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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/702

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XVIII

L’ENFANT.


O horror ! horror ! horror !
Shakespeare. Macbeth.


Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,

Chio, qu’ombrageaient les charmilles,

Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois

Un chœur dansant de jeunes filles.


Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,

Courbait sa tête humiliée ;

Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui

Dans le grand ravage oubliée.


Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus

Comme le ciel et comme l’onde,

Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,

Pour relever ta tête blonde,


Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener

En boucles sur ta blanche épaule