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Page:Erckmann-Chatrian — L'ami Fritz (1864).djvu/188

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L’AMI FRITZ.

au fond de la vallée, et Hâan, indiquant de son fouet une centaine de masures décrépites sur la montagne en face, à mi-côte, et dominées par une chapelle tout au haut dans les nuages, dit d’un air mélancolique :

« Voilà Wildland, le pays dont je t’ai parlé à Hunebourg. Dans un quart d’heure nous y serons. Regarde, voici deux ex-voto suspendus à cet arbre, et là-bas, un autre en forme de chapelle, dans le creux de cette roche, nous allons en rencontrer maintenant à chaque pas ; c’est la misère des misères : pas une route, pas un chemin vicinal en bon état, mais des ex-voto partout ! Et penser que ces gens-là se font dire des messes aussitôt qu’ils peuvent réunir quatre sous, et que le pauvre Hâan est forcé de crier, de taper sur la table, et de s’époumonner comme un malheureux pour obtenir l’argent du roi ! Tu me croiras si tu veux, Kobus, mais cela me saigne le cœur d’arriver ici pour demander de l’argent, pour faire vendre des baraques de quatre kreutzer et des meubles de deux pfenning. »

Ce disant, Hâan fouetta Foux, qui se mit à galoper.

Le village était alors à deux ou trois cents pas au-dessus d’eux, autour d’une gorge profonde et rapide, en fer à cheval.