Voyage d'exploration en Indo-Chine/Appendice

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APPENDICE









Louis Delaporte - Voyage d'exploration en Indo-Chine, tome 1.djvu Louis Delaporte - Voyage d'exploration en Indo-Chine, tome 1.djvu

PIÈCE N° 2 [1]
EXTRAIT


d’une proclamation en arabe publiée par le gouvernement mahométan de ta-ly.

« Le Seigneur a dit : C’est Lui qui a envoyé son Prophète avec sa règle et la vraie Foi, pour faire connaître aux hommes cette foi, entière et complète, même à l’encontre de l’opposition des Idolâtres. Et nous voyons écrit dans les Psaumes : En vérité les Justes, mes serviteurs, auront la terre en héritage.

« Dieu soit loué ! le monde entier est dans la main du Seigneur, et Il est tout-puissant. Que la miséricorde de Dieu soit sur le prophète, qu’Il a envoyé pour la rédemption de l’homme, aussi bien que sur les descendants et les compagnons du Prophète, qui ont consacré à Dieu leur vie et tout ce qu’ils possédaient en ce monde.

« Ô sectateurs de Mahomet ! en vous faisant part de ce qui nous est arrivé, nous offrons au Dieu tout-puissant nos ardentes actions de grâces. Il convient que vous vous réjouissiez de la grâce que Dieu nous a faite, car Dieu a dit que tous les sectateurs du Prophète sont frères, et c’est pourquoi la grâce qui nous a été faite par Dieu vous a été faite à vous tous.

« Sachez donc que Dieu nous a donné le royaume de Chine, et nous a établis comme gouverneurs de ce pays. Autrefois nous subissions le joug des Chinois ; mais ce sont eux maintenant qui subissent le nôtre, et ils n’ont pas le pouvoir de nous résister.

« La cause de la querelle a été que les Idolâtres ont conspiré et se sont réunis pour mettre à mort les Mahométans, et ont commencé par outrager leur religion. Les Idolâtres voulaient éteindre la lumière de Dieu, mais Dieu a résolu de la faire triompher des fureurs des Idolâtres. Les Mahométans se sont donc entièrement soumis aux volontés de Dieu. Ayant abandonné tout souci de la vie, nous avons combattu les Idolâtres, et Dieu nous a donné la victoire. Dieu a mis dans nos cœurs le courage, et la crainte dans celui des Idolâtres, et ainsi, par la volonté de Dieu, nous les avons
EXTRACT


of a proclamation in arabie circulated at the mahometan government of ta-ly

« The Lord has said : He it is who has sent his Prophet with guidance and the true Faith to make that Faith known, whole and entire even though the Idolaters be opposed hereto. And in the Psalms we have seen written : Verily my Servants the Righteous shall inherit the earth.

« God be praised, the whole Universe is in the hands of the Almighty, and He is all-powerful. God’s mercy be upon the Prophet, whom he sent for the redemption of man, as well as upon the descendants and companions of the Prophet, who devoted to God their lives and worldly goods.

« Ô Followers of Mahomed ! in telling you how it fared with us, we offer grateful thanks to the Almighty. It behaves you to rejoice in the grace which God had shown to us, for God has said that all followers of the Prophet are brethren, and hence the grace shown to us by God has been shown to you all.

« Know then that God has granted us the country of China, and has appointed us to rule in China. Formerly we were under the yoke of the Chinese, but now they are subject to us, and have no power to oppose us.

« The cause of the dispute was that the Idolaters and their chiefs assembled together to kill the Mahomedans, and began to insult their religion. The Idolaters desired to extinguish God’s light, but God determined to preserve it in spite of the Idolaters. The Mahomedans then entirely resigned themselves to God. Having abandoned every hope of life, we fought with the Idolaters, and God gave us the Victory. God gave us courage, and created fear in the hearts of the Idolaters, so we by the decree of God did defeat them. We slew a great number of the Idolaters, and many of their chiefs

vaincus. Nous en avons mis à mort un grand nombre et une foule de leurs chefs, grands et petits, toujours conformément à la parole de Dieu qui a dit : Un petit nombre d’hommes vainquit une armée !

« Nous étions tenus par le plus strict des devoirs de venir en aide aux Mahométans et d’établir un Sultan et Iman mahométan qui pût faire les préparatifs qu’exigeait la guerre à soutenir. Nous avons donc établi un sultan mahométan qui est prudent, juste et généreux. Peu lui ressemblent. Il est brave et aguerri, et n’a pas d’égal dans la bataille. Nous lui avons donné le pouvoir de nous gouverner. Il est sage et prompt à protéger son peuple. Nous lui avons confié l’administration de toutes nos affaires. Nous serons ses sujets fidèles et obéissants. Nous ne désobéirons jamais à ses ordres. Son nom est Sadik, il est autrement appelé Suleiman. Il a maintenant établi la loi mahométane. Il administre la justice conformément aux préceptes du Coran et aux traditions. Depuis que nous l’avons choisi pour notre Iman, nous avons été, par la volonté du ciel, toujours victorieux. Nous avons conquis un territoire qui s’étend jusqu’à soixante journées de marche. Un grand nombre de rois ont fait leur soumission à notre Iman, et lui ont offert des joyaux précieux et des tributs.

« Ô Mahométans ! Sachez donc que cet Iman est maintenant avec nous. Il a envoyé des ministres par tout le pays et a désigné dans chaque ville des officiers qu’il a chargés du gouvernement des Infidèles.

« Toutes les fois que les feux de la guerre se sont allumés, Dieu les a immédiatement éteints ; car il est écrit que le Tout-Puissant ne donnera jamais aux Infidèles la souveraineté sur les Mahométans. Les ministres et les chefs qui commandent sous notre Iman sont aussi simples de cœur qu’Abou-Bekr, aussi braves qu’Ali. Nul ne peut leur tenir tête dans la bataille. Ils sont impérieux envers l’Infidèle, mais doux envers le Mahométan. La métropole de l’infidélité est détenue une cité de l’Islam.

« Mahométans ! Offrez vos prières au Tout-Puissant, et remerciez-le de notre victoire et de la domination bienfaisante de notre Iman. De notre côté nous adressons nos prières au ciel, pour que, par la grâce de Dieu, vous puissiez jouir de la paix, de la santé et du bonheur, et que Dieu vous soit en aide !

« À tous les savants docteurs mahométans, salutations

du Sultan. »

both of high and low rank ; ever according to the word of God which says : A small number of men overcame a host !

« It was our bounden duty to help the Mahomedans and to set up a Mahomedan Sultan and Imam, who might make fitting provision for war. Therefore we have set up a Mahomedan Sultan, he is prudent, just and generous. Few are like him! He is brave and warlike, and nas no equal in battle. We have made him our ruler. He is wise and prompt to protect his people. We have entrusted to him our affairs of every description. We shall be obedient and submissive to him. We shall never disobey his commands. His name is Sadik, otherwise called Suleiman. He has now established Mahomedan Law. He administers justice according to the dictates of the Koran and the Traditions. Since we have made him our Imam we hbave been by the decree of God, very victorious. We have conquered territory to the distance of 2 months journey. Many kings have tendered their submission to our Imam, and have offered him precious gems and tribute.

« Ô Mahomedans! Know ye that the same Imam is now with us. He has sent ministers throughout the country, and has appointed officers to every town for the government of the Infidels.

« Whenever the flame of war blazed out, God did immediately quench it ; for it is said that the Almighty ; will never give the Infidels dominion over the Mahomedans. The Ministers and chiefs under our Imam are as single-hearted as Abu-Bekr, as bold as Ali. No one can face them in battle. They are imperious to the Infidel but meek to the Moslem. The metropolis of Infidelity has became a city of Islam!

« Mahomedans! offer your prayers to the Almighty for our victory and for the rule of our Imam. For our own part we pray that, by the grace of God, you may enjoy peace, health, and happiness, and that God may be your helper!

« The salutation of the Sultan to all learned Mahomedan doctors. »
PIÈCE N° 3

PÉTITION

ADRESSÉE À M. GARNIER. CHEF DE LA MISSION D’EXPLORATION DU MÉKONG, PAR LES NOTABLES DU PAYS DE CHE-LOU-LI, EN FAVEUR DU MANDARIN PEN-TSE-YANG[2].


À Son Excellence Ngan ta-jen, envoyé français.

« Les notables des seize tribus de la ville de Ta-yao hien (département de Tchou hiong, province du Yun-nan), dont les noms suivent, s’adressent avec le plus profond respect à Votre Excellence pour lui exposer les belles actions de Pen-tse-yang, et vous supplier de lui faire accorder les récompenses qu’il a méritées en défendant courageusement notre territoire contre les rebelles.

« Vous n’ignorez pas que la 6e année du règne de l’empereur Han-fong[3], un homme nommé Tou-ouen-sieou[4] s’est emparé de la ville de Ta-ly et s’est proclamé indépendant. La 9e année, il a occupé les trois villes des seize tribus[5]. Heureusement, l’officier, préposé à cette époque à la garde du fleuve Pe-ma, se trouvait être le Ouay-oui[6] Pen-tse-yang. Il réunit immédiatement les principaux des seize tribus, les excita à lever des troupes, se mit à leur tête et réussit à délivrer Pe-yen-tsin, Yuen-ma et Ta-yao. Pendant cinq ans, il lutta avec un courage admirable et une indomptable ténacité. La première année du règne de Tong-tche[7], le rebelle Tou-ouen-sieou rassembla des troupes innombrables, et il envahit le territoire des seize tribus avec des forces telles que Pen-tse-yang dut céder à l’orage et se retirer dans le Se-tchouen. Là, il rallia ses soldats et, au bout d’une année, il tenta de nouveau de chasser les rebelles. Son courage ne put venir à bout de leur nombre, mais cet échec n’ébranla pas sa constance. Le 8e mois de la seconde année de Tong-tche, aidé par des troupes qui lui furent envoyées par le vice-roi de la province, il mit en fuite les ennemis et rentra victorieux à Pe-yen-tsin, à Ta-yao et à Yuen-ma. Il s’occupa immédiatement de repeupler la contrée, rappela ceux qui s’étaient enfuis, fit fleurir l’agriculture, reconstitua les écoles, protégea le commerce, donna ses soins aux orphelins et aux infirmes, honora les gens de science. Il fut l’adversaire implacable du mal et l’ami fidèle du bien. On le vit pratiquer toutes les vertus et mériter l’affection de tous par son courage, sa douceur, sa justice. Sa renommée se répandit au loin et les marchands affluèrent dans la contrée. Six ans à peine s’étaient écoulés depuis leur pillage par les rebelles, et les trois villes, entièrement relevées de leurs ruines, étaient redevenues plus florissantes que jamais.

« L’année passée, les succès obtenus dans l’ouest par les rebelles frappèrent de crainte les soldats qui gardaient Pe-yen-tsin, Yuen-ma et Ta-yao : ils s’enfuirent, laissant ces villes sans défense contre les entreprises de l’ennemi. Le péril était grand : Pen-tse-yang sut le conjurer. Il arma les habitants, leur fit garder tous les passages et par sa vigilance et son courage déjoua les projets des rebelles. Repoussés à plusieurs reprises, ceux-ci renoncèrent à nous attaquer. Aujourd’hui, la sécurité et la paix règnent sur notre territoire : nous sommes à l’abri des dévastations et des violences dont souffrent les habitants du reste de la province. Récompenser Pen-tse-yang, pour tous les bienfaits que nous lui devons depuis le commencement de la guerre, est au-dessus de nos forces. C’est pour cela que nous venons nous jeter aux pieds de Votre Excellence et la supplier de faire accorder à Pen-tse-yang les dignités qu’il a si bien méritées. Vous vous acquerrez ainsi des droits éternels à notre reconnaissance.

« Cette pétition a été adressée le second mois de la septième année de Tong-tche. »


PIÈCE N° 4

RÉCLAMATION

ADRESSÉE À M. GARNIER, CHEF DE LA MISSION D’EXPLORATION DU MÉKONG, PAR DEUX CHINOIS CHRÉTIENS DE LA VILLE DE PA HIEN[8].

« Nous, soussignés, Lo-cong-sin et Tchen-ming-sin, habitants de Pa hien, ville du département de Tchong-kin (province du Se-tchouen), venons réclamer votre protection et vous demander de défendre notre cause. On veut nous empêcher de faire le commerce du sel[9], sous prétexte que nous sommes chrétiens. Pendant six années le gouvernement n’avait pu trouver à Pa hien de fermiers pour le sel : nous avons consenti à payer à l’État les droits acquis pour ces six années et à accepter pour l’avenir la charge du fermage. La perte à laquelle nous consentîmes ainsi, s’éleva, en y comprenant le salaire des soldats préposés à la garde des magasins, à la somme de 100,030 taels. Nous pouvons produire les reçus de cette somme. Notre acceptation du fermage eut lieu solennellement devant le préfet de la ville.

« Depuis cette époque, les frères Kiang-pin-lin se sont efforcés par tous les moyens déshonnêtes de nous enlever le droit de faire le commerce du sel. Ils ont réussi à nous voler la permission de vente qui nous avait été accordée. Accusés de ce vol devant l’administrateur général de la province, ils ont comparu avec nous, devant son tribunal, où, la cause ayant été entendue, il a été déclaré que nous devions rester jusqu’à la fin de notre bail possesseurs du privilège, sous condition de payer fidèlement à l’État les droits échus. Malgré ce jugement, les frères Kiang-pin-lin ont refusé, à notre retour à Pa hien, de nous rendre la permission qu’ils nous avaient volée, ont corrompu à force d’argent le préfet de la ville, et se sont mis en possession du monopole de la vente du sel. Ils nous empêchent d’exercer notre commerce, déclarent que les chrétiens sont les ennemis de la patrie, et qu’ils n’ont aucun droit à faire le trafic du sel. Ces misérables vont jusqu’à affirmer, que d’après les traités conclus avec les nations étrangères, les chrétiens n’ont pas le droit de faire le commerce et que les distinctions les plus humiliantes ont été faites entre eux et le reste du peuple.

« La paix avait régné jusqu’à présent entre les chrétiens et le peuple. Au début de notre fermage nous avions usé sans obstacle de notre droit de vendre du sel. Les frères Kiang ayant voulu nous en empêcher, avaient été réprimandés par le vice-roi de la province. Mais aujourd’hui, ils ont fermé avec de l’argent les oreilles du préfet de la ville, et ils usurpent un droit qui nous appartient. Tous les Chinois, qu’ils soient chrétiens ou gentils, sont au même titre les enfants de l’empereur. Ce serait violer les traités que de faire pour les chrétiens des exceptions injurieuses. Votre Excellence a traversé les mers pour venir observer par elle-même si les conventions faites par la Chine avec les puissances étrangères sont fidèlement observées. Nous venons nous jeter à vos pieds et nous nous en remettons à votre prudence pour que justice nous soit rendue. »

« Cette pétition a été adressée le quatrième mois de la septième année de Tong-tche. »



PIÈCE N° 5
À M. Doudart de Lagrée, chef de bataillon en retraite.


Paris, le 11 août, 1868.
Monsieur,

J’ai le regret de vous informer que je viens de recevoir de M. le contre-amiral gouverneur et commandant en chef par intérim en Cochinchine la confirmation de la mort de M. le capitaine de frégate Doudart de Lagrée, votre frère.

En me transmettant cette pénible nouvelle M. le contre-amiral Ohier, dans une lettre du 30 juin, s’exprime ainsi :

« Ce m’est un vif regret d’avoir à informer Votre Excellence, que M. le capitaine de frégate Doudart de Lagrée est mort le 12 mars à Tong-tchouen. Cette perte affligera tous ceux qui connaissaient cet excellent officier, aussi habile que distingué comme homme. Pour moi, qui l’ai eu deux fois sous mes ordres, j’estime que la marine fait en lui une perte véritable. »

« Le corps de M. de Lagrée est arrivé ici, et après-demain je compte le faire inhumer avec des honneurs extraordinaires pour témoigner du respect que l’on doit garder à ceux qui se dévouent pour le service du pays comme pour le bien de l’humanité. »

Je m’associe pleinement aux sentiments exprimés dans la lettre de M. le contre-amiral Ohier dont je vous envoie extrait et qui seront partagés par le corps tout entier de la marine.

Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération très-distinguée.

L’amiral, Ministre secrétaire d’État au département de la
Marine et des Colonies
,
Signé : Rigault de Genouilly.

PIÈCE N° 6
À M. Doudart de Lagrée, chef de bataillon en retraite.


Paris, le 5 janvier, 1869.
Monsieur,

J’ai décidé qu’une médaille commémorative serait attribuée à chacune des personnes qui ont pris part à l’exploration du Mékong que dirigeait votre frère, M. le capitaine de frégate Doudart de Lagrée. J’ai voulu en même temps honorer la mémoire de cet officier distingué, en décernant à sa famille une médaille d’or destinée à consacrer le souvenir du courage, du dévouement et de l’intelligence supérieure qu’il a déployés pendant cette périlleuse mission.

J’ai l’honneur de vous transmettre cette médaille, et je vous prie de me permettre d’y ajouter la nouvelle expression des regrets sincères que m’a causés la mort prématurée de M. de Lagrée.

Recevez, etc.

Signé : Rigault de Genouilly.

  1. Je dois au bienveillant intermédiaire de M. le colonel Yule, cet extrait d’une proclamation adressée par le sultan de Ta-ly aux populations mahométanes des pays frontières. F. G.
  2. L’original de cette pièce est écrit en latin.
  3. Prédécesseur de l’empereur actuel.
  4. Nom du sultan de Ta-ly.
  5. Ce sont Pe-yen-tsin, célèbre par ses salines, Ta-yao et Yuen-ma, situées toutes trois dans la vallée du Pe-ma ho.
  6. Titre militaire.
  7. Nom de l’empereur actuel. Il est monté sur le trône en 1860.
  8. L’original de cette pièce est écrit en latin.
  9. Le sel est une des denrées dont le gouvernement chinois se réserve le droit d’affermer la vente.