Vision (Iwan Gilkin)

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Parnasse de la Jeune BelgiqueLéon Vanier, éditeur (p. 93).


Vision


Prophétique, ô martyre ! et si triste ! apparue
Sur l’angoisse des eaux nocturnes, dans l’angoisse
De la sinistre nuit sur l’eau noire, qui poisse
Ses plis épais et mous ; si triste, insecourue,
 
Flottant dans ses longs pleurs phosphorescents et vagues,
Bouche expirante, yeux clos, d’où coule comme un fleuve
Une douleur immense, inconsolable et veuve ;
Tête en songe, là-bas, sur l’oreiller des vagues ;

Soulevant ton front vierge et lucide, que baigne
Tant d’ombre, ton cher front percé d’un clou qui saigne,
— Ces clous sanglants ! les clous cruciaux des calvaires ! —

Prédis-tu, dans l’horreur des ténèbres sévères,
Qu’un jour je meurtrirai d’un cruel sacrilège
L’éternelle candeur de ton rêve de neige ?