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Voluptueux souvenirs ou Le souper des douze/Le modèle

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pour la bibliothèque des “Disciples d’Eros” (p. 103-115).

LE MODÈLE

Neuvième lettre de R. de B… au comte Alfred de R…
Mon cher ami,


Nous avons retrouvé au champagne son goût coutumier ; rassurez-vous sur ce point. Je ne jurerais pas que certains d’entre nous n’aient essayé de se livrer avec leurs maîtresses au jeu que nous révéla Marcel O… avec la jolie Elena, et auquel il trouva tant de charme ; aucun, en tout cas, ne s’en est vanté, et ce fut pour nous parler d’un exploit fort différent que se leva, hier soir, le peintre André F…

— Ah ! nous dit-il, vous ne sauriez croire quelle étrange et mauvaise réputation nous est faite, à nous autres artistes, dans les salons parisiens. Je n’en veux pour preuve que la façon dont je fus accueilli récemment chez une très grande dame, au cours d’une des réceptions où elle se plaît à réunir tout ce que Paris compte de littérateurs et d’artistes.

À peine avais-je pénétré dans son salon, elle me dit à brûle-pourpoint :

— Vous survenez très à propos. Figurez-vous que nous étions, il y a un instant à peine, en grande discussion, mon amie Céline et moi. Je vous dirai que mon amie Céline a une sœur, qui est bien la plus charmante personne qu’on puisse voir ; cette jeune et jolie femme, qui porte le prénom de Laure, ainsi que l’amante de Pétrarque, est devenue subitement amoureuse d’un artiste… d’un peintre comme vous l’êtes vous-même.

« Notez que cet artiste n’a rien fait pour provoquer une telle passion ; je ne crois même pas qu’il ait jamais accordé la moindre attention à la sœur de Céline. Mais elle l’a vu, entendu, remarqué, elle a visité au Salon du Louvre les tableaux qu’il expose chaque année, et elle ne manque pas de parler de ses œuvres avec un enthousiasme très grand, enthousiasme qui n’est qu’un pâle reflet de celui qu’elle ressent pour l’artiste lui-même. Vous ne vous étonnerez pas après cela, que Laure ait demandé à Céline de la présenter à ce peintre déjà célèbre et qu’elle brûle de connaître de toutes les façons.

« Aussi Céline m’a-t-elle priée de servir d’intermédiaire pour cette présentation, car je suis au mieux — en tout bien tout honneur — avec ce peintre que je ne vous nommerai pas.

L’amie dont parlait mon hôtesse, Céline, qui se trouvait à côté d’elle, l’interrompit à ce moment pour dire :

— Et vous ne sauriez croire, Monsieur, quelle raison la comtesse invoqua pour refuser son concours…

— Laquelle donc ?

Eh mais ! dit en riant la comtesse, la raison toute simple que je trouvais fou de s’amouracher ainsi d’un artiste, car il est bien connu que les peintres sont gens inconstants qui ont tous pour maîtresses leurs modèles.

Je protestai de la plus énergique façon :

— Mais pas du tout, me récriai-je, pas du tout. Rien n’est moins vrai. Cela peut arriver parfois, mais ce n’est point une règle absolue. Comme je ne connais pas l’heureux mortel qui a ainsi tourné la tête à la sœur de Madame, je ne me risquerai point à avancer quoi que ce soit à son sujet, mais ce que je puis vous affirmer c’est qu’en ce qui me concerne personnellement, je respecte toujours les femmes qui posent dans mon atelier.

Malgré la véhémence de ma protestation, et l’accent de sincérité avec lequel je fis cette déclaration, je ne réussis pas à convaincre mon interlocutrice, qui me dit au contraire :

— Ne vous récriez pas. Vous vous disculpez déjà comme si c’était vous que l’on accusait. Quoi que vous me disiez, mon opinion est faite à ce sujet, et vous ne m’en ferez point changer, je vous l’assure.

Céline, cependant, ne voulait point partager l’opinion de la maîtresse de maison.

— Moi, dit-elle, je vous crois, et je trouverai le moyen de présenter Laure à son peintre, en me passant du truchement de notre amie.

Nous en restâmes là, et l’entretien ne se poursuivit pas plus avant sur cet épineux sujet.

Or, j’achevais à cette époque, un tableau dont j’étais fort satisfait. Le sujet en était précisément une femme nue, que j’avais représentée assise sur un rocher, auprès d’une cascade, et le hasard voulait que je fusse à la recherche d’un modèle au corps d’un ensemble harmonieux et parfait, afin de mettre la dernière touche à mon œuvre.

Je n’étais pas arrivé à trouver ce modèle ; vous savez ce qu’il en est : on ne rencontre que difficilement la femme présentant pour nous la perfection idéale, on retient l’une pour le visage, l’autre pour la gorge ; celle-ci pour les seins, celle-là pour les jambes ; une autre pour le torse ; et c’est en conjuguant toutes ces beautés particulières que l’on parvient à obtenir la forme rêvée et classique en même temps.

Un jour que j’étais occupé à travailler à ce tableau, cherchant à suppléer par l’imagination à l’absence de modèle vivant, on vint m’annoncer qu’une femme se présentait, demandant à poser pour moi. Espérant toujours découvrir la perle que je recherchais en vain, j’ordonnai qu’on la fît entrer.

C’était une femme assez grande, brune, vêtue très modestement, mais avec un air de distinction que je ne pus m’empêcher de remarquer, car il me frappa, dès qu’elle fût en ma présence.

Je n’y pris cependant pas garde autrement et je lui demandai :

— Vous avez déjà posé ?

Elle rougit et me répondit :

— Non, mais une amie, qui est modèle, m’a dit que j’étais assez bien faite pour cela. C’est pourquoi je suis venue me présenter.

— Nous allons voir, lui répondis-je… Déshabillez-vous.

De nouveau, une rougeur colora son visage :

— Il le faut ? me demanda-t-elle.

— C’est la première condition. Soyez sans crainte, d’ailleurs, je ne vous verrai pas autrement que je ne considère un modèle de marbre. Passez derrière ce paravent, et ôtez votre robe, ainsi que vos jupons… tout enfin. Je veux vous voir complètement nue.

Cette jeune femme n’avait évidemment pas l’habitude. Elle me demanda encore si cela était bien nécessaire, tant que je m’impatientai un peu et, lui montrant mon tableau, lui dis :

— Vous voyez bien ce que je fais en ce moment. C’est une femme nue. En outre, comment voulez-vous que je juge de la pureté et de la proportion des lignes de votre corps si vous ne vous dévêtissez pas ?

— Oh ! dit-elle… Je n’oserai jamais.

— Alors, répondis-je, il était inutile de venir me déranger. Je vois que vous n’avez pas encore pénétré dans un atelier de peintre. Si vous voulez y être admise comme modèle, il faudra vous guérir de cette timidité. Autrement, mieux vaut y renoncer tout de suite.

Elle me regardait, tandis que je parlais. Elle me dit avec un soupir :

— Non, je ne veux pas renoncer. Je vais donc faire ce que vous me demandez…

— Alors, passez derrière le paravent.

Elle fit ce que je lui demandais, mais je vis bien qu’elle ne s’y résignait qu’à contre-cœur.

— Bah ! me dis-je, c’est une débutante, elle s’y accoutumera comme les autres.

Mais malgré moi, je fus de nouveau frappé par son allure qui n’était point celle d’une femme commune.

Néanmoins, tandis qu’elle se déshabillait, je me remis au travail et j’étais devant mon chevalet, la palette à la main lorsqu’elle réapparut.

Je ne pus réprimer une exclamation admirative. Rarement j’avais vu un corps aussi parfaitement moulé et aussi harmonieux.

— M’acceptez-vous ? demanda-t-elle.

Mais elle avait prononcé cette phrase avec une grande hésitation. Elle était encore plus gênée qu’auparavant et, lorsqu’elle se rendit compte que je l’examinais des pieds à la tête, elle rougit de nouveau, se cachant même le visage dans les mains.

— Voyons, lui dis-je, ne vous troublez pas ainsi. Je vous le répète, vous ne représentez pas autre chose pour moi qu’une statue… Je dois ajouter qu’il m’a été donné très peu souvent de voir une statue aussi bien proportionnée, et, ma foi, vous réalisez précisément le type que je désespérais de rencontrer. Aussi, je vous engage comme modèle pour terminer ce tableau…

— Mais n’est-il pas achevé ?… Il semble cependant qu’il n’y ait rien à y ajouter.

Elle considérait la toile posée sur le chevalet d’une façon qui n’avait rien de commun avec celle dont un modèle peut regarder une œuvre d’art.

Décidément, il y avait un mystère dans l’attitude de mon inconnue ; ma curiosité maintenant était piquée, et je me demandais comment je découvrirais le secret de cette femme énigmatique…

Je décidai, après avoir réfléchi un instant, d’attendre qu’elle me fournit elle-même quelque indice. Et, puisqu’il s’agissait d’une profane, je résolus de m’attarder auprès d’elle, de façon à ce qu’elle se trahit par quelque mot ou quelque geste.

— Oui, repris-je, l’ensemble du corps est très bien. Mais il me faut à présent juger des détails…

Je peux bien vous confesser que, malgré ce que j’en avais dit à la comtesse, je commençais à trouver ma visiteuse fort bien à un tout autre point de vue que celui de l’art. Et j’eus même, pendant un moment, l’envie de me risquer à des caresses et des attouchements, qui eussent donné un commencement de raison à la grande dame qui affirmait que tous les peintres avaient leurs modèles pour maîtresses.

Un secret instinct me retint ; par une sorte d’esprit de contradiction, je luttai contre mes sens, et puis j’avais la volonté de respecter jusqu’au bout, de toutes les façons, la vertu de mon modèle.

Je m’emparai même de lunettes que je plaçai sur mon nez, afin de mieux voiler l’éclat de mes yeux qui m’eussent certainement trahi, et je m’approchai de la femme que j’examinai longuement. Je la fis tourner et retourner devant moi, mesurant la longueur des bras, la largeur des épaules, le tour des seins, la largeur de la taille avec la plus grande gravité que je pus.

Mon modèle docile exécutait tous les mouvements que je lui demandais. J’arrivai enfin à vouloir mesurer l’entrée du secret tabernacle que j’eusse bien voulu voir s’ouvrir pour moi.

Je m’étais assis devant la femme qui avait pris une pose nonchalante sur les coussins de mon canapé, tandis que j’étais à ses pieds. Elle me dit en riant :

— Avez-vous donc besoin aussi de prendre cette dimension ?

— Certes ! C’est la plus importante. Une femme ne sera bien plantée que si cette mesure est absolument juste. Vous comprenez que, dans ce cas, je ne pourrais l’omettre.

— Qu’entendez-vous par « bien plantée » ? fit-elle en se montrant effarouchée.

— C’est un terme employé par les peintres et qui veut dire « bien dessinée ».

— Vous me rassurez, je craignais déjà autre chose…

— Que pouvez-vous donc craindre ? L’amie qui vous envoie, si elle a déjà posé dans les ateliers, doit savoir que les peintres ne touchent jamais à leurs modèles !…

J’avais prononcé cette phrase machinalement, sans penser le moins du monde à mon aventure, vieille de plusieurs jours déjà, chez la comtesse de ***. Elle me revint aussitôt en mémoire et je me dis :

— Si cette femme était envoyée par la comtesse ou son amie pour me tenter ? Sans doute est-ce une de leurs servantes ?

Mais je repoussai loin de moi cette supposition, jugeant qu’une pareille supercherie était certainement impossible, autant de la part de la grande dame que je connaissais que de son amie Céline.

Toutefois, je voulus voir l’effet que ma déclaration avait produit sur la femme qui était devant moi. Je n’eus pas d’ailleurs à le deviner, car d’elle-même elle répliqua :

— On m’avait affirmé pourtant le contraire.

— On vous avait trompée… Voilà tout… Le regrettez-vous ?

L’inconnue ne répondit point. Elle eut un sourire qui signifiait aussi bien oui que non. Il me fallut, je le confesse, une très grande force d’âme pour ne pas bondir vers elle et couvrir de baisers et de caresses ce beau corps, que j’admirais de plus en plus, et qui éveillait en moi des désirs fous.

— Nous sommes ici, repris-je, pour travailler et nous occuper d’art exclusivement.

En prononçant cet arrêt définitif, qui me peinait certainement autant que ma visiteuse, j’approchai ma main de son entre-jambe, et là, très délicatement, je posai sur l’ouverture qui se présentait à moi, le pouce et l’index, faisant semblant de mesurer cet endroit secret avec mes deux doigts.

La confusion du modèle avait complètement disparu ; elle me regardait faire en riant ; je ne l’avais assurément pas convaincue de la pureté de mes intentions, car je lus clairement dans ses yeux qu’elle attendait et espérait que je lui manquasse de respect de la façon la plus absolue…

Mais je ne cédai pas. Je me contentai du plaisir des yeux, effleurant à peine, d’un doigt discret, le clitoris de cette beauté, qui n’attendait certainement qu’un geste plus osé de ma part pour succomber. Il était évident qu’elle n’arrivait pas à comprendre comment je pouvais rester insensible à sa nudité exposée devant moi.

Je me relevai enfin, et lui dis :

— Voilà qui est fait. À présent, j’ai vu tout ce que je voulais. Vous pouvez retourner vous habiller. Vous reviendrez demain pour la première séance de pose.

— C’est tout ? fit-elle avec une moue qui décelait son désappointement.

— C’est tout, oui, pour aujourd’hui.

Lorsqu’elle partit, je courus à la fenêtre, pour voir si, par hasard, aucune voiture ne l’attendait dans le voisinage. Mais je la vis partir à pied tranquillement. J’étais resté pensif. J’avais beau faire, je ne pouvais chasser de mon idée cette intuition que la femme qui venait de passer une heure chez moi m’était envoyée par la comtesse.

Le modèle revint le lendemain à l’heure convenue, et je ne me permis aucune privauté à son égard, ni ce jour-là, ni au cours des séances qui suivirent. Le tableau fut enfin achevé ; je soldai le prix convenu et priai l’inconnue de revenir frapper ultérieurement à ma porte, car je pourrais encore avoir besoin d’elle. Elle ne revint d’ailleurs pas, et je ne pus percer le mystère qui l’environnait.

À quelque temps de là, je retournai chez la comtesse.

Celle-ci me reçut avec force démonstrations de sympathie courtoise et m’entraînant à part, elle m’annonça :

— Mon amie Céline va venir tout à l’heure avec sa sœur Laure, je vous présenterai.

— Comment, lui dis-je, vous me présenterez ?

— Certes : Vous avez bien compris que c’était de vous que nous parlions l’autre jour.

— De moi ?

— Oui, de vous. Mais il ne faut pas paraître le savoir tout à l’heure, lorsque vous serez en présence de votre adoratrice.

— Je ne laisserai rien paraître. Soyez-en bien certaine. Mais, permettez-moi de vous poser une question. Comment se fait-il qu’aujourd’hui vous consentiez à me faire connaître votre amie, alors que vous aviez refusé en premier lieu ? Seriez-vous revenue de vos préventions ?

La comtesse éclata de rire, en me disant :

— Oui, j’en suis revenue… Et, du moins en ce qui vous concerne, je suis convaincue que vous avez le plus grand respect pour vos modèles…

Je n’eus pas le temps de répondre, car Céline survenait au même moment, accompagnée d’une jeune femme très élégamment mise, et qu’elle me présenta immédiatement comme étant sa sœur Laure.

Celle-ci me tendit la main sans aucun embarras, et je m’inclinai pour y poser respectueusement mes lèvres.

Mais je l’avais reconnue tout de suite ; il m’avait suffi d’un coup d’œil et d’un regard pour me rendre compte que Laure était bien la femme qui était venue poser chez moi comme modèle et que j’avais respectée par un effort de volonté considérable.

La comtesse et Céline nous laissèrent seuls.

— Laure, lui dis-je… c’était vous !

Cette phrase s’était échappée subitement de mes lèvres. Je l’avais nommée de son prénom, avant même qu’elle eût ouvert la bouche.

Elle ne m’en tint pas rigueur.

— Oui, dit-elle, c’était moi !… J’avais voulu vous éprouver. La comtesse m’avait dit : « Si vous voulez être convaincue et savoir comment les artistes traitent leurs modèles, faites l’expérience, et vous vous rendrez vite compte que j’ai raison. » Aujourd’hui, elle a bien dû reconnaître son erreur…

— L’épreuve a été bien dure pour moi, et la tentation fut — pourquoi vous le cacherai-je — de celles auxquelles on a beaucoup de mal à résister…

— Oh ! Certes ! fit Laure avec un soupir. Je m’en suis aperçue souvent au cours de nos séances de pose…

Elle n’avait pas besoin d’en dire davantage pour que je comprisse qu’elle avait dû elle-même faire un gros effort pour jouer jusqu’au bout le rôle qu’elle s’était assigné.

Aussi lui demandai-je :

— Maintenant que le tableau est achevé et que vous connaissez le chemin de mon atelier, n’y reviendrez-vous pas ?

Elle fixa sur moi ses grands yeux qui brillaient à ce moment d’un vif éclat, et me dit :

— Volontiers, mais pas comme modèle !

Laure revint, en effet, et, puisqu’elle n’était pas venue comme modèle, je n’étais plus tenu à lui faire l’injure de la respecter…

Elle consentit à se dévêtir sans passer derrière le paravent, ce qui me procura le plaisir de l’aider à jeter bas robe et dessous, qui n’étaient pas comparables à ceux qu’elle portait le jour où elle s’était présentée à moi comme modèle. Elle avait, au contraire, pris grand soin de sa toilette pour ce rendez-vous d’amour, et je découvris l’un après l’autre ses charmes secrets, comme s’ils avaient été complètement nouveaux pour moi, parmi un fouillis de dentelles, de rubans, de soie fine et de linge parfumé, dont le doux contact et l’odeur pénétrante provoquait déjà une agréable griserie. Cela me permit un charmant prélude, fait de caresses et de baisers, dont je ne me lassais pas, tandis que Laure poussait de petits cris effarouchés.

Elle fut enfin complètement nue, et il me sembla que je ne l’avais encore pas vue ainsi. Malgré que j’eusse fixé sur ma toile toutes les lignes de ce corps souple et harmonieux, c’était pour moi une révélation. Je sentais sa chair palpiter sous mes lèvres et mes mains qui couraient, avides de plaisir sensuel, le long de son corps frissonnant, sur la gorge et autour des seins, contre les hanches et sur le ventre, où je m’attardais à lisser une toison brune au fin duvet. Lorsque j’arrivai enfin au tabernacle dont j’avais si minutieusement relevé les dimensions, ce ne fut plus avec le pouce et l’index que j’en explorai le contour ; ma main audacieuse y fraya la voie à un organe ardent qui s’y introduisit bientôt et qui se trouva, sans que j’en eusse vérifié les mesures, exactement fait pour l’entrée de ce col, dont les lèvres s’écartaient docilement afin de lui livrer passage. Laure, en tombant, poussa un cri :

— Oh ! Mon chéri !… dit-elle… Mon chéri… Comme cela est meilleur qu’une séance de pose !

J’étais parfaitement de son avis, n’en doutez pas… et nous recommençâmes souvent… tandis que sur son chevalet, la « Femme à la source » — ainsi nommions-nous mon tableau — paraissait nous considérer ironiquement. Cette œuvre, d’ailleurs, n’a jamais été ni exposée, ni vendue, car je l’ai offerte à ma maîtresse, en souvenir du temps où elle avait joué le rôle de modèle.