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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 24.djvu/709

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SIMONE.

Certes, lorsque le Florentin
Écrivait un conte, un matin,
Sans poser ni tailler sa plume,
Il aurait pu faire un volume
D’un seul mot chaste ou libertin.
Cette belle ame si hardie,
Qui pleura tant après Pavie,
Et, dans la fleur de ses beaux jours,
Quitta la France et les amours,
Pour aller consoler son frère
Au fond des prisons de Madrid,
Croyez-vous qu’elle n’eût pu faire
Un roman comme Scudéry ?
Elle aima mieux mettre en lumière
Une larme qui lui fut chère,
Un bon mot dont elle avait ri.
Et ceux qui lisaient son doux livre
Pouvaient passer pour connaisseurs ;
C’étaient des gens qui savaient vivre,
Ayant failli mourir ailleurs,
À Rebec, à Fontarabie,
À la Bicoque, à Marignan,
Car alors, le seul vrai roman
Était l’amour de la patrie.
Mais ne parlons pas de cela,
Je ne fais pas une satire ;
Et je ne veux que vous traduire
Une histoire de ce temps-là.

Les gens d’esprit ni les heureux
Ne sont jamais bien amoureux ;
Tout ce beau monde a trop affaire.
Les pauvres en tout valent mieux ;
Jésus leur a promis les cieux,
L’amour leur appartient sur terre.
Dans le beau pays des Toscans
Vivait jadis, au bon vieux temps,
La pauvre enfant d’un pauvre père,
Dont Simonette fut le nom ;
Fille d’humble condition,