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Page:Erckmann-Chatrian — L'ami Fritz (1864).djvu/312

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L’AMI FRITZ.

dans une cuvette d’eau de source. Cela fait, on s’installa près des fenêtres, et presque aussitôt le char à bancs de l’anabaptiste parut au bout de la rue. Christel était assis devant, et Sûzel derrière sur une botte de paille, au milieu des kougelhof et des tartes de toute sorte, qu’on rapporte toujours de la fête.

Fritz, voyant Sûzel venir, se dépêcha de casser le fil de fer d’une bouteille, et au moment où la voiture s’arrêtait, il se dressa devant la fenêtre, et laissa partir le bouchon comme un pétard, en s’écriant :

« À la plus gentille danseuse du treieleins ! »

On peut se figurer si la petite Sûzel fut heureuse ; c’était comme un coup de pistolet qu’on lâche à la noce. Christel riait de bon cœur et pensait : « Ce bon monsieur Kobus est un peu gris, il ne faut pas s’en étonner un jour de fête ! »

Et entrant dans la chambre, il leva son feutre en disant :

« Ça, ce doit être du Champagne, dont j’ai souvent entendu parler, de ce vin de France qui tourne la tête à ces hommes batailleurs, et les porte à faire la guerre contre tout le monde ! Est-ce que je me trompe ?

— Non, père Christel, non ; asseyez-vous, répondit Fritz. Tiens, Sûzel, voici ta chaise à côté de