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Page:Marie Louise Gagneur Les Forcats du mariage 1869.djvu/18

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préface

de haine, qu’il altère jusqu’à l’amour maternel lui-même.

Mais encore, en dehors de ces généralités, il est certaines natures que le mariage ne peut enserrer, ne peut assouplir, des natures impatientes de toute contrainte, que tout lien irrite, exaspère, natures essentiellement mobiles, pour lesquelles le mariage est un supplice si intolérable, qu’elles s’y soustraient de mille façons, mais non sans faire souffrir l’être auquel elles sont rivées.

Natures incomplètes selon les uns, trop riches selon les autres, en tous cas exubérantes, avides d’émotions, altérées d’idéal ; natures d’artistes souvent séduisantes, qui, libres, auraient peut-être à remplir un rôle utile dans notre mécanisme social ; mais qui, comprimées dans le moule banal du mariage, produisent toutes sortes de chocs, de douleurs, de désastres.

Le vice de nos conceptions morales, c’est de vouloir ramener tous les caractères au même type, de vouloir rendre fidèles les êtres inconstants par nature, imposer les paisibles affections familiales à ceux que tourmentent la fièvre d’amour, la passion de l’inconnu.

La vraie loi morale, la vraie loi de justice, de liberté et de progrès, ce n’est pas de comprimer, mais de diriger les activités et les aspirations humaines.