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Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome40.djvu/239

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      Comme un sanglier écumant,
      Qui, sans s’ébranler, se défend
Contre les durs assauts d’une meute aguerrie
      Qui sur lui s’élance en furie ;
      Il attaque, il blesse, il pourfend ;
      Il donne à propos de sa dent
      Des coups à la race ennemie ;
      Plus il en met hors de combat.
      Et plus cette engeance aboyante
      Par un nombreux concours s’augmente.
      Il soutient ce cruel débat ;
Mais la fureur l’emporte, et, fougueux dans son ire,
Il ne voit ni connaît la grandeur du danger,
      Et s’enfonce, sans y songer,
L’homicide épieu[1] sur lequel il expire.


Laissez-moi donc ronger mon frein, tant que durera cette pénible guerre. Votre imagination poétique me promène flatteusement jusqu’à Vienne. Vous m’introduisez au conseil de chasteté ; sachez que je n’ai pas besoin de ce conseil, et que l’expérience m’a suffisamment appris ce qu’on doit craindre quand on se frotte à de méchantes femmes.


      Hélas ! pensez-vous qu’à mon âge
      L’on cherche, d’amour agité,
      Le corps en feu, l’esprit volage,
      De Vénus le doux badinage,
      Les plaisirs, et la volupté ?
      Ce temps heureux, c’est bien dommage,
      Loin de moi s’est précipité.
      Et les eaux du fleuve Léthé
      En ont même effacé l’image.
      La tendre fleur du pucelage,
      Ni l’empire de la beauté,
      Sur un vieillard courbé, voûté,
      N’ont plus de prise et d’avantage.
      Le conseil de la chasteté
      Devient par force mon partage ;
      Continence est nécessité :
      À cinquante ans on est trop sage.


Je n’ai point eu, cette campagne, de vision béatifique. Malheureusement les Tartares, Russes, et Cosaques, n’ont pas voulu me montrer leur derrière ; en revanche, ils ont brûlé, ravagé et pillé des contrées, et dévasté beaucoup de pays.


      La Fortune, inconstante et fière,
      Ne traite pas ses courtisans
      Chaque jour d’égale manière ;
      Et nous n’avons pas tous les ans
      La faveur de voir le derrière
      De cette vaste fourmilière,
      Moitié héros, moite brigands,

  1. Ce mot n’a que deux syllabes en poésie.