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Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 2.djvu/201

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brebis, que ceux qui n’en ont point ; & on croit que cette différence est fort sensible dans les pays froids, & même dans les climats tempérés : mais les béliers cornus sont plus incommodes & plus dangereux dans le troupeau que les autres, parce qu’ils se battent plus souvent, non-seulement contre les autres mâles, mais aussi contre les brebis, & qu’ils les blessent. Pour arrêter leur fureur, & les empêcher de doguer, on leur perce les cornes avec une tarriere près des oreilles, à l’endroit où elles se courbent. Il y a encore un autre moyen, qui est de poser sur leur front & d’attacher à la racine des cornes, un morceau de planche garni de pointes de fer tournées du côté du front, qui piquent l’animal toutes les fois qu’il donne un coup de tête.

Lorsque les béliers ont passé huit ans, & qu’ils ne sont plus propres à la multiplication de leur espece, on les fait tourner, & on les engraisse : mais leur chair a toûjours de l’odeur & du goût de celle du bouc, & elle n’est jamais aussi bonne que celle du mouton, ni même que celle de la brebis. Voyez Aldrovande & la Maison rustique. V. Agneau, Mouton, Brebis, Quadupede. (I)

Belier, aries, (Astron.) le bélier est le premier des 12 signes du zodiaque ; il donne son nom à la douzieme partie de ce cercle. V. Signe. Les étoiles qui forment cette constellation, sont dans le catalogue de Ptolomée au nombre de 18, dans celui de Ticho au nombre de 21, & dans le catalogue Britannique au nombre de 65. Voyez Printems, Equinoxe. (O)

Belier, s. m. (Art milit.) machine dont les anciens se servoient pour battre les murailles des ouvrages qu’ils attaquoient. Aries, arietaria machina.

Le belier étoit une grosse poutre ferrée par le bout en forme de tête de bélier. On s’en servoit pour battre les murailles, en le poussant à force de bras, par le moyen de cables ou de chaînes, avec lesquels il étoit suspendu. On faisoit joüer le bélier sous une galerie, à laquelle on donnoit le nom de tortue, ou dans une tour de bois destinée à cet effet. Voyez cette tour Pl. XI. de l’art militaire. Il y avoit des béliers suspendus, & d’autres qui ne l’étoient pas. Voici la description du belier suspendu, suivant M. le chevalier de Folard.

Le bélier suspendu étoit composé d’un seul brin de bois de chêne 2, Pl. XII. assez semblable à un mât de navire, d’une longueur & d’une grosseur prodigieuse, dont le bout étoit armé d’une tête de fer fondu 3, proportionnée au reste, & de la figure d’une tête de bélier, ce qui lui fit donner ce nom, à cause qu’elle heurte les murailles comme le bélier fait de sa tête tout ce qu’il rencontre. Tous ceux que l’on voit sur les monumens Grecs & Romains paroissent sous cette forme. La tête du bélier, dit Vitruve, portoit quatre bandes de fer longues environ de quatre piés, par lesquelles elle étoit attachée au bois. A l’extrémité de chacune de ces bandes 4, il y avoit une chaîne 5 de même métal, dont un des bouts étoit attaché au crochet 6, & à l’autre extrémité des quatre chaînes il y avoit un cable, dont un des bouts de chacun étoit fortement amarré au dernier chaînon ; ces cables étoient allongés le long de la poutre béliere jusqu’à l’arriere 7 le long de la poutre, liés serrément tous les quatre ensemble par une petite corde, qui les contenoit fermes & bandés autant qu’il étoit possible, ainsi qu’on le pratique ordinairement sous les brancards d’une chaise de poste, pour leur donner plus de force.

A l’extrémité de ces cables, il devoit y en avoir un autre, & un trelingage 8 au bout, c’est-à-dire, un cordage qui finit par plusieurs branches, à chacune desquelles il y avoit plusieurs hommes pour balancer la machine. Pour fortifier davantage le bélier, on faisoit une liure de plusieurs tours de

corde 9 à la distance d’environ deux piés d’une liure à l’autre ; les tours de chaque cordage liés aussi serrément & près à près qu’il étoit possible, & sans déborder. Ce bélier ou poutre béliere, devoit être d’une grosseur conforme à sa longueur ; Vitruve lui donne quatre mille talens de pesanteur, c’est-à-dire, quatre cents quatre-vingts mille liv. ce qui n’est pas exorbitant. Cette terrible machine, comme Josephe l’appelle, étoit balancée en équilibre comme la branche d’une balance, avec une chaîne ou de gros cables 10 qui la tenoient suspendue. Cette chaîne ou ces cables doubles étoient amarrés au milieu d’une puissante poutre de travers 11, pour tenir suspendue & comme en l’air une masse si prodigieuse. On faisoit pour soûtenir la poutre traversante une base 12, non pas telle que Josephe & Vitruve la représentent, mais en quarré long de trente ou quarante piés, & quelquefois davantage, sur plus ou moins de largeur selon la longueur de la poutre. Les auteurs varient sur ces proportions comme dans tout le reste ; car il ne faut point chercher l’uniformité dans ceux qui ont écrit des machines de guerre ; on ne manque jamais de trouver les auteurs en contradiction entr’eux sur les mêmes choses ; parce que la plûpart ont écrit sans expérience, & d’autres, après les changemens qui ont été faits dans ces machines.

Sur les deux côtés de cette base on élevoit dix gros poteaux de 25 à 30 piés de haut, sans les tenons, dont quatre faisoient les encognures ; ces poteaux étoient joints en-haut par quatre sablieres pour recevoir les bouts des poteaux, de même qu’ils l’étoient par en-bas, avec les poutres qui faisoient le premier chassis ou la base ; sur cet assemblage de montans & de traversans, & les sablieres qui alloient de chacun des poteaux à l’autre opposé, on passoit la poutre de travers dont j’ai déja parlé, posée entre deux coins de bois de chaque côté, traversées de fortes chevilles de fer, & de puissantes équerres, qui servoient à resserrer & tenir ferme les deux bouts de la poutre traversante qui soûtenoit la béliere.

Toute cette charpente, qui prenoit quelquefois le nom de tortue béliere à comble plat, & le plus souvent à comble aigu, étoit couverte de maniere différente selon les forces des assiégés. On l’enveloppoit quelquefois d’un tissu d’osier verd enduit de terre grasse, & recouvert d’un rideau de peaux fraîchement écorchées, que l’on doubloit d’autres peaux où l’on mettoit entre deux de l’herbe marine piquée comme nos matelas, ou de la mousse, le tout trempé dans du vinaigre, afin que cette couverture fût à l’épreuve des pierres & des dards, dont les assiégés n’étoient pas chiches : car ces rideaux matelassés étant suspendus à un pié de la charpente, rompoient la force des coups des machines ; & lorsque la place en étoit abondamment fournie, on garnissoit les côtés de charpente de forts madriers, indépendamment des mantelets.

Comme le comble souffroit le plus par les masses affreuses chassées par les grosses catapultes, qui faisoient autant de desordre que nos mortiers, on le couvroit de madriers revêtus de claies enduites de mortier ou d’argille, pétrie avec du crin & de la bourre. Traité de l’attaque des places des anciens, par M. le chevalier Folard. Voy. Pl. XII. de l’art militaire, une tour avec son pont & son bélier renfermé dedans. Voyez aussi Helepole. (Q).

BELIERES, subst. f. pl. en terme de Metteur en œuvre, se dit de certains petits anneaux d’or ou d’argent auxquels on suspend une pendeloque ou un pendant. On nomme beliere du talon celle qui reçoit l’une ou l’autre de ces choses ; & beliere du cliquet, celle qui passe sous le tendon de l’oreille, & retient toûjours la boucle du même côté V. Cliquet & Talon.

* BELILLA, (Hist. nat. bot.) arbrisseau Indien qui