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SI LE PÈRE, LE FILS ET LE SAINT-ESPRIT SONT PRÉDIQUÉS SUBSTANTIELLEMENT DE LA DIVINITÉ

UNE LETTRE D’ANICIUS MANLIUS SEVERINUS BOETHIUS

TRÈS HONORABLE, DU TRÈS ILLUSTRE ORDRE

DES EX-CONSULS, PATRICE

À JEAN LE DIACRE

(But de ce traité)

Je me propose de chercher si le Père, le Fils et le Saint Esprit sont dits de manière substantielle de Dieu ou selon un autre mode. Dans ce but, la méthode d’investigation adaptée doit, je pense, partir de là où est établie l’origine manifeste de toutes choses, c’est-à-dire des fondements mêmes de la foi catholique.

Si donc je demande si celui qui est dit Père est substance, la réponse est qu’il est substance. Et si je cherche à savoir si le Fils est substance, la réponse est la même. Quant au Saint-Esprit, personne ne doutera qu’Il est également substance. Mais quant à nouveau j’assemble le Père, le Fils et le Saint-Esprit, se présentent alors non pas plusieurs substances, mais une seule. Etant une, la substance des Trois ne peut donc aucunement être séparée ou disjointe; elle ne résulte pas non plus comme de la conjonction dans l’Un de parties: elle est une en simplicité. Donc, tout ce qui est prédiqué de la substance divine doit être commun aux Trois; ce qui nous indiquera le type d’attributs qui peuvent être prédiqués de la substance de la divinité, puisque tout ce qui est dit selon ce der nier mode sera prédiqué singulièrement des trois personnes singulières recueillies dans l’Un.

Selon ce mode, si je dis: "Le Père est Dieu, le Fils est Dieu et le Saint-Esprit est Dieu", le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un Dieu un. Si donc étant une, leur déité est une substance une, le nom de Dieu est évidemment prédiqué substantiellement de la Divinité. Ainsi le Père est vérité, le Fils est vérité, le Saint-Esprit est vérité; le Père, le Fils et le Saint- Esprit ne sont pas alors trois vérités, mais l’unique Vérité. Si donc en eux la substance, étant une, est la Vérité une, nécessairement la Vérité est prédiquée substantiellement. La bonté, l’immutabilité, la justice, la toute-puissance, et tous les autres attributs que nous prédiquons autant des personnes singulières que de toutes singulièrement, il est manifeste qu’ils sont affirmés substantiellement. D’où il apparaît que ce qui peut être dit séparément des personnes singulières sans pour autant que cela soit dit de toutes, n’est pas prédiqué substantiellement mais selon un autre mode. Ce qu’il peut être, je le chercherai ci-après.

Car celui qui est le Père ne transmet pas ce vocable au Fils ni au Saint-Esprit. Ce qui fait que ce nom n’est pas appliqué substantiellement, car s’il était substantiel, comme Dieu ou la Vérité, ou la Justice ou également la substance elle-même, il serait dit des deux autres. De même, seul le Fils reçoit ce nom sans le partager avec les autres personnes, contrairement à "Dieu "à "Vérité" ou à tous les autres noms mentionnés plus haut. L’Esprit aussi n’est pas le même que le Père et le Fils. Ce qui nous fait comprendre que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas dits substantiellement de la Divinité elle-même, mais selon an autre mode. Si en effet, il y avait là prédication substantielle, on l’affirmerait à la fois des personnes singulières et de toutes singulièrement. Mais il est manifeste que la prédication est dans ce cas relative. Car à la fois le Père est Père de quelqu’un, et le Fils Fils de quelqu’un; l’Esprit Esprit de quelqu’un, ce qui fait que pas même la Trinité n’est assurément prédiquée substantiellement de Dieu.

En effet, le Père n’est pas la Trinité — qui est Père n’est pas en effet Fils et Saint-Esprit —, et de la même façon le Fils n’est pas la Trinité ni le Saint-Esprit, la Trinité. Mais la Trinité consiste assurément dans la pluralité des personnes, l’unité dans la simplicité de la substance.

Aussi, si ce sont les personnes qui sont divisées, alors que la substance est indivise, est-il nécessaire que ce vocable qui tire son origine des personnes n’appartienne pas à la substance. C’est la diversité des personnes qui réalise la Trinité: la Trinité n’appartient donc pas à la substance. En conséquence, ni le Père, ni le Fils, ni le Saint-Esprit, ni la Trinité ne sont prédiqués substantiellement de Dieu, mais, comme il a été dit, relativement Tandis que Dieu, la Vérité, la Justice, la Bonté, la Toute-puissance, la Substance, l’Immutabilité, la Vertu, la Sagesse, et tout ce qui, de ce mode, peut être recueilli par la pensée, sont affirmés substantiellement de la Divinité.

Si ces questions ont été traitées d’une façon correcte et conforme à la Foi, je te demande de m’en instruire. Mais si par hasard tu es en divergence sur quelque point, considère plus attentivement ce qui a été dit, et, si cela se peut, joins ensemble la Foi et la raison.