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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/50

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l’hellénisme

Platéens remportèrent par leur courage et leur audace une victoire d’une faible importance technique mais dont la portée morale fut immense car elle déconcerta l’adversaire et changea la face du conflit. Le minime contingent envoyé par Sparte arriva le lendemain de la bataille. Les Perses se retirèrent mais il n’était pas douteux qu’ils ne revinssent bientôt, mieux préparés et plus clairvoyants. Athènes eût volontiers, dans la joie de son triomphe, négligé d’y songer. Thémistocle sut la tenir en haleine. Il ne croyait pas qu’il fut possible de forcer définitivement la victoire sur terre mais jugea que, sur mer, on pourrait vaincre. Le port du Pirée fut creusé et une flotte, construite. L’exploitation des mines du Laurium fournit les capitaux ; la jeunesse surexcitée par Thémistocle s’entraîna aux exercices navals ; ce fut une fièvre.

Cependant, à Darius souverain d’esprit élevé et qui commençait à goûter la culture hellénique avait succédé Xerxès. Jeune, beau, courtisé à la folie, enivré de sa puissance, il n’eut qu’un désir : venger Marathon en jetant sur la terre grecque une armée formidable. On évalua à un million les effectifs qu’il assembla. Les excellentes troupes iraniennes, la cavalerie surtout qui était renommée (et les Grecs n’en avaient point) se trouvèrent submergées au milieu de la cohue de mercenaires asiatiques, éthiopiens, lybiens qui n’avaient ni même langage, ni mêmes armes, ni même tactique de combat. Et comment parer aux difficultés d’approvisionnement de pareilles masses ? Le spectacle d’orgueil que s’offrit Xerxès en assistant d’un trône de marbre érigé sur la falaise au départ de ses soldats, était — ou aurait dû être — pour lui doublé d’angoisse. Ses services d’espionnage et de corruption avaient, il est vrai, travaillé de façon à seconder la fortune. En Grèce, le péril d’Athènes n’était pas envisagé comme il eût fallu. Beaucoup n’apercevaient pas que l’hellénisme fut menacé. Il y avait d’abord l’intérêt personnel qui empêchait de s’en rendre compte tous ceux qui vivaient du commerce égéen. Ceux là ne pensaient qu’aux répercussions d’une guerre sur la liberté des communications et le mouvement des échanges. Ensuite les oligarchiques, dont chaque cité ou peu s’en faut comprenait des groupes plus ou moins nombreux et influents, ressentaient une certaine sympathie à l’égard des Perses lesquels, dans les îles grecques occupées par eux s’étaient empressés de supprimer le régime populaire. Et cela en un temps où les innovations démocratiques d’Athènes ne laissaient pas que d’alarmer vivement les anciennes classes privilégiées. À Argos, par exemple, d’ingénieux politiciens du parti réactionnaire