doute à cet égard, tout ce qu’avance M. Junod nous paraît d’une saine logique ; mais d’abord, nous n’avons pas été témoins de semblables faits, et par conséquent nous ne les admettons que sur la parole de l’auteur ; et ensuite nous dirons que la compression de l’air autour des membres est d’une exécution difficile, car dès qu’elle surpasse même de très peu la pression extérieure, l’air de l’appareil se fait jour au point de contact du cylindre et de la peau, et il faut pomper avec rapidité et énergie, et par suite d’une manière très fatigante, pour fournir de l’air autant qu’il s’en échappe. La compression qui, pour être efficace, devrait être soutenue pendant un temps assez long, ne peut ainsi durer que quelques secondes.

En résumé, les cylindres de M. Junod et la pompe qui s’y adapte, nous paraissent une importante acquisition pour la thérapeutique, surtout lorsqu’ils sont employés pour raréfier l’air ; et parce que nous mettons beaucoup d’intérêt à ce que cet appareil se propage et devienne usuel, nous engageons l’auteur à le rendre aussi peu dispendieux que possible, afin que, semblable à la ventouse, il soit dans les mains de tous les médecins, et que soumis ainsi à un très grand nombre d’essais dans des circonstances très différentes, on puisse définitivement fixer le rang qu’il doit prendre parmi les agens thérapeutiques.

Nous avons l’honneur de proposer à l’Académie de donner son approbation aux appareils de M. Junod. (Ces conclusions sont adoptées.)

LECTURES.
Astronomie.Comète de Halley.

M. Arago rend compte verbalement des observations de la comète périodique de Halley qui ont été faites à l’Observatoire de Paris. Aussitôt que la position de la lune permit d’espérer que le nouvel astre serait visible, M. Arago invita les trois élèves astronomes que le Bureau des Longitudes lui a donnés pour collaborateurs (MM. Eugène Bouvard, Laugier et Plantamour), à le chercher avec assiduité. Ces jeunes gens l’ont aperçu le 20 août, vers les 2 heures du matin. Depuis il a été déjà observé quatre fois. Dès que les étoiles qui ont servi de points de comparaison auront été reconnues et exactement déterminées, M. Arago s’empressera de communiquer à l’Académie les ascensions droites et les déclinaisons de la comète. Ces positions, au reste, seraient peu propres, en ce moment, à diriger les astronomes dans le choix des divers élémens de l’orbite, puisque toutes celles de ces courbes qu’on a tracées sur les cartes célestes, s’entrecroisent vers la région que l’astre parcourt aujourd’hui.

La comète est encore très faible ; de temps à autre on entrevoit des indices d’un noyau central ; on n’a aperçu jusqu’ici aucune trace de queue. M. Arago a estimé que la nébulosité pouvait avoir 2 minutes de diamètre. D’ici à peu de jours, quand cette nébulosité sera visible avec un chercheur, ou lunette de nuit, les astronomes et même les simples amateurs pourront se livrer avec fruit aux mesures photométriques très simples que M. Arago a déjà signalées il y a quelques années (Annuaire de 1832, 2e édition) et dont il rappelle les principes. Ces mesures semblent devoir conduire à la solution de cette question importante, que l’absence de toute phase tranchée dans plus de 130 comètes, a laissée jusqu’ici dans le vague :

« Les comètes sont-elles lumineuses par elles-mêmes ; ou bien, comme les planètes, ne brillent-elles que de la lumière du soleil réfléchie ? »

Chimie.Question chimique proposée par M. Biot.

« Lorsqu’on propose d’appliquer à une science déjà faite un procédé d’observation nouveau, fondé sur des considérations qui ont été jusque alors étrangères à cette science, il est tout simple que les personnes qui la cultivent se montrent peu disposées à en faire usage, et à lui accorder l’idée d’utilité que son inventeur lui attribue.

» Celui-ci ne doit donc pas être taxé de présomption, si, pour montrer cette utilité, il s’attaque à quelque question que les méthodes usitées n’ont pas encore résolue, et s’il propose à ceux qui les emploient de traiter cette question comparativement avec lui.

» En considérant la variété presque infinie et toujours croissante des combinaisons que la Chimie parvient à opérer, surtout parmi les produits les plus complexes où un grand nombre de principes divers sont en présence ; en voyant la facilité souvent excessive avec laquelle ces principes s’unissent ou se séparent, sous des modifications de circonstances en apparence très légères, on est conduit à soupçonner que des conditions d’état physique qui nous semblent pareilles peuvent, par fois, être moléculairement fort dissemblables, de manière à entraîner des différences d’action chimique, où nous ne supposions que des identités.

» Par exemple, lorsqu’un produit, surtout un produit complexe, de ceux que l’on appelle organiques, est dissous dans l’eau, il peut arriver que les groupes atomiques qui le composent, soient simplement disséminés parmi les groupes qui constituent l’eau, sans que les propriétés moléculaires individuelles des uns ni des autres soient changées : alors il y a seulement mélange.

» Mais il peut aussi arriver que, dans d’autres cas, les groupes atomiques qui constituent les deux corps, s’unissent dans certaines proportions, de manière à former autant de groupes atomiques nouveaux doués de propriétés spéciales. Alors il y aura ce que l’on appelle en Chimie combinaison ; et l’on peut la concevoir telle, qu’elle existe seulement dans l’état liquide du système ; en sorte qu’on ne pourra la découvrir en chassant l’eau par l’évaporation ou la chaleur, parce que la combinaison se désunirait.

» Je crois être sur la voie d’une méthode qui distinguerait dans beaucoup de cas ces deux états de combinaison ou de mélange que la Chimie a tant d’intérêt à discerner ; mais du moins je suis certain qu’il existe un cas où cette distinction est nette et facile. C’est celui de l’acide tartrique dissous dans l’eau. Voici donc la question que je propose à ce sujet aux chimistes.

» Lorsque des cristaux d’acide tartrique pur sont dissous dans des proportions d’eau diverses, entre les températures centésimales de 22 à 26°, qui sont celles qui ont naturellement lieu en ce moment, y a-t-il combinaison ou mélange ? c’est-à-dire, le système actuel des deux corps, dans cet état de solution aqueuse, a-t-il ou n’a-t-il pas des propriétés moléculaires dépendant des proportions qui le constituent ? et, s’il en a de telles, peut-on assigner la loi physique qui les définit, ou les exprime, pour chaque proportion donnée des deux corps ?

» Si j’étais assez heureux pour attirer l’attention et les recherches des chimistes sur cette question simple, je ne doute pas que l’application des procédés dont ils disposent, n’en fît sortir des connaissances très utiles et des conséquences très remarquables. En attendant d’eux cette épreuve, je demande la permission à l’Académie de déposer ici, dans un paquet cacheté, la solution que j’ai obtenue de la question dont il s’agit et je la prierai de vouloir bien en faire l’ouverture dans sa première séance de décembre. »

Chirurgie.Des Fongus de la Vessie ; nouveaux moyens de traitement de cette maladie ; par M. Leroy d’Étiolle.
(Commissaires, MM. Serres, Roux et Breschet.)

M. Leroy résume lui-même en ces termes le travail qu’il a soumis à l’Académie :

1o.Les fongus de la vessie, lorsqu’ils existent avec des calculs, ne sont pas un empêchement absolu à la lithotritie ou à la taille ;

2o.Il est prudent d’éviter de léser les fongus de la vessie lorsqu’ils ne causent pas de douleur, et surtout lorsqu’ils n’apportent pas de trouble dans l’acte de l’émission de l’urine ;

3o.Si l’une des circonstances ci-dessus porte le chirurgien à agir, je pense qu’il devra tenter l’effet de la compression avant de passer à l’emploi de moyens plus énergiques, mais plus dangereux ;

4o.Les moyens d’enlever tout ou partie des fongus me semblent, sous le rapport de leur opportunité, devoir être rangés dans l’ordre suivant : la ligature, la trituration, la cautérisation, l’excision, et enfin l’arrachement.

Anatomie. Recherches sur l’origine de l’allantoïde ; par M. Coste.
(Commissaires, MM. Magendie, Serres et Roux.)

L’auteur se propose d’établir que l’allantoïde ne saurait être considérée comme une membrane spéciale, distincte, mais qu’elle est un appendice cœcal d’une autre membrane (la vésicule blastodermique), formée avant elle. Ainsi, suivant M. Coste, la vésicule ombilicale, l’allantoïde et la peau externe de l’embryon, constituent un tout continu, ou pour mieux dire ne sont que les trois lobes dont se compose la vésicule blastodermique.

Zoologie. — Notice sur la Seiche à six pattes de Molina et sur deux autres espèces de Seiches signalées par cet auteur ; par M. de Férussac.

L’auteur s’est d’abord proposé d’éclaircir l’histoire de la sepia hexapodia de Molina. Ses conclusions sont que cette espèce est complètement apocryphe ; que la prétendue seiche à six pattes est un insecte du genre spectre auquel Frézier, copié depuis par Molina, a attribué à la suite d’une confusion de noms, la bourse de noir du mollusque appelé Poulpe.

La Seiche tunicata du même Molina, lequel la décrivait comme étant couverte, depuis les pieds jusqu’à la queue, outre sa peau ordinaire, d’une seconde enveloppe diaphane en forme de tunique, deviendra le Loligo-gigas de M. d’Orbigny. En effet, lorsque ce calmar est mort, il s’enfle ; sa peau extérieure se gonfle, se détache, et ressemble à une enveloppe diaphane au milieu de laquelle l’animal serait renfermé.

Venant enfin au calmar à griffes, à la sepia unguiculata de Molina, M. de Férussac prouve que cet auteur avait emprunté tout ce qu’il dit de l’animal à une note de Bancks insérée dans le premier voyage de Cook.

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 3, in-4o.

The philosophy of manufactures, by M. Andrew Ure ; London, 1835, in-8o.

Memorias de la real Academia de la historia ; tome 6, Madrid, 1821, in-4o.

Effemeridi della cometa di Halley calcolate seconde i diversi elementi dei signori Damoiseau e Pontécoulant ; Rome, 1835, in-4o.

Voyage dans l’Inde ; par M. V. Jacquemont ; 4e livraison, in-4o.

Projet pour la direction de l’aérostat, par les oppositions utilisées ; par M. P. Ferrand ; Paris, 1835, in-8o. (M. Savart est chargé d’en rendre un compte verbal.)

Chasse et Pêche de gros animaux, principalement des baleines et autres cétacés, au moyen de l’acide prussique ; par M. Gifflard ; Dieppe, 1835.

Théorie mathématique des effets du jeu de billard ; par M. G. Coriolis ; Paris, 1835, in-8o. (M. Mathieu est prié d’en rendre un compte verbal.)

Traité de Médecine pratique ; 4e livraison, 15 août 1835, in-8o.

Notice sur les Salles d’asile ; par M. C. Barbier ; Paris, 1835, in-8o. (Cet ouvrage est renvoyé, sur la demande de l’auteur au concours Montyon de 1836.)

La République sous les formes de la Monarchie ; Paris, 1832, in-8o.

Mémoire sur l’art d’organiser l’opinion ; par M. J.-A.-F. Massabiau ; Paris, 1835, in-8o.

Annales de Chimie et de Physique ; par MM. Gay-Lussac et Arago ; tome 57, mai 1835 ; in-8o.

Annales de la Société d’Émulation du département des Vosges, tome 2, 2e cahier, Épinal, 1835, in-8o.

Annales de la Société d’Agriculture, Arts et Commerce du département de la Charente ; tome 17, no 3, Angoulême, 1835, in-8o.

Annales de la Société d’Horticulture de Paris ; tome 17, in-8o.

Mémorial encyclopédique et progressif des Connaissances humaines ; 5e année, no 55, in-8o.

Magasin Zoologique, publié par M. F.-E. Guérin ; in-8o.

Gazette médicale de Paris, no 34.

Gazette des Hôpitaux ; no 98–100.

Gazette de Santé, no 104.

Errata
No 2. Page 30, ligne 7 en remontant, la Terre, lisez la température de la Terre
Page 32, ligne 9 en remontant, il sera, lisez il serait


SÉANCE DU LUNDI 31 AOÛT 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. O’Farell, médecin irlandais, réclame en faveur de son compatriote M. le docteur Murray, la priorité d’invention des appareils pneumatiques considérés comme agens thérapeutiques. Cette réclamation est sans objet, puisque, dans leur rapport (voyez p. 61), les commissaires de l’Académie ont reconnu que le docteur Murray se servait depuis long-temps d’appareils analogues à ceux du docteur Junod.

M. Gerdy annonce qu’un nouveau sujet, guéri d’une hernie par la méthode qu’il a fait connaître, est dans la salle d’attente où les membres de l’Académie pourront l’examiner.

M. Barbier désire qu’on l’admette à établir les avantages du nouveau système d’écriture qu’il a imaginé.

M. Scoutetten, chargé par le ministre de la guerre de se rendre à Alger pour y combattre le choléra, demande qu’on veuille bien lui signaler les recherches qui sembleraient devoir plus particulièrement fixer l’attention des hommes de l’art. La section de Médecine et de Chirurgie est priée de s’entendre avec M. Scoutetten, à qui le secrétaire adressera les remercîmens de l’Académie.

Histoire naturelle. — Conservation des animaux morts.

M. A. Lereboullet, conservateur du Musée d’Histoire naturelle de Strasbourg, transmet les résultats de quelques expériences relatives à la conservation des objets d’Anatomie et de Zoologie. Le liquide dont on se sert à Strasbourg, ne diffère que par les proportions de celui que M. Gannal a employé depuis long-temps pour préparer les cadavres.

Il renferme :

16 parties d’eau,
4 parties de chlorure de calcium,
2 parties de sulfate d’alumine et de potasse,
1 partie de nitrate de potasse.

« Nous conservons dans ce liquide, dit M. Lereboullet, des squelettes de poissons cartilagineux, des préparations de muscles, de viscères, de cerveaux, de nerfs, des pièces injectées, ou des corps entiers de mammifères, d’oiseaux, de reptiles ou de poissons destinés à l’Anatomie.

» Une tête de chat, sur laquelle on a préparé les muscles de la mastication et de la déglutition, ainsi que les glandes salivaires, sert, depuis plus d’un an, aux démonstrations d’Anatomie comparée, et se trouve en très bon état.

» Dans un envoi que le Musée reçut de Pensylvanie, en 1834, plusieurs poissons étaient très mous et en mauvais état ; ils reprirent, dans le liquide, une consistance ferme, sans que leur forme en fût altérée. Mais c’est surtout pour la conservation des cerveaux que la solution saline est des plus recommandables. L’alcool a besoin, comme on sait, d’être concentré, pour donner à la substance cérébrale une certaine fermeté ; on obtient le même résultat avec l’eau salée, et de plus, on a l’avantage de conserver intacte la forme du cerveau, parce qu’il ne plonge entièrement au fond du vase que lorsque toutes ses parties ont été pénétrées par le liquide, tandis qu’en employant l’alcool, le cerveau tombe de suite au fond, et s’affaisse toujours plus ou moins sur lui même.

» Cette composition nous a offert plusieurs fois l’inconvénient de racornir les tissus ; mais il suffit, pour leur rendre leur flexibilité, de les tenir plongés quelque temps dans de l’eau fraîche.

» Du reste, nous n’en sommes encore qu’aux essais ; nous nous proposons de continuer et de varier nos expériences, afin de déterminer quelles sont les circonstances dans lesquelles on peut substituer ce liquide à l’alcool, qui, outre sa cherté, n’est pas lui-même exempt d’inconvéniens. »

Botanique. — Maladie des feuilles de la vigne.

M. Duby vient de faire insérer dans les mémoires de la Société de Physique et d’Histoire naturelle de Genève, tome 7, une note sur une maladie particulière des feuilles de la vigne et sur une nouvelle espèce de mucédinée. M. Vallot écrit à l’Académie pour lui montrer que ce sujet avait déjà été anciennement traité par Malpighi, par Guettard, par Schrader et plus tard (en 1820) par l’auteur même de la réclamation, dans les mémoires de l’Académie de Dijon. M. Vallot attribue la maladie en question à la présence d’une plante cryptogame intestinale.

Magnétisme terrestre. — Variations irrégulières de l’aiguille de déclinaison.

M. L. Baudouin-des-Marattes, ancien géomètre en chef du cadastre, communique à M. Arago les remarques qu’il dit avoir faites sur la marche irrégulière de l’aiguille aimantée, dans le canton de Josselin, département du Morbihan. Les causes de ces perturbations paraissent devoir être cherchées dans le voisinage de la rivière d’Oust. En marchant de l’intérieur des terres vers la mer, le long d’une certaine ligne droite traversant le canton de Guillac, les valeurs de l’orientation de cette ligne données par la boussole restaient à peu près les mêmes tant que l’observateur était éloigné de la rivière ; mais, dès qu’il en approchait, les changemens devenaient considérables, tantôt dans un sens et tantôt dans le sens contraire. Une fois, M. Baudouin ne trouva pas moins de 6° de variation pour un déplacement de 150 mètres. Sur d’autres lignes, 5 mètres de marche conduisirent à une perturbation d’un degré ! Les expériences faites à diverses époques et par toute sorte de circonstances atmosphériques, donnèrent toujours des résultats identiques pourvu que l’observateur eût l’attention de se transporter exactement aux mêmes stations.

Pour découvrir la cause des variations observées, M. Baudouin fit exécuter des fouilles sur le point où l’aiguille avait accusé le dérangement le plus fort ; elles ne conduisirent à aucun résultat satisfaisant.

La Physique, la Géologie, et peut-être aussi la Métallurgie, semblent intéressées à une étude approfondie du phénomène signalé par M. Baudouin-des-Marattes.

Botanique. — Sur les gales de quelques plantes.

M. Vallot écrit qu’en étudiant en 1820 (mémoires de Dijon), les gales en clou du tilleul, il y avait trouvé des cirons (acarus plantarum) pareils à ceux que M. Turpin a décrits récemment. Des recherches postérieures lui ont fait reconnaître des cirons analogues dans plusieurs fausses gales, entre autres dans les têtes cotonneuses du serpolet, dans les fausses gales du gaillet jaune, etc. Mais, dit M.  Vallot, les cirons ne sont pas seuls en possession de produire de fausses gales. Les bourrelets marginaux décrits et figurés par Réaumur auraient, suivant lui, pour origine les larves de l’endomyer, lesquelles étant apodes ne sauraient être confondues avec les cirons.

Médecine. — Sur la transmission de la rage.

Le docteur Capello, de Rome, a déduit d’un bon nombre d’observations récentes bien circonstanciées, que si la rage spontanée se transmet en Italie, par voie de morsure, de l’animal qui en est affecté aux autres animaux, avec tout autant de facilité que dans les climats moins chauds, il n’en est pas de même de la rage communiquée. Celle-ci ne paraît pas contagieuse : l’animal qui en est atteint éprouve précisément les mêmes symptômes que l’hydrophobe spontané ; il mord, comme ce dernier, tout ce qui se présente à lui, mais sa maladie ne se communique pas.

Lorsque j’ai cité à l’Académie ce résultat puisé dans un des articles de sa correspondance, M. Magendie a rappelé qu’ayant fait autrefois des expériences sur la communication de la rage, soit de l’homme aux animaux, soit d’animal à animal, il vit toujours la maladie spontanée se transmettre une première fois ; passer ensuite du premier animal mordu à un second, du second à un troisième, et n’aller jamais plus loin. Dans chaque expérience, des chiens enragés à la troisième transmission, mordirent impunément six autres chiens. Ces derniers furent gardés plusieurs mois sans que leur santé parut altérée.

En comparant les anciennes expériences de M. Magendie à celles du docteur Capello, on est amené naturellement à se demander si la cause qui rend l’hydrophobie plus rare dans les climats chauds, n’aurait pas aussi la faculté d’y affaiblir, suivant une progression beaucoup plus rapide, les propriétés malfaisantes du virus auquel cette maladie peut être attribuée.

Statistique commerciale. — Nombre d’ouvriers et valeur de la puissance motrice employés en Angleterre, en Écosse et en Irlande, dans les manufactures où l’on travaille le coton, la laine, le lin et la soie.

L’ouvrage intitulé The Philosophy of manufactures que le docteur Ure vient de présenter à l’Académie, renferme un tableau précieux sur l’état actuel des manufactures de la Grande-Bretagne où l’on travaille le coton, la laine, le lin et la soie. J’ai cru devoir en extraire les résultats suivans qui ont été empruntés à des documens parlementaires parfaitement authentiques.

L’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande comptaient en 1814 :

1250 manufactures dans lesquelles on travaillait le coton,
1315 
la laine,
352 
le lin,
237 
la soie.
Total 
3154 

Ces 3154 manufactures employaient :

Ouvriers mâles. femelles.
Coton 
100 000 
119 000
Laine 
31 000 
28 000
Lin 
10 000 
23 000
Soie 
10 000 
21 000
Totaux 
151 000 
191 000
Total général 
342 000 ouvriers des deux sexes.
Sur ce nombre total 
10 000 ouvriers avaient moins de 11 ans ;
157 000 étaient âgés de 11 à 18 ans.

Les mêmes manufactures, moins celles du Leicestershire, du pays de Galles et du sud de l’Irlande, au nombre de 696, pour lesquelles le recensement n’a pas été fait, exigeaient une force motrice équivalente à celle de 64 800 chevaux. Cette force était engendrée par

Machines à vapeur 
1 961
Roues hydrauliques 
1 327

Ce dernier nombre, pour le dire en passant, montrera à tout le monde que nos voisins, quand ils peuvent mettre à profit des forces naturelles, se gardent bien de recourir à l’action dispendieuse de la vapeur.

En 1770, quand Arkwrigh commença à répandre ses procédés, le coton travaillé dans les manufactures de la Grande-Bretagne, ne s’élevait pas, en poids et…

par an, à 
4 000 000 de livres anglaises ;
en 1834, on en a manufacturé 
270 000 000 de livres.
MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Mécanique.Nouveau système de rames applicable à toute navigation et surtout à celle des canaux ; par Ant. George, mécanicien.
(Commissaires, MM. Dupin, Navier, Séguier.)

M. George, inventeur d’une nouvelle forme de rames propre à servir dans la navigation des canaux étroits, s’est aperçu qu’il avait été devancé dans l’application de ce système, par M. Vileroi. Toutefois, comme il y a entre les deux appareils des différences essentielles ; que celui du bateau-poisson de M. Vileroi est submergé, tandis que dans l’autre on n’a eu en vue que la navigation des bateaux ordinaires, M. George s’est décidé à le présenter à l’Académie. Nous reviendrons sur cet objet, dès que les commissaires auront fait leur rapport.

Art vétérinaire.Traitement de l’affection calcaire, connue vulgairement sous le nom de morve ; par M. Galy, pharmacien.
(Commissaires, MM. Magendie, Serres, Dumas.)

M. Galy annonce qu’on guérit la morve, en aiguisant avec de l’acide hydrochlorique l’eau que boivent les chevaux atteints de cette maladie. Toutefois, il a trouvé préférable d’introduire l’acide dans les tissus au moyen de frictions opérées sur des parties du corps de l’animal où l’on avait rasé les poils. M. Galy cite d’assez nombreuses expériences, desquelles il résulterait que la morve n’est pas contagieuse.

RAPPORTS.
Chimie minérale. — Rapport sur un mémoire de M. Pelouze, intitulé : Sur quelques combinaisons d’azote, de soufre et d’oxigène.
(Commissaires, MM. Thénard, Chevreul, et Robiquet rapporteur.)

« En 1802, Davy consigna dans le tome 20 de la Revue Britannique une observation très curieuse, mais qui demeura pour ainsi dire inaperçue, parce qu’on la considéra comme un fait isolé dont on ne prévit pas toutes les conséquences. M. Pelouze vient de lui donner un heureux développement et d’en faire jaillir des résultats bien remarquables. Davy avait vu que le deutoxide d’azote, ou gaz nitreux, pouvait être complétement absorbé par un mélange de potasse ou de soude et d’un sulfite alcalin, et il constata que de cette réaction résultait une matière particulière qui avait pour caractère principal de dégager abondamment du protoxide d’azote par son contact avec les acides. Comme cette absorption du deutoxide d’azote par un sulfite, ne pouvait avoir lieu sans la présence d’un alcali libre, et que les acides, même les plus faibles, chassaient de cette combinaison, non plus du deutoxide, mais bien du protoxide d’azote, Davy crut pouvoir en conclure que le deutoxide d’azote cédait la moitié de son oxigène au sulfite pour le transformer en sulfate, et que le protoxide qui en résultait se trouvant là à l’état naissant, s’enchaînait aux bases libres par un lien très faible, qui cédait aux moindres influences. M. Pelouze peu satisfait de cette explication, et sachant bien tout ce qu’on peut gagner à connaître le fond des choses, s’est livré à de nouvelles recherches pour se rendre un compte exact de ces phénomènes ; et d’abord, il a voulu s’assurer si un sulfite seul, n’était pas susceptible d’absorber le deutoxide d’azote dans son entier ; mais il a immédiatement reconnu qu’en faisant varier les circonstances, il faisait aussi varier les résultats. En effet, à la température ordinaire, le deutoxide d’azote qu’on fait passer au travers d’une dissolution de sulfite d’ammoniaque, perd la moitié de son volume, se convertit en protoxide d’azote, et transforme une quantité proportionnelle de sulfite en sulfate. À 0°, les résultats sont encore les mêmes ; mais si l’on abaisse la température jusqu’à −15° ou −20°, alors les phénomènes sont tout autres, l’absorption du gaz est complète, et l’on voit apparaître un produit cristallin qui possède des propriétés bien remarquables. Ainsi, et c’est un fait très digne d’attention, puisqu’il avertit le chimiste de ne jamais se hâter de conclure de ce qui arrive dans une circonstance pour ce qui doit arriver dans une autre, nous voyons un simple abaissement de quelques degrés de température, suffire pour déterminer des combinaisons d’un autre ordre ; et puisqu’à −20° le deutoxide d’azote est absorbé sans reste par le sulfite neutre, il en faut bien conclure que l’excès d’alcali supposé indispensable par Davy, ne le devient que dans les circonstances où cet illustre chimiste a opéré. Si maintenant on remarque avec M. Pelouze que cette combinaison de liquide, de sulfite neutre et de deutoxide d’azote est tellement éphémère qu’elle se détruit spontanément à mesure que son refroidissement artificiel cesse, on est naturellement conduit à admettre comme lui que la présence de l’alcali libre, ne sert qu’à donner de la stabilité à cette combinaison, et c’est en effet ce que ses expériences lui ont démontré.

» Une fois le fait principal bien constaté, M. Pelouze a cherché à en établir la théorie, et voici comment il y est parvenu.

» Lorsqu’on fait passer une solution de potasse caustique dans une éprouvette contenant 2 vol. de deutoxide d’azote et 1 vol. d’acide sulfureux, tout est absorbé ; si l’on outre-passe cette proportion de gaz nitreux, l’excédant reste ; lorsqu’on en met moins, une quantité relative de sulfite demeure libre. Ainsi, point de doute, cette combinaison s’effectue dans des proportions bien nettement déterminées. M. Pelouze en conclut que ces deux gaz, réunis dans le rapport indiqué, constituent un acide nouveau, qu’il nomme nitro-sulfurique ; mais il reconnaît que cet acide comme quelques autres, ne peut exister qu’à l’état de combinaison. Du moins, M. Pelouze a fait jusqu’à présent d’inutiles tentatives pour l’isoler.

» On aurait pu supposer, comme le fait remarquer l’auteur, que cet acide est formé d’acide sulfurique et de protoxide d’azote, dans lequel celui-ci remplacerait le protoxide d’hydrogène de l’acide ordinaire ; mais s’il en était ainsi, les sels barytiques formeraient dans les combinaisons de cet acide un précipité insoluble dans l’acide nitrique, et c’est ce qui n’a pas lieu. On ne peut pas supposer davantage que le deutoxide d’azote et l’acide sulfureux demeurent en quelque sorte indépendans l’un de l’autre, puisque d’une part le sulfate rouge de manganèse n’est point décoloré comme dans le cas des sulfites, et que de l’autre la dissolution sulfurique d’indigo reste dans cette combinaison sans y éprouver d’altération, ce qui n’arriverait certainement pas si la solution contenait des nitrates ou des nitrites.

» M. Pelouze admet donc que ces deux gaz combinés dans le rapport de 2 à 1, constituent un acide nouveau, et que cet acide ne doit point être considéré comme la réunion de deux combinaisons binaires, mais bien comme composé de trois élémens unis dans la proportion de 1 atome de soufre, 2 d’azote et 4 d’oxigène. Cette manière de voir viendrait appuyer l’opinion émise par quelques chimistes, sur la nature de diverses combinaisons organiques.

» M. Pelouze, après avoir constaté l’existence et la nature de cet acide nouveau, a étudié ses principales combinaisons avec les alcalis, et il a profité, pour les obtenir dans les circonstances ordinaires, de la stabilité qu’ils reçoivent d’un excès de base. Ainsi, par exemple, il a fait passer pendant plusieurs heures, un courant de deutoxide d’azote dans une dissolution concentrée de sulfite d’ammoniaque mêlée avec cinq ou six fois son volume d’ammoniaque liquide ; on voit alors, au bout d’un certain temps, se déposer successivement de beaux cristaux de même nature que ceux obtenus à −20°, avec le sulfite neutre. On lave ces cristaux avec de l’ammoniaque préalablement refroidie, puis on les fait sécher et on les enferme dans des flacons hermétiquement bouchés. Ils sont inaltérables tant qu’on les prive du contact de corps étrangers, et surtout de l’humidité. Ce sel, projeté sur les charbons ardens, y brûle avec scintillation ; il peut être chauffé jusqu’à 110° sans subir de décomposition ; mais au-delà, le dégagement de protoxide d’azote est si rapide, qu’il y a explosion. Le nitro-sulfate d’ammoniaque se dissout facilement dans l’eau ; mais il s’y décompose avec d’autant plus de rapidité, que la température est plus élevée. Tous les acides en dégagent subitement du protoxide d’azote, et le font passer à l’état de sulfate d’ammoniaque.

» On voit par quel faible lien sont unis les élémens de ces sels, puisque la seule réaction de l’eau plus ou moins prolongée, suffit pour en opérer la séparation. Cette excessive mobilité a fait penser à M. Pelouze qu’il en serait des nitro-sulfates comme de l’eau oxigénée, c’est-à-dire qu’ils pourraient subir une rapide décomposition par le contact passif, du moins en apparence, de certains corps ; et c’est, en effet, ce que l’expérience a pleinement confirmé. La mousse de platine, l’oxide d’argent, et beaucoup d’autres corps, agissent avec une extrême rapidité sur le nitrosulfate d’ammoniaque, et cependant ils ne lui prennent ni ne lui cèdent rien.

» Il en est, de ces combinaisons éphémères, comme de l’équilibre que le moindre souffle peut rompre. L’argent fulminant détonne sous la plus légère pression d’une barbe de plume ; l’eau oxigénée retourne à son état primitif par le froissement de quelques molécules étrangères, mais, chose bien digne de remarque et dont on ne prévoit aujourd’hui aucune explication, les acides paralysent instantanément cette dernière réaction, tandis que, pour les nitro-sulfates, il n’y a que les alcalis qui puissent suspendre l’action de présence.

» M. Pelouze appelle de tous ses vœux l’attention des physiciens sur ces phénomènes inexpliqués jusqu’ici, et il conçoit possible que la solution de cette question conduise à l’intelligence complète de l’important phénomène de la fermentation ; phénomène qui, malgré tant d’efforts et de recherches, nous laisse encore indécis sur le véritable rôle que joue la levûre.

» Enfin, M. Pelouze, après avoir reconnu qu’en mêlant sous l’eau pure 2 volumes de deutoxide d’azote et 1 volume d’acide sulfureux, il y a production d’acide sulfurique et dégagement d’un volume de protoxide d’azote, en induit que les diverses théories proposées pour rendre compte de la transformation du soufre en acide sulfurique, devront subir quelques modifications, puisqu’en définitive l’air n’est pas absolument indispensable à cette acidification, et qu’il est impossible qu’il ne se dégage pas du protoxide d’azote dans les chambres de plomb pendant la combustion du soufre. L’auteur annonce que depuis long-temps il s’occupe de recherches à cet égard, et il espère pouvoir en communiquer sous peu les résultats à l’Académie.

» En résumé, vos commissaires pensent que le Mémoire de M. Pelouze renferme des résultats aussi intéressans qu’imprévus ; que ce Mémoire mérite l’entière approbation de l’Académie, et ils vous proposent d’en ordonner l’insertion dans le Recueil des Savans étrangers. »

L’Académie approuve les conclusions du rapport.

Après la lecture du rapport, M. Magendie dit qu’il a étudié le mode d’action du nitro-sulfate d’ammoniaque sur les animaux et sur l’homme malade.

Sur des chiens, 6 grains de nitro-sulfate d’ammoniaque dissous dans l’eau et injectés immédiatement dans les veines n’ont causé qu’un trouble passager dans les fonctions cérébrales. À la dose de 12 grains il n’est rien résulté d’apparent de l’introduction de ce sel dans l’estomac.

Soit hasard, soit résultat d’une influence particulière du nitro-sulfate d’ammoniaque, des malades de l’Hôtel-Dieu, affectés de fièvres typhoïdes, ont été hors de danger après avoir pris 12 grains de ce sel dissous dans l’eau au moment où il devait être administré. La dose totale qui a été donnée à chaque malade en plusieurs jours est d’environ 1 gros.

Chimie organique.Rapport sur un Mémoire de M. Guérin-Varry, concernant l’action de la diastase sur l’amidon de pommes de terre, et les propriétés du sucre d’amidon.
(Commissaires, MM. Robiquet, Dumas.)

« L’Académie nous a chargés, M. Robiquet et moi (M. Dumas) de lui rendre compte du Mémoire de M.  Guérin-Varry dont nous venons de rappeler le titre ; nous allons remplir ce devoir.

» L’Académie a été si souvent entretenue des expériences dont l’amidon est devenu l’objet depuis quelque temps, qu’il nous semble peu nécessaire de lui remettre sous les yeux les résultats sur lesquels l’auteur du mémoire que nous examinons a pu s’appuyer. Nous chercherons seulement à préciser l’état de la science à l’égard des points sur lesquels il s’est proposé de jeter quelque lumière.

» M. Dubrunfault avait mis hors de doute que l’orge germée exerce une action spéciale sur l’amidon ; qu’elle le fluidifie et le convertit en matière sucrée. MM. Payen et Persoz ont montré plus tard qu’une matière remarquable à laquelle ils ont donné le nom de diastase, existe dans l’orge germée et en reproduit toutes les propriétés avec une intensité vraiment singulière.

» En combinant les résultats de leurs propres observations avec ceux auxquels étaient parvenus les physiologistes ou les chimistes qui ont étudié l’amidon, MM. Payen et Persoz se trouvaient amenés à des conséquences fort remarquables et fort simples.

» Considérant alors l’amidon comme formé d’une substance particulière renfermée dans un sac membraneux, ces deux chimistes pensaient qu’à la température de 65 ou 70°, la diastase déterminait la rupture des sacs et qu’ainsi mise en contact avec la matière intérieure, elle convertissait celle-ci en une substance d’apparence gommeuse, la dextrine, ou bien en sucre de raisin. Avec un contact court, on obtenait beaucoup de dextrine ; avec un contact plus prolongé, le sucre devenait prédominant.

» La diastase se développant dans l’acte de la germination, il devait sembler évident qu’elle servait à fluidifier ou saccharifier l’amidon du grain et l’on expliquait par son influence, la formation de sucre qui accompagne toujours cette fonction : c’est ce que pensèrent les auteurs.

» Quelque temps après, un de nos confrères, M. Dutrochet, étudiant l’action de la diastase sur l’amidon, admit ces mêmes idées, et les prit pour base d’une théorie par laquelle il expliquait la fluidification de cette dernière substance par l’orge germée ou la diastase.

» Les expériences de M. Guérin-Varry changent les principaux élémens de ce problème physiologique et chimique à la fois, et dont le double caractère explique en même temps la difficulté et l’intérêt.

» On peut ramener à trois principales modifications, celles que l’amidon éprouve dans la classe de phénomènes qui nous occupe : sa conversion en empois ; la fluidification de celui-ci ; enfin la saccharification de la matière devenue fluide. L’auteur du mémoire que nous examinons, séparant soigneusement ces effets successifs, étudie sur chacun d’eux l’influence de la diastase.

» D’après ses observations, une proportion de diastase, très forte même, ne produit aucun effet sur l’amidon à la température ordinaire, les deux matières étant délayées dans l’eau. Bien plus, à une température de 50 ou 53°, l’amidon demeure intact sous l’influence de la diastase, tout comme sous celle de l’eau pure.

» Cette remarque est nouvelle ; elle est importante. À partir de 54 jusqu’à 65°, la fécule se dilate et se déchire sous l’influence de l’eau ; elle se convertit en empois. Quand on fait intervenir la diastase, on observe des effets analogues, à de légères nuances près que l’auteur signale, mais l’empois se liquéfie et se saccharifie à mesure de sa formation.

» Ainsi, la diastase ne semble intervenir en rien dans l’hydratation de l’amidon ; elle n’agit que sur l’amidon hydraté, et le convertit promptement en sucre. Sans contredire les faits observés par les auteurs qui ont précédé M. Guérin-Varry, ces expériences en donnent une interprétation nouvelle.

» On vient de voir qu’à la température à laquelle l’eau seule changerait l’amidon en empois, la diastase convertit celui-ci en matière sucrée. Il était essentiel d’examiner si, l’empois une fois produit, la diastase pourrait le saccharifier à de basses températures.

» L’auteur s’est assuré qu’à 20° et en vingt-quatre heures, la diastase convertit en sucre une grande partie de l’amidon pris à l’état d’empois, pourvu qu’on l’emploie en proportion un peu forte. Il a pu obtenir ainsi 77 parties de sucre par 100 d’amidon.

» En quinze minutes, 100 d’amidon à l’état d’empois, ont fourni 35 de sucre par l’action de la diastase à la même température de 20°.

» À la température de la glace fondante, la diastase agit encore, quoique plus lentement sur l’empois et le saccharifie. 100 d’amidon pris à l’état d’empois, traités par un grand excès de diastase, ont fourni environ 12 de sucre.

» Enfin, en formant de l’empois avec une dissolution de sel marin, et l’exposant à l’action de la diastase à une température qui varia de 9 à 5° au-dessous de zéro, pendant deux heures, l’auteur n’a obtenu aucune trace de sucre, quoique l’empois fût devenu sensiblement fluide. Il en conclut qu’à cette basse température, le pouvoir saccharifiant de la diastase disparaît. Cependant, on peut craindre que le sel marin introduit dans le liquide et destiné à prévenir sa congélation, n’ait contribué pour quelque chose à annuler l’action de la diastase. Il est à désirer que l’auteur examine l’action de ce corps à d’autres températures, car dans ces phénomènes obscurs, où l’on n’est guidé par aucune analogie, l’expérience seule peut prononcer sur la nature des effets de chacun des agens mis en présence.

» Nous ajouterons qu’il serait de quelque importance d’étudier comparativement les phénomènes résultant de l’action de la diastase sur l’empois produit au moyen de l’eau pure et sur celui produit par des liqueurs chargées de divers réactifs salins ou autres. Il ne serait pas difficile d’en trouver qui anéantiraient l’action de la diastase, mais on en rencontrerait peut-être qui seraient capables de rendre cette action très énergique, ce qui serait à la fois utile aux arts et curieux pour la théorie.

» Nous nous sommes étendus sur cette partie du mémoire de M. Guérin-Varry, parce qu’elle renferme des observations dirigées avec sagacité et qu’elle jette quelque lumière sur les réactions de l’un des corps les plus curieux que la Chimie organique possède. La diastase, le ferment, la matière active de la présure, celle qu’on peut supposer dans le suc gastrique, sont autant d’agens organiques qui à de faibles doses produisent des phénomènes fort remarquables et d’un haut intérêt. Le mystère qui enveloppe leurs réactions fait désirer que tout ce qui concerne la diastase, le seul de ces principes qui ait été à peu près isolé, soit étudié avec un soin extrême.

» On trouve dans le mémoire de M. Guérin-Varry d’autres observations ; mais comme elles ont surtout pour objet l’étude du sucre d’amidon, et qu’en général, elles ne font que confirmer des faits connus, nous les mentionnerons rapidement.

» L’auteur s’est assuré par de nombreuses épreuves, que le sucre obtenu par l’acide sulfurique et l’amidon, et celui qu’on prépare à l’aide de la diastase, sont exactement semblables. Il est parvenu à les préparer l’un et l’autre à un état de pureté extrême, parfaitement incolores et cristallisés en petits prismes à faces rhomboïdales. On sait que cette espèce de sucre cristallise très difficilement ; mais déjà M. Mollerat, en 1828, avait obtenu des cristaux déterminables de sucre d’amidon fait par l’acide sulfurique, et cette observation se trouve consignée dans le journal de la Côte-d’Or du 17 septembre de cette année.

» L’auteur a déterminé avec soin les principaux caractères du sucre d’amidon. Il en a fait l’analyse élémentaire, et il a confirmé les résultats obtenus par M. Th. de Saussure.

» Il a cherché à contrôler cette analyse par un examen attentif des produits de la fermentation de cette espèce de sucre. Il a déterminé avec soin l’acide carbonique et l’alcool obtenus, mais il s’est constamment présenté une perte de trois centièmes environ, qu’il attribue à la formation des acides acétique et lactique qui se produisent pendant la fermentation.

» Enfin, l’auteur a étudié la matière gommeuse, dont la formation précède celle du sucre, et il en donne les caractères principaux. On doit regretter qu’il n’en ait pas fait l’analyse, car elle eût jeté quelque lumière sur les rapports des trois substances qui se lient si intimement, l’amidon, la matière gommeuse ou dextrine, et le sucre d’amidon.

» Parmi les conséquences que l’auteur tire des faits que nous avons énoncés, il en est une sur laquelle nous devons attirer l’attention de l’Académie.

» On sait que la germination des céréales et celle de l’orge en particulier, donnent naissance à la diastase, et qu’en même temps une partie de l’amidon contenu dans ces graines se transforme en dextrine et même en sucre d’amidon. On a été conduit à lier ces faits et à considérer la diastase comme un produit créé par la germination, et destiné à convertir l’amidon en produits solubles à l’usage de la jeune plante. L’action que la diastase exerce sur l’amidon à 60° environ, étant connue, on avait préjugé qu’elle se reproduirait à la température ordinaire, à l’aide du temps. Les expériences de M. Guérin-Varry prouvent qu’un contact de deux mois entre l’amidon et la diastase ne détermine aucune réaction.

» Faut-il en conclure que la diastase n’intervient pas dans les changemens que l’amidon éprouve pendant la germination ? Nous ne le pensons pas. Il semble seulement que la fécule des graines s’hydrate d’abord par quelque mécanisme qui nous est encore inconnu, et qu’une fois hydratée, elle éprouve l’action de la diastase à froid, comme tout cela arrive avec l’empois ordinaire.

» Reste à trouver comment la fécule des graines se dispose à subir l’action de la diastase ? Comme la question paraît maintenant bien posée, tout porte à croire qu’elle sera promptement résolue par les personnes qui ont fait une étude spéciale des phénomènes physiologiques de la végétation.

» En résumé, le Mémoire de M. Guérin-Varry renferme des observations nouvelles, que nous avons vérifiées en partie, sur les rapports de la diastase avec l’amidon. Il contient des détails intéressans sur les propriétés du sucre d’amidon ou de la dextrine. On y trouve l’indication de plusieurs précautions utiles à connaître pour la préparation du sucre d’amidon et de la dextrine. Il renferme quelques observations microscopiques sur la fécule, et des remarques sur le dosage des produits de la fermentation alcoolique.

» Parmi les résultats que l’auteur rapporte, nous avons dû distinguer ceux qui se rattachent à l’action de la diastase sur l’amidon. Ils nous ont paru nouveaux et dignes de l’intérêt de l’Académie, ce qui nous engage à proposer l’insertion de son Mémoire dans le recueil des Savans étrangers. »

L’Académie adopte les conclusions du rapport.

Procédé industriel.Pâtes destinées à faire couper les instrumens tranchans, présentées par M. Valpêtre, D. M.
(Commissaires, MM. Chevreul, Dumas, Poncelet.)

M. Valpêtre n’ayant pas fait connaître la composition de ses pâtes, les commissaires qui furent désignés à l’époque de la présentation du mémoire, ont pensé qu’ils devaient s’abstenir de tout examen. L’Académie a sanctionné cette détermination.

LECTURES.
Minéralogie.Note sur une grande masse de malachite, trouvée dans les mines ouraliennes de M. Demidoff ; par M.  Al. de Humboldt.

« Une grande masse de malachite vient d’être trouvée dans les mines ouraliennes de M. Demidoff. Cette masse pèse près de cinq mille kilogrammes. La découverte en est d’autant plus importante que, depuis un grand nombre d’années, la malachite, recherchée dans les arts à cause de sa belle couleur, est devenue assez rare, les célèbres mines de Goumelchefskoy[sic] dans l’Oural ayant cessé d’en fournir. M. Schwetzoff, qui dirige avec beaucoup d’habileté les travaux des mines de Nijné-Taguilsk, a fait d’excellentes études à Paris, à l’École des Mines. D’après des hauteurs circumméridiennes du soleil, que j’ai prises dans mon voyage d’Asie septentrionale, la latitude de Nijné-Taguilsk, si riche en platine, en or et en malachite, est de 57° 54′ 58″. Voici le détail que donne la lettre que j’ai reçue de Sibérie ; elle porte la date du 26 juin de cette année :

» On écrit de Nijné-Taguilsk qu’il vient d’être découvert par M. Schwetzoff, dans les mines de cuivre de MM. Paul et Anatole Demidoff, sur le versant des monts Ourals, un gisement de malachite dont on a déjà extrait 80 pouds, près de 3200 livres (1280 kil.), et qui le cède très peu en beauté à celles qui provenaient jadis des mines de Fourchaninoff.

» Dans le même endroit où a été découverte cette malachite, c’est-à-dire à 36 toises de profondeur, et dans la galerie nommée Nadejdnoi, il se présentait une énorme masse de malachite, sans aucune crevasse.

» On a fait des travaux pour la déblayer, et jusqu’à présent sa longueur est déjà de 7 archines et demi (5m,25) ; la largeur de 3 arch. et demi (2m,45) ; sa hauteur de 4 arch. (2m,8) ; ce qui fait juger que son poids peut être de 300 à 350 pouds, 12000 à 14000 livres russes (4800 à 5600 kil.). Le morceau le plus gros connu jusqu’ici, est celui qui a été extrait des mines de Fourchaninoff, de la galerie de Goumelchefskoi[sic] ; il se trouve au Musée du corps des mines à Saint-Pétersbourg ; son poids n’est que de 90 pouds (1440 kil.) Comme il faudrait percer un nouveau puits pour faire arriver le bloc de malachite en entier à la surface du sol, on se propose, après l’avoir isolé et nettoyé de toute la roche décomposée qui l’environne, de construire une espèce de grotte, pour que les curieux puissent l’admirer sur place.

» Les travaux ultérieurs nous apprendront si la masse a plus d’étendue, car on n’en connaît pas encore exactement les dimensions, et l’on suppose qu’elle s’étend davantage en profondeur et en longueur. »

Astronomie.Comète de Halley.

M. Arago annonce que cette comète a été observée à Paris, presque tous les jours de la semaine dernière. Bientôt il présentera à l’Académie le résultat des comparaisons journalières entre les positions observées et calculées. Le nouvel astre augmente rapidement d’intensité. Déjà, la nuit dernière, on commençait à l’entrevoir dans une simple lunette de nuit. On espère pouvoir faire prochainement les premiers essais de la méthode que M. Arago a indiquée pour décider si les comètes brillent d’une lumière propre.

Anatomie.Examen de l’œuf humain, par M. Coste.
(Commissaires, MM. Magendie, Serres, Roux.)

M. Coste s’est proposé de prouver dans son mémoire, que l’œuf et l’embryon humain se développent exactement comme l’œuf et l’embryon des mammifères et des oiseaux. Dans un œuf humain qui devait être fort jeune, puisque l’ombilic était encore largement ouvert, M. Coste a vu simultanément une vésicule allantoïde en tout semblable par ses relations et ses usages à celle des mammifères, et la masse réticulée que M. Velpeau a présentée naguère comme l’allantoïde humaine. L’auteur croit que cette masse est le simple résultat de la coagulation des fluides dont l’œuf est imbibé.

Chimie.Recherches sur la composition de l’atmosphère ; par M. Boussingault.
(Commissaires, MM. Thénard, Dumas)

Nous avons déjà donné, page 36, dans l’extrait d’une lettre de M. Boussingault à M. Arago, les principaux résultats auxquels ce chimiste est arrivé en analysant l’air atmosphérique de la ville de Lyon. Nous pourrons donc aujourd’hui nous borner à faire connaître dans cette courte notice, le moyen d’observation dont M. Boussingault s’est servi pour doser le carbone qui existe dans l’air à tout autre état qu’à celui d’acide carbonique.

« L’air traverse d’abord une dissolution de potasse caustique à 45° de Baumé, dans laquelle il se dépouille d’acide carbonique. Il passe ensuite dans un flacon contenant de l’eau de baryte. Cette eau est troublée légèrement : elle agit en s’emparant des dernières portions d’acide carbonique qui peuvent avoir échappé à la potasse. Vient ensuite un flacon dans lequel on a mis de l’eau de baryte étendue. Ce flacon sert de témoin : la limpidité que conserve l’eau de baryte qui s’y trouve contenue, atteste que l’air a été rigoureusement dépouillé d’acide carbonique. C’est alors que cet air parcourt un tube de porcelaine incandescent, d’où il sort pour se laver de nouveau dans de l’eau de baryte étendue. Ce dernier flacon d’eau de baryte est séparé du tonneau aspirateur[4] par un flacon d’huile.

» Lorsqu’on a fait passer de l’air parfaitement privé d’acide carbonique, à travers le tube chauffé au rouge, il arrive que l’eau de baryte placée immédiatement après le tube, se trouble d’une manière très sensible, de sorte que, en opérant sur une quantité suffisante d’air atmosphérique, il est possible de recueillir le carbonate de baryte et d’apprécier ainsi le poids du carbone qui a été brûlé pendant le trajet de l’air dans le tube chauffé au rouge. Voici le résultat d’une expérience terminée le 5 août, et qui avait été entreprise dans le but de doser le carbone. L’appareil était monté dans la cour de la Faculté des Sciences de Lyon.

» On a fait passer 205l d’air.

» Température moyenne 22°, pression corrigée, 0m,733.

» Ce volume d’air pesait 237g,5 ; le temps était beau pendant l’expérience, l’air calme.

» L’eau de baryte placée avant le tube incandescent est restée d’une limpidité parfaite.

» L’eau de baryte placée après le tube s’est troublée fortement. Le carbonate de baryte a été recueilli ; la portion de ce sel qui adhérait aux parois du vase, a été enlevée au moyen de l’acide acétique.

» Le carbonate, transformé en sulfate, a pesé 0g,685, équivalant à 0g,130 d’acide carbonique, ou à 0g,031 de carbone ; par conséquent, l’air de Lyon contenait 0,00012 de son poids de carbone. Si ce carbone s’y trouvait à l’état d’hydrogène carboné, l’air aurait contenu 0,00022 de son volume de ce dernier gaz.

» Il devient donc intéressant de joindre à la recherche de l’hydrogène, celle du carbone dans les expériences de chimie météorologique. Le principe carburé, dont je viens de signaler la présence dans l’air de Lyon, est-il un produit accidentel dû à la population ? ou bien fait-il réellement partie de l’atmosphère ? C’est à de nouveaux travaux à résoudre cette question. Ce qui est important maintenant, c’est de créer des méthodes qui permettent de découvrir et de doser dans l’air, les principes qui échappent aux moyens ordinaires de l’eudiométrie. Ces méthodes, une fois créées, il ne faudra plus que du temps et de nombreuses séries d’observations, pour obtenir des résultats dont chacun peut dès à présent concevoir toute l’importance. »

Chimie.Théorie des acides hydrogénés ; par M. Longchamp.
(Commissaires, MM. Thénard, D’Arcet, Dumas.)

M. Longchamp annonce avoir été conduit, par une méthode qu’il pourra faire connaître ultérieurement, à cette règle très simple : Il n’y a que trois combinaisons possibles entre deux élémens et de nature contraire, savoir :  ;  ; . Pour concilier cette règle avec les quatre combinaisons connues du soufre et de l’oxigène admises par les chimistes ; avec les quatre combinaisons connues de l’oxigène et de l’azote, l’auteur a recours à la théorie des oxides et des acides hydrogéniques, qu’il a publiée en 1833. Il applique ensuite la même théorie à l’explication des étranges phénomènes que présente le nouvel acide découvert par M. Pelouze.

Dans l’introduction au Mémoire dont nous venons de donner une idée générale, on lit quelques passages tirés textuellement de Stahl, et destinés à prouver que, dans plusieurs de ses expériences, ce grand chimiste croyait, contre l’opinion généralement répandue aujourd’hui, avoir isolé le principe de l’inflammabilité ou le phlogistique. Ainsi, dit M. Longchamp, on n’affirmera plus que pour le chimiste allemand, le phlogistique était un principe insaisissable ou hypothétique.


M. Arago annonce à l’Académie qu’elle vient de perdre M. Léopold Nobili, l’un de ses correspondans de la section de Physique.

M. Nobili, ancien officier d’artillerie dans l’armée du royaume d’Italie, était un observateur exact, scrupuleux, plein de sagacité, de ressources, et animé pour les progrès des sciences d’un zèle que rien ne rebutait. À Paris où il séjourna quelque temps comme réfugié politique, M. Nobili sut se concilier l’estime et l’amitié de tous ceux qui le connurent. Il est mort le 19 août dernier, à Florence, des suites d’une maladie de poitrine dont les premiers symptômes se manifestèrent pendant la campagne de Russie. L’Europe savante tout entière s’associera à nos vifs regrets.

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 4, in-4o.

Geological report of an examination made in 1834 of the elevated country between the Missouri and red Rivers ; by M. G.-W. Featherstonhaugh ; Washington, 1835, in-8o.

Astronomische Nachrichten, n° 284, in-8o.

Correspondance mathématique et physique de l’Observatoire de Bruxelles ; par M. Quetelet, 1835, in-8o.

Esquisses des premiers principes d’Agriculture ; par M. John Lindley ; traduit de l’anglais par M. Charles Morren ; Bruxelles, 1835, in-12.

Carte céleste, sur un plan nouveau ; par M. Hartmann, à Genève.

Carte céleste muette, à l’usage des commençans ; par le même.

Cours élémentaire d’Astronomie ; par M. Emmanuel Develey ; nouvelle édition, Lausanne, 1835, in-8o.

Voyage dans l’Amérique méridionale ; par M. d’Orbigny ; 5e livraison, in-4o.

Fragmens d’Histoire naturelle systématique et physiologique sur les Musaraignes ; par M. G.-L. Duvernoy ; Strasbourg, 1835, in-8o.

Quelques observations sur le canal alimentaire des Semnopithèques ; par le même, in-4o.

Notice critique sur les espèces de grands chats nommés par Hermann Felis Chalybeata et Guttata ; par le même ; in-4o.

Essai de Géologie descriptive et historique ; par M. H. Reboul ; Paris, 1835, in-8o. (M. Brochant de Villiers est chargé d’en rendre un compte verbal.).

Mémoire sur les Courtillières ; par M. Lacène ; Lyon, 1835, in-8o.

Rapport sur les travaux de la Société Géologique de France, pendant les années 1832 et 1833 ; par M. Puillon-Boblaye ; tome 4, Paris, in-8o.

Résumé des travaux de la Société Géologique de France, de novembre 1833 à novembre 1834 ; par M. Rozet ; tome 6, Paris, 1835, in-8o.

Mémoires de la Société royale d’Agriculture et des Arts du département de Seine-et-Oise ; Versailles, 1835, in-8o.

Gazette médicale de Paris, no 35.

Gazette des hôpitaux, no 103.

Gazette de santé, no 105.



Observations météorologiques. — Août 1835


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SÉANCE DU LUNDI 7 SEPTEMBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. Maillard écrit qu’il vient de découvrir une combinaison géométrique avec laquelle on peut, dit-il, mesurer facilement la distance des corps terrestres et célestes.

M. Morin demande qu’il lui soit permis de retirer un Mémoire qu’il a adressé, en 1834, pour le concours aux prix de Médecine et de Chirurgie fondés par M. de Montyon, Mémoire qui a pour titre : La Calcographie médicale perfectionnée. Cette demande ne peut être accordée, attendu que l’usage constant de l’Académie est de conserver les pièces envoyées aux concours ; mais les auteurs ont toujours la liberté de faire prendre des copies de leurs ouvrages, quand ils en ont besoin.

L’auteur (qui ne se nomme point) d’un Traité en langue allemande sur la navigation aérienne, désirerait que ce Traité, qu’il accompagne d’une traduction française, pût être l’objet d’un rapport. Cette demande n’est pas non plus accordée, l’Académie ayant pour règle de ne jamais porter de jugement sur les écrits anonymes.

Géologie.Ossemens fossiles.

M. Larrey offre à l’Académie, pour être déposée dans son Musée, une tête d’ours fossile, de la grande espèce des cavernes. Cette tête, remarquable par sa belle conservation, a été trouvée dans les grottes de Mialet (département du Gard), par M. le docteur Alexis Juliet.

M. Larrey, qui en a fait l’acquisition à son passage à Nîmes, lors de son inspection relative au choléra indien, désire qu’elle soit examinée par M. Geoffroy-Saint-Hilaire, qui est, en conséquence, prié de vouloir bien faire part des résultats de cet examen à l’Académie.

Embryologie.Anatomie de l’œuf humain.

M. Velpeau, à qui M. Coste, dans la dernière séance, avait cru pouvoir imputer de s’être mépris sur divers faits d’embryogénie, écrit à l’Académie pour signaler, à son tour, plusieurs erreurs dans lesquelles il lui semble que celui-ci est tombé.

« Le peu que j’ai pu apprendre jusqu’ici, dit M. Velpeau, des opinions de M. Coste, en ce qui concerne les objets dont je me suis moi-même occupé, m’autorise déjà, par exemple, à soutenir qu’il se trompe manifestement en disant que les œufs qu’il a montrés lundi étaient parfaitement sains ; car, à cet âge, l’embryon d’un œuf sain n’a pas l’ombilic ouvert ; qu’il se trompe encore en disant que ces œufs sont moins avancés qu’aucun de ceux que j’ai étudiés, car j’en ai présentés à l’Académie de plus jeunes et de plus complets, qui sont d’ailleurs figurés et décrits dans mon Ovologie, ainsi que dans mon Traité d’Accouchemens ; qu’il se trompe de nouveau quand il dit que le cordon et le placenta sont une dépendance de l’allantoïde ; qu’il se trompe aussi dans tout ce qu’il dit de cette dernière membrane, au point de décrire à la place une vésicule qui en est tout-à-fait distincte ; qu’il est enfin tombé dans la même faute pour la membrane caduque, la poche ovo-urinaire, etc. »

La lettre de M. Velpeau est renvoyée à la commission qui est chargée d’examiner le Mémoire de M. Coste.

Météorologie.Électricité comparée du sol et des nuages.

M. Peltier communique une nouvelle observation météorologique qu’il a faite un des jours derniers. On sait que ce physicien a monté des appareils pour étudier la température et l’état électrique des milieux éloignés. L’appareil qui interroge les échanges électriques entre le sol et l’atmosphère, est un fil de cuivre isolé qui s’élève par un de ses bouts à 25 mètres au-dessus du sol, et plonge par l’autre dans un puits, profond de 12 mètres. Au milieu du fil est interposé, soit un multiplicateur de 2000 tours, soit un électroscope à feuilles d’or, soit un autre électroscope comparateur de l’invention même de M. Peltier.

Le 4 septembre dernier, le temps s’était maintenu beau jusque vers cinq heures de l’après-midi, la température était élevée et le sol avait donné, comme il donne à l’ordinaire, des indices d’électricité négative. Un peu avant cette heure, les vapeurs devinrent visibles, quelques faibles nuages se formèrent. Vers cinq heures et demie, des gouttes de pluie tombèrent en petite quantité, mais sans discontinuer. M. Peltier s’aperçut alors que le multiplicateur avait changé de signe, que le courant négatif était devenu descendant, d’ascendant qu’il était auparavant. En éloignant d’un à deux millimètres le fil ascendant du fil multiplicateur, il y eut un jet continu d’étincelles électriques qui dura 20 minutes : il n’y avait ni orage, ni même de gros nuages. Ce courant d’étincelles était d’autant plus remarquable que l’air est mauvais conducteur : il annonçait alors une très grande tension dans l’électricité de l’air ambiant, tension que les instrumens n’avaient pu dévoiler, puisqu’ils y étaient plongés tout entiers. Il a fallu, dit l’auteur, que le sol, faisant partie de l’instrument, eût perdu cette tension négative par l’eau positive qui tombait, pour restituer l’inégalité nécessaire aux désignations d’instrumens qui n’indiquent que des différences. Après 20 minutes, les étincelles cessèrent ; la pluie était devenue plus abondante ; le multiplicateur, incertain d’abord dans sa désignation, nota un faible courant négatif ascendant.

M. Peltier considère cette observation comme méritant l’intérêt des physiciens et des physiologistes, en ce qu’elle fait connaître, dit-il, que dans certains momens, nous sommes plongés dans une atmosphère électrique à grande tension. Il a remarqué de plus que cet état coïncidait avec celui de malaise qu’on éprouve dans les momens qui précèdent certaines pluies d’été.

Histoire naturelle.Conservation des animaux morts.

Il a été rendu compte, dans l’analyse de la séance dernière (page 72), des expériences de M. Lereboullet, relatives à la conservation des objets d’anatomie et de zoologie. M. Gannal écrit aujourd’hui pour établir que c’est dès l’année 1822 que lui, M. Gannal, a fait usage, pour la première fois, du liquide qu’il applique à la conservation des cadavres.

M. Gannal ajoute que le procédé dont il s’était servi jusqu’à ce jour présente quelques inconvéniens. Il les a fait disparaître par l’emploi de l’acétate d’alumine. Les sujets injectés avec cette substance se conservent, dit-il, beaucoup mieux qu’il ne les a vus se conserver encore par aucun des procédés qu’il avait tentés jusqu’ici.

Astronomie.Comètes.

M. Boguslawski, directeur de l’Observatoire de Breslau, écrit qu’il a observé la comète de Halley, le 21 août dernier. La faiblesse de l’astre l’a mis dans l’obligation de recourir pour les mesures au micromètre circulaire.

Le même astronome annonce qu’il a vu la comète de Encke dans les derniers jours de juillet. Ses observations, les seules de cet astre qui aient été faites en Europe, ne sont pas encore calculées.

La lettre de M. Boguslawski renferme encore quelques détails sur la comète découverte par cet astronome, et dont nous avons déjà publié les élémens paraboliques dans notre premier numéro (p. 10).

Astronomie.Comète de Halley.

M. Arago rend compte verbalement de quelques comparaisons qui ont été faites à l’Observatoire de Paris, entre les positions observées et les positions calculées de la comète de Halley. « L’éphéméride, dit-il, qui représente le mieux la marche du nouvel astre, est celle de Rosenberg, fondée sur un passage au périhélie correspondant au 13 novembre 1835. En ascension droite, les discordances sont peu sensibles ; en déclinaison, elles surpassent 20′. On les ferait disparaître les unes et les autres par une faible altération du moment du passage au périhélie. L’éphéméride de M. Lehmann, insérée dans le premier numéro de nos Comptes rendus, est définitivement inexacte. À la date du 1er et du 2 septembre, l’erreur de cette éphéméride est d’environ 1°  en déclinaison et de 45′ en ascension droite. »

M. Poisson fait remarquer « que l’éphéméride qui paraît s’accorder le mieux avec les observations, d’après ce que vient de dire M. Arago, est fondée sur les résultats que M. de Pontécoulant a obtenus par le calcul des perturbations. Mais sans vouloir diminuer la curiosité que l’on a de calculer dès à présent les élémens paraboliques de la comète de Halley, pour les comparer à ceux que différens géomètres ont déduits des perturbations, il pense que ces élémens ne pourront être déterminés convenablement que par des observations faites près du périhélie, et en les corrigeant au moyen d’observations plus éloignées. Pour la comparaison dont il s’agit, il sera nécessaire d’employer les élémens elliptiques, qui peuvent différer sensiblement des élémens paraboliques. M. Poisson se réserve de revenir par la suite sur l’influence de la résistance de l’éther dans le mouvement de cette comète à longue période. À l’égard de la comète de 1200 jours, découverte en 1819, M. Encke a pu calculer l’effet de cette résistance, parce que, depuis cette époque, on a observé six retours successifs de cet astre, et qu’il lui a été aussi possible de vérifier ses évaluations sur des observations plus anciennes, faites en 1805, 1794 et 1785. On n’a pas cet avantage relativement à la comète de Halley. »

M. Poisson termine en expliquant les différences qui existent entre les calculs de ses perturbations faits par MM. Damoiseau et de Pontécoulant. « Dans la pièce, dit-il, qui a obtenu le prix de l’Académie de Turin, M. Damoiseau avait d’abord fixé au 16 novembre prochain le passage de la comète au périhélie. Par un calcul ultérieur, il l’a avancé de près de 12 jours, et fixé au 4 novembre. D’après les perturbations calculées par M. de Pontécoulant, c’est le 13 que ce passage doit avoir lieu. Ces différences tiennent principalement à l’action de la Terre qui a été considérable à l’époque de 1759 et à laquelle M. Damoiseau n’avait pas eu égard dans son premier travail, et aussi aux masses de Jupiter, et de celle du Soleil, que ces deux géomètres ont employées. »

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Magnétisme terrestre.Nouvelles Considérations sur la théorie de ce Magnétisme, par M. Morlet.
(Commissaires, MM. Arago, Poisson, Dulong.)

Ce nouveau travail de M. Morlet tend à confirmer la théorie du magnétisme terrestre qui lui est propre, et qu’il a déjà exposée dans un mémoire adressé à l’Académie, au commencement de 1834. L’auteur sera invité à remettre sous les yeux des Commissaires ce premier mémoire qu’il avait retiré, afin qu’il puisse être réuni au mémoire actuel, et devenir, avec lui, l’objet d’un rapport commun. Nous renvoyons à l’époque où ce rapport sera fait, l’analyse de la théorie de M. Morlet.

Voici, en attendant, une des conclusions générales par lesquelles il termine son nouveau travail.

« Tout ce que la discussion des observations nous a, dit-il, appris sur les phénomènes du magnétisme terrestre, tend à confirmer l’opinion de Gilbert, qui, dès le commencement du dix-septième siècle, considérait la terre comme un aimant dont l’action a pour effet la propriété directrice de l’aiguille aimantée. Dans cette hypothèse, il suffit de supposer que les molécules magnétiques soient disposées par couches sphériques d’égale densité, pour que l’action de la couche superficielle du globe représente la loi que suivent les inclinaisons très petites observées. Cette loi, qui consiste en ce qu’une inclinaison très petite est toujours double de la distance à l’équateur magnétique, se trouve alors être une conséquence nécessaire de la figure à peu près sphérique de la terre. »

Chimie.Sur une modification isomérique de l’acide mucique ; par M. Malaguti.
(Commissaires, MM. Thénard, Chevreul, Dumas.)

L’auteur conclut de ses recherches que l’acide mucique, par le simple effet de l’ébullition et de l’évaporation, subit une modification moléculaire qui lui donne de nouvelles propriétés. Le nouvel acide qui résulte de cette modification moléculaire est soluble dans l’alcool, où l’acide mucique est insoluble ; il est beaucoup plus soluble que lui dans l’eau ; et cette plus grande solubilité se conserve même, en général, dans ses sels, comparés à ceux de l’acide mucique. Cependant la composition des deux acides est parfaitement identique. L’auteur regarde donc le nouvel acide comme isomérique avec l’acide mucique ; et il le nomme par conséquent acide paramucique. Une des propriétés les plus saillantes de ce nouvel acide, c’est que, selon l’auteur, une fois que, ayant été dissous dans l’eau, il y a cristallisé, il perd la faculté de se dissoudre dans l’alcool, prend une solution dans l’eau bouillante à peu près la même que celle de l’acide mucique, et redevient enfin acide mucique.

RAPPORTS.

Nous insérons ici le rapport suivant comme une pièce qui doit servir à l’histoire de l’Académie.

Inauguration de la statue de G. Cuvier sur une des places de la ville de Montbéliard.Députés de l’Académie à cette inauguration : MM. Mirbel, Flourens et Duméril rapporteur.

« Messieurs, nous venons rendre compte à l’Académie de la mission dont elle a chargé MM. de Mirbel, Flourens et moi, en nous honorant de ses suffrages pour aller, en son nom, assister à l’inauguration de la statue de Cuvier, que la ville de Montbéliard vient, à l’aide d’une souscription, d’ériger sur l’une de ses places publiques, en la consacrant à la mémoire du savant naturaliste auquel elle a donné naissance.

» Il nous serait difficile d’exprimer à l’Académie combien cette cérémonie a été convenable, touchante et majestueuse ; c’était une véritable fête civique des plus imposantes, dont les dispositions ont été parfaitement entendues et exécutées.

» La statue de Cuvier est en bronze, un peu plus grande que nature ; elle a été modelée par notre célèbre confrère de l’Académie des Beaux-Arts, l’habile sculpteur M. David, qui, dans cette circonstance, comme dans toutes celles où l’honneur national est intéressé, a donné une nouvelle preuve de son patriotisme, de son zèle et de sa générosité. Cuvier est représenté debout, un crayon à la main, méditant sur les débris de divers animaux fossiles, au moment où, par le rapprochement des parties, il a trouvé le moyen de reconstituer, de reproduire un animal dont la race n’existe plus.

» La place publique que décore la statue est devant l’Hôtel-de-Ville ; de là on aperçoit d’un côté le grand temple et le collége où Cuvier reçut sa première éducation, et de l’autre la maison modeste où il est né, et sur la façade de laquelle est honorablement inscrite cette époque qui date de 1769 ; car la solennité a eu lieu le 23 août, jour même de cet anniversaire.

» Toute la population de Montbéliard, et une grande partie de celle des pays environnans, était venue, en habits de fête, se presser, et occuper tous les lieux élevés autour de l’enceinte réservée au pied de la statue pour les autorités civiles et militaires, les députations des villes voisines et celles des diverses Académies. Sous une vaste tente dressée derrière la statue, s’élevait une grande estrade destinée à recevoir une centaine de jeunes gens des deux sexes, qui devaient exécuter des morceaux de musique instrumentale et vocale. On remarquait sur les premiers rangs une trentaine de demoiselles de la ville, toutes vêtues de blanc, et ornées de simples rubans roses.

» Des fanfares et une symphonie à grand orchestre ont annoncé l’ouverture de l’assemblée ; et au moment où les autorités et les députations ont été placées, le voile qui jusque-là avait couvert la statue, est tombé ; des acclamations unanimes et des applaudissemens prolongés ont salué cette image, dont la noble pose et la parfaite ressemblance ont produit l’émotion la plus vive parmi les spectateurs qui pouvaient le mieux apprécier la vérité et la beauté de cette œuvre représentative.

» M. Saivres, sous-préfet de Montbéliard, a ouvert la séance par un discours dans lequel il a exposé les motifs honorables de la réunion, et toute l’importance de cette solennité. L’un des membres de votre députation a prononcé une courte allocution, dont il croit devoir remettre une copie sur votre bureau. M. Nodier, au nom de l’Académie Française, a pris ensuite la parole, et M. Roger a lu quelques fragmens d’une épitre en vers à Cuvier, dont l’auteur a été jugé digne de recevoir le prix de poésie que l’Académie Française a décerné cette année.

» MM. les professeurs Valenciennes et Duvernoy, le premier au nom de l’Administration du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, le second comme représentant de l’Académie de Strasbourg, ont aussi parlé au nom de ces deux établissemens publics.

» M. Tourangin, président de l’Académie de Besançon, s’est exprimé d’abord en ce titre, et il était accompagné de sept autres membres de cette société savante. Ensuite, comme préfet du département du Doubs, il a fait une allocution très chaleureuse et noblement patriotique sur cette circonstance si honorable pour la cité de Montbéliard.

» M. Blondeau, député de l’arrondissement près la Chambre législative, a pris la parole comme représentant du comité des souscripteurs. Puis, M. Rossel, ancien maire de la ville, condisciple de Cuvier, a retracé avec intérêt et émotion quelques-uns des traits honorables de la première jeunesse de son célèbre concitoyen. Enfin, M. le maire actuel a terminé cette partie de la solennité par un discours dans lequel il a exprimé au nom de ses administrés, combien il était touché et reconnaissant de la part que la France éclairée, ainsi que son administration, venaient de prendre à cette fête de famille qui était devenue une auguste cérémonie.

» Pour clore cette mémorable séance, l’orchestre a fait entendre les chants harmonieux d’une cantate à plusieurs chœurs de jeunes hommes et de demoiselles, composée en l’honneur de Cuvier par M. Kouhn, né à Montbéliard et professeur au Conservatoire de Musique à Paris, qui était venu lui-même préparer et présider à cette exécution, qui a produit l’effet le plus ravissant.

» En terminant ce compte rendu, nous ne saurions trop nous louer de l’accueil et des prévenances dont les membres des députations de l’Institut ont été l’objet de la part de M. le sous-préfet, du conseil municipal et les représentans de cette Académie en particulier, de MM. Rossel père et fils, chez lesquels ils ont trouvé l’hospitalité la plus franche et la plus aimable.

» Enfin, nous devons déclarer à l’Académie des Sciences, qu’elle a reçu les témoignages les plus authentiques d’estime et de considération dans les personnes des trois députés qu’elle avait chargés de l’honorable mission de la représenter dans cette grande solennité. »

Après la lecture de ce rapport, et sur l’invitation de plusieurs membres, M. Duméril lit le discours qu’il a prononcé le jour de l’inauguration de la statue de Cuvier.

L’Académie vote l’impression de ce discours.

Entomologie.Rapport sur une Observation de M. Vallot, de Dijon, relative à une sorte de Teigne, insecte dont il a observé les mœurs et fait parvenir quelques débris dans une lettre qu’il a adressée à l’Académie.
(Commissaires, MM. de Blainville, I. Geoffroy-Saint-Hilaire, et Duméril rapporteur.)

« Cette lettre et les pièces qui l’accompagnaient ont été renvoyées à l’examen de MM. de Blainville, I. Geoffroy et moi (Duméril). Nous avons reconnu, comme M. Vallot, que l’insecte dont il est question, est véritablement une teigne, de la section de celles que Réaumur[5] a si bien fait connaître comme se construisant un fourreau recouvert d’un manteau à deux pans.

» L’espèce que décrit M. Vallot est en effet différente de celle que Réaumur, et ensuite Geoffroy, ont observée sur le chêne ; mais cependant elle n’est pas inédite, comme le pense l’auteur de la lettre. Elle est figurée d’une manière très reconnaissable dans Hubner (pl. 45, fig. 308), sous le nom de vibicella, et elle est décrite avec beaucoup plus d’exactitude dans Freitschke, continuateur de l’Histoire naturelle des Lépidoptères d’Europe, par Ochseinheimer, sous le nom de vibicipenella (tome IX, 2e partie, page 217, no 22). Ainsi, le nom que M. Vallot lui a donné, celui de cracella, serait un double emploi. Toutefois, il est juste d’ajouter que ces deux auteurs ne font connaître cette teigne que dans l’état parfait, et comme M. Vallot a observé la chenille, les détails que renferme sa lettre ne sont pas sans intérêt pour la science. Cependant, il est à regretter qu’il n’ait pas décrit l’insecte, et qu’il se soit borné à désigner la plante dont il se nourrit, et à envoyer les débris mutilés.

» Au reste, le petit papillon qu’il a obtenu fait partie du genre Ornix, ainsi nommé par les derniers auteurs allemands parce que toutes les espèces qu’on y a rangées, et qui sont au nombre de 26, ont les ailes très étroites et garnies de franges ou de barbes, qui les font ressembler à des plumes, moins cependant que celles des ptérophores. Ces petites teignes, à l’état parfait, sont pour la plupart ornées de couleurs métalliques très brillantes. Le genre Ornix fait partie de la grande tribu des Ténéïdes, laquelle correspond à l’ancien genre Teigne de Linné, qui comprendrait aujourd’hui, seulement en Europe, plus de 300 espèces, que les entomologistes anglais et allemands ont réparties sur une vingtaine de genres, dont celui des Teignes en particulier ne comprend maintenant que les seules espèces qui vivent aux dépens de la laine, du crin ou de la plume, et qui détruisent ainsi nos fourrures, nos meubles et nos vêtemens.

» Il est donc fâcheux que M. Vallot, l’un de nos correspondans les plus zélés par le fait, quoiqu’il n’ait point encore ce titre, et qui est un observateur très laborieux, n’ait pas été à même de consulter des auteurs moins anciens que Réaumur et Geoffroy ; il eût évité un double emploi qui se serait introduit dans les catalogues de la science, déjà encombrés d’espèces dont l’existence est douteuse ; car il est aujourd’hui impossible à un entomologiste qui veut décrire comme nouvelle une espèce de lépidoptère, de ne pas consulter les ouvrages dont nous venons de parler ; et puisque l’occasion s’en présente, l’Académie nous permettra de lui rappeler que la France aussi possédera bientôt une Histoire complète des Papillons d’Europe. Depuis huit ans M. Duponchel s’occupe de la continuation de cet ouvrage, commencé par feu Godard. Il ne lui reste plus, pour le terminer, qu’à faire paraître les deux dernières tribus, c’est-à-dire les Ténéïdes et les Ptérophores. C’est un ouvrage consciencieusement fait, dans lequel près de 3,000 espèces se trouvent figurées et décrites avec autant de vérité que d’exactitude. Le texte ne se borne pas, d’ailleurs, comme on pourrait le croire, à des descriptions arides. Chaque famille, chaque tribu et chacun des genres, sont précédés de considérations générales qui exposent beaucoup de faits nouveaux et d’observations curieuses sur les mœurs et l’organisation extérieure des espèces qui sont rapportées à ces groupes divers. Quoique cet ouvrage soit établi, dans sa coordination, sur la méthode de feu notre confrère Latreille, M. Duponchel y a introduit un grand nombre de coupes et de genres nouveaux, pour suivre les progrès de la science, de sorte que la méthode peut être considérée comme lui appartenant autant que la partie purement descriptive.

» Pour revenir à l’objet de la lettre de M. Vallot, nous proposons à l’Académie de remercier l’auteur de la communication, en lui faisant adresser l’extrait de ce rapport, pour la partie qui le concerne. »

L’Académie adopte les conclusions de ce rapport.

LECTURES.
Astronomie.Comète de Halley. Note sur la détermination du retour au périhélie de cette comète, d’après trois observations faites en 1835 ; par M. G. de Pontécoulant.

Pressés par le temps, nous regrettons de ne pouvoir donner immédiatement l’analyse de cette Note.

Statistique.Recherches sur la population française aux 18e et 19e siècles ; par M. Charles Dupin.

« Si l’on forme la série des nombres exprimant au 1er de chaque année le total de la population, ces nombres présenteront sans doute de grandes différences d’une année à l’autre ; mais considérés dans leur ensemble, on peut les regarder comme représentant, par leurs irrégularités, les causes perturbatrices, et par leur marche constante, les causes durables et régulières.

» M. Ch. Dupin s’est proposé d’examiner cette marche pour le 18e et le 19e  siècle, relativement à la population française. Voici sur quelles bases son travail repose.

» Son point de départ est le dénombrement ordonné par Louis XIV vers l’année 1700 ; il a réuni les observations et les évaluations faites ou publiées par Dupré de Saint-Maur, Buffon, Messence, Expilly, Moheau et Necker, qui donnent des valeurs approximatives de la population depuis 1740 jusqu’à 1780. Vient ensuite l’évaluation d’après l’état des naissances de la France entière de 1770 à 1783, par Laplace, Condorcet et Dionis du Séjour.

» L’Assemblée constituante fit opérer un dénombrement vers la fin de 1790.

» Si la cause d’accroissement de la population pouvait agir seule pendant un temps déterminé, les nombres exprimant les sommes annuelles de la population se succéderaient en progression géométrique dans toute l’étendue de ce temps. Si l’on fait cette recherche à partir de 1700, en formant une progression géométrique pour chaque époque, on trouve : de 1700 à 1777, pour raison de la progression, 1,003 047 ; de 1700 à 1791, pour raison, 1,003 200 ; de 1700 à 1801 , pour raison, 1,003 269. Ces raisons diffèrent fort peu les unes des autres, et leur valeur moyenne semble propre à donner l’expression très approchée de l’accroissement moyen supposé constant pour tout le 18e siècle.

» Les différences entre les valeurs déduites ainsi théoriquement et celles que donne l’observation, sont généralement peu considérables ; elles annoncent que, dans la dernière partie, l’accroissement annuel de la population était plus rapide. Au contraire, dans les premières années du 18e siècle, jusqu’à la mort de Louis XIV, en 1715, les malheurs publics, la famine et les grands hivers l’avaient considérablement ralenti.

» Si l’on faisait une nouvelle courbe logarithmique de population entre 1801 et 1715, en supposant la population de 1700 stationnaire jusqu’à cette dernière époque, on obtiendrait une courbe assez propre à représenter la marche accélérée de la population, telle qu’on la trouve dans la dernière partie du siècle. Elle exprimerait une progression ayant 1,003 815 pour raison ; nombre à peu près égal au progrès réel de 1791 à 1801.

» Passons au 19e siècle, pour lequel il existe le dénombrement de 1801, fait sous le ministère de Chaptal, un second recensement fait dans les années 1806, 1807, 1808 ; enfin, les états de population soigneusement publiés chaque année par le Bureau des Longitudes, et calculés par le savant M. Bouvard.

» Une progression géométrique dont la raison serait de 1,005 765, s’approche beaucoup des résultats effectifs de cette période. Cependant, une rectification de chiffres peu considérable, faite à la base 1801, la rend un peu moins forte. Il faut prendre 1,005 648.

» Il est intéressant de comparer cet accroissement théorique aux accroissemens effectifs. L’accroissement effectif, entre les deux recensemens de l’empire, donne pour raison géométrique annuelle 1,005 962, ce qui est plus que la moyenne des 31 premières années du 19e siècle. Mais cette période comprend les plus beaux temps de l’empire, depuis la paix d’Amiens jusqu’à la veille de l’entrée des Français en Espagne.

» Du 1er janvier 1808 au 1er janvier 1817, on trouve pour accroissement géométrique annuel 1,004 992 pour le temps qui correspond aux malheurs de l’empire, à deux invasions, etc. Enfin, du 1er janvier 1817 au 1er janvier 1831, temps de paix générale, on trouve 1,005 917. Ainsi l’on voit qu’à peu de chose près l’accroissement de la population française est le même dans la plus belle partie du consulat et de l’empire, et dans le temps de paix générale écoulé de 1817 à 1831.

» Dans cette dernière période, les premiers sept ans de paix offrent un accroissement sensiblement plus rapide que dans les sept années subséquentes : c’est l’accroissement moyen dont la raison est égale à 0,005 917, entre 1817 et 1831. »

Dans les mémoires subséquens, M. Charles Dupin analysera les changemens survenus dans les rapports des naissances, des mariages et des décès, depuis la fin du 17e siècle jusqu’à ce jour.

« Les résultats qu’on vient d’indiquer, dit-il en finissant, peuvent être représentés d’une manière très sensible par une courbe logarithmique ayant pour ordonnées polaires cent rayons partis du même centre et formant entre eux des angles égaux, de manière à représenter les cent années de chaque siècle par des longueurs portées sur ces rayons à partir du centre, et proportionnelles aux populations annuelles. Alors on embrasse d’un coup d’œil les variations éprouvées par la marche de la population, pendant un ou plusieurs siècles. »

M. Dupin ayant indiqué que l’accroissement annuel de la population était beaucoup plus rapide depuis le commencement du siècle, et en ayant signalé deux causes, l’influence de la vaccine et les progrès de la prospérité publique, M. Navier fait remarquer « qu’il serait utile, si l’on en avait les moyens, de connaître l’influence respective de ces deux causes, parce que, dans l’opinion générale, et particulièrement dans celle des personnes qui adoptent les idées de Malthus, d’après lesquelles la grandeur de la population est constamment relative à la quantité des subsistances, la vaccine est considérée comme ayant principalement pour effet d’augmenter la durée de la vie moyenne, et non pas la grandeur de la population. M. Navier croit ces principes très justes et très conformes à la raison, et pense qu’il serait important de vérifier si, comme il le lui paraît, l’augmentation plus rapide de la population ne doit pas être attribuée presque uniquement au progrès de la culture et des arts, et à l’amélioration du sort de la masse générale du peuple. »

M. Dupin répond que la vaccine explique une partie, mais seulement une partie de l’accroissement considérable de la population, dans le passage du 18e au 19e siècle ; le reste tient au retour de l’ordre intérieur, au développement rapide de l’industrie, au commerce continental, etc. La partie de son travail qui lui reste à communiquer à l’Académie répondra complétement à la question posée par M. Navier.

La séance est levée à 5 heures.

F.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 5, in-4o.

L’Art de composer et décorer les jardins ; par M. Boitard ; 1 vol. in-8o oblong, et 1 vol. de planches ; Paris, 1834.

Botanique des Demoiselles ; par le même, livraisons 1–6, in-8o.

Théorie générale de l’Élimination ; par M. Voizot ; Châtillon-sur-Seine, 1835, in-8o. (M. Libri est chargé d’en rendre un compte verbal.)

Idées nouvelles sur la Navigation aérienne ; in-8o, en allemand.

Cours de Géométrie élémentaire ; par M. Pascal ; Paris, 1835, in-8o.

Concours pour l’Agrégation (Section de Chirurgie). Thèse soutenue par M. H. Larrey ; Paris, 1835, in-4o.

La Perrotine, nouvelle Machine pour l’impression des Indiennes ; par M. J. Girardin ; une demi-feuille, Rouen, 1835, in-8o.

Mémoire sur les moyens de reconnaître l’existence de l’acide sulfurique dans l’acide hydrochlorique du commerce ; par le même ; Rouen, 1835, in-8o.

Mémoire sur les encombremens des ports de mer ; par M. P.-E. Morin ; St-Brieuc, 1835, in-8o.

Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen. Programme des prix de 1836 à 1837 ; in-8o.

Recueil manufacturier, industriel et commercial ; rédigé par MM. J.-G.-V. de Moléon et A. Julien ; 9e année, no 19, 2e série, in-8o.

Archives générales de Médecine, par une Société de médecins ; 2e série, tome 8, août 1835, in-8o.

Traité élémentaire d’Histoire naturelle ; par MM. Martin Saint-Ange et Guérin ; 20e livraison, in-8o.

Journal de Chimie médicale, de Pharmacie, de Toxicologie ; no 9, tome 1er, 2e série.

Bulletin général de Thérapeutique médicale et chirurgicale ; par M. Miquel ; tome 9, 4me livraison, in-8o.

Journal de Pharmacie et des sciences accessoires ; no 9, 21e année, septembre 1835, in-8o.

Journal des Connaissances médico-chirurgicales ; publié par MM. Gouraud, Trousseau et Lebaudy ; 3e année, 3e livraison, in-8o.

Gazette médicale de Paris, no 36.

Gazette de santé, no 106.



SÉANCE DU LUNDI 14 SEPTEMBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. le docteur Chalmers écrit d’Édimbourg qu’il vient d’adresser à l’Académie la collection complète de ses ouvrages formant 12 volumes.

M. le docteur Roche ayant appris que MM. Munaret et Lalesque ont, l’un et l’autre, adressé à l’Académie, pour le concours Montyon, des mémoires relatifs à l’efficacité du chlorure d’oxide de sodium dans les fièvres intermittentes, fait remarquer que, dès les premiers jours de septembre 1833, il avait, lui-même, déduit l’utilité des chlorures, d’une nouvelle théorie de ce genre de fièvres. M. Lalesque, ajoute M. Roche, le premier en date des deux compétiteurs, « était abonné au journal dans lequel j’avais exposé mes idées (Journal universel et hebdomadaire) ; il a fait et publié sa première expérience, un mois, seulement, après que j’avais donné le conseil de la tenter. »

M. le colonel Raucourt annonce que la commission nommée pour statuer sur le prix de mécanique de la fondation Montyon, trouvera dans ses ateliers :

Un demi-pont destiné à peser les voitures, et qui est son propre vérificateur ;

Un instrument portatif pour peser les waggons sur les chemins de fer ;

Un instrument portatif propre à évaluer la charge des voitures sans les arrêter ;

Un appareil donnant les tractions continues et alternatives des moteurs animés, en fonction du temps.

M. Bernard écrit qu’un homme fossile a été trouvé dans la grotte de Gigny, près de Loisia entre Bourg et Lons-le-Saulnier. M. Bernard offre de donner à l’Académie tous les détails qu’elle pourrait désirer sur les lieux où la découverte a été faite et sur les circonstances qui l’ont accompagnée.

La tête de ce prétendu homme fossile est déjà arrivée à Paris. MM. Duméril et Cordier ayant eu l’occasion de l’examiner, déclarent que c’est, en effet, une tête humaine, mais incrustée seulement dans la matière calcaire des stalactites. Aucune autre espèce d’ossemens n’accompagnait le squelette en question. À côté on a trouvé du charbon et des cendres.

Histoire naturelle.Résultats du voyage de M. Despréaux aux Canaries.

M. Despréaux, voyageur français, écrit de la Grande-Canarie à M. Bory de Saint-Vincent, en date du 12 juillet 1835, qu’il a parcouru les Îles de Ténériffe, de Fortaventure, de Lanzarotte, de Fer et de Gomère. Son herbier se compose déjà de plus de 800 espèces phanérogames et de 400 cryptogames, ce qui double presque les nombres mentionnés dans les flores des Canaries. M. Despréaux rapportera aussi les dessins de plus de 50 champignons inédits ; beaucoup d’insectes, de coquilles, environ 80 crustacés, plus de 100 poissons préparés. Il a observé deux espèces de requins longs de 2 à 3 mètres et peu semblables à ceux que l’on connaît.

Suivant M. Despréaux, les opinions de la généralité des historiens sur les indigènes de la Grande-Canarie, doivent être considérablement modifiées. Par exemple, on ne pourra plus soutenir qu’ils n’habitaient que des grottes, puisque notre voyageur a reconnu les restes de leurs maisons, de leurs villages, de leurs monumens. M. Despréaux annonce qu’il a rencontré et ouvert près de 300 tombeaux entièrement différens de ceux des Guanches et dans lesquels les squelettes étaient encore intacts. Il a trouvé aussi dans ces tombeaux des étoffes, divers ustensiles et des haches en jade verdâtre et noirâtre.

Embryologie.Anatomie de l’œuf humain.

M. Coste a répondu aujourd’hui à la lettre de M. Velpeau dont nous avons donné un extrait dans le numéro précédent du Compte rendu. Il se plaint d’abord que le savant professeur, son adversaire, n’ait procédé, dit-il, que par voie de simples assertions. Le but de sa première Communication n’était d’ailleurs que de confirmer les observations du docteur Pockels sur la vésicule érythroïde.

« M. Velpeau, ajoute-t-il, affirme que le plus jeune des embryons mis sous les yeux de l’Académie, n’est pas dans l’état normal, parce qu’il a son ombilic ouvert. Je proposerai à M. Velpeau, afin d’éviter toute discussion sur ce point, d’examiner avec lui, en présence des commissaires, un des foetus qu’il possède ; et pourvu que ce fœtus n’ait, comme celui dont il s’agit, qu’une ligne et un sixième de long, je m’engage à lui montrer un évasement ombilical très sensible là où il suppose qu’il n’en existe pas. »

M. Coste déclare de nouveau que M. Velpeau s’est trompé en soutenant dans son ouvrage que le cordon ombilical existe à toutes les époques de la gestation.

Astronomie.Élémens paraboliques d’une comète.

Les élémens paraboliques provisoires de la comète découverte par M. Boguslawski, le 20 avril dernier, entre les constellations du Corbeau et de la Coupe, qui ont été insérés, d’après cet astronome lui-même, dans notre premier Compte rendu, diffèrent trop notablement des élémens définitifs, pour que nous puissions nous dispenser de donner ici ces derniers :

Passage au périhélie, 1835, mars 
28,1618, temps moy. de Paris,
Logarithme de la distance périhélie 
 0,3104902
Longitude du périhélie 
207° 24′ 38″
Longitude du nœud ascendant 
53° 27′ 51″
Inclinaison de l’orbite 
6′ 44″
Sens du mouvement 
rétrograde.

M. Boguslawski s’est assuré que ces élémens représentent les observations avec toute la précision dont celles-ci étaient susceptibles.

Astronomie.Comète de Halley.

M. de Pontécoulant adresse à M. Arago une lettre relative à quelques inexactitudes qui s’étaient glissées dans sa précédente note. Nous croyons devoir insérer cette lettre textuellement.

« En revoyant les calculs qui ont servi de base à la note que j’ai eu l’honneur de présenter à l’Académie dans sa dernière séance, relative à la détermination du passage au périhélie de la comète de Halley, je me suis aperçu qu’il m’était échappé une faute de signe dans la réduction en nombres d’une des formules de la Mécanique céleste, et cette erreur est trop grave pour que je ne demande pas à l’Académie la permission de la réparer. Il en résulte que le temps qu’emploie la comète à passer de son nœud ascendant au périhélie est de 88jours,55 au lieu de 93 jours, comme je l’avais dit d’abord. Ayant revu aussi avec plus de soin les trois observations qui m’avaient servi à fixer l’instant du passage au nœud, j’ai trouvé que ce passage avait dû avoir lieu à très peu près le 19,87 août. En ajoutant donc 88jours,6 à cette époque, on trouve que le passage au périhélie aura lieu le 16,4 novembre. J’avais trouvé pour cet instant le 13,1 novembre par le calcul des perturbations de la comète : la différence entre les résultats du calcul et de l’observation se réduira donc à trois jours à peu près.

» Voici, au surplus, tous les élémens de cette détermination.

» Je me propose de trouver l’instant du passage au périhélie d’après les trois observations suivantes, réduites au méridien de Paris, temps moyen, le jour commençant à minuit.

Temps de l’observation. Longitude. Latitude.
Août 
4,986 82° 8′ 15″ 56′ 50″ aust.
24,062 86.10.57 25.16bor.
Septembre 
2,144 88.1.1 1° 34.4.

» La première observation a été faite par M. Dumouchel à Rome, les deux autres en Angleterre. J’ai déterminé, au moyen de ces trois observations, l’instant où la comète s’est trouvée dans son nœud, en employant la formule d’interpolation suivante :

» Si sont trois latitudes observées aux temps , la latitude pour un temps quelconque intermédiaire entre ceux-là, sera

 ;
et supposant ici , en substituant pour leurs valeurs, et en faisant  ; on trouve aisément  ; cette quantité étant retranchée de l’époque de la seconde observation, donne le 19,87 août pour l’instant où la comète était dans son nœud.

» Maintenant, si l’on suppose la distance du périhélie au nœud ascendant de 110° 40′ 22″, quelles que soient d’ailleurs les autres valeurs que l’on adopte pour les élémens de l’orbite en 1835, au moyen des formules

 ;
.

» On trouvera 88j,552 pour le temps que la comète emploie à passer de son nœud ascendant à son périhélie. Ce temps étant ajouté à l’instant du passage au nœud, donne le 16,4 novembre pour l’instant où la comète passera dans son périhélie. »

Météorologie.Sur les froids extraordinaires observés en Amérique dans le mois de janvier 1835.

Des lettres de New-York et de Philadelphie nous apprirent, il y a quelques mois, qu’il avait régné en janvier 1835, tout le long de la côte orientale de l’Amérique du nord, un froid vraiment extraordinaire. L’un des recueils que l’Académie vient de recevoir, l’Americain journal of science and arts conducted by Benjamin Silliman, renferme, à cet égard, beaucoup de documens dont une partie a paru mériter d’être mise sous les yeux des météorologistes. Jadis, les observations des très grands froids pouvaient être considérées par des esprits inattentifs comme un objet de simple curiosité ; mais depuis qu’on a compris que, tôt ou tard, ces observations se rattacheront, par exemple, d’une manière plus ou moins directe, à la détermination de la température des espaces célestes, leur importance ne saurait plus être le sujet d’un doute pour personne.

Minima de température, en degrés du thermomètre centigrade, observés
les
4 ou 5 janvier 1835, dans divers points des États-Unis d’Amérique.

Ports de mer.

Latitude.
Température.
Portsmouth 
43°
−28°9
Salem 
42°
−27,2
Boston 
42°
−26,1
New-Haven 
41°
−30,5 (le 5)
New-York 
40°
−20,5
Philadelphie 
40°
−20,0
Baltimore 
39°
−23,3
Washington 
39°
−26,6
Charlestown 
32°
−17,8
Villes de l’intérieur
Montréal 
45°
−37,2
Bangor 
45°
−40,0
Montpellier 
44°
−40,0
Rutland 
43°
−34,4
Franconia 
43°
−40,0
Windsor 
43°
−36,7
Concord 
43°
−37,2
Newport 
43°
−40,0
Saratoga 
43°
−36,1
Albany 
42°
−35,6
Pittsfield 
42°
−36,1

Il est possible qu’il y ait eu dans les thermomètres employés sur ces divers points, des erreurs de graduation de 3 à 4°, surtout pour les parties de l’échelle les plus éloignées de celles où se font habituellement les observations ; ainsi, c’est dans ces limites d’exactitude qu’il faut adopter les froids de 40°. Nous devons dire, cependant, que −40° est, à fort peu près, le terme de la congélation du mercure, et que là où ce degré a été noté, à Montpellier, à Bangor, par exemple, les observateurs annoncent que le mercure se gela !

En voyant, en janvier, des froids si extraordinaires près de l’Océan Atlantique et par des latitudes de 44 à 45°, la pensée, naguère, se portait tristement sur le capitaine Back et ses compagnons de voyage, lesquels, à cette même époque, devaient se trouver aux confins de la mer Glaciale. Les journaux viennent heureusement d’annoncer que cet intrépide officier est de retour. Si l’anomalie de température dont nous venons de donner un aperçu, s’est manifestée dans le continent américain jusqu’aux plus hautes latitudes, nous devons nous attendre, d’après les observations de sir John Franklin, que le capitaine Back aura enduré des froids de 70 à 75° centigrades au-dessous du terme de la glace.

Pendant les froids du commencement de janvier 1835, les ports de Boston, de Portland, de Newbury, de New-Haven, de Philadelphie, de Baltimore et de Washington, étaient entièrement gelés. Le 3 et le 4, les voitures traversaient le Potomac sur la glace.

Nous terminerons cette note en rappelant que dans le même mois de janvier 1835, pendant lequel le froid en Amérique atteignait le degré de la congélation du mercure, nous avions en Europe un hiver tempéré. À Paris, en janvier, le thermomètre n’est pas descendu au-dessous de −6°,8.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Analyse mathématique.Théorie des Différentielles exactes ; par M. Sarrus, professeur à la Faculté des Sciences de Strasbourg.
(Commissaires, MM. Poisson, Ampère, Libri.)

Le Mémoire de M. Sarrus renferme, dit-il, l’extension, la généralisation de la théorie des différentielles exactes qu’il fit paraître en janvier 1824 dans les Annales de Mathématiques de M. Gergonne. Voici l’aperçu que l’auteur avait lui-même donné de son travail, dans la note qu’il se proposait de lire aujourd’hui devant l’Académie.

« Pour abréger, je désigne les différentielles d’une variable, au moyen d’indices dont j’affecte la lettre qui représente cette variable. Ainsi,

sont les différentielles de .

» Après cela, en désignant par une fonction quelconque de je parviens, par des calculs dont la plus grande difficulté consiste dans la peine même de les écrire ; je parviens, dis-je, à des équations analogues aux suivantes

(1)
(2)
dans lesquelles les coefficiens , sont précisément ceux du développement de .

» La première de ces équations, et celles en , qui lui sont analogues, donneront par le changement de l’indice toutes les dérivées partielles de , au moyen de celles de de sorte que si l’on connaît , on pourra en déduire immédiatement la valeur de par de simples quadratures, et sans passer par les valeurs intermédiaires de

» La seconde des équations ci-dessus est une équation de condition à laquelle devra satisfaire toute différentielle exacte du ordre, et par suite celles d’un ordre plus élevé. Il est d’ailleurs visible que l’on a des équations semblables relatives aux variables et .

» Après cela je démontre, par les règles les plus simples du calcul intégral, que toute fonction qui satisfait à toutes les conditions d’intégrabilité d’un ordre donné, est réellement une différentielle exacte de cet ordre. Enfin, je termine mon travail par un théorème qui simplifie considérablement les applications pratiques des conditions d’intégrabilité, et dont voici l’énoncé.

» Soit une fonction quelconque de

» Soit ce que devient quand on suppose que est constante et égale à .

» Soit ce que devient quand on suppose que est constante et égale à .

» Soit ce que devient quand on suppose que est constante et égale à .

» Cela posé, sera une différentielle exacte de ordre, si l’on a identiquement

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Cette note abrégée recevra tous les développemens convenables aussitôt après que les commissaires de l’Académie auront fait leur rapport.

RAPPORTS.
Rapport sur un mémoire de M. J.-N. Legrand, relatif à des variations qui ont été signalées dans la température de diverses sources thermales.
(Commissaires, MM. Mathieu et Arago, rapporteur.)

Depuis qu’il est assez généralement convenu que les sources thermales empruntent leur haute température à la chaleur propre des couches terrestres plus ou moins profondes d’où elles proviennent, l’étude des changemens qu’elles peuvent éprouver a acquis une nouvelle importance. Il serait sans doute curieux de savoir si la cause chimique minéralisatrice de ces eaux, dans laquelle on cherchait jadis l’explication de leur chaleur extraordinaire, augmente d’intensité par le progrès du temps ou si elle s’affaiblit ; mais en tous cas, on n’aurait ainsi découvert qu’un fait local et sans portée ; envisagé de l’autre manière, le phénomène, au contraire, se rattache aux plus grandes questions de la philosophie naturelle. Le sujet traité par M. Legrand est donc très digne de l’intérêt de l’Académie.

Un ouvrage publié, en 1756, par le médecin Carrère, renferme des observations de température faites deux ans auparavant, dans la plupart des établissemens thermaux des Pyrénées-Orientales. Les observations de Carrère comparées à celles que M. Anglada, professeur de l’École de médecine de Montpellier, recueillit dans les mêmes lieux en 1818 et 1819, semblent toutes indiquer que les sources des Pyrénées se refroidissent. La diminution en 65 ans serait de 2, de 3, de 6 et même de 10 degrés du thermomètre de Réaumur.

Dans le mémoire qu’il a présenté à l’Académie, M. Legrand se propose d’établir qu’on s’est beaucoup trop hâté d’adopter les énormes différences dont il vient d’être fait mention, et d’en tirer des conclusions générales. Cette opinion nous paraît étayée de considérations démonstratives.

Le thermomètre de Réaumur, on l’oublie trop souvent, n’était pas gradué à l’origine, comme celui qui porte aujourd’hui le nom de cet illustre naturaliste. Les 80 degrés correspondaient, non à l’intervalle compris entre la glace fondante et l’ébullition de l’eau, mais à celui qui sépare le même terme de glace, du degré d’ébullition de l’alcool employé par l’artiste comme liqueur thermométrique. Or, le thermomètre de Carrère, était à alcool. D’après cela, et pour peu qu’on se reporte à l’époque où ce médecin écrivait, on ne doit guère douter que son instrument ne fût le thermomètre originaire de Réaumur. Au surplus, s’il n’en était pas ainsi, nous serions amenés, et cela tranche toute difficulté, à cette conclusion, complètement inadmissible, qu’à Escaldas, par exemple, en 1754, les malades se baignaient dans l’eau à 50 degrés centigrades ! Les observations de Carrère ne peuvent donc pas être comparées directement à celles qu’on fait de nos jours avec un instrument qui diffère très notablement de l’ancien thermomètre de Réaumur quoiqu’il porte le même nom. M. Legrand a corrigé toutes les anciennes déterminations du médecin roussillonnais ; il les a ramenées aux degrés du thermomètre mercuriel en 80 parties, à l’aide d’une table calculée par Deluc, et qui se trouve dans l’ouvrage intitulé Modifications de l’atmosphère. La correction une fois faite, toutes les grandes différences qu’on avait remarquées entre les températures de 1754 et de 1819 se sont évanouies. Sur aucun point elles ne dépassent 1°,2 : ordinairement elles sont nulles. Ainsi soixante-cinq années n’ont apporté aucune altération notable à la température des sources thermales situées dans le département des Pyrénées-Orientales. Ce résultat est important ; M. Legrand y est arrivé, comme on a vu, à l’aide d’une remarque très simple ; le mémoire qui le contient n’en mérite pas moins d’être conservé dans les archives de la science. Aussi, nous proposons à l’Académie de décider qu’il sera imprimé dans le recueil des Savans étrangers.

L’Académie adopte les conclusions du rapport.

Nous complèterons le rapport qu’on vient de lire en insérant ici le tableau dans lequel M. Legrand a réuni les noms des sources et leurs températures telles que Carrère et Anglada les avaient données. La cinquième colonne renferme les anciennes déterminations de Carrère, ramenées à l’échelle du thermomètre actuel de Réaumur à mercure. Ces derniers nombres sont évidemment les seuls qui puissent être directement comparés aux observations modernes d’Anglada.

NOMS

des lieux

où les

sources

sont situées.
NOM

particulier

de

la source.
Températures des Sources, en degrés de l’ancien thermomètre de Réaumur à alcool, observées par Carrère en 1754. Températures des mêmes Sources en degrés du thermomètre de Réaumur à mercure, observées par Anglada en 1819. Observations de Carrère, réduites au thermomètre mercuriel de Réaumur.
Nyer 
Source de Nyer 
+19,0
+18,5
+18,0
Vinça 
Source de Nossa 
20,5
18,8
19,4
Molitg 
Grande Source 
33,0
30,3
30,3
La Preste 
Grande Source 
38,5
35,2
35,2
Escaldas 
Source du milieu du bassin 
38,5
34,0
35,2
Vernet 
Source extérieure 
48,0
42,8
43,0
Id.
Source du milieu 
51,0
44,5
45,5
Arles 
Escaldadou gros 
55,5
49,0
49,0
Thuez 
Désignée par Carrère sous le nom d’Olette 
70,5
60,0
60,0
LECTURES.
Géométrie.Division de la circonférence de cercle ; par M. Ampère.

M. Ampère dépose sur le bureau une figure géométrique dans laquelle la construction très simple qu’il a trouvée pour diviser la circonférence de cercle en 17 parties égales, est représentée. M. Ampère annonce que dans une des prochaines séances, il lira une note dont le but est de faire comprendre à ceux qui n’en sont encore qu’à l’étude de la Géométrie élémentaire, pourquoi on peut diviser, avec la règle et le compas, une circonférence de cercle en un nombre premier de parties égales, alors seulement que ce nombre surpasse de l’unité une puissance de 2. M. Ampère signalera, en même temps, une marche qui conduit au but, c’est-à-dire à la division désirée, dans tous les cas possibles, et cela sans qu’il soit nécessaire de recourir à aucune des théories de l’Algèbre supérieure.

L’utilité qu’il pourrait y avoir à introduire ces notions dans les traités de Géométrie élémentaire ; la question de savoir comment les anciens n’avaient pas découvert la division en dix-sept parties, donnent lieu entre MM. Poinsot, Ampère et Libri, à une discussion dont nous nous abstiendrons de donner en ce moment l’analyse, puisqu’il a été convenu qu’elle serait reprise à l’époque où M. Ampère lira la note qu’il s’est contenté d’annoncer aujourd’hui.

Anatomie.Réflexions sur la lettre adressée à l’Académie par M. Velpeau, à l’occasion des recherches de M. Coste sur l’œuf humain ; par M. Alex. Thomson, D. M.
(Commissaires, MM. Magendie, Blainville, Serres, Dutrochet, Roux.)

Dans la note présentée dernièrement à l’Académie sur l’œuf humain, M. Coste citait M. le docteur Thomson comme garant de l’exactitude des faits sur lesquels il s’appuyait. Les principaux de ces faits ayant été depuis niés par M. Velpeau, le docteur Thomson a regardé, dit-il, comme un devoir rigoureux de rendre compte des vérifications auxquelles il avait soumis les observations de M. Coste. Le travail du médecin anglais paraît devoir se composer de plusieurs mémoires. Celui dont il a été donné lecture aujourd’hui, renferme principalement la critique détaillée d’une partie de l’ouvrage de M. Velpeau. Sa conclusion générale serait « que la question des âges des œufs étudiés, reste encore à résoudre. »

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Compte rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 6, in-4o.

Allocution prononcée, au nom de l’Académie des Sciences de l’Institut de France, par M. Duméril, le 23 août 1835, jour de l’inauguration de la statue de Cuvier à Montbéliard ; une demi-feuille in-4o.

Histoire naturelle des Poissons ; par feu M. le baron Cuvier et M. A. Valenciennes ; Paris, 1835 ; tome 10, un vol. in-8o, avec un vol. de dessins, comprenant les nos 245-48-49-50-56-65-67-68-78 et 279.

Voyage dans l’Amérique méridionale ; par M. d’Orbigny ; 6e livraison in-4o.

Traité des arbres fruitiers ; par M. Duhamel Dumonceau ; édition de MM. Turpin et Poiteau, grand in-folio, avec dessins coloriés.

Mémoire sur le Maclura aurantiaca, etc. ; par M. Delile, professeur de Botanique ; Montpellier, in-8o.

Lettre sur le Mûrier multicaule, etc., par le même ; Montpellier, 1835.

Théorie générale de la Divisibilité des nombres ; par M. A. Guyot ; Paris, 1835, in-8o.

Mémoire sur les Terrains tertiaires du midi de la France ; par M. Dufrénoy.

Fragmens de Statistique administrative, sur l’arrondissement de Savenay (Loire-Inférieure) ; par M. C.-J. Dartley ; Nantes, 1835, in-8o.

Au public souverain des souverains et juge des juges ; par N. Lebailly-Grainville ; une demi-feuille in-4o.

Annales de Chimie et de Physique ; par MM. Gay-Lussac et Arago ; tome 59, juin 1835, in-8o.

Bibliothèque universelle des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Genève ; 1 vol. in-8o, mai 1835.

Mémorial encyclopédique et progressif des Connaissances humaines ; 5e année, no 56, août 1835, in-8o.

Annales scientifiques et littéraires de l’Auvergne ; par M. A. Lecoq ; tome 8, juin et juillet 1835, Clermont-Ferrand, in-8o.

Recueil de la Société d’Agriculture, Sciences, etc., du département de l’Eure ; no 23, juillet 1835, Évreux.

Gazette médicale de Paris, no 37.

Gazette des hôpitaux, nos 106-109.

Gazette de santé, no 107.



SÉANCE DU LUNDI 21 SEPTEMBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. Baudelocque (neveu) fait connaître un nouveau procédé pour conserver la vie à l’enfant, dans l’accouchement par les pieds, quand, le tronc étant déjà sorti, la tête se trouve arrêtée dans le bassin. Ce procédé consiste à introduire une sonde dans la bouche de l’enfant, pour le faire respirer avant sa naissance. L’auteur l’a mis deux fois en pratique ; et chaque fois, la respiration s’étant établie régulièrement, l’enfant a pu être extrait vivant. L’application de ce nouveau procédé ne se borne pas, d’ailleurs, aux seuls cas où la tête du fœtus reste trop long-temps engagée dans le bassin, après la sortie du tronc ; elle s’étend à tous ceux où la vie du fœtus est compromise par la compression du cordon ombilical.

M. Sollier présente, pour le concours Montyon (Médecine et Chirurgie), un petit appareil ayant pour objet de faciliter la marche des personnes qui sont obligées de faire usage de béquilles.

Hygiène publique.Eaux devant servir à l’alimentation de la ville de Bordeaux.
(Commissaires, MM. Thénard, Dumas, Robiquet.)

M. le Ministre de l’instruction publique transmet deux lettres, l’une de M. le préfet de la Gironde, et l’autre de M. le maire de Bordeaux, tendant à obtenir, de l’Académie, l’analyse de différentes eaux destinées à l’alimentation de cette ville.

L’objet dont il s’agit n’est rien moins que de pourvoir la ville de Bordeaux « d’un système hydraulique qui lui assure une quantité suffisante de bonne eau potable, qui servira, à la fois, à la boisson de 100 à 120 mille habitans qui composent sa population, à leurs besoins domestiques, aux usages des établissemens industriels, et à l’irrigation de 7 à 800 rues, places, etc. »

Plusieurs compagnies ont déjà fait des offres pour fournir, les unes des eaux de sources, et les autres des eaux de la Garonne, préalablement reposées et filtrées. L’administration municipale, avant de faire un choix entre les divers plans qui lui sont soumis, a voulu consulter l’opinion de l’Académie sur plusieurs questions qu’elle lui adresse, et notamment sur ce qui concerne la nature des eaux.

À cet effet, aux lettres de M. le préfet et de M. le maire, dont il vient d’être parlé, se trouve joint l’envoi de plusieurs bouteilles de chacune des eaux proposées ; et chaque bouteille porte une note qui indique la source où l’eau qu’elle contient a été puisée.

Règne animal.Tableau de la nouvelle division de ce règne, par M. Ehrenberg, membre de l’Académie de Berlin, et correspondant de l’Institut de France. (Voyez le Bulletin bibliographique, à la fin de ce numéro.)

M. de Humboldt, qui présente ce Tableau à l’Académie, de la part de l’auteur, l’accompagne de la note suivante :

« Dans sa nouvelle classification, M. Ehrenberg distribue le règne animal en 28 classes, fondées sur leur organisation et la généralité d’un type qui se révèle dans les systèmes sensitif, vasculaire, de locomotion, de nutrition et de propagation. Vingt-deux de ces groupes appartiennent, dans le système de M. Ehrenberg, aux animaux sans vertèbres, qu’il divise, selon qu’ils possèdent un cœur ou en sont dépourvus, en Cordata et Vasculosa. Dans ceux-ci, les vaisseaux ne présentent pas de pulsation ; le mouvement rapide du liquide est souvent favorisé par l’oscillation des parois internes des vaisseaux. L’organe digestif est ou unique (simple), comme dans les Tubulata, ou divisé et multiforme, comme dans les Racemifera, dont la dernière classe, à cils vibrans et hermaphroditisme presque toujours visible, offre les Polygastrica, ou Infusoires.

» M. Ehrenberg a eu occasion, dans le cours de deux expéditions (l’une en Syrie, en Nubie, à Dongola et à la mer Rouge, l’autre dans le nord de l’Asie et à la mer Caspienne), d’observer un grand nombre d’organisations. Il a continué ses recherches microscopiques sans relâche en Europe ; mais il ne présente son Tableau général que comme un essai susceptible de perfectionnement et de développement successifs. »

Embryologie.Anatomie de l’œuf humain.

M. Velpeau répond aux objections qui ont été dirigées contre lui, dans la séance précédente, par MM. Coste et Thomson. Il maintient que le produit de conception présenté par M. Coste, est un produit tout-à-la-fois altéré, et plus avancé que quelques-uns de ceux que lui, M. Velpeau, a déjà décrits. Il soutient, au reste, que ses deux adversaires se sont entièrement mépris sur le vrai sens de la plupart de ses opinions, au point qu’ils vont jusqu’à lui en attribuer de totalement opposées à celles qu’il a, comme, par exemple, que la vésicule ombilicale se trouverait dans la cavité de l’amnios, chose qu’il n’a jamais dite, etc. Sa lettre est renvoyée à la commission qui doit prononcer sur les diverses pièces relatives à cette discussion.

Voyage à la recherche de la Lilloise.Extrait (communiqué par M. de Freycinet) d’une lettre de M. Gaimard, chirurgien-major de la corvette la Recherche, en date de Cherbourg, 17 septembre 1835.

« Notre voyage est terminé, et le peu d’empressement que j’ai mis cette fois à vous écrire vous indique déjà que le but principal de notre expédition n’a pas été atteint. Je dois cependant vous faire part des recherches que j’ai faites depuis que j’ai laissé Olafsvik, ville d’où je vous écrivis la dernière fois. (Voyez page 24 du Compte rendu de la séance du 10 août.)

» Après avoir quitté ce lieu le 7 juillet, je visitai toute la partie méridionale du golfe de Breidifiordur, et les points qui séparent ce golfe de la côte nord de l’Islande.

» Laissant à Melar le gros bagage et quatre chevaux, et sans tenir compte des difficultés et des dangers dont on me menaçait, je me dirigeai vers la partie septentrionale de l’île. J’explorai successivement et avec le plus grand soin plusieurs golfes qui étaient alors encombrés de glaçons. Ici les routes étaient par fois plus mauvaises et véritablement plus difficiles que celles que j’avais déjà parcourues. J’acquis la conviction que la Lilloise n’a pas fait naufrage sur les côtes d’Islande.

» Il ne me restait donc plus qu’à rejoindre M. le capitaine Tréhouart qui m’avait donné rendez-vous à Reykiavik vers le 20 du mois d’août. Je pris la route la plus longue et la moins fréquentée, mais en même temps celle qui offrait le plus d’intérêt sous le rapport des sciences naturelles. Au nombre des lieux les plus remarquables que j’ai visités, se trouve le Geisir et le Strockur, les deux plus beaux phénomènes peut-être qui existent sur le globe, enfin le mont Hékla, etc. Le 19 août j’arrivai à Reykiavik après avoir terminé une excursion de soixante-quinze jours, qui a été faite dans les circonstances les plus défavorables.

» Malgré les contrariétés de tout genre que nous avons éprouvées, les collections faites par mon compagnon de voyage, M. Robert, et par moi, sont les suivantes :

» Quarante bariques ou caisses contenant, surtout dans l’alcool, un nombre très considérable d’animaux divers ; 5 à 600 plantes ; environ 3000 échantillons géologiques ; 191 dessins de zoologie, botanique, géologie, paysages, costumes, instrumens, etc. ; 11 animaux vivans, tels que chevaux, moutons, chiens, renards, aigle, gerfault ; un grand nombre de livres islandais pour la Bibliothèque royale (les plus précieux d’entre eux m’ont été donnés en cadeau par les hommes les plus recommandables de l’Islande) ; des vêtemens, instrumens, ornemens de prix, objets de curiosité, etc., pour le Musée naval.

» Tels sont les principaux résultats, malheureux et accessoires, d’une expédition terrestre dont j’avais la direction, en même temps que je remplissais les fonctions de zoologiste et de médecin, et dont M. Robert, plein de zèle et de talent, était à la fois le peintre, le botaniste et le géologue.

» J’ai recueilli en outre de nombreux documens sur l’histoire, la langue, les maladies, la statistique, la météorologie de l’Islande, etc. Vous serez content, je l’espère, des observations de météorologie qui ont été faites à Reykiavik, par M. le docteur John Thorsteinsson, médecin en chef de l’île ; à bord de la Recherche, par M. Méquet, lieutenant de frégate, et peut-être aussi des miennes dans les diverses parties de l’Islande que j’ai visitées. »

M. Gaimard finit en annonçant qu’il se propose d’écrire à MM. les professeurs du Muséum d’Histoire naturelle, le jour même où partira, pour le Havre, le Saumon, navire qui doit transporter toutes les collections de la Recherche, et même les animaux vivans.

Histoire naturelle.Résultats du voyage de MM. Webb et Berthelot, aux îles Canaries.

Il a été rendu compte, dans l’analyse de la séance précédente (p. 110), de la communication faite par M. Bory de Saint-Vincent, relativement aux explorations de M. Despréaux dans les îles Canaries. M. Berthelot rappelle, à cette occasion, qu’il visita lui-même l’île de Canaria en 1820, et qu’il eut dès lors connaissance des tombeaux canariens de la Isleta, petite presqu’île qui se joint à la Grande-Canarie par l’isthme du Guanarteme ou du Prince. En 1829, après avoir parcouru avec M. Webb, les îles de Ténériffe, Lancerote et Fortaventure, il retourna à la Grande-Canarie, où il acquit de nouvelles notions sur cet ancien peuple canarien, dont il reste si peu de traces. Les fouilles qu’il fit exécuter, à cette époque, lui procurèrent plusieurs squelettes de ces primitifs habitans des Canaries.

Les tombeaux canariens se trouvent, dit-il, dans la nappe de lave de la Isleta ; on en voit aussi quelques-uns dans un terrain analogue, situé entre le port de las Nieves et celui du Juncal. Ce sont des buttes, formées de scories volcaniques, d’environ douze pieds d’élévation. Les corps dont on retrouve les squelettes ont été placés dans le fond de ces tumulus, à quelques pieds au-dessus du niveau du sol, et garantis du poids qui les surchargeait au moyen de blocs de lave disposés en voûte. Ces corps avaient été enveloppés dans un linceul d’un tissu végétal, qui a paru, à M. Berthelot, appartenir aux feuilles du dattier. Les fosses sont remplies de baies du Cneorum pulverulentum (Orixama des aborigènes), térébinthacée qui, à cause de ses propriétés antiseptiques, était employée dans les embaumemens.

M. Berthelot pense que les monumens appelés casas de los antiguos, qu’on voit encore dans les environs de la Gaeta, sur la côte occidentale de la Grande-Canarie, n’ont point été construits par les anciens Canariens, mais bien par les premiers conquérans. « Ce sont des maisons d’un seul étage, solidement bâties, et remarquables par le travail de leur charpente. Elles se composent d’une seule pièce, qui ne reçoit de jour que par la porte d’entrée ; deux espèces d’alcoves ont été pratiquées l’une vis-à-vis de l’autre, partie dans l’épaisseur des murs latéraux, et partie dans la saillie qu’ils forment au dehors de l’édifice ; ce qui donne au plan horizontal l’apparence d’une croix. Le faîte de l’édifice est soutenu par de fortes poutres, provenant de troncs d’une espèce de laurier (laurus barbusana) qui acquiert, dans ce climat, de très grandes dimensions ; leur équarrissage est bien net, et ces fortes pièces sont jointes ensemble par de petites traverses du même bois, très symétriquement rapportées ; travail qui ne peut avoir été fait qu’à l’aide d’un instrument tranchant et facilement maniable. »

M. Berthelot rapporte que le palais des anciens Guanartèmes, indiqué par le géographe Lopez dans sa carte de Canaria, a été démoli il y a environ cinquante-six ans, pour élever sur ses ruines la grande église de Galdar. On n’a malheureusement conservé aucun plan de cet édifice, qu’il eût été si précieux de pouvoir comparer avec ceux qui restent.

« Il paraît, au surplus, ajoute M. Berthelot, que ces anciennes constructions n’étaient pas d’un usage général, et que les primitifs habitans de la Grande-Canarie vivaient en troglodytes, comme leurs voisins, les Guanches. Dans le district de Moya, on m’a montré la grotte où le prince Doramas avait établi sa résidence, selon les anciennes légendes. La montagne d’Urera, dans la vallée de Tiraxana, est toute percée de grottes abandonnées, disposées en séries les unes au-dessus des autres, et communiquant entre elles par des couloirs. À l’Atalaya, de même qu’à Artenara, les populations sont encore troglodytes et se creusent journellement des habitations souterraines. »

Les diverses collections, rapportées des îles Canaries par MM. Webb et Berthelot, embrassent la plupart des branches de l’histoire naturelle. Leur herbier contient, disent-ils, jusqu’à mille Phanérogames, parmi lesquelles ils comptent jusqu’à cent espèces nouvelles, qu’ils s’occupent de décrire pour leur ouvrage sur l’histoire naturelle des îles Canaries, ouvrage dont ces deux voyageurs annoncent la prochaine publication.

Nous terminons en ajoutant que M. Berthelot a présenté, dans cette séance même, à l’Académie, le crâne d’un ancien Canarien, retiré d’un des tombeaux décrits dans sa lettre.

Météorologie.Extrait d’une lettre de M. Tribert à M. Arago sur le tremblement de terre qu’on a ressenti à Niort et dans les environs de cette ville.

« Depuis quinze jours le ciel nous avait amplement dédommagés de la privation de pluie que nous éprouvions depuis le mois de mars ; nous avions des orages violens accompagnés de torrens de pluie ; le ciel était toujours chargé de nuages ; le baromètre était descendu à 27p 6l.

» Le 13 septembre, le baromètre remonta, et gagna successivement 5 lignes. Il se trouvait hier encore dans cette position, mais il passait des nuages épais qui rendaient ce qu’on appelle le temps lourd, lorsque vers les quatre heures et demie, on entendit un bruit souterrain assez semblable à celui d’un tonnerre éloigné. Ce bruit suivait la direction du sud-ouest ou nord-est ; il se prolongea pendant plus de dix secondes ; et l’on sentit alors la terre trembler. Les malades éprouvèrent dans leur lit des oscillations sensibles ; des ouvriers qui étaient occupés sous un hangard s’empressèrent de sortir. Nous, qui nous trouvions en ce moment dans la cour, nous pensâmes que quelque portion de la maison venait de s’écrouler. Ce fut le bruit qui nous fit naître cette pensée ; tous nos voisins ont ressenti les mêmes oscillations. Des lettres nous annoncent que ce tremblement de terre a été le même dans le rayon qui nous entoure et d’où nous avons pu recevoir des nouvelles, c’est-à-dire dans une étendue de 4 ou 5 lieues du pays (8 lieues de poste). »

Astronomie.Comète de Halley.

M. Poisson annonce que M. de Pontécoulant, ayant corrigé ses calculs des perturbations de la comète de Halley, en employant la masse de la terre la plus récemment admise, au lieu de celle qu’il avait d’abord supposée, il s’en est suivi que le passage au périhélie, résultant de ces perturbations, qu’il avait d’abord fixé au 13 novembre prochain, devra être reculé d’un jour, et fixé au 14.

M. Arago rend compte verbalement des dernières observations de la même comète qui ont été faites à Paris. « Le 17 septembre, les différences entre l’éphéméride de M. Rosenberg et la position observée étaient de 45′ en ascension droite et de 56′ en déclinaison. M. Arago annonce que les trois jeunes astronomes, MM. Eugène Bouvard, Laugier et Plantamour qui, sous sa direction, suivent journellement le nouvel astre avec un grand zèle, ne manqueront pas, quand le moment sera venu, de communiquer à l’Académie les résultats de leur travail. »

M. Arago donne ensuite l’analyse d’une lettre qu’il a reçue de M. Valz de Nîmes. « Cet astronome vit la comète, pour la première fois, le 24 août. Depuis, il l’a suivie avec beaucoup d’assiduité. Ses observations, réparties sur une période de 16 jours, lui ont paru suffisantes pour déterminer les élémens de l’ellipse que cet astre semble décrire actuellement. Voici ceux qu’il a trouvés :

Passage au périhélie 
1835, novembre, 15,6
Longitude du périhélie 
304°31′
Longitude du nœud 
55°5′
Inclinaison 
17°27′
Excentricité 
0,967391
Demi-grand axe admis 
17,9879

» M. Valz croit ces élémens fort approchés. Il ne serait disposé à admettre une incertitude de quelques minutes, que sur l’inclinaison de l’orbite. Les différences sensibles qu’il remarque entre les élémens précédens et ceux de M. de Pontécoulant, lui font craindre qu’il ne se soit glissé quelques erreurs dans les calculs si longs, si pénibles, si minutieux des perturbations. À l’occasion des quantités qu’on a volontairement négligées dans ces calculs, M. Valz affirme, mais sans mettre sur la voie de la méthode qui l’a conduit à ce résultat, que les actions réunies de Vénus et de Mars, diminuent la durée de la révolution entière de six jours !

» M. Valz dit s’être assuré que ses propres observations ne peuvent pas être représentées par un simple changement de l’instant du passage de la comète au périhélie. Ainsi les déterminations fondées sur l’invariabilité des autres élémens, ne lui semblent pas dignes de confiance. Quant à la première observation de M. Dumouchel, il la croit inexacte.

(M. Bouvard, présent à la séance, interrompt à ce moment M. Arago dans son analyse, et annonce que M. Dumouchel ayant recalculé sa première observation vient, en effet, d’appliquer de notables corrections tant à la déclinaison qu’à l’ascension droite.)

» La lettre de M. Valz renferme quelques considérations relatives à l’existence possible d’une planète située, au-delà d’Uranus, à une distance du Soleil à peu près triple de celle de la comète de Halley, et qui se manifesterait, de trois en trois apparitions de ce dernier astre, par des perturbations de même valeur.

« M. Valz recommande enfin aux astronomes, les mesures de la nébulosité de la comète actuelle. Depuis ses premières recherches, il s’est assuré que ces astres ne se contractent pas tous en s’approchant du Soleil. Il en est, dit-il, qui, au contraire, se dilatent ! D’après certains caractères que M. Valz ne fait pas connaître pour le moment, la Comète de Halley appartiendrait à la dernière classe. »

L’Académie a reçu aussi, dans cette séance, une note de M. Schumacher d’après laquelle on voit qu’une observation de la Comète, faite à Kœnigsberg le 25 août, donnerait pour le passage au périhélie, le 16,045 novembre ; mais le calcul a été fait dans l’hypothèse, inadmissible suivant M. Valz, que les autres élémens n’ont pas besoin de correction.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Analyse mathématique.Note de M. Collani, sur une erreur qu’il croit avoir trouvée dans une formule de M. Lagrange.
(Commissaires, MM. Poisson, Libri.)
Navigation intérieure.Projet d’un système de waggons dragueurs ; par M. Baunez.
(Commissaires, MM. de Prony, Navier, Poncelet.)
Chirurgie.Mémoire, 1o sur un nouveau moyen de guérir certaines fistules de l’urètre ; 2o sur un speculum ani ; 3o sur un nouveau procédé pour l’amputation de la verge ; par M. Barthélemi.
(Commissaires, MM. Duméril, Roux, Breschet.)

Vu l’étendue de quelques-unes des pièces qui doivent faire partie du Compte rendu de cette séance, nous attendrons, pour l’analyse de ces trois mémoires, les rapports qui seront faits par les commissaires.

RAPPORTS.
Rapport sur un mémoire de M. Juncker, ingénieur au Corps Royal des Mines, concernant les machines à colonne d’eau de la mine de Huelgoat, concession de Poullaouen (Finistère).
(Commissaires, MM. Navier, Poncelet, Arago rapporteur.)

« La mine de Huelgoat, partie de la concession de Poullaouen, renferme des sources excessivement abondantes. Leur eau est vitriolique ; le gîte du minerai se trouve disposé de manière à rendre les opérations d’épuisement très compliquées. Heureusement le pays est sillonné en tous sens par des vallons où coulent des ruisseaux qui, à l’aide de canaux de dérivation, ont pu être conduits jusqu’au coteau dans lequel s’enfonce le filon métallique. Il a donc été possible de créer sur ce point de grandes chutes d’eau et même d’en augmenter beaucoup la hauteur utile, par le percement de longues galeries d’écoulement, partant du centre des travaux et débouchant dans la vallée voisine. Comme de raison, la force motrice qu’on s’est procurée ainsi, varie avec les saisons. Sa valeur moyenne est, par minute, de 23 mètres cubes d’eau tombant de 66 mètres, ce qui équivaut à environ 1520 mètres tombant d’un mètre.

» Cette puissance motrice, dans l’ancien système d’épuisement de Huelgoat, mettait en jeu des roues hydrauliques échelonnées les unes au-dessus des autres sur le flanc de la montagne où la mine est située ; les roues, à leur tour, transmettaient le mouvement à trois machines à tirans. Ces machines, malgré leur belle exécution, ne donnaient que les vingt centièmes de la force motrice, et leur entretien annuel ne coûtait pas moins de 40000 francs. Ajoutons qu’en 1816, après une dépense de plus de 120000 francs, les trois machines réunies ne suffisaient plus à l’épuisement des sources. Les eaux envahissaient graduellement les travaux, et l’on pouvait calculer l’époque où ce bel établissement serait inévitablement abandonné.

» M. Juncker, auteur du mémoire dont nous rendons compte à l’Académie, fortifié de l’approbation de M. Baillet, inspecteur-général des mines, n’hésita pas à proposer à la compagnie de Poullaouen de renoncer entièrement aux impuissans moyens mécaniques dont elle faisait usage, et de les remplacer par des machines à colonne d’eau. Après quelques hésitations des actionnaires, la proposition fut agréée, et M. Juncker se rendit en Bavière pour y voir fonctionner des machines de cette espèce, construites sous la direction de M. Reichenbach, et qui, malgré le peu que l’on savait alors de leur importance, semblaient mériter l’examen scrupuleux d’un homme de l’art.

» M. Reichenbach, que l’Académie a compté parmi ses correspondans, est principalement connu en France par les beaux instrumens d’astronomie et d’optique sortis du célèbre atelier de Benedic Bauern ; les grandes et ingénieuses machines dont la Bavière et l’Autriche lui sont redevables, ne témoignent pas moins de la haute portée de ses conceptions industrielles, et de la fécondité de son esprit inventif. M. Juncker, après avoir payé un juste et touchant tribut de reconnaissance à la mémoire de cet excellent homme, décrit succinctement les magnifiques établissemens de Saltzbourg.

» La Bavière, en 1825, produisait annuellement 75000 quintaux de sel. Une partie provenait de sources : elle était extraite par voie d’évaporation, à l’aide des moyens connus ; l’autre, tirée d’abord d’une mine située dans la vallée de Berchtesgaden, était transportée à Reichenhall, où elle subissait une purification par dissolution. Mais le transport de ce sel gemme, quoique plus avantageux que ne l’aurait été celui du combustible dans la vallée étroite et peu boisée de Berchtesgaden, était cependant fort coûteux. D’après les idées de Reichenbach, ce système fut entièrement abandonné : c’est à l’état liquide, dans des tuyaux de conduite, et après avoir été convenablement élevé à l’aide de deux puissantes machines à colonne d’eau, que le sel est maintenant expédié par-delà les montagnes Abruptes, dernières ramifications des Alpes tyroliennes, qui séparent Berchtesgaden de Reichenhall. Ainsi, le bois, qui ne peut être rendu liquide, ne va plus aujourd’hui chercher le sel ; c’est, au contraire, le sel qui marche de lui-même à la rencontre du bois.

» Nous regrettons que les bornes de ce rapport ne nous permettent pas de faire connaître en détail cette gigantesque entreprise. Nous dirons, toutefois, pour en donner une idée, que, dans son trajet, l’eau salée est soulevée à quatorze reprises différentes au moyen d’un pareil nombre de pompes foulantes mues par neuf machines à colonne d’eau et par cinq roues à augets ; que l’une de ces premières machines, celle de la localité nommée Illsang, marche sous l’action d’une chute d’eau de plus de 100 mètres, et refoule l’eau salée, d’un seul jet, à une hauteur verticale de 356 mètres ; que la conduite parcourue par la dissolution saline, entre la source et le point où l’évaporation s’opère, offre un développement de tuyaux d’une longueur de 109000 mètres ou de 27 lieues de poste ; enfin que le résultat utile, comparé à la dépense de force, atteint, sur divers points, la fraction 72 centièmes ! Quand il rapproche ce nombre du résultat qu’obtenaient, avec les anciennes machines à colonne d’eau, les ingénieurs Hoëll et Winterschmidt, le mécanicien étonné se demande naturellement quelles ont été, parmi les diverses innovations dues à Reichenbach, celles qui ont le plus contribué à une pareille amélioration. Suivant M. Juncker, il faudrait les ranger dans l’ordre suivant :

» L’adoption d’un régulateur à piston tellement construit, que les colonnes d’eau se meuvent, s’arrêtent sans chocs appréciables ;

» L’idée d’emprunter à la colonne d’eau motrice, la force nécessaire pour faire agir ce régulateur avec une précision presque mathématique ;

» L’emploi d’orifices d’admission et d’émission fort grands, de telle sorte que la veine fluide n’éprouve plus ni contractions ni vitesses excessives ;

» La disposition qui permet de faire agir directement la puissance sur la résistance, sans aucun intermédiaire de balanciers, leviers coudés, etc.

» La substitution, quelle que soit la hauteur de la colonne de refoulement, d’une pompe unique à la multitude de pompes placées à divers étages dont on se servait jadis.

» L’examen minutieux de tant d’ingénieuses conceptions devait, de plus en plus, confirmer M. Juncker dans sa première pensée que les machines à colonne d’eau pourraient seules sauver les mines d’Huelgoat de la submersion complète dont elles étaient menacées ; aussi, se décida-t-il à prendre irrévocablement pour guide les travaux de Reichenbach. On aurait grand tort, toutefois, d’imaginer que le rôle de copiste, que s’attribue si modestement M. Juncker, fût exempt d’immenses difficultés ; il fallait, en effet, que la machine projetée eût une puissance prodigieuse, une puissance double au moins de celle que possède la machine déjà citée d’Illsang. En Bavière, tout se trouve établi, maintenu, étayé au grand jour, dans un espace indéfini, sur un terrain solide ; à Huelgoat, au contraire, la machine, la pompe, les tuyaux, devaient être placés ou plutôt suspendus dans un puits resserré, et le long duquel se rencontraient fréquemment des couches ébouleuses. Dans les établissemens bavarois, l’appareil moteur est immédiatement au-dessus de la pompe foulante des eaux salées. En Bretagne, ces deux parties de l’appareil ne pouvant être que fort éloignées verticalement, il fallait pourvoir à l’équilibration de tiges très longues, très rigides et, dès lors, très pesantes destinées à les réunir. Ces dissemblances sur lesquelles nous n’insisterons pas davantage, suffiront à tous ceux qui se sont occupés de mécanique appliquée, pour qu’ils entrevoient combien de graves difficultés l’ingénieur de Huelgoat devait s’attendre à rencontrer sur sa route.

» Afin de ne pas abuser des momens de l’Académie, nous allons maintenant parcourir avec rapidité, les questions traitées dans les divers chapitres du mémoire qu’elle a soumis à notre examen. Puisque le secours des figures nous manque, on nous permettra, toutefois, de dire avant d’entrer en matière, et cela avec l’espérance d’être compris de ceux même qui n’ont jamais vu une machine à colonne d’eau, que la forme et les mouvemens d’une semblable machine ressemblent complétement à ceux de la machine à vapeur ordinaire : ici c’est le ressort de la vapeur d’eau qui détermine les oscillations du piston, là ces mêmes oscillations sont engendrées par l’action, tantôt possible et tantôt supprimée, d’une longue colonne liquide dont la pression, évaluée en atmosphères, s’obtient en divisant sa hauteur verticale par 10m,4 (32 pieds).

» Avant de faire exécuter ses appareils, M. Juncker avait à discuter les avantages respectifs des machines à colonne d’eau à simple et à double effet : il trouva qu’à Huelgoat, les premières devaient obtenir la préférence. Le jaugeage des eaux d’infiltration lui apprit qu’il aurait chaque jour à extraire d’une profondeur de 230 mètres, plus de 5000 mètres cubes d’eau. La force motrice dont il pouvait disposer dans le même temps, résultait de plus de 30000 mètres cubes de liquide tombant de 61 mètres de hauteur ; mais la masse des eaux d’infiltration est susceptible d’augmentation ; à Huelgoat on a même toute raison de craindre une prochaine irruption de liquide ; d’ailleurs, une machine, quelle qu’en soit la construction, doit se déranger tôt ou tard ; il fallait donc songer à en avoir deux, mais non solidaires.

» Partant de ces données générales, M. Juncker calcule le diamètre des pistons principaux, après avoir déterminé les limites pratiques de vitesse qu’on ne saurait dépasser dans ce genre de machines sans des inconvéniens graves. Ces diamètres, il les fixe à plus d’un mètre. Désormais c’est de la machine construite, de la machine en place, que M. Juncker nous entretiendra.

» Le premier objet dont il donne la description, est le régulateur hydraulique qui se trouve placé à côté du corps de pompe principal. Ce merveilleux appareil anéantit peu à peu, mais vers la fin de la course seulement, toute la vitesse dont le piston moteur est animé ; il dispose ensuite ce dernier à reprendre sa marche par degrés insensibles. Ce sont les plus subtiles prescriptions de la mécanique rationnelle mises en pratique. Aussi à Huelgoat, disent, avec l’auteur, tous ceux qui ont visité l’établissement, il est impossible d’apercevoir sur aucun point, la moindre manifestation matérielle de force vive, de chocs, de contre-coups ou de vibrations. Les mouvemens s’y effectuent avec un moelleux et un silence qu’aucune autre machine ne présente au même degré.

» Des parties organiques, M. Juncker passe à plusieurs dispositions qui, pour être secondaires, n’en méritaient pas moins une mention spéciale et détaillée ; mais vos commissaires ne sauraient s’y arrêter sans dépasser les limites du rapport dont vous les avez chargés. Ils ne peuvent cependant se dispenser de dire quelques mots d’une partie fort essentielle de la machine d’Huelgoat que M. Juncker appelle le balancier hydraulique.

» La puissance des machines jumelles proprement dites placées près de l’entrée de la galerie d’écoulement, se transmet aux pompes établies au fond de la mine, par deux systèmes de tirans verticaux. Des considérations étrangères aux principes de l’art, ont forcé l’ingénieur à construire l’un de ces attirails en bois. L’autre est en fer et ne pèse pas moins de 16000 kilogr. (environ 300 quintaux, anciennes mesures). À chaque mouvement descendant de la machine, cette masse de 16000 kilogrammes descend elle-même verticalement d’une longueur égale à l’amplitude de l’excursion du piston. Si l’on n’y avait pourvu à l’aide d’une équilibration convenable, pendant l’oscillation opposée de ce même piston, on aurait donc eu et cela en pure perte, à soulever la chaîne. Son énorme poids se serait ainsi ajouté à celui de la quantité d’eau que le refoulement amène sans cesse dans le tuyau de la pompe d’épuisement.

» Après avoir posé le problème, M. Juncker se livre, dans son mémoire, à un examen minutieux des avantages et des inconvéniens des divers modes d’équilibration adoptés par les mécaniciens. Quant à vos commissaires, il leur suffira de dire que celui dont M. Juncker a fait usage, est inhérent à la machine ; qu’il agit sans aucun intermédiaire de corps solides, et avec une continuité inaltérable, tantôt pour seconder la puissance tantôt pour mettre un frein à la libre descente du piston et des chaînes ; qu’il offre une sécurité absolue ; nous ajouterons, enfin, qu’il se fonde sur le principe même des machines à colonne d’eau et sur l’idée bien simple de placer tout l’appareil en contre-bas de la galerie d’écoulement. De cette manière, la colonne de chute étant allongée, la force motrice se trouve avoir reçu l’accroissement nécessaire pour soulever l’attirail.

» Les pompes foulantes sont une invention si ancienne, si répandue ; tant d’habiles mécaniciens ont eu intérêt à les perfectionner, que nous ne pouvions guère espérer de rencontrer quelque chose de neuf dans le chapitre où M. Juncker a décrit celles de ces pompes qui, dans la machine d’Huelgoat, ramènent à la surface les eaux d’infiltration de la mine. Eh bien ! nous avons été agréablement trompés, car l’auteur a trouvé le secret d’introduire diverses améliorations dans cette partie de son appareil. Aussi chacun y remarque-t-il maintenant le même moelleux, la même absence d’ébranlement et de bruit que dans la machine motrice ; aussi, le produit théorique de la pompe, calculé d’après l’amplitude des oscillations du piston et d’après son diamètre, ne surpasse-t-il que d’un trentième le produit effectif, tandis que dans certaines machines analogues, construites sur de bons systèmes et bien exécutées en apparence, le mécompte s’est élevé fréquemment à un quart.

» Le système adopté par M. Juncker imposait la nécessité de suspendre l’appareil moteur lui-même dans le vide d’un puits de 230 mètres de profondeur. De là, des difficultés d’établissement que cet ingénieur a surmontées par des moyens auxquels les constructeurs les plus expérimentés ne refuseront certainement pas la plus entière approbation. Le pont en fer jeté sur le puits, et qui supporte toute la machine, offre une si parfaite solidité, que la main n’y peut découvrir le moindre frémissement, même à l’instant où les pistons commencent à recevoir l’impulsion de l’eau motrice.

» Un ingénieur prévoyant ne pouvait manquer de porter son attention sur la possibilité de quelque rupture dans un mécanisme composé de tant de lourdes pièces, et sur les accidens qui en seraient la conséquence inévitable. Qu’on se figure, par exemple, le piston principal de la machine, détaché de la résistance à la suite de la rupture du tirant supérieur ! Soumis alors à tout l’effort du moteur, il monterait dans le corps de pompe avec une vitesse accélérée, et parvenu au terme de sa course, il ne saurait manquer de produire d’énormes dégâts. D’un autre côté, l’attirail abandonné à lui-même tomberait de tout son poids. En se rappelant que ce poids, pour l’attirail en fer, est de 16000 kilogrammes (plus de 300 quintaux ordinaires), tout le monde comprendra quels ravages s’opéreraient le long des parois du puits, dans les tuyaux ascendans et au fond de la mine. D’ingénieuses dispositions ont été adoptées par M. Juncker pour parer entièrement à la double catastrophe que nous venons de faire entrevoir.

» Plusieurs usines concoururent dans le temps à la construction de la machine d’Huelgoat. M. Wilson, de Charenton, fit exécuter, sur les dessins de M. Juncker, la machine proprement dite. M. Émile Martin, de Fourchambault, fabriqua le long système de tirans dont nous avons si souvent parlé ; d’autres fournirent les tuyaux. Ces tuyaux, essayés à la presse hydraulique sous une pression supérieure, il est vrai, à celle qu’ils devaient supporter, se trouvèrent tellement poreux, que l’eau jaillissait de leur surface dans toutes sortes de directions, en filets plus ou moins capillaires. Pour remédier à cet inconvénient, M. Juncker s’avisa d’un moyen qui déjà, nous le croyons du moins, avait été employé par d’autres ingénieurs. Les tuyaux défectueux furent remplis d’huile de lin siccative, puis soumis à l’action de la presse hydraulique alimentée elle-même avec de l’huile de lin ordinaire. Aucun suintement gras ne se fit remarquer extérieurement, et, toutefois, l’opération avait obstrué les pores, puisque ces mêmes tuyaux, essayés quelque temps après avec l’eau, se montrèrent imperméables, et que depuis qu’ils sont en place, pas une goutte de liquide ne s’est échappée sous des pressions de 15 à 20 atmosphères.

» À la suite de l’opération dont nous venons de rendre compte, la fonte grise des tuyaux se trouva couverte, à l’intérieur, d’un enduit ou vernis fortement adhérent, qui la défend contre l’oxidation et même contre l’action des eaux acides de la mine d’Huelgoat. Ne serait-ce pas là, dit M. Juncker, un moyen simple d’empêcher la précipitation si fâcheuse de tubercules ferrugineux qui s’opère dans les tuyaux de conduite des fontaines de Grenoble.

» Disons, en terminant, que tant d’études, tant d’ingénieuses combinaisons, tant de travaux, tant d’expériences, n’ont pas été en pure perte. La machine d’Huelgoat a réalisé toutes les prévisions de la science. Depuis trois années et demie, elle fonctionne, nuit et jour, à l’entière satisfaction des propriétaires. La régularité, la douceur, le moelleux de ses mouvemens, l’absence complète de bruit, ont été un juste sujet d’admiration pour les ingénieurs de divers pays qui l’ont examinée. Il est vraiment regrettable qu’une machine si belle, si puissante, si habilement exécutée, et qui fait tant d’honneur à notre industrie, soit reléguée à l’une des extrémités de la France, dans un canton rarement visité. Elle n’aurait pas manqué, sans cela, d’exciter le zèle des propriétaires de mines, et les machines à colonne d’eau remplaceraient déjà, sur beaucoup de points, des moyens d’épuisement qui sont à la fois un objet de pitié pour le mécanicien qui les étudie, et une cause de ruine pour le capitaliste qui les emploie. Puisse la publicité que reçoit aujourd’hui le succès de M. Juncker, hâter un résultat que nous appelons de tous nos vœux, et qui contribuera certainement beaucoup au développement de la richesse nationale.

» Le mémoire, disons mieux, l’ouvrage dont nous venons de rendre compte à l’Académie, est accompagné de planches magnifiques à grand point où les ingénieurs trouveront tout ce qui leur importe de savoir sur la forme et l’ajustement des diverses parties de la machine d’Huelgoat. Nous devons ajouter, qu’il est rédigé avec méthode, avec clarté, avec précision, et, ce qui ne gâte jamais rien, avec une rare élégance. L’auteur, à chaque page, rend justice pleine et entière à tous ceux qui par leurs conseils directs ou par leurs travaux antérieurs lui ont été utiles. On voit que sa modestie est de bon aloi, que sa reconnaissance est sincère : comme tant d’autres, il ne se borne pas à faire strictement ce qu’il faut pour échapper aux réclamations. Ce bel ouvrage sera désormais le manuel obligé de tous ceux qui voudront exécuter de puissantes machines à colonne d’eau ; mais, on nous permettra de le dire, il doit avoir un autre genre d’utilité : après l’avoir lu, chacun pourra, par un nouveau nom propre, détromper ceux qui, bien à tort, se persuadent qu’aujourd’hui Paris absorbe tous les hommes d’élite. Le travail de l’ingénieur de Huelgoat, quelque peu disposé qu’on soit à une pareille concession, prouvera combien les connaissances théoriques puisées dans nos écoles, éclairent utilement le praticien ; combien de tâtonnemens, de mécomptes, de dispendieuses bévues elles lui épargnent ; enfin l’habileté consommée dont M. Juncker a fait preuve dans la conception et le placement de sa superbe machine, apprendra aux capitalistes, si d’autres exemples éclatans ne les ont déjà détrompés, que des ingénieurs français ne manqueront pas à leurs projets, quelque gigantesques qu’ils puissent être.

» Vos commissaires se seraient empressés de solliciter l’insertion du mémoire de M. Juncker dans le Recueil des Savans étrangers, s’ils n’avaient appris que l’Administration des Ponts et Chaussées et des Mines doit le publier très prochainement. Nous nous bornerons donc à proposer à l’Académie de vouloir bien accorder son approbation à ce beau travail, mais en regrettant que les usages n’autorisent pas la demande d’un témoignage de satisfaction plus éclatant ! »

L’Académie approuve les conclusions de ce rapport. Elle décide, en outre, qu’il sera imprimé, en entier, dans le Compte rendu de cette séance.

Médecine. Notice sur l’épidémie du choléra-morbus indien qui a régné dans les ports méridionaux de la Méditerranée et dans toute la Provence, pendant les mois de juillet et d’août 1835 ; par M. Larrey.

« Conformément au désir que l’Académie m’en a exprimé, j’ai l’honneur de lui offrir le résumé des observations que j’ai faites, des mesures que j’ai prises ou conseillées partout où je suis passé, et de la méthode rationnelle du traitement relatif à l’épidémie du choléra que j’ai introduite dans tous les hôpitaux civils ou militaires des villes frappées de cette maladie.

» Il est bien évident qu’un concours de causes graves a fait développer, dans la contrée que je viens de parcourir, le choléra-morbus indien dont le principe morbifique paraît avoir réellement été transmis de l’Inde, où il est endémique ; que certains vents l’ont successivement entraîné jusqu’à cette zone, et que dans sa marche, recevant en plus ou en moins des surfaces qu’il a parcourues, des émanations propres à son développement, ses effets sur l’homme ont été plus ou moins fâcheux, selon l’état moral, l’idiosyncrasie ou le défaut d’intégrité physique de celui-ci.

» Le passage de cette sorte d’effluve épidémique sur les ports méridionaux de la Méditerranée et sur les lieux circonvoisins où il a sévi avec tant de force, coïncidant avec les émanations insalubres qui s’élèvent habituellement des bassins de la plupart de ces ports ou d’autres sources miasmatiques, le concours de ces deux circonstances a fait développer les propriétés pernicieuses de cette épidémie et a imprimé sur les habitans plus ou moins accessibles à ses effets, cette sorte de stupeur qui produit immédiatement une vraie névrose ataxique, caractère distinctif de ce choléra qui a décimé les populations des pays où il est passé. Ainsi, le bassin du port de Toulon, comme celui du port de Marseille, recevant les immondices de la ville par les aqueducs qui s’y abouchent, fournissent dans certaines circonstances des émanations insalubres. Cependant, il n’a fallu rien moins qu’une saison aussi chaude que celle qu’on a subie en Provence, cette année, pendant les mois de juillet et d’août, et sur les bords de la Méditerranée (où le thermomètre de Réaumur n’a cessé de marquer 29, 30, 31 et 32 degrés au-dessus de zéro), pour que les eaux de la mer n’aient point entièrement neutralisé les gaz pernicieux qui se dégagent des excrémens humains et autres substances animales putréfiées et versées dans ces bassins par les torrens de pluie ou par ces aqueducs.

» À ces émanations, presque nulles pendant les autres saisons, se sont joints dans ces deux villes, surtout à Toulon que je connais parfaitement, les émanations infectes résultant du séjour des matières désignées plus haut, dans des réduits particuliers (sorte de latrines) ou dans des vases non fermés usités dans toutes les maisons, l’entassement des individus dans des habitations dont la capacité était disproportionnée à leur nombre, enfin, la terreur qui s’était établie parmi les habitans de ces ports de mer, par les effets foudroyans de la maladie, et par l’idée que quelques médecins avaient répandue sur sa prétendue contagion ; ce qui a causé une émigration subite et prodigieuse. Néanmoins, cette émigration a été utile aux personnes qui y étaient restées, en agrandissant l’espace de leurs habitations. Les effets de cet entassement se sont manifestés aussi dans le bagne et les casernes du port, d’ailleurs tenus très proprement et bien ventilés. Les condamnés qui travaillent constamment dans les ateliers qui bordent le bassin rempli de ces eaux infectes ont dû se ressentir les premiers des émanations dont nous avons parlé. Certes, on ne pouvait obtenir de grands succès du traitement, quoique rationnel, mis en usage sur les malades transportés à l’hôpital de terre, parce qu’il ne présente point les conditions voulues pour un bon hôpital[6]. Au total, il y aurait de très grandes et très dispendieuses améliorations à faire dans cette place forte, pour faire disparaître toutes les causes locales d’insalubrité. Cette question fixera sans doute un jour l’attention du gouvernement.

» Avant de parler de Marseille, je ferai quelques réflexions sur deux ou trois phénomènes singuliers que j’ai observés sur divers points de la contrée où le choléra a sévi avec plus ou moins d’intensité. L’un de ces phénomènes a été la disparition subite, ou l’émigration totale des oiseaux qui ne vivent que dans un air pur, tels que les passereaux, les merles, les grives et les hirondelles ; aucun de ces oiseaux n’a été trouvé mort sur le terrain, et cette émigration a eu lieu dans toute la région de la Provence qui s’étend par trois lignes divergentes, d’Avignon à Toulon, à Marseille, à Arles et à Tarascon.

» Est-ce l’influence épidémique qui les a fait émigrer, ou est-ce l’excessive chaleur qu’on a éprouvée dans cette contrée ? On aurait peut-être pu le vérifier, si l’on eût fait des recherches attentives dans les cavernes, communes dans les montages qui bordent la Méditerranée ; car j’ai eu l’occasion de remarquer, dans mes anciennes campagnes d’Espagne et d’Italie, que les hirondelles, loin de passer les mers comme on l’avait cru, du moins certaines espèces, se tapissent, à l’instar des essaims d’abeilles, dans les anfractuosités des grottes profondes qu’on trouve en grand nombre sur les revers des gorges ou vallons des montagnes des Alpes et des Pyrénées[7].

» Un deuxième phénomène a été une quantité innombrable de cigales, que nous croyons être de l’espèce de celles qui ne paraissent dans certaines contrées du midi de l’Europe que tous les quarts de siècle ou tous les dix-sept ans (cicada septemdecim) ; leur chant produisait le même bruit que le son des grelots de mes chevaux de poste. Les habitans des campagnes ne se rappellent point en avoir vu une aussi grande quantité depuis longues années. Dans l’ancien monde, toutes les grandes épidémies, telles que la peste, étaient toujours précédées d’une plaie d’insectes, tels que mouches ou sauterelles. L’épidémie pestilentielle qui régna, en 1799, en Égypte, et qui fit périr plus de cent mille Musulmans, avait été précédée d’une plaie générale de mouches et de plaies partielles de sauterelles.

» Dans ma marche d’Avignon à Marseille, pendant les deux journées du 24 et du 25 juillet, j’ai été frappé du tableau que m’ont offert les populations de ces villes et de celles intermédiaires ; les voitures, les charettes, les chevaux et les ânes garnis de bâts, chargés de familles entières, se précipitaient confusément et sans interruption sur la même route, que j’eus la plus grande peine à parcourir pour arriver à ma destination. La terreur et la consternation étaient empreintes sur la physionomie de la plupart des hommes et des femmes qui faisaient partie de ces convois émigrans.

» J’ai rendu compte à M. le Ministre de la guerre, dans un dernier rapport que je lui ai adressé de cette dernière ville, du résultat de ma visite dans les hôpitaux, les casernes et dans tous les lieux particuliers qui ont été le siége de la maladie.

» Dans les casernes, j’avais pris des mesures hygiéniques dont quelques-unes devraient être appliquées à toute l’armée ; telle est, par exemple, celle relative à la literie des soldats, qui consiste à faire retrousser le matin les fournitures à la tête du cadre du lit, depuis le lever jusqu’à l’heure du coucher. Cette mesure conserve les fournitures intactes et empêche le soldat de se coucher pendant le jour, ce qui nuit à sa santé, surtout lorsque, dans les vingt-quatre heures, il en a consacré huit au repos.

» Une boisson légèrement tonique et agréable en goût a été prescrite dans tous les corps. Elle consiste dans une infusion légère de camomille, édulcorée avec du bois de réglisse et mêlée à un vingtième de bon vin rouge. Des lotions journalières de propreté furent recommandées, les bains de mer défendus, et des mesures de salubrité furent prises partout où il y avait indication.

» Pour tranquilliser les esprits et prévenir l’expansion des miasmes insalubres qui pouvaient s’élever des cadavres des cholériques, après la mort, lorsque surtout ils entrent en putréfaction (ce qu’on a vu chez un grand nombre dans ce climat chaud), et pour empêcher que les corps ne fussent ensevelis trop tôt, ce qui est arrivé peut-être à Avignon, j’avais recommandé de faire couvrir ou envelopper ces corps, immédiatement après le décès, d’un mauvais drap trempé dans le chlorure de chaux. À l’aide de cette enveloppe désinfectante, on pouvait attendre avec sécurité les vingt-quatre heures et davantage, s’il était nécessaire. »

Dans une seconde partie de cette Notice, M. Larrey expose les idées qui lui sont propres, relativement au caractère de l’épidémie, à sa marche et au mode de traitement qui lui paraît le plus convenable.

Après la lecture de ce Mémoire, M. Serres prend la parole : « Il y distingue, d’une part, les faits qu’il renferme, les conseils donnés par l’auteur aux populations frappées par le choléra ; et, d’autre part, l’explication du choléra même. Quant à la première partie du travail de notre collègue, je n’ai, dit-il, rien à lui opposer ; quant à la seconde, je crois devoir faire une observation.

» En attribuant, ajoute-t-il, le choléra à une mofète particulière de l’air, ou à des animalcules qui seraient tenus en suspension par ce fluide, et que les vents pourraient transporter d’un lieu dans un autre, il est à craindre que, contre l’opinion de l’auteur, on n’en déduise la contagion du choléra. Or, rien ne prouvant ni l’existence de cette mofète, ni l’existence de ces animalcules aériens, et jusqu’à ce jour l’origine de cette maladie nous étant complètement inconnue, il est prudent de nous abstenir de toute explication qui, mal conçue ou mal interprétée, pourrait devenir dangereuse. »

M. Larrey répond qu’il est prêt à retirer de son travail toute expression qui pourrait conduire à quelque mal-entendu, et que, d’ailleurs, il partage entièrement l’opinion de M. Serres sur la non contagion du choléra.

La séance est levée à 5 heures.

F.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 7, in-4o.

Della rivaccinazione qual sicuro mezzo per guarantire dal Vaiuolo arabo ; Memoria di Giovambatista Fantonetti ; Milan, 1835, in-8o.

Naturreich des Menschen oder das Reich der willensfreien beseelten Naturkorper in XXIX classen ubersichtlich geordnet nach dem Princip eines und desselben bis zur Monade uberall gleichen Bildungs-Tyrpus. Par M. Ehrenberg ; Berlin, 1835, une feuille in-plano.

Phytographie médicale, histoire des substances héroïques et des poisons tirés du règne végétal ; par M. J. Roques ; 3  vol. in-8o et un atlas in-4o ; Paris, 1835.

Cours de Géométrie et de Trigonométrie ; par M. Mutel, un vol. in-8o, Lyon, 1832.

De la dilatation partielle du ventricule gauche du cœur ; par M. Chassinat ; Paris, 1835, in-4o.

Monographie des Cétoines et genres voisins ; par MM. Gory et Percheron ; 8e livraison, in-8o.

Lettre à M. Crapelet, pour servir d’appendice au discours sur les publications littéraires du moyen âge ; par M. l’abbé Promsault ; Paris, 1835, in-8o.

Recherches et Observations sur les tumeurs des parties génitales ; par M. J.-P. Caffort ; Montpellier, 1834, in-8o.

Choléra. Moyens préservateurs et Remèdes employés avec le plus de succès à Paris en 1832 ; par M. Parisel ; brochure in-8o, Lyon, 1835.

Des Mœurs du siècle et de l’Éducation, discours, par M. Gasc ; brochure in-8o, Paris 1835.

Description et Usage du Sigmagraphe ; par M. Bunel ; brochure, in-8o, Paris, 1835.

Mémoire sur l’efficacité du Chlorure d’oxide de sodium dans les Fièvres intermittentes (extrait de la Revue médicale française et étrangère) ; par M. Lalesque fils ; brochure, in-8o, Paris, 1835.

Grand et nouvel Atlas universel de Géographie ; France, deux feuilles, et Amérique, une feuille ; par M. Berthe ; Paris, 1835, grand aigle.

Bulletin de la Société industrielle de Mulhausen ; no 59, in-8o.

Annales de la Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts d’Orléans ; tome 13, no 6, in-8o.

Annales de la Société d’Agriculture, Arts et Commerce du département de la Charente ; tome 17, no 4, in-8o.

Traité de Médecine pratique, sous la direction de M. Fossone ; 5e livraison, 15 septembre 1835, in-8o.

Bulletin clinique ; par le même ; no 5, in-8o.

Bulletin général de Thérapeutique médicale et chirurgicale ; par M. Miquel ; tome 9, 5me  livraison, in-8o.

Plainte et Éclaircissemens sur un déni de justice ; par M. Peronnaux de Besson, docteur médecin, brochure in-8o, Paris, 1835.

Programme de l’Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux ; in-4o.

Gazette médicale de Paris, no 38.

Gazette des hôpitaux, nos 110-112.

Journal de santé, no 108.



SÉANCE DU LUNDI 28 SEPTEMBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. le Ministre de l’intérieur rappelle qu’il a communiqué à l’Académie un projet de construction, relatif à l’amélioration de la Maison centrale de détention de Limoges. Il demande que la commission chargée de faire un rapport à ce sujet, veuille bien hâter son travail.

M. Leymerie écrit que la disparition de certains oiseaux dans les lieux où règne le choléra, signalée à l’Académie, lundi dernier, par M. Larrey, avait déjà été remarquée à Barcelone, et que l’observation se trouve consignée dans un de ses ouvrages.

M. Scheibler réclame les rapports qu’on lui avait fait espérer sur divers mémoires d’acoustique qu’il a soumis au jugement de l’Académie.

Magnétisme terrestre. — Variations diurnes de l’aiguille aimantée.

M. Gay écrit, du Chili, à M. Arago, qu’il a déjà fait un assez grand nombre d’observations de variations diurnes de l’aiguille aimantée, avec une boussole de M. Gambey à suspension de soie détordue. Lorsqu’on déduit des résultats annoncés par ce voyageur, la manière dont marche, dans les vingt-quatre heures, la pointe de l’aiguille tournée vers le sud, on retrouve, ainsi qu’il était d’ailleurs naturel de s’y attendre, tous les mouvemens que la pointe nord présente dans notre hémisphère. De nombreux tremblemens de terre n’ont altéré le phénomène qu’en faisant osciller momentanément l’aiguille à la manière d’un pendule. M. Gay compte se rendre prochainement à Payta, entre l’équateur magnétique et l’équateur terrestre, et y séjourner assez long-temps pour résoudre définitivement cette question que M. Arago a soulevée : quel est celui de ces deux équateurs le long duquel il n’y a pas de variation diurne de l’aiguille aimantée ?

Physique terrestre.Puits artésien.

M. Héricart de Thury transmet à M. Arago quelques détails sur un nouveau puits artésien que M. Mulot vient de forer à Cangé, sur le Cher, dans une terre de M. Desbassins de Richemont.

Parvenu à 68 mètres (210 pieds) de profondeur, le puits fournissait déjà 600 litres d’eau jaillissante à la minute ;

À 121 mètres (375 pieds), le produit était de 1000 litres ;

À 126 mètres (390 pieds), on obtint 2500 litres ;

Quelques pieds plus bas, le puits vomit plus de 4000 litres d’eau et de sable vert à la minute. C’est plus de 6000 mètres cubes en 24 heures, ou plus de 300 pouces de fontainier.

Art des constructions. — Pont suspendu de Fribourg (Suisse).

Nous sommes heureux qu’un des articles de la correspondance de l’Académie, nous autorise à consigner ici quelques détails sur la construction vraiment remarquable du pont de Fribourg.

La ville de Fribourg est bâtie sur la rive gauche de la Sarine. Cette petite rivière a ses deux bords très escarpés ; leur hauteur au-dessus du lit est d’environ 200 pieds. Les voyageurs qui se rendaient de Berne à Fribourg, avaient donc à descendre une colline de 200 pieds de hauteur pour atteindre un petit pont en bois jeté sur la rivière, et à gravir, immédiatement après, une nouvelle pente de même hauteur pour arriver au centre de la ville. La traversée de Fribourg, en voiture, était alors de près d’une heure.

Ces difficultés, ces retards, semblaient la conséquence irrémédiable des localités, lorsque des esprits hardis imaginèrent qu’il serait possible d’exécuter un pont suspendu qui unirait les sommités des deux côteaux entre lesquels coule la Sarine. Le pont devait passer sur une grande partie de la ville. Ce projet semblait une véritable utopie ; néanmoins, les autorités et des citoyens zélés, pensèrent devoir le soumettre à l’attention des ingénieurs de tous les pays. Divers plans furent présentés. Le gouvernement cantonnal donna la préférence à celui de M. Challey, de Lyon. En définitive, c’est le plan de notre compatriote qui a été exécuté, sous sa direction immédiate.

Les portes, d’ordre dorique, par lesquelles on entre sur le pont, ont 20 mètres (60 pieds) de hauteur totale, avec une élévation de voûte de 13 mètres, sur une ouverture de 6. La largeur de la maçonnerie est de 14 ; son épaisseur de 6. Quoiqu’on n’ait employé dans ces constructions que des blocs très volumineux de roche calcaire dure du Jura, il a paru nécessaire de les unir fortement par des crampons métalliques. Plus de 25000 kilogrammes de fer ont servi à cet usage.

La largeur de la vallée de la Sarine, dans le point où le pont est construit ; ou, si l’on veut, la distance des faces intérieures des portes élevées sur les deux rives ; ou, enfin, car c’est encore la même chose en d’autres termes, la longueur totale du pont est de 265 mètres  (817 pieds ). Tout le monde concevra qu’on ait hésité à franchir une pareille distance d’un seul jet, et que la pensée de soutenir le pont par son milieu, se soit d’abord présentée à l’esprit de M. Challey. Néanmoins, la difficulté d’établir solidement une pile de près de 200 pieds de hauteur, au fond d’une vallée d’alluvion, fit bientôt renoncer à la division projetée. Le pont n’a donc qu’une seule travée : une travée de plus de 265 mètres !

Le plancher est suspendu, par des moyens connus aujourd’hui de tout le monde, à quatre câbles en fil de fer qui passent sur la partie supérieure des deux portes. Chacun de ces câbles se compose de 1200 fils d’environ 3 millimètres de diamètre et de 347 mètres  de longueur. Comme de telles masses auraient été très difficiles à manœuvrer et à tendre, on a placé séparément les élémens dont elles se composent. Leur réunion s’est opérée en l’air, par des ouvriers qui travaillaient suspendus, et, hâtons-nous de le dire, sans qu’il soit jamais arrivé le moindre accident. On a calculé que les quatre câbles réunis, pourraient porter bien près de 3000000 de kilogrammes (60000 quintaux anciens).

Les quatre câbles trouvent leurs points d’attache, sur l’une et l’autre rive, au fond de quatre puits creusés dans la colline. Dans chacun de ces puits, ils traversent une cheminée cylindrique verticale qui unit trois voûtes massives superposées, encastrées elles-mêmes avec un soin infini dans les rochers environnans ; c’est plus bas qu’ils s’amarrent enfin à des blocs de pierre très dure, de deux mètres cubes. Les câbles ne pourraient donc céder qu’en entraînant les poids de ces énormes bâtisses, fortifiées d’ailleurs de toute leur adhérence avec les rochers.

M. Challey commença à se mettre à l’œuvre au printemps de 1832. Il n’amena avec lui, de France, qu’un seul contre-maître habitué à le seconder. C’est donc avec des ouvriers du pays, inexpérimentés ou qui, du moins, n’avaient jamais vu aucun pont suspendu, qu’il se lança dans une entreprise aussi hasardeuse ; et toutefois, le 15 octobre 1834, quinze pièces d’artillerie, attelées de quarante-quatre chevaux et entourées de 300 personnes, traversaient déjà le pont et se portaient en masse, tantôt au milieu et tantôt aux extrémités, sans que l’examen le plus attentif indiquât aucune apparence de dérangement ; et quelques jours après, le passage d’une procession composée de toute la population de Fribourg et des environs, s’effectua avec le même succès, quoique, à chaque instant, le plancher portât plus de 1800 personnes dont un grand nombre marchaient au pas ; et depuis lors, les curieux et les commerçans de tous les pays, ont été joindre le témoignage de leur entière satisfaction à celui des cantons suisses. Ainsi, bien que l’épreuve définitive que le constructeur s’était imposée, celle de charger le plancher de 100 kilogrammes par mètre carré, ne doive avoir lieu qu’en octobre 1835, on peut dire que le pont colossal de Fribourg a été exécuté complétement en deux ans et demi. La dépense totale ne s’est élevée qu’à environ six cent mille francs !

Le seul pont qui, par ses dimensions, puisse être comparé à celui de M. Challey, est le pont dit de Menai ou de Bangor. Il joint l’île d’Anglesea à la côte d’Angleterre. Les plus grands bâtimens passent dessous à pleines voiles. Il a été construit par le célèbre ingénieur Telford. Eh bien ! la longueur totale du pont de Menai n’est que de 167  mètres (516 pieds) : c’est 98 mètres (301 pieds) de moins que le pont de Fribourg.

Le plancher du pont de M. Telford est à environ 32  mètres (100 pieds) du niveau de la haute mer. Celui du pont de M. Challey se trouve à 51 mètres (156 pieds) du niveau de la Sarine.

M. Decandolle, à qui nous avons emprunté les données d’après lesquelles cette notice a été rédigée, a pris, dans la ville de Paris, des termes de comparaison qui font concevoir mieux encore que tous ces nombres, le grandiose de la construction de M. Challey : qu’on se figure un pont d’une seule arche, dont la longueur serait égale à celle de la grille du Carrousel ou, si l’on veut, à la distance de deux guichets correspondans des deux galeries ; qu’on place le plancher à une élévation un peu inférieure à celle des tours de Notre-Dame, ou à 8 mètres plus haut que le sommet de la colonne de la place Vendôme, et l’on aura créé le pont de Fribourg.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Mémoire sur la formation des tables des carrés et des cubes et sur leur emploi dans la multiplication ; par M. Lescure.
(Commissaires, MM. Bouvard, Poinsot, Navier.)

M. Lescure forme la table des carrés des nombres 2, 3, 4, 5, 6, etc., par l’addition de 2, de 3, de 4, etc., termes de la suite des nombres impairs 1, 3, 5, 7, 9, etc. La table des cubes, il l’obtient en additionnant de la même manière la série des multiples de 6, savoir : 0, 6, 12, 18, 24, etc., et en augmentant chaque fois la somme d’une unité. En jetant seulement les yeux sur la formule

,
on concevra comment l’auteur peut réduire la multiplication de par , à l’addition et à la soustraction de ces quantités, et, nous ajouterons, à la division de leur somme et de leur différence par 2.
LECTURES.
Physiologie végétale. — Examen critique d’un passage du Mémoire de M. Hugo Mohl sur la structure et les formes du grain de Pollen ; par M. Mirbel.

En opposition à l’opinion de M. Hugo Mohl, M. Mirbel soutient que les deux ou trois enveloppes du grain de pollen sont des utricules[8], et que l’enveloppe extérieure, pas plus que les intérieures, ne doit être comparée aux enveloppes de l’ovule, ni pour le mode de sa formation, ni pour sa structure finale. Il soutient, en outre, que le végétal se compose tout entier d’une masse utriculaire, l’utricule étant le seul élément constitutif dont nous puissions reconnaître l’existence au moyen de l’observation directe ; et que, par conséquent, c’est sans preuve suffisante que M. Mohl avance que la membrane végétale est formée, non pas uniquement de rudimens d’utricules, mais en outre d’une matière gélatineuse qui unit ces rudimens les uns aux autres, et qui constitue presque toute la partie compacte de certains végétaux d’un ordre inférieur, tandis qu’elle se réduit presqu’à rien dans les plantes d’un ordre plus élevé. C’est l’examen de ces deux points qui fait le sujet du mémoire de M. Mirbel.

Selon lui, M. Hugo Mohl se trompe quand il croit pouvoir distinguer de l’utricule ordinaire l’enveloppe extérieure du grain de pollen, par la présence dans celle-ci de points saillans, petits mamelons quelquefois épars, mais d’autres fois si pressés les uns contre les autres, que le fond de la membrane disparaît totalement. « Ces mamelons, dit-il, sont visibles sur les parois des utricules ou des tubes d’un grand nombre de végétaux ; témoin les utricules allongées du bois du Gingko biloba, et les tubes latexifères de l’écorce du Nerium oleander ; et il s’en faut bien d’ailleurs que ces mamelons, dans lesquels M. Mohl voit des rudimens d’utricules, soient toujours présens sur l’enveloppe extérieure du grain de pollen.

» On répondra, peut-être, ajoute M. Mirbel, que s’il est vrai qu’il y ait des mamelons sur les utricules comme sur l’enveloppe extérieure du pollen, ce n’est pourtant que dans la substance de celle-ci que se manifeste quelquefois l’existence d’une formation utriculaire. » Cet argument est sans force aux yeux de l’auteur, qui assure que dans le Riccia glauca, et beaucoup d’autres espèces cryptogames, la plupart des utricules formant la masse de l’ovaire, réunies d’abord en tissu, se désagrègent ensuite, et passent de l’état simple à l’état composé ; c’est-à-dire que leur paroi membraneuse, mince et compacte, se change en une membrane épaisse, formée de petites utricules ajustées symétriquement côte à côte.

Mais que doit-on penser des grains ou mamelons des membranes ? « Je les crois, dit l’auteur, de même nature que les filets, les bandes, les anneaux qui souvent font partie des utricules et des tubes, ou les constituent en entier ; et cette façon de voir n’est pas incompatible avec l’idée que les mamelons sont, ainsi que M. Mohl l’assure, un commencement de formation utriculaire. M. Purkinje a écrit en 1830 que si ses yeux ne l’ont pas abusé, il a reconnu parfois l’existence d’un canal dans les filets qui composent la seconde couche utriculaire des valves d’un grand nombre d’anthères. Ce soupçon est justifié par le fait que voici. Observant il y a quelque temps les tubes annulaires du centre de la tige du Nerium oleander, dans chaque anneau situé horizontalement par rapport à mon œil, aux deux points latéraux diamétralement opposés où finissait la moitié antérieure d’un anneau et commençait la moitié postérieure, je vis l’apparence d’un orifice. Cependant, comme cette vision m’arrivait à travers la substance de l’anneau, je suspendis tout jugement. Mais à peu de jours de là, le hasard m’ayant livré une coupe qui passait tout juste par l’axe d’un tube annulaire, les deux bouts de chaque moitié postérieure m’offrirent cette fois, avec divers accidens, un orifice si bien éclairé et si nettement circonscrit par une paroi de notable épaisseur, que force fut que je reconnusse que les anneaux étaient creux. Ce nonobstant, je ne prétends pas que partout où se trouvent des anneaux, des bandes, des filets, des mamelons, il y ait de nécessité des cavités internes qui y correspondent. Ici sans doute, comme ailleurs, il n’est pas rare que pour des organes de même origine, la nature, dans telles espèces, arrête la forme définitive à un point qu’elle dépasse plus ou moins dans d’autres espèces. »

M. Mohl, comme on l’a vu précédemment, admet dans la structure végétale, deux substances différentes, savoir : des grains de nature celluleuse (ce sont les mamelons qui couvrent les membranes), et une matière gélatineuse qui enchasse les grains et leur donne une base membraneuse. Selon M. Mirbel, la meilleure réfutation de cette opinion, laquelle, si elle était fondée, renverserait sa théorie de la Monorgagénie végétale, est la preuve directe que la substance dont est formée la paroi utriculaire, suffit à tout et que la place manque pour l’emploi de la substance gélatineuse. Pour obtenir cette démonstration, il fit enfoncer en terre une bouture de racine de Maclura aurantiaca, jusqu’à 2 lignes au-dessous de la coupe supérieure, et elle fut recouverte d’une petite cloche de verre. Huit jours après, il vit suinter de la coupe supérieure entre l’écorce et le bois, une matière qui était évidemment du cambium. Dans les jours suivans, le cambium forma tout autour du bois un petit bourrelet blanchâtre, ferme, inégal, mamelonné, frangé. Examiné au microscope, ce bourrelet offrit des utricules incolores, diaphanes, remplies d’air, entassées les unes sur les autres et réunies en un tissu continu. Nul indice d’utricules allongées ou de tubes, qui sont également des utricules allongées, n’apparaissaient encore. La double paroi, limite respective des utricules contiguës, était si mince que sa tranche, sous les plus fortes lentilles, ne laissait voir qu’une ligne noire d’une extrême finesse. Là, certainement, dit l’auteur, point d’espace pour loger la matière gélatineuse. Le bourrelet circulaire s’accrut incessamment par l’advention d’utricules naissantes qui surmontèrent les vieilles ou s’interposèrent entre elles ; et bientôt, à la surface de cette masse utriculaire parurent de petites taches verdâtres qui correspondaient dans l’intérieur, à des traces de même couleur partout où se formèrent des utricules allongées ; et la couleur n’était point dans la substance de la paroi des utricules, mais dans une matière granuleuse que renfermaient les utricules. Peu ensuite, les taches verdâtres superficielles prirent une teinte plus intense, et le tissu qu’elle colorait fit saillie et s’élargit en petites lames diversement découpées qui n’étaient autre chose que d’imparfaites productions foliacées ; et incontinent, il se forma dans la masse, des trachées qui se prolongèrent vers la base des ébauches de feuille auxquelles succédèrent graduellement des productions de même ordre, se rapprochant de plus en plus de la forme normale.

M. Mirbel observe que le mode de formation du tissu végétal, dans toutes les espèces où il lui a été possible d’en suivre les progrès, ne diffère pas essentiellement de celui-ci.

« La réfutation que l’on vient d’entendre, dit-il en terminant, n’atteint, si tant est qu’elle porte coup, que la moindre partie d’un grand travail rempli de faits neufs et intéressans. Je me hâte de le déclarer, pour qu’on sache bien que dans cet écrit de M. Hugo Mohl, comme dans tous ceux que nous devons à ce phytologiste, je retrouve l’habile, le judicieux, le consciencieux observateur. »

Botanique. — Sur la naturalisation du Nelumbium speciosum de l’Inde, dans le midi de la France ; par M. Raffeneau-Delile, professeur de la faculté de Médecine de Montpellier.
(M. Delile étant correspondant de l’Académie, il n’a pas été nommé de commissaires pour son Mémoire.)

Le Nelumbium speciosum est aujourd’hui, dit M.  Delile, une plante sacrée à la Chine, au Japon, dans l’Indoustan. On l’y regarde comme un emblême du monde sortant du sein des eaux. L’ancienne Égypte comptait le nélumbium parmi ses produits : il y croissait dans les lacs, dans les canaux. Ses feuilles qui, suivant Théophraste, avaient la forme et la grandeur des chapeaux thessaliens, servaient de plats et de gobelets, et par cette raison, les boutiques d’Alexandrie en étaient bien pourvues. Maintenant la plante ne se retrouve plus vivante sur les bords du Nil. On ne l’y voit que sur les médailles et parmi les hiéroglyphes.

Les jeunes fruits et les fleurs du nélumbium composent, dit M. Delile, la couronne de l’Antinoüs grec-égyptien. Ils sont aussi sculptés sur la base de la statue du Nil à Rome et sur celle de la même statue au jardin des Tuileries à Paris.

Le nélumbium était connu des Romains. Quand Celse, le médecin, parle de fèves d’Égypte, c’est, suivant M. Delile, cette plante qu’il a en vue.

Jusqu’ici le nélumbium n’avait fleuri en Europe que dans quelques serres chaudes de la Grande-Bretagne. Eh bien ! à Montpellier, sa végétation en plein air a si bien réussi, par les soins de M. Delile, qu’on espère obtenir des graines. Les plus grandes feuilles ont acquis 50 centimètres de largeur ; le diamètre des fleurs a été jusqu’à 30 centimètres (11 pouces). Pour prospérer ainsi, la plante a besoin d’être abritée des ouragans et d’un soleil trop vif.

Le nélumbium est principalement intéressant en Botanique, par la singularité de son fruit : il ressemble, en effet, à une pomme d’arrosoir ou à un guêpier. La plante ne présente, dans son organisation, ni stomate ni raphide : elle donne un suc laiteux quand on la rompt ou quand on écaille ses nervures. La face supérieure des feuilles est d’un velouté extrêmement fin, sur lequel l’eau coule en gouttelettes.

M. Delile, pendant la lecture de son Mémoire, avait placé sous les yeux de l’Académie, un tableau à l’aquarelle de M. Charles Node, de Montpellier, qui représente les fleurs et les feuilles du nélumbium, de grandeur naturelle.

Zoologie. — Mémoire sur les Ptéropodes, par M. d’Orbigny.
(Le mémoire devant paraître sous peu de jours, il n’a pas été nommé de commissaires.)

Après avoir parlé de la valeur de ce groupe, qu’il considère comme très naturel et surtout comme très heureux, M. d’Orbigny annonce qu’il a été assez heureux pour rencontrer, dans ses longs voyages, presque toutes les espèces de Ptéropodes connues jusqu’à ce jour et beaucoup d’autres nouvelles.

Les Ptéropodes se trouvent depuis la zone torride jusqu’aux régions polaires. Tous sont nocturnes ou crépusculaires ; l’auteur rapporte les observations qu’il a faites sur le moment et la durée de leur apparition à la surface des eaux. La mer lui parut toujours limpide et claire pendant le jour ; mais il la voyait se couvrir peu à peu de myriades de Ptéropodes, de beaucoup d’autres mollusques, de crustacés et de zoophytes pendant l’affaiblissement graduel de la lumière crépusculaire : déserte naguère, elle était bientôt animée par des milliers d’êtres nageant diversement à sa superficie.

M. d’Orbigny s’est demandé pourquoi ces animaux se montrent la nuit seulement, à divers degrés d’obscurité et toujours à des heures fixes pour les différentes espèces ; pourquoi ils disparaissent entièrement le jour. Il conclut de la différence des heures auxquelles chaque espèce arrive à la surface, et de la différence d’intensité de la lumière dont elles semblent avoir besoin, qu’elles habitent à différentes profondeurs.

L’auteur combat l’idée mise en avant par M. Rang, que les Ptéropodes vont à la surface des eaux pour se nourrir ou pour respirer. Ce ne peut être pour se nourrir, car devant y trouver même abondance d’alimens au commencement ou à la fin de la nuit, pourquoi se retireraient-ils peu de momens après leur apparition ? Ce ne peut être pour respirer, car ils n’ont que des branchies pour organes respiratoires ; or, s’ils respiraient tout le jour au sein des eaux par des branchies, pourquoi iraient-ils chaque soir respirer à la surface ? Après avoir repoussé ces deux solutions du problème, M. d’Orbigny explique l’évolution journalière des Ptéropodes, par le besoin qu’éprouvent ces animaux d’aller chercher un degré de lumière analogue à celui dont l’absence du soleil les a privés dans leurs demeures habituelles, et par le besoin non moins pressant de regagner les mêmes régions, dès qu’arrivés à la surface des eaux ils se sentent trompés dans leur attente.

M. d’Orbigny ne croit pas que l’absence d’yeux dans les Ptéropodes renverse sa théorie, attendu, dit-il, que beaucoup d’animaux sont sensibles à la lumière quoique privés de l’organe de la vue.

Les Ptéropodes que M. d’Orbigny a observés ne vont jamais sur les côtes : ils restent constamment dans des zones déterminées. À l’appui de son opinion, l’auteur présente un tableau dont il résulte : 1o. que sur les vingt-neuf espèces qu’il a vues, quatorze se trouvent dans tous les grands océans tempérés, onze dans l’océan atlantique seulement, quatre dans le grand océan ; 2o. que de ces mêmes espèces, certaines occupent, dans les mers, une zone de 55° au nord, et de 55° au sud de la ligne, ou de 2200 lieues marines, sur toute la circonférence du globe ; d’autres, des zones moindres, mais cependant encore très étendues ; 3o. enfin que dix-sept espèces sont tout-à-fait nocturnes et onze crépusculaires seulement.

Les Ptéropodes nagent d’une manière élégante en papillonnant au sein des eaux, avec une promptitude extraordinaire. Ils sont plus nombreux en espèces et en individus sous la zone torride que dans les autres. Considérées géographiquement, les Hyales appartiennent aux mers chaudes et tempérées, et sont plus nombreuses en individus que tous les autres genres ensemble.

M. d’Orbigny termine son mémoire en établissant que les Ptéropodes montent à la surface des eaux non-seulement dans les calmes, comme on l’a cru jusqu’à présent, mais régulièrement toutes les nuits, quelque temps qu’il fasse. Il avoue que la science est encore peu avancée sur leur mode de reproduction.

Statistique.Essai sur les lois de la mortalité et de la population en France ; par M. Firmin Demonferrand.
(Commissaires, MM. Poisson, Mathieu, Dupin)

Le travail de M. Demonferrand, comme celui de ses prédécesseurs, se fonde sur les feuilles du mouvement de la population, qui tous les ans sont adressées au ministère de l’intérieur ; seulement, au lieu d’employer ces feuilles en bloc et sans examen, l’auteur du Mémoire les a soumises à diverses vérifications. Des erreurs nombreuses ont été ainsi découvertes. M. Demonferrand a mis de côté tous les documens erronés ; et comment, en effet, aurait-il pu hésiter, lorsque beaucoup de feuilles sont évidemment le fruit de l’imagination des employés de préfectures ; lorsque d’autres sont ou exactement, ou avec de légères modifications, la reproduction de feuilles antérieures ; lorsque, dans les tableaux de la Corse, de 1817 à 1831 ; des Landes, de 1820 à 1833 ; de la Nièvre, pour 1815-16-23-24-25-26-27-28 ; des Basses-Pyrénées, pour 1828-29-30-31-32, on trouve plus de décès de 9 à 10 ans, que de 10 à 15 ; etc., etc., etc. M. Demonferrand a eu à sa disposition les listes de recrutement par département, qui lui ont été fournies au ministère de la guerre pour les treize années consécutives comprenant la période de 1820 à 1832 ; il a aussi fait usage des tableaux des recensemens de 1820 et de 1831.

En 1831, la population de la France se composait :

De 15 947 211 hommes
Total 
32 560 934.
De 16 613 723 femmes

La population moyenne de 1817 à 1832 a été, suivant les calculs de M. Demonferrand :

De 15 245 919 hommes
Total 
31 322 000.
De 16 076 081 femmes

La période de 15 années, depuis le 1er janvier 1817 jusqu’au 31 décembre 1831, a donné un total de :

5 952 352 décès masculins,
et de 5 840 937 décès féminins.

Voici, définitivement, suivant l’auteur du Mémoire, le

Tableau des nombres moyens de décès annuels, par âge et par sexes, pour la période de 1817 à 1832.


Pour voir ce tableau en grand format, cliquer ici.



« En jetant les yeux sur ce tableau, dit M. Demonferrand, on est d’abord frappé de la grande supériorité numérique des décès masculins sur les féminins dans l’enfance ; le rapport des deux mortalités est pour la première année  ; au contraire, depuis vingt-sept ans jusqu’aux limites de la vie, les décès féminins sont plus nombreux que les décès masculins.

» À l’âge de la puberté, ajoute l’auteur, de 13 à 18 ans, les décès des filles sont plus nombreux que ceux des garçons ; mais pour ces derniers la période de 19 ans à 27 est très dangereuse. La même époque présente une élévation dans le chiffre des décès féminins, mais beaucoup moindre proportionnellement. À partir de ce maximum, le nombre des décès reste à peu près constant dans les deux sexes jusqu’à 40 ans ; il augmente ensuite graduellement jusqu’à 74 ans, terme à partir duquel le nombre des décès décroît sans interruption, parce que le danger de mourir dans l’année augmente moins rapidement que la population ne diminue. »

NOMINATIONS.

M. Dumas, actuellement absent de Paris, sera remplacé par M. Chevreul dans la commission nommée, sur la demande du Ministre de l’Intérieur, pour analyser les eaux de Bordeaux. Cette commission ayant à examiner aussi diverses questions d’hydraulique, s’adjoindra MM. Girard et Poncelet.

M. Robiquet est prié de se réunir aux commissaires qui doivent faire un rapport sur le projet de maison centrale de détention de Limoges.

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 8, in-4o.

Mémoire sur J. Napier de Merchiston, contenant sa généalogie, sa vie, le tableau du temps où il a vécu, et une histoire de l’invention des logarithmes, par Mark Napier ; par M. Biot. (Extrait du Journal des Savans, in-4o.)

Notice sur l’Épidémie du Choléra-Morbus indien de 1835, par M. le baron Larrey ; in-4o.

Esamene Critico di Agostino Capello sopra la officiale relazione del Corso e degli effetti del Cholera-Morbus in Parigi, etc. ; Rome, 1835, in-8o.

Proceedings of the Geological Society of London ; vol. 11, no 39.

Table of comparative weights of all the principal commercial Towns in the World ; by M. Ch. Bellati, of Milan.

The aboriginal portofolio, no 1 ; publié à Philadelphie, par M. J.-O. Lewis ; 1835, in-folio.

Antiquités mexicaines : Relation des trois expéditions du capitaine Dupaix, etc. ; tome 1er, livraison 4–10, in-folio.

Herbarium Pedemontanum ; par M. Aloyso Colla ; volumes 3 et 4, in-8o, et le premier volume de planches, in-4o, Turin, 1834–1835.

Des dents et os fossiles et de leur gissement dans la contrée de Georgensmünd, en Bavière ; par M. le docteur Meyer ; 1834, in-4o, en allemand, Francfort-sur-Mein.

Essai sur les Pétrifications-Mammifères fossiles ; par le même, in-4o, en allemand.

Sur les Restes fossiles de bœuf ; par le même, in-4o, en allemand.

Nouvelles astronomiques de M. Schumacher ; no 283, in-4o, en allemand.

Douzième Congrès scientifique à Stuttgard, pendant l’automne de 1834 ; par M. le professeur Fée ; Strasbourg, in-8o.

Maître Pierre, ou le Savant de village (entretiens sur la Botanique) ; par le même ; Strasbourg, 1835, in-16.

Nouvelles recherches sur les secours à donner aux noyés et asphyxiés ; par M. le docteur Marc ; Paris, 1835, in-8o.

Histoire naturelle et Iconographie des insectes coléoptères ; par MM. le comte de Castelnau et Gory ; 1re livraison, Paris, 1835, in-8o.

Traité élémentaire d’Histoire naturelle ; par MM. Martin Saint-Ange et Guérin ; 21me livraison, in-8o.

Rapports sur les Papiers dits de sûreté de M. Mozard, faits à la Société libre d’émulation de Rouen ; par M. Girardin ; Rouen, 1835, in-8o.

Lettre de M. Coste à M. Raspail, sur l’Embryogénie ; brochure in-8o.

La Comète de Halley. Extraits de la Notice historique de M. Litrow ; par M. J.-A. Darlu ; Meaux, 1835, in-8o.

Petit Cours d’Astronomie, ou courte Exposition du vrai système du monde ; par M.  Demonville ; Paris, 1835, in-8o.

Annales de la Société entomologique de France ; tome 4, 2e trimestre ; 1835, in-8o.

Bulletin de la Société géologique de France ; tome 6, feuilles 12–14, 1835, in-8o.

Gazette médicale de Paris, no 39.

Gazette des hôpitaux, nos 114 et 115.

Journal de santé, no 109.



SÉANCE DU LUNDI 5 OCTOBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. LACROIX.



CORRESPONDANCE.

M. Adolphe Nativelle adresse un échantillon de sulfate de quinine, qu’il dit avoir obtenu sans alcool, et par un procédé simple et peu dispendieux.

M. de Vincens écrit, relativement aux recherches de M. Valz sur le changement de volume qu’éprouvent les comètes en s’approchant du soleil.

M. Francou adresse une nouvelle édition manuscrite de son ouvrage sur l’Art du Bottier. Elle est renvoyée à l’examen de la Commission qui a déjà rendu compte de la première.

Physique. Propriétés de l’acide carbonique liquide ; par M. Thilorier.

(Les Commissaires nommés pour une première communication de l’auteur, étaient MM. Dulong, Becquerel et Dumas ; vu l’absence de ces deux derniers, MM. Arago et Thénard sont nommés à leur place.)

Voici le texte même de la Note de M. Thilorier.

« En-deçà des parois du tube de Faraday, dit-il, est un monde chimique nouveau dont les phénomènes sont tout-à-fait imprévus : pour ne parler ici que de l’acide carbonique liquéfié, les propriétés qui lui sont communes avec les liquides permanens, la dilatation, la vaporisation, etc., sont comme agrandies et amplifiées, et se développent sur une échelle véritablement gigantesque.

» Dilatation. Ce gaz liquéfié présente le fait étrange et paradoxal d’un liquide plus dilatable que les gaz eux-mêmes ; de 0° à +30° centigrades, son volume s’augmente de 20 à 29 : c’est-à-dire qu’à +30° centigrades, la quantité dont le volume s’est accru est égale, à peu de chose près, à la moitié du volume que ce liquide présentait à 0° ; en un mot, sa dilatation est quatre fois plus grande que celle de l’air, qui de 0° à +30° centigrades, ne se serait dilaté que de , tandis que la dilatation de l’acide carbonique liquide, ramenée à la même échelle, est de .

» Vaporisation. Si l’on élève la température d’un tube renfermant une tranche d’acide carbonique liquéfié, ce liquide entre en ébullition, et l’espace vide qui existe au-dessus du liquide est saturé d’une quantité de vapeur d’autant plus grande que la température est plus élevée. À +30° centigrades, la quantité de liquide à 0°, nécessaire pour saturer l’espace vide, est représentée par une tranche de liquide égale au tiers de l’espace dans lequel s’est opérée la vaporisation. À 0° la tranche du liquide de saturation est seulement du de l’espace saturé.

» Pression. De 0° centigrade à +30°, la pression de la vapeur fournie par le gaz liquéfié s’élève de 36 atmosphères à 73 : ce qui donne une atmosphère d’augmentation pour chaque degré centigrade. Une observation essentielle, c’est que le poids ou la densité de la vapeur s’accroît dans une proportion beaucoup plus grande que la pression, et que la loi de Mariotte n’est plus applicable dans les limites de la liquéfaction : si l’on prenait pour base de la pression, la densité de la vapeur, la pression à +30° centigrades serait égale à 130 atmosphères, tandis que le manomètre n’accuse réellement que 73 atmosphères.

» Effets thermoscopiques. Si l’on soumet à l’action de la chaleur un tube de verre renfermant une tranche de liquide et une tranche de gaz, il se passera deux effets contraires.

» 1o. Le liquide augmentera par la dilatation ;

» 2o. Le liquide diminuera par la vaporisation.

» Les effets thermoscopiques seront très différens, selon que la tranche liquide sera plus grande ou plus petite que la tranche gazeuse ; ou la liqueur renfermée dans le tube se dilatera, ou la liqueur se contractera, ou la liqueur restera stationnaire.

» Ces anomalies m’ont fourni le moyen de vérifier les nombres que les précédentes recherches m’avaient donnés sur la dilatation et la vaporisation. D’après ces nombres, le point d’équilibre au-dessus duquel le liquide augmente et au-dessous duquel il diminue par l’addition de la chaleur, résulte d’une proportion telle de vide et de plein, qu’à zéro la tranche de liquide occupe les  du tube entier. Si le liquide occupe, à 0°, le tiers du tube, on a un thermomètre rétrograde dont la liqueur augmente par le froid et diminue par la chaleur. Si le liquide occupe, à 0°, les deux tiers du tube, on obtient un thermomètre normal, c’est-à-dire dans lequel la liqueur augmente et diminue d’après les lois de la dilatation. La marche de ce thermomètre est limitée aux +30° centigrades ; car à cette température le tube se trouve en entier rempli par le liquide.

» Un thermomètre de cette nature, dans le cas où il s’agirait de constater une température au-dessous de +30° centigrades, celle des caves, par exemple, aurait un grand avantage sur les instrumens thermométriques ordinaires.

» On a constaté que les thermomètres subissent, avec le temps, une altération qui ne permet pas de les consulter avec certitude à un intervalle de temps un peu long, à cause du déplacement de l’échelle et de l’élévation progressive du zéro. Cette altération, qui est due à la forme même de l’instrument, dont le réservoir est une boule soufflée au chalumeau et susceptible de retraite, ne saurait avoir lieu dans un thermomètre tubulaire.

» Pesanteur spécifique. — Le gaz liquéfié, dont la pesanteur spécifique à 0° est de 0,83 (l’eau étant prise pour unité), présente le phénomène unique d’un liquide qui de −20° à +30° centigrades, parcourt l’échelle des densités depuis 0,90 jusqu’à 0,60.

» Action de l’acide carbonique sur les corps extérieurs. — L’acide carbonique liquéfié, en tant que liquide, est absolument insoluble dans l’eau, avec laquelle il ne se mêle pas, et au-dessus de laquelle il se place à son ordre de densité. Il en est de même pour les huiles grasses.

» Il est soluble en toute proportion avec l’alcool, l’éther, l’huile de naphte, l’huile essentielle de térébenthine et le carbure de soufre.

» Il est décomposé, à froid, avec effervescence par le potassium ; il n’exerce aucune action sur les métaux des six dernières classes ; il n’attaque pas sensiblement le plomb, l’étain, le fer, le cuivre, etc.

» Refroidissement produit par l’acide carbonique liquéfié, dans le passage subit et instantané de l’état liquide à l’état gazeux. — Lorsqu’on dirige un jet d’acide carbonique liquide sur la boule d’un thermomètre à alcool, il s’abaisse rapidement jusqu’à −9° centigrades. Mais les effets frigorifiques ne répondent pas à cet abaissement de température, ce qui s’explique par le défaut presque absolu de conductibilité et le peu de capacité calorique des gaz ; ainsi l’intensité ou la tension du froid est énorme, mais la sphère d’activité est bornée en quelque sorte au point de contact ; la congélation du mercure n’a lieu que pour des quantités fort petites, et si l’on expose le doigt au jet du liquide, on éprouve bien une sensation de brûlure très vive, mais l’effet se borne en quelque sorte à l’épiderme.

» Si les gaz ont peu d’efficacité dans la production du froid, il n’en est pas de même des vapeurs, dont la conductibilité et la capacité caloriques sont beaucoup plus grandes. J’ai donc pensé que si un liquide permanent, l’éther, par exemple, pouvait être mis dans les mêmes conditions d’expansibilité que les gaz liquéfiés, on obtiendrait un effet frigorifique beaucoup plus grand que celui qu’on obtient par le moyen de l’acide carbonique liquéfié. Pour atteindre ce résultat, il s’agissait de rendre l’éther explosible, ce que j’ai facilement obtenu par un mélange d’éther et d’acide carbonique liquide. Dans cette combinaison intime des deux liquides, qui se dissolvent l’un dans l’autre en toute proportion, l’éther a cessé d’être un liquide permanent sous la pression atmosphérique ; il est devenu expansible comme un gaz liquéfié, tout en conservant ses propriétés comme vapeur, c’est-à-dire la conductibilité et la capacité pour le calorique.

» Les effets produits par un chalumeau alimenté par l’éther explosible sont remarquables : peu de secondes suffisent pour congeler 50 grammes de mercure dans une capsule de verre. Si l’on expose son doigt au jet qui s’échappe de ce véritable chalumeau de froid, la sensation est tout-à-fait intolérable, et semble s’étendre beaucoup plus loin que le point en contact avec le jet de liquide.

» Je me propose de remplacer l’éther par le carbure de soufre, et il est à croire que les effets obtenus seront encore plus grands. »

RAPPORTS.
Recherches de Statistique sur l’affection calculeuse, par M. le docteur Civiale.
(Commissaires, MM. Poisson, Dulong, Larrey, et Double rapporteur.)

« Les calculs de la vessie sont pour l’espèce humaine et plus encore pour les individus du sexe masculin, une des maladies les plus intolérables dont la vie ait été empoisonnée. Indépendamment des douleurs et des dangers du mal, des douleurs et des dangers du traitement, il est encore certaines sensations morales, des dispositions contristantes de l’âme, qui en sont inséparables, et qui viennent ajouter à un si pénible état une complication plus ou moins fâcheuse.

» Le travail de M. Civiale sur cette matière, dont nous sommes chargés de rendre compte aujourd’hui, a pour objet d’appliquer la méthode numérique à la plupart des questions relatives aux affections calculeuses.

» Comme élémens de ses recherches, M. Civiale a réuni, à force de peine et de soins un grand nombre de tableaux dressés parmi des populations diverses, dans les principales villes, et au sein des plus grands hôpitaux de l’Europe.

» L’analyse de ces tableaux, faite par M. Civiale, lui a fourni les moyens de confirmer ou de rectifier, à l’aide de données numériques, plusieurs des résultats de pathogénie générale indiqués déjà par l’induction ou par les résumés les plus précis de l’observation clinique. Nous en signalerons quelques-uns à l’Académie, afin de la mettre mieux à même d’apprécier, par son propre jugement, l’important travail de M. Civiale.

» On avait été assez enclin à penser jusqu’à aujourd’hui que dans certaines familles les parens communiquaient à leurs enfans une disposition organique en vertu de laquelle ceux-ci devenaient plus aptes que d’autres à contracter la pierre ; et l’on avait voulu déduire de là l’hérédité de cette maladie.

» Sur ce point, des faits, en assez grand nombre, attestent, il est vrai, que des enfans de calculeux ont été atteints à leur tour de la pierre ; mais les faits de cette catégorie ont pour antagonistes puissans les faits bien plus nombreux encore de la catégorie contraire. Dans les premiers cas, d’ailleurs, on trouve cette considération pressante que la maladie a pu se développer chez les enfans sous l’influence des mêmes circonstances qui l’avaient produite d’emblée chez les parens ou les aïeux et conséquemment en dehors de toute voie héréditaire. Du reste, pour éclairer autant qu’il est désirable cette question, il faudrait pouvoir mettre en regard et sur une grande échelle la proportion relative des calculeux dont les parens ont eu la pierre et le nombre proportionnel des calculeux de la condition opposée ; mais les données manquent à de tels éclaircissemens.

» Les calculs de la vessie, on le sait depuis long-temps, sont infiniment moins fréquens chez les femmes que chez les hommes. Chez les femmes aussi, les chances de succès après l’opération, sont bien plus favorables. Les résultats de nombre obtenus à cet égard tendent à prouver que sur une quantité égale d’opérations, on perd moitié moins de femmes que d’hommes.

» L’étude approfondie des causes capables de produire la pierre infirme les nombreuses assertions émises par rapport à l’influence de divers alimens et de certaines boissons que l’on s’était trop hâté de proclamer aptes à engendrer la maladie. Quelles que soient les recherches, tout est obscurité, tout reste incertitude à cet égard.

» Les rapports numériques établis quant aux principales époques de la vie que cette maladie afflige plus spécialement, apprennent que plus de la moitié des calculeux n’ont pas dépassé la 14e année de leur âge : dans les hôpitaux de Lyon, dit Poutéan, on taille sept à huit enfans contre un adulte. Cette proposition n’est cependant pas vraie dans toutes les localités. Tandis qu’on la trouve portée jusqu’à la plus convaincante démonstration pour le Wurtemberg, pour les montagnes de la Lorraine et du Barrois, pour le versant des Alpes qui confine à l’Italie, pour quelques comtés de l’Angleterre, etc., il semble au contraire que dans d’autres localités, et, par exemple, dans les pays très chauds ou très froids les adultes et les vieillards soient plus exposés à cette affection. Ajoutons que partout les enfans calculeux appartiennent presque exclusivement à la classe indigente, tandis que les calculeux, tant adultes que vieillards, se trouvent assez également répartis entre les diverses classes de la société. Presque toujours aussi les enfans sont exempts des lésions génito-urinaires qui affligent si cruellement les calculeux des autres âges.

» Si l’on recherche dans les tableaux que nous avons sous les yeux la manière dont se comportent les diverses professions de la vie sociale, soit pour être en aide, soit pour faire obstacle au développement de la pierre, on ne parvient à aucun enseignement explicite, on n’arrive à nul résultat concluant. On trouve en effet que la maladie a été rencontrée à peu près également sur des individus appartenant à tous les états ; et cela en raison de la population relative des différentes professions. Sans doute, on compte un plus grand nombre de calculeux dans les classes malaisées ; mais c’est que d’une part ces classes sont par malheur les plus nombreuses ; et d’autre part, c’est malheureusement aussi sur ces classes que pèsent davantage toutes les charges de la vie matérielle, les maladies surtout.

» Les conclusions auxquelles M. Civiale est arrivé, quant aux professions, deviennent à peu près les conclusions qui se rapportent à l’influence des climats. Les calculs de la vessie ont été observés d’une manière presque égale dans tous les pays. Les assertions contrairement émises se trouvent entachées d’exagération ou de fausseté. Il est vrai que plusieurs circonstances, ou inaperçues ou mal appréciées, ont pu contribuer à propager cette erreur. Il suffit que par un motif quelconque l’attention générale soit plus vivement portée là ou là sur une maladie pour que sur ce point les exemples qui en sont mis en évidence prennent un notable accroissement. Du vivant de l’illustre lithotomiste Raw, par exemple, on pouvait croire que la pierre était une maladie très commune en Hollande, d’après le nombre considérable d’opérations qui se faisaient alors à l’hôpital d’Amsterdam. Après la mort de Raw, le nombre des opérés diminua de plus de moitié ; et ce nombre se trouve réduit aujourd’hui à un tiers environ. C’est ainsi que les grandes et utiles institutions qui se sont tant multipliées sous nos yeux en faveur des aliénés, et que les nombreux établissemens créés pour le traitement des déviations de la taille ont révélé un grand nombre de maladies de ce genre qui seraient restées inaperçues sans cela.

» Plusieurs autres déductions pratiques non moins curieuses semblent naître du dépouillement des faits accumulés dans les tableaux qui nous occupent.

» La matière calculeuse qui s’agglomère dans la vessie sous l’influence d’un catarrhe chronique ou de quelque autre maladie prolongée des organes génito-urinaires, se compose le plus souvent de phosphates calcaires, ou de phosphates ammoniaco-magnésiens. Toutefois, il faut bien reconnaître aussi qu’à leur tour les calculs donnent également naissance au catarrhe et à d’autres maladies de la vessie, ce qui infirme jusqu’à un certain point la valeur apparente de cette proposition.

» Les récidives de la pierre sont fort communes, et cela, quelle qu’ait été la méthode opératoire mise en pratique. Ces récidives, on les avait déjà proclamées fréquentes long-temps avant la découverte de la lithotritie. C’est plus particulièrement chez les personnes atteintes de catarrhe chronique, ou de quelque autre lésion durable soit de la vessie, soit de la prostate, que l’on observe ces récidives. Or M. Civiale affirme que les maladies de la vessie et de ses annexes cessent plus vite et d’une manière plus tranchée après les procédés de la lithotritie, qu’à la suite des manœuvres de la taille. M. Civiale ajoute qu’il y a toujours plus ou moins de danger à répéter l’opération de la cystotomie, tandis qu’il n’y en a presque point à réitérer la lithotritie.

» M. Civiale avance encore que la vessie, par le double fait de la présence et du séjour de la pierre, peut se trouver dans deux états organiques opposés. Tantôt il y a hypertrophie des parois avec diminution de la capacité ; tantôt, au contraire, il existe une véritable atrophie, un amincissement réel des parois, avec augmentation de la cavité de l’organe.

» Mais c’est surtout le parallèle des méthodes à l’aide desquelles on attaque et l’on détruit les calculs vésicaux qui a préoccupé M. Civiale ; et c’est aussi dans cette partie capitale de son travail que nous le suivrons avec plus d’attention.

» On résumerait assez exactement, dans trois méthodes générales, l’ensemble des moyens que l’on a successivement opposés aux progrès de cette cruelle maladie. Alors chacune de ces méthodes, identique quant au but, admettrait cependant diverses séries de procédés qu’il ne nous est pas donné d’énumérer ici.

» Première Méthode. — On a tenté en vain, il est vrai, jusqu’à présent, de dissoudre les calculs dans la vessie par l’action de prétendus lithontriptiques indirects ou directs, généraux ou locaux.

» Deuxième Méthode. — On a cherché à débarrasser les malades de leurs calculs au moyen d’incisions, de sections, souvent fort variées, mais toujours par voie de diérèse ou par opération avec instrumens tranchans.

» Troisième Méthode. — On a extrait les calculs à travers le canal de l’urètre sans nulle incision, et le plus souvent à l’aide d’un brisement mécanique préalable.

» La première méthode, celle qui aurait pour but de dissoudre les calculs dans la vessie par des agens empruntés à la physique, à la chimie ou à la matière médicale, M. Civiale ne l’a point abordée, et ce silence, nous nous garderons bien de lui imputer à blâme. Nous dirons cependant ici qu’à la fin de son travail, M. Civiale jette en passant quelques lignes de réprobation et comme de mépris sur les efforts scientifiques qui auraient pour objet la dissolution intestine des calculs. Nous ne saurions ni approuver ni partager une telle façon de penser : nous voulons avoir foi tout ensemble et dans les ressources de l’esprit humain, et dans l’avenir de la science. Entre la pensée d’Albucasis, auquel il faut très probablement rapporter l’idée mère d’écraser la pierre dans la vessie, et cette importante opération, réalisée pour la première fois sur le vivant et définitivement inscrite dans la science et dans l’art par M. Civiale, il s’est passé d’abord cinq à six siècles ; ensuite beaucoup de vains efforts ; sans doute aussi quelques sarcasmes et non moins d’incrédulités : tout cela n’a point empêché la découverte. Peut-être en serait-il ainsi pour les lithontriptiques ; que l’Académie en attendant laisse espérer d’amples récompenses à celui qui aura le plus tôt atteint ce but. C’est surtout en faveur de semblables travaux que furent instituées et que doivent être réservées les fécondes générosités de M. de Montyon.

» C’est donc exclusivement entre l’opération par les instrumens tranchans, et l’opération par le broiement que M  Civiale a voulu porter la comparaison.

» Déjà plusieurs fois, dans l’histoire de l’art, on a invoqué la puissance des chiffres pour apprécier la valeur relative des procédés les plus marquans employés dans les limites de la deuxième méthode, celle qui se compose toujours d’une opération par les instrumens tranchans. Mais ces supputations comparées, faites sur des bases peu exactes, ne sauraient prendre place dans la science. Les 4,500 opérations attribuées à frère Jacques ; les 1,547 de Raw ; les 316 de Baseillac ; les 310 de Lecat ; les 150 de Pouteau, sur lesquelles on s’est si souvent appuyé pour proclamer la supériorité des procédés employés par ces praticiens, sont pour la plupart des faits sans authenticité, sans détails, sans contrôle, sans valeur.

» Plus tard d’autres travaux analogues ont été publiés. Nous citerons ceux des docteurs Marcet, Smith, Prout, Yelloli ; mais M. Civiale a toute hâte de le reconnaître : pour ces faits-là aussi, détails suffisans, précision désirable, critique raisonnée, appréciation relative, tout manque ; et l’on tomberait dans des erreurs graves, si, d’après ces tableaux, on prétendait déterminer avec quelque rigueur les proportions numériques de la mortalité à la suite de la taille.

» Dans le travail que nous sommes chargés de faire connaître à l’Académie, M. Civiale est parvenu à réunir un total de plus de cinq mille faits, fournis tous par la pratique des plus grands chirurgiens actuellement existans en Europe ; voici les conclusions générales auxquelles il est arrivé. Sur les 5,715 opérations de taille qu’il a pu analyser, il trouve 1,141 morts, 4,478 guérisons complètes, et une centaine d’infirmités consécutives. Ainsi, dans les cas seuls dont on connaît bien les résultats, la mortalité est d’environ un cinquième pour tous les âges. Or il est bon de rappeler que plus de la moitié de ces malades n’avaient pas atteint leur quatorzième année ; et l’on sait qu’à cet âge les chances de guérison sont au moins doubles.

» Par contre ces mêmes tableaux portent un total de 257 malades opérés par la lithotritie, et parmi lesquels il n’y a eu que six morts, encore sur ce nombre à peine s’il y avait deux ou trois individus avant l’âge de 14 ans ; ce qui ne donne pas un mort sur 42 malades opérés par la lithotritie.

» Et pour compléter la démonstration de la supériorité de la lithotritie sur la lithotomie, nous ajouterons que depuis la découverte de la lithotritie, parmi un nombre assez considérable de médecins atteints de la pierre, à peine en citerait-on qui aient eu recours à la lithotomie : tous ont été opérés par la lithotritie.

» Mais, en bonne logique, comme en bonne médecine, ce n’est pas sur ce terrain que la discussion doit être portée aujourd’hui. Il ne s’agit pas en effet de repousser entièrement la lithotomie pour lui substituer toujours la lithotritie : personne ne conteste à présent que dans un assez grand nombre de cas la lithotritie ne soit difficile, dangereuse, impossible, et que par conséquent alors la lithotomie ne soit préférable, ou même indispensable. La question clairement posée se résumerait donc ainsi : quelles sont les conditions pathologiques dans lesquelles la lithotritie offre le plus de chances de succès ; quelles sont au contraire les circonstances où force sera de recourir à la cystotomie ? en d’autres termes, formuler les indications relatives et de la lithotritie et de la taille. Voyons à présent ce que les tableaux de M. Civiale auront fourni pour conduire à la solution de ce problème.

» Nous saisissons avec empressement cette occasion de parler ici de l’application du calcul des probabilités à la médecine. Ce sont surtout des questions de pareille nature que les médecins doivent porter dans cette enceinte. Ils sont assurés d’y trouver des juges attentifs, des juges compétens.

» La médecine, dont les propres travaux sont difficiles, lents, sans éclat et sans gloire, a trop souvent cherché à s’accoler aux idées que l’opinion du jour tient en vogue. C’est ainsi qu’en ce moment, on veut sans cesse appliquer la statistique à la plupart des questions transcendantes de la thérapeutique. Or dans ce cas la statistique n’est autre chose au fond qu’un essai d’application du calcul des probabilités. Essayons de découvrir ce qu’il faut en penser.

» En matière de statistique, c’est-à-dire dans les divers essais d’appréciation numérique des faits, le premier soin avant tout c’est de perdre de vue l’homme pris isolément pour ne le considérer que comme une fraction de l’espèce. Il faut le dépouiller de son individualité pour arriver à l’élimination de tout ce que cette individualité pourrait introduire d’accidentel dans la question.

» En médecine appliquée au contraire, le problème est toujours individuel, les faits ne se présentent à la solution qu’un à un ; c’est toujours privativement de la personnalité du malade qu’il s’agit, et finalement ce n’est jamais qu’un seul homme avec toutes ses idiosyncrasies que le médecin doit traiter. Pour nous les masses restent tout-à-fait en dehors de la question.

» Le calcul des probabilités, en général, montre que, toutes choses égales d’ailleurs, on se rapproche d’autant plus de la vérité ou des lois dont on cherche la détermination, que les observations dont il s’agit embrassent un plus grand nombre de faits ou d’individus à la fois. Ces lois alors, par la manière dont on les a déterminées, ne présentent plus rien d’individuel ; on ne saurait, par conséquent, les appliquer aux chances relatives à un seul homme, sans s’exposer à de nombreuses erreurs.

» Toutes les applications que l’on voudrait en faire, même dans de certaines limites, à un cas isolé en particulier, seraient passibles d’erreur. Où arriverait-on si l’on prétendait, par exemple, assigner positivement le sexe de l’enfant qui va naître, d’après le rapport assez exactement établi du nombre proportionnel des naissances masculines aux naissances féminines ? Quel résultat pourrait-on atteindre si l’on cherchait à fixer l’époque à laquelle Pierre doit mourir, en faisant usage des tables générales de la mortalité ?

» Le calcul des événemens antérieurs ou connus, dans le but de s’élever à un certain ordre de probabilités, pour les circonstances qui appartiennent aux événemens analogues futurs ou inconnus, ne peut fournir d’inductions valables que dans les cas où l’on ne connaît pas du tout l’événement à venir pour lequel on opère : or, telle n’est jamais la condition du médecin au lit du malade.

» La statistique mise en pratique, qui est toujours en définitive le mécanisme fonctionnant du calcul des probabilités, appelle nécessairement des masses infinies, un nombre illimité de faits : non-seulement en vue d’approcher le plus près possible de la vérité, mais aussi afin d’arriver à faire disparaître, à éliminer, autant qu’il est possible, et à l’aide de procédés connus, les nombreuses sources d’erreurs si difficiles à éviter.

» Tout diffère dans l’ordre médical ; les faits sont toujours pour nous très limités par la nature même des choses ; ils le sont encore plus par l’impossibilité où nous sommes de les connaître et de les rassembler tous. À côté de quelques centaines de faits publiés par un petit nombre d’hommes qui écrivent beaucoup, il existe des milliers de faits perdus dans l’obscurité de la clinique muette de cette multitude de médecins qui, au milieu d’une utilité pratique de tous les instans, ne peuvent point écrire du tout, et qui même ont à peine le temps de lire un peu. Ainsi donc, en Médecine pratique, les faits sont trop peu nombreux pour entrer dans le domaine du calcul des probabilités ; et de plus, le plus grand nombre de ces faits échappe bien évidemment au calcul, à la comparaison, au contrôle : or tous ces faits perdus, quels élémens, quels résultats introduiraient-ils dans la question, dans cette arithmétique médicale ? Nul n’oserait le dire.

» Les géomètres qui se sont livrés au calcul des probabilités ont tous insisté sur la nécessité d’apporter la plus grande rigueur, l’attention la plus soutenue dans la classification des faits, afin d’éviter ces associations irréfléchies, inexactes, qui conduisent si vite à l’erreur. Tous exigent qu’on ne fasse entrer dans un même calcul que des faits de même genre, des faits comparables entre eux, des faits enfin qui aient été soumis à un examen, à une analyse préalable, de telle sorte que l’on arrive à fixer, autant qu’il est possible, les conditions d’analogie ou de dissemblance qu’ils réunissent.

» Il s’en faut que ces conditions puissent être sévèrement remplies pour les observations de Médecine. Ici on doit craindre tout-à-la-fois et les erreurs qui naissent de la nature même de la question, et les erreurs que peuvent y introduire les hommes qui cherchent à la résoudre.

» Dans un tel ordre de faits, tant de conditions variables, tant de circonstances diverses, tant d’élemens opposés, entrent inévitablement dans la question, et y transportent un si grand nombre d’actions accidentelles, irrégulières, perturbatrices, qu’il est impossible de les renfermer dans des limites calculables. L’expérience a prouvé que dans des circonstances données, on peut opérer un nombre assez considérable de malades sans en perdre un seul, tandis que dans d’autres circonstances, on perd presque tous ceux qu’on opère.

» La diversité des constitutions médicales, même pour des trimestres qui se correspondent, introduit de notables différences. Tantôt en effet les succès sont faciles, nombreux, assurés, parce que l’opération et ses suites marchent sans embarras, sans obstacles ; tantôt au contraire les revers sont prompts, fréquens et presque inévitables, parce que des dégénérations inflammatoires vives, des complications bilieuses graves, de violens accidens nerveux viennent s’y joindre.

» Bien plus, le procédé opératoire lui-même, non-seulement considéré en soi, mais envisagé aussi par rapport à la main qui l’exécute, en raison de cette confiante sécurité que donne l’habitude qu’on a de le mettre en pratique ; la saison, le climat, et jusqu’au lieu où se fait l’opération, tout influe sur les succès. Ces succès ne sont point du tout les mêmes dans un grand hôpital, toujours plus ou moins encombré, dans un petit hôpital, dont la population est ordinairement moindre, même toutes choses égales d’ailleurs, ou dans une maison particulière.

» La durée de la maladie antérieurement, à l’opération, la variété des ravages que la présence de la pierre a causés sur la vessie et ses dépendances, la constitution générale du malade, sa disposition tant morale que physique au moment de l’opération, le travail incessant de l’organisme livré à l’action plus ou moins puissante de la vie et de ses fonctions ; telles sont quelques-unes des circonstances importantes qui, pour les médecins, rendent les faits si variables, si accidentés, si peu comparables entre eux, si susceptibles de ces nombreuses sources d’erreurs qu’aucune loi de probabilité ne pourrait embrasser. Remarquez bien d’ailleurs qu’entre toutes ces circonstances, il n’en est pas une seule qui se trouve dans la catégorie de celles que leur petitesse puisse faire négliger dans le calcul.

» Finalement, en médecine, les circonstances, les causes même régulières des phénomènes sont le plus souvent compliquées, cachées, inconnues, et leur action est troublée, intervertie par un si grand nombre d’accidens, qu’elles sont tout-à-fait insaisissables par le calcul. Le calcul, en effet, ne saurait atteindre le minutieux détail des combinaisons quand elles sont à ce point variables, quand elles se multiplient et se compliquent au-delà d’un certain terme.

» Lorsque notre célèbre Morgagni, avec toute la puissance de son génie, également habile à colliger des faits et à déduire de leur ensemble les plus judicieuses et les plus justes conclusions, a dit : Non numerandæ sed perpendendæ observationes,  il ne faut pas compter, mais il faut peser les faits, il a énergiquement exprimé l’une des conditions les plus importantes de la théorie du calcul des probabilités applicable à la médecine pratique.

» À présent, de ce que l’inflexibilité du calcul et la rigueur apparente des chiffres ne sauraient être appliquées d’une manière absolue à la médecine, est-ce à dire que notre science n’a point aussi une série appréciable de probabilités, qu’elle manque d’un certain degré d’assurance dans sa marche, et qu’il lui reste à souhaiter jusqu’aux moindres certitudes dans ses résultats ? Non sans doute ; et ici nous aurons encore pour nous l’assentiment de plusieurs célèbres géomètres ; la condition des sciences médicales, à cet égard, n’est pas pire, n’est pas autre que la condition de toutes les sciences physiques et naturelles, de la jurisprudence, des sciences morales et politiques, etc.

» Toutes les fois qu’il n’est point donné à l’esprit humain de s’élever jusqu’à cette certitude mathématique que l’on trouve en Astronomie, par exemple, l’exigence ultérieure de la raison veut que l’on fasse marcher ensemble ce qui frappe l’imagination et ce qui persuade l’entendement : la logique des faits appelle à son secours la logique de la pensée. Le raisonnement prend alors la forme d’une sorte de calcul dont le résultat acquiert de l’empire sur notre croyance, précisément par l’effet de la répétition des jugemens ou des observations. La bonté de ce calcul dépend, ici comme partout, du choix des données, et ensuite du bon emploi qu’on en fait ; et ce bon emploi ne peut consister que dans l’examen le plus détaillé des circonstances de chaque donnée, dans le soin de les décomposer autant qu’il est possible, afin de n’avoir à prononcer que sur des propositions d’une égale simplicité, d’une égale évidence et surtout afin de tenir son esprit en garde contre toute partialité en faveur du résultat quel qu’il puisse être[9].

» Ajoutons que, sur presque tous les points, le calcul ne donne guère que ce que l’induction a déjà fourni, ce que la raison seule aurait au moins fait soupçonner[10].

» On le voit clairement, l’induction, l’analogie, des hypothèses fondées sur les faits et vérifiées, rectifiées sans cesse par de nouvelles observations ; un tact heureux donné par la nature et fortifié par de nombreuses comparaisons entre les indications qu’il fournit et l’expérience qui le guide, tels sont les principaux moyens de parvenir à la vérité[11].

» Après ces réflexions dont nous serions presque tentés de nous excuser auprès de l’Académie, nous avons hâte de rendre à M. Civiale la justice et le tribut d’éloges qu’il a déjà plusieurs fois mérités et obtenus ici. Aujourd’hui nous devons dire que son nouveau travail, tel qu’il est, aura fourni de nouvelles preuves à la démonstration des avantages que présente, dans la majorité des cas, la substitution d’une opération simple, facile, exempte de grands périls, à une autre opération grave, effrayante, douloureuse et qui constituait jusqu’à ce jour l’unique ressource de l’art.

» Les Commissaires invitent M. Civiale à continuer ses recherches statistiques dans le but de les rendre plus nombreuses, plus circonstanciées et plus concluantes, et, en même temps, ils ont l’honneur d’appeler sur ce travail l’approbation de l’Académie. »

Les conclusions de ce rapport sont adoptées. L’Académie décide en outre qu’il sera imprimé en entier dans le Compte rendu de cette séance. Elle décide enfin que le travail de M. Civiale sera renvoyé à la commission même qui vient d’en rendre compte, et à laquelle MM. Arago, Libri et Roux sont adjoints, pour examiner la question de savoir si les documens numériques recueillis par l’auteur ne pourraient pas être réduits en tableaux, et insérés, sous cette forme, dans le recueil des Mémoires des Savans étrangers.

LECTURES.
Chimie.Sur les combinaisons chimiques ; par M.  Biot.

« Lorsque j’ai appelé l’attention des chimistes sur les propriétés moléculaires de l’acide tartrique dissous dans l’eau, j’avais reconnu que cette question, en apparence si simple, touchait aux fondemens mêmes de la Chimie mécanique, par sa connexité avec cette autre question beaucoup plus générale, de savoir si les combinaisons chimiques s’opèrent toujours et uniquement suivant des proportions définies de nombres atomiques séparés par des intervalles discontinus, ou si, en donnant une complète liberté de distribution aux molécules, dans l’état de solution par exemple, il peut se former en outre des combinaisons en proportions continûment progressives. Pour attaquer ce second problème avec quelque espérance de succès, il fallait, parmi les produits dont les molécules complexes agissent sur la lumière polarisée, en rencontrer un formé de principes constituans si faiblement unis, qu’on pût graduer lentement l’effort de leur affinité mutuelle ; et, qu’en même temps, ces principes fussent assez fixes pour pouvoir être retirés à tout instant de la combinaison, sans être altérés. Ces conditions favorables m’ont semblé pouvoir se réaliser par l’union spontanée de l’acide tartrique avec l’acide borique dans l’eau, à la température ordinaire ; et l’étude de ce genre de combinaisons, suivie depuis un mois par des expériences multipliées, m’a présenté une série de faits de mécanique chimique que je vais indiquer brièvement.

» L’acide borique dissous dans l’eau n’agit pas sensiblement sur la lumière polarisée. L’acide tartrique dissous agit, mais suivant une loi qui lui est spéciale ; tandis que ses combinaisons avec les autres substances, même avec l’acide borique, exercent la polarisation circulaire suivant une autre loi, qui est commune à tous les corps doués de ce genre d’action. Lorsque l’acide borique et l’acide tartrique sont mis en présence dans un milieu diaphane, où l’on a étudié d’abord leurs effets isolés, la déviation totale que la solution imprime à un rayon polarisé, est la somme des déviations exercées par la combinaison qui a pu se former, et par la portion d’acide tartrique dissous qui a pu rester libre ; car les rotations des substances simplement mélangées ne font jamais que s’ajouter ou se soustraire. Ces sommes étant donc observées pour un grand nombre de solutions des deux acides, faites en proportions pondérables exactement connues, on comprend que la marche de leurs valeurs successives peut montrer s’il y a combinaison, et déceler le mode, défini ou progressif, suivant lequel elle se fait.

» Considérons d’abord ainsi deux solutions aqueuses séparées, l’une d’acide tartrique seul, l’autre d’acide borique, en proportions telles, qu’elles puissent exister individuellement liquides à la température où l’on opère, par exemple à celle de 15 ou 16 degrés centésimaux qui a lieu actuellement. Si l’on mêle ces deux solutions, on peut prouver de diverses manières que les deux acides se combinent instantanément l’un avec l’autre, comme feraient un acide et un alcali. Le même résultat s’obtient si l’une des deux solutions acides seulement étant formée, on y introduit l’autre acide à l’état solide. La dissolution de celui-ci s’opère progressivement, sous l’influence de l’action chimique et du pouvoir dissolvant de l’eau, jusqu’au terme que les conditions actuelles du système admettent.

» Maintenant, pour voir la progression de ce genre d’effets, composons une solution aqueuse d’acide tartrique exactement dosée, dont la quantité suffise à toute une série d’expériences ; puis, prenant un poids connu de cette solution, et toujours un même poids, introduisons-y successivement des quantités d’acide borique qui soient d’abord du poids de l’acide tartrique, puis , et ainsi de suite, autant que le système pourra en contenir à la même température sans précipiter. Ces dispositions faites, la combinaison spontanée des deux acides s’opérera nécessairement en proportion progressive ou en proportion définie, c’est-à-dire on pourra concevoir que chaque centième d’acide borique introduit se distribue également à toute la masse de l’acide tartrique, formant ainsi une combinaison uniforme non saturée, ou bien chaque centième d’acide borique s’unira fixement à la proportion définie d’acide tartrique nécessaire pour saturer complétement son affinité, et laissera le reste de cet acide libre ou à l’état de dissolvant de la combinaison.

» Je ne sais si la Chimie possède actuellement des méthodes qui puissent faire connaître lequel de ces deux cas a lieu ; mais on peut les discerner d’après le mode et le progrès des rotations que les solutions, ainsi formées, impriment à la lumière polarisée. Il suffit, pour cela, de leur appliquer les lois et les formules de ces rotations, telles que je les ai données dans le tome XIII des Mémoires de l’Académie. Et heureusement cette application est très simple ; car si la combinaison se forme en proportion définie, il y a une certaine fonction que les observations déterminent, et qui doit croître proportionnellement au rapport de l’acide borique à l’acide tartrique introduits. Il suffit donc de calculer les valeurs successives de cette fonction pour les diverses proportions d’acide borique employées, et de voir si elles se construisent par une ligne droite, ce qui est un caractère aussi simple à reconnaître que facile à constater avec certitude sur des expériences faites exactement. Une autre épreuve également facile, consiste à mêler ensemble deux dissolutions tartro-boriques observées, où l’acide tartrique soit en excès, et à voir par la rotation que leur mélange produit, si elles ont ou si elles n’ont pas réagi mutuellement l’une sur l’autre ; car dans le cas d’une saturation définie, il ne doit y avoir entre elles aucune réaction, aucune du moins qui pût être continûment progressive.

» Les résultats de ces deux épreuves s’accordent ; et je suis parvenu ainsi à résoudre nettement la question. J’avais d’abord projeté d’en insérer la solution dans le mémoire que je me suis engagé à lire au commencement de décembre, sur les solutions aqueuses de l’acide tartrique. Mais ce champ de recherches s’est agrandi devant moi. Car il me faut maintenant étudier de même l’action exercée sur l’acide tartrique par des bases puissantes, telles que la potasse, la soude, l’ammoniaque, en doses progressivement graduées. Il me faudra aussi examiner les combinaisons de ce même acide, avec les sels neutres dont il suspend ou dissimule les affinités habituelles. Cette influence est en effet analogue à celle que l’alcool exerce sur l’acide tartrique lui-même, en l’empêchant de décomposer les carbonates, comme M. Pelouze l’a découvert. Et cet habile chimiste a constaté, à ma prière, que l’esprit de bois a le même pouvoir. Or ces derniers phénomènes, tout extraordinaires qu’ils paraissent, se ramènent aisément par mes expériences aux lois générales de la chimie. Mais l’étude expérimentale et numérique de ces réactions demandera du temps. C’est pourquoi j’ai cru devoir me borner à indiquer seulement ici aux chimistes ces diverses questions d’affinité, que les méthodes optiques m’ont permis de résoudre, pour relever peut-être un peu aussi à leurs yeux l’utilité de la première question que je leur ai proposée. Car, s’ils en trouvent la solution par leurs procédés, il sera très intéressant de comparer les conclusions déduites de voies aussi différentes ; et, si au contraire les réactions invisibles qui s’opèrent, sans aucun changement apparent, dans des dissolutions diaphanes, étaient inaccessibles à leurs recherches, peut-être trouveraient-ils dans cet exemple un motif suffisant pour étudier de près les caractères tirés de la polarisation circulaire, pour peser exactement la valeur des indices qu’ils donnent sur l’état moléculaire actuel des corps ; et alors le but que je me suis proposé serait complètement atteint. »

Embryologie.Recherches sur la structure du cordon ombilical, et sur sa continuité avec le fœtus ; par M.  Flourens.

L’auteur a fait voir, par deux précédens mémoires (voyez le Compte rendu de la séance du 10 août, p. 27), quelle est la structure du cordon ombilical, et quels sont ses rapports avec le fœtus dans les mammifères. Il montre, dans celui-ci, quelles sont les modifications que cette structure et ces rapports subissent dans les oiseaux.

La première et la principale est que l’amnios, au lieu d’accompagner le cordon dans toute son étendue, comme dans les mammifères, se replie brusquement des bords de l’ouverture ombilicale, et revient immédiatement sur lui-même pour envelopper le fœtus.

En second lieu, et toujours à la différence des mammifères, où l’amnios ne répond qu’au derme et à l’épiderme, l’amnios des oiseaux répond tout-à-la-fois aux cinq couches de l’abdomen : l’épiderme, le derme, le tissu cellulaire sous-cutané abdominal, les muscles abdominaux, et le péritoine. À cet effet, l’amnios des oiseaux, parvenu au point où il se continue avec les parois abdominales, se divise en cinq feuillets, dont chacun se continue avec chacune des cinq couches de l’abdomen.

Un premier rapport du cordon ombilical des oiseaux avec le fœtus se fait donc par l’amnios, lequel, ainsi qu’il vient d’être dit, se continue avec les cinq couches de l’abdomen. Un second naît d’une seconde lame du péritoine, lame sous-jacente au péritoine abdominal et qui se continue avec la membrane externe du jaune.

Quant à tous les autres rapports, ils sont déjà connus, savoir, ceux de la membrane propre du jaune (ou ombilicale) avec l’intestin ; de l’allantoïde avec le cloaque ; et des vaisseaux de l’œuf (ou omphalo-mésentériques et ombilicaux) avec les vaisseaux propres du fœtus.

« On voit donc, dit l’auteur, que, dans l’oiseau comme dans le mammifère, toutes les parties de l’œuf se continuent avec des parties données du fœtus ; en sorte que l’œuf et le fœtus ne sont que deux parties ; ou, plutôt, que deux systèmes de parties d’un même être, mais deux systèmes de parties dont la durée vitale n’est pas la même. Considérées de ce point de vue, toutes les parties de l’œuf, ajoute-t-il, ne constituent donc, au fond, que des organes temporaires du fœtus, organes qui servent à sa digestion, comme le vitellus, à sa respiration, comme l’allantoïde, etc., jusqu’à ce que ses organes propres, son canal digestif, ses poumons, etc., puissent remplir eux-mêmes ces fonctions ; comme on voit d’ailleurs, et par un exemple plus évident encore, car il se passe sous les yeux de l’observateur, la queue et les branchies du têtard subsister tant que ses poumons et ses pattes ne sont pas suffisamment développés, et disparaître dès qu’ils le sont. »

On sait que l’œuf des poissons est beaucoup plus simple que celui des vertébrés aériens. À ne considérer, en effet, que ses élémens membraneux, trois membranes seules le constituent : une première qui enveloppe tout l’œuf, c’est-à-dire le fœtus et le jaune ; une seconde qui, née du pourtour de l’ouverture ombilicale, enveloppe le jaune seul et non le fœtus ; une troisième qui, placée sous celle-ci, enveloppe immédiatement le jaune, et forme ainsi la membrane propre du jaune, la membrane vitelline ou ombilicale.

« Or, dit l’auteur, de ces trois membranes, la première seule n’a point de rapport direct avec le fœtus ; la seconde, composée de deux lames, se continue par sa lame externe avec la peau, et par l’interne avec le péritoine ; et la troisième se continue avec les tuniques de l’intestin ; et tels sont les rapports de l’œuf et du fœtus, dans les poissons. »

Voici les conclusions par lesquelles l’auteur termine son mémoire. Elles expriment les caractères particuliers et déterminés selon lesquels se fait la continuité de l’œuf et du fœtus dans les diverses classes.

1o. Le chorion qui, dans l’homme et les quadrumanes, accompagne le cordon et se continue avec le fœtus, demeure étranger à ce cordon et à ce fœtus dans les quadrupèdes et dans les oiseaux ; 2o l’amnios, qui accompagne le cordon dans les mammifères, ne l’accompagne plus, ou du moins l’abandonne dès son origine, dans les oiseaux ; 3o quant aux poissons, ils n’ont point de véritable amnios ; car, d’une part, la membrane extérieure de l’oeuf y embrasse tout-à-la-fois le fœtus et le jaune ou le vitellus ; et de l’autre, la seule membrane qui y naisse du pourtour de l’ouverture ombilicale, et qui, par là du moins, y réponde à l’amnios des deux autres classes, est celle qui forme la membrane la plus extérieure du jaune.

« Si donc on réfléchit, dit l’auteur en finissant, que le têtard des batraciens n’a point d’amnios, ou du moins, d’après la remarque aussi juste qu’ingénieuse de M. Carus, n’en a d’autre que cette première peau qui tombe à l’époque de sa métamorphose ; si l’on ajoute que le fœtus des mollusques céphalopodes, de la seiche, par exemple, n’a pas non plus de véritable amnios, du moins de membrane qui se continue avec le fœtus et qui n’enveloppe que lui ; si l’on considère enfin que, d’après la grande loi établie par M. Cuvier, l’allantoïde, ou l’organe temporaire de respiration, manque dans tous les animaux qui ont des branchies ; peut-être sera-t-on conduit à cette conclusion qui, si elle était suffisamment vérifiée, serait si importante, savoir, qu’un véritable amnios ne se trouve que là où se trouve une allantoïde. »

L’auteur annonce qu’il traitera, dans deux mémoires ultérieurs, de l’œuf des reptiles et de celui des invertébrés.

Ovologie.Œufs de poule qui présentent quelques circonstances singulières.

M. Flourens présente à l’Académie un œuf de poule qui contient, dit-il, deux petits parfaitement séparés, parfaitement distincts ; chacun de ces petits est bien développé, chacun est complet ; et néanmoins ils sont contenus tous les deux dans un seul amnios.

Cet amnios unique va d’abord de l’ombilic de l’un de ces petits à l’ombilic de l’autre ; et de ces deux points il se replie et se porte sur les deux petits pour les envelopper.

On sait que les cas semblables, de deux fœtus contenus dans un seul amnios, sont fort rares dans la science.

Dans l’œuf dont il s’agit il n’y a, selon M. Flourens, qu’un seul amnios, qu’une seule allantoïde, qu’un seul blanc, qu’un seul jaune ; mais il y a deux cordons, c’est-à-dire deux pédicules du jaune, deux pédicules de l’allantoïde, et deux systèmes de vaisseaux omphalo-mésentériques et ombilicaux.

Le second œuf, présenté par M. Flourens, contenait en lui-même un autre œuf entier. L’œuf extérieur, énorme, n’a que du blanc ; l’œuf intérieur, entièrement contenu dans l’autre, et qui n’a pu être aperçu que par la rupture de celui-ci, est lui-même assez grand ; et, de plus, il est complet, c’est-à-dire qu’il a tout-à-la-fois un blanc et un jaune.

Anatomie.Études sur le foie. De la forme du foie des mammifères ; par M. Duvernoy, correspondant de l’Académie des Sciences.

Dans les recherches anatomiques que l’auteur a entreprises à ce sujet sur la plupart des genres de mammifères et sur beaucoup d’espèces, il est parvenu à trouver la composition normale du foie, dans laquelle cet organe présente constamment les mêmes parties, qui ne varient que par leurs proportions relatives et par leurs figures. Selon l’auteur, le foie a, dans tous les mammifères, une partie qu’il appelle lobe principal, à cause de sa constance. Ce viscère peut se composer, en outre, d’un lobe droit et d’un lobe gauche, placés de chaque côté du lobe principal, ou derrière lui ; il peut avoir, de plus, un lobule droit et un lobule gauche, qui sont attachés à la base des lobes correspondans, ou du lobe principal. Tel est le foie des mammifères dans son plus haut degré de composition ; mais il peut varier beaucoup, à cet égard, d’un ordre, et même d’une famille à l’autre. Les lobules manquent rarement tous les deux ; du moins en trouve-t-on toujours des vestiges, dans les proéminences qui se voient à la base du lobe principal, soit du côté droit, comme cela a lieu dans le foie de l’homme, pour le lobe de Spigélius, soit du côté gauche, ainsi que cela se voit dans l’orang-outang. Les lobes droit et gauche peuvent manquer ensemble et disparaître avant les lobules. La forme du lobe principal et des parties dans lesquelles il peut être divisé, celle des lobes et lobules peuvent être aussi très différentes, suivant les familles et les genres, et même, un peu, suivant les espèces. On peut en dire autant de leur développement proportionnel.

Il résulte de cette manière d’envisager la composition et la forme du foie des mammifères, que ses lobes proprement dits, tels que l’auteur les détermine, ne sont pas des divisions de ce viscère, ainsi que tous les anatomistes les ont considérés jusqu’ici, mais des parties ajoutées au lobe principal.

C’est ce lobe principal qui constitue essentiellement le foie : aussi la vésicule du fiel lui est-elle toujours adhérente, et jamais à ses lobes ou à ses lobules. Les ligamens triangulaires, le coronaire, sont de même exclusivement en rapport avec cette partie principale. Le lobe principal peut être entier, ou à peu près, et sans division ; ou bien il peut être partagé plus ou moins profondément en deux ou trois parties, par une ou deux scissures, dont la gauche, dans ce dernier cas, reçoit le ligament ombilical, et la droite, la vésicule du fiel. De même les lobules gauche et droit peuvent être simples ou fourchus, ou même profondément divisés en deux parties. Il en résulte que les parties d’un foie de mammifère peuvent excéder en nombre celles qui constituent son plus haut degré de composition, et qui sont formées par l’addition successive au lobe principal des lobes accessoires. Quand le foie est borné au lobe principal avec un lobule, ou bien il n’occupe que l’hypocondre droit et l’épigastre, c’est le cas de celui de l’homme ; ou l’hypocondre droit seulement, c’est ce qui se voit dans les mammifères à estomacs multiples, tels que les tardigrades, les rumimans et les cétacés proprement dits.

Quand il a son plus haut degré de composition, c’est-à-dire ses lobes et ses lobules, il remplit toute la concavité du diaphragme, et s’étend généralement autant à gauche qu’à droite. C’est ce qui a lieu dans les carnassiers et dans les rongeurs.

« On conçoit que, dans ce cas, il peut se classer jusqu’à un certain point, parmi les organes symétriques, et que son asymétrie est une suite de sa composition incomplète et du peu de place qui lui est laissé, pour son développement, par les organes environnans. C’est donc ici un nouvel argument à ajouter, dit l’auteur, à ceux énumérés par M. Flourens, contre la loi établie par Bichat sur le défaut de symétrie des organes que ce physiologiste célèbre classe parmi ceux de la vie, désignée si improprement sous le nom de vie organique. »

Ici l’auteur passe en revue tous les ordres et la plupart des familles de la classe des mammifères pour indiquer, d’après sa méthode, les différences que présente leur foie. Il pense qu’elles pourront entrer facilement dorénavant parmi les caractères de ces groupes, et il montre que, même le foie des monotrêmes ne s’écarte, dans aucun détail, de celui des autres animaux de cette classe.

Voici d’ailleurs quelques conclusions physiologiques de l’auteur sur la composition normale du foie des mammifères, et sur les modifications qu’elle présente selon les habitudes de mouvement, de séjour et de régime.

« 1o. Le foie le moins complet dans sa composition et le moins volumineux se trouve dans les animaux à estomacs multiples, quel que soit leur régime ; tel est celui des ruminans et des cétacés ordinaires.

» 2o. Les tardigrades, qui ont de même plusieurs estomacs, ont aussi le foie petit, ramassé, et moins composé que celui de la généralité des mammifères.

» 3o. Il semble donc que l’élaboration, sans doute plus complète, des substances alimentaires par l’action successive de plusieurs estomacs, rende celle de la bile moins nécessaire dans la digestion intestinale.

» 4o. Cette dernière proposition est encore confirmée par le petit volume du foie des semnopithèques, dont l’estomac est, sinon multiple, du moins très compliqué.

» 5o. Les chéiroptères, surtout les chauve-souris insectivores, ont le foie très simple dans sa composition, mais profondément divisé dans les parties qui lui restent, et proportionnément volumineux. Ces particularités de forme et de composition sembleraient tenir ici à l’espèce de mouvement plutôt qu’au régime. Elles rapprochent le foie des chéiroptères insectivores de celui des oiseaux.

» 6o. On doit se demander pourquoi le foie de l’homme et celui de l’orang-outang ressemblent plus, par leur composition simple et incomplète, au foie des animaux à estomacs multiples, à celui des ruminans en particulier, qu’au foie de tout autre mammifère ? Serait-ce que chez l’homme, qui est destiné à la station verticale, le foie, dans cette position, aurait pu gêner les fonctions de l’estomac, s’il n’avait été ramené, du moins en très grande partie, à la droite de ce viscère ? La même forme dans l’orang-outang, si différente d’ailleurs de celle que présente le foie des autres singes, serait-elle un indice que cet animal a plus de disposition à la station verticale ?

» 7o. Le régime est la circonstance qui paraît influer le plus sur le volume relatif du foie, après celle de l’existence d’un ou de plusieurs estomacs. En général, le foie est plus complet et relativement plus volumineux dans les mammifères carnassiers que dans ceux qui se nourrissent de substances végétales. »

Dans un second mémoire, l’auteur se propose de traiter de la forme du foie dans les autres classes des vertébrés, du volume relatif de ce viscère, de sa couleur, de sa consistance et de son tissu intime dans toutes les classes de ce type du règne animal.

M. Gabriel Pelletan présente une pièce anatomique relative à l’existence du nerf optique dans la musaraigne commune ; et il annonce un mémoire sur cet objet pour une prochaine séance.

La séance est levée à 5 heures.

F.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 9, in-4o.

Histoire des Francs ; par M. H.-G. Moke ; tome 1er, Paris, 1835, in-8°. (M. F. Cuvier est chargé d’en rendre un compte verbal.)

Traité de Chirurgie ; par M. J. Chelius ; traduit de l’allemand par M. J.-B. Pigné ; tome 1er, Paris, 1835, in-8o. (M. Roux est chargé d’en rendre un compte verbal.)

Application du Calcul des probabilités aux assurances contre l’incendie ; par M. Th. Barrois ; Lille, 1835, in-8o. (M. Libri est chargé d’en rendre un compte verbal.)

Des Comètes en général, et de la formation de leurs queues ; par M. Virlet ; Avesnes, 1835, in-12.

Description générale des phares et des fanaux ; par M. Coulier ; 3me édition, Paris, 1835, in-12.

Nouvelles expériences sur la méthode ectrotique de la variole, de M. Serres ; par M. Gariel ; brochure in-8o.

Essai sur la Culture, la Chimie et le Commerce des garances de Vaucluse ; par M. Bastet ; Orange, 1835, in-8o.

Nouveaux Exercices de Mathématiques ; par M. A.-L. Cauchy ; 1re livraison, Prague, 1835, in-4o.

Mémoires de la Société d’Histoire naturelle de Strasbourg ; tome 1, 1re livraison, in-4o, avec planches.

Histoire naturelle et Iconographie des insectes coléoptères ; par MM. le comte de Castelnau et Gory ; 2me livraison, in-8o.

Observations sur les cultures de l’Égypte ; par M. Bové (extrait des annales de l’Institut horticole de Fromont) ; Paris, 1835, in-8o.

Bulletin général de Thérapeutique médicale et chirurgicale ; par M. Miquel ; tome 10, 5me livraison, in-8o.

Journal de Chimie médicale, de Pharmacie et de Toxicologie ; no 10, tome 1er, in-8o.

Séance publique de la Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du département de la Marne ; programme, in-4o.

Bulletin clinique, publié par M. Fossone ; no 6, in-8o.

Bulletin de la Société industrielle de l’arrondissement de Saint-Étienne ; tome 2, 5me livraison, in-8o.

Gazette médicale de Paris, no 40.

Journal des Connaissances médico-chirurgicales ; 4e livraison, in-8o.

Gazette des hôpitaux, nos 115–118.

Journal de santé, no 110.


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SÉANCE DU LUNDI 12 OCTOBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. LACROIX.



CORRESPONDANCE.

M. Bonnafous écrit d’Alger, pour réclamer un prompt rapport sur un mémoire qu’il a adressé à l’Académie, en février dernier, et intitulé : Nouvelle exposition du mouvement de la chaîne des osselets de l’ouïe et de la membrane du tympan, sous l’influence des muscles internes du marteau et de l’étrier.

M. Serre adresse, pour le concours Montyon, un supplément à son mémoire intitulé : Traitement abortif de l’inflammation chirurgicale.

M. Jacquemin transmet quelques pièces qui faciliteront l’examen du mémoire qu’il a adressé pour le concours de Physiologie.

M. Civiale adresse une nouvelle copie des tableaux qu’il avait lui-même déduits des documens relatifs aux opérations de la pierre, recueillis dans diverses contrées.

Géographie.Carte du Péloponnèse.

En présentant la 35e livraison du grand ouvrage de Morée, M. Bory de Saint-Vincent prie l’Académie de remarquer la carte physique du Péloponnèse et des Cyclades. Cette carte fait beaucoup d’honneur à M. Puillon-Boblaye qui l’a rédigée. La 35me livraison est la plus volumineuse de toutes celles qui ont paru. Il y en aura encore trois, quoique d’après le prospectus l’ouvrage dût n’en contenir que 35. M. Bory de Saint-Vincent serait au désespoir si quelqu’un supposait que des vues d’intérêt personnel ou de spéculation ont donné lieu à cette augmentation ; aussi s’empresse-t-il de déclarer à l’Académie qu’il ne reçoit absolument aucune rétribution ou indemnité pécuniaire pour un si grand travail. « Il y a apporté tous ses soins, dans l’unique vue d’élever un monument scientifique à la gloire de l’expédition libératrice de la Grèce et du ministère qui en eut la généreuse idée. » Ce sont les propres expressions de M. Bory de Saint-Vincent.

Géologie.Formation des Dolomies.

La plupart des géologues croient, avec M. de Buch, que les dolomies étaient jadis de simples carbonates calcaires ; que ces carbonates, pendant les soulèvemens de certaines roches plus anciennes, se sont imprégnés de magnésie à divers degrés. Reste toujours à rechercher d’où cette magnésie est venue, et par quelle voie elle a pu aller s’introduire dans toutes les fissures du calcaire supérieur. M. de Buch admet, dit-on, qu’elle s’est vaporisée. Une telle supposition, il faut l’avouer, a paru bien hardie ; des doutes se sont élevés de toutes parts ! Dans cet état de la question, M. Arago a pensé devoir communiquer à l’Académie le passage suivant, qu’il avait trouvé dans une analyse abrégée des dernières séances de l’Association britannique réunie à Dublin.

« M. Daubeny (professeur de Géologie à Oxford), dit que, suivant l’opinion de M. de Buch, le carbonate de magnésie a pu, dans beaucoup de cas, subir une sublimation par l’action volcanique. Cette opinion, ajoute M. Daubeny, ne s’accorde pas avec les résultats de la chimie. Un fait curieux qu’il a observé en Italie, est venu, cependant, fortifier l’opinion du géologue prussien. En parcourant certaines localités, M. le colonel Robinson a rencontré de grandes quantités de carbonate de magnésie, dans des cavités de la strate supérieure des laves. M. Daubeny en trouva aussi une couche sur toute la surface supérieure de ces mêmes laves. M. Dalton observe qu’il ne peut y avoir aucun doute sur la sublimation du carbonate de magnésie : le Dr  Henry l’a informé qu’une certaine quantité de ce sel était emportée (a quantity of this salt was always driven off), quand on élevait la chaleur au-delà d’un certain degré. »

M. Arago regarde cette expérience comme très digne d’intérêt à cause de sa liaison avec un des plus importans problèmes de la géologie. Il émet le vœu qu’elle soit bientôt répétée.

M. Thénard fait remarquer que le carbonate de magnésie se décompose vers la chaleur rouge.

M. Arago dit que cette circonstance lui est bien connue ; mais il observe que M. Dalton n’a pas indiqué la chaleur à laquelle s’opère le driven-off, ou la sublimation (car il faut remarquer que le mot vaporisation ne se trouve pas dans le passage cité). M. Arago persiste à considérer comme très important le sujet de recherches que l’observation de M. Daubeny et l’assertion de M. Dalton viennent de faire surgir.

M. Cordier combat cette opinion. La crainte de ne pas reproduire les vues de notre confrère avec toute l’exactitude que je désirais y mettre, m’a déterminé à le prier de se charger lui-même de la rédaction. Voici la note qu’il a bien voulu m’adresser :

« M. Cordier élève des doutes sur la portée qu’il faut attribuer aux remarques de M. Daubeny. Il expose que, dans tous les cas, il y a loin de ces remarques à des preuves suffisantes pour commencer à justifier l’hypothèse qui a été imaginée relativement à l’origine des roches de Dolomie, qui sont plus ou moins voisines des roches pyrogènes d’épanchement. Il ajoute qu’une telle justification serait bien difficile ; car, suivant lui, l’hypothèse dont il s’agit est en opposition avec des principes de chimie et de physique parfaitement avérés, et surtout avec les lois de propagation de la chaleur. »

M. Arago remarque que la question vient d’être déplacée. Son but n’a pas été d’appeler actuellement la discussion sur les modifications générales que les roches pyrogènes ont fait subir aux couches géologiques supérieures en les traversant. Il désire même que ce débat soit renvoyé à l’époque très prochaine où il fera le rapport dont l’Académie l’a chargé, sur les cratères de soulèvement.

Géographie.Cartes du Japon.

M. Arago rend compte de quelques faits que le célèbre voyageur Siebold, présent à la séance, vient de lui communiquer sur les travaux qui s’exécutent au Japon.

Il y a, dans ce moment, à Jeddo un observatoire bien fourni d’instrumens construits en Europe. Un bureau de cadastre travaille à la carte de tout l’Archipel. Les ingénieurs se servent sur le terrain de sextans à réflexion ; ils mesurent les montagnes avec le baromètre. M. de Siebold s’est procuré la carte, entièrement rédigée par des ingénieurs japonais, du détroit qui sépare Niphon de l’île voisine. M. Krusenstern en a reconnu l’exactitude à l’aide de relèvemens obtenus jadis par des officiers russes et non publiés. Dans plusieurs points, on fait très régulièrement des observations météorologiques. Parmi les nombreuses cartes que M. de Siebold a rapportées, le public en remarquera une qui à la circonstance déjà assez curieuse de se fonder sur un canevas trigonométrique dû à des astronomes japonais, joint d’avoir été très bien gravée par un artiste chinois.

Physique.Solidification de l’Acide carbonique.

Nous devons laisser parler ici l’auteur de l’expérience. Voici la lettre que M. Thilorier a adressée à l’Académie :

« J’ai eu l’honneur, dans la dernière séance, d’entretenir l’Académie des phénomènes qui accompagnent la liquéfaction du gaz acide carbonique ; je lui annonce aujourd’hui le fait important pour la science, de la solidification de ce gaz. Ce premier exemple d’un gaz devenu solide et concret, est d’autant plus remarquable, qu’il s’agit d’un des gaz qui exigent l’action mécanique la plus puissante pour arriver à la liquéfaction, et qui reprennent avec le plus de promptitude leur première forme, lorsque la compression vient à cesser.

» Gazeux à la température et à la pression ordinaires, et liquide à 0°, sous la pression de 36 atmosphères, l’acide carbonique devient solide à une température voisine du centième degré au-dessous de la glace fondante, et se maintient, pendant quelques minutes, dans ce nouvel état, à l’air libre et sans qu’il soit besoin d’exercer sur lui aucune compression.

» Tandis qu’à l’état liquide, son ressort est tendu si énergiquement, qu’un gramme de cette substance produit une explosion aussi forte qu’un même poids de poudre, ce ressort, dans l’état solide, est entièrement brisé : et le nouveau corps disparaît insensiblement par une lente vaporisation.

» Un fait non moins curieux que la solidification de ce gaz, c’est qu’elle a lieu par l’effet même du passage subit de l’état liquide à l’état gazeux, et que le rapprochement moléculaire qui constitue l’état solide, a pour cause déterminante l’expansion d’un liquide qui occupe instantanément un espace 400 fois plus grand que le volume qu’il avait primitivement.

» Si l’on dirige un jet d’acide carbonique dans l’intérieur d’une petite fiole de verre, elle se remplit promptement, et presque en entier, d’une matière blanche, pulvérulente, floconneuse, qui adhère fortement aux parois, et qu’on ne peut retirer qu’en brisant la bouteille.

» Un fragment d’acide carbonique solide touché légèrement avec le doigt, glisse rapidement sur une surface polie, comme s’il était soulevé par l’atmosphère gazeuse dont il est sans cesse environné jusqu’à son entière disparition.

» Si l’on introduit quelques décigrammes de cette substance dans un petit flacon, en ayant soin de le boucher hermétiquement, l’intérieur se remplit d’une vapeur épaisse, et le bouchon ne tarde pas à être chassé avec violence.

» La vaporisation de l’acide carbonique solide est complète, et ne laisse que rarement une légère humidité, que l’on doit attribuer à l’action de l’air sur un corps très froid, et dont la température est de beaucoup inférieure à celle où s’opère la congélation du mercure.

» La promptitude et l’abondance avec lesquelles il se produit dans des cavités où l’air ni la vapeur d’eau qu’il tient en dissolution ne sauraient pénétrer, lui donnent un caractère qu’on ne peut méconnaître. Cependant, telle était l’étrangeté du fait de la solidification d’un gaz, que je ne m’étais pas fait moi-même une idée exacte de la nature de ce produit, avant l’expérience qui a eu lieu en présence de la commission.

» Au surplus, l’influence du refroidissement sur l’acide carbonique liquide, dont la force expansive se trouve ainsi annihilée vers le centième degré centigrade au-dessous de la glace fondante, commence à se manifester à une température beaucoup plus élevée : cette force expansive qui, à zéro, est égale à 36 atmosphères, n’est déjà plus que de 26 atmosphères, à vingt degrés au-dessous de zéro.

» Je crois devoir ajouter que le terme de cent degrés au-dessous de zéro, que j’assigne à la solidification de l’acide carbonique liquéfié, n’est point hypothétique. Dans l’expérience que j’ai faite en présence des membres de la commission, le thermomètre à alcool est descendu à −87°.

» En ajoutant à ces 87 degrés, 6 autres degrés dont la liqueur se serait contractée si la colonne thermométrique entière avait pu être soumise à l’action frigorifique, on aura pour la température réelle 93 degrés centigrades au-dessous de 0°, et ce nombre ne saurait être le maximum d’effet du chalumeau alimenté par l’acide carbonique liquide. »

Après la lecture de cette lettre, M. Arago annonce que les commissaires de l’Académie, MM. Thénard, Dulong et lui-même, ont été témoins de toutes les expériences rapportées par M. Thilorier. Il ajoute que l’acide carbonique solide peut être manié sans difficulté.

M. Thénard fait remarquer que M. Thilorier n’avait pas encore imaginé, au moment de la visite des commissaires de l’Académie, que la substance blanchâtre obtenue par lui fût de l’acide carbonique solide. Ce fait, dit-il, a été reconnu et constaté par la commission : c’est elle qui a soumis l’acide à la plupart des expériences citées par l’auteur.

Botanique.Plante peu connue de Madagascar.

En présentant cette plante, M. Benjamin Delessert a lu la note que nous allons transcrire.

« J’ai l’honneur de présenter à l’Académie des Sciences des échantillons d’une plante peu connue et remarquable, qui m’a été envoyée de Madagascar par M. Goudot. Ce jeune voyageur a déjà été deux fois dans ce pays dont le climat est si funeste aux Européens. Son ardeur pour l’histoire naturelle l’a engagé à y retourner, et il est probable qu’étant acclimaté, et avec les moyens qu’il a actuellement à sa disposition, il découvrira des objets nouveaux et dignes d’intérêt.

» La plante qui est sous les yeux de l’Académie a été découverte par M. Dupetit-Thouars, et décrite par lui sous le nom d’Ouvirandra. Depuis lors, M. Persoon l’a appelée Hydrogeton fenestralis, nom qui appartenait déjà à une autre plante décrite par Loureiro. Pour éviter toute confusion, il est convenable de lui rendre son nom primitif d’Ouvirandra. M. Dupetit-Thouars n’en avait rapporté que des fragmens ; elle n’est figurée nulle part : mais M. Mirbel, dans les planches de ses Élémens de Botanique, a donné le dessin d’une feuille.

» Cette plante est singulière par la configuration extraordinaire de ses feuilles, qui étant dénuées de parenchyme, laissent à découvert un réseau admirable par sa parfaite régularité, et qui imite à s’y méprendre les mailles d’une dentelle noire.

» Cette plante se trouve dans la baie de Diego Suarez, à Madagascar, que le capitaine Owen, dans son dernier voyage, regarde comme une des plus belles du monde. Elle croît dans l’eau, et ses feuilles à jour, portées par de longs pétioles, flottent à sa surface. Elle fait partie de la famille des nayades, et est voisine des Aponogetons et des Hydrostachys, dont M. Bernier, qui a aussi été à Madagascar, a rapporté plusieurs espèces.

» Il est à désirer que l’Ouvirandra fenestralis puisse être introduite dans nos serres, non-seulement à cause de la singularité de ses feuilles à jour, mais aussi parce que ses racines sont bonnes à manger. »

Entomologie.Nouvel exemple de l’existence, chez l’homme, de larves de diptères vivant parasitiquement dans de petites tumeurs cutanées.

Dans plusieurs cas, transmis à l’Académie en 1833 par MM. Roulin et Guérin, et qui ont fait le sujet d’un rapport de MM. Duméril et J. Geoffroy (depuis imprimé dans les Annales de la Société entomologique), les larves appartenaient, soit à des œstres, soit à la mouche à viande. Le cas présent communiqué par M. J. Geoffroy, a été recueilli cet été par M. Fourcault, médecin à Houdan. Il est très certainement, dit M. Geoffroy, relatif à une autre espèce de diptère, et paraît l’être à la mouche commune. Il a été offert par un enfant qui portait à la partie supérieure et antérieure de la poitrine deux petites tumeurs : M. Fourcault, ayant reconnu qu’elles étaient causées par la présence de larves parasites, chercha et réussit à extraire celles-ci encore vivantes ; et il les conserva assez long-temps pour que l’une d’elles pût achever presque entièrement ses métamorphoses.

M. Duméril croit important de déterminer si véritablement les mouches dont il est question, sont des mouches communes ; car ces insectes n’ont pas d’instrumens propres à entamer l’épiderme, encore moins la peau ; et par conséquent les larves n’ont pu former des tumeurs non ulcérées. Il en est autrement des œstres, des conops et de quelques autres diptères dont les larves sont parasites et se développent dans les animaux vivans. On a souvent vu des larves se développer dans de petites ulcérations purulentes, mais jamais sous la peau.

Physique terrestre.Puits artésien de Cangé.

Il s’était glissé des erreurs dans les premiers renseignemens communiqués à l’Académie sur le puits artésien de Cangé. La lettre suivante de M. E. Desbassayns de Richemont à M. Arago, rétablira les faits dans toute leur exactitude.

« Monsieur, dans l’avant-dernière séance de l’Académie, l’un de ses membres dont le patronage éclairé a contribué si puissamment à encourager le forage des puits artésiens en France, a donné quelques détails au sujet d’un puits qui a été foré dernièrement par M. Mulot, dans une propriété appartenant à mon père. Comme les résultats qui ont été obtenus, quelque remarquables qu’ils soient, sont encore loin de ceux qui ont été annoncés à M. Héricart de Thury, j’ai cru utile dans l’intérêt de la science de rectifier des faits dont j’ai été moi-même témoin.

» Le puits dont il s’agit a été percé à une lieue environ de Tours, à une très petite distance de la rive droite du Cher et au milieu de prés qui dépendent du château de Cangé et qui doivent être arrosés par les eaux de ce puits. Après avoir traversé les terrains de transport et un banc de craie de 62 mètres d’épaisseur, on a trouvé, à la profondeur de 67 à 74 mètres, plusieurs nappes d’eaux jaillissantes séparées par des plaquettes de grès dur et qui ont fourni, à un mètre environ au-dessus du sol naturel, 250 litres d’eau à la minute. Ayant continué à creuser, on a rencontré, de 74 à 95 mètres environ, de nombreuses couches de grès et de sables verts, et de 95 à 125 mètres, des couches d’argile brune très puissantes, alternant avec des calcaires siliceux et des grès verts en bancs plus ou moins épais. Parvenue à 125 mètres, la sonde a été enfoncée dans l’espace de quelques heures jusqu’à 130 mètres, en traversant successivement des plaquettes de grès et des couches de sables verts qui ont fourni une énorme masse d’eau. La quantité considérable de sable qui, pendant les premiers jours, a été vomie par ce puits est sans doute ce qui a contribué à induire en erreur la personne qui a fourni des renseignemens à M. Héricart de Thury ; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’ayant établi moi-même un déversoir avec le plus grand soin, j’ai reconnu, en employant la formule… V = 1,80 l’H  indiquée par M. Daubuisson de Voisins, que le volume total de l’eau fourni à deux pieds en contre-bas du sol, était primitivement de 2566 litres à la minute, le tube foré ayant alors dans sa partie la plus étroite, 12 centimètres de diamètre. Depuis lors, ce tube ayant été alésé à 16 centimètres, puis à 19 centimètres et demi, le volume d’eau s’est accru d’abord à 2675, puis à 2880 litres. C’est donc de 2500 à 2600 litres que doit donner notre seconde source isolée de la première.

» Lorsque l’on considère la différence qui existe entre le produit de ce puits et celui des puits les plus abondans de la ville de Tours, qui ne donnent, dans le même temps, que 1800 litres, et lorsque, d’un autre côté, on remarque le peu de rapport qui existe entre l’épaisseur des bancs de craie et d’argile qui ont été traversés par la sonde à Tours et à Cangé, on se demande si les nappes d’eau souterraines qui ont été rencontrées dans ces deux points, sont bien les mêmes. Cette question est d’autant plus importante, que, s’il en est ainsi, on a la presque certitude de trouver des sources abondantes dans tout le bassin que forment le Cher et la Loire à leur jonction. Mais toute incertitude à cet égard se dissipe, en observant que les caractères chimiques des eaux sont les mêmes, qu’elles ont été trouvées à des profondeurs presque identiques, et qu’enfin, à part toute autre considération, la différence de puissance de ces sources trouverait son explication dans ce seul fait, que le point où jaillissent les eaux du puits de Cangé, est de 8 ou 10 pieds plus bas que celui où elles percent le sol à Tours. Cette dernière circonstance, jointe à quelques présomptions tirées de la nature des terrains qui ont été rencontrés à Tours et à Cangé, à la profondeur à laquelle nous sommes parvenus, semblent même nous permettre d’espérer de trouver encore de nouvelles nappes d’eau jaillissante. C’est, du reste, ce que nous saurons bientôt, M. Mulot ayant voulu, dans l’intérêt de la science et du département d’Indre-et-Loire, continuer encore le forage.

» Aussitôt que notre puits aura été tubé, nous nous proposons de faire quelques expériences pour constater quelle est sa force ascensionnelle, et quelles pertes d’eau l’on éprouverait en diminuant successivement les dimensions de l’orifice de sortie au niveau du sol. La comparaison des résultats ainsi obtenus, nous mettra à même, je l’espère, de reconnaître si, pour tirer le meilleur parti possible de l’eau des puits artésiens de la Touraine comme force motrice, et l’employer en même temps pour l’irrigation, il convient mieux de la faire agir par son propre poids, en l’élevant à une certaine hauteur, ou par sa force d’impulsion, en la prenant au niveau du sol. La faible influence que paraît avoir sur les quantités d’eau fournies par les sources artésiennes, le diamètre des tubes forés, et la perte énorme que l’on éprouve, au contraire, en élevant le tube ascensionnel au-dessus du sol, nous ont fait penser que cette question était digne d’examen. Du reste, si comme quelques expériences que nous avons déjà faites autorisent à le croire, les résultats que nous obtenons présentent de l’intérêt, j’aurai l’honneur de vous les faire connaître.

» Permettez-moi de vous prier, Monsieur, de vouloir bien mettre sous les yeux de l’Académie, ceux des détails contenus dans cette lettre, que vous croirez de nature à l’intéresser. J’espère que cette communication ne blessera en rien M. Héricart de Thury, attendu qu’il n’est point responsable des erreurs de ses correspondans, et que son but, comme le mien, n’est que de faire connaître la vérité.

» Personne ne s’étant plus que vous occupé des questions relatives aux puits artésiens, s’il était quelque observation que vous jugeassiez utile de faire à Cangé, dans l’intérêt de la science et de l’industrie, mon père et moi, nous nous ferions un plaisir de la tenter ; nous le pourrons d’autant plus facilement, que mon père se propose de faire creuser incessamment un nouveau puits à 2 ou 3 toises du premier, sur la rive gauche du Cher. »

Physique terrestre.Anguilles venant d’un puits artésien.

M. Arago présente trois anguilles provenant d’un puits artésien, qui lui ont été remises par M. Girardin, très habile professeur de chimie industrielle, à Rouen ; il montre, par diverses considérations, combien ce fait mérite d’être approfondi. L’Académie autorise les secrétaires à prier en son nom M. Girardin de vouloir bien donner suite à sa curieuse observation.

Voici un extrait de la lettre de M. le professeur de Rouen à M. Arago.

« Vous savez que M. Mulot, sondeur-mécanicien, a foré avec un très grand soin deux puits, à Elbeuf, l’un chez M. J. Lambert, l’autre chez M. Prieur-Quesné, fabricant de drap. Ces puits, à peu de distance de la Seine, et assez rapprochés l’un de l’autre, sont remarquables par le volume et la pureté de l’eau qu’ils fournissent. Ils sont à la même profondeur de 149m,40. La nappe qui les alimente, et qui doit être la même, se trouve dans les sables verts et gris, inférieurs à la craie.

» Les couches traversées par la sonde sont absolument semblables dans les deux localités. La formation de craie a la même épaisseur, de 121m,95.

» Voici la quantité d’eau fournie par ces puits.

Puits de M. J. Lambert.

À fleur du sol 
300000 litres en 24 heures.
À 8m,32 au-dessus du sol, hauteur à laquelle on le fait couler ordinairement 
180000 id.
À 21m,76, plus de 
50000 id.
L’eau peut être élevée de 26 à 32m,50 au-dessus du sol.

Puits de M. Prieur.

À 1m au-dessus du sol 
500000 litres en 24 heures.
À 10m 
350000 id.
À 20m 
200000 id.
On l’a fait couler à 23m ; mais il a été impossible de mesurer la quantité d’eau qu’il fournissait à cette grande élévation.
L’eau peut être élevée à 32m,50 au-dessus du sol. La hauteur à laquelle on la fait couler ordinairement est de 5m.

» On a trouvé, en creusant ces deux puits, une nappe d’eau d’infiltration peu abondante, à 6m,49, et une seconde très abondante entre 11 et 12 mètres au-dessous du sol.

» L’eau de ces puits est très bonne, peu calcaire ; sa température est de 16° centigrades. Je vous ferai connaître plus tard sa composition chimique.

» Dans le puits de M. Prieur, les eaux ont charrié, pendant les premiers jours de la réussite du percement, au moins 25 mètres cubes de sable quarzeux et de sable gris verdâtre. Depuis une quinzaine de jours, elles amènent, au grand étonnement des habitans d’Elbeuf, de petites anguilles. (M. Duméril, à qui les poissons ont été montrés, les a reconnus pour de véritables anguilles.) Me trouvant, il y a 12 jours, à Elbeuf, Mme Prieur et beaucoup d’autres personnes me parlèrent de ce fait curieux, et m’assurèrent que ces anguilles sortaient bien du trou de sonde. Elles arrivent d’une manière très irrégulière et en petit nombre à la fois. Pendant le peu de temps que j’observai le puits, je n’en vis point paraître. On m’en a envoyé deux vivantes que j’ai conservées dans cet état pendant 5 à 6 jours ; mais elles sont mortes pendant mon voyage de Rouen à Paris. Je les ai mises aussitôt dans l’esprit-de-vin, afin qu’on puisse les examiner.

» Un autre fait que je dois encore signaler à votre attention, c’est que vingt-quatre heures après un orage ou une pluie violente, l’eau de ce puits arrive toute trouble et chargée d’une grande quantité d’argile ou de sable. Elle a le même aspect que l’eau de la Seine après de grandes pluies. Ce fait a été constaté déjà un grand nombre de fois.

» Je désire, Monsieur, que ces renseignemens puissent vous intéresser. Je vous tiendrai au courant de ce qui pourra se présenter ultérieurement. On creuse un troisième puits à Elbeuf chez M. Randoing ; il est déjà assez avancé. Un quatrième va bientôt être foré à un quart de lieue de la ville dans une propriété appartenant à l’un des messieurs Grandin. »

Astronomie.Troisième livraison de la Carte de la Lune, de MM. Guillaume Beer et J.-H. Maedler.

Cette carte de la Lune est dessinée d’après la projection orthographique. Elle a 1 mètre de diamètre. Les auteurs se sont engagés à n’y porter que ce qui aura été vu, observé, mesuré et calculé par eux-mêmes. Ils ont déjà déterminé les positions absolues de 106 points principaux. Les objets du second ordre sont rapportés aux précédens à l’aide de triangles, comme dans nos canevas géodésiques. En passant aux points de moindre importance, aux points du troisième ordre, les auteurs se contentent de simples alignemens.

La nomenclature est celle de Riccioli : tous les anciens noms d’hommes célèbres sont conservés. Au besoin, de nouveaux noms propres ont été introduits ; on en comptait déjà 29 de cette espèce dans la première livraison de la nouvelle carte. Quant à des centaines de petits objets qui peuvent cependant intéresser les astronomes, les auteurs les marquent par les lettres de l’alphabet latin, s’il s’agit de cratères, et par celles de l’alphabet grec, lorsqu’ils ont à désigner de petites montagnes.

Dans les livraisons déjà publiées de la belle carte de la Lune qu’il exécute à Dresde, M. Lohrmann a employé, pour la représentation des montagnes, la méthode assez généralement adoptée aujourd’hui par les topographes : la teinte plus ou moins noire du dessin donne la mesure de la rapidité des pentes. MM. Beer et Maedler se sont rigoureusement conformés aux mêmes principes dans toutes les parties de leur grand travail.

La Lune renferme des régions brillantes et d’autres régions très sombres : le jour de la pleine lune, chacun a pu le remarquer, même à l’œil nu, MM. Beer et Maedler sont parvenus avec des mélanges convenables de blanc et de noir, à donner aux diverses parties de leur carte les degrés comparatifs de clarté dont les objets naturels eux-mêmes sont doués.

Les auteurs ont poussé le scrupule jusqu’à désigner par un genre particulier de hachures les espaces où, dans des circonstances atmosphériques très favorables, ils assurent avoir aperçu des couleurs, le rougeâtre, le brun-jaune et surtout le verdâtre. Dans le nombre de ces espaces colorés, MM. Beer et Maedler placent au premier rang l’intérieur du mare serenitatis.

La nouvelle carte a été très habilement gravée sur pierre par M. Vogel sous la direction immédiate de M. Maedler. La 4me et dernière livraison paraîtra avant la fin de 1836. D’après les engagemens que les auteurs ont bien voulu contracter, les astronomes peuvent espérer de voir publier en même temps un ouvrage où seront consignés les nombreux résultats mathématiques et physiques qu’une si longue, qu’une si minutieuse contemplation de notre satellite a dû nécessairement révéler.

En présentant cette 3me livraison de la carte de la Lune à l’Académie, M. Arago a rappelé les curieux mémoires que MM. Beer et Maedler ont déjà publiés sur la constitution physique et le mouvement de rotation de Mars et de Jupiter. En très peu de temps, a-t-il ajouté, l’observatoire de Berlin que M. Guillaume Beer a fait construire à ses frais, aura ainsi pris rang parmi ceux de ces dispendieux établissemens auxquels la science est le plus redevable. Dès aujourd’hui, la famille Beer, qui déjà pouvait se glorifier d’avoir donné au monde le célèbre poète dont une mort prématurée a si malheureusement brisé la brillante carrière, et l’illustre musicien auteur de Robert le Diable, a le droit d’inscrire le nom du troisième frère parmi ceux des astronomes les plus zélés, les plus scrupuleux et les plus habiles de notre époque.

Physique.Sur la conductibilité électrique ; par M. Peltier.

Dans un Mémoire lu à la Société royale de Gottingue, le 14 février dernier, M. Gauss avance, avec M. Ohm, que les fils métalliques opposent au passage des courans électriques une résistance qui est toujours directement proportionnelle à leur longueur, et inversement proportionnelle à la surface de leur section transversale. Cette assertion et les diverses tables qui ont été données de la conductibilité électrique, font l’objet de la note de M. Peltier.

Après avoir rappelé la grande variété de résultats obtenus par les physiciens, M. Peltier avance qu’il faut chercher la cause de ces discordances dans l’espèce d’électro-moteur employé. Suivant l’auteur, c’est là le principal élément du phénomène, et si on l’a oublié, c’est qu’on était fasciné par les hypothèses reçues sur l’origine de l’électricité. « Dès l’instant, dit-il, que tous les effets électriques furent le produit de l’action d’un ou de deux fluides spéciaux, il fallut placer ces fluides dans les corps, les y enchaîner avec des puissances actives ou virtuelles, selon le besoin ; il fallut douer les corps eux-mêmes d’aptitudes différentes pour les contenir ou leur livrer passage. Ces hypothèses n’ayant pas suffi pour expliquer tous les faits dont la science s’est dernièrement enrichie, on a eu recours à des ondes électriques, imitation des ondes lumineuses ; mais tout cela n’a fait que déplacer la difficulté, puisqu’il faudrait loger et conserver les ondes comme il fallait loger et conserver les fluides. » Ainsi, d’après M. Peltier c’est de la création imaginaire des fluides électriques spéciaux et permanens, que sont venues de fausses idées sur des écoulemens plus ou moins faciles. Pour prouver que les faits ne se prêtent pas aux formules, M. Peltier joint à sa lettre les tableaux suivans. Ces tableaux démontrent, en effet, qu’il y a de très grandes différences entre les pertes éprouvées par un courant qui traverse diverses longueurs d’un même fil, selon l’espèce d’électro-moteur employé, et même selon la température du même électro-moteur.

Une des soudures ayant sa température élevée de En se servant d’un couple thermo-électrique bismuth et antimoine :

On obtient les déviations proportionnelles suivantes
[12] avec un multiplicateur de 61 tours, après l’intercalation d’un fil de fer de 1 millimètre de section et d’une longueur de :
3 mèt. 6 mèt. 9 mèt. 12 mèt. 15 mèt. 18 mèt. 21 mèt. 24 mèt.
4° centig. 
46° 35° 26° 20° 16° 14° 12° 10°,5
8 id
64 47 39 31 26 22 19 17
Avec une pile de 34 couples :
Non notée 
28° 23° 19°,5 16°,5 14°,5 12°,8 11°,5 10°,5
Avec un couple thermo-électrique fer et étain ;
multiplicateur de 126 tours :
24° 
29° 23°,5 19° 16° 13°,8 12° 10°,5 9°,2
48° 
44 31,5 23,5 19 16 13,6 11,5 10,2
Électricité d’induction ; multiplicateur de 21 tours :
Hélice de 200 tours. 19° 15° 12° 10° 8°,2 7°,5
Hélice de 1000 tours. 24 22,8 21,5 20,2 19 18 17,7 17
Couple thermo-électrique zinc et cuivre ; multiplicateur d’un tour d’une lame de cuivre. Le fil de fer étant trop résistant a été remplacé par un fil de cuivre de :
Température. 1 mètre. 2 mètres. 5 mètres. 7 mètres.
35° 
14° 2°,5

Avec un couple hydro-électrique, les 24 mètres de fil de fer n’ont pas altéré la quantité d’électricité transmise.

M. Peltier se propose d’indiquer la cause de ces différences, dans une autre communication.

Astronomie.Comète de Halley.

M. Poisson présente une nouvelle note de M. de Pontécoulant que nous allons reproduire textuellement :

« Le retour de la comète de Halley ayant donné un nouveau degré d’intérêt à la théorie de cet astre, j’ai revu avec le plus grand soin toute la partie du calcul de ses perturbations qui se rapporte à la période de 1682 à 1759, et qui est la plus importante, parce qu’on en déduit la valeur du moyen mouvement diurne au périhélie de 1759, et que l’exactitude de cet élément a la plus grande influence sur la fixation de la durée de la période suivante. Cette révision a produit quelques légères corrections dans les résultats que j’avais donnés dans mes précédens mémoires. J’ai aussi corrigé les masses de Jupiter et de la Terre que j’avais adoptées dans mes premiers calculs, et je suis parvenu ainsi aux résultats suivans.

« En désignant respectivement par et les masses de Jupiter, Saturne, Uranus, la Terre et Vénus, et supposant

en conservant d’ailleurs les autres valeurs et désignations de mon mémoire inséré dans la Connaissance des Tems pour 1833, on trouve pour les altérations du moyen mouvement diurne, du périhélie, de l’époque et de l’anomalie moyenne pendant la période de 1682 à 1759 :
♃ 
+0″33549500 +9372″726 −5507″274 −261″295 +1862,068 +17003″363
♄ 
+0,02844755 +794,739 +740,537 −96,783 + 248,114 +399,099
♅ 
+0,01396550 +390,154 +149,900 −11,030 +90,696 +341,980
♁ 
+0,01787022
»
»
»
»
»
♀ 
−0,00010494
»
»
»
»
»
+0,39567333 + 10557,619 −4616,837 −369,108 +2200,878 +17744,442

» Si l’on nomme le moyen mouvement diurne au périhélie de 1682, on aura

La durée de la période de 1682 à 1759 étant de 27937 jours, si l’on fait dans l’équation précédente et , on trouvera

» En désignant ensuite par le moyen mouvement diurne au périhélie de 1759, on aura , ou bien, en substituant pour et , leurs valeurs,

» Le calcul des perturbations de 1759 à 1835 a donné, pour les altérations du moyen mouvement et de l’anomalie moyenne résultant de l’action de Jupiter, Saturne et Uranus[13], et  ; en nommant d’ailleurs l’intervalle compris entre les deux passages au périhélie, on a

En substituant pour et leurs valeurs, on trouve
ce qui, à compter du 13,089 mars 1682, donne le 14,74 novembre 1835, pour l’époque du passage de la comète au périhélie, le jour commençant à minuit, selon l’usage ordinaire.

» Quant aux autres élémens de l’orbite de la comète à cette époque, en nommant le moyen mouvement diurne, on aura d’abord

d’où l’on conclura pour le grand axe de l’orbite
.

» On a trouvé pour l’altération de l’excentricité, pendant la même période, . En supposant donc, selon Burckhardt, l’excentricité de l’orbite en 1759 égale à 0,967557, on aura en 1835 :

» Si l’on nomme l’inclinaison de l’orbite mobile de la comète sur le plan de son orbite en 1759, et la longitude de son nœud ascendant comptée du périhélie et dans le sens du mouvement de la comète, et qu’on fasse


on trouvera

d’où, en prenant celle des deux valeurs de qui donne pour une valeur positive, on conclura


» Si l’on nomme ensuite l’inclinaison de l’orbite de la comète à l’écliptique et la longitude de son nœud ascendant en 1759, et que l’on considère le triangle sphérique compris entre l’écliptique, le plan de l’orbite vraie de la comète et le plan de son orbite fixe, triangle dans lequel on connaît le côté et les deux angles adjacens et , on trouvera

pour le mouvement direct du nœud ascendant sur l’écliptique 
14′ 54″
pour l’inclinaison de l’orbite en 1835 
17° 44′ 3″

» Enfin, le calcul des perturbations ayant donné pour la variation du périhélie

on en conclura, par la résolution du même triangle, pour la distance du périhélie au nœud en 1835 
249° 22′ 28″.

» En supposant donc la précession des équinoxes dans l’intervalle de 1682 à 1759 de 1° 4′ 5″, on aura

Pour la longitude du nœud ascendant en 1835 
54° 59′ 10″
Pour la longitude du périhélie sur l’orbite 
304.21.38

» En rassemblant les résultats précédens, on aura pour les élémens de l’orbite de la comète au périhélie de 1835 :

Instant du passage au périhélie 
14j,74 novembre
Demi-grand axe 
17,99829
Excentricité 
0,967513
Lieu du périhélie sur l’orbite 
304° 21′ 38″
Longitude du nœud ascendant 
54° 59′ 10″
Inclinaison de l’orbite à l’écliptique 
17° 44′ 3″
Moyen mouvement diurne 
46″,4687067
Sens du mouvement, rétrograde. »
Organogénie.Formation du placenta.

Sur la demande d’un membre, le secrétaire a donné lecture de la note suivante de M. Coste.

« Dans l’état actuel de la science, on peut établir d’une manière générale que le placenta, malgré la diversité de ses apparences, est constitué dans toutes les espèces par l’entrelacement plus ou moins intime d’une multitude de villosités, considérées à tort comme des dépendances émanant exclusivement du chorion. On peut aussi admettre, comme un fait incontestable, que les vaisseaux ombilicaux se prolongent jusqu’aux dernières extrémités de ces villosités pour s’y anastomoser ; et si l’on en doutait encore, je rappellerais ici les pièces présentées, il y a déjà bien long-temps, à la Société philomatique par M. de Blainville. Je signalerais aussi les belles injections qu’un anatomiste d’Édimbourg a bien voulu me montrer pendant mon voyage en Écosse. Mais quelle est la structure intime des villosités placentaires ? par quel mécanisme se développent-elles ? Voilà deux questions auxquelles il me semble qu’on n’a pas encore répondu, et c’est pour remplir cette lacune que j’ai l’honneur d’adresser à l’Académie le résultat de mes recherches.

» Je crois avoir démontré, par l’observation directe, comment, après avoir pris naissance à l’extrémité caudale de l’embryon, l’allantoïde des mammifères vient s’appliquer sur la face interne du chorion, pour se confondre avec lui par une adhérence intime. Or, si l’on ouvre l’allantoïde au moment où les villosités placentaires commencent à naître, il est facile de constater que chacune de ces villosités n’est autre chose qu’un appendice cœcal, subdivisé en d’autres appendices, et formé par l’allantoïde et le chorion confondus. Il suit de là que chaque villosité se trouve composée de deux gaînes, l’une extérieure non vasculaire provenant du chorion, l’autre intérieure vasculaire, appartenant à l’allantoïde. Cela étant, on comprend comment les vaisseaux ombilicaux peuvent arriver jusqu’aux extrémités des villosités, puisque ces mêmes vaisseaux étaient antérieurement ramifiés dans les parois de l’une des membranes qui se sont creusées en cœcums tout-à-fait semblables à ceux dont se composent les appareils glandulaires. »

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Mécanique.Mémoire sur de nouvelles machines à vapeur ; par M. Delhomme.
(Commissaires, MM. Navier et Poncelet.)

Le but principal de l’auteur, autant du moins qu’on peut le comprendre d’après les descriptions très abrégées qui accompagnent les dessins, est de rendre les explosions impossibles.

Physique mathématique.Théorie des effets de la poudre ; par M. Piobert, capitaine d’artillerie.
(Commissaires, MM. Arago, Dulong, Poncelet.)

Nous avons quelques raisons d’espérer que le rapport sur le mémoire de M. Piobert sera fait très prochainement. Nous pouvons donc remettre à cette époque la publication de l’analyse, que sans cela nous nous serions empressé de donner aujourd’hui.

Géographie.Carte topographique du lac de Titicaca ou Chucuito et d’une partie du grand plateau des Andes ; par M. D’Orbigny.
(Commissaires, MM. Arago et Savary.)

Cette carte est déjà entièrement gravée ; mais, suivant les réglemens de l’Académie, elle pourra être l’objet d’un rapport écrit, parce que l’auteur ne l’a pas encore livrée au public.

RAPPORTS.
Rapport sur les expériences de MM. Piobert et Morin concernant la pénétration des projectiles durs.
(Commissaires, MM. Dupin, Navier et Poncelet rapporteur.)

Nous avons déjà fait connaître (voyez p. 13) les principaux résultats des expériences de MM. Piobert et Morin ; le rapport de M. Poncelet sera d’ailleurs imprimé dans le recueil des Mémoires de l’Académie ; nous pouvons donc nous borner à citer les conclusions.

« L’étendue que vos commissaires ont donnée au présent rapport, le soin qu’ils ont mis à analyser les différentes parties du mémoire de MM. Piobert et Morin, seront suffisamment justifiés, aux yeux de l’Académie par le haut but d’utilité des expériences entreprises sous leur direction, par la multiplicité, la diversité même des faits que ces expériences ont révélés, enfin par l’intérêt involontaire et très vif qui s’attache à des phénomènes de destruction si propres à démontrer la puissance de l’industrie humaine. On a vu que ces officiers ne se sont pas bornés, comme il n’arrive que trop souvent, à enregistrer avec scrupule une série de résultats commandés en quelque sorte à l’avance par la lettre d’un programme d’expériences ; qu’ils ont su tirer habilement parti de l’heureuse position où ils se trouvaient pour répandre du jour sur divers points encore obscurs de la théorie de la percussion et de la résistance des milieux à la pénétration ; qu’en un mot, le mémoire qu’ils présentent à l’Académie sur ces objets ne sera pas une œuvre stérile en conséquences théoriques ou pratiques. Mais tout en accordant aux auteurs le tribut d’éloges qu’ils méritent sous plus d’un rapport, vos commissaires croient devoir rappeler, derechef, que le succès des expériences qu’ils ont dirigées est principalement dû à la libéralité avec laquelle M. le ministre de la guerre a mis à leur disposition toutes les ressources nécessaires tant en personnel qu’en matériel. L’Académie n’a pas oublié, non plus, les généreux encouragemens accordés par le même ministre, à des expériences d’un autre genre, dont les résultats ont mérité son approbation, et elle fera des vœux pour qu’il continue à MM. Piobert et Morin, le bienveillant appui dont ils ont besoin pour la suite de leur importante et difficile entreprise.

» La publicité accordée à la partie scientifique de ces différens travaux, l’autorisation de les soumettre à votre tribunal impartial et éclairé, est aussi un fait qu’il faut signaler à la reconnaissance de tous les amis des lumières et du progrès. Ils seront, n’en doutons pas, un puissant motif d’émulation pour les officiers qui désormais se trouveront appelés à diriger des expériences relatives aux différentes branches des services militaires, et auxquels l’exemple de MM. Piobert et Morin servira à prouver que les théories de la science et l’esprit d’observation sont non-seulement utiles mais indispensables au perfectionnement des méthodes et de la pratique.

» Sous les divers points de vue qui viennent d’être indiqués, vos commissaires pensent que le travail qui fait l’objet du présent rapport mérite les encouragemens de l’Académie, et ils ont en conséquence l’honneur de vous soumettre la proposition d’en ordonner l’impression dans le Recueil des Savans étrangers. »

L’Académie adopte les conclusions de ses commissaires et décide que le rapport sera imprimé dans le recueil de ses mémoires.

NOMINATIONS.

MM. Dupin et Séguier sont priés de faire un rapport sur l’Art du Bottier que M. Francou a présenté dans la dernière séance.

M. Arago s’adjoindra à la commission chargée, sur la demande du ministre de l’intérieur, d’examiner les eaux envoyées par le maire de Bordeaux.


M. Arago annonce à l’Académie que M. Brinkley, l’un de ses correspondans, ancien directeur de l’observatoire de Dublin et évêque de Cloyne, est mort le 13 septembre. Si le temps le lui permet, il donnera samedi, dans le Compte rendu de la séance, une notice sur les nombreux travaux de cet astronome célèbre. (Voyez à la page suivante.)

La séance est levée à 5 heures.

A.

NOTICE
Sur la vie et les ouvrages de M. John Brinkley, correspondant de l’Académie des Sciences.

La vie scientifique de Brinkley s’étant passée presque tout entière à Dublin, on croit généralement que ce grand astronome était Irlandais ; mais c’est une erreur : Brinkley naquit en Angleterre, et de parens anglais. Il fit ses études au Caïus college de Cambridge, où d’éclatans succès le signalèrent de bonne heure à l’attention des amis des sciences. Dans un concours pour la plus haute dignité universitaire qui puisse être accordée aux élèves, celle de Senior Wrangler, il l’emporta sur tous ses concurrens au nombre desquels se trouvait Malthus, devenu depuis si célèbre par le grand ouvrage sur la population. Pourvu bientôt après d’un Fellowship, Brinkley se livra avec ardeur à l’enseignement, dans ce même Caïus college, dont il avait, comme élève, augmenté la renommée.

En quittant Cambridge, il alla occuper, à l’université de Dublin, la chaire d’astronomie devenue vacante par la mort de Uscher. Les archives de l’Observatoire, les mémoires de l’Académie d’Irlande, les transactions de la Société Royale de Londres ont recueilli les fruits précieux de son zèle infatigable. Dans chacun des écrits de Brinkley, on trouve l’historien fidèle, l’ami sincère de la vérité, l’observateur exact, le profond mathématicien. Également fiers du savoir et du caractère d’un tel collègue, les académiciens irlandais le placèrent à leur tête, avec le titre de président perpétuel. Dans l’année 1827, le gouvernement lui-même donna à Brinkley la plus haute marque de confiance : il le nomma évêque protestant de Cloyne. Ce siége épiscopal avait déjà été occupé par un homme célèbre, par le métaphysicien Berkeley. Ses revenus sont très considérables. On dut certainement regretter que Brinkley consentît à échanger contre des biens périssables attachés à la dignité ecclésiastique, les découvertes scientifiques qui l’attendaient dans sa première carrière ; en tout cas, aucun de ceux qui le connaissaient ne lui fit l’injure de voir dans son acceptation, autre chose qu’un acte de conscience. À partir du jour où il fut revêtu de l’épiscopat, l’homme dont toute la vie avait été consacrée, jusque là, à la contemplation du firmament et à la solution des questions sublimes que recèlent les mouvemens des astres, divorça complétement avec ces douces, avec ces entraînantes occupations, pour se livrer sans partage aux devoirs de sa charge nouvelle. Afin d’échapper, je suppose, à la tentation, l’ex-directeur de l’Observatoire royal d’Irlande, l’ex-andrew’s professeur d’astronomie de l’université n’avait pas même dans son palais la plus modeste lunette. On doit la révélation de ce fait presque incroyable à l’indiscrétion d’une personne qui s’étant trouvée chez l’évêque de Cloyne un jour d’éclipse de lune, eut le déplaisir, faute d’instrumens, de ne pouvoir suivre la marche du phénomène qu’avec ses yeux.

Brinkley est mort à Dublin, le 13 septembre 1835. Ses restes inanimés ont été suivis avec le plus profond recueillement par toutes les personnes consacrées à l’étude que renferme la capitale de l’Irlande ; on les a déposés dans la chapelle de l’Université. Le catalogue bibliographique suivant fera, je l’espère, suffisamment apprécier l’astronome, le professeur, le géomètre. Quant à l’homme moral, pourrais-je rien dire de plus significatif que ces simples paroles d’une lettre qui m’arrive à l’instant :

« Je ne pense pas que jamais personne ait été plus universellement regretté. J’ose affirmer que Brinkley n’avait pas un seul ennemi ! » Brinkley habitait cependant cette malheureuse Irlande, foyer de tant de passions ardentes, de tant de haines implacables, de tant de cruelles misères !

Catalogue chronologique des mémoires publiés par John Brinkley.
Démonstration générale du théorème de Cotes, déduite des seules propriétés du cercle.
(Lu à l’Académie d’Irlande le 4 novembre 1797 ; imprimé dans le 7e volume des Transactions of the Royal Irish Academy.)

Les démonstrations du théorème de Cotes données par Moivre, par Maclaurin, etc., reposaient sur les propriétés de l’hyperbole et sur l’emploi de quantités imaginaires. Brinkley, comme le titre de son mémoire l’indique, a cru devoir essayer d’arriver au même théorème en ne faisant usage que des propriétés du cercle. Sa démonstration n’occupe que quatre pages.

Méthode qui conduit, quand cela est possible, à la valeur d’une variable en fonction de puissances entières d’une seconde variable et de quantités constantes, les deux variables étant liées entre elles par des équations données. Doctrine générale du retour des suites, de la détermination approchée des racines des équations ordinaires et de la résolution en séries des équations différentielles.
(Lu le 3 novembre 1798 à l’Académie de Dublin ; imprimé dans le 7e volume des Transactions of the Royal Irish Academy.)

Le but de l’auteur est précisément celui qu’Arbogast se proposa dans son Calcul des Dérivations. Les deux ouvrages ont été publiés à la même date, ainsi aucune discussion de priorité ne pourrait s’élever ; au surplus, si l’objet est le même, les procédés sont différens. Brinkley attache une importance toute particulière aux théorèmes qu’il a trouvés pour déterminer les différentielles des divers ordres per saltum, c’est-à-dire sans passer par la série des différentielles des ordres moins élevés. Pour rendre les avantages de sa méthode évidens, il l’applique à un grand nombre de problèmes déjà traités par d’autres géomètres.

Sur les orbites que les corps décrivent quand ils éprouvent l’action d’une force centripète dont l’intensité varie suivant une puissance quelconque de la distance.
(Lu à l’Académie royale d’Irlande le 9 mars 1801 ; imprimé dans le tome 8
de ses Transactions.)

Ce mémoire peut être considéré comme un très bon commentaire des 8me et 9me sections du premier livre des Principes. Brinkley y signale les erreurs que Frisi et Walmesley avaient commises en traitant la question si délicate du mouvement des apsides. Il ne fait pas encore usage de la notation leibnitienne des différentielles.

Sur la détermination d’un nombre indéfini de portions de sphère, dont les superficies
et les volumes sont en même temps assignables algébriquement.
(Lu le 2 novembre 1801 à l’Académie de Dublin ; imprimé dans le volume 8
des Irish Transactions.)

Le célèbre problème que Viviani proposa en 1692, avait pour objet la détermination d’une certaine portion de la surface de la sphère, ou si l’on veut, d’une certaine étendue de voûte à forme sphérique, dont la superficie devait être exactement assignable. Dans un mémoire qui fait partie de la collection de Pétersbourg pour l’année 1769, Euler traita une seconde question, celle de la voûte cubable. Bossut remarqua plus tard (voyez Mémoires de l’Institut tome 2) que la construction de Viviani pour la voûte hémisphérique quarrable, donne en même temps une solution du problème de la voûte hémisphérique cubable. Dans le mémoire dont on vient de lire le titre, Brinkley établit qu’on peut obtenir un nombre indéfini de portions de sphère qui soient à la fois quarrables et cubables. Le théorème de Bossut est un cas particulier de la solution générale donnée par le géomètre de Dublin.

Examen des différentes solutions qui ont été données du problème de Kepler ; indication d’une très courte solution pratique du même problème.
(Lu à l’Académie d’Irlande le premier novembre 1802 ; imprimé dans le 9me volume
des Transactions of the Royal Irish Academy.)

Le problème de Képler a pour objet la détermination de la position elliptique d’une planète, d’après la connaissance de sa position moyenne et de l’excentricité de l’orbite. Ce problème n’est pas susceptible d’une solution rigoureuse. La solution approchée est contenue dans une série que les géomètres ont poussée assez loin et qui se déduit des équations fondamentales du mouvement elliptique. Avant que cette série n’eût été trouvée, on arrivait au but par des méthodes indirectes, fort ingénieuses et plus ou moins exactes. Parmi ces méthodes, il faut distinguer d’abord celle de Képler lui-même ; ensuite les méthodes si célèbres de Seth Ward, de Bouillaud, de Mercator, lesquelles, à proprement parler, n’étaient pas des déductions de la loi des aires, mais se fondaient sur des hypothèses dont la fausseté ne fut bien établie que par la découverte de la cause physique des mouvemens célestes, car elles représentaient les anciennes observations des planètes, avec une précision vraiment remarquable. En suivant l’ordre des dates, on passe de Mercator aux deux procédés donnés par Newton dans l’immortel traité de philosophie naturelle, et bientôt après à ceux de Jacques Cassini, de Lacaille, de Thomas Simpson, de Mathew Stewart. Brinkley étudie ces diverses méthodes, les approfondit, les compare entre elles, en apprécie l’exactitude. Un ouvrage d’astronomie, dans lequel l’auteur parcourrait toutes les questions importantes avec le même soin, avec la même clarté, serait véritablement sans prix.

Théorème servant à trouver la surface d’un cylindre oblique à base circulaire, suivi de sa démonstration géométrique.
(Lu à l’Académie de Dublin le 20 décembre 1802 ; imprimé dans le 9me volume
des Irish Transactions.)

Le théorème élégant donné et démontré par Brinkley dans ce mémoire, peut s’énoncer ainsi :

La surface d’un cylindre oblique à base circulaire, est égale à celle d’un rectangle dont un côté serait le diamètre de cette base et l’autre côté la circonférence d’une ellipse ayant pour axes la hauteur verticale du cylindre et la longueur de ses arètes.

Recherche du terme général d’une série qui est très importante dans la méthode inverse des différences finies.
(Lu à la Société Royale de Londres le 26 février 1807 et inséré dans le vol.
des Transactions philosophiques de la même année.)

L’auteur s’occupe des théorèmes sur les différences finies que Lagrange donna dans le volume de l’Académie de Berlin pour l’année 1772 et qui furent ensuite démontrés par Laplace. Ce beau mémoire n’est pas connu, ce me semble, des géomètres du continent autant qu’il le mérite. On en trouve, cependant, quelques extraits dans le 3me vol. du grand et excellent ouvrage de M. Lacroix.

Sur la solution que Newton a donnée du problème qui consiste à trouver quelle relation doit exister entre la résistance et la gravité pour qu’un corps décrive une courbe donnée.
(Lu le 25 mai 1807 à l’académie de Dublin ; imprimé dans le 11me vol.
des Irish Transactions.)

La solution de ce problème, publiée dans la première édition des Principes, était certainement inexacte ; mais les plus grands géomètres, les Nicolas Bernoulli, les Lagrange, etc., ne se sont pas accordés quand il a fallu dire en quoi consistait véritablement l’erreur de Newton. Indiquer nettement, sans ambiguïté, la source de cette erreur, tel est le principal objet que Brinkley s’est proposé dans le mémoire dont on vient de lire le titre.

Recherches relatives au problème dans lequel on se propose de corriger les distances apparentes de la Lune au Soleil ou aux étoiles, des effets de la parallaxe et de la réfraction. Solution facile et concise de cette question.
(Lu le 7 mars 1808 à l’Académie de Dublin ; imprimé dans le 11me vol.
des Irish Transactions.)

La recherche de la correction de la distance observée exige, suivant les cas, des attentions minutieuses dont les marins sont quelquefois embarrassés. Au contraire, le calcul direct de la distance réduite, s’effectue toujours de la même manière. Par ce motif, c’est le calcul direct que Brinkley se propose.

Sa méthode est simple et très expéditive.

Mémoire concernant la parallaxe annuelle de certaines étoiles.
(Lu le 6 mars 1813 à l’Académie de Dublin ; imprimé dans le 12me volume
des Irish Transactions.)

Douze mois d’observations conduisent Brinkley aux parallaxes suivantes :

de l’Aigle 
3″,0
Arcturus 
1″,1
de la Lyre 
0″,7
du Cygne 
0″,9

du Dragon passe au méridien une demi-heure seulement avant la Lyre. La différence de hauteur de ces deux étoiles n’est pas tout-à-fait de 13°. La cause, quelle qu’en fût la nature, qui rendrait les observations de la Lyre inexactes et donnerait à cette étoile une apparence de parallaxe, semblerait devoir produire le même effet sur du Dragon ; or, les observations que Brinkley a faites de du Dragon, ne conduisent à aucune parallaxe appréciable.

Recherches analytiques sur les réfractions astronomiques ; comparaison des tables qui en résultent avec les observations de quelques étoiles circumpolaires.
(Lu le 9 mai 1814 à l’Académie de Dublin ; imprimé dans le tome 12me
des Transactions of the Royal Irish Academy.

Brinkley obtient l’équation différentielle de la trajectoire du rayon lumineux, telle que Laplace l’a donnée dans la Mécanique céleste, mais en partant seulement de la loi du sinus, et sans recourir à la considération des attractions moléculaires à petites distances. Il trouve à cela, dit-il, l’avantage de ne rien supposer sur la nature de la lumière. Cet avantage, en le supposant réel, n’est pas, ce me semble, de longue durée, car bientôt l’auteur introduit dans ses formules, une expression à laquelle la force réfractive de l’air doit être proportionnelle : or cette expression n’a un sens que dans la théorie de l’émission !

L’intégrale de Brinkley a une forme commode. Des deux parties qui la composent, la première donnerait la valeur de la réfraction si la terre était plane ; la seconde fait connaître l’effet de la courbure des couches atmosphériques. On voit ainsi aisément, que jusqu’à 74° du zénith, cette dernière partie peut être négligée et que l’autre est indépendante de la loi de la densité de l’air.

Les erreurs des tables de réfraction du Bureau des Longitudes, d’après les observations de la Lyre faites par Brinkley à 87°4′ du zénith, varient entre +18″,2 et −17″,4.

Sur les observations faites au collége de la Trinité à Dublin, avec un cercle depieds de diamètre, et qui semblent indiquer une parallaxe annuelle dans certaines étoiles.
(Lu à l’Académie d’Irlande le 9 mai 1814 ; imprimé dans le 12me volume
des Transactions of the Royal Irish Academy.)

Brinkley trouve pour la parallaxe annuelle (en appelant ainsi l’angle soutendu à chaque étoile par le rayon de l’orbite terrestre) les résultats suivans :

de l’Aigle 
2″,7
Arcturus 
1″,1
de la Lyre 
1″,0
du Cygne 
1″,0

Ces résultats n’ont pas été généralement adoptés. On a supposé que les changemens de température pouvaient occasionner quelque déformation dans l’instrument de Dublin. À cela ou à toute autre cause semblable, Brinkley fait une réponse qui semble démonstrative ; il montre que les observations de la Chèvre, de du Taureau, de la Polaire, de du Dragon, de de la Grande-Ourse, faites avec le même cercle, ne donnent pas de parallaxe ; or pourquoi la déformation, par exemple, n’aurait-elle agi que sur les observations des quatre premières étoiles ?

Recherches d’astronomie physique principalement relatives à la détermination du moyen mouvement du périgée lunaire.
(Lu le 21 avril 1817 ; imprimé dans le volume 13me
des Transactions of the Irish Academy.)

En traitant séparément la question du déplacement des apsides de la Lune, l’auteur espère rendre ce phénomène plus facile à saisir qu’il ne l’est dans les théories générales qu’on a données du mouvement de notre satellite. Son but est aussi d’arriver au résultat, sans rien emprunter ni à la forme préconçue des intégrales, ni aux observations. Pour faire apprécier nettement sa pensée, Brinkley cite un passage du livre VII de la Mécanique céleste, dont il est bien loin de nier l’exactitude, mais où il croit voir dans la forme une sorte de cercle vicieux. À l’occasion de ce mémoire dans lequel, pour le dire en passant, la notation de Leibnitz a entièrement remplacé enfin celle des fluxions, Brinkley reçut de l’Académie Royale d’Irlande la médaille de Conyngham.

Oservations relatives à la forme des quantités constantes arbitraires qu’on rencontre dans l’intégration de certaines équations différentielles, comme aussi dans l’intégration de certaines équations aux différences finies.
(Lu le 23 juin 1817 à l’Académie de Dublin ; imprimé dans le tome 13e
des Irish Transactions.)

Les cas exceptionnels qu’offrent diverses intégrales, quand on donne certaines valeurs particulières aux constantes qu’elles renferment, ont excité les méditations des géomètres. Brinkley traite à son tour ce sujet en s’appuyant sur des considérations qui lui semblent plus rigoureuses que celles dont Lagrange avait fait usage.

Sur la parallaxe de certaines étoiles.
(Lu à la Société royale de Londres, le 5 mars 1818 ; imprimé dans les Transactions philosophiques de la même année.)

Les observations faites à Greenwich, par M. Pond, avec le cercle mural de Troughton, n’ayant pas confirmé, quant à la parallaxe, les résultats déduits des observations du grand cercle mobile de Dublin, Brinkley se livre, dans ce mémoire, à un examen minutieux de toutes les erreurs auxquelles les muraux exposent les astronomes. C’est pour le fond et pour la forme, un modèle de discussion. Le mémoire renferme, en outre, de nouvelles déterminations de parallaxe basées sur l’ensemble des observations faites à Dublin, de 1808 à 1818. Brinkley trouve :

Pour la Lyre 
0″,66
Pour du Cygne 
0,78
Pour de l’Aigle 
2,53
Pour du Dragon 
0,00

(J’appelle toujours parallaxe, l’angle soutendu par le rayon de l’orbite terrestre.)

Résultats des observations faites à l’Observatoire du collége de la Trinité, à Dublin, pour déterminer l’obliquité de l’écliptique et le maximum de l’aberration de la lumière.
(Lu à la Société royale de Londres, le 1er avril 1819 ; imprimé dans les Transactions Philosophiques pour la même année.)

D’après 16 solstices d’été observés par MM. Oriani, Pond, Arago, Mathieu, et par lui-même, l’auteur trouve, pour l’obliquité moyenne de l’écliptique,

À la date du 1er janvier 1813 
23° 27′ 50″,45.

Les observations de Bradley, recalculées par M. Bessel, et rapportées

Au 1er janvier 1755, donnent 
23° 28′ 15″,49
Diminution en 58 ans 
25,04
Diminution annuelle 
0,43

Les observations de distances zénithales faites en 1818, ont conduit Brinkley, pour le maximum d’aberration, aux valeurs suivantes :

de Cassiopée 
20″,72
Polaire 
20,63
Grande-Ourse
 
20,04
id. 
 
21,20
id. 
 
21,36
id. 
 
20,15
id. 
 
21,12
Moyenne 
20,80
Les observations de Bradley, faites à Wanstead avec un secteur zénithal, donnèrent 
20,00
Les observations de Bradley, faites à Greenwich, recalculées nouvellement, ont donné à M. Bessel 
20,70
D’après la vitesse de la lumière déduite des satellites de Jupiter, on adoptait généralement 
20,25
Méthode servant à calculer les réfractions astronomiques pour des objets voisins de l’horizon.
(Lu à l’Académie de Dublin le 17 janvier 1820 ; imprimé dans le 13me vol.
des Irish Transactions.)

On admet généralement que la valeur de la réfraction astronomique qu’éprouve la lumière venant des objets voisins de l’horizon, est comprise entre la réfraction théorique calculée dans l’hypothèse d’une température constante des couches de l’atmosphère, et celle que l’on obtient en partant de la supposition d’un décroissement uniforme de densité. En rejetant la constance de la température, M. Bessel a cherché et trouvé la loi qu’il fallait lui substituer pour représenter les observations. Brinkley, à son tour, essaie d’arriver au même but par une modification de la loi des densités. Les différences entre le calcul et les observations journalières sont trop grandes, trop irrégulières, pour qu’il puisse être question ici d’autre chose que de résultats moyens.

Méthode servant à corriger les premiers élémens approchés de l’orbite d’une comète. Application de cette méthode à la comète du mois de juillet 1819.
(Lu à l’Académie d’Irlande, le 17 avril 1820 ; imprimé dans le volume 13me
des Irish Transactions.)

La méthode de correction de Brinkley, est une modification, ou, si on l’aime mieux, un perfectionnement de celle que Laplace a donnée dans la Mécanique céleste.

Discussion des observations faites à Dublin, depuis le commencement de 1818, dans la vue de déterminer la parallaxe de certaines étoiles et la constante de l’aberration.
(Lu à la Société royale de Londres, le 21 juin 1821 ; imprimé dans les Philosophical Transactions de la même année.)

L’auteur se montre si vivement contrarié du désaccord, d’ailleurs si petit, de ses observations avec celles de Greenwich, qu’il les multiplie, les groupe, et les discute de toutes les manières possibles, avec l’espérance d’y trouver quelque erreur ; mais ses efforts ne font jamais disparaître les petites parallaxes. Voici les résultats numériques de ce nouveau travail :

Constante
de l’aberration.
Parallaxe.
Polaire 
20″,18 
−0″,03
de la Grande-Ourse 
20,16 
+0,02
 
20,48 
+0,39
 
20,29 
+0,33
 
20,23 
+0,28
 
20,76 
+0,13
Arcturus 
20,04 
+0,60
de la Petite-Ourse 
20,49 
−0,13
d’Ophiuchus 
20,39 
+1,57
du Dragon 
19,86 
−0,08
de la Lyre 
20,36 
+1,21
de l’Aigle 
31,32 
+1,57
du Cygne 
20,52 
+0,33

N’est-il pas curieux, dit l’auteur, si mes parallaxes sont une illusion, qu’il ne s’en soit présenté aucune d’un peu grande avec le signe négatif ; que les distances zénithales, s’il y a erreur, aient toujours varié, comme l’exige le mouvement de translation de la Terre autour du Soleil.

Élémens de la comète du capitaine Hall.
(Lu à la Société Royale de Londres, le 10 janvier 1822 ; imprimé dans les Transactions philosophiques de la même année.)

On trouve dans ce mémoire les élémens d’une comète observée à Valparaiso, par le capitaine Basil Hall. Cet astre, avant son passage au périhélie, avait déjà été aperçu en Europe.

De la nutation solaire, déduite des observations des distances polaires des étoiles. De cette détermination considérée comme une confirmation des valeurs assignées aux parallaxes de certaines étoiles fixes.
(Lu à l’Académie de Dublin, le 1er avril 1822 ; imprimé dans le 14e volume
des Irish Transactions.)

L’objet de ce mémoire est clairement indiqué dans ces quelques lignes, que je me contente de traduire :

« La nutation solaire, déduite de la théorie, est depuis long-temps appliquée par les astronomes à la correction des observations des distances polaires. Sa valeur est connue dans d’étroites limites, et son maximum, pour les distances polaires de toutes les étoiles, est d’environ 0″,5. C’est moins, comme on voit, que les quantités auxquelles je suis arrivé pour les parallaxes de certaines étoiles. Si donc je parviens à déterminer la nutation solaire, il en résultera que mes observations sont assez exactes pour être employées à la détermination des plus petites quantités.

» La nutation solaire passe, par toutes ses valeurs, deux fois dans l’intervalle d’une année. Il semble donc impossible d’admettre qu’une cause d’erreur qui altérerait mon instrument de manière à donner des apparences de parallaxe à des astres qui en seraient dépourvus, puisse conduire à une détermination exacte de la nutation solaire. »

Voici quelques-uns des résultats obtenus par Brinkley :

Par les observations de la Lyre :
Nutation solaire 
0″,51
Constante de l’aberration 
20,35
Parallaxe 
0,57
Par les observations de du Dragon :
Nutation solaire 
0″,42
Constante de l’aberration 
19,74
Parallaxe 
−0,03
Par les observations de de la Grande-Ourse :
Nutation solaire 
0″,58
Constante de l’aberration 
20,68
Parallaxe 
0,10
Par les observations de du Cygne :
Nutation solaire 
0″,56
Constante de l’aberration 
20,31
Parallaxe 
0,50
Par les observations d’Arcturus :
Nutation solaire 
0″,44
Constante de l’aberration 
19,81