Vie et mémoires de Marie Wollstonecraft Godwin/Préface du Traducteur

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Vie et mémoires de Marie Wollstonecraft Godwin, auteur de la « Défense des droits de la femme », d’une « Réponse à Edmond Burck », des « Pensées sur l’éducation des filles »
Traduction par anonyme (Citoyen D*****n).
Testu, Fuchs, Desenne, Le Prieur, Petit (p. i-xii).
PRÉFACE
DU
TRADUCTEUR

Il n’est peut-être pas, en Angleterre, un homme de lettres qui n’ait lu avec plaisir les différens ouvrages sortis de la plume de la femme célèbre dont nous offrons au public la Vie et les Mémoires ; ceux qui ne connaissent de Marie Wollstonecraft que le nom, ne pourront, en parcourant ces Mémoires, résister au désir de lire les productions du vengeur des droits de son sexe. Un plaidoyer semblable ne peut manquer d’intéresser la curiosité des hommes et l’amour-propre des femmes. En soutenant que pour le moral, les moyens de ces dernières sont égaux et semblables aux nôtres, en se plaignant des entraves que mettent à leur esprit et à leur génie une éducation vicieuse et des préjugés décourageans, Marie Wollstonecraft ne peut manquer d’être vivement applaudie d’un public éclairé, qui ne doit désirer que le perfectionnement de la plus belle moitié du genre-humain.

L’amour, cette passion dominante, à laquelle nous devons attribuer et nos vertus et nos vices, cette première passion de nos âmes, à laquelle Marie Wollstonecraft a sacrifié jusqu’à son existence, est le principe qu’elle met en avant pour expliquer ce qu’elle appelle l’avilissement de son sexe. Nous n’entreprendrons point, avec nos faibles moyens, de discuter un sujet sur lequel d’illustres écrivains ont émis des opinions opposées ; mais ce sujet, si longtems débattu, n’en doit pas être pour cela d’un moins vif intérêt. Après le discours éloquent de Thomas sur les femmes, et particulièrement sur celles d’Athènes et de Rome, après ce qu’en disent, de nos jours, dans un sens différent, les citoyens Lebrun et Legouvé, nous ne nous permettrons que quelques questions qui n’ont point été résolues à notre satisfaction.

Marie Wollstonecraft qui, par la force de la raison, franchit les obstacles qui eussent été insurmontables à une âme faible, semble reprocher aux hommes de faire tous leurs efforts pour tenir son sexe dans un état d’ignorance et de nullité ; mais n’est-ce point à tort qu’elle nous accuse ? Par quelles loix, quels édits, a-t-on défendu aux femmes d’ouvrir les yeux, de lire, d’étudier, enfin, de publier les fruits de leurs travaux, de leurs veilles ?

L’expérience prouve que les femmes naissent avec un génie qui, s’il n’est pas propre, par la nature de leur complexion, à embrasser tous les genres de connaissances, est au moins susceptible, par la culture, d’atteindre la perfection dans le genre épistolaire. L’auteur des Mémoires de Marie Wollstonecraft prétend avoir remarqué dans ses ouvrages des passages incorrects et dénués de précision. Est-il un seul écrivain à qui il n’échappe de pareilles fautes ? Et, comme le dit le célèbre auteur des Caractères, il "est peut-être moins difficile aux hommes de génie de rencontrer le grand et le sublime, que d’éviter toutes sortes de fautes.

La liaison de Marie Wollstonecraft avec M. Imlay, ne peut fournir d’argument contre elle à ceux qui liront ces Mémoires avec un esprit impartial. Celles qui se font un jeu de leurs devoirs, seront loin de trouver dans cette épisode de sa vie, la justification de leur légèreté et de leurs caprices insensés, et nous osons croire que les cœurs honnêtes ne pourront se défendre d’un sentiment d’admiration, et peut-être de compassion, en la voyant si constamment éprise d’un homme indigne de son affection ; ainsi l’amour, qui aurait dû semer de roses les jours de Marie Wollstonecraft, les a presque toujours enveloppés des voiles lugubres du malheur. Cette femme, si vivement pénétrée des droits de son sexe, a elle-même été victime d’une passion violente, et fut longtemps, pour nous servir de ses propres expressions, incapable de discuter tout autre sujet que celui par lequel elle se laissa dominer. Mais si la justesse du raisonnement la met au-dessus des préjugés qui doivent presque toujours leur origine à des motifs d’intérêt, d’ambition, et qui entravent si puissamment le progrès des lumières, gardons-nous d’en conclure que Marie Wollstonecraft ait rejeté ces dogmes sacrés qui sont la plus ferme garantie de l’ordre social, comme le plus bel apanage du cœur humain.

Forcés de laisser dans la traduction des tournures originales, pour ne pas dénaturer les idées vives et profondément conçues de Marie Wolltonecraft, nous réclamons, pour la lecture de ses lettres, une attention soutenue, et nous nous recommandons à l’indulgence du public ; nous n’irons pas, à l’exemple de l’auteur anglais, accuser d’ignorance ceux qui n’entreraient pas dans les sentiments qui les lui ont dictées. Ce serait un reproche déplacé dans la bouche des traducteurs, qu’on pourrait, par représailles, accuser de peu de fidélité dans la traduction. Évitant avec soin d’être obscurs, nous nous sommes pénétrés des propres sentiments de Marie Wollstonecraft, et sympathisant avec cette amante infortunée, nos larmes lui ont payé, plus d’une fois, le tribut d’intérêt et d’admiration qu’elle nous inspirait. La critique la plus amère ne saurait altérer les douces sensations que nous avons alors éprouvées ; puissent-elles être partagées par les cœurs sensibles qui nous liront !

Les principaux matériaux de ces Mémoires, dont l’authenticité ne pourra être révoquée en doute, sont dus a M. Godwin, littérateur distingué, qui avait le bonheur de posséder cette femme intéressante, lorsqu’une mort prématurée vint l’enlever à ses vœux et aux lettres.