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Le Correcteur typographe (Brossard)/volume 2/30/13

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Imprimerie de Chatelaudren (2p. 825-841).


XIII

TABLEAUX


1. De manière générale, les tableaux sont des compositions formées de colonnes de largeurs ou, plutôt, de justifications diverses suivant l’importance du texte ou des chiffres devant entrer dans chacune d’elles.
xxxx Les colonnes sont séparées entre elles par des filets verticaux ou horizontaux, dont l’œil et le type varient avec la place qu’ils occupent et la fonction qui leur est assignée.
xxxx L’ensemble est le plus souvent enfermé dans un cadre.

2. Quand la composition des tableaux est entièrement entourée de filets, le tableau est dit tableau fermé ; au contraire, on appelle tableau ouvert le tableau, dont le haut, et les côtés seuls, à l’exclusion du bas, sont enserrés par un filet.

Exceptionnellement, il est des tableaux ne comportant pas de filets sur les côtés.
xxxx Les tableaux en regard portent sur deux pages se faisant vis-à-vis (page paire et page impaire) ; un blanc de fond, séparant les deux pages et variable de 1 à 2 cicéros, au plus, suivant le format, sert de marge intérieure.

3. Dans les labeurs, on donne abusivement le nom de tableaux aux calculs, aux opérations, aux alignements, etc., encadrés ou non, et comprenant deux ou trois colonnes au moins, avec ou sans filets séparatifs. Ces compositions, détachées du texte courant qui les précède et qui les suit par un blanc équivalant au moins à une ligne de texte et d’environ 9 à 12 points, sont en caractères d’un corps inférieur à celui employé pour le texte.

4. Selon leur destination, on donne plus proprement le nom de formules, états, situations, statistiques, etc., aux tableaux qui n’appartiennent pas à des labeurs et sont considérés comme des bilboquets ou travaux de ville. Suivant leur emploi ultérieur, ces travaux ne comprennent parfois que des colonnes en blanc, destinées à être remplies à la main ; ou bien ils sont exécutés avec le texte et les chiffres ; ou enfin ils tiennent de l’un et de l’autre genre.

5. Certains auteurs établissent une classification différente :
xxxx Les tableaux se diviseraient en trois catégories : 1° tableaux blancs ; 2° tableaux pleins sans accolade ; 3° tableaux pleins avec accolades.
xxxx Les tableaux blancs n’ont que le texte des têtes et, parfois, de la première colonne qui est celle de l’énoncé ; les autres colonnes sont en blanc.
xxxx Les tableaux pleins sans accolade comportent une composition, chiffres ou texte, dont les diverses parties sont commandées ou séparées l’une de l’autre par des filets.
xxxx Les tableaux pleins avec accolades ont, comme ceux de la catégorie précédente, une composition, chiffres ou texte, mais les filets séparatifs des colonnes ou ceux des têtes sont en partie remplacés par des accolades qui subordonnent à un texte général une ou plusieurs colonnes.

J. Dumont[1] donne une classification plus serrée, mais aussi plus compliquée, des différents genres de tableaux, qu’il établit de la manière suivante :
xxxx « 1° Les tableaux à colonnes avec chiffres (tarifs) ;

« 2° Les tableaux avec colonnes blanches destinées à être remplies à la main (registres) ;
xxxx « 3° Les tableaux-bilans de sociétés financières ;
xxxx « 4° Les tableaux de statistiques et les tableaux de budgets ;
xxxx « 5° Les bordereaux pour banques et sociétés financières. »

6. Les filets généralement utilisés pour la composition des tableaux sont les suivants :

a) Le filet maigre :


b) Le filet double maigre :



c) Le filet quart gras :

d) Le filet demi-gras :

e) Le filet gras :

f) Le filet de cadre :

Pour répondre aux exigences des travaux les plus divers, ces différents genres de filets sont fondus sur 1 point, 2 points, 3 points, 6 points, 9 points, 12 points et au delà pour les impressions d’affiches :

a) Les filets maigres, qu’ils soient fondus sur l’une ou l’autre épaisseur de corps, ont toujours le même œil, c’est-à-dire le même aspect à l’impression.

b) Les filets doubles maigres ont également dans les diverses séries de corps un œil régulier comme aspect ; mais dans un même corps les fondeurs établissent des séries pour lesquelles l’écartement des deux traits diffère de l’une à l’autre :





c) Les filets quart gras ne sont généralement fondus sur matière qu’à partir de 2 points. Les fondeurs ont d’ailleurs, dans chaque corps, des séries dont l’œil est différent de l’une à l’autre ; mais ils établissent pour chaque corps une série dont l’œil correspond exactement à une série d’un autre corps : suivant les nécessités du travail, afin d’éviter un parangonnage où pour tout autre motif, le compositeur peut dès lors employer, dans un même tableau, des filets de l’un ou l’autre corps, avec la certitude que l’œil de ces filets sera parfaitement semblable.

d) Il en est de même pour les filets demi-gras, gras et de cadre, pour lesquels les fondeurs possèdent dans chaque corps au moins une série dont l’œil correspond à une série d’un autre corps.
xxxx Les filets gras et de cadre sont encore appelés, par rapport à leur épaisseur de corps, à plein œil ou à œil moyen.

e) Comme on l’a vu, tous les filets, sauf ceux de 1 point et ceux dits à plein œil, peuvent être fondus soit l’œil au milieu du corps, c’est-à-dire avec talus de chaque côté, soit l’œil de côté ou d’autre, le talus se trouvant d’un seul côté.

f) Suivant tous les auteurs, « les filets horizontaux butent naturellement sur le plat des filets verticaux, le talus de ces derniers offrant un blanc convenable de séparation ; mais les filets horizontaux et les filets de colonnes s’appliquent exactement sur les filets d’encadrement ».

7. Le texte[2] composant la matière de chaque colonne est surmonté, ou, plutôt, précédé, d’un libellé formant une sorte de titre ; ce libellé donne en une ou plusieurs lignes l’indication du contenu de la colonne ; il est suivi d’un filet (têtière) qui l’isole du texte. L’ensemble est désigné du nom de tête.

8. Il existe deux manières de séparer du texte les têtes :
xxxx 1° La méthode française est de beaucoup la plus usitée, parce que la plus esthétique et surtout la plus claire au point de vue lecture[3] : les filets séparatifs des colonnes de chiffres ou de texte vont de haut en bas sur toute la hauteur du tableau ; dans chaque colonne, les filets séparatifs des têtes sont dès lors établis sur la justification de la colonne :


xxxx 2° Dans la méthode italienne ou à tête brisée, les têtes sont séparées du texte proprement dit par un filet régnant sur la longueur de la justification du tableau ; les filets séparatifs des colonnes sont coupés dans leur hauteur par le filet des têtes, et celles-ci semblent isolées du texte qu’elles commandent :

 

9. Les têtes sont séparées par un filet quart gras du texte constituant l’intérieur du tableau.

Th. Lefevre donne en exemples des tableaux dans lesquels les têtes sont isolées du texte par des filets maigres.

J. Dumont[4] dit que « les filets séparant les têtes des corps de tableaux doivent toujours être des filets demi-gras ».

E. Leclerc[5] utilise les filets quart gras pour les exemples qui accompagnent le texte du chapitre intitulé les Tableaux ; mais il écrit : « Il conviendrait de rendre plus sensible que les autres le filet soulignant les têtes ; le quart gras et quelquefois même le demi-gras sont indiqués. »

10. Le tableau est entouré d’un filet appelé filet de cadre, plus rarement d’un filet gras ou demi-gras, et exceptionnellement d’un filet maigre ou double maigre.

11. Un filet de même œil, habituellement un filet maigre, sépare entre elles les colonnes de même valeur, c’est-à-dire celles dont les têtes ne comportent aucune accolade les groupant en un ensemble commandé par un titre général.

12. Lorsqu’une ou plusieurs têtes établissent une simple dépendance entre un certain nombre de colonnes, chacune de ces colonnes dépendantes est, à droite et à gauche, séparée de sa colonne voisine par un filet maigre.
xxxx Un filet quart gras isole des autres colonnes l’ensemble de celles que le libellé des têtes rend solidaires les unes des autres.
xxxx Un filet double maigre sépare des colonnes voisines un groupe de colonnes dans lesquelles le filet maigre et, le filet quart gras ont déjà été employés :

 

13. La condition essentielle d’une bonne composition pour un tableau est la justesse basée sur une justification parfaite dans chaque sens : il faut, par conséquent, vérifier très exactement autant la hauteur que la largeur et obtenir une justification irréprochable de chacune des parties.
xxxx Plus le tableau est haut, plus la matière qu’il contient est élastique. Bien que l’on puisse, à l’aide du serrage, réduire et même presque annihiler cette élasticité, il est bon de tenir les cadres légèrement longs, en se basant sur le nombre de points que donne la matière.
xxxx En largeur, l’élasticité varie avec le plus ou moins grand nombre de colonnes ou de blancs et de filets accolés pour remplir ces colonnes. Pour remédier, dans la mesure du possible, aux inconvénients qui peuvent en découler, les filets intérieurs et les interlignes seront coupés légèrement faibles, la justification des textes sera tenue bien exacte, enfin les blancs ne seront ni bossués ou tordus, ni encrassés, ni surtout de justification plus faible que les lignes de texte.

Enfin, si l’on emploie des filets, des interlignes ou des blancs en plusieurs morceaux, il faut toujours avoir soin de les croiser.

14. Voici, dans l’ordre typographique, comment doit être étudié le montage d’un tableau :
xxxx Le premier soin du compositeur doit être de déterminer la justification totale du tableau, puis celle des différentes parties, colonnes et tête, qu’il comporte.
xxxx 1° La justification ou, plutôt, la largeur d’un tableau à intercaler dans un labeur est fixée par la justification du labeur lui-même : généralement, elle est semblable ; toutefois, si le texte du tableau manque d’ampleur, on accepte une justification légèrement inférieure, afin d’éviter le mauvais aspect que produirait un tableau aux colonnes inconsidérément blanchies ; plus rarement, le tableau déborde au delà de la justification du travail, en raison d’un texte particulièrement chargé.
xxxx Mais, dans ces cas, aussi bien que dans ceux où les tableaux font l’objet d’un travail spécial, le format du papier et la nécessité de marges au moins convenables imposent à la justification une limite au delà de laquelle on ne saurait s’étendre.
xxxx 2° La largeur des tableaux blancs se calcule d’une manière exclusivement empirique, suivant les indications de l’auteur, selon la matière jugée susceptible d’y prendre place, enfin d’après la place dont on dispose ; autant que possible, toutefois, on choisit une justification susceptible d’être remplie rapidement, d’une manière exacte, par une garniture ou des cadrats, sans avoir recours à des fractions nécessitant l’emploi d’espaces ou d’interlignes.
xxxx 3° Mais la longueur du texte proprement dit non plus que celle des chiffres ne sont pas les seuls éléments à envisager pour le calcul de la justification de chaque colonne : il faut tenir compte également des têtes, dont l’importance est fort variable. Il est donc indispensable, avant d’arrêter définitivement la justification d’une colonne, de s’assurer, soit sommairement d’un coup d’œil lorsqu’il ne peut y avoir doute, soit, au cas contraire, par la composition, que la justification acceptée donne entière satisfaction.
xxxx 4° La justification de la colonne définitivement acceptée, on fixe la hauteur des têtes. À cet effet on compose le texte de la tête contenant le plus de lignes ; on dispose les blancs convenablement et on souligne du filet horizontal. La hauteur donnée ainsi est celle sur laquelle seront rigoureusement établies toutes les autres têtes du même tableau.
xxxx 5° Suivant les circonstances, la hauteur, ou justification verticale, d’un tableau est fonction du texte ou se calcule d’après le format du papier ; mais, que le tableau contienne du texte ou qu’il ne comporte que des colonnes blanches destinées à être remplies ultérieurement à la main, sa hauteur sera toujours calculée de façon qu’elle tombe exactement sur cicéros.

15. Pour prendre la justification d’un tableau, il est nécessaire d’établir d’abord le plan tout à fait exact de ce tableau :
xxxx 1° Un calcul sommaire et approximatif de la dimension des colonnes a lieu sur le manuscrit lui-même, avec des longueurs de justification aussi égales entre elles que possible d’après l’objet ou l’étendue de la matière que chacune est appelée à contenir : c’est l’esquisse, ou croquis provisoire, fréquemment complétée par le report, sur une feuille de papier du format du travail, de l’ensemble des colonnes avec leurs justifications exactes, afin d’avoir une idée plus complète de l’effet produit. Un essai a lieu ensuite dans le composteur ou, si les dimensions du tableau sont trop élevées, dans la galée.
xxxx 2° La justification est prise sur le filet de cadre horizontal précédant les têtes ; a) les cadres de côté sont figurés ; b) les filets verticaux séparatifs de chaque colonne sont simulés à l’aide de petits filets d’épaisseur voulue ; c) la largeur de chaque colonne est obtenue soit par un lingot, une garniture, des cadrats, des cadratins, ou encore par une lettre de corps 12 couchée : c’est le croquis devenu plan. Lorsque cette expérience fait reconnaître nécessaires certaines modifications, on répartit, selon les besoins, entre les colonnes désignées le blanc devenu disponible. On résume la longueur donnée par l’ensemble : après s’être assuré que le total correspond exactement à la longueur réclamée, les justifications réelles de chaque colonne sont reportées sur le manuscrit, avec toutes les indications nécessaires : le plan est exécuté.

16. La justification de chaque colonne s’établit en cicéros et, s’il est nécessaire, en fractions de cicéros : 3 et 6 points. Généralement les largeurs de 3 points s’emploient seulement pour aider à la répartition de l’excédent d’un blanc resté disponible après la prise des justifications.
xxxx Cependant, pour les tableaux comprenant exclusivement des chiffres, et aussi parfois pour les tableaux à colonnes de texte et colonnes de chiffres, nombre de maisons calculent, de préférence leurs justifications sur cadratins. On conçoit aisément, dans ces cas, l’avantage de cette méthode, et la facilité qui en résulte pour le montage d’un tableau dans lequel aucune espace n’est appelée à compléter la longueur de justification, à condition d’utiliser des points et des virgules fondus sur demi-cadratin.

17. Les têtes de tableaux se disposent en titres, c’est-à-dire leur texte placé au milieu de la justification de chaque colonne. Exceptionnellement, lorsque le texte de tête est important ou la largeur des colonnes insuffisante, la composition a lieu en sommaire : la première ligne remplit la justification ou se compose en vedette ; les lignes suivantes constituent le sommaire.

18. Toutes les têtes d’un tableau doivent être semblables entre elles pour les lignes ou les mots principaux qui sont à composer dans le même caractère.
xxxx Les caractères de fantaisie — ronde, anglaise, etc. — ne sont généralement pas utilisés pour la composition des têtes. L’italique, la normande, l’égyptienne et tous autres caractères gras sont parfois employés, lorsque l’auteur exige que l’attention soit appelée de manière spéciale sur les titres.

19. Le premier mot ou les mots principaux de chaque tête se composent en grandes capitales :


Les mots suivants sont en petites capitales :

Dans les têtes disposées en sommaire, le premier mot se compose en grandes capitales ; les suivants sont en petites capitales ou seulement en bas de casse, suivant la longueur du texte. Parfois, surtout lorsque le texte est en bas de casse, le mot en grandes capitales — le premier mot — est isolé, en une ligne, au milieu de la justification, et le sommaire commence au mot suivant :

 

20. La coupure du texte a lieu suivant le sens et au mieux de l’arrangement typographique, comme dans les titres de livres, de chapitres ou de paragraphes placés en vedette ou lignes perdues.

21. Les blancs des têtes doivent être réguliers :
xxxx 1° Le premier blanc — celui qui suit le filet de cadre — sera égal au dernier, qui précède le filet horizontal séparant les têtes du texte proprement dit du tableau ; ces deux blancs seront plus importants que ceux séparant les lignes : ils sont généralement égaux à la force de corps du caractère utilisé pour la composition des têtes.
xxxx 2° Le blanc placé entre chacune des lignes de texte composant la tête sera de même force, c’est-à-dire d’un nombre égal de points ; un même nombre de lignes dans plusieurs têtes différentes oblige à employer dans celles-ci, entre chaque ligne, un blanc d’épaisseur semblable ; pour les autres têtes, l’interlignage, est établi en se rapprochant autant que possible, en plus ou en moins, de celui des têtes précédentes.
xxxx 3° Après le filet de tête, appelé têtière, comme on l’a vu, et avant la première ligne de texte, on met un blanc égal à celui placé au-dessus.
xxxx 4° La dernière ligne de texte du tableau est séparée du filet de cadre de pied par un blanc de force égale à celui qui précède la première ligne de texte.

22. Si le texte d’une tête est considérable eu égard à la justification de la colonne, la composition a lieu de bas en haut, c’est-à-dire, verticalement, suivant les filets séparatifs des colonnes. Les blancs de tête (près du filet de cadre) et de pied (le long du filet séparatif du texte) sont toujours à conserver semblables à ceux des autres têtes :

Lorsque la composition est importante, elle est collée au filet vertical, ce dernier, dans le cas d’un filet maigre où l’œil est fondu au milieu du corps, comportant généralement un léger blanc ; mais, lorsque l’œil occupe toute l’épaisseur du corps, il est indispensable d’interposer au moins une interligne de 1 point entre le texte de la tête et le filet vertical.
xxxx Au contraire, si la composition laisse quelque blanc à répartir, ce blanc doit se rapprocher autant que possible de celui placé dans les têtes composées horizontalement.

23. Lorsqu’un tableau de grande longueur composé dans le sens normal du texte se continue sur un certain nombre de pages, le cadre se ferme exclusivement à la dernière page ou à la dernière fraction du tableau ; aux pages intermédiaires, le cadre reste ouvert, c’est-à-dire comporte seulement des filets de cadre en tête et sur les côtés, à l’exception du filet de pied. Les filets de cadre et de colonne se prolongent de 3 à 6 points au delà du texte dans chaque page dont le cadre est ouvert.

24. Un tableau dont le texte est important peut se disposer de deux manières différentes :
xxxx 1° En travers, c’est-à-dire le texte se lisant dans le sens vertical, soit de bas en haut, le livre étant tenu normalement ; à la page paire, les têtes se trouvent dans la marge extérieure ou grand fond (du côté du folio) ; à la page impaire, les têtes sont placées dans la marge intérieure ou petit-fond (côté opposé au folio) ; lorsqu’un tableau disposé en travers se continue sur plusieurs pages successives, le cadre reste ouvert, et tous les filets débordent de 3 à 6 points au delà du texte ; le texte des tableaux ainsi disposés enjambe dans les blancs des petits fonds sur la moitié environ de ces blancs ;
xxxx 2° En largeur, et sur deux pages, paire et impaire, c’est-à-dire dans le sens normal de la justification : dans les marges extérieures, le cadre s’aligne généralement avec les chiffres du folio, c’est-à-dire que le tableau ne déborde pas, de ce côté, au delà du début ou de la fin de la justification ; dans les marges intérieures (petits fonds), on laisse environ 6 points de blanc entre chaque page, non compris, si le tableau en comporte, le filet fermant la colonne de la page paire et le premier filet de la colonne de la page impaire ; le filet de cadre déborde d’à peu près 3 points, dans le petit fond, sur l’un et l’autre de ces filets.

25. Les têtes d’un tableau s’étendant sur plusieurs pages sont répétées à chaque page si ce tableau est placé horizontalement, c’est-à-dire si son texte est dans le sens normal de la composition.
xxxx Par contre, si le tableau est placé verticalement, c’est-à-dire si le texte se lit de la marge de pied à la marge de tête, le texte des têtes du tableau est répété seulement aux pages paires.

26. La justification des titres courants et des folios n’est pas changée, lorsque la justification d’un tableau est plus longue que celle du texte lui-même : c’est-à-dire, si la justification du texte est de 20 cicéros et celle d’un tableau de 26 cicéros, le titre courant et le folio conservent, à cause du registre, la justification régulière, soit 20 cicéros, cependant que le tableau a, de chaque côté de ce titre courant, une justification plus longue de 3 cicéros.

27. Le titre courant et le folio sont supprimés, lorsque la hauteur de composition du tableau oblige à réduire les marges de tête et de pied. Cependant quelques maisons préfèrent conserver titre courant et folio lorsque le tableau n’excède pas de 12 à 18 points la hauteur normale de la page.

28. La signature de feuille se rencontrant au bas d’une page comportant un tableau d’une hauteur supérieure à celle de la page régulière ne sera jamais supprimée.

29. Entre le texte proprement dit et les filets de cadre on met un blanc de 1/2 cadratin du corps du caractère employé pour la composition, ou un blanc équivalant à 6 points.
xxxx Le texte ou les chiffres se collent aux filets verticaux séparatifs de chaque colonne.

30. Lorsque, dans un tableau, il y a lieu d’indiquer la dépendance du texte de plusieurs colonnes à un titre ou à une autre partie du texte, le filet placé sous ce titre ou en regard du texte est remplacé par une accolade :

 

31. Les accolades peuvent être placées soit horizontalement, soit verticalement.

32. Les accolades horizontales remplissant, dans les têtes de tableaux, le rôle de filets sont soumises à toutes les règles qui commandent l’emploi et la disposition de ces derniers.

33. Dans les têtes où se rencontrent plusieurs accolades soit commandées par des titres d’égale importance, soit embrassant un texte comportant un même nombre de lignes ou une composition de hauteur analogue, ces accolades s’alignent entre elles.
xxxx L’alignement des accolades n’est plus de rigueur lorsque les lignes de titres ou la hauteur de la composition sont de nombre et d’importance dissemblables.

34. Lorsqu’elle est employée dans le sens horizontal, l’accolade est toujours placée la partie médiane saillante, ou nez, vers le haut.

35. Si les accolades embrassent deux colonnes possédant une justification semblable, le filet séparatif des colonnes doit se trouver au centre de l’accolade.

36. L’accolade horizontale, embrassant deux colonnes d’un tableau, n’est jamais composée de branches d’inégale longueur, même si l’une des colonnes qu’elle commande est sensiblement plus large que l’autre.

37. Au cas où les colonnes sont de justification inégale, le filet séparatif se place obligatoirement sous la partie de l’accolade où se termine l’une des colonnes et où commence l’autre colonne accoladée.

38. Les accolades horizontales sont de justification égale à la justification totale des colonnes qu’elles embrassent, même si le texte ou les chiffres de ces colonnes n’occupent qu’une partie de leur justification.

39. Les tableaux à livre ouvert, c’est-à-dire portant sur deux pages en regard, comportent parfois, dans les têtes, des accolades chevauchant sur l’une et sur l’autre page ; si, malgré tous les efforts traités en augmentant ou en diminuant la largeur des colonnes de l’une ou l’autre fraction du tableau, il n’est pas possible d’éviter cet ennui, il est nécessaire de faire à la main les accolades voulues, en les coupant suivant les nécessités du tableau. La longueur de l’accolade exigée par la partie du tableau embrassée doit être augmentée, comme pour les filets de cadre, d’une partie de la valeur des marges du fond, de manière à éviter dans le fond une solution de continuité trop apparente.

40. Quand plusieurs accolades sont placées successivement sur une ligne verticale de filets séparatifs de colonne, chaque accolade doit être, d’après les auteurs, séparée de celle qui la suit ou de celle qui la précède par un filet d’au moins 6 points de hauteur. En pratique, il semble que l’on tient peu compte de cette règle : le plus souvent, en effet, on se contente de coucher entre les deux accolades une interligne de 2 ou de 3 points dont le blanc dégage suffisamment la rencontre des pointes et évite au lecteur le désagrément d’une confusion toujours possible.

41. D’après E. Leclerc[6], les accolades utilisées dans la composition des tableaux, à la place des filets verticaux de colonnes, sont isolées, dispersées ou successives.
xxxx Les accolades isolées sont seules : elles font suite aux filets verticaux ;
xxxx Les accolades dispersées sont, pour une ligne verticale, au nombre de deux, trois, quatre, etc. ; elles sont séparées l’une de l’autre par des filets verticaux d’au moins 6 points de hauteur, qui obligent à jeter entre les textes commandés par chacune de ces accolades un blanc de force égale ;
xxxx Les accolades successives ont, dans le sens vertical, leurs pointes extrêmes collées à celles des accolades qui suivent ou qui précèdent, si le texte du tableau est de composition compacte ; lorsque la composition est interlignée, les accolades sont séparées verticalement l’une de l’autre par l’interligne qui règne sur toute la longueur horizontale du texte.

42. Lorsque les textes commandés par deux accolades isolées sont séparés l’un de l’autre même par une seule ligne de texte indépendante, on place entre les accolades et face au texte un filet vertical de hauteur égale à la force de corps du caractère employé pour la composition de la ligne.

43. La pointe des accolades, c’est-à-dire la partie saillante ou convexe, appelée nez, est tournée vers la partie de texte la plus courte[7].

E. Leclerc[8] est d’un avis différent : « La pointe des accolades verticales est tournée à gauche ou à droite, du côté de la partie de texte la plus étendue. »

Mais A. Frey et E. Bouchez[9] expriment une opinion qui a prévalu : « … L’accolade, outre les courbures de ses deux extrémités, a, au milieu de sa longueur, du côté opposé à ces courbures elles-mêmes, une espèce de petit angle qui indique toujours la partie correspondante la moins étendue. » Cette position est précisée une deuxième fois, et de même façon, dans le paragraphe qui suit celui auquel ont été empruntées les lignes qui viennent d’être citées : « Nulle hésitation dans la manière de tourner une accolade quand elle est isolée : d’un côté elle embrassera une certaine quantité de lignes, tandis que de l’autre, c’est-à-dire par son angle central, elle correspondra à la partie de l’opération où les lignes sont le moins nombreuses. »

Th. Lefevre[10] est d’accord avec A. Frey et E. Bouchez : « Les accolades verticales doivent avoir leurs pointes tournées tantôt à droite, tantôt à gauche, c’est-à-dire du côté où la matière qui correspond à chacune d’elles a le plus d’étendue. » Sous le nom de pointes, Th. Lefevre désigne la partie terminant l’accolade à chacune de ses extrémités et dont la courbure s’incurve à l’opposé de celle constituant l’angle central dont parlent A. Frey et E. Bouchez.

44. Si les deux parties de texte sont d’égale étendue, l’angle se tourne vers celle qui contient le moins d’articles ou d’alinéas.
xxxx Cependant, et bien que certains auteurs recommandent une disposition contraire, dans un tableau il est d’usage, afin d’obvier à un aspect choquant, de tourner dans un seul sens toutes les accolades placées sur la même ligne verticale ou horizontale.

45. Les accolades verticales doivent correspondre exactement à la longueur du texte qu’elles embrassent, surtout dans les compositions compactes ; il est donc nécessaire de recourir à un parangonnage soigné si l’accolade est légèrement courte de 1 ou 2 points, pour éviter, à l’imposition, les ennuis que peut occasionner un texte mal justifié.

46. Le texte embrassé par une accolade n’est jamais collé à la partie concave de celle-ci, qu’elle soit horizontale ou verticale : un blanc proportionné à la force de corps du caractère employé, et qui ne sera pas inférieur à au moins une interligne de 1 point, la séparera de la composition établie, suivant les circonstances, en sommaire, en alinéa ou en lignes perdues.

47. Il est préférable, dans les tableaux dont les têtes comportent des accolades horizontales, de ne pas faire buter sur ces accolades les filets doubles maigres, quart gras ou maigres, séparatifs des colonnes : une interligne de 1 point sera placée entre les filets et l’accolade.

48. Un tableau dont le texte comprend un nombre élevé de lignes à justification courte, comparativement à la justification normale du volume, s’établit fréquemment en plusieurs parties séparées par un filet double maigre, l’ensemble étant compris dans un seul encadrement :

49. L’imposeur doit apporter un soin tout particulier à l’imposition d’un tableau ou même d’une page encadrée. Au fur et à mesure qu’il procède au serrage, il s’assure que rien ne chevauche, que rien ne force ou n’est trop faible.
xxxx Autant que possible, on emploiera exclusivement des lingots ou des garnitures d’un seul morceau, là où ils viennent en contact direct avec l’encadrement même du tableau. Au cas contraire, les lingots seront rigoureusement croisés, et l’on évitera soigneusement de faire porter leurs extrémités sur une partie faible. Une réglette en pied et en tête sera d’une réelle utilité.
xxxx Si l’imposeur constate dans la composition de légers défauts, il devra y remédier lui-même, s’il est possible. Sinon, ou surtout si le défaut est grave, il devra en référer immédiatement au compositeur chargé du travail.



  1. Vade-Mecum du Typographe, p. 214 (4e éd.).
  2. Le mot texte s’entend ici tout aussi bien du texte proprement dit que des chiffres qui peuvent constituer la matière principale du tableau.
  3. Contrairement à cette opinion, J. Dumont (Vade-Mecum du Typographe, p. 221) « préfère la méthode belge, dite italienne en France, d’abord non seulement pour le coup d’œil, mais aussi parce que la composition de la tête se fera bien plus facilement ». — Le coup d’œil ne gagne rien, semble-t-il, à l’emploi de la méthode italienne, si le compositeur est dans la nécessité d’utiliser, outre les filets maigres, les filets quart gras et doubles maigres ; il y a, en outre, une rupture de colonne qui peut faire hésiter le lecteur.
  4. Vade-Mecum du Typographe, p. 213.
  5. Nouveau Manuel complet de Typographie, p. 464.
  6. Nouveau Manuel complet de Typographie, p. 472 (éd. de 1921).
  7. Voir également sur le même sujet le paragraphe Accolade (p. 797). où le correcteur trouvera le complément des règles relatives à l’emploi des accolades dans les tableaux.
  8. Nouveau Manuel complet de Typographie, p. 472 (éd. de 1921).
  9. Nouveau Manuel complet de Typographie (Manuels-Roret), p. 11 (éd. de 1857).
  10. Guide pratique du Compositeur et de l’Imprimeur typographes, p. 153 (éd. de 1883).