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Valentine (illustré, Hetzel 1852)/Chapitre 21

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ValentineJ. HetzelŒuvres illustrées de George Sand, volume 1 (p. 44-46).
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TROISIÈME PARTIE.

XXI.

La danse était fort animée au parc de Raimbault. Les paysans, pour lesquels on avait dressé des ramées, chantaient, buvaient, et proclamaient le nouveau couple le plus beau, le plus heureux et le plus honorable de la contrée. La comtesse, qui n’était rien moins que populaire, avait ordonné cette fête avec beaucoup de prodigalité, afin de se débarrasser en un jour de tous les frais d’amabilité qu’une autre eut faits dans le cours de sa vie. Elle avait un profond mépris pour la canaille, et prétendait que, pourvu qu’on la fît boire et manger, on pouvait ensuite lui marcher sur le ventre sans qu’elle se révoltât. Et ce qu’il y a de plus triste en ceci, c’est que madame de Raimbault n’avait pas tout à fait tort.

La marquise de Raimbault était charmée de cette occasion de renouveler sa popularité. Elle n’était pas fort sensible aux misères du pauvre, mais à cet égard on ne la trouvait pas plus insouciante qu’au malheur de ses amis ; et, grâce à son penchant pour le commérage et la familiarité, on lui avait accordé cette réputation de bonté que le pauvre donne si gratuitement, hélas ! à ceux qui, ne lui faisant pas de bien, ne lui font du moins pas de mal. En voyant passer alternativement ces deux femmes, les esprits forts du village se disaient tout bas sous la ramée :

« Celle-ci nous méprise, mais elle nous régale ; celle-là ne nous régale pas, mais elle nous parle. »

El ils étaient contents de toutes deux. La seule qui fût aimée réellement, c’était Valentine, parce qu’elle ne se contentait pas d’être amicale et de leur sourire, d’être libérale et de les secourir, elle était sensible à leurs maux, à leurs joies ; il sentaient qu’il n’y avait dans sa bonté aucun motif d’intérêt personnel, aucun calcul politique ; ils l’avaient vue pleurer sur leurs malheurs ; ils avaient trouvé dans son cœur des sympathies vraies. Ils la chérissaient plus qu’il n’est donné aux hommes grossiers de chérir les êtres qui leur sont supérieurs. Beaucoup d’entre eux savaient fort bien l’histoire de ses relations à la ferme avec sa sœur ; mais ils respectaient son secret si religieusement qu’à peine osaient-ils prononcer tout bas entre eux le nom de Louise.

Valentine passa autour de leurs tables et s’efforça de sourire à leurs vœux ; mais la gaieté s’évanouit après qu’elle eut passé, car on avait remarqué son air d’abattement et de maladie ; il y eut même des regards de malveillance pour M. de Lansac.

Athénaïs et sa noce tombèrent au milieu de cette fête, et les idées changèrent de cours. La recherche de sa parure et la bonne mine de son mari attirèrent tous les yeux. La danse qui languissait se ranima ; Valentine, après avoir embrassé sa jeune amie, se retira de nouveau avec sa nourrice. Madame de Raimbault, que tout ceci ennuyait beaucoup, alla se reposer ; M. de Lansac, qui, même le jour de ses noces, avait toujours d’importantes lettres à écrire, alla faire son courrier. La noce Lhéry resta maîtresse du terrain, et les gens qui étaient venus pour voir danser Valentine restèrent pour voir danser Athénaïs.

La nuit approchait. Athénaïs, fatiguée de la danse, s’était assise pour prendre des rafraîchissements. À la même table, le chevalier de Trigaud, son majordome Joseph, Simonneau, Moret, et plusieurs autres qui avaient fait danser la mariée, étaient réunis autour d’elle et l’accablaient de leurs prévenances. Athénaïs avait semblé si belle à la danse, sa parure brillante et folle lui allait si bien, elle avait recueilli tant d’éloges, son mari lui-même la regardait d’un œil noir si amoureux, qu’elle commençait à s’égayer et à se réconcilier avec la journée de ses noces. Le chevalier de Trigaud, raisonnablement gris, lui débitait des galanteries en style de Dorat, qui la faisaient à la fois rire et rougir. Peu à peu le groupe qui l’environnait, animé par quelques bouteilles d’un léger vin blanc du pays, par la danse, par les beaux yeux de la mariée, par l’occasion et l’usage, se mit à débiter ces propos graveleux qui commencent par être énigmatiques et qui finissent par devenir grossiers. C’est la coutume chez les pauvres, et même chez les riches de mauvais ton.

Athénaïs, qui se sentait jolie, qui se voyait admirée et qui ne comprenait rien à tout le reste, sinon qu’on enviait et qu’on félicitait son mari, s’efforçait de maintenir sur ses lèvres le sourire qui l’embellissait, et commençait même à répondre avec une assez friponne timidité aux brillantes œillades de Pierre Blutty, lorsqu’une personne silencieuse vint s’asseoir à la place vide qui était à sa gauche. Athénaïs, émue malgré elle par l’imperceptible frôlement de son habit, se retourna, étouffa un cri d’effroi et devint pâle ; c’était Bénédict.

C’était Bénédict, plus pâle qu’elle encore, mais grave, froid et ironique. Toute la journée il avait couru les bois comme un forcené ; le soir, désespéré de se calmer à force de fatigue, il avait résolu de voir la noce de Valentine, d’écouter les gravelures des paysans, d’entendre signaler le départ des époux pour la chambre nuptiale, et de se guérir à force de colère, de pitié et de dégoût.

« Si mon amour survit à tout cela, s’était-il dit, c’est qu’il n’y a pas de remède. »

Et, à tout hasard il avait chargé des pistolets de poche qu’il avait mis sur lui.

Il ne s’était pas attendu à trouver là cette autre noce et cette autre mariée. Depuis quelques instants il observait Athénaïs ; sa gaieté soulevait en lui un profond dédain, et il voulut se mettre au centre des dégoûts qu’il venait braver en s’asseyant auprès d’elle.

Bénédict, qui avait un caractère âpre et sceptique, un de ces esprits mécontents et frondeurs si incommodes aux ridicules et aux travers de la société, prétendait (c’était sans doute un de ses paradoxes) qu’il n’est point d’inconvenance plus monstrueuse, d’usage plus scandaleux que la publicité qu’on donne au mariage. Il n’avait jamais vu, sans la plaindre, passer au milieu de la cohue d’une noce cette pauvre jeune fille qui a presque toujours quelque amour timide dans le cœur, et qui traverse l’insolente attention, les impertinents regards, pour arriver dans les bras de son mari, déflorée déjà par l’audacieuse imagination de tous les hommes. Il plaignait aussi ce pauvre jeune homme dont on affichait l’amour aux portes de la mairie, au banc de l’église, et que l’on forçait de livrer à toutes les impuretés de la ville et de la campagne la blanche robe de sa fiancée. Il trouvait qu’en lui ôtant le voile du mystère, on profanait l’amour. Il eût voulu entourer la femme de tant de respects qu’on n’eût jamais connu officiellement l’objet de son choix, et qu’on eût craint de l’offenser en le lui nommant.

« Comment, disait-il, voulez-vous avoir des femmes aux mœurs pures, lorsque vous faites publiquement violence à leur pudeur ? quand vous les amenez vierges en présence de la foule assemblée, et que vous leur dites, en prenant cette foule à témoin, « Vous appartenez à l’homme que voici, vous n’êtes plus vierge. » Et la foule bat des mains, rit, triomphe, raille la rougeur des époux, et, jusque dans le secret de leur lit nuptial, les poursuit de ses cris et de ses chants obscènes ! les peuples barbares du Nouveau-Monde avaient de plus pieux hyménées. Aux fêtes du Soleil on amenait dans le temple un homme vierge et une femme vierge. La foule prosternée, grave et recueillie, bénissait le dieu qui créa l’amour, et, dans toute la solennité de l’amour physique et de l’amour divin, le mystère de la génération s’accomplissait sur l’autel. Cette naïveté qui vous révolte était plus chaste que vos mariages. Vous avez tant souillé la pudeur, tant oublié l’amour, tant avili la femme, que vous êtes réduits à insulter la femme, la pudeur et l’amour. »

En voyant Bénédict s’asseoir auprès de sa femme, Pierre Blutty, qui n’ignorait point l’inclination d’Athénaïs pour son cousin, jeta sur eux un regard de travers. Ses amis échangèrent avec lui le même regard de mécontentement. Tous haïssaient Bénédict pour sa supériorité dont ils le croyaient vain. Les joyeux propos s’arrêtèrent un instant ; mais le chevalier de Trigaud, qui avait pour lui une grande estime, lui fit bon accueil, et lui tendit la bouteille d’une main mal assurée. Bénédict avait un ton calme et dégagé qui fit croire à Athénaïs que son parti était pris ; elle lui fit timidement quelques prévenances auxquelles il répondit respectueusement et sans humeur.

Peu à peu les paroles libres et grivoises reprirent leur cours, mais avec l’intention évidente, de la part de Blutty et de ses amis, de leur donner une tournure insultante pour Bénédict. Celui-ci s’en aperçut aussitôt, et s’arma de cette tranquillité dédaigneuse dont l’expression semblait être naturelle à sa physionomie.

Jusqu’à son arrivée, le nom de Valentine n’avait pas été prononcé ; ce fut l’arme dont Blutty se servit pour le blesser. Il donna le signal à ses compagnons, et on commença à mots couverts, un parallèle entre le bonheur de Pierre Blutty et celui de M. de Lansac, qui fit passer comme du feu dans les veines glacées de Bénédict. Mais il était venu là pour entendre ce qu’il entendait. Il fit bonne contenance, espérant que cette rage intérieure qui le dévorait allait faire place au dégoût. D’ailleurs, se fût-il livré à sa colère, il n’avait aucun droit de défendre le nom de Valentine de ces souillures.

Mais Pierre Blutty ne s’en tint pas là. Il était résolu à l’insulter grièvement, et même à lui faire une scène, afin de l’expulser à jamais de la ferme. Il hasarda quelques mots qui donnaient à entendre combien le bonheur de M. de Lansac était amer au cœur d’un des convives. Tous les regards l’interrogèrent avec surprise, et virent les siens désigner Bénédict. Alors les Moret et les Simonneau, ramassant la balle, fondirent, avec plus de rudesse que de force réelle, sur leur adversaire. Celui-ci demeura longtemps impassible ; il se contenta de jeter un coup d’oeil de reproche à la pauvre Athénaïs, qui seule avait pu trahir un pareil secret. La jeune femme, au désespoir, essaya de changer la conversation ; mais ce fut impossible, et elle resta plus morte que vive, espérant au moins que sa présence contiendrait son mari jusqu’à un certain point.

— Il y en a d’aucuns, disait Georges en affectant de parler plus rustiquement que de coutume, afin de contraster avec la manière de Bénédict, qui veulent lever le pied plus haut que la jambe et qui se cassent le nez par terre. Ça rappelle l’histoire de Jean Lory, qui n’aimait ni les brunes ni les blondes, et qui a fini, comme chacun sait, par être bien heureux d’épouser une rousse.

Toute la conversation fut sur ce ton et fort peu spirituelle, comme on voit. Blutty reprenant son ami Georges :

— Ce n’est pas comme ça, lui dit-il ; voilà l’histoire de Jean Lory. Il disait qu’il ne pouvait aimer que les blondes ; mais ni les bruues ni les blondes ne voulaient de lui : si bien que la rousse fut forcée d’en avoir pitié.

— Oh ! dit un autre, c’est que les femmes ont des yeux.

— En revanche, reprit un troisième, il y a des hommes qui ne voient pas plus loin que leur nez.

Manes habunt, dit le chevalier de Trigaud, qui, ne comprenant rien à la conversation, voulut au moins y faire briller son savoir.

Et il continua sa citation en écorchant impitoyablement le latin.

— Ah ! monsieur le chevalier, vous parlez à des sourds, dit le père Lhéry ; nous ne savons pas le grec.

— M. Benoît qui n’a appris que ça, dit Blutty, pourrait nous le traduire.

— Cela signifie, répondit Bénédict d’un air calme, qu’il y a des hommes semblables à des brutes, qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Cela se rapporte fort bien, comme vous voyez, à ce que vous disiez tout à l’heure.

— Oh ! pour les oreilles, pardieu ! dit un gros petit cousin du marié qui n’avait pas encore parlé, nous n’en avons rien dit, et pour cause ; on sait les égards qu’on se doit entre amis.

— Et puis, dit Blutty, il n’y a de pires sourds, comme dit le proverbe, que ceux qui ne veulent pas entendre.

— Il n’y a de pire sourd, interrompit Bénédict d’une voix forte, que l’homme à qui le mépris bouche les oreilles.

— Le mépris ! s’écria Blutty en se levant rouge de colère et les yeux étincelants ; le mépris !

— J’ai dit le mépris, répondit Bénédict sans changer d’attitude et sans daigner lever les yeux sur lui.

Il n’eut pas plus tôt répété ce mot, que Blutty, brandissant son verre plein de vin, le lui lança à la tête ; mais sa main, tremblante de fureur, fut un mauvais auxiliaire. Le vin couvrit de taches indélébiles la belle robe de la mariée, et le verre l’eût infailliblement blessée, si Bénédict, avec autant de sang-froid que d’adresse, ne l’eût reçu dans sa main sans se faire aucun mal.

Athénaïs, épouvantée, se leva et se jeta dans les bras de sa mère. Bénédict se contenta de regarder Blutty, et de lui dire avec beaucoup de tranquillité :

— Sans moi, c’en était fait de la beauté de votre femme.

Puis, plaçant le verre au milieu de la table, il l’écrasa avec un broc de grès qui se trouvait sous sa main. Il lui porta plusieurs coups pour le réduire en autant de morceaux qu’il put ; puis, les éparpillant sur la table :

— Messieurs, leur dit-il, cousins, parents et amis de Pierre Blutty, qui venez de m’insulter, et vous, Pierre Blutty, que je méprise de tout mon cœur, à chacun de vous j’envoie une parcelle de ce verre. C’est autant de sommations que je vous fais de me rendre raison ; c’est autant de portions de mon affront que je vous ordonne de réparer.

— Nous ne nous battons ni au sabre, ni à l’épée, ni au pistolet, s’écria Blutty d’une voix tonnante ; nous ne sommes pas des freluquets, des habits noirs comme toi. Nous n’avons pas pris des leçons de courage, nous en avons dans le cœur et au bout des poings. Pose ton habit, Monsieur, la querelle sera bientôt vidée.

Et Blutty, grinçant des dents, commença à se débarrasser de son habit chargé de fleurs et de rubans, et à retrousser ses manches jusqu’au coude. Athénaïs, qui était tombée en défaillance dans les bras de sa mère s’élança brusquement et se jeta entre eux en poussant des cris perçants. Cette marque d’intérêt que Blutty jugea avec raison être tout en faveur de Bénédict, augmenta sa fureur… Il la repoussa et s’élança sur Bénédict.

Celui-ci, évidemment plus faible, mais agile et de sang-froid, lui passa son pied dans les jambes et le fit tomber.

Blutty n’était pas relevé qu’une nuée de ses camarades s’était jetée sur Bénédict. Celui-ci n’eut que le temps de tirer ses deux pistolets de sa poche et de leur en présenter les doubles canons.

— Messieurs, leur dit-il, vous êtes vingt contre un, vous êtes des lâches ! Si vous faites un geste contre moi, quatre d’entre vous seront tués comme des chiens.

Cette vue calma un instant leur vaillance ; alors le père Lhéry, qui connaissait la fermeté de Bénédict et qui craignait une issue tragique à cette scène, se précipita au devant de lui, et, levant son bâton noueux sur les assaillants, il leur montra ses cheveux blancs souillés du vin que Blutty avait voulu jeter à Bénédict. Des larmes de colère roulaient dans ses yeux.

— Pierre Blutty, s’écria-t-il, vous vous êtes conduit aujourd’hui d’une manière infâme. Si vous croyez par de pareils procédés prendre de l’empire dans ma maison et en chasser mon neveu, vous vous trompez. Je suis encore libre de vous en fermer la porte et de garder ma fille. Le mariage n’est pas consommé. Athénaïs, passez derrière moi.

Le vieillard, prenant avec force le bras de sa fille, l’attira vers lui. Athénaïs, prévenant sa volonté, s’écria avec l’accent de la haine et de la terreur :

— Gardez-moi, mon père, gardez-moi toujours. Défendez-moi de ce furieux qui vous insulte, vous et votre famille ! Non, je ne serai jamais sa femme ! Je ne veux pas vous quitter !

Et elle s’attacha de toute sa force au cou de son père. Pierre Blutty, à qui aucune clause légale n’assurait encore l’héritage de son beau-père, fut frappé de la force de ces arguments. Renfermant le dépit que lui inspirait la conduite de sa femme :

— Je conviens, dit-il en changeant aussitôt de ton, que j’ai eu trop de vivacité. Beau-père, si je vous ai manqué, recevez mes excuses.

— Oui, Monsieur, reprit Lhéry, vous m’avez manqué dans la personne de ma fille, dont les habits de noce portent les marques de votre brutalité ; vous m’avez manqué dans la personne de mon neveu, que je saurai faire respecter. Si vous voulez que votre femme et votre beau-père oublient cette conduite, offrez la main à Bénédict, et que tout soit dit.

Une foule immense s’était rassemblée autour d’eux et attendait avec curiosité la fin de cette scène. Tous les regards semblaient dire à Blutty qu’il ne devait point fléchir ; mais quoique Blutty ne manquât pas d’un certain courage brutal, il entendait ses intérêts aussi bien que tout bon campagnard sait le faire. En outre, il était réellement très-amoureux de sa femme, et la menace d’être séparé d’elle l’effrayait plus encore que tout le reste. Sacrifiant donc les conseils de la vaine gloire à ceux du bon sens, il dit, après un peu d’hésitation :

— Eh bien ! je vous obéirai, beau-père ; mais cela me coûte, je l’avoue, et j’espère que vous me tiendrez compte, Athénaïs, de ce que je fais pour vous obtenir.

— Vous ne m’obtiendrez jamais, quoi que vous fassiez ! s’écria la jeune femme qui venait d’apercevoir les nombreuses taches dont elle était couverte.

— Ma fille, interrompit Lhéry, qui savait fort bien reprendre au besoin la dignité et l’autorité d’un père de famille, dans la situation où vous êtes, vous ne devez pas avoir d’autre volonté que celle de votre père. Je vous ordonne de donner le bras à votre mari et de le réconcilier avec votre cousin.

En parlant ainsi, Lhéry se retourna vers son neveu, qui pendant cette contestation avait désarmé et caché ses pistolets ; mais, au lieu d’obéir à l’impulsion que voulait lui donner son oncle, il recula devant la main que lui tendait à contre-cœur Pierre Blutty.

— Jamais, mon oncle ! répondit-il ; je suis fâché de ne pouvoir pas reconnaître par mon obéissance l’intérêt que vous venez de me témoigner, mais il n’est pas en ma puissance de pardonner un affront. Tout ce que je puis faire, c’est de l’oublier.

Après cette réponse, il tourna le dos, et disparut en se frayant avec autorité un passage à travers les curieux ébahis.